29/10/11
Bonjour à tous (toutes) !
Voilà la suite de cet OS. J'y avais réfléchi mais sans en vouloir forcément, cependant certaines personnes m'en ont fait la demande, donc j'y ai repensé et je suis revenue sur mon idée de le continuer :P Je me suis mise à la tache pour de vrai mais du coup, l'histoire est beaucoup plus complexe que prévue ! Il y aura donc deux suites à l'OS initial, qui devient un three-shot.
Le ton a changé, ce n'est plus aussi pessimiste, enfin je trouve. J'espère que ça vous plaira néanmoins =)
Avertissement 1: UA à partir du tome 6. Voldemort n'a pas fait d'Horcruxes. Les reliques de la mort n'existent pas.
Avertissement 2: slash/yaoi
Avertissement 3: mention d'acte sexuel
Disclaimer : Harry Potter appartient à J.K. Rowling
Bonne lecture :)
PS : Merci à maelle pour sa review, c'est vrai que c'est une histoire un peu dure, mais tout ne peut pas être rose non plus, et pis ils s'aiment comme tu dis ^^ si jamais tu tombes sur cette suite, j'espère que ça te plaira !
Allongé sur le canapé, ma tête sur les genoux de Draco, je me laisse caresser les cheveux. Le silence qui nous entoure est confortable. Apaisant. J'aime ce silence. Même si je préfère largement lorsqu'il est entrecoupé des gémissements et des soupirs rauques que Draco laisse échapper quand il me fait l'amour. Je me suis redécouvert mon appétit insatiable pour le corps de Draco que j'avais oublié jamais avoir eu. Mais pour l'instant le silence est de mise. Il commence à faire froid et j'ai allumé un feu. Draco m'a réappris à utiliser la magie sans baguette que j'avais… abandonnée toutes ses années. Je ne l'utilise pas trop. Ça me fatigue rapidement. Mais maintenant que j'ai un but, un quelqu'un pour qui faire preuve de volonté et d'envie, j'ai envie de lui faire plaisir. Alors de temps en temps je nous simplifie la vie.
Ses doigts passent et repassent dans mes cheveux bien longs désormais et mes mèches enchevêtrées se lissent sur leurs passages avant de reprendre leurs droits. Je le vois se pencher vers moi et il m'embrasse doucement sur les lèvres. Sa bouche bouge contre la mienne et je distingue un 'je t'aime' qui me fait frissonner de plaisir. Alors qu'il s'apprête à se détacher, ma main se pose sur son cou et je le ramène vers moi. Ma tête se soulève et je force le passage de ses lèvres pour glisser ma langue dans sa bouche. Il répond immédiatement à mon baiser profond et langoureux et passe l'une de ses mains sous mon pull. Les bruits mouillés de nos langues se mouvant l'une contre l'autre et les sourds gémissements que nous poussons à tour de rôle envahissent l'atmosphère jusque-là tranquille de la pièce. Je relâche sa nuque et repose ma tête sur ses genoux en laissant échapper à mon tour un 'je t'aime Draco', d'une voix pas plus haute qu'un murmure. Il fait un dernier cercle avec le bout de ses doigts sur mon ventre maintenant dénudé puis les replace sur mes genoux en me souriant amoureusement.
Tandis que le silence gagne la pièce de nouveau, et que nous fixons les reflets orangés des flammes chatoyantes, je repense à ces derniers mois que Draco a passés avec moi au Square Grimmaurd. Ils sont définitivement les plus beaux de ma vie. Même l'année passée ici avec lui avant ne leur arrive pas à la cheville. Cette bulle de bonheur me semble ne plus finir et nous profitons de chaque seconde. Je ferme les yeux alors que la douce caresse de ses doigts dans mes cheveux se fait de plus en plus apaisante.
Au début les habitudes ont été dures à changer. Draco devait m'empêcher de boire et moi je m'efforçais de l'empêcher de penser au retour inévitable de Voldemort - même si j'y pensais moi-même. Mon sevrage a été dur au début. Cinq ans à ne me nourrir que d'alcool étaient un peu trop durs à digérer - sans jeu de mot. Se remettre à manger aussi. Mais il a été patient, m'a aidé, m'a soutenu, m'a préparé des plats. Comme je n'étais jamais entré dans la cuisine autre que pour m'avachir sur la table au petit matin après avoir récupéré les bouteilles qui y traînaient, je n'avais pas fait gaffe que les placards étaient bourrés à craquer de denrées non périssables. Je ne sais pas qui les a déposées là. Peut-être y sont-elles depuis toujours. Toujours est-il que Draco les a découvertes le premier jour après son réveil et qu'il s'est mis aux fourneaux. Dire que j'ai été surpris est un euphémisme ! Mon Draco, mon Malfoy, mon sang-pur qui n'a jamais levé le petit doigt pour faire quoique soit, cuisine ! Et bien en plus, par ce que j'ai pu en juger jusqu'à maintenant. Un jour, quelques temps après son installation ici, il a laissé échapper qu'il aimait aider Molly quand on habitait tous ici, au Square. Je ne sais pas qui elle est. Je ne sais plus. Je ne veux pas me rappeler. Alors je suis retourné dans le salon et j'ai bu. De nouveau. Draco n'a rien dit à ce moment-là. De toute façon, c'était lui qui avait laissé échapper ce nom. Nous avons fait comme si de rien n'était et il est venu à côté de moi sur le canapé défoncé et m'a serré fort contre lui. Et quelques minutes plus tard, je n'ai plus eu le loisir de m'appesantir sur mes pensées encore douloureuses et sur ces plaies à vif.
Je sais que j'ai dit que j'avais fait mon deuil. Mais ce n'est pas tout à fait vrai, comme je l'ai appris douloureusement ce jour-là. Mais Draco m'a aidé, m'a supporté. Nous sommes montés à l'étage aussi. Je crois que c'est la chose la plus dure qu'il m'ait été donné de faire depuis… depuis toujours. Mais Draco était là, avec moi, même si je crois qu'il souffrait aussi. Nous sommes montés clopin-clopant, comme des petits vieux, le dos penché, la tête basse, nos mains fermement enserrées l'une dans l'autre. Il nous a fallu une semaine pour aller au premier. Puis un mois pour aller dans les étages supérieurs. À chaque fois, nous montions quelques marches et je sentais que je ne pouvais pas faire un pas de plus, alors on redescendait aussi lentement que nous les avions gravies. Nous n'échangions pas un mot dans ces moments-là. Liés dans la tristesse et la douleur sûrement. Depuis notre ascension, nous allons fréquemment dans ce qui était notre chambre, au premier étage, mais nous n'allons plus jamais au-delà. A quoi ça servirait ? En tout cas, j'ai réappris à dormir la nuit et à me lever le jour. J'ai une raison de le faire désormais. La motivation et l'envie de Draco à profiter de ses six mois avec moi m'aident beaucoup, il est vrai.
