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-De quoi tu te plains, le bleu, tu voulais avoir les pieds dans l'eau, non ? Grogna Di Nozzo en s'agrippant à sa mustang tout en tentant d'extirper son pied droit d'un monticule de boue. Il tira sur sa jambe et finit par délivrer son pied qui émergea avec un grand bruit de succion. Il l'observa avec dégout. Merde, mes chaussures !
-C'est pas grave, Tony, tu pourras les nettoyer quand on arrivera, le consola Tim en s'avançant vers lui. Il plongea à son tour les pieds dans une grosse flaque marron et baissa les yeux en fronçant les sourcils.
-Mince, le bas de mon pantalon est trempé !
-Ton pantalon, McGee c'est rien à coté de mes chaussures! Je les ai fait venir de chez Crockett& Jones. Tu sais ce que ça coute des chaussures comme ça ?
-Tiens, j'aurai plutôt cru que tu aurais opté pour une marque de luxe italienne.
-C'est pas le moment de discuter boutique, le bleu, on est perdu dans la forêt à la recherche de ce maudit chalet et la nuit va tomber. Putain, je vais le tuer le cousin Kaspar !
-Chalet..rien que le mot c'aurait dû te mettre la puce à l'oreille, Tony. J'ai jamais vu de chalet sur une plage moi et..
-Oh, la ferme, McGee, c'est pas de ma faute si elle avait un nom hypocrite sa baraque au cousin ! Merde, voilà qu'on est embourbés dans ce putain de bois, c'est la meilleure !
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Flash back:
Les deux hommes étaient partis le matin comme prévu. Tony était d'excellente humeur. Il avait entré l'adresse de leur lieu de villégiature sur le GPS de sa Mustang et trois heures plus McGee avait commencé à émettre quelques réserves sur leur itinéraire.
-Dis, Tony, t'as pas l'impression qu'on s'éloigne de la côte, avait-il demandé ? On aurait dû prendre la direction de l'Est, non ? Et là on se dirige vers l'Ouest, c'est pas normal, ça.
-T'y connais rien McGee, moi j'ai un sens de l'orientation très développé, en fait on contourne les bois par l'Ouest, c'est tout.
-Ouais, mais c'est normal si c'est autant boisé ? C'est bizarre quand même.
-Pfff! T'inquiète McVoit tout en noir. Dans une heure tu seras sur la plage en maillot de bain. Dis, t'as pensé à emmené ton ordinateur portable ?
-Pourquoi faire ?
-Ben, pour attirer les filles, Tim, tu auras encore plus l'air d'un geek, c'est ton principal atout.
-Tu crois Tony?
-Mais oui, y'a des filles qui adorent ça. Moi j'ai pas besoin de tout ça pour séduire les nanas. Suffit que j'apparaisse et..
-Attention ! S'exclama Tim. Tony fit une embardée pour éviter un chevreuil au milieu de la route. Il est fou celui là !
-Ouf ! Timothy agrippa la poignée au dessus de lui et tenta de calmer les battements de son cœur. Il reprit la conversation. Un ordinateur sur une plage c'est pas très malin avec le sable. Dis, si tu téléphonais à ton cousin ?
-Pourquoi faire ?
-Ben, pour lui demander quelques renseignements sur le trajet, par exemple. Tiens, regarde, il y a un vieux type avec un chien au bord de la route. On pourrait s'arrêter pour lui demander la route.
Tony lui lança un regard noir.
-Sache, McGee, qu'un DiNozzo ne demande jamais son chemin. C'est une question de fierté.
-Tu la places bizarrement ta fierté, dis donc !
