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Chapitre 1 / Passée oublié. Part 3.
Il dévisageait de ses yeux humides ce corps mince. Arthur avait du mal à comprendre ce qui venait de se produire. Qu'avait-il fait pour qu'il le haïsse ainsi ? Il essayait de dire à son cerveau de sortir de cette petite pièce qui l'étouffait et ces maudites larmes qui ne cessaient de couler… mais ses propres membres refusaient de faire le moindre mouvement. Et comme un enfant, il s'agenouilla devant cette douleur. Il ne voulait pas pleurer, pour lui, ce n'était pas à son habitude de se laisser aller mais, toujours en fixant ce corps, il regrettait presque les premiers temps… Pourquoi Merlin avait-il changé ? Pourquoi ne le remarquait-il que maintenant ? Pourquoi son valet ne lui parlait plus ? Pourquoi ne venait-il plus lui chercher ses piques distrayantes et amusantes ?
Tant de questions qui le menaient à se dire qu'il n'avait pas vraiment pris le temps de le voir comme il était… Sorcier… et alors se rappelait-il ? Il se rendait bien compte à quel point cette particularité ne le dérangeait pas… mais pourquoi ne lui en a-t-il jamais parlé ? Encore cette question qui le taraude car depuis qu'ils se connaissaient, n'avait-il pas fait preuve de son amitié ? Ou peut-être qu'avec ses comportements de royal crétin, Merlin ne devait pas surement le juger capable de recevoir une telle confiance… Dépité, il se reprit calmement et se releva de tout son poids avec difficulté. Qu'il lui était dur de sortir de la chambre de Merlin sans avoir aucune réponse. Il referma la porte derrière lui et il croisa Gauvain et Gaius. Le prince s'était arrêté à leur hauteur et murmura :
― Gaius veillez à ce qu'il puisse revoir…
Le médecin était plus désorienté par le regard rougi du prince que par ce qu'il lui disait.
― Arthur, que s'est-il passé ? demanda le chevalier complètement anxieux et dont le regard blanc de Merlin le hantait.
Il prit une profonde respiration et lui décrivit l'attaque de Morgana. A cause de lui, Merlin avait subi un sort lumineux qui le privait de sa vue. Arthur essayait de cacher ses tremblements en fermant ses poings mais en vain… Il ajouta que le brun avait dû dire quelque chose à la sorcière mais il n'avait pas vraiment su exactement ce que c'était. Puis difficilement, il fixa Gaius droit dans les yeux et lui souffla :
― Je ne savais pas qu'il me détestait à ce point…
Arthur s'enfuit de la pièce qui lui semblait devenir plus étroite que celle de son valet. Le cœur anéanti, il courut jusqu'à sa chambre malgré les appels de Gwen.
― Qu'est-ce qui vous chiffonne Gaius ? Questionna Gauvain qui vit son visage se tendre au moment où le prince avait fini de leur raconter leur péripétie.
Gaius tentait de dissimuler ses craintes mais tout comme le prince, il était aussi chamboulé que lui :
― Il ne reste que quelques heures avant que Merlin ne gouffre dans une terrible souffrance… souffla-t-il presque perdu.
― Comment ça ? criait Gauvain.
Le chevalier ne cessait de faire les cent pas, il n'arrivait pas à se contenir… il voulait aider son ami… Après quelques minutes de réflexion, qui parurent une éternité pour Gauvain, le médecin essayait de trouver les mots pour qu'il comprenne.
― Le sort qu'à employer Morgana est très puissant. D'ici ce soir, Merlin sombrera dans un sommeil lourd. Ça aurait été Arthur, il serait mort dans ce laps de temps mais comme nous le savons tous les deux, il n'en est pas pour Merlin.
Gauvain hocha de la tête, il ne niait pas qu'il savait pour le jeune sorcier. Il était trop stressé et énervé pour mentir ou faire une blague.
― Il sombrera dans un monde sans rêve … Il s'arrêta quelques secondes puis ajouta en déglutissant, je dois faire des recherches pour mieux me renseigner… Sa voix était monotone, sans aucun gout…
Il avait seulement peur pour son pupille et pour la première fois qu'il l'avait pris sous son aile, il ne savait pas s'il survivrait. Gauvain, lui, ne pouvait admettre que Merlin allait mourir ainsi. Tapant de ses mains aussi fortes l'une contre l'autre, il sortit en direction de la chambre d'Arthur.