Presque deux mois après son arrivée, Draco m'avait préparé une surprise pour mon anniversaire - que j'avais complètement oublié. Un repas délicieux. Des habits affriolants qu'il avait trouvé je-ne-sais-où. Une mousse au chocolat et aux framboises. Un bol de crème chantilly. Des cubes glacés. Quelle nuit nous avons passée ensemble ! Nous n'avons même pas eu le temps, ni l'envie, ni la patience, de monter les escaliers pour accéder à la chambre, alors nous avons fait l'amour sur le vieux canapé du salon comme le jour où il est arrivé. Ce fut le plus beau et le plus délicieux anniversaire de ces dernières années. Même s'il faisait froid et que la chaleur de nos corps nus serrés l'un contre l'autre suffisait à peine à contrer la fraicheur de la pièce. Néanmoins, le réveil fut chaud le lendemain. Torride même. Et nos corps embrasés de baisers et de caresses nous faisaient office de couverture.
Tout ça me paraît bien loin maintenant. Nous sommes fin octobre - d'après l'immuable calendrier fixé au mur, témoin impitoyable du passage du temps - et il ne fait plus assez chaud, surtout au centre de Londres, pour se permettre de rester nu toute une nuit sur un canapé. La voix douce de Draco me sort de mes pensées.
- Harry, tu crois pas qu'il faudrait songer à te couper les cheveux, non ?
- Mmm…
Je fais semblant de ne pas l'avoir entendu mais il me connaît par cœur de nouveau et il voit - sûrement à mon air trop indifférent pour être honnête - que je suis parfaitement réveillé.
- Harry…
Je sens son souffle dans mes cheveux et mon corps frissonne contre mon gré. Draco dépose des baisers sur ma tempe droite, la seule à laquelle il a accès, l'autre étant posée sur ses cuisses. Il passe à mon cou, derrière mon oreille, le long de ma mâchoire, sur mon nez, sur mes paupières fermées… Et c'en est trop. Je le repousse brusquement, m'assoit sur ses genoux en deux temps trois mouvements et place mes mains de chaque côté de sa tête. Je le regarde intensément dans les yeux, nos fronts collés. Je pousse doucement le bout de son nez avec le mien puis me penche vers son oreille.
- Tu veux ma mort ou quoi ? murmuré-je en mordillant tendrement son lobe gauche.
- Ne change pas de sujet Harry…
- Tu sais, je suis tout à fait disposé à répondre au moindre de tes désirs, dis-je lascivement en ondulant sur lui.
Je passe ma langue dans son oreille et la fais glisser dans sa nuque que je sème de baisers. Je sais que j'ai gagné quand je l'entends pousser un gémissement rauque qui fait vibrer sa poitrine et donc la mienne plaquée dessus. Mais il me repousse gentiment et pose ses mains sur mon torse pour me tenir éloigné.
- C'est vrai, Harry, sans déconner. J'aime bien ta tignasse, mais, comment dire, je préfère voir tes yeux, ajoute-t-il en rougissant.
- Oh, t'es adorable, je murmure en lui prenant les mains. Mais c'est pas comme ça que tu vas m'avoir !
Il a déjà ramené le sujet de mes cheveux sur le tapis au moins cinq fois depuis son arrivée. Je ne sais pas pourquoi ça l'embête tant, et il ne veut rien me dire. À vrai dire, l'explication sur mes yeux est la plus plausible de celles qu'il m'a déjà dites. Je vais peut-être me laisser tenter finalement. Qui sait comment cette séance de coiffure va pouvoir se terminer ?
oOoOoOo
- Tout va bien Harry ? Tu n'es pas trop à l'aise ?
Je ferme les yeux. Assis au bord du canapé, Draco est derrière moi, qui suis assis par terre en tailleur. À chaque bruit de ciseaux, une mèche de cheveux tombe. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens libéré, comme si chaque mèche de mes cheveux m'enlevait un poids sur les épaules. Ou dans le cœur, peut-être. Les caresses appuyées de Draco sur mon cuir chevelu me font comme un massage sensuel. Je sais que mon amant sourit dans mon dos au ton de sa voix. Il s'amuse de mon état et il sait parfaitement que je suis au courant. Malheureusement les cheveux ont toujours été mon point faible et il en abuse allégrement alors que la coupe continue.
Enfin, au bout de ce qui me paraît une éternité, il s'arrête et dans un dernier cliquetis, pose les ciseaux à côté de lui, sur la table basse du salon. J'entends un bruit de tissu froissé derrière moi et j'ouvre les yeux, m'apprêtant à me retourner pour lui faire subir les derniers outrages. Mais une pression sur mes épaules me retient. Alors qu'il me semble que Draco va descendre de son perchoir et se mettre devant moi, il se penche en avant et je vois sa tête apparaître au-dessus de la mienne. Ma tête est doucement poussée en arrière et je me retrouve à moitié couché par terre, la tête sur les genoux de Draco et le dos appuyé sur le canapé. Mon amant a un sourire goguenard et fixe la bosse de mon pantalon témoin de mon excitation après cette séance de coiffure, devenue séance d'attouchements. Je rougis face à son air prédateur. Je ne m'y ferai sûrement jamais.
Puis il se penche un peu plus et m'embrasse à l'envers. C'est une sensation étrange mais j'aime ça. Nos langues bougent doucement l'une contre l'autre et ses doigts se baladent sur mon torse sans jamais descendre plus bas que mon pantalon. La seule chose que je peux faire est lever les mains et les passer dans ses cheveux avec toute la puissance dont je suis capable dans cette position. Après cette frustration de quelques minutes, je décide que c'en est assez et je me détache de sa bouche pour me lever et me placer à genoux devant lui. Mes mains se baladent sur son pull et les siennes qui ne sont pas en reste ont déjà envoyé balader mon gilet sur le dossier du canapé. Nous nous embrassons langoureusement et je m'allonge sur lui alors qu'il défait le bouton de mon pantalon et caresse mon membre gorgé de sang à travers mon boxer. Nous mettons des cheveux partout sur le canapé et au sol. On pourrait même croire que Draco a des mèches brunes par endroit. La couverture qui recouvre le canapé miteux est à moitié enlevée et le pull de mon amant valse par terre. J'en profite pour passer mes mains sur son torse, respirant difficilement sous les caresses qu'il fait sur mon membre.
Alors que Draco est toujours sous moi, nous sommes interrompus dans notre activité plus que plaisante quand une sonnerie retentit depuis le hall d'entrée. Je crois bien que c'est le son le plus étrange qu'il m'ait été donné d'entendre. Mon air catastrophé doit sûrement trouver son jumeau sur les traits de Draco. On se regarde un long moment en silence, n'osant bouger, ni même respirer pendant que la sonnerie stridente retentit sans discontinuer, agrémenté des cris et hurlements de Mrs Black, finalement toujours là. Je ne savais même pas que cette fichue baraque avait une sonnerie moldue ! Je sens les poils de ma nuque se hérisser - sous l'effet de la peur, sans aucun doute.
- Qui ça peut bien être ? me chuchote Draco.
- Je sais pas, lui dis-je sur le même ton.
