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Chapitre 1 / Passée oublié. Part 2


Merlin se réveilla le premier quand il sentit sa main plus chaude qu'a l'habituelle. Quelque chose la lui comprimait. Ouvrant son regard sur cette dernière, il fut surpris d'y voir la main du blond… Il sentait la rougeur monter sur son visage… Doucement, il l'enleva et contempla Arthur. Il lui paraissait plus détendu et les traits de son visage étaient plus sereins. À cette image, Merlin sourit. Le petit prince cligna les paupières et en apercevant son nouvel ami, Arthur lui renvoya son plus beau sourire. Jamais, il ne s'était senti si bien que ce matin-là. Découvrir le brun à ses côtés, le regard bleu encore ensommeillé… Qu'il aurait voulu voir encore cette teinte or…

Ils prirent quelques minutes avant de sortir de la grotte en silence. Au pas de cette roche, ils se regardèrent sans dire un mot. A quoi bon, se disait le blond, il ne le reverrait surement jamais et encore moins dans son royaume… Une soudaine tristesse s'empara de lui, il avait l'impression de perdre un trésor parce qu'il savait que dans sa vie, il n'y avait pas de place pour les sorciers. Le dévisageant, Arthur soupira et le remercia une dernière fois. Le petit sorcier avait cette intime certitude que leurs chemins se recroiseront et avec peine, il lui souhaita bonne route. Et avant que le blond ne le laisse, ce dernier, prit d'une envie soudaine, le serra très fort contre lui. Merlin, peu habitué, fut dans un premier temps surpris mais dans cette étreinte, où les mots n'avaient aucune puissance, il s'y blottit…

― J'aurais tellement voulu… commença Arthur la gorge nouée, que tu deviennes mon ami, finit-il mentalement.

― Je sais… répondit seulement Merlin entre ses lèvres en lui tapotant le dos.

Le brun, plus petit qu'Arthur, sentait tout contre son oreille les battements de cœur de ce dernier. Il ferma quelques secondes ses yeux pour profiter de cet instant. Arthur, son nez dans les cheveux du brun, fermait lui aussi les yeux. Le prince percevait une douleur dans son torse mais à son âge, il ne comprenait pas. Il pensait seulement qu'il lui était dommage de ne plus le revoir.

Merlin resta au pied de la grotte en regardant le blond partir. S'inquiétant pour lui, il avait dû attendre jusqu'à midi quand il visualisa mentalement des gardes portant tous une tunique rouge se dirigeaient vers Arthur dont l'un d'eux lui tendait ses bras. Il allait rentrer chez lui sain et sauf. Rassuré, il fit demi-tour pour rentrer chez lui. Marchant en direction de Camelot, le petit prince pensait toujours au petit mage. Le cœur serrait par la révélation de la magie, lui qui n'en n'avait, à proprement parler, jamais vu. Arthur savait seulement que sa magie était innocente et touchante.

Son regard n'aperçut pas les gardes du roi s'approcher de lui, non, il se disait qu'un jour, il sera plus courageux. Il se souvint que dans ses yeux, le brun avait tout aussi peur que lui. Il se rappelait que dans sa main, la sienne partageait leur anxiété commune. Il s'arrêta quelques secondes pour respirer cet air matinal en fermant ses yeux. Le vent semblait le rassurer de son souffle frais. Enfin, il distingua le jeune chevalier Léon qui lui tendait les bras. Arthur lui sourit et le chevalier, pour la première fois, détailla ce sourire franc qu'il n'avait jamais vu sur son visage. Tel un prince, Léon avait l'habitude de les connaitre. Les sourires d'Arthur étaient souvent figés, courtois et forcés. Mais celui-là… il le grava dans sa mémoire.

Quand, Merlin arriva chez lui, il trouva sa mère morte d'inquiétude. Elle le gronda mais se mit aussitôt à pleurer en le prenant dans ses bras. Une fois remise de ses émotions, Merlin la rassura et lui conta son aventure en omettant de lui dire qu'il avait utilisé sa magie. Elle n'eut pas le temps de lui répondre que William avait débarqué, serrant Merlin dans ses bras. Hunit sortit en soupirant de soulagement quelques instants, pour laisser à ses deux enfants un peu d'espace.

