Je sais que ça fait très longtemps mais j'espère que vous apprécierez ce chapitre, que j'ai mis beaucoup de coeur à écrire. Merci encore à ceux qui laissent des reviews, j'espère avoir répondu à tout le monde. Je suis un peu déçue par leur nombre plutôt modeste, mais elles sont toutes tellement gentilles que ça me réchauffe quand même le coeur! ^^ Merci aussi aux lecteurs en général, ça me fait toujours plaisir de savoir que ma fic est lue, ou mieux, qu'elle est parmi les fics préférées de certains.
Bonne lecture à tous, ce chapitre est assez haletant!
Part IV: A very witch mom with some hell of a daughter (*)
Hermione, plantée devant la fenêtre grande ouverte de sa chambre, regardait dehors. On aurait pu penser qu'elle admirait la vue: le soleil qui faisait scintiller les toits, le ciel orange de début de matinée, le Londres encore lourd de sommeil qui, peu à peu, s'éveillait… En vérité, elle ne voyait rien. Rien du tout. Ses sens, accaparés par les souvenirs si vivants qu'elle ne parvenait plus à écarter, ne saisissaient rien du monde réel. La porte s'ouvrit brusquement dans son dos sans même qu'elle s'en rendit compte.
« Qu'est-ce que tu fabriques encore ? Ferme donc cette fenêtre, tu vas attraper la mort ! »
Quelques secondes furent nécessaires à la jeune femme pour reprendre contact avec la réalité. Lentement, d'une lenteur presque effrayante, elle obéit, comme une petite fille prise en faute. Tout aussi lentement, elle se retourna. Ses yeux, toujours dans le vague, se posèrent sur Sarah. Elle était floue, seule la porte grande ouverte était nette et la cuisine, qu'elle apercevait au-delà.
« T'as pas l'air bien… », murmura l'adolescente d'une voix tremblante.
Peu à peu, les yeux d'Hermione se concentrèrent sur Sarah, dont la silhouette se précisa. La sorcière se secoua, se força à sourire. Grand, le sourire, figé, si grand et figé que lui aussi faisait peur.
« Maman, qu'est-ce qui se passe, à la fin ? », s'écria Sarah, paniquée, alors que des larmes venaient lui piquer les yeux.
« Ne pleure pas, ma chérie, tout va bien ! », répondit Hermione, le cœur serré. Elle prit la jeune fille dans ses bras et respira ses cheveux à pleins poumons.
Les larmes de Sarah se mirent à couler. Elles vinrent s'écraser une à une sur l'épaule de sa mère. L'angoisse ravageait le ventre de l'adolescente : jusqu'au fond de ses tripes, elle sentait que quelque chose se tramait. Elle ferma les yeux et profita pleinement de l'étreinte maternelle en se promettant que, d'une manière ou d'une autre, elle aurait le fin mot de cette histoire. Une petite minute s'était écoulée lorsqu'un léger, très léger bruit, lui fit brusquement relever la tête. Ses yeux rencontrèrent alors le regard jaune d'une chouette. Ou d'un hibou. Après tout, elle n'y connaissait pas grand-chose, à ces bêtes-là. Elle se détacha doucement d'Hermione.
« Tu vas pas me croire mais une chouette vient de… toquer à la vitre… », déclara-t-elle sur un ton hésitant.
Voyait-elle vraiment ce qu'elle voyait ? Peut-être hallucinait-elle… Sa mère allait se retourner, elle ne verrait rien et la regarderait ensuite comme si elle était folle. Le volatile lui semblait pourtant bien réel, là, à les fixer avec, dans les yeux, une étincelle qui ressemblait à de l'intelligence.
« J'ai besoin d'être seule », répondit Hermione sans s'étendre davantage, sans aucune explication.
Sarah trouva ça presque normal, ç'aurait été trop facile. Elle devrait découvrir la vérité par elle-même. Sans discuter, elle sortit donc de la chambre en refermant la porte derrière elle. Sa mère s'empressa aussitôt de faire entrer la chouette qui embrassa la pièce de son regard doré avant d'aller se poser sur la table de nuit, entre la lampe de chevet et le téléphone portable. L'image, pour le moins incongrue, lui fit presque décrocher un sourire. Les mains tremblantes, Hermione eut du mal à s'emparer du parchemin, enroulé comme de coutume autour de la patte droite de l'animal. Elle en parcourut fébrilement le contenu. Son procès aurait lieu dans un mois. Un mois. Elle avait un mois. Elle poussa un soupir de soulagement. Ça lui laissait un peu de temps.
…
Sarah fut moins qu'heureuse de trouver Scorpius à l'entrée du lycée, et c'était bien la première fois que ce dernier prenait la peine de l'y accueillir. Décidément, le hasard faisait mal les choses ! Il lui était impossible de sécher les cours sans qu'il le sache ! Elle n'eut donc d'autre choix que de le mettre dans la confidence.
« Je ne poserai pas un orteil dans ce lycée aujourd'hui, autant te le dire tout de suite. Ne dis rien à personne, s'il-te-plaît », déclara solennellement la jeune fille sans quitter des yeux la voiture de sa mère, qui peinait à se réengager dans la circulation, particulièrement dense à cette heure de la matinée.
« Je viens avec toi », affirma le jeune garçon, sur un ton sans réplique qui étonna son amie.
Elle lui lança un coup d'œil étonné, vérifia que la Volvo était toujours immobilisée, puis le fixa de nouveau, hésitante. Le regard décidé de son ami sembla la convaincre car elle ne tarda pas à céder.
