Chapitre V : Entêtement

Arpentant un des innombrables couloirs du palais de Hadès, Rhadamanthe de la Wyverne, un parchemin à la main tentait depuis un bon quart d'heure de déchiffrer l'écriture d'Eaque. Le juge des enfers arriva à la hauteur de la salle du trône de Hadès quand il parvint enfin à comprendre la première phrase. Le Garuda était doué pour tracer des croix au sol, mais pour ce qui en était de l'écriture, c'était immonde. Et surtout très pénible. Machinalement, Rhadamanthe poussa la grande porte de la paume de sa main droite sans lâcher du regard le parchemin. Des rires francs lui firent relever la tête. Le juge cligna des yeux de surprise en voyant Hadès, assis sur son trône discutant joyeusement avec Athéna qui se trouvait assise par terre, à quelques mètres de lui.

Allons bon. Que se passait-il encore ?

Le juge se battit quelques instants pour replier le parchemin avant de se rapprocher du trône. Il posa un genou à terre, attendant comme à l'accoutumée que Hadès veuille lui adresser la parole.

Dix bonnes minutes passèrent. Toujours rien. Rhadamanthe se racla bruyamment la gorge pour attirer l'attention des deux dieux en face de lui.

Hadès posa enfin le regard sur le juge tandis qu'Athéna avait ce sourire qui donnait aux chevaliers du zodiaque froid dans le dos :

"Y a-t-il un problème, Rhadamanthe ? demanda l'Empereur."

La Wyverne se disait que de voir Athéna aux enfers était bel et là le problème. Et surtout, elle ne semblait pas être escortée. Mais ce n'était pas pour cela qu'il était venu à cette audience. Eaque avait apparemment un problème dans une des prisons. La véritable nature du souci restait incompréhensible : merci à l'écriture du Garuda. L'anglais se promettait de lui faire copier cent fois le règlement des enfers, juste comme ça. Au cas où cette épreuve pouvait l'améliorer.

Curieux, Rhadamanthe laissa de côté sa véritable raison pour poser la question qui lui brûlait les lèvres à savoir la raison de la venue d'Athéna aux enfers.

Normalement, les juges en étaient informés des semaines avant. Ils avaient le temps d'organiser les troupes pour faire un accueil comme il se devait. Après tout, Athéna restait une déesse et elle méritait tous les honneurs, même aux enfers. C'était la moindre des choses.

Hadès ne répondit pas tout de suite à la question, s'échangeant un regard avec la principale intéressée.

"Nous discutons,dit-il simplement."

Merci, il l'avait remarqué.

Rhadamanthe insista, restant poli et respectueux :

"Je le conçois, Seigneur Hadès. Cependant, j'aurais voulu être informé de sa visite."

Le dieu des enfers acquiesça d'un air entendu.

"Elle a voulu faire une visite-surprise, ajouta-t-il. N'est-ce pas ?"

Rhadamanthe faillit s'étrangler : une visite-surprise ? Même si la paix avait été proclamée, les enfers n'étaient pas un moulin. Déesse ou pas déesse.

"Je suis ravie que tu aies pris part à mon idée, avoua Athéna avec un sourire.

- Je pense avoir fait le bon choix, répliqua Hadès, en ignorant complètement la tête ahurie du juge."

Athéna laissa échapper un rire qui parut exaspérant aux oreilles de Rhadamanthe. Il les observa quelques instants, toujours agenouillé, un bras posé sur le genou droit.

"Tu voulais peut-être que j'envoie mes juges ? ajouta Hadès."

Au mot "juges", Rhadamanthe leva un sourcil, intrigué. Envoyer où ? Et pourquoi ?

"Si je puis me permettre, votre Majesté, vous sollicitez les juges... pour quelle raison? demanda poliment la Wyverne."

Hadès chassa une mouche invisible devant lui, d'un

revers de la main :

"Laisse, mon cher Rhadamanthe, laisse. Cela ne te concerne pas.

- Vous venez de dire que...commença le juge, mais Hadès le coupa :

- Laisse. C'est une histoire entre ma nièce et moi. (il se tourna vers l'intéressée) N'est ce pas ?"

Athéna eut un large sourire. Le juge n'en démordit pas, après tout, le dieu de enfers semblait avoir hésité à l'envoyer quelque part et il voulait en connaître les raisons et surtout, savoir qui étaient partis à sa place.

