Mia: Très contente que tu apprécies Sarah, c'est vrai qu'elle a beaucoup d'humour et j'aime bien qu'Hermione et elle s'envoient des piques, ça met un peu de piment! J'espère que tu aimeras cette seconde partie, dans laquelle Draco a un rôle plus important.

Merci à tous pour vos reviews! J'espère qu'après l'attente que je vous ai fait subir, ce chapitre comblera tous vos espoirs! Maintenant, les choses sérieuses commencent, on entre vraiment dans le vif du sujet !

ENJOY!

Part II: A not so muggle mom with one very endangered secret (*)

Le vendredi soir qui suivit cette conversation, Sarah teint absolument à présenter son ami à Hermione, là, sur le trottoir du collège/lycée Nelson. Cela obligea la jeune femme à faire un créneau pour se garer correctement, ce qu'elle avait horreur de faire. Comble de malchance, elle avait passé la journée à attendre en vain le client pressé-et-friqué. Elle commençait même à se demander si tout ça n'était pas un vulgaire canular téléphonique par lequel son patron se serait bêtement laissé avoir. En plus, ses autres clients, ceux dont elle avait parfaitement le temps de s'occuper et qui étaient parfaitement réels, avaient été redistribués à ses incapables de collègues pendant qu'elle perdait son temps à attendre un client fantôme. Vraiment, elle était de très mauvaise humeur, ce soir-là.

C'est donc en grognant qu'elle ouvrit la porte de la Volvo pour descendre sur le trottoir. En son fort intérieur, elle se dit que ça lui faisait au moins un peu d'exercice : elle était passée de « assise derrière son bureau » à « assise dans les embouteillages » alors autant dire qu'elle avait mal aux fesses et que ses jambes étaient ankylosées. Le blondinet était assis sur le trottoir, comme à son habitude. Lorsqu'il la vit approcher, il se leva et attendit en affichant un calme pas très naturel chez un gamin de onze ans, surtout en présence d'un adulte. Lorsqu'Hermione se trouva à sa hauteur, il posa sur elle son regard noir, imperturbable. La jeune femme eut un coup au cœur : à le voir de si près, elle se dit qu'il ressemblait vraiment beaucoup à son père. Sauf que ses yeux étaient aussi sombres que ceux de Malfoy étaient clairs. Soudain, il lui tendit la main.

« Bonsoir, madame, je suis Scorpius Malfoy. »

Il y eut un léger flottement, puis Hermione saisit la main du garçon en souriant.

« Bonsoir, Scorpius, moi c'est Garner, Harmony Garner. »

« T'étais obligée de jouer les James Bond, maman, c'est vraiment ridicule ! », s'écria Sarah, qui n'avait pas perdu une miette de l'échange.

L'espace d'une seconde, Scorpius eut l'air un peu perdu, puis ses yeux se vidèrent de toute expression et ses traits se lissèrent. Hermione se dit que le pauvre garçon avait l'air encore plus en contrôle que l'était son père à son âge. Intérieurement, cela la révolta. En tant que maman, elle ne comprenait pas comment on pouvait faire cela à son enfant.

« Je suppose que tu n'as pas de télévision, chez toi, Scorpius. »

« Effectivement, mon père n'aime pas tout ce qui est… »

Hermione devina qu'il voulait dire « moldu » mais sentant son hésitation, elle vola à son secours :

« Technologique ? »

« C'est ça. »

« Sarah m'a dit que tu étais très doué pour le dessin. Est-ce que je pourrais voir une de tes œuvres ? »

« Non ! », s'exclama Scorpius, avec une vivacité qu'il sembla regretter aussitôt. « Non, je… je n'aime pas qu'on voit mes dessins… », se reprit-il, « désolé. »

La jeune femme se demanda comment sa fille avait pu gagner la confiance du jeune Malfoy en à peine deux jours. Il était manifeste que Sarah avait eu droit de voir les dessins de Scorpius, or le garçon avait l'air assez sauvage. Mais elle préféra ne faire aucun commentaire.

« Alors maman, je peux l'inviter à la maison ? », s'enquit l'adolescente, visiblement impatiente d'avoir son approbation.

« Seulement si ses parents n'y voient pas d'inconvénient, ma chérie. »

« Mon père est d'accord ! », s'exclama immédiatement Scorpius en laissant éclater son enthousiasme.

Hermione se dit qu'il y avait peut-être encore un espoir. Le garçon n'était pas encore dénué de tout naturel.

« Très bien, dans ce cas, tu peux venir dès demain, si tu veux. Tes parents ont le téléphone ? »

Scorpius secoua la tête. La jeune femme se fit la réflexion que si leur enfant n'était pas sorcier, les Malfoy allaient vraiment devoir faire un effort pour s'habituer au mode de vie moldu, sans quoi il serait absolument incapable de s'y intégrer. Hermione sortit un papier de son sac à main, y nota quelque chose et le tendit à Scorpius.

« Dans ce cas, dis-leur de t'amener à cette adresse aux alentours de 14h. »

« Très bien, madame Garner. »

« Tu peux m'appeler Harmony. Tu sais, c'est la première fois que Sarah invite un ami à la maison ! »

« Maman ! », s'écria cette dernière, rouge de honte.

