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Chapitre 2 / Voyage intérieur. Part 2


Arthur fixait son assiette sans conviction. Les jambes lourdes et les bras tendus de chaque côté du plateau, il semblait rêvasser et pourtant, il réfléchissait. Pourquoi réagissait-il durement avec son valet ? Il percevait un peu du petit sorcier mais quand il le détaillait encore plus, il voyait Merlin qui traversait sa vie, multipliant ses gestes héroïques dont il n'en réclamait jamais rien. Tantôt amical et tantôt froid… que lui arrivait-il ? Il se savait parfois dur mais Merlin avait le don de le rendre vulnérable et ses yeux… fermant les siens, il lisait toute l'intensité de son dévouement et son inquiétude. Merlin, n'avait-il donc jamais eu un moment de regret ou de crainte pour lui-même ?

Il se passa une main sur le front et respira un bon coup d'air avant de se reprendre. Il sortit de ses pensées quand sa fenêtre s'ouvrit en grand face à un vent invisible. Se levant vers cette ouverture, il sentit une main sur son épaule. Il savait que l'être était revenu. Il se retourna et tentant de le distinguer, il ne vit que cette lueur blanche qui l'entourait. Cette entité lui prit à nouveau la main et poursuivit sa revisite de son passé. La voix était moins douce, elle était contrariée et il la ressentait comme si cela avait été lui. Elle lui criait presque dessus surement lassée de son manque de réaction…

« Te souviens-tu de Cédric ? La manière dont tu avais rabaissé Merlin au rang de moins que rien !

Tes paroles qui te blessent à l'instant :

― Cédric a raison, il peut s'occuper de moi ce soir et toi tu peux retourner à ta demeure et te demander si tu veux rester mon serviteur.

Tu as été encore plus arrogant à son égard, le traitant presque d'idiot et pourtant Merlin n'attendait que de toi que tu l'acceptes tel qu'il est.

Vois-tu combien tu l'as fait souffrir ?

Même en accusant ton nouveau serviteur, invoquant la destruction du royaume, tu ne l'as pas écouté et tu l'as enfermé au cachot !

N'as-tu donc aucun respect ? Aucun remords? Cette confiance qu'il posait entre tes mains ?

Et quand tu étais avec Gwen, cherchant encore à te prouver que tu pouvais l'aimer, ne lui disais-tu pas ces mots que tu étais sensé dire à Merlin ?

Regardes ce que tu n'as su, Merlin vint à ton secours contre Cédric qui était ensorcelé par un puissant sorcier.

Vois comment il te défendait contre la façon dont tu l'avais exploité.

Cédric avait essayé de le retourner contre toi.

Mais Merlin, lui, préférait cent fois plus te servir ainsi.

― C'est comme ça que cela doit se passer !

Il n'a pas réfléchi, il t'a choisi et il t'a honoré de son dévouement, vainquant ce sorcier.

Pourtant même en étant revenu le voir pour lui donner raison, tu avais encore trouvé le moyen de couper court à ton sentiment qui semblait vous rapprocher. »

Arthur essayait de se débattre, il ne voulait pas, non, c'était trop dur. Oui il avait compris qu'il avait plusieurs fois foiré, qu'il avait fait souffrir son valet. Son corps tremblait devant sa propre négligence. Le seul mot qu'il put échapper de sa gorge fut le nom de Merlin.

« Ce n'est pas fini Arthur ! Hurla la voix. Voyez combien votre arrogance a blessé notre druide.

Nous allons sauter quelques passages mais je vais vous offrir la primeur de voir à travers ses yeux et même plus, tu ressentiras toutes ses peines !

Ainsi Arthur voyait le visage d'une jeune fille, elle était belle et en le voyant elle lui souriait. Il se voyait lui offrir la robe dont il se souvint de s'être moqué de Merlin.

― Je ne peux pas accepter, te dit-elle.

― Freya je ne comprends pas… ta voix te fait trahir tes émotions.

― Tu n'arrêtes pas de faire des choses pour moi, je ne mérite pas tout ça, te répond-t-elle.

