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Tim ouvrit lentement les yeux. C'était le matin, il faisait déjà jour. Il pouvait voir la lumière de l'aube filtrer à travers les volets et réalisa qu'il était seul dans le lit en même temps qu'il entendait la voix de Tony dans l'autre pièce. Il tendit l'oreille. Aux instants de silences qui entrecoupaient les paroles de son ami il devina que ce dernier était au téléphone. C'était tant mieux parce qu'il avait besoin de réfléchir un peu.
Tim s'assit sur le lit et grimaça un peu puis il se leva, se dirigea vers la salle de bain, fit un brin de toilette, se frotta à nouveau les dents avec ses doigts et retourna s'installer entre les draps. Il se remémora les événements de la veille et rougit. Il se sentait embarrassé mais sans regret. Seulement il se demandait ce qui allait se passer maintenant. Quelle attitude adopter ? Et pour commencer, quels étaient ses sentiments à lui ? Etait-il amoureux ? Oui, à quelque part il était amoureux de Tony, c'était vrai et ces sentiments ne dataient pas d'hier. Et Tony, lui, justement ? Il lui avait dit "je t'adore" ce qui était loin de signifier "je t'aime". Tim était lucide. De toute façon il ne mettrait pas la pression à Tony. Ils travaillaient ensemble et pour l'un comme l'autre leur job était primordial et ne devait pas en pâtir. Il sourit. Cela avait été...génial, super cool comme aurait dit Abby. Il n'aurait jamais cru que deux hommes ensemble...
-Encore en train de réfléchir, McGee ?
Tony se tenait dans l'embrasure de la porte, en caleçon, les bras croisés, un petit sourire aux lèvres.
-Tu étais au téléphone ?
-Oui, avec le cousin Kaspar. Il m'a promis d'envoyer quelqu'un dans la matinée pour s'occuper de la voiture. Il était dans ses petits souliers...après que je l'aie menacé de certaines choses s'il ne se remuait pas pour arranger le problème.
-De quoi ?
-C'est entre lui et moi. Disons qu'il s'était mis dans une situation un peu embarrassante et que j'ai fait jouer mes relations pour lui filer un petit coup de pouce alors c'est donnant donnant.
-Tu dis souvent ça.
-Quoi?
-Donnant donnant.
-Ah bon ? J'avais pas remarqué. À quoi tu pensais ? Je t'observais depuis un moment de la porte et tu avais l'air très... McGeeesque.
- McGeeesque ?
-Ouais, je viens de l'inventer. Quand tu fronces les sourcils comme tu le fais quand tu te crois seul. Tu réfléchis, tu analyses, tu te creuses la cervelle pour comprendre, avoir des réponses à tes questions. Tu as l'air ailleurs, au pays de McGee.
-Tu te fous de moi.
-Non.
Tony s'approcha du lit.
-Je ne me fous pas de toi, Tim. je sais que tu te poses des questions, que tu te demandes ce qui va se passer maintenant. Et bien je ne le sais pas plus que toi, c'est la réponse la plus sincère que je puisse te donner.
-Je ne te demande rien, Tony.
-Je sais, Tim, répondit Tony. Il s'assit sur le lit et souleva le menton de son ami. Je sais. Il déposa un léger baiser sur ses lèvres. Tu veux du café ?
-Tu as fait du café ? Génial !
Tim s'apprêtait à sortir du lit quand Tony le repoussa doucement en arrière sur les oreillers.
-Non non, ce café il va falloir le payer, déclara t-il d'un ton taquin. Et il est trèèès cher.
-C'est du chantage, DiNozzo. T'as pas honte ?
-Ouais, c'en est et je ne ressens aucune honte, non, absolument aucune, répliqua Tony en le plaquant sur le matelas. Miam, j'ai faim, j'ai pas encore déjeuné moi non plus. Voyons, par où je vais commencer? Il lécha les plis du cou de l'autre homme qui se tortilla sous lui. Mmm, c'est bon. Et là ? Il prit un mamelon encore sensible du traitement qu'il lui avait fait subir la veille et entreprit de le mordiller doucement tout en posant une main sur le pénis en semi érection de son amant qu'il massa légèrement. Un éclair de plaisir traversa tout le corps de Tim. Il sentit son sexe durcir instantanément. Hum, je crois que le café va devoir attendre un peu, déclara Tony. Voyons voir l'autre, il a l'air jaloux. Il s'attaqua au mamelon gauche sous les gémissements de Tim.
Tim prit la tête de son amant entre ses mains pour l'attirer plus haut.
-J'ai envie de t'embrasser, Tony.