Scorpius jeta un coup d'œil rapide à son amie. Il sembla saisir l'embarras de cette dernière puisqu'il répondit en retour :

« Vous savez, c'est une première pour moi aussi. Mon père a été très étonné, quand je lui ai parlé de Sarah. »

« En parlant de ton père, c'est lui qui passe te chercher ? »

« Oui, mais il est toujours en retard. »

« Tu veux qu'on attende avec toi ? »

« Non, surtout pas ! », s'écria-t-il un peu paniqué.

« Comme tu veux. A demain, dans ce cas ! », répondit Hermione sans se poser de questions. Scorpius et son père devaient certainement transplaner pour rentrer chez eux et le faire en présence de deux moldues se serait révélé extrêmement gênant.

« A demain… Harmony ! A demain, Sarah ! »

« Ouais, salut », répondit l'adolescente avant de rejoindre sa mère qui s'était déjà glissée derrière le volant.

Hermione mettait un point d'honneur à faire la grasse matinée tous les samedi matin, quitte à se forcer, ce qu'elle faisait le plus souvent. Mais c'était non négociable. Quand elle était encore élève à Poudlard, il lui arrivait de rêver à sa vie d'adulte. Dans ses rêves, elle était une femme accomplie, moderne, qui travaillait aussi bien qu'un homme tout en prenant soin de sa famille. Elle se levait toute la semaine aux aurores pour s'occuper de ses enfants, les habiller, leur faire à manger, les conduire à l'école. Chignon bien serré et talons aux pieds, elle filait ensuite au boulot. Mais dans ses rêves, le samedi et le dimanche n'étaient pas des jours comme les autres : elle s'éveillait aux alentours de midi, un magnifique soleil inondait la chambre parentale et elle paressait dans les bras de son mari super canon.

Pour le mari super canon, il faudrait repasser, mais elle prenait soin d'attendre que le soleil soit à son zénith avant de mettre un pied hors du lit. Bon, on ne peut pas non plus dire qu'elle « paressait », elle se retournait plutôt dans tous les sens et jetait des coups d'œil frénétiques au réveil-radio en se demandant pourquoi le temps passait si lentement. Hermione Granger était absolument incapable de paresser. Mais comme elle faisait aussi preuve d'une mauvaise foi et d'une ténacité hors du commun, elle refusait de se l'avouer et s'accrochait à ses parodies de grasses matinées. Le seul homme présent à son réveil était Jimmy, et alors ?

Cependant, ce samedi matin là, Hermione mit fin à sa sacro-sainte règle. Elle se leva à six heures du matin et commença à s'agiter un peu partout dans l'appartement : elle fit la vaisselle qu'elle avait eu la flemme de faire le matin précédent, elle dépoussiéra les étagères qui supportaient les livres parfaitement moldus qu'elle avait amassés ces dix dernières années, elle enfila des gants vert fluo pour aller frictionner la cuvette des toilettes, et pour clore son ballet de la parfaite ménagère, elle brancha l'aspirateur. Elle eut à peine le temps d'aspirer le dessous de la table de la cuisine, où s'amoncelaient des miettes de pain millénaires qu'une furie brune traversa le couloir pour débrancher l'appareil.

« Non mais ça va pas ? Qu'est-ce qui te prends, de passer l'aspirateur à sept heures du mat' ? SEPT HEURES DU MATIN ! UN WEEK END ! »

« Ben, c'est que l'appartement est… Comment dire… Tu sais avec Max et Dana, on est les deux seules à avoir jamais mis les pieds ici alors je veux donner une bonne impression, tu comprends… »

« Je m'en contrefiche ! Je suis une ado, j'ai besoin de SOMMEIL ! Alors ton ménage, tu peux te le mettre où je pense ! »

Et avant qu'Hermione ait pu dire ouf, Sarah avait retraversé le couloir et faisait violemment claquer la porte de sa chambre. La jeune femme abandonna l'aspirateur sur le carrelage et se mit à tourner en rond. Une boule lui obstruait la gorge, l'empêchant de respirer convenablement. Elle se sentait terriblement mal parce qu'elle savait qu'elle allait voir Malfoy, qu'elle allait sans doute lui faire visiter leur modeste nids, qu'il allait entrer dans leur intimité à Sarah et elle, ce que personne n'avait fait depuis la fin de la guerre. Cette fichue guerre qu'elle avait tant de mal à oublier… Si Malfoy la reconnaissait, tout serait perdu. Onze ans anéantis en une seconde. Pour elle mais aussi pour Sarah. Surtout pour Sarah. Si son adolescente de fille devait tout apprendre, juste comme ça, d'un seul coup, son monde s'écroulerait. Elle ignorait totalement l'existence du monde sorcier et la guerre qui l'avait déchiré, une guerre qui avait eu assez de retentissements dans le monde moldu pour causer la mort de ses parents. Elle ne savait rien de cet immense et lourd, si lourd secret qu'Hermione peinait chaque heure de chaque jour à dissimuler. Il ne fallait pas qu'elle sache. Jamais.

La jeune femme s'enferma dans la salle de bain en se disant qu'une bonne douche lui changerait les idées. Mais l'eau ne parvint pas à éloigner ces images atroces, celles de ses cauchemars, les sorts qui fusaient dans le ciel, la marque des ténèbres, ces visages abimés et fatigués, ces morts, tous ces morts. Elle se laissa glisser contre le mur carrelé et se mit à sangloter, la tête entre les mains, l'eau coulait toujours. Elle voulait que l'eau coule, encore et encore, pour la laver de tout ça, emporter ces images, loin. Mais elle savait aussi que jamais assez d'eau ne coulerait pour la débarrasser de ce passé qui lui collait à la peau. Et si Dana avait raison ? Elle ne pouvait pas sombrer dans la dépression, elle n'en avait pas le droit !