― J'ai envie de le faire…

Quand sa fin approcha, le cœur meurtri.

― Il doit y avoir quelque chose que je peux faire pour te sauver, entends-tu de ta gorge secouée par une douleur indescriptible.

― Tu m'as déjà sauvé, tu m'as montré que j'étais aimée, te répond la brune d'une voix émue.

― Je ne veux pas que tu partes…entends-tu de ta bouche expirant un son déchiré.

― Un jour Merlin, je te jure que nous nous reverrons, je te le jure…

― Freya…

Et tu sens les larmes qui coulent sur tes joues

Arthur ressentait le désespoir de son valet qui lui brisait lentement le cœur. Cette terrible douleur le poignardait de tout son être. Il savait, en vivant cet instant volé de Merlin, qu'elle avait été son unique amour. Cette atroce souffrance parcourait lentement tout son corps comme pour lui montrer combien Merlin, derrière toutes ces épreuves, avait gardé la tête sur les épaules. Arthur était bouleversé, si seulement il avait su.

La voix revint encore plus dure, avec plus de fermeté et de froideur.

As-tu ressentis son amour pour elle ? (oui… et ça me fais mal)

As-tu la moindre idée de ce que cela fut pour lui cette perte ? (non mais je la comprends)

Comment la comprends-tu, si toi, Arthur, tu ne fais rien ?

Non, bien sûr Arthur ! Seule votre propre vie, vous suffit ! » (Ce n'est pas vrai !…)

Merlin était aux écuries lorsqu'il sentit un frisson le parcourir. Il entendait à nouveau la voix du prince l'appeler comme tôt le matin. Sans réfléchir, il alla faire un brin de toilette pour se débarbouiller et se changer. Le cœur chancelant, il se demandait ce qui pouvait lui arriver. Etait-ce son imagination ou une envie de l'entendre murmurer son nom ? Merlin ne savait pas et avait besoin de savoir pourquoi cela se passait ainsi. « C'est votre lien… si longtemps perdu… » Il s'immobilisa, cherchant autour de lui qui lui adressait ces paroles ? Personne ne se trouvait là, mais il pouvait sentir cette présence qui l'entourait d'une étrange douceur.

Arthur était encore coincé dans son voyage intérieur. Mais cette voix lui disait de regarder où sinon, elle poursuivrait encore et encore… Le prince abandonna toute réticence et se laissa guider. A travers les yeux de son valet, il le voyait en train de discuter avec le dragonnier.

« ― Je connais cette femme, entends-tu de ta voix tremblante.

―Hunit, elle est encore en vie, te répond le dragonnier.

―Oui c'est ma mère, souffles-tu.

―Alors, elle s'est mariée…

― Elle ne s'est jamais mariée, je suis votre fils, dis-tu en ressentant ce soulagement.

Tu vois, tu ne sais rien de lui ! Tu crois tout connaitre de lui et pourtant il ne te montre que ce que tu peux supporter.

Et là, sens-tu cette douleur qui avait pris aux tripes ton valet, quand dans tes bras tu vois Balinor, père de ton valet, mourir.

― Tu es mon fils et j'en ai vu assez pour savoir que tu me rendras fier de toi.

Vois combien ta peine fut grande, vois combien de ta souffrance tu n'as pu crier ta perte !

Or ce n'était pas toi mais ainsi soit fait, tu vois où te mène ton insolence !

Vois donc enfin la douleur et la portée de tes paroles !

― Une chose que je dis à tous mes chevaliers, aucun homme ne vaut qu'on le pleure.

Arthur essayait vainement de se débattre, suppliant la voix de le laisser tranquille. Il pouvait sentir le mal qu'avait provoqué cette terrible phrase, celle qui avait poussé Merlin à effacer tout ce qui se rapportait aux sentiments…

Des larmes de tristesse dévalèrent sur son visage, il pouvait sentir ses mains sur son visage… Il cachait sa honte… ce mal qu'il avait commis envers Merlin commençait à le ronger de l'intérieur…

Non, Arthur, pas tant que tu ne comprendras pas que tout homme a ses limites !