« Ok. Suis-moi ! »
Prudente, l'adolescente jetait de fréquents coups d'œil du côté de sa mère, qui semblait au bord de la crise de nerfs. L'attention totalement focalisée sur la route, cette dernière ne vit pas que sa fille s'éloignait lentement mais sûrement de l'entrée de son établissement. Hermione venait juste de forcer le passage lorsque Sarah réussit à héler un taxi.
« Suivez cette voiture ! », ordonna-t-elle au chauffeur.
« Mais c'est qu'elle s'croit dans un film d'action, la p'tite d'moiselle, elle a d'quoi payer, au moins ? »
Sarah se figea, extrêmement gênée. Comment avait-elle pu ne pas penser à une chose aussi simple ? Heureusement, Scorpius vola à son secours.
« Moi oui ! »
« Dans c'cas ! », s'écria le chauffeur en haussant les épaules.
Il mit bien deux minutes à se frayer un chemin dans le flot des voitures, sous l'œil désespéré de Sarah. Heureusement, le trafic était tellement lent que lorsque le taxi put s'y engager, la Volvo était toujours en vue. Un peu plus loin, le chauffeur s'engagea dans la ligne réservée aux taxis et aux bus, ce qui lui permit de gagner encore quelques mètres. Le chauffeur jeta un œil amusé dans le rétroviseur.
« V'pouvez vous détend' mam'selle, j'l'ai ben accroché, j'la lâche pas des yeux, vot' Volvo ! »
L'adolescente renonça finalement à garder la voiture en ligne de mire. Elle s'enfonça dans la banquette du taxi, son cœur reprit un rythme normal. Elle respira un grand coup et se tourna vers Scorpius, qui gardait les yeux fixés sur la route, l'air pas très fier.
« Mal des transports ? », s'enquit-elle.
Sarah n'eut droit qu'à un hochement de tête en guise de réponse.
« Tu ne veux pas savoir pourquoi je fais ça ? », poursuivit-elle.
Il secoua la tête. Bien sûr que non, il ne voulait pas savoir. Mais il savait déjà. Il se doutait qu'elle tenterait quelque chose. Pas si tôt, c'est certain, mais c'était prévisible. Soit elle tentait quelque chose, soit sa mère lui avait tout dit, elle aurait eu besoin d'un ami. Alors il l'avait attendue. Visiblement, elle ne savait toujours rien. Ils pistaient Hermione Granger, héroïne de guerre que tout le monde sorcier croyait morte. Ils la pistaient dans le Londres moldu, où elle se faisait appeler Harmony Garner. Tellement transparent, comme nom… C'était surréaliste ! Et dire que s'il avait été un sorcier, et non « un minable cracmol », comme se plaisait à dire sa chère mère, il serait à Poudlard, à l'heure qu'il était ! Il sourit. Non, pour rien au monde il n'aurait manqué ça ! Qu'était Poudlard pour un fils de sorciers ? Les portraits animés, les escaliers qui bougent, les plafonds enchantés… Tout cela n'avait rien de bien étonnant ! Le monde moldu, en revanche… Ses machines de toutes les sortes, de toutes les formes, de toutes les tailles, une magie qui se passait de baguette ! Non, il ne regrettait pas d'être là. Et Sarah en était une raison supplémentaire.
Cette dernière, d'ailleurs, avait décidé de ne pas tenir compte de son refus de l'écouter. Elle avait besoin de parler, alors elle parlait. Tant pis s'il n'y avait personne pour l'écouter. Sa voix bourdonnait dans les oreilles de Scorpius. Il finit par s'endormir. Sa tête dodelina de droite à gauche avant que son poids ne se laisse porter vers l'avant, où elle s'immobilisa. Sarah cessa de parler. Elle admira l'attendrissant tableau que formait le jeune garçon, puis ses yeux se fixèrent de nouveau sur la Volvo. Dix minutes plus tard, le taxi s'immobilisa.
« Terminus, tout le monde descend ! », s'écria le chauffeur en souriant de toutes ses dents sous sa grosse moustache noire.
Sarah posa la main sur l'épaule de son ami et le secoua doucement pour le réveiller. Les choses sérieuses commençaient.
…
Sarah regardait autour d'elle, pas très rassurée. Scorpius, de son côté, paraissait très à l'aise. Pour un gamin de onze ans, il avait un sacré cran.
« S'il y a un problème, ta mère n'est pas loin », la rassura le jeune garçon.
Il avait perçu sa crainte sans qu'elle ait eu besoin de dire quoi que ce soit. Les Malfoy étaient faits ainsi, après tout. Ils flairaient la peur. D'habitude, ils s'en repaissaient. Mais Scorpius n'était pas n'importe quel Malfoy, il avait une amie. Alors la peur de l'autre devenait sa peur à lui et c'est sans aucune pitié qu'il la faisait disparaître. Non, décidément, Scorpius n'était pas un Malfoy comme un autre.