Le silence se fait alors que nous réfléchissons sans bruit, toujours l'un sur l'autre sur le canapé.
- En temps normal, avant, les seules personnes à avoir accès ici étaient des sorciers. Mais depuis que les protections de la maison sont tombées, je sais pas qui peut la voir.
- Je sais qu'il les a remises en place dès qu'on t'a laissé ici. Et il n'y a que lui et moi qui connaissons l'endroit où tu es. (Draco secoue la tête vigoureusement.) Personne d'autre ne le sait, j'en suis sûr !
Nous ne parlons pas souvent de Voldemort ni de son ultimatum, pour ainsi dire jamais, mais je comprends parfaitement qui est ce il que Draco mentionne. Je me lève finalement pour pouvoir m'avancer jusqu'au seuil de la porte menant au hall d'entrée, tout en me rhabillant rapidement, toute excitation retombée. Draco me suit juste derrière.
- Oui peut-être. Mais dans ce cas, puisque toi, tu es là, ça devrait être lui. Or il ne sonne jamais comme ça, il transplane. Toujours !
- C'est peut-être quelqu'un qui me cherche maintenant que j'ai 'disparu' ? siffle la voix de Draco dans mes oreilles.
- Tu penses à quelqu'un en disant ça?
Je me rapproche de lui. La sonnerie me vrille les oreilles et j'ai du mal à m'entendre moi-même.
- Non à personne en particulier. De toute façon, personne d'autre n'est censé être au courant. Je crois. C'était entre lui et moi, c'est tout.
- C'est peut-être un Mangemort qui vous a entendu ? Voire un moldu ?
- C'est impossible Harry… les moldus sont enfermés par centaines dans des cages à partir de huit heures du soir et ils sont seulement libérés au matin pour…
Je le coupe vivement.
- Je sais, tu me l'as déjà dit, n'en rajoute pas s'il te plaît. Mais quelqu'un a pu s'échapper…
- Ah oui tu crois ? me dit Draco de façon sarcastique. Je t'assure que non, pas avec les protections magiques. Et même si c'était le cas, comment il pourrait savoir qui tu es et que tu es ici ? Et que je suis enfermé avec toi ? Et si c'est du hasard, qui pourrait vouloir venir ici, justement, entre toutes les autres maisons de la ville ? C'est impossible.
- Alors c'est forcément quelqu'un qui vous a entendu et qui sait que tu es là, ou bien…
Une idée me frappe de plein fouet et je serre la première chose qui me tombe sous la main, en l'occurrence le bras de Draco. Il ne dit rien mais je sens ses muscles se contracter sous ma poigne à mesure que je me rends compte que c'est la seule solution possible.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu penses savoir qui c'est ?
Je fais finalement abstraction de la douleur que cette idée entraîne pour la partager avec Draco.
- C'est quelqu'un qui fait… qui faisait partie de l'Ordre ! dis-je d'une voix sifflante et en serrant son bras de plus belle.
Il écarquille les yeux.
- Tu veux dire… Snape ?
- Oui, c'est sûrement lui ! C'est le seul qui en ait fait partie et qui soit…
- … encore vivant, finit Draco dans un souffle.
Je repousse loin de mon esprit la peine que ces mots provoquent encore en moi. Il y a plus urgent pour le moment.
- Je ne l'ai pas vu depuis le jour où… Enfin il était toujours occupé quoi, m'explique mon amant. Je sais pas ce qu'il peut avoir en tête. Et puis qu'est-ce qu'il viendrait faire ici et sonnerait à la porte s'il ne sait pas que je suis là, ni toi ?
- J'en sais rien mais c'est la seule explication possible.
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Je ne sais pas… C'est peut-être plus prudent de ne pas ouvrir… (Je soupire.) Je n'en sais rien en fait.
Ma poigne se desserre sur le bras de Draco et je le vois se masser l'avant-bras. Tandis que nous sommes en train de débattre à voix basse sur le seuil du hall d'entrée, le bruit strident de la sonnette ne s'est pas arrêté pour autant. Je n'entends même plus les hurlements de Mrs Black. C'est forcément un sorcier, sinon jamais ça n'aurait duré aussi longtemps. J'ai l'impression que le volume sonore augmente encore et je plaque mes mains sur mes oreilles pour l'empêcher de m'atteindre. Peine perdue. C'est comme si le bruit se baladait entre les parois de mon crâne. Je baisse la tête dans une tentative ultime de protection.
Tout à coup, la délivrance. Plus rien. Les échos de ce son infernal résonnent encore dans l'air mais sinon, tout s'est arrêté. Je relève péniblement la tête pour voir une ombre se détacher dans la nuit noire derrière la silhouette de mon amour. Je pousse un cri rauque et je cherche à tâtons une baguette magique inexistante le long de ma cuisse droite - réflexe jamais vraiment oublié. Mais personne ne bouge et j'entends Draco murmurer. Il se retourne après deux minutes et voit mon trouble. Il s'accroupit à côté de moi car sans m'en rendre compte j'avais glissé le long du mur.
- Tu avais raison, c'est Snape. Tout ira bien, ne t'en fais pas.
Muet de surprise malgré la confirmation de mon intuition, je m'accroche à Draco pour ne pas tomber pendant qu'il me relève de son bras. Tremblant sur mes jambes, j'examine la personne qui nous fait face - Snape effectivement. Il n'a pas changé depuis tout de temps. On croirait même que ses vêtement sont les mêmes. En même temps, une cape noire n'est pas franchement différente d'une autre cape noire. Ses doigts noueux serrés sur une baguette magique me paraissent bien fins et leur nuance cadavérique me dit que sa maigreur n'est pas récente. Je remonte les yeux vers son visage pour voir la même bouche pincée surmontée par le même nez crochu, au-dessus duquel deux yeux noirs cachés dans l'ombre de ses sourcils broussailleux me fixent d'un regard perçant.
- Pro… professeur Snape ? Mais…
- On ferait mieux de s'installer confortablement. J'ai beaucoup de choses à vous dire.
Sa voix profonde et rocailleuse n'a pas changé non plus, bien que plus rauque que dans mes souvenirs. J'interroge Draco du regard.
- Je pense qu'on peut lui faire confiance, dit-il dans mon oreille. C'est bien Snape en tout cas.
Je réprime un frisson et tourne les talons, montrant implicitement à l'ancien professeur que je lui fais confiance. Je ne suis quand même pas rassuré par la présence de sa baguette magique qu'il a à la main. Ma magie n'est pas assez puissante pour contrer un sorcier qui a réussi à jouer double jeu pendant des années sans se faire prendre et qui est maintenant au service du plus grand Mage Noir de tous les temps. Mais le fait que ça soit Snape entre tous me rassure, en un certain sens. Je sens Draco m'emboîter le pas puis une autre foulée se fait entendre, produisant comme un écho sur le sol marbré du hall, bien silencieux après le vacarme de ces dernières minutes. Même Mrs Black s'est tue.
Nous arrivons dans le salon en face du canapé, témoin visible de notre étreinte précédente, et je me sens rougir.