Que toute personne a le droit d'aimer et d'être aimé comme il se doit !

Parce que toi, insultant mainte fois Merlin d'insolence, tu ne vaux pas qu'il te regarde ! »

Arthur sentait sa mâchoire se contracter d'où il étouffa un sanglot.

Merlin entra dans la chambre du prince et il le vit étendu au sol, gigotant de chacun de ses membres. Le visage sanglotant lui déchira le cœur, pourquoi était-il dans cet état ? Il voyait que son corps transpirait avec difficulté et ses traits étaient douloureux à détailler. Merlin pouvait sentir le cœur du prince qui palpitait irrégulièrement. Cela l'inquiéta :

― Arthur ! Réveillez-vous !

Arthur entendait le cri tremblant de son nom, la voix de Merlin semblait l'apaiser au-delà de son songe.

« Prince Arthur, tu ne connais pas ta chance, tu ne vois jamais rien…

Je te demanderais juste de cesser de le tourmenter ou je reviendrais ! Cria cette voix avant de lui laisser la liberté de reprendre son corps.»

Dans un sursaut, il se réveilla en nage. Le regard fuyant, il ne pouvait pas regarder Merlin. Il s'essuya la figure tachée de larmes. Il ne pouvait pas se montrer ainsi face à celui qui avait tant souffert par ses paroles blessantes. Ce dernier l'aida à se relever quand il entendit le prince grincer :

― Merlin cesse de venir sans arrêt dans ma chambre sans en avoir été invité !… tentait-il d'une voix dure… mais elle était mêlée de peine.

Le jeune sorcier avait cette certitude qu'il n'était pas étranger à son comportement. Il vit sa mâchoire se serrer encore plus. Déterminé à connaitre le fin mot de l'histoire, il osa :

― Vous étiez allongé à même le sol, que pouvais-je faire…

Quand enfin, le blond posa ses yeux rougis sur ceux de Merlin, il le coupa dans son élan :

― Tu n'es pas là pour penser Merlin…

Que sa voix était dure, que sa voix le blessait… Le brun croisa son regard sans ciller :

― Bien sir, avait tonné Merlin. Tu n'es qu'un stupide abruti Arthur ! J'en ai marre de ton caractère ! Tu ne me dis rien, tu me laisses là, en plan comme si j'étais le fouteur de trouble ! ajouta le brun pris d'une colère.

Se retrouvant seul, Arthur s'en voulu. Il y avait tellement de colère dans ses paroles qu'il ne se rendit pas compte qu'il venait de le tutoyer…

Merlin retourna aux écuries d'un pas décidé. Qu'avait-il fait pour mériter ces mots? Justement, il ne lui avait rien fait et cela l'énervait. Vraiment il ne comprenait pas. Arthur devenait curieux puis l'instant d'après le royal crétin faisait son entrée… cela avait le don d'exaspérer le jeune sorcier… Il ressentait à nouveau cette douleur au fond de sa poitrine… Comme elle était dure à supporter…

Quelques jours plus tard, Arthur ne revit plus cette entité, pas plus que son valet. Le matin, Merlin venait déposer son repas sur la table, sortait ses vêtements propres et s'enfuyait aussitôt. Bien sûr il l'entendait, comment ne pas entendre les bruits de chaises bousculées ? Comment ne pas entendre ses pas lourds ? Et comme chaque matin depuis, il se levait indécis et quand le déjeuner fut pris et une fois habillé, il sortait à la rencontre de ses chevaliers. Or un matin, à l'entrée de l'armurerie, il surprit une conversation entre deux de ses chevaliers.

― Tu aurais dû voir la tête de Merlin ! Chuchota Lancelot.

― J'aurais bien voulu voir ça, répondit le second.

― Mais… le sérieux revenu, Gauvain ajouta, tu n'as pas remarqué quelque chose dans son comportement ces derniers temps ?

― Non… quoiqu'il paraisse un peu ailleurs… répondit Lancelot.