Sarah se sentit rassurée. Par un garçonnet, si c'était pas malheureux ! Il n'y avait pas de quoi, pourtant ! La rue dans laquelle ils se trouvaient avait tout d'un véritable coupe-gorge. Les murs, qui s'élevaient de chaque côté de l'impasse, avaient été tagués avec une méticulosité telle que pas un pouce de leur surface n'avait été épargné. A gauche s'alignaient des bâtiments désertés qui, autrefois, avaient dû servir de bureaux. La jeune fille avisa les fenêtres, dont presque chaque vitre était brisée. Elle frissonna en se disant que des voyous de la pire espèce devaient squatter les lieux. Sarah vit Hermione entrer dans un bar miteux qui avait l'air fort mal fréquenté, par-dessus le marché. Elle commençait vraiment à se demander si sa mère n'avait pas perdu la tête. Quelques minutes plus tard, la jeune femme en ressortit avec quinze ans de moins. Vêtue d'un jean, d'un T-shirt XXL et maquillée comme une voiture volée, elle aurait pu facilement passer pour une camarade de lycée de sa fille. De loin, cette dernière la vit ensuite pénétrer dans une cabine téléphonique. Elle poussa un soupire d'exaspération.
« Non mais ça va vraiment pas ! Pourquoi se servir d'un téléphone public quand on a un portable ? »
Scorpius lui adressa un regard en coin mais ne pipa mot. Pendant ce temps, son amie gambergeait.
« A moins qu'elle ne veuille pas que son appel puisse être localisé… Localisé par qui ? Les flics ou les méchants ? »
Scorpius faisait mine de ne pas l'écouter. Il ne comprenait rien à ce qu'elle disait, de toute manière. A défaut de magie, les moldus étaient dotés d'une imagination pas croyable, ça on devait bien leur accorder.
« Si ça se trouve, elle travaille pour Scotland Yard ! Ou le MI6 ! »
« Approchons-nous ! », s'écria Scorpius en coupant court aux délires de la jeune fille.
« Quoi ? Mais on va se faire griller ! »
Son ami ne daigna pas répondre, déjà il s'éloignait. Intriguée, Sarah le suivit en grommelant.
« Tous ces efforts pour se faire pincer, franchement ! »
Mais lorsqu'ils arrivèrent devant la cabine, elle était vide. L'adolescente en demeura bouche bée. Comment était-ce possible ?
« Entre ! », lui intima Scorpius sur un ton autoritaire.
« Mais… »
« Entre ! », la coupa-t-il.
« Mais non, enfin, j'ai pas… »
« Bon sang, fais ce que je te dis ! », insista-t-il.
Sarah le regarda étrangement mais obéit. Scorpius entra à sa suite. Machinalement, la jeune fille avait décroché le combiné, mais son ami le lui arracha des mains.
« Eh ! »
« T'occupes ! », répondit-il en composant un numéro qu'elle ne put apercevoir. Aussitôt, une voix de femme se fit entendre, emplissant l'espace confiné de la cabine.
« Veuillez décliner votre identité, je vous prie. »
« Scorpius Malfoy. »
« Raison de votre visite ? »
« Affaires. »
« Non mais c'est quoi, ce délire ? », hurla l'adolescente, au bord de l'hystérie, « T'es avec eux, c'est ça ? Pour qui vous travaillez ? »
« Veuillez décliner votre identité, je vous prie. »
« Sarah, calme-toi, je n'ai que onze ans, je ne peux pas te faire de mal. », répondit Scorpius en ricanant.
« Mais…mais… »
« Tu peux me croire », dit-il en posant sur elle son regard noir, un regard auquel elle aurait confié le bon dieu sans confession, elle n'y pouvait rien.
« Veuillez décliner votre identité, je vous prie. », répéta la voix.
« Vas-y, réponds. »
« Je… je m'appelle Sarah Garner… Granger ! », se corrigea-t-elle.
« Garner ou Granger ? », s'enquit la voix, visiblement agacée.
« Granger ! »
« Raison de votre visite ? », poursuivit-elle.
« Euh… famille », laissa tomber la jeune fille.
Sarah ne tarda pas à pousser une exclamation d'horreur lorsque la cabine s'ébranla et s'enfonça sous terre comme un ascenseur. Dans quel pétrin s'était-elle donc fourrée ?
Tous ces mystères qui entouraient sa mère, tout cela l'avait d'abord inquiétée puis, sans qu'elle ose se l'avouer, elle s'était sentie excitée. Excitée à l'idée de faire une découverte, de se transformer soudain en détective privé super coriace et ultra perspicace. Mais sa mère, en vérité, bien qu'elle ait refusé de dire quoi que ce soit, ne semblait même plus à même de cacher ce fameux secret qui, du point de vue de sa fille, la transformait en véritable alien.
Hermione était ressortie de sa chambre vêtue de ses habituels jupe crayon et chemisier cintré mais, dans la salle de bain, elle s'était minutieusement lissé les cheveux, chose qu'elle ne prenait jamais la peine de faire, encore moins en semaine. Ca lui était arrivé à deux reprises, et à chaque fois pendant les week-ends : lorsqu'elle était sortie en boîte avec Dana six mois auparavant, et quand Scorpius était venu à la maison.
Et puis il y avait eu ce sac bourré à craquer qu'elle avait posé dans l'entrée avant de courir aux toilettes. Sarah n'avait pas pu résister, elle l'avait ouvert. Pour découvrir quoi ? Le vieux jean préféré de sa mère, son T-shirt Pink Floyd, assez de maquillage pour en tartiner toutes les habitantes du quartier et une espèce d'accoutrement qui ressemblait vaguement aux robes que l'on porte pour recevoir son diplôme. Hermione, aujourd'hui, n'irait pas au travail, ç'avait été clair, net, précis, dans son esprit de super détective. Un super détective qui traquait l'espion le plus nul de la planète, il fallait l'avouer !