Il n'eut pas le temps d'émettre la moindre question, car la porte du trône s'ouvrit dans un fracas, faisant entrer un Minos de très mauvaise humeur, trempé jusqu'aux os, suivi d'un Rune portant des tas de parchemins dans les bras, qui essayait péniblement de ne pas tout faire tomber.

Minos essora une partie de ses cheveux devant les têtes abasourdies de l'assemblée et ni une ni deux, se mit à la hauteur de son homologue des enfers, ne prit même pas la peine de s'agenouiller avant de lancer d'une voix visiblement irritée :

"La septième prison est complètement inondée !"

Comme toute réaction, Hadès soupira d'exaspération, sa tête posée sur la main droite, le coude sur son trône.

" Pourquoi es-tu trempé ? se risqua Rhadamanthe à Minos."

En effet, autant Minos semblait avoir bu la tasse, autant Rune était tout ce qui était de plus au sec.

"J'ai glissé, répondit le juge de mauvaise humeur."

Rhadamanthe se demanda par quels miracle ou damnation Minos avait pu "glisser" et surtout comment et où. Peut-être dans la septième prison après tout.

Mais la vérité était tout autre. Minos avait voulu simplement se rendre à son poste, comme tous les jours. Il s'était alors dirigé vers la huitième prison pour la traverser. Il avait à peine fait quelques pas que le sol s'était mis à craqueler sous ses pieds. Le marionnettiste n'avait pas eu le temps de réagir : il avait alors traversé la glace d'une traite. L'eau, si froide, l'avait presque paralysé et il devait son salut qu'à Queen qui était dans les parages.

Le juge n'avait même pas pris la peine de le remercier, grommelant des jurons. Le pire était que par il ne savait quelle raison, toute l'eau était en train de se diriger vers la septième maison, l'inondant par la même occasion.

Et Hadès avait cette expression de quelqu'un qui semblait très ennuyé.

La huitième prison qui fondait et la septième qui se retrouvait inondée. C'était donc ça dont parlait le parchemin incompréhensible d'Eaque et qui demandait une audience au dieu des enfers. La Wyverne ne put s'empêcher de trouver que cela était plutôt ironique ce qui arrivait aux enfers vu le froid frappant le sanctuaire. Hadès se renfrogna, cherchant une solution. Athéna, la main sur le coeur, parut inquiète. La situation semblait ne pas être aussi jouasse qu'il y avait dix minutes. Tant mieux, Rhadamanthe avait les oreilles qui saignaient à entendre la déesse de la guerre rire comme une idiote.

"Est-ce que l'un des dieux jumeaux pourrait venir nous aider ? C'est complètement hors de contrôle, expliqua Minos. Je vous prie de leur demander de l'aide, seigneur Hadès."

Ce dernier eut un sourire ironique :

"Cela ne va pas être possible..."

Minos, bouche bée,ne put retenir un "pourquoi" qui résonna dans la salle. Quand quelque chose ne fonctionnait plus du tout ou qui détraquait complètement (comme c'était le cas en ce moment) au royaume des ténèbres, les spectres faisaient appel à ce qu'ils appelaient : l'artillerie lourde. C.-à-d. les dieux Hypnos et Thanatos pour réparer les dégâts. Le dieu de la Mort avait la fâcheuse tendance à vouloir se réfugier à Elysion dès que le seigneur Hadès voulait lui demander quelque chose. Alors, quand c'était les spectres...

Heureusement pour eux, le dieu du Sommeil était bien plus serviable même s'il jugeait que les sbires de seconde zone de Hadès pouvaient très bien se débrouiller. Tout d'abord, il allait récupérer par les ailes son frère boudant au Paradis. Ensuite, ils analysaient la situation en fond et en large avec les spectres pour trouver une solution. C'était trop demandé au jumeau d'Hypnos qui trouvait que cette démarche était inutile. Certes, Thanatos était plutôt partisan de tout faire à la va-vite. Mais l'important n'était-il pas que cela soit fait, non ?

Hadès n'intervenait pratiquement jamais dans ces démarches...même si en toute logique, c'était lui le responsable du royaume des morts. Il n'avait aucune envie de se casser un ongle dans les réparations ou même utiliser une once de ses pouvoirs divins pour tout remettre dans l'ordre. Les spectres et les juges étaient là pour ça, pas la peine de venir le supplier.

Même si remettre en état les prisons n'était pas leur attribut(et que cela n'avait strictement rien à voir même), les dieux jumeaux réussissaient toujours à réparer les dégâts d'une simple pensée non sans pester contre Hadès qui restait pour eux le seul apte à faire ce genre de travail.