― Alors qui était-il ? Tu as réussi ? Tu m'as fait si peur…s'était demandé son ami.

Puis le regard de William s'attarda sur le foulard bleu puis en entendant le nom qu'il venait de lui donner, il devint fou de rage.

― C'est ton nouvel ami ! cria-t-il en tirant le bout de tissu qui ornait son cou.

Merlin était étonné par son geste brutal et surtout à cause d'un foulard… mais William le blessait de ses paroles…

― Le fils du roi ! Arthur n'est qu'un sale petit prétentieux qui ne se soucie que de lui, jamais de son peuple ! Tu aurais dû…

Son ami avait crié cela en poussant violement Merlin contre le mur qui percuta de sa tête un coin de la table et s'écroula à même le sol. William, honteux, s'agenouilla près de lui en appelant sa mère qui accourut très vite. Il s'excusa auprès d'elle et partit de la maison en courant.

Hunit veilla sur son fils durant toute la journée et la nuit qui avait suivi. Merlin avait pris un coup violent sur la tête. Quand enfin, il se réveilla, elle se rendit compte qu'il avait oublié tout ce qui s'était passé ces derniers jours. Désolée pour lui, elle lui tendit le foulard bleu en lui disant seulement, qu'en sauvant un petit garçon, celui-ci le lui avait offert. Evidement elle ne lui donna jamais le nom car elle savait qu'un jour, elle l'allait l'envoyer au royaume de ce jeune garçon pour qu'il puisse rencontrer son ami Gaius. Hunit avait déjà rencontré Arthur quelques années avant, en allant voir son vieil ami. Elle se souvint de son caractère déjà si imposant… si ce que lui a décrit Merlin, alors elle ne s'en inquiéterait pas. Merlin, lui avait cependant quelques flashes mais rien de bien précis. Le seul souvenir qu'il avait gardé, était ce foulard qu'il gardera longtemps sur lui, cachant ainsi cette cicatrice au cou dont il ne se souvint même plus comment il se l'était faite. William était venu s'excuser plusieurs fois auprès de lui, consterné par ce qu'il lui avait fait mais pour Merlin, William restera son ami et un bon ami pour toujours.

Arthur avait rendu visite au médecin de la cour. Gaius, content de le voir sain et sauf, écouta son récit. Ainsi il lui raconta son histoire sans oser parler de magie.

― Seul j'étais effrayé Gaius… murmurait-il ensuite. Mais ce garçon au sourire large avait encore plus de courage que moi, ajoutait-il en baissant la tête.

Le médecin, comprenant sa situation, lui répondit :

― Sir, je sais combien il a été dur pour vous d'avoir vécu tout cela. Mais dites-vous que chaque chose à un but précis… cette rencontre devait surement avoir lieu… ajouta-t-il sans conviction.

Il voulait seulement que le petit prince cesse de se rendre encore moins important.

― Mais il était plus jeune et plus…

Arthur ne put continuer, pour la première fois de sa vie, il se rendait compte que son rang ne faisait pas forcément de lui, quelqu'un de plus valeureux. Le plus âgé ressentait toute la tristesse de celui-ci dans ses paroles encore jeunes.

― Arthur, vous aurez beau vous juger impuissant, la valeur d'une personne se juge dans ses actes et non sur son apparence ou son rang. Ne m'avez-vous pas dit que lorsque vous avez entendu ces bandits dans la grotte, vous vouliez vous rendre ?

Le prince hocha la tête.

― Vous vouliez le protéger et ça, sir, c'est aussi être valeureux. Tout comme vous, il a simplement voulu vous mettre à l'abri.

Gaius adorait le prince et en apercevant un sourire fragile, il lui dit :

― Sir, si vous souhaitez me parler de quelques choses qui vous tient à cœur, sachiez que je ne le divulguerais à personne.