Et maintenant, Sarah était quasiment persuadée qu'elle allait mourir dans d'atroces souffrances. Le MI6 ou n'importe quelle organisation criminelle pouvait très bien employer des préadolescents boutonneux… Qu'est-ce qu'elle en savait, elle, après tout ? En plus, elle détestait l'ascenseur ! Lorsque la cabine s'immobilisa enfin, elle poussa un soupire de soulagement. Les portes s'ouvrirent, Scorpius la poussa dehors et là, tout devint brusquement clair. Elle était Alice, sa mère était le lapin blanc, la cabine téléphonique était le terrier et maintenant elle venait de débarquer au Pays des Merveilles. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et elle tomba dans les pommes.
…
Une fois dans la cabine, Hermione s'était empressée d'enfiler sa robe, qu'elle avait décidé de porter grande ouverte pour parfaire sa panoplie de la parfaite adolescente rebelle. Elle aurait pu modifier son apparence à l'aide de quelques sorts bien choisis mais sa magie était rouillée et surtout elle n'aurait jamais passé la sécurité. La manière moldue était décidément toujours la plus efficace. Lorsqu'elle avait embrassé l'atrium du regard, avec ses cheminées alignées de chaque côté, sa Fontaine de la Fraternité Magique et ses avions en papier qui volaient dans tous les sens, une vague de souvenirs avait déferlée en elle. La dernière fois qu'elle avait mis les pieds au Ministère, c'était pour s'y infiltrer en compagnie de Ron et Harry… Là, devant l'entrée des visiteurs, elle était restée figée quelques instants, les yeux dans le vague.
« Vous allez bien, jeune fille ? », s'était enquis un vieux sorcier, l'air concerné.
« O-oui, monsieur, vous en faites pas », avait répondu Hermione en s'efforçant de parler comme Sarah l'aurait fait.
Elle avait dû un peu trop forcer sur le côté ado car le monsieur l'avait regardée étrangement avant de s'éloigner. Bon, il l'avait appelée « jeune fille », c'était déjà bon signe… Et puis son intervention lui avait permis de reprendre ses esprits ! D'un pas résolu, elle avait traversé l'atrium en jetant de temps à autres des coups d'œil furtifs autour d'elle, au cas où elle aurait reconnu quelqu'un, ce qui, bien heureusement, n'avait pas été le cas. Elle avait passé la sécurité sans aucun problème et s'était engouffrée dans un ascenseur, direction le Département de la Justice Magique.
Les services administratifs étaient constitués, en tout et pour tout, d'une unique pièce, très longue mais extrêmement étroite : trois personnes n'auraient pas pu s'y tenir côte à côte. Lorsqu'Hermione entra, une cinquantaine de sorciers attendaient déjà leur tour. Elle prit sagement place dans la file d'attente. Elle était là depuis dix bonnes minutes lorsqu'une main s'abattit sur son épaule. Elle sursauta et se retourna d'un coup pour se retrouver face à un homme d'une trentaine d'années, grand, brun, les yeux bleu foncé. Elle se dit qu'il lui rappelait vaguement quelqu'un…
« Quel âge avez-vous, jeune fille ? », demanda-t-il d'une voix soupçonneuse.
« Je suis majeure, et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir ! », répondit Hermione.
Le sorcier se sentit alors obligé de lui flanquer un badge sous le nez.
« Je suis auror, alors réponds à ma question ! », lui ordonna-t-il en jouant de sa grande taille pour l'impressionner.
Hermione soupira. Non mais vraiment ! Les aurors, comme les policiers moldus, avaient tendance à se croire tout puissants.
« J'ai dix-neuf ans », mentit-elle.
L'homme parut sceptique. Il jeta un œil au badge de visiteur de celle qu'il croyait être une adolescente mineure mais, n'y voyant écrit aucun nom, il poussa une exclamation étonnée.
« Je suppose que si je te demande de décliner ton identité, tu ne me diras rien du tout… », fit-il remarquer.
« Quelle perspicacité ! », s'exclama la jeune femme en haussant un sourcil.
« Dans ce cas, je n'ai qu'un moyen de vérifier si tu m'as menti… Quelle est ton année de naissance ? », enchaîna l'homme. Il n'allait pas lâcher le morceau aussi facilement !
Le cerveau d'Hermione se mit à turbiner… Elle prétendait avoir dix ans de moins que son âge réel donc elle était censée être née en…
« 1989 », répondit-elle du tac au tac.
« C'est bon, je veux bien te croire », admit le sorcier à contre-cœur.
« Puis-je savoir à qui j'ai à faire ? », demanda Hermione qui, décidément, avait l'impression d'avoir déjà vu cet homme-là quelque part.
« Théodore Nott, héros de guerre », déclara-t-il sobrement.
La jeune femme écarquilla les yeux. Théodore Nott ? Le Serpentard qui suivait Malfoy comme son ombre ? Lui, un héros de guerre ? Elle était dans une dimension parallèle, ou quoi ?
« Je vois que tu n'étais pas au courant », fit-il remarquer en la fixant avec une lueur malicieuse dans le regard.
Hermione haussa les épaules en essayant de prendre un air dégagé.
« Je ne vous avais pas reconnu, c'est tout ! »
« Ma tête est affichée sur bon nombre de boîtes de céréales, pourtant… »
« J'en mange pas ! »
« …et dans les rues du Chemin de Traverse ! »
La sorcière ne sut quoi répondre. Elle ne pouvait quand même pas lui dire que ça faisait des années qu'elle n'y avait pas mis les pieds. Devant son silence, Nott parut satisfait, comme s'il avait flairé quelque chose de louche dès le départ et que ses soupçons venaient justement d'être confirmés.