Ce dernier ne se fit pas prier. La seconde d'après ils exploraient la bouche l'un de l'autre. Leurs langues se découvrirent de nouveau, se léchèrent tout d'abord avec une lenteur sensuelle puis au fur et à mesure de l'excitation qu'ils ressentaient de plus en plus passionnément. Tim pouvait sentir l'érection de Tony contre son ventre. Lui même n'était pas en reste. Ses mains descendirent le long du dos de Tony et empoignèrent ses fesses sous le tissu. Il les serra, les malaxa et imprima au bassin de l'autre homme un mouvement de va et vient de plus en plus rapide.
-Attends, gémit Tony.
D'une main fébrile il fit glisser son caleçon puis s'installa entre les cuisses de son partenaire. Il tendit le bras pour attraper le petit tube de gel mais dans son empressement le fit tomber par terre. Il jura et se pencha pour le récupérer. Il en profita pour saisir un préservatif au passage.
Il prépara rapidement mais soigneusement son amant qui se tordit de plaisir au contact des doigts en lui. Puis il voulut déchirer l'emballage mais dans son besoin de faire vite il s'échappa de ses doigts luisants. Tim ne put s'empêcher de rire.
-Donne, dit-il. Il déchira l'emballage et se saisit du condom. Il prit entre ses doigts le sexe de l'autre homme qui frémit et le déroula dessus. Et voilà, c'est fait ! Déclara t-il avant de déposer une série de baiser sur la poitrine de Tony qui frissonna de plaisir. Il profita de sa position assise pour lui caresser le torse, passant les doigts dans les boucles brunes puis il quémanda un autre baiser comme un prélude à l'amour.
Il s'embrassèrent fougueusement puis Tony posa une main sur sa poitrine pour le pousser sur le dos. Tim s'allongea et ferma les yeux.
-Non, chuchota Tony, je veux que tu me regardes.
Tim ouvrit les yeux et rougit légèrement. Il se sentait complètement exposé dans la lumière de l'aube. Il avait beau se sentir bien et en avoir envie il lui restait toujours ce manque d'assurance et le doute qu'il entretenait quand à son physique.
-Ça me fait bizarre que tu me regardes.
-Tu n'as pas à rougir, Tim, tu es magnifique. Je veux te voir jouir.
Tony souleva ses jambes et les posa sur ses épaules puis, les yeux dans les yeux il le pénétra doucement. À la grimace de Tim il comprit que ce dernier ressentait encore un malaise dû à la pénétration de la nuit dernière. Malgré son besoin il se retira.
-Tu fais quoi ?
Tony sourit et appliqua une couche de gel sur son sexe protégé et s'enfonça de nouveau dans le corps de son amant. Il commença par de courts va et vient puis augmenta la cadence au fur et à mesure de l'excitation de Tim. Il ne quittait pas l'autre homme des yeux. Tim avait la bouche ouverte, les sourcils légèrement contractés et la tête un peu renversée en arrière, exposant son cou. Tony ne put résister à l'envie de se pencher pour le lécher. Il se redressa, saisit le membre de son amant dans l'autre main et commença à le masser de plus en plus rapidement. Il n'en fallu pas plus à Tim qui explosa en de longs jets crémeux sur sa poitrine et son ventre. Encore une dizaine de va et vient et Tony le suivait dans l'orgasme en poussant des cris gutturaux.
Tony libéra les jambes de Tim et se coucha sur le lit, le cœur battant.
-Tu vas me tuer, McGee, haleta t-il.
-J'en ai autant à ton service DiNozzo, souffla Tim.
-On retrouvera nos deux corps comme ça. Tu imagines la tête de Gibbs ?
Tim se mit à rire.
-J'imagine surtout celle de Ziva...
-Trop drôle.
Les deux hommes somnolèrent une heure ou deux, savourant la quiétude et le silence seulement interrompu par le bruit de la pluie sur le toit. Puis Tim s'étira. Tony ouvrit les yeux.
-On va le boire ce café ? Demanda t-il en se penchant sur son ami. Il lui titilla le lobe de l'oreille avec les dents.
-Tony ! Arrête-ça tout de suite!
-Ça te fait de l'effet, hein? Dis le contraire pour voir.
-Oui, c'est vrai, avoua Tim en le repoussant mais là j'en peux plus. J'ai besoin d'une pause. Et une pause café c'est exactement ce qu'il me faut en ce moment.
Tim se leva, enfila son boxer et son tee-shirt et se dirigea vers la cuisine. Une délicieuse odeur de café lui monta au nez. Il sourit en voyant deux tasses déjà prêtes sur la table. Il se saisit de la cafetière pleine et les remplit à ras bord.
-Tu viens, Tony ?
Ce dernier émergea de la chambre, totalement nu. Tim ouvrit de grands yeux.
-Mais tu ne mets rien, Tony ?
-Pourquoi faire ? Il fait assez chaud.
-C'est juste que...enfin...si quelqu'un venait ?