Gwen frappa à la porte du prince. Elle entra sans son consentement et quand elle vit Arthur avachi à même le sol, son cœur se serra. Il était sur ses genoux, de dos, le bras gauche reposé sur le lit et l'autre… essuyait ses larmes non contenues… Le prince, qui habituellement était toujours droit et fort, semblait atterré. Jamais elle ne l'avait vue dans cet état. La chambre était calme et le soleil boudait au dehors, offrant que quelques rayons par-ci et par-là. Elle se mit à sa hauteur, devant lui. Détaillant Arthur, elle vit une tristesse inconnue sur son visage. Le cœur serré, elle lui fit mine de se lever. Arthur prit conscience de sa présence que lorsqu'elle posa sa main sur son épaule. Il n'avait pas honte, non, pas avec tout ce qui se passait autour de lui…
Sa sœur était sorcière et le haïssait tout comme elle détestait son père… Gwen, sa chère Gwen… qu'il avait cru pouvoir aimer… l'avait quittée… et en plus, il n'éprouvait aucun regret à ce qu'elle soit avec Lancelot… Uther, roi de Camelot… ou plutôt ce qui en restait, était enfermé dans sa chambre et seul Gwen arrivait à le faire manger… Et maintenant, Merlin avec qui il pensait avoir une bonne relation de confiance avait fini par détruire son monde… sa vie…
― Que vous arrive-t-il ? s'écria-t-elle en l'aidant à se relever.
Lui si souvent compréhensif et agréable, parfois froid et distant, n'arrivait plus à contenir sa douleur. Les paroles blessantes de son valet lui comprimaient encore la poitrine… Devant autant de désespoirs, il était désarmé… Il regarda la servante puis lui murmura presque pour lui-même :
― Merlin me déteste… que ces mots avaient du mal à franchir ses lèvres.
Elle le prit dans ses bras et lui chuchota à son tour :
― Non, Sir, il ne vous déteste pas…
Elle allait dire quelque chose mais elle se retint. Or le prince le ressentit à sa manière de se raidir d'un coup contre lui. Relevant son regard presque durci, il osa lui demander ce qu'elle savait. Comme elle baissait son regard, Arthur comprit qu'il avait vu juste. Séchant ses larmes, il voulait savoir pourquoi son valet le détestait, pourquoi ils en étaient arrivés à ce stade… Face à face, il la toisa et il l'incita à lui dire. Comment allait-elle réussir à lui dire une chose dont elle seule savait ? Mais le regard noir d'Arthur avait repris cette couleur, bien décidé à avoir le dernier mot.
― Sir, ce que je vais vous dire est strictement personnel… Même-moi je n'aurais pas dû le voir… mais je l'ai surpris… bafouilla-t-elle.
― Surpris ? Questionna le blond avec une lueur d'espoir… le cœur battant.
― C'était juste après la défaite du dragon… Je ne sais pas pourquoi, mais quelques jours après, je l'ai surpris à se regarder dans un miroir.
Elle secoua la tête en se rappelant la scène qu'elle lui raconta.
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-Flash-back-
Durant les deux jours qui ont suivi le départ du dragon, Merlin ressassait sans cesse les paroles d'Arthur :
― Une chose que je dis à tous mes chevaliers, aucun homme ne vaut qu'on le pleure.
Il l'avait retourné plusieurs fois dans sa tête. Seul dans sa chambre, assis sur son lit, son âme criait au désespoir.