C'était comme si les océans s'étaient asséchés et qu'on demandait à la déesse de la Lune de les remplir.

Mais là, la situation était alarmante vu qu'une prison fondait pour en inonder une autre. Et peut-être que les autres prisons étaient dans un état tout aussi catastrophique. Minos n'en savait rien, il n'avait pas réussi à dépasser la septième prison. Et Rune était dans la salle des archives du palais quand le juge était arrivé en trombe. D'ailleurs, Rune n'avait même pas eu le temps de ranger les quelques parchemins qu'il avait déniché que Minos l'avait traîné par le pan de sa robe hors de la salle.

Hadès se leva, dépoussiéra son armure divine au niveau des cuisses :

"Vous allez très bien vous débrouiller sans eux, certifia l'Empereur.

- Mais enfin ! reprit Minos qui ne comprenait pas ce refus. Votre Majesté, c'est en train de fondre !

- Je l'entends bien, mais débrouillez-vous."

C'était une réponse froide. Le juge maugréa quelques mots inaudibles pour Rhadamanthe avant de supplier à nouveau son seigneur. Hadès fit fi de sa demande, se tourna vers Athéna avant de lui tendre la main pour l'aider à se relever.

"Je suis navré, déclara Hadès tandis qu'Athéna se leva. Il semblerait que nous ayons un petit souci."

Minos manqua de s'étrangler en entendant les mots "petit souci". Rhadamanthe, toujours un genou à terre, passa une main sur son visage.

La journée allait être longue.

Très longue.

Mû frappa par trois fois à la porte de la chambre des dieux jumeaux. Aucune réponse. Il ouvrit doucement la porte, passant sa tête dans l'entrebâillement. Il aperçut un Thanatos allongé sur le ventre, la tête enfouie dans son coussin et Hypnos, assis sur le lit à ses côtés. Ce dernier lança un regard glacial à l'intrus. Le Bélier en fit fi avant d'entrer dans la pièce.

"Comment va-t-il ? demanda le gardien de la première maison d'une voix douce."

Hypnos plissa les yeux d'un air mauvais et ne répondit pas.

"C'est juste que...s'il est malade, il faut le soigner."

Logique implacable du mouton, ce qui ne fit pas bouger d'un poil le dieu du Sommeil. Mû n'était pas du genre à abandonner aussi vite. Il fit le tour du lit non sans être suivi des yeux par Hypnos, se positionna près du jumeau avant de placer doucement la main sur son front. Comme il pouvait s'en douter, il était brûlant. Ce n'était pas bon signe. Et le Bélier avait vérifié : il n'y avait aucun médicament au chalet.

"Il a de la fièvre, déclara Mû sans retirer sa main.

- Ça passera, répondit simplement Hypnos."

Mû resta un instant abasourdi par la réponse du dieu du Sommeil, comme si le fait que son frère eût de la fièvre était quelque chose de banal. Déjà chez un être humain ce n'était pas rien, mais un dieu.. Non, il ne pouvait pas faire comme si cela allait passer. Thanatos avait besoin de soin. Et ce n'était pas en imitant Cerbère devant sa porte que cela allait arranger les choses.

Thanatos grommela quelque chose dans son sommeil. Mû retira sa main avant de lancer un regard plein de reproches au jumeau blond.

"Il a l'air vraiment pas bien, insista le Bélier.

- Il n'a pas besoin des humains pour guérir, répliqua sèchement Hypnos.

- Ce n'est pas en restant à côté de lui en faisant le pied de grue que ça va le guérir, non plus !"

Voilà, c'était dit.

Hypnos fixa le Bélier un moment, scandant chaque partie de son visage. Le Bélier avait l'air inquiet. Et pourquoi s'en faisait-il autant pour un dieu ? Après tout, leurs pouvoirs dépassaient son entendement et Mû savait que Hypnos était prêt à n'importe quoi pour sauver son frère. Mais sans l'aide des humains,il va sans dire. Il avait accepté de jouer le jeu pour le bon plaisir de Hadès. Il avait ses limites à cet accord.

Hypnos était cependant tout sauf irraisonnable. Si la fièvre de Thanatos persistait, alors peut-être que les humains interviendront(et il savait au plus profond de lui que son jumeau lui ferait la tête pendant deux millénaires s'il en était arrivé là). Sauf s'il décidait d'outrepasser l'interdiction de Hadès et d'utiliser ses capacités divines.