Elle resta là un moment, les sanglots cessèrent peu à peu, le temps qu'Hermione Granger redevienne celle qu'elle faisait semblant d'être depuis onze ans. Elle s'observa attentivement dans le miroir, curieuse de comprendre pourquoi Draco Malfoy n'avait pas retrouvé en elle l'adolescente qu'il avait connue. Elle avait muri sans doute. Cela n'affectait pas ses traits, pas vraiment, mais leur donnait malgré tout un je ne sais quoi de différent. Ses yeux n'avaient plus cette flamme de la jeunesse. Ses yeux étaient vieux d'avoir vu trop de choses. Son cœur aussi était différent, elle le sentait. Il avait perdu le courage des Gryffondors. Elle l'avait tant usé, ce courage, qu'il ne lui en restait plus une miette. Oui, elle avait changé. Si bien que même en cherchant Hermione Granger, elle n'était plus sûre de la retrouver.

Hermione était partie promener Jimmy juste après le déjeuner. Pour une fois, cela ne lui avait pas paru aussi désagréable que ça l'était d'habitude, car elle savait ce qui l'attendrait en rentrant. Elle profita de cette promenade forcée pour se préparer à affronter Malfoy. Elle s'y était déjà un peu préparée plus tôt dans la journée, cependant. En effet, si un de ses voisins l'avait croisée, sans doute ne l'aurait-il pas reconnue. La jeune femme s'était bien rendue compte qu'elle n'était plus l'adolescente qui sillonnait les couloirs de Poudlard en compagnie d'Harry et Ron mais elle craignait qu'à force d'avoir son visage sous le nez, Malfoy ne finisse tout de même par faire le rapprochement. En conséquent, elle avait emprunté du maquillage à Sarah, un maquillage beaucoup plus foncé que celui qu'elle portait d'ordinaire et elle s'était lissé les cheveux histoire qu'ils aient l'air le moins indiscipliné possible. Le résultat était plutôt satisfaisant, cela lui donnait l'air plus jeune et moins sévère. D'ailleurs, elle s'attendait à ce que Sarah l'engueule copieusement pour s'être servie dans ses affaires mais cette dernière, une fois levée, l'avait juste complimentée.

Tout en errant aux grés des envies de Jimmy qui, truffe en l'air, arpentait le quartier en maître des lieux, elle réfléchissait aux bourdes à ne surtout pas commettre. Il fallait qu'elle évite, par exemple, de parler de l'adoption de Sarah, dont les circonstances renvoyaient à la fois à la guerre et à son tout dernier acte de magie. En effet, à dix-huit ans à peine, jamais Hermione n'aurait pu adopter légalement une enfant de quatre ans, elle avait donc réglé les choses à l'aide de quelques sorts bien placés avant de ranger sa baguette dans son étui, d'où elle n'était plus ressortie depuis. Elle devait aussi éviter de parler de sa scolarité, mais maintenant qu'elle y pensait, Malfoy n'aborderait certainement pas le sujet dans la mesure où il était censé s'adresser à une moldue pure souche. Penser qu'elle n'était pas la seule à avoir quelque chose à cacher, rassura un peu Hermione : sur ce plan, Malfoy et elle seraient à égalité. Non, elle aurait même la supériorité, puisqu'elle connaissait le secret de l'ex-serpentard alors que lui ignorait le sien. Oui, tout se passerait bien !

C'est donc un peu rassérénée que la jeune femme revint de sa promenade. Elle fut étonnée de trouver la porte de l'appartement grande ouverte et plus étonnée encore de trouver Malfoy père et fils en plein milieu de son salon, en compagnie de Sarah. Leurs invités étaient en effet très en avance. Dès qu'il repéra les intrus, Jimmy se mit à aboyer en tirant sur sa laisse. Sarah s'empressa d'attirer Scorpius dans sa chambre, laissant son père aux bons soins de la pauvre Hermione, qui luttait pour ne pas que le chien saute à la gorge de Malfoy. Ce dernier ne semblait pas plus impressionné que ça : il regardait la jeune femme se débattre, un sourire arrogant sur les lèvres. Ce même sourire agaçant qu'il arborait adolescent. Hermione n'en revenait pas, elle avait l'impression de retrouver la même petite ordure qu'onze ans auparavant. L'idée lui passa par la tête de laisser Jimmy régler son compte à l'ancien Serpentard. Mais comme elle était une adulte responsable, elle se contenta d'enfermer ce dernier, tant bien que mal, dans la cuisine.

« Excusez-moi, monsieur Malfoy, il n'aime pas beaucoup les étrangers… »

« Je m'en suis rendu compte ! Ce n'est pas un chien de race, il me semble… », fit-il remarquer en haussant un sourcil.

Parce que le sang devait aussi être pur chez les animaux ? Une veine se mit à pulser sur le front de la jeune femme, qui était mais alors très tentée de lui flanquer une baffe au moins à la hauteur de celle qu'elle lui avait assénée en troisième année. Elle prit cependant une grande inspiration pour se calmer et se força à rester polie.

« Il est croisé : ¼ berger allemand, ¼ collet, et ½ chien de chasse, pour être précise. Les bâtards sont plus solides que les chiens de race et ils ont bien meilleur caractère, si vous voulez mon avis », répondit Hermione en souriant de toutes ses dents.