― Je l'ai suivi la nuit dernière, je n'ai pas osé me montrer.

La voix de Gauvain semblait tout d'un coup inquiète ce qui effectivement fit tressaillir le blond.

― Je l'ai vu allant sur une tombe au nord du royaume… je ne sais pas qui il pleurait mais ça m'a fait drôle, lui qui passe son temps à veiller et à sourire… reprit le chevalier.

― Tu sais, ce n'est que Merlin. Il a beau avoir le poids du monde sur ses épaules, il est tout aussi humain que nous… même ses dons ne font pas de lui un surhomme.

A ces mots, le prince se raidit sur place. Merlin avait-il donc si peu confiance en lui pour lui dire qui il était avant ou l'ont-ils appris le jour où…? Il écarta cette douloureuse image de sa mémoire.

― Parfois il me semble heureux et parfois, j'ai l'impression que sa vie n'est qu'un mensonge… murmura Gauvain.

― Merlin est assez grand pour faire ses choix et puis… il a Arthur, même s'il est buté et empoté, Merlin veille sur lui. Cela lui donne un sens à sa vie, rien ne devient un mensonge quand on défend une cause au contraire, le mensonge permet de cacher ses blessures les plus profondes et on sait bien tous les deux combien il a tant perdu…entendit-il de la voix calme de Lancelot.

A ses paroles, Arthur se sentait privilégié. Ainsi il comprit qu'il représentait une cause à défendre… le cœur touché, il sentait des larmes coulaient.

― Oui… il est bien plus courageux que nous, j'aimerais qu'il nous fasse assez confiance pour en parler avec nous.

Arthur entendit des éclats de rire qui le perturbèrent.

― Bon c'est vrai que moi je n'avais pas le choix, il l'a fait devant moi, dit Lancelot.

― Ok, moi, je le titillais un peu pendant l'épreuve d'Arthur. Mais bref, je ne suis pas né de dernière pluie….

― Mais maintenant Arthur le sait et ils n'en ont pas encore discuté… murmura Lancelot.

― Ce n'est qu'un lâche ! Grinça Gauvain, il ne voit pas combien Merlin est quelqu'un de formidable… S'il continue, c'est moi qui vais lui en mettre une et s'il le faut, j'éloignerais même Merlin de lui… Il ne lui apporte que de la souffrance…

― Gauvain, calma le second chevalier, cela ne nous regarde pas… Ils sont assez grands tous les deux…

Arthur voyait bien que ses chevaliers s'inquiétaient pour son valet. Après cette discussion, il avait compris que Merlin n'avais jamais divulgué son secret avant… Il avait été seulement maladroit et pourtant, jamais Arthur n'avais vu quoique ce soit. Il sécha ses larmes et décida d'aller voir Merlin mais il ne le trouva nulle part et même Gaius ne savait pas où il se trouvait. Il se sentait soudainement abandonné. Serrant son cœur contre sa poitrine, il continua à le chercher. Il croisa le chemin de Gwen qui lui avoua que Merlin était parti pour l'après-midi.

Depuis quelques jours, Merlin s'enfuyait du château pour se recueillir sur la tombe de Balinor. Cet endroit était son lieu de plénitude. Il se sentait bien et assis en tailleurs, il ne vit pas le prince se cacher derrière un arbre.

― Si seulement… murmurait Merlin.

Arthur entendait ses pleurs. Il s'adossa contre le tronc et se laissa choir au pied de cet arbre. Il pouvait comprendre sa douleur, lui qui avait vu et ressenti sa douleur. Il posa sa main sur son cœur, comme si ce qu'avait éprouvé Merlin à sa mort, venait de son propre cœur. Doucement, il sanglota la mort du dragonnier… parce qu'il n'avait jamais su qui il représentait pour son valet. Il n'arrivait pas à concevoir qu'une telle douleur pouvait exister. Elle semblait le piquer de toute part, elle saignait son âme de toute sa peine si envahissante et si déchirante. Seul le vent paraissait partager son chagrin… Le chagrin de son ami…