Pour le moment, la règle était simple : personne ne devait s'approcher de Thanatos. Et ce Bélier devait déguerpir au plus vite.

Le Bélier ne pouvait décemment pas laisser Thanatos, même s'il était un dieu, dans cet état. Et Athéna savait que le premier gardien pouvait être aussi têtu que trois troupeaux de bourriques. Si ce n'était quatre.

Mû ne comprenait pas les réactions du blond. Certes, au sanctuaire, quand Kânon avait chopé une bien belle angine, Saga était resté à son chevet, mais avait permis cependant aux autres chevaliers de venir lui rendre visite. Et l'inverse était aussi le cas. Sauf que le général de Poseidon était plus strict que l'aîné, ne lui donnant l'autorisation de sortir de son lit que lorsqu'il fut parfaitement guéri.

Le Bélier avait aussi discuté avec les jumeaux Bud et Syd lors du banquet avec la princesse Hilda. Ils étaient très proches, mais laissaient respirer l'autre. Et Syd aimait raconter ô combien son frère était passablement irritant quand il avait de la fièvre, niant toujours l'évidence et surtout, voulant à tout prix continuer son travail malgré les insistances de son jumeau.

Et là, le dieu du Sommeil ne voulait pas de l'aide qu'on lui proposait pour soigner son frère ? Et il préférait éloigner toute personne qui était apte à l'aider ? Tout cela, car ils étaient des "humains" ?

Balivernes.

Deathmask avait essayé de convaincre le Bélier ne pas s'en mêler, car Hypnos était bien mieux placé qu'eux pour savoir quoi faire dans ces cas-là (Le Cancer voulait surtout que Mû se mêle de ce qu'il le regardait). Le quatrième gardien avait même suggéré qu'ils devaient le laisser "crever" (c'était ses mots).

Mais voilà. Mû ne l'écoutait jamais quand il s'agissait d'aider quelqu'un, qu'il fût Dieu, spectre, général ou guerrier divin.

Ce n'était pas grave. Il ira chercher des médicaments et les administrera à Thanatos même s'il devait passer sur le corps de Hypnos. Cet idiot comprendra peut-être que c'était juste pour le bien de son bien-aimé jumeau. Foi de Bélier d'or.

Mû sortit de la pièce sans demander son reste non sans avoir lancé un dernier regard à Hypnos qui soupira.

Sur le palier, le Bélier croisa Saga qui descendait au salon. Le jumeau de Kânon ne put s'empêcher de remarque la mine déconfite de son ami.

"Tout va bien ? lança-t-il d'une voix mi-inquiète."

Le premier gardien ne répondit pas tout de suite. Il laissa échapper un long soupire qui en disait long :

"Je dois aller acheter des médicaments pour Thanatos. Sa fièvre ne tombe pas.

- Laisse-lui le temps de se reposer. Ça va passer, déclara Saga, d'une voix rassurante."

Le calme légendaire du Bélier se fissura, que Hypnos dise que "ça allait passer" était quelque chose, mais venant de la bouche du gémeau, c'était intolérable :

"Ça va passer ? Mais enfin, Saga, il est brûlant ! "

Devant une telle réaction, le chevalier des Gémeaux dévisagea Mû comme si c'était la première fois qu'il le voyait :

- Ne t'énerve pas, fit-il avec calme. C'est un dieu quand même. Ce n'est pas un rhume qui va le tuer, hein."

Mû ne l'entendit pas de cette oreille, passa à côté du gémeau non sans le pousser avec son épaule droite et descendit d'un pas plus qu'énervé dans le salon. Saga ramena sa main droite derrière la tête, se demandant quelle mouche avait bien pu piquer le premier gardien de la sorte. Qu'il s'inquiétât pour Thanatos était une chose, mais qu'il réagissait de cette manière tout ça, car Saga ne reconnaissait pas la gravité de la situation en était une autre. Et puis quelle gravité ? Le dieu de la Mort avait juste attrapé une bonne vieille crève qui s'en ira le lendemain au mieux, fin de semaine au pire.

Vraiment, pas de quoi s'énerver. Et puis le Gémeau supposait que Hypnos n'était pas idiot au point de laisser son frère mourir sous ses yeux. Vraiment, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

Shura était accoudé au bar, en grande discussion avec Milo quand la tornade mauve passa près d'eux. Le Scorpion suivit du regard la trajectoire de son homologue d'or, en se demandant ce qui avait pu le mettre dans cet état. Aphrodite, assis dans le fauteuil le plus proche de la cheminée, remarqua la charge du Bélier se dirigeant vers la cuisine. Allons bon, que se passait-il encore ?