Arthur réfléchit quelques instants puis lui demanda si un enfant pouvait naitre avec de la magie et cela sans l'apprendre.

― Je pense que oui mais je n'ai pas eu la chance d'en rencontrer un.

Il s'était contenté de cette réponse et sourit en partant voir Léon. Quant à Gaius, il se demandait qui pouvait avoir rencontré le petit prince. Il lui semblait qu'Arthur avait subitement changé. Les jours, les semaines, les mois qui suivirent, le médecin surveillait le blond. Arthur ne prenait plus le temps de jouer, plus le temps de rire comme autrefois… Il était plus concentré sur ses entrainements qu'il réclamait de plus en plus. Même le chevalier Léon, content de le voir plus sérieux, s'était aperçu de ce changement.

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Quatorze ans plus tard…

Le temps avait pris lentement la jeunesse de ces deux enfants qui devinrent de jeunes adultes. Merlin était devenu le valet du prince Arthur. Venu à Camelot à la demande de sa mère quatre années plus tôt, il fut pris en charge par Gaius. Au fils du temps, le médecin du cours devenait cette figure paternelle qui lui manquait beaucoup. Ce dernier tentait de lui apprendre à maitriser sa magie. Magie que lui-même avait du mal à concevoir… Sans incantation, Merlin savait faire des choses qui ne ressemblaient à aucune autre. Il devenait lui-même une énigme.

Arthur, lui, avait fini par grandir… et non murir. Il était devenu plus fort, plus courageux mais son caractère était celui d'un jeune prince arrogant et imbu de sa personne. Il ne voulait plus être celui que les gens sauvent, non, il voulait être de l'autre côté comme ce petit brun qui, malgré le temps, s'effaça lentement de sa mémoire. Le prince s'était seulement rattaché à son enlèvement, oubliant qui lui avait donné cette force de devenir plus fort et surtout plus valeureux. Parfois, la nuit, ses rêves étaient peuplés de cette magie, si belle et si merveilleuse mais le visage de l'enfant, tant chéri de la terre, avaient lentement disparu de sa mémoire. Et lorsqu'il fit la rencontre de Merlin, sa vie avait encore une fois changé. Arthur semblait murir à ses côtés sans se rendre compte de leur lien qui les unissait depuis quatorze ans. Le prince étant ce qu'il était, remettait souvent en doute les paroles de son valet, comme ce dernier se permettait toujours de lui répondre.

Quelques jours après l'affront de Morgana, la révélation pour Arthur de comprendre enfin pourquoi Uther tenait autant à elle, l'avait profondément anéanti. Mais tel un futur souverain, il avait, grâce aux paroles de Merlin, reprit confiance en lui. Cela avait toujours fonctionné ainsi entre eux. Une amitié fragile entre chaque bataille, ils finissaient toujours ensemble glorieux. Or la dernière en date marquait un tournant dans leur vie, les chevaliers de la table ronde étaient fondés et pour eux, ils avaient, non pas un royaume, mais une nouvelle famille. Arthur, toujours fidèle à lui-même, était proche de ses chevaliers et de Merlin. Bien qu'il s'attache inconsciemment à son valet, il n'y montrait jamais ses sentiments. Merlin, lui, avait en Gaius, l'image d'un père malgré qu'il n'ait connu brièvement le sien et vu celui-ci mourir devant lui. Depuis cette disparition, le jeune sorcier n'était plus le même. Personne à part le médecin ne s'en était vraiment rendu compte. Lancelot et Gauvain, quant à eux s'en étaient rendu compte en rejoignant la table ronde mais jamais ils ne lui touchèrent un mot.