Je me retourne honteusement et je vois que Draco fait de même. Nous ne bougeons pas, et nos regards en chiens de faïence finissent apparemment par agacer Snape qui reprend en secouant la tête :
- Y'a pas de quoi être gênés, j'ai vu pire vous savez. Et je ne suis pas venu pour ça, c'est bien plus important. Alors on va s'asseoir, et discuter. Ou plutôt vous allez m'écouter, compris ?
Je hoche la tête en guise d'assentiment et je recule pour trouver le canapé derrière moi. J'attrape Draco qui n'a toujours pas fait un geste par la manche de son pull et le force à s'asseoir. Il tombe quasiment sur mes genoux et se décale sous le regard de l'homme qui nous fait face. Lui-même s'assoit dans l'un des fauteuils qui entourent la cheminée puis se tourne vers nous en posant ses coudes sur les accoudoirs. Puis il croise ses doigts et les fait craquer. Dire que je ne suis pas rassuré serait bien peu dire.
- D'abord, Draco… commence l'ancien professeur sans préavis. Je voulais savoir pourquoi tu n'as pas dit au Lord que j'étais un espion ? Après sa victoire.
- Hum, eh bien, j'imagine que je… enfin il n'y avait plus rien à espionner, vu que il n'y avait plus personne dans l'autre camp…
- Mais ça n'explique pas pourquoi tu ne m'as pas dénoncé du tout. J'avais quand même bien trahi une première fois.
- Oh, je suppose que… j'avais autre chose en tête à ce moment-là, rougit mon compagnon.
- Je vois.
Je rougis à mon tour. Je me rappelle que Draco m'avait dit qu'il était obnubilé par moi à cette époque. Je presse sa main et lui souris doucement. Après quelques minutes où chacun reste dans ses pensées, Snape se remet à parler.
- Tout d'abord Potter, c'est moi qui ai suggéré au Lord de vous laisser ici il y a plus de cinq ans. Je lui ai dit que ça augmenterait vos tourments, et je suis sincèrement désolé si c'est ce qu'il s'est passé, ajoute-t-il sous mon regard furieux. Mais c'était nécessaire que vous soyez ici pour que je puisse y venir à ma guise et vérifier que vous alliez bien.
Ma surprise est sûrement évidente car il décroise ses doigts et se penche vers moi.
- Je n'ai jamais perdu espoir Mr Potter, jamais. J'ai toujours su que vous auriez un jour votre rôle à jouer dans cette vie.
- Mais la…
- Laisse-moi finir d'abord.
- … prophétie est caduque puisque le Serment a été fait ! continué-je, sans faire attention à sa remarque.
Snape nous regarde d'un air perplexe alors que Draco hoche la tête pour confirmer.
- Quel Serment ?
- Mon Serment Inviolable avec Voldemort ! Celui que Draco a accompli il y a cinq ans - enfin cinq ans et demi maintenant - et qui m'empêche de le tuer. Et qui l'empêche lui de nous tuer tous les deux.
- Harry, intervient mon amant. Je crois que personne n'est au courant de ça.
Je me tourne vers lui.
- C'est vrai ? Mais comment a-t-il pu cacher une chose pareille ?
- Je ne sais pas. Je n'étais pas là après toute cette… agitation. Il m'avait accordé des "vacances".
Je regarde Snape d'un air interrogateur.
- Eh bien, il a fait croire à tout le monde que vous étiez fini, explique l'ancien maître des Potions. Il nous a convoqué après sa victoire et a juste dit que vous, Potter, aimiez Draco et que c'était ce qui vous a mené à votre perte, et que c'était également le résultat de la mission de Draco. Que personne ne connaissait d'ailleurs.
Nous méditons ces révélations en silence. Alors comme ça j'étais mort aux yeux de tous ? Après tout, j'étais bien mort à mes propres yeux avant l'arrivée de Draco… ça ne me choque même pas.
- Et quel est ce Serment ? me demande Snape.
- Dans les grandes lignes, c'est ce que je viens de vous dire : ma vie et celle de Draco contre la sienne.
Il reste silencieux un long moment après que j'ai fini de lui expliquer comment nous en sommes arrivés à cette mascarade. Ma voix tremble un peu par moment mais la présence de Draco à mes côtés me rassure et me soutient.
- Je comprends mieux maintenant d'où elle… dit-il finalement d'un air pensif.
Il soupire.
- Je ferais mieux de commencer par vous raconter un peu mon histoire, avant toute chose.
Snape grimace à ces mots comme si le fait de se confier le rebutait particulièrement, ce que je peux comprendre. En temps de guerre puis de domination, on ne peut avoir confiance en personne. Je hoche la tête dans une tentative d'être rassurant et je sens la main de Draco s'enrouler autour de la mienne.
- J'imagine que Draco vous a raconté que j'ai dû faire un Serment Inviolable avec sa mère pour le protéger s'il ne pouvait faire sa première mission, tuer Dumbledore ? Oui ? Bien. Mais comme Draco a réussi, ce Serment était annulé. J'ai donc pu garder mon statut d'espion chez le Lord au compte de l'Ordre, tout en restant professeur. Puis après que l'Ordre ait été… dissous on va dire, (Je baisse la tête à ces mots.) j'ai été retiré de Poudlard et je suis resté à plein temps avec les Mangemorts. Mon statut d'espion n'a jamais été divulgué et j'avais toujours la pleine confiance du Lord. C'est donc moi qui lui ai suggéré de vous placer ici, au Square Grimmaurd. J'avais pour tache de veiller à ce que vous restiez en vie. C'est moi qui faisais - et qui fais toujours - livrer les bouteilles et victuailles ici. Mais en réalité, j'essayais de veiller à votre bien-être, Mr Potter. Je venais aussi vous voir environ quatre fois par an, quand je pouvais, à votre insu et à celle du Lord, pour vérifier que vous alliez bien et…
Il se racle la gorge. Je sens que je ne vais pas aimer ce qu'il s'apprête à dire.
- Je vous ai soigné également. Je vous ai lancé des sorts de dégrisement et je vous ai empêché de tomber dans le coma.
- Quoi ? Vous voulez dire que c'est à cause de vous que je n'ai pas pu oublier ! Qu'il y avait toujours quelque chose pour me retenir et c'était vous ! J'y crois pas, c'est pas possible ! C'est votre faute !
La rage me parcourt les veines et je sens une poussée d'adrénaline parcourir mon corps. Seule la main de Draco m'empêche de me lever.
- Calmez-vous Potter. J'avais raison de vous maintenir dans un état correct non, lance-t-il en pointant du menton nos mains jointes. Apparemment vous avez retrouvé votre entente d'autrefois.
- N'osez même pas…
- Shh Harry, laisse-le finir.
Ce salopard fait un signe de tête en remerciement à mon amant et reprend comme s'il n'y avait pas eu d'interruption. Je ne dis rien mais je bous intérieurement et je pense que cela transparait sur mon visage car son débit s'accélère.