« Tu viens de quelle planète, dis-moi ? », la taquina-t-il.
Hermione lui jeta un regard noir et lui tourna le dos.
« Ooooh, il faut pas bouder ! »
« Laissez-moi tranquille, ou je hurle ! Un sorcier adulte qui harcelle une mineure, c'est pas joli-joli, héros de guerre ou pas ! »
« Parce que tu es mineure, maintenant ? », releva l'auror.
La sorcière ne pouvait pas le voir, mais elle imaginait très bien le sourire triomphant qui devait orner le visage du sale petit curieux. Elle dut faire un effort considérable pour ne pas se retourner. Il valait mieux qu'elle ne lui adresse plus la parole, elle était déjà à deux doigts de se trahir.
Cinq minutes des plus reposantes s'écoulèrent pour la jeune femme. Elle n'était plus qu'à deux places d'être définitivement débarrassée de Nott lorsqu'une voix parfaitement reconnaissable retentit dans son dos :
« Maman ! »
Hermione fut parcourue d'un frisson glacé. Mais qu'avait-elle fait à Merlin pour qu'il la mette dans un pétrin pareil ?
…
He talked of life and of birth and of death,
And of how the wind can take away your breath,
Ooh the seasons, so many reasons for living.
Countryman.
La musique lancinante, entraînante, la voix de Murray Head résonnaient dans la tête embrumée de Sarah. Elle voyait sa mère, de dos, elle se balançait en rythme au milieu du salon. Combien de fois l'avait-elle surprise ainsi ? Certains soirs, lorsqu'elle pensait que l'adolescente dormait, Hermione mettait le vinyle, se laissait aller. C'était doux, c'était hypnotisant, c'était magnifique. Alors, dès qu'elle entendait les première notes, Sarah sortait de sa chambre, traversait le couloir sur la pointe de ses pieds nus, simplement vêtue d'un T-shirt pour la nuit, et plaquée contre le mur, elle regardait. D'autres fois, elle ne sortait pas, elle fermait les yeux et elle s'endormait, le sourire aux lèvres. C'était si bon, de s'endormir, comme ça. Elle dormait… Mais que faisait-elle, maintenant ? Dormait-elle ? Non, elle ne dormait pas, elle était en mission, que faisait-elle ? La voix de Murray Head s'éloignait… Où était-elle ?
« Où est-ce que je suis ? »
Un garçon aux yeux très noirs l'observait avec un semblant d'inquiétude. Scorpius. Son visage était à l'envers, cependant. La tête de Sarah reposait sur les genoux du jeune garçon, par terre, en face de l'entrée des visiteurs.
« Ça, je peux pas te le dire », répondit le jeune Malfoy en lui caressant les cheveux.
C'était agréable, Sarah eut envie de refermer les yeux.
« Eh oh, ne t'endors pas ! », s'exclama le sorcier.
« Non, non… », assura son amie, sans grande conviction.
« Tu peux te lever ? »
« Puisqu'il le faut ! », s'exclama-t-elle.
Avec une mauvaise volonté évidente, elle s'arracha au sol et aux genoux de Scorpius. La tête lui tourna un peu.
« Ça va ? », s'enquit le garçon en se levant à son tour.
« Oui. »
« Tu ne vas pas encore tomber dans les pommes ? »
« Ces choses-là ne préviennent pas, en général ! »
« Ben…contrôle-toi ! », répondit son ami avec une certaine brusquerie.
L'inquiétude le rendait mal à l'aise, Sarah sourit.
« T'en fais pas ! Mais tu sais, si tu m'expliquais les choses, ça irait sans doute mieux… »,
suggéra-t-elle en lui lançant un regard de chien battu.
« Suis-moi, on va retrouver ta mère ! », enchaîna Scorpius en détournant les yeux, gêné.
« Tu sais où elle est ? »
« Je crois… »
« Donc je te suis et j'évite de poser des questions, c'est ça ? Genre pourquoi y a des avions en papier qui volent dans tous les sens et pourquoi les gens sortent des cheminées, comme le père Noël ou pourquoi tout le monde porte des robes, y compris les hommes ? »
« T'as tout compris ! »
Sarah haussa les épaules et le suivit sans plus discuter. Elle ne savait pas pourquoi mais cette perte de connaissance l'avait un peu anesthésiée. Elle ne comprenait rien à ce qui l'entourait mais elle s'en fichait. Elle pensait juste à retrouver sa mère, à l'engueuler, à lui sauter dans les bras, à lui taper dessus. La jeune fille grimaça lorsqu'ils durent monter dans un autre ascenseur. Heureusement, le voyage fut court. Ils traversèrent un long couloir. Les gens se retournaient sur leur passage, sûrement parce qu'ils ne portaient pas le même accoutrement étrange qu'eux. Ils pénétrèrent dans un bureau d'une longueur extraordinaire et Sarah repéra immédiatement Hermione, elle ne vit plus qu'elle.
« Maman ! », s'exclama-t-elle, furieuse. Plus furieuse qu'elle n'avait eu conscience de l'être.