Anthony DiNozzo ne répondit pas. Il se mordit la lèvre inférieure tout en cogitant. D'un coté le bleu n'avait pas tort, il y avait quelque chose qui n'allait pas avec l'itinéraire. Ils allaient vers l'ouest, c'était certain et l'océan était à l'Est à moins que quelqu'un l'ait déplacé pendant la nuit. Et puis le coin était véritablement très boisé, et vallonné. Rien à voir avec un paysage côtier. En plus de lourds nuages noirs commençaient à s'amonceler au-dessus d'eux. Manquait plus que ça. Il soupira et se gara sur l'accotement.
-Reste là, McGee. Tu vas lui faire peur au vieux, il a pas l'air commode. Il n'y a rien de tel qu'un peu de charme et de tact dans ce genre de situation.
McGee haussa les sourcils mais resta en place. Il observa Tony s'approcher de l'homme. Ce dernier le regardait venir vers lui d'un air soupçonneux. Tim vit Tony adresser son sourire étincelant breveté DiNozzo au vieux mais il n'eut pas l'impression que l'autre homme était charmé. Finalement il eut l'air de se laisser amadouer et ils entamèrent la conversation. Tim se rendit compte que le visage de l'autre homme s'éclairait au fur et à mesure que celui de Tony s'assombrissait puis il se mit à rire franchement en tirant sur sa barbe grise en désignant la forêt.
Quand Tony revint à la voiture sous le regard hilare du vieux, il n'avait pas l'air content du tout. Il s'assit sur son siège et agrippa le volant en regardant droit devant lui, la mâchoire serrée
-Qu'est ce qu'il y a Tony ? demanda Tim pressentant une mauvaise nouvelle. Il t'a dit quoi le vieux ?
-J'vais le tuer le cousin Kaspar, j'vais le découper en morceaux et faire disparaitre son corps, on le retrouvera jamais, j'vais..
-Oui, mais quoi encore ?
Et Tony se lança dans des explications où il en ressortit que Pine Beach existait bien mais que c'était la plage de Pine Lake et que la maison "Waterfront House" se trouvait bien au bord de l'eau, enfin, du lac qui, lui, se situait dans la foret.
McGee essaya de se retenir, il était évident que la fierté de DiNozzo venait d'en prendre un coup. Les rôles étaient inversés c'était trop drôle. Pour une fois que c'était Tony qui s'était fait avoir ! C'était trop! Il éclata d'un rire franc et sonore.
-Te fout pas de ma gueule le bleu, maugréa Tony les dents serrées.
-C'est tr...tr...trop drôle, Tony, les filles, la plage et tout le...le...reste, hoqueta Tim entre deux crises de fou rire. Waterfront house...Allez, Tony, prends le du bon coté. Tout ce que ça change c'est qu'il y aura pas de jolies filles et que l'eau ne sera pas salééééé! Finit-il plié en deux, secoué par des éclats de rire. Sacré Tony, va ! Quand Ziva va savoir ça ! Et Abby, et Gibbs et...
Tony DiNozzo lui lança un regard noir. Il était déjà naturellement susceptible mais être ridiculisé à ce point, c'était le bouquet. Et par le bleu, en plus. Comme pour faire écho aux éclats de rire de son ami un éclair déchira le ciel, le tonnerre se mit à gronder et des trombes d'eau se déversèrent sur la voiture.
-Merde! S'écria t-il en donnant un grand coup sur le volant, merde ! merde ! merde !
-Qu'est-ce qu'on fait ? Demanda Tim en reprenant d'un coup son sérieux.
-Il nous reste plus qu'à trouver ce fichu chalet, grommela l'autre homme. Le vieux m'a indiqué l'itinéraire, c'est à vingt minutes. Il m'a même parlé d'un raccourci, le prochain chemin à droite dans le bois.
-Euh...c'est pas très prudent, Tony, vaudrait mieux prendre la route, surtout avec ce temps et la nuit qui va tomber...
-Alors le bleu, on a la trouille ? S'enquit Tony en reprenant un peu du poil de la bête. On va prendre le raccourci et dans cinq minutes on sera à l'abri. T'inquiète, Di Nozzo assure, ça va être du gâteau.