- J'avais raison pour autre chose aussi. Mais je dois faire ça dans l'ordre, compris ? (Il continue sans attendre notre avis.) Il y a plus d'un an, j'ai recueilli Sybille Trelawney, vous vous rappelez d'elle ? Elle ne faisait pas partie de l'Ordre du Phénix et elle a fui Poudlard quand le Lord en a fait une école de Magie Noire et qu'il la voulait à son service pour éviter d'être pris au dépourvu si une nouvelle prophétie se manifestait. Elle était en fuite depuis et elle a retrouvé ma trace trois ans plus tard, ce qui n'était pas bien difficile, vu mon statut. Mais elle a réussi à prendre contact avec moi. Je ne sais pas exactement comment elle savait que j'étais toujours contre le Lord mais… bref, elle a dit qu'elle l'avait vu. (Il renifle de mépris.) Quoiqu'il en soit, elle m'a expliqué sa situation et j'ai décidé de la cacher au Manoir Snape, intouchable depuis la nouvelle loi sur les sangs-purs. C'était le dernier endroit où le Lord la chercherait, ou chercherait n'importe qui d'ailleurs.
Il s'arrête pour reprendre son souffle, comme s'il craignait notre réaction.
- Et le Lord avait raison, en un certain sens. Le vingt-neuf février dernier, Trelawney a fait une nouvelle prophétie. Sur toi. Draco Malfoy.
Draco me broie la main de surprise. Je dois dire que l'étonnement m'aurait fait tomber si je n'étais pas déjà assis.
- Pardon ? Et vous ne m'avez rien dit ! Ça fait… plus de huit mois maintenant !
- J'ai voulu te prévenir dès que je l'ai décryptée et que j'ai compris que c'était de toi qu'il s'agissait mais tu étais impossible à contacter.
- C'est vrai…, reprend Draco plus calmement. Ça correspond à la période où il m'a fait sa… proposition, juste avant que je passe trois mois confiné au Château.
Je dégage ma main et passe mon bras autour de la taille de Draco dans une vaine tentative de réconfort. Nous n'en avons pas vraiment parlé mais je sais que ça le perturbe beaucoup plus que ce qu'il ne me le montre.
- Mais… Draco, tu m'as dit que tu avais juste interdiction d'en sortir ! Comment pouvait-il être impossible à contacter ? ajouté-je à l'intention de Snape.
- Oui, j'ai su ça après. Mais je ne suis jamais allé au Château, excepté pour les réunions et encore. Parce que si Draco était le bras droit du Maître par sa supervision en tout, moi je suis son bras droit sur le terrain avec des missions en permanence.
- Mais alors comment avez-vous su qu'il était ici ?
- Le Lord m'a convoqué vers le début du mois de mai pour m'interdir de mettre les pieds au Square Grimmaurd. Et quand j'ai prétexté que je n'y avais pas mis les pieds depuis que vous y étiez prisonnier - en tout cas sans qu'il le sache - il a insisté beaucoup trop fortement et je me suis dit que quelque chose clochait. Je me suis renseigné et j'ai appris qu'on avait pas revu Draco depuis le jour précis où il disparaissait chaque année avec le Lord… J'ai vite fait le rapprochement bien sûr. Donc me voilà. En plus ça tombe bien parce que…
La faible voix de mon amour coupe nos tergiversations.
- Vous pouvez me dire la prophétie, s'il vous plaît.
Snape lui jette un regard et prend une grande inspiration. Puis il se met à parler d'une voix monocorde. Comme s'il s'était retenu de dire cela depuis des années. Ce qui est presque le cas en fait.
- Très bien. La voici : Celui qui pourra ranimer la paix arrive… Il sera conçu dans les entrailles du traître fidèle quand l'année finira… Issu de celui qu'il devra affronter, il vieillira trop vite à cause des liens du sang… Le Seigneur de Ténèbres le formera comme son égal et celui qui est né lorsqu'est mort le septième mois l'émancipera… L'enfant impossible aura le pouvoir de défaire et de refaire mais ne passera pas le douzième mois… Celui qui pourra ranimer la paix sera conçu quand l'année finira… [1]
Le silence se fait dans la pièce alors que nous prenons la pleine mesure de ces quelques phrases, étrangement similaires à celles qui constituaient ma propre prophétie.
- Au début, j'ai cru que j'étais le traître fidèle, reprend doucement Snape. Mais ça ne correspondait pas car je n'ai jamais été un traître à ce à quoi j'étais fidèle. J'ai toujours cru en Dumbledore, puis en vous Potter. Mais j'ai vite fait le rapprochement avec Draco ensuite. Je n'étais pas au courant pour le Serment mais je savais que vous vous aimiez à l'époque et que Draco t'avait trahi.
- Oui, mais c'était ma mission ! Jamais vous n'auriez pu savoir que j'étais en fait fidèle !
- Oh que si, Draco, je le savais. Je veux dire, tout le monde pouvait le voir à cette période. Vous vous aimiez, et vous vous aimez toujours apparemment. Peut-être que tu ne t'en étais pas rendu compte, ou bien tu te le cachais à toi-même probablement, mais tu l'aimais déjà. Tout le monde savait à quel point vous étiez faits pour être ensemble.
Ça fait bizarre d'entendre Snape parler d'amour, mais rien ne peut plus m'étonner maintenant. Et puis après tout, c'est vrai. Nous sommes faits pour être ensemble. C'est tout. Je serre la main de Draco sur la mienne en entrecroisant nos doigts. Il tourne la tête vers moi et me sourit faiblement.
- Je pense que vous avez compris la prophétie. C'est plus important que vous ne pouvez le penser. 'Conçu dans les entrailles du traître fidèle', ça signifie que la potion que j'ai mise au point pour le Lord l'année dernière va te servir à engendrer un enfant, Draco. 'Issu de celui qu'il devra affronter' signifie qu'il sera aussi l'enfant du Lord. Et 'Celui qui est né lorsqu'est mort le septième mois', c'est évidemment vous, Potter.
Je frissonne à cette expression quasiment mot pour mot la même que celle qui me qualifiait dans l'autre prophétie, alors que Snape soupire profondément et se penche vers mon amant.
- Je suis désolé Draco, mais tout ça signifie que tu vas devoir…
- Je sais, j'ai compris merci ! Pas la peine de me faire un dessin ! s'emporte-t-il.
- Non, j'allais dire qu'il faudra faire le bon choix, reprend l'homme sans faire cas de son éclat de colère parfaitement compréhensible. Choisir entre engendrer cet enfant qui serait capable de rétablir l'ordre sur cette planète, ou ne pas le faire et laisser le monde sombrer un peu plus dans la folie.
- Quel choix ! Et puis, lui, il me l'a déjà demandé.
Je hoche la tête alors que Snape nous fixe d'un air interrogateur.
- Que veux-tu dire ?
- Eh bien…, hésite mon amour. Il m'a déjà demandé… enfin sa dernière mission pour moi était de… il fallait que je fasse…
Je l'arrête d'un geste et j'enchaine à sa place, rapidement.