« Si vous le dites… Ils ont l'air quand même un peu…geignards, non ? »

En effet, Jimmy poussait des gémissements pitoyables de l'autre côté de la porte de la cuisine. Hermione, quant à elle, avait des envies de meurtre. Elle préféra changer de sujet.

« Asseyez-vous, monsieur Malfoy », dit-elle en désignant d'un geste le canapé devant lequel il se tenait, « souhaitez-vous boire quelque chose ? »

« Avec plaisir, auriez-vous du whisky-pur-feu ? », demanda-t-il en s'asseyant.

Croyant que le sorcier venait de faire une énorme gaffe, Hermione se figea. Elle ne lut pourtant aucune gêne dans ses yeux. Il se contentait de la fixer avec tout le flegme dont il était capable.

« Hum… Je suis désolée mais…j'ai juste du whisky normal. Je dois avouer que je ne connais pas le « whisky-pur-feu », en fait. C'est étranger ? »

« Pas du tout, c'est on ne peut plus britannique, vous ne connaissez pas ? », s'enquit-il sur un ton qui signifiait clairement qu'elle avait dû naître sur une autre planète pour ne jamais en avoir entendu parler.

Hermione hallucinait, Malfoy avait un cran pas croyable : il se servait de références que seul un sorcier pouvait comprendre pour prendre le dessus sur une pauvre maman moldue ! Bon, ok, ça c'était ce qu'elle donnait l'impression d'être, mais quel culot, tout de même ! Il essayait de renverser la situation ! Alors que c'était lui, qui était en position de faiblesse, lui qui ne connaissait absolument rien au monde dans lequel son propre fils allait devoir évoluer toute sa vie durant ! La jeune femme attendit quelques secondes avant de répondre, le temps pour ses mains de se décrisper, pour son cœur de se calmer, pour ses dents de se desserrer, pour ses yeux de contenir les éclairs qui étaient prêts à fuser comme des missiles pour faire exploser la personne tranquillement assise en face d'elle.

« Eh bien non, il faut dire que je ne suis pas très alcool, ce doit être une référence d'habitué… Un whisky normal vous conviendrait-il ? », Demanda-t-elle d'une voix mielleuse en affectant l'innocence la plus complète alors même qu'elle venait d'insinuer que son interlocuteur n'était ni plus ni moins qu'un pilier de bar.

Malfoy tiqua légèrement, signe qu'il avait parfaitement compris l'allusion.

« Oui, merci », répondit-il, tête haute, en croisant les jambes.

Même la guerre n'était pas parvenue à lui faire abandonner cette insupportable attitude de celui qui cherche en permanence à asseoir sa supériorité, cette supériorité dont il croit être pourvu depuis sa naissance, qui lui semble une telle évidence. Mais Hermione était déterminée à ne pas le laisser faire.

« Si vous voulez bien m'excuser… »

Par elle ne savait quel miracle, elle réussit l'exploit d'entrer et de ressortir de la cuisine sans laisser filer Jimmy. Elle servit à Malfoy son whisky parfaitement moldu et décida de commencer les hostilités.

« Que faites-vous, dans la vie, monsieur Malfoy ? »

« Je suis PDG d'une grande société », répondit ce dernier avec fierté, « et vous ? »

« Je suis agent immobilier », répondit rapidement la jeune femme, « quel genre de société ? », poursuivit-elle en s'efforçant de pousser le sorcier dans ses retranchements.

Elle fixait un regard déterminé sur Malfoy qui ne silla pas une seconde. Hermione devait l'admettre, le zigoto était peut-être un con de première, mais il avait un sacré cran.

« Une société qui crée et vend des remèdes pour… les personnes… qui sont… malades aux apothicaires ».

Hermione eut un sourire triomphant.

« Apothicaires ? »

« Oui… »

« Je pensais qu'on avait cessé d'utiliser ce mot il y a quelques siècles déjà, mais je vois que certains…traditionnalistes y restent accrochés… Est-ce que vos remèdes sont…comment dire…artisanaux ? »

« Pas du tout, nous les élaborons à partir de formules très complexes, nous faisons de nombreuses expériences pour les mettre au point et nous les testons avec soin pour vérifier et prouver leur efficacité », répliqua Malfoy, visiblement piqué au vif.

« Ooooh, donc ce que vous essayez de me dire, c'est que vous dirigez une grande entreprise pharmaceutique et que vous concevez des médicaments qui sont ensuite vendus aux consommateurs par l'intermédiaire de pharmacies. A vous entendre, j'ai presque cru que vous commercialisiez des remèdes de grand-mère vendus dans des boutiques underground ! C'est beaucoup plus sérieux et scientifique que ça, en fait, je suis impressionnée ! »

« Merci, oui, c'est exactement ce que je voulais dire », s'empressa de répondre le sorcier, visiblement ragaillardi par le compliment de la jeune femme.

« Quel est le nom de votre laboratoire, je le connais certainement ! »

« Oh non, nous ne sommes connus que dans un milieu assez restreint… Dites-moi, vous me paraissez assez jeune, pour être la mère d'une gamine de quinze ans… »

Hermione se rendit compte immédiatement que Malfoy cherchait désespérément à changer de sujet mais elle était consciente qu'elle ne pourrait pas se défiler indéfiniment. Il lui sembla donc plus sage de donner quelques vagues réponses sur sa vie à elle avant de réorienter la conversation.

