Titre : Gan Ceann
Auteur
: terpine aka Coatlicue
Fandom
: Merlin (BBC)
Personnages
: Merlin, Arthur, Gwaine pour les principaux, tout le cast en général et quelques OCs
Résumé
: « Ce matin-là, ce qui menaçait d'arriver depuis que le prince Arthur avait adoubé les quatre roturiers arriva : un chevalier, furieux et cocu, jeta violemment son gantelet aux pieds de Sire Gwaine et réclama un duel à mort devant la Cour entière pour laver son honneur souillé. »
Avertissements
: un mélange pour le moins étrange de Merlin, de la légende « Sire Gauvain et le Chevalier Vert », des mythes entourant les dullahan et de la Mort. Plusieurs morts (pas des gens importants, rassurez-vous) et du sang un peu partout
Notes
: Le personnage d'Anghau est inspiré par Ankou, le serviteur de la Mort dans le folklore celte. Sire Bercilak de Hautdesert et sa charmante femme Lydia sont eux inspirés directement des personnages de la légende de « Sire Gauvain et le Chevalier vert », à savoir Bertilak et sa femme, propriétaire du château de Hautdésert. La créature qui terrifie Camelot, elle, est largement inspirée par la légende des dullahans (Gan Cean en gaélique irlandais, d'où le nom du titre.)

Également, si vous vous posez la question au cours de la lecture, « Wig ha wag ! » est traditionnellement le bruit de la charrette d'Ankou/Anghau.

Note de l'auteur : Désolée pour l'attente ! On devrait m'interdire d'écrire des fanfictions à longs chapitres car, inévitablement, des mois s'écoulent entre les updates. En attendant, une plus grosse update : voilà un morceau de 3000 mots. Bonne lecture !


Le chemin du retour fut morose. Le prince, dégoulinant de sang, était d'une humeur massacrante et parcourait les ruelles désertiques d'une démarche raide et saccadée. Merlin, écoutant pour une fois son instinct de survie, suivit son maître en laissant une distance de quelques mètres entre eux deux. A peine arrivé dans ses appartements, Arthur se déshabilla et se précipita vers la bassine d'eau qui attendait près de l'âtre rougeoyant, derrière un paravent. Merlin, lui, referma la porte derrière lui et lança un regard noir aux vêtements ensanglantés éparpillés au sol.

« Vos vêtements sont bon à jeter, sire. », commenta-t-il en bougeant une chemise du bout du pied.

La tête d'Arthur apparut soudain de derrière le paravent, parfaitement indigné.

« Tu plaisantes, j'espère ? C'est ma chemise préférée. Je veux la retrouver comme neuve. »

« Est-ce que vous savez à quel point le sang est difficile à nettoyer ? »

Le prince le toisa.

« J'ai l'air de quelqu'un qui fait la lessive ? »

Merlin avisa les cheveux tâchés de sang, la crasse de leur course poursuite dans la basse ville et le regard dédaigneux du prince.

« Vous avez surtout l'air de quelqu'un qui a besoin d'un bain. »

Ce fut la mauvaise chose à dire. Une sourire féroce se dessina sur le visage d'Arthur.

« Puisque tu te dévoues aussi gentiment, Merlin, va donc chercher la bassine et remplis-là. En évitant de m'ébouillanter cette fois. »

Merlin jura que l'on ne l'y rependrait plus.

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X

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Le lendemain matin, le roi Uther apprit l'échec de la veille et décida de confiner son fils dans ses appartements avec une petite dizaine de gardes royaux et de chevaliers.

« Cette créature maléfique n'emportera pas mon fils ! », tonna-t-il, en faisant les cent pas. « Je posterai tous les gardes et les chevaliers du royaume s'il le faut ! »

Il s'arrêta soudain et se tourna vers Gaïus. Ce dernier l'observait silencieusement, l'air soucieux.

« As-tu trouvé un moyen pour arrêter cette chose ? »

Le médecin secoua la tête en signe de dénégation.

« Les livres regorgent d'histoires et de légendes à propos des Gan Ceann mais aucun n'envisage une solution pour arrêter leur œuvre. Il me reste encore quelques ouvrages dans ma bibliothèque personnelle. Mon apprenti est train de les parcourir au moment où nous parlons. »

Les traits du roi se durcirent dangereusement et il s'assit lourdement sur son trône.