- Il a ordonné à Draco d'engendrer un enfant avec lui, car la puissance de sa magie et sa longévité combinées avec son sang-pur allait faire de lui quelqu'un d'exceptionnel, qui serait capable de perpétuer son règne.
- Eh bien si le Lord vous a fait cette proposition, ça change tout… Il n'y a plus de choix à faire.
Nous restons silencieux à nouveau et je sens Draco se tendre à côté de moi. Tout d'un coup, une idée me frappe.
- Attendez… Mais ça veut dire qu'il est au courant ! Qu'il connaît cette nouvelle prophétie !
Mon ton horrifié parle pour moi et j'ai un hoquet de terreur.
- Non ! Rassurez-vous, ceci est totalement impossible. Personne d'autre que moi n'y a assisté ! Je pense juste que cette proposition, c'est la coïncidence parfaite qui a été faite pour que la prophétie se réalise. Mais comme vous la connaissez maintenant, vous pouvez choisir. Enfin si on veut.
- Comment ça "si on veut" ?
- Eh bien, une fois qu'une prophétie est enclenchée, elle s'accomplit jusqu'au bout.
- Mais elle n'est pas encore enclenchée ! Il a juste demandé, s'insurge Draco.
- C'est pour ça que j'ai dit que vous pouviez encore choisir dans un certain sens, réplique-il d'une voix sarcastique.
- Tu sais, je crois que c'est trop tard, dis-je en me tournant vers mon blond. Je veux dire, il a fait une proposition. Et la prophétie dit "sera engendré" pas comme celle qui me concernait et qui disait "sera né".
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu me fais marcher, c'est ça ? Tu ne peux pas croire ce que tu dis, c'est pas possible ! Tu ne veux pas que je… fasse ça quand même !
L'air outré de mon compagnon me sort à peine de ma torpeur.
- Mais tu as entendu, c'est enclenché, c'est trop tard…, dis-je d'un ton résigné.
- Arrête dis pas ça ! Je veux pas, je veux pas…
Draco laisse échapper quelques larmes et enfouit sa tête dans mon cou. Alors que nous nous étreignons fermement et que les mains de Draco agrippent mon dos à m'en faire mal, Snape finit par s'en aller sur une dernière phrase qui passe inaperçue.
- Je dois y aller maintenant, sinon mon absence sera remarquée. Mais réfléchissez bien, d'accord ?
oOoOoOo
Les quelques jours qui suivent la visite de Snape se passent dans une ambiance glaciale. Draco reste campé sur ses positions et ne me parle plus. Je me crois revenu cinq mois en arrière quand je n'étais qu'un fantôme dans cette maison déjà chargée de souvenirs. Sauf que maintenant nous sommes deux fantômes à déambuler sans se croiser. Pourtant je veux lui parler ! On ne peut pas rester comme ça alors que Voldemort revient dans trois semaines ! Je ne supporte pas l'idée de rester en froid avec lui jusqu'à son départ… Non jamais. En plus ça fait cinq jours qu'il reste enfermé dans l'une des chambres du deuxième étage, alors qu'il sait très bien que c'est dur pour moi d'y aller. Il redescend uniquement pour manger et il reste muet et sourd à toutes mes tentatives d'apaiser l'atmosphère et cette tension qui règne entre nous.
Je n'en peux plus. Cette atmosphère me pèse atrocement. Notre bulle de bonheur me semble bien loin alors que la semaine dernière encore, elle était là, autour de nous et de notre amour. Je ne veux plus pleurer comme je l'ai fait ces derniers jours, seul, frigorifié dans mon vaste lit vide. Bon, je conçois que lui parler de la prophétie qui le lie à Voldemort n'est peut-être pas le meilleur sujet de conversation possible… mais nous devons en parler ! Il faut que je lui fasse comprendre, qu'il comprenne malgré ses réticences, que cet enfant pourrait être celui qui nous sauverait tous et qu'il doit venir au monde pour que la prophétie s'accomplisse.
En même temps, je suis désespéré à l'idée de Draco se faisant 'engrosser' comme il dit, par Voldemort. Je comprends parfaitement ce qu'il doit ressentir, mais il ne me laisse pas l'approcher pour l'aider. Pourquoi, alors que pour une fois dans notre vie, on se sentait bien, en paix avec nous-même, ensemble… pourquoi est-ce qu'il nous arrive encore ce truc horrible ? Cette sensation de ne pas avoir le choix, que les prochaines années sont fixées à l'avance, de n'être que des pions, que des outils pour amener autre chose… Je l'ai déjà ressenti. C'est quand même à cause de ça que j'ai voulu y remédier il y a cinq ans, pour pouvoir décider de ma vie et de mon avenir, avec Draco. En même temps, vu ce que ça a donné et le résultat qui en a découlé, j'aurais mieux fait de m'abstenir… Même si jusqu'à la semaine dernière je savais que c'était le bon choix. Je le sais toujours, c'est juste un peu plus dur d'y croire, maintenant qu'on ne se parle plus.
Il va falloir que j'y aille, que je monte le voir dans la chambre où il s'est retranché. Que je monte au deuxième étage, malgré les démons intérieurs qui m'agitent encore aujourd'hui. Je grimpe d'un pas décidé jusqu'au premier étage. Ça, ça va. Le plus dur reste à faire. Allons, Harry, tu l'as déjà fait ! Même si la dernière fois, Draco était avec moi… Un peu de courage, justement, tu vas le retrouver ton Draco là. Rassemble les derniers relents de ton âme Gryffondoresque et vas-y !
Je m'avance dans les escaliers, une marche après l'autre, d'abord doucement puis de plus en plus vite à mesure que l'idée de revoir Draco que j'ai à peine croisé ces derniers jours se précise dans mon esprit. Arrivé sur le palier, ma frayeur disparaît quand j'entends sur ma droite de faibles bruits de sanglots. J'ouvre la première porte mais la pièce est vide. J'entrouvre la deuxième et j'aperçois mon amour couché en chien de fusil sur un lit qui a connu des jours meilleurs, le tissu faisant office de dessus de lit replié autour de son corps comme une couverture. C'est de lui qu'émanent les faibles sanglots que j'entends depuis mon arrivée à l'étage. Je m'approche silencieusement en chuchotant pour ne pas l'effrayer ni le surprendre.
- Draco, mon amour ? Draco ?
Il ne me dit rien alors je me couche contre lui, son dos contre mon torse et je passe lentement ma main par-dessus son corps recroquevillé pour attraper la sienne et l'enserrer fermement contre moi. Tout son corps est tremblant de froid et sa main est glacée dans mes doigts. Mon autre main passe et repasse dans ses cheveux soyeux et je lui murmure des mots de réconfort, dans l'espoir vain de le calmer. Après quelques temps de ce traitement, ses pleurs se tarissent et il me semble qu'il s'est endormi. Mais sa faible voix se fait finalement entendre.
- J'en peux plus… je voulais occulter ça de ma tête, je pensais que si j'y pensais plus, ça partirait, ça n'existerait plus… le Lord et son marché, sa mission et… Et puis j'étais bien, il n'y avait que toi et moi, coupés du monde, alors quand j'y repensais, ça me semblait irréel.