« Sarah n'est pas ma fille, pas génétiquement, en tout cas. Je l'ai adoptée. »

« Ah oui ? Elle était dans un orphelinat ? »

« Non, ses parents étaient des amis à moi, ils sont tous les deux morts dans un accident de voiture il y a quelques années », répondit Hermione, une expression profondément affligée plaquée sur le visage.

Elle espérait que le jeune homme aurait pitié et qu'il arrêterait là ses questions concernant l'adoption. Elle se sentit tout à coup un peu coupable de jouer ainsi la comédie, mais elle se souvint de qui elle avait en face d'elle et la culpabilité s'envola aussitôt. Elle en fut étonnée, mais son stratagème fonctionna et elle put reprendre le contrôle de la discussion.

« Je me pose une question. Comment le PDG d'un grand laboratoire pharmaceutique peut-il être opposé à toute forme de technologie ? C'est vrai, pour faire toutes ces expériences, vous avez besoin d'ordinateurs, de centrifugeurs, de microscopes… Comment faites-vous pour diriger une telle compagnie sans avoir de téléphone portable ou de moyen de locomotion ? »

Hermione était consciente qu'elle venait de poser une colle à Malfoy. Quelque chose sembla vaciller, dans son regard. Cela lui donnait presque l'air…triste.

« En réalité, c'est ma femme, qui est anti-technologie. J'étais fou d'elle, alors j'ai tout fait pour que notre vie privée ne soit pas envahie par les odrinateurs et autres téphélones, tout en continuant à les utiliser au travail. Mais nous sommes en instance de divorce alors les choses vont changer. Je veux que Scorpius soit comme tous les garçons de son âge. »

Hermione ne put s'empêcher de se sentir émue. Malfoy avait eu l'air si sincère en parlant de son fils, il l'aimait plus que tout, c'était évident. Il avait beau avoir conservé ses mauvaises habitudes, il semblait prêt à changer beaucoup de choses dans l'intérêt de son fils. Elle ne pensa même pas à relever les erreurs de prononciation qu'il avait commises.

« Vous m'en voyez heureuse car dès que votre fils sortira de la chambre de ma fille, il vous demandera un ordinateur, je peux vous l'assurer ! »

Le sorcier la regarda étrangement, le silence s'installa entre les deux adultes durant une courte minute. Malfoy fronça les sourcils.

« J'ai l'impression de vous avoir déjà vue quelque part… »

« Oui, dans la cour du lycée, le soir de la réunion parents/profs », répondit Hermione sans se démonter.

« C'était vous ? Je vous ai aidée et ensuite vous vous êtes carapatée comme si vous aviez le diable aux trousses ! »

« J'étais en retard alors j'ai voulu… », tenta de se justifier la jeune femme.

« …battre le record du cent mètres ? », poursuivit Malfoy.

« C'est ça ! », s'exclama Hermione en laissant échapper un rire.

« Je ne vous aurais pas reconnue… Vous étiez plus… »

« Elégante ? »

« C'est ça ! »

« C'est ma tenue de travail, nous avons un code vestimentaire stricte, à l'agence ! »

« Mais pas à la maison, à ce que je vois ! »

« Qu'est-ce que vous insinuez ? Que je ne fais pas beaucoup d'efforts, c'est ça ? »

« Eh bien… »

Hermione portait en effet un jean délavé et un T-shirt trop grand à l'effigie d'un groupe de rock moldu. Tout ça lui donnait l'air assez négligé, elle ressemblait un peu à sa fille, habillée ainsi. Ce qu'elle ignorait, en revanche, c'est que ses cheveux lâchés et son maquillage donnaient au tout une touche un peu plus féminine, presque sexy sans le vouloir. Malfoy, qui appréciait les femmes sophistiquées, se dit qu'elle n'était définitivement pas son genre mais que son look de femme-enfant était plutôt craquant.

« En même temps, venant d'un type avec un manche à balais dans le cul… », répliqua Hermione qui, vexée, ne se rendit pas compte que le fait d'adresser une telle remarque à quelqu'un qu'elle venait à peine de rencontrer pourrait paraître quelque peu déplacé. Elle n'arrivait pas à oublier que ce père de famille était aussi le Malfoy qui l'avait persécutée durant toute sa scolarité.

Ce dernier n'eut pas l'air de le prendre mal. En même temps, il était extrêmement difficile de lire quoi que ce soit sur le visage du sorcier. Il parvenait le plus souvent à le rendre aussi indéchiffrable que l'avait été celui du professeur Rogue.

« Quel âge avez-vous, madame Garner ? »

« C'est mademoiselle Garner, et il est très mal poli de demander son âge à une femme, vous devriez le savoir, monsieur Malfoy ! »

« Je vous en prie, ne jouez pas les coquettes avec moi, je vois bien que ce n'est pas votre genre ! »

« Vingt-neuf », laissa-t-elle finalement tomber, sans trop savoir pourquoi. Elle aurait pu lui mentir, après tout, question de sécurité. Seulement, plus leur discussion durait, moins elle avait envie de lui mentir. Etrange…

« Eh bien lorsque je vous ai croisé au collège, vous sembliez en avoir trente-cinq et aujourd'hui, vous avez l'air d'une adolescente. Il faudrait trouver un juste-milieu, vous ne pensez pas ? »

« Vous êtes un homme étrange, monsieur Malfoy… Je vous trouve un peu familier… »

« C'est vous qui avez commencé, mademoiselle Garner ! »

« Tant qu'on y est, vous pouvez m'appeler Harmony. »

« Drôle de prénom… »

« C'est l'hôpital qui se fou de la charité ! », s'écria Hermione sans réfléchir. Elle regretta ces mots aussitôt qu'ils eurent franchi ses lèvres.