Cette cruelle douleur d'avoir perdu son père alors qu'il venait à peine de le rencontrer. Merlin plongea entre ses couvertures, comme il le faisait depuis ces derniers jours. Il avait beau se dire que tout irait bien mais rien ne semblait vouloir l'apaiser. Il prenait son oreiller pour étouffer ses sanglots qu'ils laissaient couler à chaque fois qu'il pensait à Balinor. Il aurait tellement voulu crier sa peine, la hurler de tout son corps… mais aux yeux des autres, il ne pouvait se le permettre, il ne devait pas se compromettre… Lui, sorcier… Lui, fils d'un seigneur des dragons… Lui, simplement Merlin…
Comme il voudrait ne plus ressentir cette horrible souffrance. Il avait un père… un père qu'il avait toujours voulu connaitre et il avait fallu que le destin en décide autrement. Que le monde était injuste, lui, qui essayait de suivre sa propre destiné… de trouver sa place… Pouvait-il croire que sa vie ne se résumait qu'à cela ? Souffrir des pertes qu'engendraient de protéger Arthur ? A nouveau Merlin étouffa un autre sanglot plus bruyant parce qu'il ne voulait pas perdre le prince. Comme cela lui faisait mal, jamais il n'avait ressenti une telle douleur lui tirer les entrailles. Le jeune sorcier avait tant perdu qu'il commençait à perdre cette foi, celle qui faisait que sa vie entière était dédiée à un seul homme, Arthur Pendragon.
Il savait qu'après la mort de son père, s'il devait faillir à son devoir et que s'il perdait le prince… alors que lui vaut sa vie sans lui ? Il savait que sa naissance était due à celle d'Arthur… alors sa vie n'avait-elle donc aucun sens ? N'était-il pas plus humain que les autres ? Que ses gens qui menaient leur vie simple mais si normale ? Merlin avait l'impression de revenir à son enfance, quand il lui arrivait de prier la nuit de pouvoir vivre comme ses autres… Comme il souffrait… en silence… parce qu'il avait appris à l'apprécier avec ses défauts et ses qualités. Or Merlin avait la certitude que ses sentiments mèneraient le futur roi d'Albion à sa perte.
Soudain, séchant ses larmes d'un air décidé, il prit son grimoire et feuilleta attentivement chaque page à la recherche d'une formule. Au matin, enfin il la trouva. Il sortit de sa chambre et prit quelques fioles, quelques plantes, quelques autres ingrédients puis retourna dans sa chambre. Devant un petit miroir sur son lit, il prépara le cœur lourd une mixture.
A chacun de ses gestes, une perle coulait doucement sur ses joues.
A chacune de ses respirations, son cœur battait encore doublement.
A chacun de ses tremblements, son âme s'apaisait douloureusement.
Et à chacune de ses pensées, sa gorge se serrait encore plus.
Quand enfin il finit, il se contempla à travers le miroir. L'image que lui renvoyait son reflet était rougie et quelques lignées sèches dessinaient encore les chemins de ses larmes. Il soupira puis bu la mixture.
― Ainsi je ne pleurerais plus pour un homme qui ne vaut pas et encore moins pour vous Arthur… souffla-t-il avant de sombrer dans un sommeil réparateur.
Quand il se réveilla quelques heures après, Merlin avait oublié sa tristesse. Le jeune sorcier était plus déterminé à suivre sa voix, celle de voir un jour le prince montait sur le trône… Ainsi plus rien d'autre n'existait. Les gens, qu'il avait apprécié, devenaient presque des étrangers malgré l'effort de sourire à tout bout de champ. Bien sûr, il était conscient de tout cela mais il était soulagé de ne plus être à la merci de ces émotions trop fortes. Arthur subissait le même traitement, or il ne voyait rien… Comme toujours, sourit-il devant le vide de son propre cœur…
Et derrière sa porte, une personne avait tout vu, avait tout entendu… le cœur meurtrie par ce qu'elle venait de découvrir, elle comprenait un peu mieux pourquoi le prince était toujours après son valet. Il suffisait de voir cette étincelle au fond de son regard mais quand elle le croisera plus tard, elle n'y sera plus… Elle était anéantie pour Merlin, le voir s'auto-ensorceler pour ne pas souffrir… Les yeux rougis, elle en voulait à Arthur. Cependant elle aimait tellement le prince que quelque part cela la soulageait. Elle n'avait pas besoin de comprendre ses mots, elle avait juste compris. Parfois, il lui suffisait de les regarder pour comprendre… leurs joutes verbales, leurs regards, leurs gestes plus qu'affectueux… même encore innocent, elle savait ce que cela signifiait même si ces deux personnes ne le savaient pas encore… Elle ferma son regard et s'était dit que c'était mieux ainsi pour tout le monde… Alors, elle ne dit rien.