Fin du flash back
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-Je t'avais dit qu'il fallait pas prendre ce raccourci, geignit Tim en regardant l'obscurité descendre sur les bois. Heureusement qu'il s'est arrêté de pleuvoir.
Les deux hommes contournèrent la voiture. Ils venaient de s'embourber au beau milieu du chemin forestier. les pneus étaient s'enlisés dans le sol détrempé. Tony avait eut beau essayé de redémarrer, les roues ne faisaient que patiner en envoyant voler de la boue de tous les cotés. Il avait fini par abandonner.
-Ouais, répondit DiNozzo d'une voix caverneuse, nous sommes perdus dans les bois et c'est la pleine luuuune...C'est de mauvaise auguuuuure. T'as déjà vu des films de loups garous ? "Dog soldiers", "le loup garou de Londres" et des tas d'autres. Et les films de vampires ? Tu as à peine le temps de les entendre approcher qu'ils sont déjà sur toi et...
-Tony, arrête, ça n'existe pas.
-T'en est sûr, McGee ?
-Certain rétorqua Tim nerveux.
Une branche craqua tout près.
-AAAAAAAAAAAH ! S'écria Tim en faisant un bond. Il atterrit près de Tony et faillit trébucher et s'étaler dans la flaque d'eau boueuse qui les entourait. Tony le rattrapa à temps en l'attirant contre lui. Tim, haletant, resta quelques secondes serré contre Tony, le cœur battant. Il pouvait sentir l'odeur chaude et légèrement musquée de l'autre homme contrastant avec les relents d'humus et de vase dans l'humidité ambiante. À sa grande surprise il sentit le bras de Tony se resserrer autour de lui. Les deux hommes restèrent ainsi quelques secondes sans parler puis Tim se dégagea en toussotant, les joues brulantes
-Euh, merci Tony, déclara t-il en bénissant la pénombre. Il devait avoir les joues écarlates. Elles étaient en feu.
-De rien le bleu, toujours prêt à secourir les damoiseaux en détresse, rétorqua l'autre homme sur un ton mi figue, mi raisin. Il leva la main et enleva un peu de boue sur le menton de l'autre homme qui frémit au contact puis s'immobilisa brusquement.
-McGee, y'a quelque chose qui bouge dans les bois.
-Tony...
-Chut!
-Tony, tu essaies de me faire peur, c'est ça ? Demanda Tim d'une voix mal assurée. Il commençait à flipper et tâtonna machinalement au niveau de sa ceinture à la recherche de son arme. Mais bien sûr il ne l'avait pas emmené. Qui apporterait ce genre d'objet pour un super week-end de congé sur la plage ?
-Je t'ai dit de te taire ! Le ton était impérieux, mortellement sérieux et Tim comprit que ce n'était pas une plaisanterie.
Il vit son ami regarder par terre autour de lui, essayant de discerner quelque chose dans le crépuscule. Heureusement que la lune brillait. Tony avait raison, elle était pleine et luisait d'un éclat maléfique de l'avis de Tim. Tony se baissa et ramassa un bâton, alluma sa lampe électrique qu'il dirigea du coté des bruissements puis il fit signe à McGee de s'accroupir derrière la voiture. Ce dernier obéit. Il se blottit au sol, les pans de son pardessus trempaient dans l'eau mais il se tint immobile. Le mollet de l'autre homme vint s'appuyer sur sa joue, ce qui le réconforta un peu. Tony ne bougeait pas, toujours en alerte. Une autre branche craqua, puis encore une. Ça s'approchait. McGee, tendu, se serra contre le mollet de DiNozzo. Il fallait qu'il fasse quelque chose pour aider son ami. Il n'était pas question que l'autre homme prenne tous les risques tout seul. Il allait commencer à se redresser, le cœur battant à cent à l'heure quand quelque chose de chaud et humide se plaqua sur son visage.
Il hurla.
À suivre