En ce jour d'été, Arthur qui voulait se dégourdir les jambes, avait demandé à Merlin de l'accompagner. Une fois par mois, tous deux galopaient à travers les bois, contemplant le paysage qui rayonnait sous les lueurs du soleil à chaque saison changeante. Merlin savait depuis peu, que Gwen avait quitté le prince pour Lancelot. Le brun comprenait le silence de ce dernier. La façon dont le blond lui parlait depuis sa rupture, se ressentait dans sa voix. Cela faisait bien longtemps que Merlin s'était adapté à son caractère limite lunatique. Cela lui faisait ni chaud, ni froid…à vrai dire, cela ne lui faisait rien. Merlin savait combien il l'aimait et il ne pouvait rien faire pour le soutenir et encore moins à surmonter ce chagrin à part lui montrer sa présence. Le jeune sorcier avait un rôle, une destinée et il le faisait. Il le suivait toujours. Et ce jour encore, Merlin gardait un œil sur lui. Quand ils arrivèrent au lac d'Avalon, il détaillait le prince qui était descendu de cheval tout en fixant l'horizon.

Arthur adorait ce paysage et s'avançant aux bords du lac, il lui arrivait de se souvenir de ce jour où tout avait basculé. Quelqu'un échappait à sa mémoire… il n'arrivait plus à se souvenir mais il était certain qu'il y avait une personne à ses côtés. Cela faisait déjà plus d'un an qu'il ne cessait de se voir courir à travers les bois, essoufflé. Dans ce rêve, il était devant une grotte où un petit garçon lui montrait son dos. Chaque fois qu'il posait sa main sur son épaule, il n'arrivait jamais à voir son visage. Le plus étonnant était cette voix qui lui disait sans cesse avant de se réveiller :

'' Te souviens-tu de lui ? ''

Les yeux perdus dans sa contemplation, il ferma ses paupières pour tenter de se rappeler qu'un jour, il n'était pas seul. Méditant au souffle du vent, il était bercé de cette légère fraicheur. Lentement, il serra sa main gauche comme si une main invisible s'était emparée d'elle. Ses souvenirs l'effleuraient et aujourd'hui enfin, il commençait à avoir des indices. Ce n'était pas grand-chose mais cela avait beaucoup d'importance pour lui. Telle une évidence, une lueur dorée s'imposa dans ses yeux clos. Arthur était troublé, il en voulait encore. Ne sachant pas d'où lui venait ce besoin, il se mit à sourire en ouvrant ses yeux sur le lac. Oui, il se souvint combien la magie pouvait être belle. Comment avait-il pu oublier ? Comment avait-il pu perdre celui qui lui avait montré cette beauté ?

Il releva son regard bleu et inquiet, en repensant aux actes de sa demi-sœur. Sorcière, elle était… mais sa magie était destructif, rien à voir avec celle du petit sorcier. Il soupira lourdement. Il en avait croisé des sorciers et des sorcières, mais comme à chaque fois, ils s'attaquaient au royaume. Comment au fil du temps, pouvait-il encore se poser la question sur la menace que représentaient ces êtres ? Il aurait pu y croire, dure comme fer mais, dans un coin de sa tête, le doute venait encore le persécuter.

Merlin ne disait rien. Il savait que cet endroit était son lieu de paix. Il le laissa seul pendant qu'il s'éloignait et regardait le lac. Pour lui aussi il était important. Quelques images passées venaient parfois le hanter, mais Merlin ne ressentait rien, juste de l'indifférence parce que tout cela ne faisait partie que d'un lointain passés. Passée auxquels, il avait laissés à la mort de Balinor. Et pourtant, il ne suivait que ce que le dragon lui disait : veiller sur le prince pour qu'un jour Albion puisse connaitre une période de prospérité. Pleurer ne servait à rien à part souffrir encore plus. La douleur de perdre, tel était son quotidien qu'il supportait et cela grâce aux paroles dures qu'Arthur lui avait dite après la mort du dragonnier.