-Fin de Flash-back-
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― J'étais venue pour lui parler quand je l'ai entendu murmurer des mots dont je ne comprenais pas… Elle déglutit devant le regard foncier de ce dernier. Vous avez dû lui dire des paroles qui ont dû le blesser parce qu'après ça, il a dit '' Ainsi je ne pleurerais plus pour un homme qui ne vaut pas ''… et qu'il ne pleurait surtout pas pour vous…
Arthur devint pâle puis rouge de colère, il s'approcha plus d'elle, la faisant sursauter. Il la saisit durement par ses épaules en lui criant :
― Pourquoi n'es-tu pas venu me le dire ? Pourquoi ne pas me dire qu'il était sorcier ?
Stupéfaite par sa réaction, elle lui répondit aussi sec qu'elle le pouvait :
― Vous n'avez jamais eu d'affection pour quiconque ! Dans ses yeux Arthur pouvait voir des éclairs qui le figèrent comprenant qu'elle parlait d'elle, même Merlin que vous rabaissiez sans arrêt a dû se lancer un sort parce que vous, oui vous Arthur, l'avait profondément blessé !
Elle respira profondément avant de reprendre encore plus sèchement :
― Parce que Merlin vous a encore écouté et malgré tout ce que vous lui disiez… il finit toujours par prendre en compte ce que vous lui demandiez !
Dieu, comme le prince se sentait perdu… dans quel monde venait-il d'atterrir ? Qu'avait-il fait ? Il lâcha Gwen qui sortit précipitamment quand ce fut au tour de Gauvain d'entrer. Les bras sur ses hanches, Arthur connaissait l'amitié profonde qu'il avait envers Merlin et il savait qu'il allait en prendre pour son rang.
― Arthur, dit calmement le chevalier.
Le prince le détailla et il sentit un mal-être le parcourir.
― Si ce que Gwen vient de dire est vrai alors je peux comprendre certaines choses… J'ai toujours pensé qu'il gardait tout pour lui… mais vous ! S'écria-t-il plus haut en le pointant de son index, vous ne méritez même pas qu'il veille sur vous !
La colère, la frustration, la crainte… tout cela faisait peur au chevalier et sans se cacher, il lui hurla :
― Si Merlin meurt, je vous jure Arthur Pendragon, je vous tuerais !
Avant même que le blond ne réponde, le chevalier était déjà parti.
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Merlin se sentait reposé mais quand il ouvrit ses paupières, tout n'était que néant et noir. Il soupira en se rappelant les faits de Morgana. Il tenta de se lever quand il entendit sa porte s'ouvrir.
― Merlin, chuchota son mentor.
― Gaius, dit simplement Merlin.
― Que comptes-tu faire dans ton état ?
― Je ne suis plus d'aucune utilité à ma destinée… alors je vais rentrer chez moi… murmura-t-il.
― Mais tu es chez toi… ajouta le médecin attristé de le voir ainsi.
Devant le silence pesant, Gaius vit les traits de son pupille se tendre :
― Je sais ce qu'il m'attend et c'est auprès de ma mère que je veux finir…
Le reste ne finit pas de sortir car il avait failli à son devoir. Durement, il savait quel était son destin et il savait que le futur roi était en vie.
― Tu ne penses pas ce que tu dis… souffla le médecin. Je sais comment faire pour te libérer mais il faut que tu aies confiance en moi…
― J'ai toujours eu cette confiance en vous, Gaius, dit-il simplement.
― Quand… quand tu seras dans ton sommeil ou si cela arrive avant, ce que j'espère… les larmes sincères de la personne que tu aimes au plus profond de toi soulèvera ce sort…
Le médecin attendait une réaction positive de son pupille mais son visage semblait rester impassible. Lentement les traits du jeune sorcier se tendaient.
― Vous pensez que j'ai eu le temps d'aimer quelqu'un ! Arthur me prend tout ce temps et quand ce n'est pas lui, c'est la colère d'un autre sorcier qui vient tout chambouler ! Dans mon cas, je ne peux aimer une personne !
Merlin s'essoufflait mais il reprit plus avec calme :
― Je n'aime personne Gaius alors cela ne servirait à rien. Je m'en vais, point.
Le corps immobile et atterré, Gaius ne se laissa pas démonter.
― Reste au moins pour Arthur.