Je le laisse parler, verser ce qu'il a sur le cœur et ma main qui tenait la sienne caresse maintenant son ventre, dans de petits mouvements circulaires qui se veulent apaisants.
- Mais maintenant y'a ça qui me tombe dessus ! Ça confirme tout ce que je redoutais et que je voulais oublier. Cette mission, porter l'enfant du Lord… en fait, c'est beaucoup plus important que tout ce que j'aurais pu imaginer… ça m'a cassé complètement. J'y pensais déjà souvent, mais plus l'échéance arrivait, plus j'avais peur et plus ça me faisait mal. Et ça par dessus-tout…
- Mais pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?
Draco pousse un soupir qui fait trembler tout son corps plaqué contre le mien et il me caresse le dos de la main du bout de ses doigts gelés.
- Je savais que si j'en parlais, à voix haute, je ne pourrais pas oublier car ça t'aurait tracassé toi aussi et… et ça repoussait l'échéance tout simplement. Et puis tu avais tes propres démons à affronter, je ne voulais pas t'imposer les miens en plus. Je savais que tu y pensais toi aussi, mais c'était trop dur et on était tellement bien tous les deux tous seuls, que ça aurait tout fait voler en éclat si j'en parlais, si on en discutait vraiment à voix haute…
J'accentue mes caresses et le serre de plus belle contre moi. Je sais à quel point il a raison.
- On a quand même passé cinq mois formidables ensemble tous les deux, non ? reprend Draco en roulant doucement sur le dos pour me regarder.
Mon cœur se serre à cette pensée mais je me force à sourire. Son air triste à l'idée que tout est déjà fini fait écho au mien et je pose mon front sur le sien. Je comprends ce qu'il ne me dit pas et ferme douloureusement les yeux avant de lui demander :
- Alors tu vas accepter ? Sa mission ?
- Je sais qu'il y a plus que moi en jeu dans l'histoire et je comprends maintenant ce que tu as ressenti toutes ces années. (Je rouvre les yeux.) J'avais jamais vraiment percuté, même quand tu m'en parlais à l'époque. Mais aujourd'hui, et depuis ces quelques jours où je pense et réfléchis à propos de cette prophétie… je saisis, je comprends vraiment ce sentiment…
- Que tu ne peux rien y faire quoi que tu veuilles. Et c'est insupportable… j'ajoute dans un murmure.
- C'est ça. Et je sais aussi que si je refuse, il me forcera sûrement, ou il m'enfermera et… je ne te verrai plus jamais. Et même en acceptant, je ne suis pas sûr que… nous deux… (Une larme s'échappe de chacune de ses paupières.) Ça me tue, si tu savais…
- Je sais. Ça me tue aussi.
Il avance la tête et m'embrasse doucement dans le cou.
- De toute façon je n'ai pas le choix, fait sa voix étouffée par ma peau.
Je ne réponds rien et lui relève la tête pour l'embrasser langoureusement, avant que nous ne nous endormions, abattus mais heureux d'être de nouveau ensemble pour les dernières semaines de sa présence au Square Grimmaurd.
oOoOoOo
Nous sommes le premier décembre. Voldemort revient demain. Ces dernières semaines se sont passées dans une atmosphère morose au Square Grimmaurd depuis que nous nous sommes, et surtout Draco, résignés à ce que la prophétie s'accomplisse.
Je ne veux pas qu'il parte et lui ne veut pas partir. Mais il le faut. Ce n'est pas parce que Voldemort ne peut pas nous tuer qu'il ne peut pas nous faire souffrir, voire forcer Draco à faire cet enfant. Et je n'accepterais jamais ça. Jamais ! Vaut mieux qu'il soit consentant dans un certain sens, ça se passera mieux pour lui. C'est ce que nous nous répétons dans nos têtes à longueur de journée, je le vois dans ses yeux. Mais ça n'en est pas moins dur pour autant. Que ne donnerais-je pour lui éviter cette souffrance ! Je préférerai encore prendre sa place, tiens ! Mais ça ne marche pas comme ça, je le sais.
La voix de mon compagnon me sort de mes pensées et je remarque qu'il est assis devant moi accroupi sur ses genoux, alors que je suis moi-même sur le canapé.
- Harry, je t'aime, tu le sais ?
- Oui. Je t'aime aussi.
- Est-ce que tu voudrais m'accorder une faveur ?
- Bien sûr ! Tout ce que tu veux Draco.
- Ferme les yeux, s'il te plaît.
Je sens Draco prendre ma main droite dans les siennes et déposer en son creux un petit objet.
- Accepte cette bague en gage de mon amour pour toi.
J'ouvre les yeux en même temps que ma main et remarque une chevalière qui y est posée. Les larmes me montent aux yeux quand je réalise toute l'importance et la symbolique de son geste. Je contemple la bague d'un or blanc très pur, où la lettre M en or fin ciselé se détache autour d'une petite émeraude.
- Oh Draco, mon amour, je…
Ma voix se bloque sous l'afflux de tendresse et d'amour qui me submerge pour l'homme en face de moi.
- Je voulais juste te la donner pour que tu ne m'oublies pas.
- Comment pourrais-je t'oublier ? Tu es fou. Mais c'est la chevalière des Malfoy et… je sais que tu y tiens énormément…
- Et je tiens encore plus à toi, Harry, c'est pour ça qu'elle a plus sa place sur toi. Et…
Il rougit et je sens combien ça lui coûte de dire ça.
- C'est cul-cul je sais, mais ça fera comme un lien…
- … entre nous, finissons-nous en cœur.
Nous nous regardons droit dans les yeux pendant un moment, ressentant avec une intensité folle l'amour émanant de celui qui nous fait face. Pris d'une idée fulgurante, je me lève brusquement, manquant de faire tomber Draco à la renverse. Je le retiens d'une main et énonce ce qui vient de me passer par la tête.
- Draco, mon amour, je sais. Rendons ça… officiel, en un sens.
Il me regarde d'un air interloqué et je comprends que mon visage extatique ne doit pas le rassurer. Je lui rends sa chevalière.
- Je reviens !
Je me précipite vers l'escalier. Malgré mon appréhension toujours aussi vivace, mon enthousiasme me permet de passer outre le chagrin et je gravis les marches deux par deux sans même y penser. Je passe devant notre chambre puis grimpe au deuxième étage pour pousser doucement la porte menant à la chambre de Sirius. Je me souviens très bien d'y avoir vu… Oui elle est là ! Une chevalière Black qui devait appartenir à mon parrain avant qu'il ne la relègue sur son bureau lorsqu'il est parti d'ici étant jeune. Contrairement à celle de Draco, celle-ci est en onyx et la lettre B gravée avec dextérité au sein de la pierre est en argent. Comme elle était à mon parrain, et qu'il m'a tout légué, elle est à moi de fait. En plus comme la mère de Draco est une Black, ça ne choquera personne de le voir la porter.