Il pencha légèrement sa tête et la vue que lui donnait Merlin lui fit l'effet d'une torture. Les deux mains sur le visage, il voyait ses épaules secouées de ses sanglots. Il percevait quelques larmes s'échappaient de ses mains. Qu'il lui était dur de supporter cet instant…

'' Il ne te montre que ce que tu peux supporter'' tel était ce que lui disait la voix…. Arthur était affligé, le regard perdu, il se demandait comment il pouvait lui redonner le sourire. Cette souffrance lui brulait le torse, comme jamais il n'avait souffert. Il secoua la tête… Etait-il vraiment un ami pour ne pas voir sa tristesse ? Pourquoi Merlin ne partageait jamais avec lui sa solitude ?

Au bout d'une heure, Merlin s'en était allé en retournant la terre de ses mains avant de faire fleurir des roses rouges sur la tombe. Arthur avait attendu dans le silence son départ. D'un pas fébrile, il s'avança vers les roses et resta immobile, les yeux rougis par la douleur de Merlin. Il s'agenouilla et murmura :

― Pardonnez-moi mes erreurs.

Fermant les yeux, il sentait une présence à ses côtés. Merlin la ressentait-il aussi ?

― Pardonnez-moi d'avoir été aveugle…

De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues. Passant une main pour effacer ses larmes, il aperçut une ombre et se retournant, il se trouva nez à nez avec Merlin. Ce dernier avait les yeux noirs et le prince pouvait y voir des éclairs. Le bruit du vent ne pouvait même pas cacher la respiration d'Arthur. Il aurait voulu fuir, se cacher ou disparaitre… Sans dire un mot, Merlin ne put que soutenir son regard puis fixa, à la dérobée, la tombe pour y prendre une rose. Il repartit sans un seul regard sur Arthur. A chacun des pas de son valet, son cœur se serrait lentement. Le blond s'était senti honteux et pris sur le fait. Tremblant à son regard noir, pour la première fois, il savait qu'il avait dépassé la limite de son valet. Serrant les poings, il aurait voulu lui dire mais la gorge nouée l'en empêchait. Il le vit seulement repartir.

En chemin, Arthur imaginait plusieurs façons de lui expliquer sa présence sur les lieux. Mais quand il vit Gaius, celui-ci, le regard hagard, lui dit que Merlin était parti sans rien dire. Arthur devint rouge de colère. Il partit prendre son épée et sortit sur le terrain d'entrainement quand la pluie se mit à tomber. Et comme si le temps partageait sa peine, il se mit à hurler tout ce qu'il ressentait au fond de lui… Or il ne savait pas réellement ce qui passait. Il était ravagé par la tristesse de Merlin, anéanti par son regard noir mais il était surtout en colère contre lui-même… Il s'en voulait de ne pas avoir su voir au-delà de son apparence. Il se détestait à tel point qu'il se jugeait enfin inapte à l'avoir eu à ses côtés. Il aurait dû comprendre ses larmes, il aurait dû comprendre qui il était mais il était toujours aveugle… Le corps tendu, l'eau ne semblait pas l'apaiser au contraire, elle le forçait à doubler ses mouvements. Et ce fut dans ses cris de fureur que Lancelot apparut.

― Arthur ! entendit-il derrière lui.

Il n'y prêta pas attention et trancha à nouveau le mannequin en hurlant sa rage. Il avait mal, il avait honte, il ne se reconnaissait plus… Tranchant un autre coup, il hurla :

― Pourquoi ! Pourquoi ! Que t'ai-je fais pour que tu ne me fasses pas confiance !

Il s'agenouilla en vain, éclaboussant ses vêtements de boue. A ce moment, il sentit une main sur son épaule et levant son regard, il croisa celui de Lancelot. Ce dernier se mit à hauteur et lui murmura à l'oreille.

― Merlin vous a laissé une lettre sur votre lit…

Cela parut calmer le prince mais quand le chevalier détailla son visage, il ne sut si c'était des larmes ou la pluie…mais la tristesse se lisait facilement.

― Il reviendra… j'en suis sûr…chuchota Lancelot.