« Demande l'aide de Goeffrey. Il doit bien avoir quelque chose dans ses archives qui pourrait nous être utile. »

Gaïus se courba.

« Je vais aller le voir immédiatement. »

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X

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« C'est un véritable cauchemar... », marmonna Merlin, en laissant tomber sa tête sur les pages poussiéreuses d'un vieux grimoire.

Non seulement Camelot était décimée par un cavalier qui décapitait les braves gens au milieu de la nuit mais en plus le prince lui-même avait signé son arrêt de mort en voulant stopper une créature non mortelle avec son épée. Comment était-il censé réaliser son destin, faire monter Arthur sur le trône et unir Albion si le prince se faisait tuer par une créature infernale ? Et puis franchement, Merlin s'était attaché à cet idiot depuis le temps.

Alors qu'il gémissait sur l'avenir funeste qui allait bientôt s'offrir à Albion, il entendit des bruits de pas. Il daigna lever sa tête du livre et aperçut Gaïus, de retour de son entrevue avec le roi, le front plissé par l'inquiétude.

« Rien dans celui-ci là non plus, j'imagine ? »

Merlin acquiesça, le visage sombre.

« C'est le dernier. »

Gaïus leva un sourcil et se laissa tomber sur la chaise en bois en face de Merlin.

« Le roi m'a conseillé d'aller voir Geoffrey pour trouver une éventuelle solution dans les archives. Le problème, c'est que tous les livres susceptibles de nous aider ont été brûlés lors de la Grande Purge. Tous les ouvrages les plus enclin à la sorcellerie sont dans cette pièce. »

Merlin baissa les yeux.

« Tous les livres que j'ai lu disent que même la plus puissante des magies ne peut détruire les Gan Ceann... »

« J'en ai bien peur. Après tout, la magie est la vie. Elle se trouve à l'intérieur de la terre et de tous les êtres vivants. Les serviteurs de la Mort récoltent l'âme de leur victime en aspirant la magie qui se trouve confinée dans leur corps. Si tu étais amené à utiliser tes dons directement contre la créature, il est quasi certain qu'elle aspirerait la magie sans subir aucun dégât. »

Un silence pesant tomba dans le petit cabinet. Merlin referma son grimoire d'un geste sec. Gaïus soupira lourdement.

« Merlin...je pense qu'il va falloir de nouveau demander de l'aide au Grand Dragon. »

« Je craignais que tu dises cela. », répondit Merlin avec un sourire amer. Il se leva et se dirigea vers sa chambre pour aller chercher ses affaires de voyage. « Je pars le plus vite possible pour revenir avant le crépuscule. Avec un peu de chance, nous pourrons neutraliser le cavalier sans tête avant la nuit. »

« Espérons-le, mon garçon. »

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X

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Posté devant la fenêtre de ses appartements royaux, Arthur, les bras croisés et la mine boudeuse, aperçut soudain Merlin au milieu de la cour du château. Ce dernier était à cheval et se dirigeait vers la sortie de la cité.

« Qu'est-ce que cet idiot est en train de manigancer ? », marmonna-t-il en fronçant les sourcils.

« Un problème, Sire ? »

Le Prince se retourna et fit face à Léon. Ce bon et fidèle Sire Léon. Toujours poli et attentionné même lorsqu'il a reçu l'ordre de garder un prince furieux confiné dans ses appartements. Arthur pointa la fenêtre de son index.

« Je viens de voir mon valet dehors. À cheval qui plus est et qui se dirigeait vers ce qui ressemble suspicieusement à la forêt. »

Léon se rapprocha de la fenêtre et vit effectivement le serviteur du Prince se diriger vers les portes de la cité.

« Est-ce que quelqu'un a pensé que depuis que je suis coincé ici, il n'y a personne pour le surveiller ? Cet idiot est capable d'aller se promener jusqu'au crépuscule. »

« Vous ne pensez pas que vous sous-estimez un peu Merlin, Sire ? »

Arthur le regarda fixement et leva un sourcil. Soudain, la compréhension se dessina sur le visage de Sire Léon.

« Oh ! Je comprends, Sire. Vous vous inquiétez pour lui, n'est-ce pas ? »

Le Prince, stupéfait, lutta pour trouver les mots et exprimer son plus total désaccord sur la chose. Franchement, où avait-il pêché une idée pareille ? Néanmoins, Sire Léon le devança avant qu'il n'ait sorti un seul mot.