Satisfait de ma trouvaille, je redescends en trombe dans le salon. Mes cheveux encore plus en pagaille que d'habitude, malgré la coupe que m'a faite Draco il y a presqu'un mois maintenant. Je le retrouve assis par terre sur le tapis du salon, des questions plein les yeux. Je m'accroupis devant lui et lui prend les mains avec ferveur et excitation.
- J'ai une idée. Tu vas peut-être trouver ça complètement fou mais j'aimerais bien qu'on…
- Oui ?
- Tu vois… qu'on fasse comme une cérémonie de vœux éternels ou un truc comme ça.
Mon blond me regarde fixement sans rien dire. Puis un sourire apparaît au coin de ses lèvres.
- Tu veux qu'on se marie ?
Son ton incrédule et amusé me fait rougir.
- En quelque sorte. Symboliquement bien sûr. Pour dire que je suis à toi et que tu es à moi et que nous nous aimerons quoi qu'il arrive. (Un frisson me parcourt le dos.) Tu comprends ? Mais si tu veux pas, je… je peux juste te la donner, ajouté-je en lui tendant ma main qui tient la chevalière.
- Non, ça me paraît une bonne idée, sourit Draco. Mais je vois pas comment faire.
- Fais-moi confiance. Laisse-toi juste porter.
Je tire légèrement sur ses mains et il s'agenouille devant moi. Je le rejoins quelques secondes plus tard et on se retrouve à genoux l'un en face de l'autre, le feu nous réchauffant à travers nos vêtements. Je lui attrape les mains et nous nous regardons un long moment dans les yeux. Puis je commence.
- Draco Malfoy, cette série de promesse, tu devras la respecter pour être mon compagnon à jamais.
Il rigole doucement mais enchaîne avec autant de sérieux et de concentration que je dois en avoir.
- Harry Potter, cette série de promesse, tu devras la respecter pour être mon compagnon à jamais.
Nous nous sourions face à l'étrangeté de la situation. Je prends la parole en premier et Draco me suit, hésitant d'abord puis avec plus d'assurance.
- Promets-moi que tu résisteras à ton arrivée là-bas.
- Promets-moi que tu continueras à t'alimenter.
- Promets-moi que tu engendreras cet enfant en pensant à moi.
- Promets-moi que tu ne te morfondras pas.
- Promets-moi que tu survivras malgré tout.
- Promets-moi que tu t'entraîneras pour être prêt.
Nos paroles résonnent dans le salon vide alors que le feu de la cheminée continuer de chatoyer et de répandre sa lumière autour de nous, déformant nos ombres. Mais je n'y prends pas garde et je continue notre litanie improvisée.
- Promets-moi que tu me reviendras.
- Promets-moi que l'on se reverra.
- Promets-moi que tu penseras à moi.
- Promets-moi que tu rêveras de moi.
- Promets-moi que tu m'aimeras pour toujours.
- Promets-moi que tu m'aimeras à jamais.
Je lui passe la bague des Black sur son annulaire gauche et il fait de même avec la chevalière des Malfoy sur mon propre doigt. Puis j'enroule mes bras autour de son corps alors qu'il me serre fermement contre lui. Nos cœurs battent à l'unisson et les larmes me montent aux yeux sous l'intensité des émotions qui me serrent la gorge. Mon homme. Mon compagnon. À moi pour la vie. Puis la réalité me rattrape et je ne peux m'empêcher de sangloter à l'idée que nous allons être séparés pour… je ne sais même pas combien de temps. Mon cœur se serre et mes épaules tressautent. Je sens les mains de Draco caresser doucement mon dos à travers le pull noir que je porte aujourd'hui et au bout de quelques minutes, je me calme et me redresse.
Les yeux dans les yeux, nos deux visages se rapprochent et nous nous embrassons de longues minutes, d'abord lentement puis plus passionnément. Sans un bruit, Draco m'allonge doucement sur le tapis qui recouvre le sol devant la cheminée et me fait l'amour pendant longtemps et avec tant de douceur que je défaillis entre ses bras.
Le reste de la nuit nous trouve couchés à même le sol, dans les bras l'un de l'autre sans dormir, nous repaissant mutuellement de l'autre.
oOoOoOo
L'aube se lève. Nous aussi. Mes mains tremblent et Draco les emprisonne entre les siennes.
- Ne t'en fais pas, tout ira bien. J'ai pris ma décision.
- Oui je sais, mais je peux pas m'empêcher de penser à quand je serais tout seul ici et…
Ma voix tremble et Draco me fait taire d'un baiser sur les lèvres.
- À chaque fois que Snape passera, tu lui demanderas de mes nouvelles. Et je ferai pareil de mon côté. Et si jamais tu te sens seul, regarde cette bague, et dis-toi que je pense à toi. Je penserai à toi en permanence.
Je hoche doucement la tête sans un mot et une larme roule le long de ma joue, suivie par une deuxième. Draco relève ma tête et prend mon visage en coupe entre ses mains.
- Un jour, on sera réuni de nouveau, je te le promets.
- Oui, j'en suis sûr.
- Je t'aime, me murmure une dernière fois mon blond.
- Je t'aime, murmuré-je à mon tour.
On s'embrasse tendrement une dernière fois, puis je prends place sur le canapé, comme si je n'y avais pas bougé depuis six mois. Seuls mes cheveux courts cachés sous la capuche de mon pull marquent la différence. Draco se met debout devant la cheminée, face à moi. Pendant de longues minutes, nous restons silencieux et seul le tic-tac de la grande horloge brise le silence par à-coup. Nous nous regardons fixement dans les yeux et j'essaie de lui faire passer tout l'amour que j'ai pour lui. Mais ses yeux sont tristes et je sais que moi aussi, j'ai du mal à ne pas m'effondrer.
Finalement, ça y est, il est là.
- As-tu réfléchi Draco ?
- Oui Maître. J'accepte, dit Draco en baissant la tête en signe de soumission.
Voldemort a un sourire satisfait qui me donne envie de l'étrangler. Mais je n'en fais rien et lève juste une dernière fois les yeux vers mon amour. Nous échangeons un ultime regard avant que tous deux ne transplanent sans rien dire de plus, me laissant seul au Square Grimmaurd. Avachi sur le canapé défoncé, j'ai l'amère impression que ces six derniers mois n'ont jamais eu lieu. Seule la pression qu'exerce la chevalière que Draco m'a donnée sur mon annulaire gauche me rappelle leur réalité.
à suivre
[1] Librement inspirée de la première prophétie écrite par JKR [pour rappel : "Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... Il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... Et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... Et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois…"]
Ne me tuez pas, please ! La suite arrivera, euh… je sais pas quand ^^
Pour ceux qui n'ont pas encore compris, Snape est la version anglaise de Rogue que je préfère utiliser.
Merci d'avoir lu :)
A bientôt !
Kelewan
PS : je me suis amusée à "photoshoper" des chevalières existantes pour créer celles dont j'ai parlé dans ce chapitre, donc je peux vous envoyer les images par mail :P [EDIT: avec la nouvelle version de ffnet, j'ai mis comme illustration de cette fic les images des chevalières en question :)]