Assis sur son lit, le médecin vit le tremblement des mains de Merlin s'accroitre. Aucun des deux ne s'aperçut de la présence d'Arthur au milieu du laboratoire.
― Pensez-vous que je puisse lui être utile ? Je ne suis rien à ses yeux à part cet idiot de valet… Je préfère m'en aller, c'est mieux pour tout le monde.
― Non Merlin… ne croit pas ce que tu dis… Arthur tient à toi
La tension avait repris cette rage qui lui parcourrait le corps.
― Arrêtez de me dire qu'Arthur tient à moi ! Coupa-t-il, j'ai fait ce qu'on attendait de moi, alors la seule chose à laquelle j'aspire… et de rentrer chez moi…
Il soupira en passant une main sur ses cheveux.
― Je ne lui sers à rien dans cet état.
― Détrompe-toi ! entendirent-ils tous les deux derrière la porte. Arthur qui venait aux nouvelles, prenant sur lui la révélation de Gwen, était venu demander des explications au médecin.
― Même aveugle, tu peux encore m'aider à m'habiller, à me conseiller comme tu sais si bien faire, tentait-il calmement.
― Bien sir, répondit Merlin d'un ton neutre.
― Tu resteras dans ma chambre, prends tes affaires. Je dormirais dans un lit que je ferais demander. Le blond prit une profonde respiration pour se donner plus de contenance. Et surtout ne t'avise pas à t'enfuir du château où je t'attache pieds et mains liées au lit, est-ce bien clair ! Finit Arthur quand il croisa le regard du médecin qui sourit légèrement à sa remarque.
Le prince rougit violement en se rendant compte de ce qu'il venait de dire avant de faire demi-tour et de sortir rapidement du laboratoire.
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Comme les paroles de son valet lui faisaient mal. Deux fois en un jour, il avait du mal à croire que Merlin avait gardé cette colère farouche contre lui et sans jamais rien dire.
― Je ne suis rien à ses yeux
― Arrêtez de me dire qu'Arthur tient à moi
Les phrases résonnaient encore dans sa tête. Il secoua la tête, affligé de découvrir Merlin ainsi. Il n'aurait jamais pensé que leur amitié, certes fragile, serait seulement considéré comme de la pacotille. La gorge nouée, le prince se ressaisissait car il ne pouvait pas croire que Merlin avait tout oublié pour un sort.
Gaius n'avait rien dit à Arthur concernant l'état de Merlin pour ne pas l'inquiéter encore plus. Malgré que Gwen soit venue aussi lui dire ce qu'avait fait Merlin, le médecin connaissait le pouvoir de l'amour. Or le seul problème était qu'il ne savait pas qui son pupille pouvait aimer secrètement… Le médecin en voulait aussi au prince de ne pas s'être du tout préoccupé du cas de Merlin. Il promit aux anciennes religions que si jamais, il s'en sortait, il renverra quelques jours le jeune sorcier auprès de sa mère.
Merlin était devant la chambre du prince quand celui-ci lui ouvrit la porte. Gaius le laissa prendre par l'épaule. Le jeune sorcier s'avançait mais ne fit aucun autre mouvement.
― Que puis-je faire ? demanda Merlin.
― Déshabille-moi et mets-moi ma tenue de soirée. Ce soir Gwen et Lancelot fêtent leurs fiançailles si tu n'as pas oublié.
Arthur avait appuyé un peu plus sur le dernier mot.
― Bien sir, dit-il sans aucune émotion apparente qui blessait encore Arthur.
Merlin ne comprenait pas pourquoi le prince tenait tant à l'avoir sous la main surtout qu'il ne voyait plus rien. Il avait encore au fond de lui cette colère qui ne s'était pas encore dissipée mais il se reprenait, il essayait de la faire partir.
Soudainement, il sentit la chaleur et le parfum du prince face à lui.
Docilement, Merlin posa ses mains sur les hanches d'Arthur. Doucement, Merlin retourna le pull et le souleva jusqu'à bonne hauteur et le jeta en direction du lit. Le jeune sorcier posa ensuite sa main gauche tout contre le torse du prince et plaça sa main droite sous la chemise d'où il pouvait sentir la chaleur de cette peau. Il décala ses doigts jusqu'à atteindre le chemin de bouton.