« N'ayez crainte, Sire. », fit le chevalier sur le ton de la confidence. « Je vais demander à Lancelot de s'occuper du problème. »

Sire Léon appela alors un des gardes royaux qui stationnaient à la porte et lui demanda de chercher Sire Lancelot le plus rapidement possible. Arthur, estomaqué, se contenta de s'assoir et de retourner à ses papiers en essayant d'ignorer l'air particulièrement satisfait de Sire Léon.

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X

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Lorsque Merlin arriva dans une clairière recluse de la forêt où il avait l'habitude d'appeler le dragon, il eut l'immense surprise de trouver l'incroyable créature confortablement allongée sur l'herbe. Merlin tenta tant bien que mal de contrôler sa monture, absolument terrifiée par le dragon. Finalement, il opta pour descendre et attacher la jument au premier arbre venu. Kilgarrah remua paresseusement sa queue.

« Eh bien jeune sorcier, je commençais à désespérer de te voir venir. »

« Vous êtes déjà là ? »

Kilgarrah grogna sourdement et un volute de fumée noire s'échappa de ses naseaux.

« L'œuvre du Can Geann qui accable Camelot n'est pas passée inaperçue au sein de la communauté magique. »

Soudain très fatigué, Merlin se laissa tomber sur l'herbe de la clairière.

« J'imagine que vous savez déjà pourquoi je suis ici, alors ? »

« Le serviteur de la Mort doit être stoppé. », acquiesça le dragon. « Habituellement, leur œuvre fait partie du cycle naturel de la vie. Néanmoins, le Gan Ceann qui attaque Camelot est biaisé dans sa tâche. »

« Vraiment ? Lui aussi veut tuer Arthur pour se venger d'Uther ? »

Il y eût une curieuse petite pause où le dragon battit plusieurs fois des paupières.

« Personne n'a parlé de Pendagron ici. »

« Oh mais je croyais que...je veux dire, Arthur a été aspergé d'une bassine de sang et le cavalier sans tête a prononcé son nom alors je pensais... »

Cette fois, il y eût un très long silence très inconfortable. Kilgarrah plissa dangereusement ses yeux. Merlin déglutit difficilement.

« Voilà la raison pour laquelle tu aurais du venir me voir plutôt, jeune sorcier ! », tonna-t-il. « Et non, la créature ne possède aucune rancune à l'encontre de la lignée Pendragon. Elle porte cependant un lourd grief vis-à-vis de Sire Gwaine. »

« Gwaine ? »

Kilgarrah baissa son immense tête écailleuse.

« Sais-tu qui sont les serviteurs de la Mort, Merlin ? Il s'agit la plupart du temps d'un simple humain qui a conclu un pacte avec Anghau, la personnification même de la Mort. Elle leur propose la chose qu'il désire le plus et en échange il s'engage à la servir. »

« Alors le cavalier sans tête...il s'agit vraiment de Sire Bercilak ? »

Le dragon hocha la tête et ses yeux mordorés se posèrent sur Merlin.

« Tu as compris. Sache qu'il ne s'arrêtera pas tant que Sire Gwaine sera en vie. »

L'horreur se dessina sur le visage de Merlin.

« Ne me dîtes pas qu'il va falloir le sacrifier pour stopper le Gan Ceann ? Pourquoi n'a-t-il pas immédiatement pris la vie de Gwaine si cela lui importe tellement ? Pourquoi s'amuser décapiter tout le monde ? »

« Et ça, jeune sorcier, c'est pour cela que tu es venu me voir. », expliqua posément Kilgarrah. « Il existe un moyen d'immobiliser et d'affecter momentanément le Gan Ceann. Ton ami l'ignore mais il porte toujours sur lui ce remède. C'est grâce à cela qu'il est toujours en vie à l'heure où nous parlons et que la créature s'échine à massacrer les habitants de Camelot en attendant. »

Merlin regarda le dragon, les yeux plein d'espoir.

« De quoi s'agit-il ?

« L'or, jeune sorcier. L'or le plus pur. »

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X

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En entendant des grondements sourds et des bribes de phrases, Anghau tourna lentement la tête et ses yeux, entièrement noirs, se posèrent sur le Gan Ceann. La terrifiante créature se tenait face à elle, la tête reposant au creux de son bras gauche décharné, semblant réclamer quelque chose. La faux qu'elle tenait dans main droite luisait de sang.