Merlin avait tant souffert qu'il ne put que se jeter un sort, un charme pour seulement tout supporter. Bien sûr qu'il s'en souvint mais dans son cœur, il n'y avait plus rien à ressentir. Faire, travailler, veiller… voilà, le jeune sorcier n'avait plus qu'à suivre sa destinée. Il leva son regard sur le lac et même en se rappelant de Freya, aucun battement n'était venu se poindre sur son cœur. Les yeux fixés sur un point imaginaire, il se disait, depuis deux ans, que cela valait mieux ainsi.

Arthur cherchait du regard son valet en rejoignant son cheval. Quand enfin il le trouva, il avait l'impression que parfois Merlin lui cachait des choses. À cet instant, il le voyait, immobile telle une statue ornant le lac. Le prince était loin d'être si touché que cela de sa rupture, au contraire il était même ravi pour ce couple. Depuis que Morgana et Morgause étaient reparti penaudes de leur attaque, le prince avait un doute sur ce que lui cachait son valet. Arthur était même plutôt préoccupé par lui. D'une main, il caressa la crinière de son cheval en rêvassant. Surtout, il sentait un vide entre eux. Merlin était lui sans vraiment être lui. Bien sûr, le brun lui envoyait toujours des " Sir'' bien prononcés, des ''je vous l'avais bien dit'', des '' royaux crétins "...

Cependant, Arthur ne percevait plus cette étincelle dans son regard quand il s'était habitué à la distinguer. Il n'y avait plus cette attitude inquiète des débuts, non, c'était comme si Merlin avait muri d'un coup, oubliant de vivre. Et quand le prince lui ordonnait des tâches encore plus ingrates, son valet râlait sans réelle conviction. Il n'aurait su dire exactement à quelle époque tout cela avait changé mais quand il y réfléchissait bien, la dernière fois qu'il l'avait vraiment vu pleurer d'une telle intensité, ce fut à la mort du dragonnier. Il se souvint très bien de son regard rougis et de cette étrange lueur au fond de ses yeux. Elle était encore pire qu'à la mort de son ami William. Il s'approcha de l'oreille de la bête et lui murmura :

― J'aimerais tant retrouver cet idiot de Merlin…

Arthur avait remarqué son dévouement mais il était moins flagrant que ces deux premières années qu'il avait vécues à ses côtés. De quoi pouvait souffrir Merlin pour affliger un regard si vide et sans chaleur ? Arthur avait beau être arrogant, cela ne l'empêchait pas de comprendre son entourage et Merlin comptait beaucoup pour lui.

Quand ils rentrèrent, aucun des deux ne s'était adressé la parole. Une habitude qu'ils avaient prise ensemble quand ils revenaient du lac. Deux heures plus tard, d'où ils étaient, ils pouvaient apercevoir le château lorsque à un tournant, ils tombèrent sur Morgana. Ils n'eurent pas le temps de faire le moindre mouvement qu'elle leur lança un sort de vent qui les propulsa en arrière. Arthur avait lâché ses rênes et tomba durement sur une énorme pierre tandis que Merlin s'écroula sur ses fesses en se maintenant sur ses mains. Le brun se releva subitement et s'approchant du prince, il croisa son regard inquiet et douloureux.

― Je ne peux plus bouger Merlin… sa voix était cassée, mêlée de peur comme jamais il n'avait entendu de sa bouche.

Le jeune sorcier comprit qu'il s'était brisé la colonne vertébrale. Sans réfléchir et par devoir, il incanta un sort et posa sa main sur le bas du ventre de celui-ci. Arthur avait vu une lueur d'échec sur son visage si habituellement souriant et calme. Des mots incompréhensifs franchirent des lèvres de son valet et là, toute la douleur s'envola avec cette teinte dorée. L'or n'était seulement que la couleur que le prince percevait, aucune trace de lueur, aucune chaleur… rien, juste la teinte. Il ne savait plus ce qui était dur à supporter, les yeux dorés de sa sœur si haineuse ou les yeux de Merlin qui semblait éteinte… Il voulait tellement retrouver le regard de ce garçon… parce que dans les yeux de Merlin, le prince avait cette sensation de n'être qu'un homme parmi tant d'autres. Cela ne fit qu'augmenter sa curiosité mais il n'eut pas le temps d'en parler.