« Comment ça ? Vous connaissez mon prénom ? », s'étonna Malfoy, soudain méfiant.

« Non mais votre fils s'appelle Scorpius et niveau prénom bizarre il me dépasse de loin ! », réussit-elle à se rattraper, assez brillamment, d'ailleurs.

« Vous marquez un point », admit le sorcier.

« Et moi, comment suis-je censée vous appeler ? », insista Hermione. Il était hors de question que l'échange de prénoms ne soit pas réciproque !

« Monsieur Malfoy. »

« Je suis peut-être un peu bipolaire, à m'habiller toujours en dehors de mon âge, mais vous, vous être franchement coincé ! Vous vous êtes regardé ? Le menton levé jusqu'au ciel, les genoux croisés comme une midinette ? Cessez de jouer les coquettes et donnez-moi votre prénom ! »

« Vous venez de me traiter de midinette et de coquette en l'espace de trente secondes. Vous trouvez que j'ai l'air… gay ? »

« A vrai dire, même si vous ne faites pas non plus ultra viril, non. », avoua Hermione bien qu'elle aurait aimé pouvoir affirmer le contraire.

« Et comment pourrais-je être plus…viril, comme vous dites ? »

« En arrêtant de vous tirer les cheveux en arrière et de vous les plaquer sur le crâne comme si vous aviez peur qu'ils s'échappent. Ah, et en vous laissant pousser un léger duvet, aussi ! Oui, je pense que ce serait bien… Mais je vous donne mon avis à moi, là, je ne sais pas si ça plairait au genre de femmes que vous appréciez… »

« Et quel est mon genre de femmes, selon vous ? »

« Chic, élégante, bien habillée, tirée à quatre épingles, enfin vous voyez ! »

« Bien vu ! Vous pouvez m'appeler Draco, vous l'avez mérité ! »

« Drôle de prénom… »

« Juste retour des choses, je dois l'admettre. Je crains de devoir prendre congé. Après avoir discuté avec vous, je me demande s'il est très sage de laisser mon fils entre vos mains tout l'après-midi… »

« Du moment qu'il ne reste pas dîner, tout va bien ! »

« Pourquoi ça ? »

« Parce qu'alors, je risquerais fortement de l'empoisonner. Et puis il n'est pas entre mes mains mais celles de ma fille. C'est la plus responsable de nous deux ! »

« Je veux bien vous croire ! A quelle heure puis-je passer chercher Scorpius ? »

« Sept heures, ça vous va ? »

« C'est parfait. »

« J'aurais pu le ramener chez vous, si ça peut vous arranger… », proposa Hermione pour le provoquer une dernière fois alors qu'elle savait parfaitement qu'il vivait à coup sûr dans le Londres sorcier.

« C'est gentil mais ce ne sera pas nécessaire. Merci encore d'accueillir Scorpius chez vous. »

Malfoy s'était de nouveau enveloppé de sa froideur habituelle et, malgré elle, Hermione eut un pincement au cœur. C'était bête, mais elle avait aimé leur échange, un échange très dangereux pour son secret, mais c'était si bon de retrouver cette sorte de familiarité et de complicité qu'elle avait eu autrefois avec Ron et Harry. C'était étrange de se dire qu'elle retrouvait cela avec Malfoy, son ennemi Malfoy, mais oui. Elle réalisait d'autant plus aujourd'hui à quel point ça lui avait manqué, à quel point le monde magique lui manquait. Ils se levèrent tous les deux et elle raccompagna le sorcier jusqu'à la porte.

" Goooing dowtown where theeere's music,

Goooing where voiiices fill the air,

Mayyyybe there's someone waiiiting for me

With a smiiile and a flooower in her hair"

"Tu voudrais pas changer de disque ?"

« Je sens que le métro et toi allez enfin faire connaissance… », répondit Hermione, pas d'humeur à ce qu'on la fasse chier le lundi matin. Il faut dire que dès qu'on osait émettre la moindre critique concernant son chanteur préféré, elle montrait les crocs.

« C'est juste que c'est pathétique ! », s'exclama Sarah, que la mauvaise humeur manifeste de sa mère n'impressionnait pas du tout.

« Qu'est-ce qui est pathétique, exactement ? Y a rien de pathétique ! »

« Bien sûr que si ! Tu penses tellement fort que ça me vrille les tympans ! Tu t'imagines dans une rue pleine de monde, tu portes une fleur dans les cheveux, un orchestre joue une musique douce et là Richard Hawley s'avance vers toi, il te regarde dans les yeux, il chante de sa voix ultra grave et toi tu fonds comme une guimauve ! T'es vraiment en manque, ma parole ! »

« Mais qu'est-ce que tu vas chercher ? J'aime beaucoup sa musique, c'est tout, je suis pas une femelle en chaleur quand même ! »

« N'empêche que ce genre de mélodies lentes moi, le matin, ça m'endort ! »

En guise de réponse, Hermione entama le prochain couplet.

« Goooing dowtown where there's people

Loooneliness haaangs in the air

Noooo one there real waiting for me

No smiiile, no flooower, no her"

L'adolescente leva les yeux au ciel et fit semblant de vomir.