« Nous avons à nous soucier de choses beaucoup plus importantes que d'un simple humain récalcitrant qui te file entre les doigts, Gan Ceann. », déclara froidement Anghau.

Elle s'approcha du cavalier sans tête, sa charrette noire toujours omniprésente, et un rictus spectral étira son visage émacié.

« As-tu déjà entendu parler d'un être dénommé Emrys, Gan Ceann ? Une prophétie le dépeint comme un être éternel et immortel, en totale osmose avec la magie de la Terre elle-même. » Les traits d'Anghau se durcirent. « L'immortalité n'est pas naturelle. Aucun être ne peut défier la Mort. Aucun être ne peut me défier. »

Les gros yeux jaunes et vitreux du cavalier se plissèrent.

« Il se trouve que Emrys se cache précisément au sein de Camelot. Il est encore jeune et inexpérimenté pour le moment. Il faut que tu le fauches avant qu'il n'atteigne l'apogée de ses pouvoirs, Gan Ceann. ». Les doigts blancs d'Anghau caressèrent la lame ensanglantée de la faux. « En échange, je te révélerai pourquoi tu ne peux atteindre Sire Gwaine. »

Le Gan Ceann acquiesça.

« Va. La nuit approche. »

La créature disparut dans un halo de fumée noire.

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X

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Le soleil était en train de se coucher lorsque Merlin atteignit Camelot.

À peine arrivé dans les écuries royales, le sorcier sauta de sa monture. Il donna la bride de la jument au premier garçon d'écurie venu et se précipita aussitôt vers le cabinet de Gaïus.

« Gaïus ! Gaïus ! », s'époumona-t-il en déboulant dans la petite pièce. « J'ai trouvé quel est le remède ! »

Le médecin de la Cour, penché sur un vieux grimoire poussiéreux, se leva aussitôt.

« Il faut de l'or ! L'or le plus pur ! C'est la seule faiblesse du cavalier sans tête. Une petite quantité suffit pour l'empêcher d'approcher sa victime et de l'affecter momentanément... »

Gaïus hocha rapidement la tête et se dirigea vers la porte. Il enjoignit Merlin à le suivre.

« Je vais aller prévenir Uther. Toi, file prévenir Arthur avant que le Gan Ceann n'attaque ! »

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X

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La nuit était tombée lorsque Merlin sprinta dans les longs et tortueux couloirs du château pour atteindre le prince à temps. Il n'y avait plus une minute à perdre. Surtout qu'il se doutait que le Prince devait conserver de nombreux objets en or massif dans ses appartements...

« Merlin ! Où cours-tu comme ça ? »

Merlin glissa dangereusement sur les dalles polies du grand hall. Il retourna pour faire face à Gwen. Il lui offrit un grand sourire et lui attrapa les deux épaules.

« Gaïus et moi avons trouvé un moyen de stopper le cavalier sans tête ! Il suffit de le confronter à de l'or pur ! J'étais sur le point de prévenir Arthur. On ne voudrait pas que le Prince héritier meurt prématurément tout de même. »

Un sourire se dessina sur les lèvres de Gwen. Néanmoins, la jeune servante n'eût pas l'occasion d'exprimer sa joie. Avant qu'elle ne puisse prononcer un mot, il y eût un fracas assourdissant et la grande baie vitrée du couloir vola en éclat. À la plus grande horreur des deux servants, le cavalier sans tête surgit de la fenêtre et atterrit au beau milieu des débris de verre. Instinctivement, Merlin se plaça devant Gwen. Les yeux vitreux du Gan Ceann était rivés sur le sorcier. Un sourire décharné se dessina sur son visage et il s'avança vers les deux roturiers.

« Gwen ! Va prévenir quelqu'un ! », cria Merlin en le lâchant pas la créature des yeux.

La jeune fille eût un air stupéfait, indignée par la simple idée d'abandonner son ami aux griffes de la créature démoniaque.

« Mais... »

Merlin poussa violemment son amie dans un couloir adjacent.

« Ne discute pas ! Je vais faire diversion ! »

Sans attendre une réponse de Gwen, le sorcier sprinta dans la direction opposée. Aussitôt, le cavalier sans tête se lança à sa poursuite.

« Emrys. »