― Tiens, tiens, mais qui vois-je ? entendirent-ils derrière eux.

― Morgana, grommela Merlin en se retournant sur elle.

Avant qu'elle ne lui jette un autre sort, Merlin éclaira ses yeux d'or et l'envoya contre un arbre. Durement, elle atterrit sur le tronc. Arthur aperçut de la crainte dans les gestes et dans le regard de celle-ci mais quand elle se releva, en maintenant son bras gauche, surement cassé, elle avança ses mains en direction d'Arthur et dans un ricanement elle lança un sort. Tout se passa tellement vite qu'Arthur ne put faire un mouvement tandis que Merlin s'interposa entre eux. Le jeune sorcier fut touché par une lumière aveuglante. Des paroles de Morgana, il comprit qu'il devrait rapidement trouver l'antidote ou le sort qui brisera l'enchantement dont il se prit en pleine figure. Se concentrant plus qu'à l'habitude, Merlin grogna ses mots, si cristallins sortant de sa gorge que Morgana se figea sur place.

― Viens à Camelot et tu mourras… souffla-t-il. Je meurs et tu mourras, ajouta-t-il avant qu'elle ne s'éloigne d'eux la peur au ventre par la malédiction de Merlin.

Le prince se releva sans prendre la peine de secouer la terre qui était collée sur ses vêtements. Puis il fixa le dos de Merlin, inquiet que celui-ci n'ait pas bougé d'un pas depuis quelques minutes.

― Merlin, murmurait-il d'une voix tremblante.

Il vit son valet serrer ses poings. Pour la première fois, il s'inquiétait plus de Merlin que de savoir s'il était sorcier. Et bien qu'il lui ait montré son don, le prince ne pensait qu'au brun. Arthur marcha jusqu'au brun et avant d'arriver près de lui, il s'aperçut que celui-ci était tombé à genoux, les bras le long du corps. Le cœur battant, le prince se précipita devant lui. Ce fut avec souffrance qu'il dévisagea le regard de Merlin. Il tomba lui-même à genoux, les mains sur sa bouche, comme s'il tentait d'étouffer un cri.

Quant à Merlin, il baissait encore plus sa tête, cachant ses yeux par ses cheveux. Immobiles, quelques minutes passèrent sans qu'aucun des deux ne parle. Le silence était tel qu'Arthur pouvait entendre le souffle du vent, balayant leurs mèches de cheveux, tel que le bruit des feuilles volantes virevoltait doucement et tel que jamais le prince n'aurait pu le supporter mais pour Merlin il le faisait. Lentement, le prince osa poser ses doigts sur une des paupières de Merlin mais celui-ci tourna la tête. Arthur se demandait ce qu'il pouvait le blesser ? Pourtant en ayant la réponse devant ses yeux, il avait craint pour son valet. Le prince aperçut un léger rictus se dessiner sur un coin de lèvre du jeune sorcier. Arthur tentait de cacher son sentiment de rejet tandis que Merlin, plus valeureux, se releva. Il siffla son cheval qui se posta devant lui. Le brun caressa le flanc de celui-ci et trouvant les rênes d'une main et de l'autre les étriers, il monta sur sa selle.

Merlin était abattu. Il venait de recevoir le sort de la sorcière… Il ne semblait plus être réactif à quoique ce soit autour de lui. Il se laissa tomber à genoux. Son cœur étouffait cette colère, seule chose dont il pouvait ressentir, seule chose qui le poussait à agir ainsi. Comment allait-il s'en sortir ? Pourtant, inutilement, il savait que sa fin était proche. Peut-être était-ce mieux ainsi, se disait-il. Pour lui, ce sera fini mais au moins le prince vivra. Il serra les poings et pour la première fois depuis si longtemps, il laissa son sentiment d'échec atteindre son âme. Malgré tout, il sourit au vent parce qu'Arthur était encore en vie et lorsqu'il sentit les doigts du prince sur une de ces paupières, il se ressaisit comme tant de fois et se releva sans dire un mot.