« Tu pourrais au moins concentrer tes espoirs sur quelqu'un d'accessible », fit-elle remarquer lorsque sa mère eut cessé de s'égosiller.

« Mais enfin, c'est pas parce que j'aime écouter les chansons de Richard Hawley que j'ai envie de me jeter dans ses bras ! »

« C'est un crooner, maman, il chante pour que les minettes et les ménagères se meurent d'amour pour lui, c'est son job ! »

« Je suis quoi, moi, une minette ou une ménagère ? », s'enquit Hermione, curieuse de savoir comment sa fille la voyait.

« T'es trop vieille pour être une minette, trop jeune et célibataire pour être une ménagère… Ben, t'es un minagère…Ou une ménagette, c'est comme tu veux ! »

« C'est complètement stupide, tu le sais ça ? »

« Tout ce que je dis, moi, c'est que si tu veux un mec, il faut que tu cherches autour de toi, au lieu de soupirer après un chanteur que tu verras jamais qu'à la télé, c'est toi qui est stupide ! »

« Je suis désolée mais j'en croise pas souvent, moi, des hommes jeunes, beaux et célibataires… », se défendit la jeune femme en se demandant pourquoi diable elle parlait de ce genre de choses avec son adolescente de fille qui avait encore moins d'expérience qu'elle en matière de relations amoureuses.

« Et monsieur Malfoy ? Il est franchement canon, ça tu peux pas dire le contraire ! »

« Pas mon genre », laissa-t-elle aussitôt tomber, sans même réfléchir.

« Comment tu peux dire ça ? Tu le connais à peine ! »

« Crois-moi, je sais exactement à qui j'ai à faire : trop riche, trop prétentieux, trop froid et trop soucieux des apparences. En plus, il est en instance de divorce. »

« Et alors ? »

« Alors ça signifie qu'une femme s'est bêtement laissée charmer par lui et qu'aujourd'hui elle s'en mord les doigts. »

« Mais qu'est-ce que t'en sais ? Si ça se trouve elle l'a trompé et c'est lui qui a demandé le divorce ! »

« Dans 99% des cas, c'est la femme qui demande le divorce. Vu le nombre de jeunes divorcés qui font appel à l'agence pour trouver un nouveau logement, je peux te dire que je sais de quoi je parle ! »

« Tu sais toujours tout mais ça t'avance jamais à rien ! »

Hermione commençait à en avoir marre, de se faire remonter les bretelles par sa propre fille avant même de débuter sa journée de travail qui, elle le pressentait, allait être ennuyeuse à souhait. Ok, elle préconisait la communication au sein de la famille pour inciter l'enfant à penser par lui-même, à prendre des initiatives et à devenir autonome mais ça n'autorisait pas ce dernier à fomenter un coup d'état.

« Toi aussi, tu penses très fort, figure-toi ! Tu nous imagines former une grande et belle famille avec Scorpius et son père. Nous habitons une belle et grande maison de bourges dans le quartier le plus chic de Londres. »

« Tu m'énerves ! »

« Ben toi aussi, si tu veux tout savoir ! J'ai une mauvaise journée qui m'attend alors si tu pouvais éviter de me faire la leçon avant que j'aille bosser, ça m'arrangerait ! »

« Si c'est comme ça, ce soir, je prends le métro ! »

« Fais donc, ce sera toujours ça d'embouteillages en moins ! »

« Très bien ! »

« Parfait ! »

« Bonne journée ! »

« C'est ça ! »

« Et vous avez parlé à bâtons rompus ? »

« Oui, c'était assez étrange… »

« Et il ne t'as pas reconnue ? »

« Pas le moins du monde ! »

« Il doit se poser des questions, quand même ! »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Attends, il te rencontre pour la première … enfin deuxième fois de sa vie, du moins c'est ce qu'il croit, et vous vous parlez comme si vous vous connaissiez depuis toujours ! Il doit forcément se poser des questions ! »

« Tu marques un point… Pourtant quand il est parti, il n'avait pas l'air étonné… »

« Peut-être qu'il ne te l'a pas dit mais qu'il t'a bel et bien reconnue ! »

« Crois-moi, s'il m'avais reconnue, il m'aurait insultée et serait parti illico presto en emportant son fils avec lui ! »

« A ce point ? »

« On était les pires ennemis, à l'école ! »

« En onze ans, les gens ont le temps de changer, tu sais… »

« Mouais… », répondit Hermione, peu convaincue, « Tu penses quoi, de cette robe, ça fait femme de vingt-neuf ans, ou pas ? »

Dana secoua la tête.

« Non, les couleurs sont trop vives, c'est un peu gamin. Est-ce que quelqu'un t'as dit que tu ne portais pas des vêtements de ton âge ? », s'enquit la jeune femme, soupçonneuse.

Hermione ne put s'empêcher de rougir.

« Malfoy », avoua-t-elle.

« Et tu écoutes les conseils de ton pire ennemi ? »

« Ben oui, mon pire ennemi est un tombeur… »

« Donc forcément un expert en femmes ! »

« Exactement ! »

« Alors si tu suis ses conseils, tu es assurée de te trouver un mec, c'est ça ? »

« Oui, ça me paraît logique. »

« Mais si tu suis ses conseils, tu vas surtout répondre à ses critères donc indirectement, tu te fais belle pour lui, pas pour les mecs en général. »

La jeune femme, voyant parfaitement où son amie voulait en venir, leva les yeux au ciel.

« Je ne cherche pas à séduire Malfoy ! »

« Moi je pense que si », insista Dana.