…
Hermione vit les deux jeunes gens s'approcher comme au ralenti, ses mains étaient moites, son cœur enserré dans un étau, la sueur commença à perler sur son front. Voir Sarah dans ce contexte lui paraissait des plus déplacé et son cerveau turbinait. Il fallait qu'elle fasse en sorte de s'expliquer avec sa fille sans que quiconque puisse deviner qui elle était, encore moins Nott. Sarah et Scorpius étaient à deux pas d'elle, elle ne pouvait pas reculer. Elle prit une bouffée d'air mais Nott s'interposa soudain entre eux et elle.
« Scorpius, mais qu'est-ce que tu fabriques ici ? », s'enquit-il au grand étonnement d'Hermione.
« J'accompagne une amie », répondit le garçon.
L'amie en question sourit poliment à l'homme plutôt séduisant qui se tenait devant elle. Elle lui tendit la main.
« Sarah Granger », se présenta-t-elle.
« Granger ? », s'étonna-t-il en saisissant la main tendue.
Hermione se frappa le front, désespérée. Ce qu'elle pouvait détester Merlin, en ce moment ! Son imbécile de fille aurait pu répondre « Garner », mais non, il avait fallu qu'elle dise « Granger » ! Scorpius, lui, se mordilla la lèvre, apparemment peu disposé à éclairer l'auror.
« Et…tu cherches ta mère ? », enchaîna-t-il.
« Plus vraiment, elle est juste là », répondit la jeune fille en pointant un doigt accusateur sur Hermione.
Les pupilles bleues de Nott rencontrèrent les yeux chocolat de la jeune femme.
« Par Salazar ! », s'écria-t-il, « GRANGER ? »
La gorge nouée, Hermione n'eut pas la force de prononcer le « oui » fatidique, elle se contenta d'un sobre hochement de tête.
« Vous vous connaissez ? », intervint Sarah.
« Nous étions à l'école ensemble », répondit le sorcier.
« Dans ce cas, vous la connaissez sûrement mieux que moi », fit remarquer l'adolescente, acerbe.
Mais le sorcier ne l'écoutait déjà plus.
« Draco a réussi…», murmura-t-il.
« Qu'est-ce que tout ça a à voir avec Malfoy ? », s'étonna Hermione.
Nott jaugea la jeune femme sans dire un mot.
« Qu'est-ce qu'il a à voir avec tout ça, Nott ? », insista-t-elle. Elle avait soudain l'impression de s'être fait rouler dans la farine et elle avait bien l'intention d'avoir des explications.
Le sorcier ouvrait enfin la bouche pour répondre mais il fut interrompu par une voix stridente.
« Au suivant ! »
…
« Maintenant, Nott, t'as intérêt à tout me raconter ! »
Lorsqu'ils en avaient eu fini avec les paperasseries du Ministère, Nott avait voulu entraîner Hermione du côté sorcier pour parler autour d'une tasse de café. Mais cette dernière avait refusé : elle n'était pas prête à se montrer en public, et Sarah en avait assez vu pour la journée. Elle avait donc invité le sorcier du côté moldu. A peine rentrée à l'appartement, Sarah était allée s'enfermer dans sa chambre avec Scorpius, sous le regard désespéré de la sorcière. Elle avait poussé un soupire en pensent à l'engueulade mémorable qu'elle allait subir lorsqu'elle se retrouverait seule avec son monstre de fille. Elle avait ensuite installé son ancien camarade d'école dans le salon.
Nott se racla la gorge, gigota sur le canapé et prit une longue gorgée de thé, comme pour se préparer mentalement à déballer toute l'histoire.
« Eh bien… Par où commencer ?... Harry, Ron et tous les autres t'ont recherchée durant plusieurs mois, après la guerre, sans succès, comme tu le sais. Puis, progressivement, la vie a repris son cours, ça a été la saison des mariages : Harry et Ginny, Neville et Luna, Draco et Astoria Greengrass. Officiellement, tu étais portée disparue, on espérait encore que tu réapparaîtrais. Enfin certaines personnes en tout cas… »
Intriguée par la déclaration énigmatique du Serpentard, Hermione fronça les sourcils, mais n'osa pas l'interrompre pour autant.
« Bref, durant de longues années, tu as été le sujet tabou. Personne n'osait plus prononcer ton nom devant Harry, Ron et les autres. Au fil du temps, on a commencé à se demander si tu n'avais pas péri dans l'incendie de la maison de tes parents. Mais Harry n'y croyait pas, il disait que tu n'aurais jamais pu te faire avoir aussi facilement, que les Mangemorts ne t'avaient pas tuée, que tu étais trop intelligente pour ça. Il partait dans des colères monstres quand on évoquait cette possibilité. Il maintenait que tu étais encore en vie, quelque part, qu'un jour tu reviendrais et que ce jour-là il te casserait la gueule pour l'avoir laissé. Et le pire, quand j'y repense, c'est qu'il avait raison, puisque je me trouve en face de toi en ce moment même. »
Le sorcier se tut quelques secondes, comme pour méditer ses propres paroles.
« Il y a un an de ça », reprit-il, « tu as officiellement été déclarée morte. On a enterré un cercueil vide. Tout le monde a assisté à la cérémonie, sauf Harry… Enfin Draco n'était pas là non plus, à vrai dire, son fils était malade. Mais peu importe… Quelques mois plus tard, ce fut l'anniversaire de Scorpius, ses onze ans. Ce jour-là, il ne reçut pas sa lettre d'admission à Poudlard. »
« Un Cracmol », murmura Hermione pour elle-même.
