9
.
Les jours suivants aucun de deux ne reparla de ce qui s'était passé chez Tony. Ils observèrent un statu quo dans leur relation. Tony ne savait pas comment faire face aux sentiments de Tim qui lui s'en voulait de s'être ainsi trahi. Leur travail n'en pâtit pas, ils étaient tous les deux d'excellents professionnels et adoraient leur job. Les premiers jours ils étaient un peu gauches l'un envers l'autre sous le regard étonné de Ziva mais ils finirent par se détendre.
Etrangement ce fut Tony qui craqua le premier. Tim lui manquait. Leurs rapports lui manquait.
Il le coinça dans un sas entre le bureau d'Abby et la morgue.
-Dis, Tim, si on se voyait ce soir ? Hasarda t-il, ce serait sympa. On pourrait aller au chinois de la dernière fois et puis après...
Il lui fit un clin d'œil salace absolument explicite sur ses intentions quand à occuper le reste de la soirée.
-Tu veux retourner au chinois ? La dernière fois tu as fait un scandale parce qu'ils ne voulaient pas te donner de couverts.
-J'arrive pas à manger avec ces fichues baguettes, grogna Tony. Qui y arrive d'ailleurs?
-Beaucoup de monde, Tony.
-Peu importe, on peut commander une pizza, même si elle est pas aux pepperonis et manger chez moi. J'ai acheté un vieux film" Sa majesté des mouches" de Peter Brook, il est fantastique. On pourrait passer une super soirée.
-Je connais très bien le livre, rétorqua Tim. Ecoute, je suis désolé mais laisse-moi un peu de temps, continua le jeune homme à regret. J'ai...j'ai besoin de réfléchir. Sur moi, sur nous deux.
Tony grimaça.
-"Ce que nous avons ici c'est un manque de communication", cita t-il
Tim leva un sourcil interrogateur.
-Luke la main froide. Stuart Rosenberg, 1967. Ah, Paul Newman! C'était un sacré acteur, continua t-il d'un ton rêveur. Ecoute, Tim, t'es vraiment sérieux ? Tu...tu me manques. j'ai envie de te voir.
Tim hésita. Il en mourrait d'envie mais il avait encore besoin d'un peu de temps.
-Plus tard, Tony, pas ce soir.
L'autre homme se renfrogna.
-Tu sais Tim que tu es une des rares personnes à avoir repoussé Anthony Dinozzo ? C'est à marquer dans les annales. Allez, t'es pas sérieux là...
-Hé vous deux qu'est-ce que vous faites là-dedans ? S'écria Abby qui les observait à travers la porte vitrée.
Les deux hommes sursautèrent. Elle se tenait là, un grand soda à la main et un petit sourire aux lèvres.
-Tu les as trouvé ? S'écria une voix féminine derrière elle.
-Oui, ils étaient dans le sas, Ziva.
-Vous faisiez quoi là-dedans ? S'enquit la jeune femme curieuse.
-On disait des choses sur toi, Ziva répliqua Tony d'un air malicieux.
-Comme quoi ?
-Tim voulait savoir pourquoi à ton âge tu as des rides autour des yeux. Il se demandait si c'était le soleil de ton pays. Tu sais...à force de plisser les yeux...
-Ah ouais ? Demanda Ziva en fronçant les sourcils.
-Oui, je lui ai répondu que je n'avais rien remarqué. Allez, je vous laisse, y'a Gibbs qui m'attend. Ciao la compagnie ! S'exclama t-il en prenant congé.
-Alors, McGee, tu me trouve dans le crépis ? Demanda t-elle d'un ton dangereux en croisant les bras.
-Décrépie, Ziva. Non, euh...c'est pas ce que je voulais dire. Tu es très bien, je te l'assure. Tu n'as pas de rides du tout.
-Alors pourquoi tu as demandé ça à Tony ?
Tim ferma les yeux en soupirant. Un gros mal de tête commençait à le gagner.