Arthur voulait que Merlin se sente utile. Mais quand il perçut la douceur de ses mains sur ses hanches, il avait l'impression de s'empourprer. Il déglutit quand la main se posa sur son torse et l'autre qui cherchait du bout de ses doigts fin les boutons… Il semblait manqué d'air. Les gestes de Merlin étaient doux mais en même temps, ils dégageaient une telle sensualité dont il devait surement ignorer. Sentant le vertige le prendre, il ferma un instant ses yeux quand son valet lui ôta ce bout de tissu.
Le prince échappa un souffle retenu. Il se mordit la lèvre en espérant que son valet n'avait rien entendu. Et comme il continuait dans sa tâche, il vit celui-ci lui présenter une chemise. Arthur y glissa un bras puis un second et à nouveau cette sensation le reprit pendant que Merlin le boutonnait. D'un bouton à l'autre, il caressait du bout des doigts le tissu. Il frémit en silence, quand les mains de son valet s'aplatissaient sentant ses paumes chaudes et caressant son torse comme s'il voulait enlever des plis. Arthur avait du mal à contenir ses souffles qu'il sentait se saccader lentement sous l'effet de Merlin. Il prit une bonne respiration.
― Quelque chose ne va pas ? demanda le jeune sorcier.
Le cœur battant, le prince se racla la gorge :
― Non… continue…
Il n'arrivait même plus à faire une phrase complète. Il observait son valet et ses mains… comme il aurait voulu les voir sur sa peau, lui caresser le torse et peut-être les fesses… Il secoua la tête…Stop ! Qu'est-ce que tu fais ! N'as-tu pas honte…
Merlin se surprit de ne plus ressentir cette colère, au contraire, elle s'était évaporée. Dès qu'il avait posé ses mains sur le prince, la chaleur de celui-ci lui procurait une quiétude dont il n'aurait jamais cru. Et pourtant, il se rappela de son cri dans la chambre qui était sorti tout droit de ses entrailles. Il savait au fond de lui que ce n'était pas vrai mais il avait besoin de hurler. Bien qu'il doive supporter le prince, il savait que celui-ci avait un devoir envers Camelot et ne devait en aucun cas s'écarter de son chemin. Son rôle était de veiller à ce qu'il devienne roi et il avait, un temps, espéré continuer à vivre à ses côtés. Mais cet espoir, il l'avait perdu en même temps que son père. Un léger rictus se dessina sur ses lèvres.
Le fait de ne pas voir, décuplait ses autres sens. Il avait perçu le souffle qu'Arthur retenait. Ses mains étaient envahies des tremblements d'Arthur. Et pourtant cela ne lui faisait ni chaud et ni froid… du moins c'était ce qu'il pensait… Merlin reposa à nouveau ses deux mains sur la taille du blond pour mieux sentir la bande de cuir de la ceinture. Subitement, coupée dans son élan, une main se posa sur son poignet.
― Je vais l'enlever… bredouilla Arthur qui se sentait mal à l'aise.
Mais le jeune sorcier arracha cette main et lui répondit :
― je peux le faire…
Du bout de ses doigts, il se saisit de la sangle. Merlin tira d'un côté pour la dégrafer puis la retira d'une lenteur qui parut donner plus de sensation qu'une simple caresse au prince. Quand il eut fini, il porta ses paumes à plat sur la taille du pantalon d'Arthur, passant son pouce vers l'intérieur et les autres qui pinçaient le tissu pour rapprocher lentement ses mains devant le bas-ventre de celui-ci. Etrangement Merlin appréciait ce contact. Il pouvait sentir chaque parcelle de peau vibrante du prince sous ses doigts. Il s'arrêta quelques secondes pour se souvenir qu'il ne devait plus ressentir cela… que rien ne devait entraver sa destinée… Comment était-il possible que son sort se soit délié ? Un sort qui devait l'empêcher de s'attacher encore aux gens ? Et encore moins à Arthur…
Respirant doucement, il reprit là où il en était. De ses doigts, il défit le bouton du pantalon et il s'agenouilla en même temps qu'il le descendait. Tout en faisant le geste, le fait de ne pas voir, rendait les choses encore plus… étrange, plus chaude… Merlin sentait cette tension dans l'air. Il se releva prestement comme si le pantalon lui brulait les mains. Arthur lui tendit le pantalon propre et Merlin le présenta au prince qui posa ses deux pieds à travers elle. Le brun posa ses doigts de la même manière que précédemment, sur chaque côté de la taille. Il le fit glisser lentement, faisant ainsi une ligne imaginaire sur chaque jambe avec son majeur, pour se laisser guider jusqu'à la taille. Debout, devant Arthur, il se sentait soudainement fiévreux. Cette sensation de le toucher de cette façon, avait fait palpiter son cœur et le parfum enivrant du prince semblait lui taquiner le nez. Il se dépêcha de mettre le bouton.