Dans le silence dont seule la nature pouvait combler, Arthur n'arrivait pas à détacher son regard de Merlin. Le regard de son valet était encore plus vide. Ses pupilles étaient devenus blancs, plus aucune couleur n'y paraissait. Le prince savait que si Morgana avait attaqué, ce fut seulement contre lui qu'elle lui en voulait. Et de voir son valet, même sorcier, prendre le sort qui lui était destiné l'avait profondément attristé. Il aurait dû prendre le sort de sa sœur. Le cœur serré, serrant de ses poings tremblants ses rênes, il s'écria :

― Pourquoi Merlin !

Le jeune sorcier qui n'avait pas émis un seul son, lui répondit simplement d'une voix posée :

― Mon devoir est de vous servir, de vous protéger et de vous préserver jusqu'à votre monté sur le trône.

Arthur était étonné de sa réponse qui le toucha plus qu'il ne l'aurait cru.

― Mais toi ? N'aspires-tu pas à vivre comme…

― Sir ! Ma vie est la vôtre. Alors cessez vos bavardages ! Coupa Merlin. À moins que vous ne souhaitiez faire installer un bucher à notre arrivée.

Le prince surpris par son intonation froide et sa réponse, lui fit l'effet d'une douche gelée. Jamais son valet ne s'était permis de lui répondre ainsi. Or il ne pouvait pas lui en vouloir à cet instant. Mais pourquoi Merlin pensait-il qu'il le trahirait ? Lui qui l'avait si souvent épaulé ? Merlin était devenu trop important pour lui pour le dénoncer. Ce qui le peinait le plus, ce fut ce silence pesant qui suivit tout le long du retour. Il se rendait compte combien l'ancien Merlin qu'il connaissait lui manquait. Car là, devant lui, il en était certain, ce n'était plus lui depuis quelques années… deux ans pour être exacte… En apparence, il en avait l'air mais dans ses gestes et ses paroles, comme il le pensait plus tôt, Merlin avait muri trop vite à son gout. Et ses yeux… n'avaient plus de chaleur, plus de lueur, plus de sentiments… Arthur se demandait s'il en était la cause parce que les yeux ne sont-ils pas le reflet de notre âme ?

Quand ils arrivèrent au château, Merlin refusa catégoriquement l'aide du prince. Ce dernier se renfrogna. Le blond prit sur lui et alla chercher Gaius qui serait plus à même à discuter avec son valet. Merlin n'avait plus dit un seul mot. Il s'en voulait de se retrouver dans cet état. Lui qui connaissait la magie, n'avait rien trouvé pour lui rendre sa vue. Il n'avait aucunement besoin d'aide, encore moins celle du prince. Il ne détestait pas Arthur, non il était seulement l'objectif de sa vie et rien d'autre à ses yeux. Le prince lui-même ne lui cessait de lui répéter à qui il avait à faire. Sa confiance envers le futur souverain était tel qu'il savait qu'il ne trahirait pas son secret… et là encore, il ne ressentait rien que sa propre colère engendrait par Morgana.

Les deux premières années, Merlin avait accepté le comportement du prince. De son ignorance à son arrogance, le jeune sorcier avait compris bien longtemps sa place auprès de lui. Mais cela ne l'obligeait pas à l'apprécier. Il ne faisait que ce que son destin attendait de lui. Depuis la mort de son père, Balinor, Merlin s'était promis de ne plus pleurer pour un homme comme lui avait suggéré Arthur. Chose que Merlin tenait absolument à respecter et pour cela, il se détacha de toute affection envers toutes les personnes qui le côtoyaient.

Lentement, il descendit de son cheval quand il entendit la voix de Gauvain.

― Merlin ! Que je suis content de te revoir l'ami, dit-il en lui tapotant l'épaule.

Le jeune sorcier se tourna face à lui et s'il aurait pu voir le visage du chevalier, il aurait vu les traits de celui-ci se tendre de colère.