― Comment ? Comment peux-tu en être certains ? lui cria Arthur qui s'était levé en serrant de sa main le manche de son épée.

Arthur était au bord du gouffre, il avait du mal à supporter cette douleur.

― Il revient toujours vers vous, Sir…

Arthur se laissait frôler par la pluie, levant son visage au ciel. Les vêtements dégoulinant de gouttes, il étendit ses bras comme s'il priait. Il se laissait évacuer cette douleur qu'il ne supportait plus. Il devait se ressaisir et changer tout ça.

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Merlin était rentré chez lui, là où était la seule personne qui pouvait le consoler. Il avait essayé de comprendre son geste mais rien. Il ne comprenait toujours pas. Il s'était senti trahi quand il avait vu le prince sur la tombe de Balinor. Comment avait-il su ? Savait-il pour son père ?

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Arthur, dans sa chambre, passait plus de temps à lire et relire le mot de Merlin :

Arthur,

Je vous prie d'excuser de mon absence.

Je reviendrais quand je me sentirais mieux.

Merlin.

Juste quelques lignes qui ne reflétaient aucunement de la chaleur ou de l'amitié. Trois jours qu'il se morfondait dans sa chambre. Trois longs jours à se demander quand sera le bon moment pour Merlin de revenir. Il se redressa sur sa table, en se rappelant ce que lui avait dit Lancelot :

― Il revient toujours vers vous, Sir…

Pourquoi revenait-il ? Et surtout pourquoi reviendrait-il ? Lui qui ne l'avait que fais souffrir injustement… Il soupira de fatigue et allant se coucher, il murmura Merlin, comme chaque soir depuis son départ. Il n'était plus que l'ombre de lui-même.

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Hunit sentait que Merlin n'était pas bien, elle avait tenté de comprendre son refus d'en parler, puis au second soir, il lui parla des foulards, de ses questions, de son comportement si différent à chaque instant…

― Il doit surement savoir… il me déteste j'en suis sûr…dit Merlin qui serra ses dents pour retenir sa douleur.

Hunit comprit aussitôt que le prince savait seulement qu'il avait été sauvé par Merlin. Elle savait, en tant que mère, qu'Arthur était attaché à son fils.

― Merlin, quand j'ai vu le prince venir ici pour la première fois… J'ai su qu'il tenait à toi et je pense que s'il fait ou dit des choses, c'est seulement par maladresse.

Elle lui caressa les cheveux. Elle avait l'impression de revenir quelques années en arrière quand, parfois, il se chamaillait avec Will. Elle le consolait sur le lit, la tête de son fils sur sa poitrine. Ce fut la gorge nouée qu'il lui avoua que son père était mort, que l'homme qu'elle avait tant aimé était mort en le sauvant. Merlin sanglota de nouveaux, s'agrippant au pull de sa mère. Elle s'était penchée sur lui :

― Je sais Merlin… et je sais aussi que Balinor aurait été fier de toi.

Elle était chagrinée par sa peine et enfin, il lui dit qu'il avait vu Arthur sur la tombe de son père.

― Il lui demandait Pardon…

La fatigue le prenait lentement, trop d'émotion le mettait à rude épreuve. Hunit ne put que lui répondre :

― Alors oui, il sait pour ton père, dit-elle pour confirmer les doutes de son fils.

Le visage relevé de son fils lui fit serrer son cœur.

― Merlin ? L'aimes-tu ?

Il enfouit encore plus son visage et lui murmura :

― Je ne sais pas… j'aime être avec lui mais … je ne sais pas ce que c'est que d'aimer…

Bien sûr, Merlin avait aimé un temps Freya mais cela avait été tellement court qu'il ne savait pas s'il avait vraiment été amoureux. Dans un sens, oui, il l'avait aimé… mais depuis qu'il s'était affligé de sa propre bêtise, tout ce qu'il éprouvait, devenait plus intense, plus fort et en même temps effrayant.