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Arthur ne comprenait plus rien, il avait du mal à retenir ses souffles et voir Merlin… Ses gestes si lents et si attentionnés… Il aurait voulu que tout se finisse vite comme il aurait voulu qu'il ne s'arrête pas. Le corps chancelant, il remercia le ciel qu'à cet instant, son valet ne le voit pas dans cet état, malgré le sort de Morgana. Merlin recula.
― Cela vous semble correct ? dit-il en gardant le contrôle de sa voix.
Arthur déglutit et ne cessait de fixer les lèvres roses de son valet. Il était gravement tenté…
― Oui… souffla-t-il.
Soudain, le prince s'empara du poignet de Merlin de sa main droite. Il avait perçu un léger sursaut de celui-ci. Sans réfléchir, il l'attira tout contre son corps, le bloquant par sa main gauche, le maintenant dans son dos. Jamais il n'aurait pensé aimer le prendre ainsi dans ses bras. Lentement, il glissa son visage sur le cou de son valet et lui murmura :
― Pourquoi me détestes-tu ?
En lui lâchant cette phrase, il ne pensait pas que la blessure allait s'ouvrir. Des larmes dévalèrent sur ses joues, silencieuse… S'écartant du brun, il le contempla.
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Merlin avait cette appréhension, celle de l'orage avant la tempête. Il savait qu'Arthur l'étudiait tout comme il savait qu'il était tout aussi tremblant que lui. Difficilement, le jeune sorcier dut s'avouer que son sort aura tenu que deux ans… pour être brisé par le seul qui aurait pu le faire : Arthur. Le cœur déchiré, il savait que dans cet état il ne pourrait plus veiller sur lui. Puis quand il sentit la main du jeune prince lui saisir son poignet, un frisson le parcourut tout le long de son dos. Troublé et inattendu, il se laissa tomber dans les bras puissants d'Arthur.
― Pourquoi me détestes-tu ? entendit-il de la bouche du prince.
Quand il sentit le corps d'Arthur s'éloigner de lui, il sentit des gouttes se poser sur son cou. Il ne l'entendait pas mais il savait qu'il pleurait. Le jeune sorcier dut faire un effort pour ne pas fléchir.
― Je…
Il s'évanouit avant de lui avoir répondu.
― Non ! hurla Arthur.
Au même moment, les gardes entraient dans sa chambre. Le prince leur ordonna de prévenir le médecin qui arriva aussi vite qu'il put. Gaius savait que rien n'aurait dû le faire endormir avant la nuit, il était encore trop tôt… sauf si…
― Sir, j'aimerais que vous me racontiez ce qui s'est passé pour mieux comprendre.
Le blond lui raconta donc, sans trop de détail puis finit par :
― J'ai voulu… il se pinça les lèvres, j'ai voulu lui demander pourquoi il me détestait… souffla-t-il difficilement.
Le prince le fixait et il n'arrivait pas à déchiffrer le regard du médecin. Puis rapidement, Gaius vérifia les pupilles de Merlin et dans un soulagement, il lui dit :
― Merlin est sorti d'affaire.
― Comment…
― Je lui ai donné une potion avant que vous ne veniez le voir, mentit-il rapidement comprenant enfin la situation.
Gaius n'était pas vraiment fière de lui mais une promesse en restait une. Il avait prié l'ancienne religion pour que Merlin s'en sorte avant le sommeil et c'était ce qu'il fut. Bien qu'il découvre qui son pupille aimait inconsciemment Arthur, il souhaitait ardemment éloigner Merlin du prince pour un petit moment. Ainsi il se rétablirait plus facilement.