― Qui t'as fait cela ? hurlait-il presque, faisant ainsi courir le médecin de la cour vers eux.

― Mon dieu, mon petit… s'écria Gaius suivi de Gwen qui devint pâle en l'apercevant.

Merlin serrait les dents devant autant de paroles qui ne lui signifiaient plus rien.

― Je vais me reposer, dit-il d'une voix qui se voulait ferme.

Gaius s'approcha de lui et voulut le serrer contre lui mais déjà Merlin était déjà parti. Et sans un mot de plus, le jeune sorcier s'éloigna d'eux. Non seulement il ne répondait pas, mais il les laissa sur place, tentant de rentrer dans le laboratoire de Gaius. Se souvenant du chemin, ses pas étaient lents et sous les regards affligés par son comportement, Merlin faisait comme s'il ne les entendait pas. Il n'avait qu'une envie, celui de s'allonger sur son lit. Sa tête lui faisait atrocement mal. Le jeune sorcier pouvait entendre les voix autour de lui. Marchant droit, au bout de longues minutes, il arriva dans sa chambre en heurtant au passage la table de Gaius. Sur le coup, il récita un sort qui remit tout en place et il entra dans sa chambre. Il ferma la porte derrière lui et tâtonnant de ses pieds, il atteint son lit. Il s'assit au bord et là, après toute cette pression, il lâcha ses larmes. La tête plongeait entre ses deux mains, il se laissait aller. Secouant ses épaules aux rythmes de ses pleurs, il ne put se contenir de crier :

― Qu'ai-je donc fait pour mériter cela…

Puis une douleur sourde le prit sur le torse, le forçant à hurler sa souffrance.

― Si Arthur n'était pas né ! Alors je ne serais pas là à le surveiller… je ne serais pas là à courir après ce satané crétin !

Sa rage se ressentait en ses paroles empreintes de colère. Il bascula son dos sur son matelas en enlevant ses mains de son visage humide pour les poser plus haut sur sa chevelure. Lentement, sa respiration saccadée essayait de trouver un rythme régulier.

Arthur était devant le lit de Merlin quand celui-ci entra sans le sentir près de lui. Il observait son valet, malgré sa maigreur, il savait que derrière ce corps fragile, se cachait un jeune homme bon. Mais quelque chose lui manquait… Merlin n'était présent que lorsqu'il le réclamait ou quand il avait besoin d'aide contre toutes ses attaques envers le royaume. Il y mettait du cœur et cela il le ressentait bien mais leur relation avant si amical, semble-t-il, s'était détériorée au point que seul Merlin l'écoutait. Il ne partageait plus son opinion depuis longtemps déjà. Le prince voulait lui montrer combien il comptait pour lui et même s'il était souvent maladroit quand cela concernait les sentiments, il ne pouvait pas abandonner Merlin dans ce triste état.

Il voulut lui montrer sa présence mais quand il entendit le cri du brun, son corps se glaça. Jamais de telles paroles ne l'avaient autant blessée qu'à cet instant. Un frisson lui parcourait le dos, froide et persistante, comprimant au passage sa poitrine et douloureusement, une boule s'était formé au niveau sa gorge. Comment Merlin pouvait-il le haïr à ce point ? Comment pouvait-il prendre au mot ce qu'il disait ? Immobile, il regardait de ses yeux figés, son valet. Il ne fallut pas longtemps à Merlin pour s'endormir profondément. Même à ce moment, Arthur n'arrivait pas à faire le moindre mouvement. La colère ancrée en ses paroles lui brulait de l'intérieur. Il trouvait que le brun était injuste envers lui. Sans s'en rendre compte, il sentit des larmes dévalaient sur ses joues.

Il n'avait qu'une seule envie à cet instant, retourné à un moment de sa vie où tout était plus simple. Fermant les yeux quelques secondes, cette voix encore lui murmurait :

'' Te souviens-tu qui il était ? ''

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Voilà…à suivre.

Anath63