-Ce que tu peux être pudibond, soupira Tony en faisant descendre plusieurs morceaux de suce dans sa tasse sous le regard effaré de son compagnon. Et qui veux-tu qui vienne ? On est tous seuls ici.
À ce moment là plusieurs coups de klaxon retentirent à l'extérieur, les faisant sursauter. Tim se dirigea vers la fenêtre.
-Dis, ton cousin Kaspar, t'as vraiment dû lui éviter de gros ennuis où bien il a sacrément peur de toi.
-Pourquoi ?
-Regarde dehors.
Tony jeta un coup d'œil à travers la vitre. Dans la cour, devant le chalet, deux hommes faisaient descendre sa Mustang d'une dépanneuse à plateau.
-Elle est couverte de boue, commenta Tim.
-J'y vais ! S'exclama Tony. J'espère qu'ils ne me l'ont pas esquintée en la sortant du chemin. Sinon il vont voir ce que c'est un DiNozzo qui voit rouge.
-En attendant je te conseille d'enfiler quelque chose sinon c'est un DiNozzo à poil qu'ils vont voir. Ça risque d'être un peu traumatisant pour eux...
-Très drôle le bleu, tu vas voir comme je vais te traumatiser tout à l'heure ! Riposta Tony en s'habillant en quatrième vitesse. Il franchit la porte en coup de vent. McGee haussa les épaules, termina tranquillement son café, s'habilla et enfila son ciré avant de se risquer dehors. Il tombait une légère bruine et l'air du matin était assez frisquet. Ill trouva Tony en train de houspiller les dépanneurs.
-C'est quoi ça ! Criait-il en désignant une éraflure sur l'aile droite de la voiture.
Le premier homme se pencha dessus en haussant les sourcils.
-Vous vous êtes embourbé dans un chemin forestier, monsieur. Il fallait bien la sortir de là et on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs. Franchement je me suis longtemps exercé à sortir les voitures embourbées de mes clients par la seule force de la pensée mais j'y suis jamais arrivé.
-Très amusant, maugréa Tony. Y'a fallu que je tombe sur un dépanneur qui fait de l'esprit, c'est bien ma chance.
-Laisse tomber, Tony, lui suggéra Tim qui venait de le rejoindre. Tu l'as récupéré, c'est ce qui compte.
Le regard du dépanneur alla de Tim à Tony. Il sourit d'un air entendu.
-Vous avez un problème ? Questionna DiNozzo en lui jetant un regard noir.
-Non, pas du tout. Bon, on s'en va, lança t-il à son collègue qui attendait au volant du camion. La note est pour le propriétaire du chalet, à ce que j'ai compris. Allez, ciao! Il s'installa sur le siège du passager et ouvrit la vitre du véhicule. Je vous conseille d'éviter de repartir par le bois! s'esclaffa t-il. Ah ces touristes !
Le camion démarra et s'éloigna en klaxonnant.
-Crétin ! Grommela Tony. T'as vu, Tim, ces...Il se rendit compte que son compagnon n'avait rien suivi de l'échange. Il regardait ailleurs un grand sourire aux lèvres. Hé, McGee, qu'est-ce qui t'arrive ?
Tim tendit le doigt. Le lac s'étendait à leur gauche sous le ciel gris. Les bois qui l'entouraient émergeaient d'une brume blanche et épaisse mais ce n'était pas cela que montrait Tim. Son sourire s'était transformé en un rire franc. Il se tenait pratiquement les côtes à force de rigoler.
-La plage, Tony, la plaaaage ! Soleil, farniente et nanas, tu te rappelles ? C'est ce que tu m'avais promis.
Tony observa la plage. Deux cent mètres de terre boueuse et brunâtre au bord de l'eau. Quelques bancs grisâtres et ternes en pierre, des sacs poubelles en plastiques transparents laissant voir les déchets accrochés à des supports rouillés. À mille lieux de l'endroit clair, ensoleillé et romantique, du sable fin et des supers nanas. Et Tim qui riait, riait...
Un fou-rire irrésistible le saisit à son tour. Il s'écroula sur le capot de la Mustang couverte de boue, plié en deux. Tim le rejoignit, toujours hilare. Deux hommes sous la pluie, riant de façon incontrôlable, bruyamment, hurlant, pouffant, gloussant à chaque fois que l'un d'eux prononçait le mot plage. Tony sentait les larmes lui couler sur les joues, se mêlant à la bruine froide mais il s'en fichait. Cela faisait des siècles qu'il ne s'était pas marré comme cela.
-Fau...faudrait rentrer, hoqueta Tim entre deux accès de rire, on va prendre la mort.
Tony acquiesça. Main dans la main les deux hommes s'engouffrèrent dans le chalet.
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À suivre