Kânon, qui avait enlevé manteau et pull, se baladant maintenant en t-shirt, lança un regard interrogateur à son frère descendant les escaliers. Ce dernier fit signe de n'y prêter aucune attention en chassant une mouche invisible devant son visage. Après tout, si Saga disait que ce n'était rien...

Deathmask, le coude posé sur la table, était en train de discuter avec Camus dans la cuisine quand Mû du Bélier fit irruption. Il passa près d'eux sans leur adresser un regard, se dirigeant vers l'armoire au-dessus de l'évier. Il en tira un verre, se tourna vers le frigo avant d'en sortir une brique de jus d'orange. Sous les yeux perplexes des deux chevaliers d'or présents, le Bélier se versa un verre, l'avala d'une traite avant de reposer le verre avec violence sur la table. Camus échangea un regard avec le Cancer avant de lancer doucement :

"Mû ?"

L'intéressé répondit d'une voix irritée :

"Quoi ?"

Le Verseau resta de marbre.

"Un problème ? demanda le Cancer, d'une voix désintéressée.

- Thanatos est malade comme un chien et il lui faut des médicaments, voila ce qu'il y a, répondit le tibétain avant de se masser le front du bout des doigts.

- Bah, va en chercher.

- On est à plus d'une heure de route du centre-ville.

- Téléporte-toi.

- Je ne peux pas du tout me repérer vu que je n'ai aucune idée où je vais. "

Camus s'appuya sur la table ;

"Pourquoi ne prends-tu pas la voiture ? suggéra-t-il.

- La voiture ? Quelle voiture ? s'enquit Mû.

- Il y a une voiture garée dans un garage, juste à côté du chalet. Les clefs du contact sont dessus."

Mû cligna des yeux. Y aller en voiture n'était pas une mauvaise idée. Cependant, il n'avait pas du tout son permis de conduire.

"Je ne sais pas conduire, avoua Mû en soupirant.

- Moi si, murmura Camus. Et Deathmask aussi."

Le Cancer mit les mains dans ses poches avant de jauger le Bélier. Si le fait de le conduire à la pharmacie pouvait lui retirer cette tête infâme qu'il faisait, alors l'italien était partant. Et s'il pouvait passer quelque temps avec lui à l'abri des regards indiscrets et sans avoir les autres Or dans les pattes, c'était du bonus.

"OK, bon. Je dois m'y rendre maintenant, déclara le Bélier.

- Quoi ? Toute de suite, là, maintenant ? s'étonna le Cancer.

- Oui, toute de suite. Là. MAINTENANT."

Devant l'impatience du premier gardien, Deathmask haussa un sourcil. OK. Thanatos semblait être malade. OK. C'était un dieu. OK. Les chevaliers d'or devaient aider leur prochain qu'il fût spectre, guerrier, général ou même dieu. OK. Mû avait la réputation d'être très calme. OK. Là, il venait de montrer le côté impulsif de son signe et ce n'était pas le moment de le contrarier.

Et le Cancer redoutait que les médicaments "humains" ne soient pas efficaces sur un dieu. Cependant, quand le Bélier avait une idée en tête, ce n'était même pas la peine d'essayer de lui en défaire. Deathmask était battu à plate à couture sur l'entêtement. Et une partie de lui aimait ce côté du Bélier. Il savait ce qu'il voulait et c'était tout à son honneur. Même si vraiment il n'y avait pas mort d'homme pour le moment.

Mû soupira d'exaspération avant de ranger son verre dans l'évier. Camus quitta la pièce, non sans avoir tapoté amicalement l'épaule du Cancer pour lui donner du courage.

Le quatrième gardien ne savait pas si c'était vraiment du courage dont il avait besoin ou d'une bonne bière en voyant la mine irritée du Bélier. Bon, il allait le conduire à une pharmacie et le premier gardien arrêtera de faire cette tête de quelqu'un qui avait envie de meurtre.

Vraiment, cela ne lui allait pas. Le visage du Bélier était là pour faire resplendir la sérénité et la gentillesse. Et le Cancer ferait tout en ce moment pour lui décrocher ne serait-ce qu'une esquisse de sourire.

Juste un seul sourire.