― Je te l'ai dit, il a beaucoup d'affection pour toi. Même en sachant qui tu es, je sais qu'il tient à toi. Demain, tu dois y retourner, je suis sûr qu'il a besoin de toi…

Les yeux de son fils étaient brillants, oui elle savait que Merlin avait autant besoin du prince aussi.

― Dors et reposes-toi.

Merlin se réveilla en sueur, il venait encore d'entendre Arthur l'appeler comme ces derniers jours depuis qu'il était chez sa mère. Ces appels l'effrayaient au point qu'il se demandait pourquoi il arrivait à les écouter. Il avait beau chercher, il n'y trouva aucune réponse. Le jour s'apprêtait à se lever et se précipitant pour rejoindre le prince, il embrassa sa mère. Il la remercia une dernière fois et elle lui murmura :

― Je sais qu'Arthur veillera sur toi…

Le jeune sorcier sourit et partit en direction de Camelot.

Au cinquième jour, devant sa fenêtre, Arthur surveillait l'entrée du royaume. Il avait du mal à dormir et ne mangeait que sous la surveillance de Lancelot et Gauvain. Il se sentait tel un enfant espionnant pour voir apparaitre une ombre. Mais il ne vit rien. Quand à midi, les deux chevaliers arrivèrent avec son plateau, ce fut avec encore plus de difficulté qu'il mangea. Il ne cessait de s'en vouloir du départ de Merlin. Gauvain et Lancelot ne comprenaient pas leurs comportements. Autant ils avaient l'air de bien s'entendre et autant ils semblaient indiffèrent l'un envers l'autre. Et pourtant, tout le monde savait combien le prince appréciait son valet. Mais apparemment, aucun des deux n'avaient conscience de cela.

Soudain, la porte s'ouvrit sur Merlin toujours affiché de ce sourire. Arthur, le cœur palpitant, n'osait plus bouger, qu'allait-il lui dire ?

― Bonjour Sir, avait dit joyeusement Merlin en s'avançant puis se tournant sur les deux chevaliers il ajouta, messieurs.

Gauvain et Lancelot le prirent à tour de rôle dans leur bras, créant ainsi un malaise au prince. Ils sortirent tous les deux contents de son retour. Quant à Merlin, il ne savait plus ce qu'il devait dire ou faire, mais si sa mère avait vu juste alors, il resta fidèle à lui-même.

― Sir, voulez-vous que je vous débarrasse ? demanda-t-il en s'avançant près de lui.

Merlin n'eut pas le temps de finir sa phrase que le prince le serra très fort tout contre lui. Le brun était ému et naturellement, il se blottit contre lui.

― Ne me refait plus jamais ça… entendit-il au creux de son cou.

Merlin tressaillit au souffle sincère de sa voix. Arthur se retira et le fixant d'un regard que Merlin ne connaissait pas :

― Je suis content que tu sois revenu…

Le ton n'avait aucun reproche mais il sentait encore ce faussé qui les séparait. Merlin prit le plateau quand Arthur, avant de passer la porte lui chuchota :

― Merlin…

Celui-ci leva son visage sur le prince :

― Je tenais à te dire que…

Arthur n'y arrivait pas. Il avait tant besoin de lui et pourtant, il ne se sentait pas le courage de lui dire combien, il aimait être en sa compagnie. Le jeune sorcier lui fit un signe de tête comme si cela n'avait aucune importance et le quitta en souriant. Ainsi la vie avait repris son cours et Arthur faisait un peu plus attention à Merlin. Il essayait d'être moins dur mais plus il le voyait et plus il comprenait enfin ses sentiments. Ceux-là même que voulait lui montrer cette entité. Arthur avait beau être ce qu'il était mais en découvrant cette partie cachée de son valet, il sut que tout comme lui, la vie ne l'avait pas épargné. Il se savait chanceux de l'avoir à ses côtés. Merlin cherchait toujours à comprendre comment il avait su pour son père mais aucun des deux ne fit le premier pas pour en discuter. Comme un secret silencieux, jamais ils n'en parlèrent ensemble. Habitude qu'avait acceptée Merlin.

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à suivre

Anath63

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