« Oui, mais Astoria ne l'a pas accepté. Elle était persuadée que Minerva, en tant que nouvelle directrice de Poudlard, avait posé son Veto, que c'était sa faute si Scorpius n'avait pas reçu sa lettre. Elle a fait des pieds et des mains pour faire accepter son fils à Durmstrang, puis à Beaubâton, sans succès. Quelle école de sorcellerie digne de ce nom accepterait en son sein un élève dénué de tout talent magique ? Elle a fini par se rendre à l'évidence. C'est là que les soucis de couple ont commencé : Astoria rejetait Scorpius et ça, Draco ne pouvait l'accepter. Il a fait une demande de divorce et nous a annoncé tout aussi sec qu'il allait s'installer dans le Londres moldu. Il voulait à tout prix que Scorpius se sente à sa place, et ça n'aurait jamais été le cas chez les sorciers. En apprenant ça, Harry a demandé à Draco de reprendre les recherches. Tu comprends, comme il comptait s'installer dans le monde moldu, c'était plus pratique pour lui de retrouver ta trace. Je ne pensais pas qu'il allait tomber sur toi aussi facilement. J'étais même sincèrement persuadé qu'on ne te retrouverait jamais vivante ! »
« Et me voilà ! »
« Et te voilà. »
Le silence s'installa de nouveau entre les deux sorciers. Hermione fut la première à le briser.
« Lorsque Malfoy est tombé sur moi, comme tu dis, il ne m'a pas reconnue. Tu penses qu'il a fait semblant, que c'était une sorte de…stratégie ? »
« Là, tu me poses une colle. Je ne t'aurais moi-même jamais reconnue alors peut-être était-il sincère… Et puis… il faut que je t'avoue quelque chose, Granger… »
« Quoi ? », s'enquit Hermione, intriguée.
« T'es beaucoup plus canon maintenant que lorsque nous étions à Poudlard », laissa tomber le sorcier.
Cela fit rire la jeune femme, qui ne s'attendait pas du tout à ce genre de remarque.
« Eh bien merci, Nott, enfin je crois… C'était bien un compliment ? », demanda la sorcière en fronçant le nez.
« Absolument ! », confirma-t-il avant de lui adresser un sourire éblouissant.
Le Serpentard savait faire preuve d'un certain talent pour détendre l'atmosphère, ça Hermione devait le reconnaître. C'était la première fois qu'elle riait depuis des lustres et ça faisait vraiment du bien. Le silence s'installa de nouveau entre les deux sorciers. Au bout de quelques secondes, leurs yeux s'accrochèrent et la jeune femme réalisa que Nott en avait de très beaux. L'atmosphère devint pesante, chargée d'un je-ne-sais-quoi qui finit par pousser les deux adultes à se rapprocher, lentement mais sûrement. Consciente de ce qui risquait de se passer, Hermione se leva brusquement du canapé. Au même moment, la sonnerie retentit, elle poussa un soupir de soulagement, alla ouvrir et trouva Malfoy, debout sur son palier.
…
En entendant sonner, Scorpius et Sarah s'étaient dissimulés dans l'ombre du couloir. L'adolescente avait insisté pour espionner sa mère et bien sûr le jeune Malfoy avait suivi. Plaqués contre un mur, ils respiraient le moins possible tandis que les deux adultes échangeaient quelques mots.
« Mon fils a disparu, Granger ! Je suis passé le chercher au collège, mais on m'a dit qu'il n'y avait pas été de la matinée ! »
Hermione se frappa le front, quelle idiote ! Elle n'avait pas pensé à prévenir Malfoy que son fils avait fait l'école buissonnière.
« Il est ici », répondit-elle simplement en s'écartant pour le laisser entrer.
« Quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Ta gamine a encore fait des siennes, c'est ça ? », s'exclama-t-il en pointant un doigt accusateur sur la pauvre Hermione qui ne put faire autrement que reculer.
Elle fut même contrainte de débouler dans le salon en marche arrière, alors que le papa poule la fusillait littéralement du regard. Il avançait vers elle, irrémédiablement, comme s'il comptait la manger toute crue. Heureusement, ses yeux de prédateur tombèrent rapidement sur Nott, tranquillement installé sur le canapé où il s'était lui-même trouvé la semaine précédente. Aussitôt, la colère noire qui l'animait céda la place à la stupeur la plus totale et il se figea sur place.
« Théo ? », s'exclama-t-il.
« C'est bien moi, tu n'as pas la berlue ! Je suis tombé sur Granger et Scorpius au Ministère », déclara le concerné.
« Au Ministère ? », s'étonna Malfoy.
« Au Ministère », confirma-t-il.
Nott affichait un calme olympien qui contrastait de manière grotesque avec l'air perdu qu'affichait quant à lui son ami Serpentard.
« Je t'en prie, assied-toi, Malfoy », enchaîna Hermione. En tant que maîtresse de maison, cela la gênait quelque peu de le voir planté en plein milieu de son salon. Tout paraîtrait beaucoup plus normal dès qu'il se serait assis sur le canapé, comme tout invité qui se respecte.
Le sorcier se remit alors en mouvement et prit place sans broncher aux côtés de son ami.
La jeune femme lui proposa une tasse du thé. Il hocha machinalement la tête, sans doute n'avait-il même pas compris la question. Le pauvre avait l'air complètement sonné.