« Je te dis que non ! »

« Je te dis que oui ! »

« Non ! »

« Si ! »

« Ooooh, tu m'énerves, je vais rentrer, puisque c'est comme ça ! »

« Alors tu choisis la fuite, très mâture ! »

« Non, je veux juste être à la maison avant Sarah », objecta Hermione.

« Mouais, à demain alors… »

« En espérant que mon client mystère se montrera enfin ! »

« Sally est tellement ravie d'avoir récupéré certains de tes clients que c'en est écœurant ! »

« Je te le fais pas dire ! »

La jeune femme s'apprêtait à sortir de la boutique où elle avait entraîné Dana après leur journée de travail lorsque cette dernière l'interpela.

« Eh ! »

« Oui ? »

« Mets-le dans ton lit ! »

« Qui ça ? », demanda Hermione en faisant mine de ne pas comprendre.

« Ne joue pas les idiotes ! »

« Et toi ne joue pas les marieuses ! »

« Je ne veux pas que tu te marries juste que tu t'envoies en l'air ! »

« J'y penserais… »

Hermione s'éloigna rapidement de la rue commerçante et des questions gênantes de son amie. Mais plus elle approchait de sa voiture, plus elle redoutait le moment où elle se retrouverait chez elle en tête à tête avec une adolescente récalcitrante. Elle n'avait vraiment pas besoin de ça ! C'était à se demander si Sarah et Dana ne s'étaient pas donné le mot pour la faire chier.

En espérant se faire pardonner, Hermione avait commandé des pizzas, mais Sarah, qui avait ouvert la porte lorsque le livreur était arrivé, ne s'était pas déridée pour autant. Elles étaient installées depuis dix minutes autour de la table de la cuisine, et n'avaient pas échangé une seule parole, situation qu'Hermione avait bien du mal à supporter. Voir sa fille lui faire la tête la mettait toujours dans tous ses états. A bout, elle prit donc le parti de s'excuser.

« Je suis désolée, Sarah, je n'aurais pas dû réagir comme ça, ce matin. Je sais à quel point tu aurais aimé avoir une vraie famille, pas juste moi. »

Devant le regard suppliant que lui adressait sa mère, Sarah eut l'air triste, soudain. Elle reposa sa part de pizza aux peperoni et resta silencieuse quelques secondes, comme plongée dans ses pensées.

« Tu sais, je… Je suis fille unique alors je comprends que tu veuilles avoir des frères et sœurs. C'est juste que…pour l'instant, je ne suis pas en mesure de te donner ce que tu demandes », poursuivit Hermione, gênée par le mutisme de l'adolescente.

« Ne sois pas ridicule maman, je ne veux pas que la famille s'agrandisse à tout prix, ce que je veux, moi, c'est que tu sois heureuse ! Je veux pas d'un papa, je veux que toi tu ais quelqu'un dans ta vie, quelqu'un qui prenne soin de toi… »

Hermione fut très émue par les paroles de sa fille mais elle déchanta bien vite en entendant la suite de son discours.

« …Mais tu es tellement têtue ! Tu trouves toujours quelque chose à redire. A chaque fois que je te fais une remarque, tu me sors un « crois-moi », un « je suis la mieux placée pour » ou un « je le sais mieux que personne ». Une vraie miss-je-sais-tout ! Mais j'ai raison, moi aussi, des fois ! Je sais bien que je suis juste une adolescente, mais j'ai des yeux pour voir et un cerveau pour comprendre et… »

Sarah se tut brusquement, alertée par les reniflements de sa mère. En entendant les mots « miss-je-sais-tout », c'avait été plus fort qu'elle : les larmes lui étaient monté aux yeux et maintenant Hermione luttait pour les empêcher de dégringoler le long de ses joues. Pas devant sa fille, tout de même !

« Ne t'inquiète pas, c'est rien du tout, je vais… Je vais aller me rafraîchir, hein ! Continue de manger », déclara la jeune femme d'une voix tremblante avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain, sous le regard abasourdi de sa fille. Jamais sa mère n'avait craqué durant l'une de leurs disputes, jamais auparavant.

Hermione pleura tout son soul en s'efforçant de faire le moins de bruit possible. Chialer à cause d'un simple « miss-je-sais-tout » ! C'était vraiment ridicule ! Décidément, elle ne parviendrait jamais à se débarrasser de son passé ! En avait-elle seulement envie ? L'entrée de Draco Malfoy, on ne peut plus sorcier, dans sa vie de parfaite moldue, était peut-être un signe. Mais non, se dit-elle en secouant la tête, c'était ridicule, elle ne pouvait pas tout avouer à Sarah, c'était impossible, jamais elle ne lui pardonnerait. Les choses étaient très bien comme elles étaient. Elle se moucha, s'essuya les yeux et alla rejoindre l'adolescente qui, dès qu'elle la vit, s'empressa de la serrer dans ses bras. Leur fin de soirée se passa tranquillement, elles se blottirent toutes les deux sur le canapé pour regarder un vieux film à la télé. Mais déjà, dans l'esprit d'Hermione, l'idée d'un changement imminent avait émergé. Elle sentait, tout au fond d'elle, que la vie qu'elle avait connue depuis quelques années, cette vie paisible en exil dans le monde moldu, cette vie-là n'allait pas pouvoir continuer.


(*) Une maman pas si moldue avec un secret vraiment en danger

TO BE CONTINUED . . .