― Sir pour le bien de chacun de vous deux, Merlin ira chez sa mère et cela dès ce soir.
― Mais…
― Il n'y a pas de mais, cela n'est pas une requête mais un ordre du médecin et en l'occurrence moi.
Arthur ne pouvait pas aller contre son grè et accepta.
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Dix jours plus tard
En pénétrant dans le laboratoire de son mentor, Merlin était enfin chez lui. Gaius l'accueillit avec le sourire aux lèvres.
― Comment te sens-tu mon petit ? demanda le plus âgé.
― Je vais mieux, même si j'ai encore quelques soucis de mémoire mais le principal est qu'Arthur se porte bien et que je sois de retour… dit-il en souriant.
Le regard du médecin devint subitement inquiet.
― Dis-moi de quoi te souviens-tu ?
― Je me souviens… de Morgana et de son sort… je me souviens d'Arthur mais c'est encore vague…
― D'accord, dit-il en lui tapotant l'épaule. Allez, je te laisse… Va le voir… Il s'impatiente…
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Arthur avait su par Gaius que Merlin rentrait aujourd'hui et sa journée lui parut plus joyeuse. Il avait su par le médecin qu'il ne se souvenait plus très bien de ce qui s'était passé ce jour-là. Et au fond, il espérait pouvoir se racheter ou du moins, il voulait être encore plus présent pour lui. Il avait pris le temps de penser à tout cela et toutes les émotions du jour de son départ, Arthur les avait mises sur le compte de sa fragilité passagère. Parfois la nuit, certaines d'entre elles, il aurait simplement voulu revivre cet instant… et cette voix qui lui disait : '' T'occuperas-tu de lui ? ''
Quand il entendit frapper à la porte, son cœur se mit à battre. Sans répondre, il vit la porte s'ouvrir sur Merlin qui se portait beaucoup mieux.
― Bonjour sir, avait dit son valet en souriant.
― Bonjour Merlin.
Le jeune sorcier aurait voulu se jeter sur lui mais il se retint. Il était hors de question pour lui de se comporter comme il avait fait. Il se rendait compte à quel point il avait été idiot de couper ses sentiments par une potion car rien n'empêche un cœur d'aimer… Merlin s'était enfermé dans un monde où la nature humaine n'était plus palpable et il avait même remercié Morgana d'avoir jeté ce sort. Il savait maintenant pourquoi il avait agi bêtement et il en assumait entièrement. Lui qui n'avait jamais ressenti cela pour un homme, il respirait cette soudaine envie de vivre et même si Arthur ne l'aimait pas, peu lui importait parce que voire le blond lui suffisait. Il avait menti à Gaius, comme il mentirait devant Arthur. Merlin en avait conscience mais voir le prince, debout le visage paisible, le comblait.
― Je suis content que tu ailles bien, commença Arthur.
― Vous êtes content ? dit-il en faisant un rictus au coin de sa lèvre. Vous voulez dire que vous êtes soulagé de me revoir ou soulagé que je sois disponible pour vos corvées… finit-il avec une pointe de moquerie.
Merlin souriait, Merlin et son air détendu, Merlin et cette étincelle au fond des yeux… Arthur la voyait à nouveau, elle était là… Lui lançant un sourire identique, Arthur lui répondit :
― Mer-lin… à peine rentré et tu ne peux t'empêcher de me provoquer…
― Ah non, sir, ce n'est pas vrai… si je n'étais plus là, je suis sûr que vous vous ennuierez…
Il avait dit cela avec une main cachée dans le dos et l'autre qu'il secouait devant le blond… le regard collé au plafond.
― Et puis qui se permettrait de vous traiter de royal crétin… à part moi, ajouta-t-il.
Arthur avait enfin retrouvé son Merlin d'avant… Il s'avança près de lui et le saisit de son bras droit autour du cou et lui frotta la tête de son autre main.
― Je vois que ta petite tête a encore du mal à assimiler certaines choses.
Puis en le lâchant, il fut touché par le rire cristallin du brun… Il n'aurait jamais cru qu'un rire comme celui-là lui donnerait du baume au cœur. Il plongea son regard sur les yeux saphir et étincelants de Merlin et ajouta avec plus de sérieux :
― Bienvenu chez toi…
― Merci.
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à suivre
Anath63