Hermione passa dans la cuisine et se battit quelques secondes avec Jimmy, qui tenait absolument à en sortir pour protéger son territoire. Lorsqu'elle en fut venue à bout, elle attendit une petite minute sans rien faire, espérant que les deux amis engageraient la conversation. Elle n'avait aucune envie d'expliquer cette situation ridicule par elle-même et si elle laissait assez de temps à Nott, elle espérait qu'il s'en chargerait lui-même. Lâcheté peu digne d'une Gryffondor, il fallait l'admettre ! Elle fut satisfaite d'entendre des voix s'élever en provenance du salon, mais fit la grimace lorsqu'elle vit que Jimmy s'était allègrement soulagé sous la table à manger. Elle nettoya les dégâts, prit un temps infini à préparer le thé et lorsqu'elle refit son apparition dans le salon, deux regards accusateurs se braquèrent sur elle. Hermione déglutit avec difficulté. Malgré ses précautions, elle allait devoir passer aux aveux, elle le sentait. Elle poussa un profond soupir en posant son plateau sur la table basse et alla prendre place en face de ses deux invités.
« C'est bon, qu'est-ce que vous voulez savoir ? », demanda Hermione, résignée, en se disant qu'il valait mieux en finir tout de suite.
« Tout », répondirent les deux amis en cœur.
La sorcière laissa échapper un second soupir.
« Eh bien… Par où commencer ? ... », fit-elle mine de se demander pour parodier Nott. « Par la Bataille Finale, c'est évident… Tout s'est bien terminé, mais ça vous le savez déjà. Harry avait vaincu le Seigneur des Ténèbres et c'était génial. J'étais épuisée, tant moralement que physiquement, mais c'était la fin, j'étais soulagée. Et puis j'ai pensé à mes parents, ils avaient refusé de partir en Australie et j'étais morte de peur, je craignais qu'il leur arrive quelque chose, quelque chose d'horrible. Pendant la bataille, je n'ai pas pensé à eux, pas une seule fois. Mais après… J'ai filé à Pré-au-lard et j'ai transplané. C'est la dernière fois que quiconque a pu m'apercevoir dans le monde sorcier. Je suis arrivée dans un paysage d'Apocalypse mais ce n'était pas un champ de bataille, c'était pire encore, pire que Poudlard dévasté, c'était le quartier où j'avais grandi. Et il n'y avait plus rien. Des ruines, des flammes, des corps à moitié calcinés, des moldus, des voisins, des amis, mes parents. Tous innocents, tous morts par ma faute. »
Hermione s'arrêta de parler quelques minutes. Le silence devint pesant mais elle ne s'en rendit pas compte. Les yeux dans le vague, elle était ailleurs, avalée par ses souvenirs.
« C'est alors que je l'ai aperçue », reprit-elle, « cette toute petite fille, au milieu des décombres de sa maison. Elle était là, debout, et ses parents étaient morts, là, à côté d'elle. Cette petite fille, je la connaissais, c'était Sarah Matherson, ma voisine. La petite Sarah Matherson. Elle venait de fêter ses quatre ans. Elle me regardait, fixement, et moi aussi, je la regardais. Je me souvenais de ce que mes parents m'avaient dit, que les Matherson n'avaient aucune famille, que les deux parents étaient des enfants abandonnés, pupilles de l'Etat, qu'ils avaient grandi dans des foyers. Ils avaient réussi à fonder une vraie famille alors qu'eux-mêmes n'en avaient jamais eue. J'ai pensé à ce qu'il allait advenir de Sarah et là, comme ça, j'ai su ce que je devais faire. Je me suis approchée d'elle, et je lui ai parlé. « Je suis, Hermione Granger, ta voisine, et à partir de maintenant, je vais m'occuper de toi. Tu seras heureuse, tu verras, je serai ta famille ». Je m'en souviens comme si c'était juste hier. Comme si j'avais toujours dix-huit ans, comme si Sarah en avait toujours quatre. J'ai utilisé la magie pour régulariser l'adoption, pour prendre le nom de Garner et puis j'ai voulu briser ma baguette. Mais je n'en ai pas eu la force. Alors je l'ai rangée dans la poche de ma robe en me promettant de ne plus jamais l'utiliser. J'ai engagé quelqu'un pour s'occuper des funérailles de mes parents et de ceux de Sarah. Je n'ai jamais vu leurs tombes.
Nous avons vécu plusieurs années dans le sud de l'Angleterre, en Cornouailles. Au début, ça a été très dur, je n'avais rien : ni argent, ni diplôme moldu. Nous vivions dans un studio et je gagnais ma vie en servant dans un restaurant. Heureusement, Sarah allait déjà à l'école maternelle donc je n'avais aucun problème pour la garder. On s'est vite attaché l'une à l'autre mais j'avais parfois l'impression de ne pas être à la hauteur. A vingt-et-un ans, j'ai été acceptée comme stagiaire au sein d'une agence immobilière et l'année suivante ils m'ont engagée à temps complet. J'ai pu m'offrir un appartement plus grand, c'était enfin la belle vie. Il y a trois ans, nous nous sommes installées à Londres, j'ai commencé à travailler chez This House is Yours et Sarah a choisi de poursuivre sa scolarité au lycée Nelson. Et c'est comme ça que tu es tombé sur moi, Malfoy. Voilà toute l'histoire, onze ans de ma vie, et aussi de celle de Sarah. »
…
Assise à même le sol dans le couloir, Sarah inspira un bon coup. Elle avait retenu sa respiration pendant tout le récit. Les larmes coulaient le long de ses joues, en silence. Assis à ses côtés, Scorpius, les yeux brouillés, lui tenait la main.
TO BE CONTINUED . . .
(*) Une maman plus que sorcière avec une sacrée fille