-T'étais plus drôle quand tu étais gros, lâcha Anthony DiNozzo à son collègue tandis qu'ils escaladaient la colline en suivant les traces de sang laissées par l'homme blessé qui était venu mourir un peu plus bas sur la route.
La douleur traversa la poitrine de Timothy McGee qui fit volte face, estomaqué. Comment Tony pouvait-il se montrer si cruel ? C'était une réflexion...dégueulasse, il n'y avait pas d'autres mots. Le genre de phrase que pouvait lâcher un gosse à un autre dans une cour de récréation mais là il s'agissait d'un adulte. Tony lui n'avait jamais été gros, n'avait jamais dû faire un régime draconien pour perdre ses kilos superflus, n'avait jamais souffert de son physique. Il en était plutôt imbu, au contraire. Il lança un regard furieux à l'autre homme qui lui adressa un sourire angélique.
-Allez le bleu, sois pas susceptible, je disais ça pour plaisanter.
-C'est pas drôle, Tony.
-Allons, arrête de bouder.
Tony jeta un regard plus bas vers la route pour s'assurer que personne ne les observait et serra dans sa main une fesse rebondie de son ami. Il sourit. Heureusement que Tim n'avait pas maigri de là, c'aurait été vraiment du gâchis.
-Ça va pas Tony, qu'est-ce qui t'arrive ? On pourrait nous voir !
-T'en as envie ? Demanda l'autre homme avec un petit sourire carnassier. Parce que dans ce cas SuperDiNozzo est là pour te servir.
-On est sur une enquête Tony, répliqua Tim en rougissant. C'est pas le moment. Il pinça les lèvres et reporta son regard sur la végétation à ses pieds qui laissait apparaitre ça et là des traces écarlates. Tiens, on dirait que ça mène au motel, là-bas.
Tony plissa les yeux et observa l'endroit que Tim indiquait. La bâtisse se tenait au bord d'une route et il y avait déjà une petite foule devant. Les deux hommes accélérèrent le pas.
-DiNozzo ! S'exclama un homme en s'avançant vers eux. J'attendais votre visite à vous autres du NCIS. Il l'attrapa par le cou et l'attira à lui pour une étreinte. Qu'est-ce que tu deviens?
-Toujours le même, McCadden. Eh, le bleu, tu te souviens de mon pote Philip McCadden ? Alors, je vois que tu as le lieu du crime, nous on a le cadavre.
-Que sais-tu de cette affaire ?
-Donnant donnant, Clarisse.
-"Le silence des agneaux" ! S'exclama Philip McCadden avec un plaisir évident. Tu n'as pas changé DiNozzo, toujours le même, tu as raison. Tu vas voir l'intérieur de la maison, y'a du sang partout.
Tim les observa, maussade. Il était évident qu'une grande complicité unissait les deux hommes. Ils avaient l'air de se connaitre depuis longtemps. Est-ce qu'ils avaient été...Il fit la moue à cette pensée.
-Allez, suis-nous, McGrognon, lui lança Tony à qui sa mauvaise humeur n'avait pas échappé.
Il entrèrent dans la maison et enfilèrent des gants. les murs étaient couverts de sang. L'homme avait fait une véritable hémorragie. Tim se remémora les nombreuses traces de coups de couteaux sur le dos du mort. Merde, il était sorti de la maison, avait gravi la colline pour venir mourir comme un chien sur la route. C'était moche.
La semaine suivante il sembla à Tim que McCadden était omniprésent. Il ne quittait pas Tony d'une semelle et les deux hommes s'entendaient comme larrons en foire. Tim manifesta sa mauvaise humeur en de nombreuses occasions. Dans les discours de Tony il n'était question que de McCadden. Philip a fait ça, Philip a dit ça, Philip et moi nous sommes allés dans ce restaurant... Et ils égrenaient inlassablement leurs souvenirs communs au grand dam de Tim.
Cet après-midi là il était assis à son bureau, tapotant furieusement sur son ordinateur, cherchant des informations sur le lieutenant Jake Moss, la victime. Pour une fois McCadden n'était pas là et il n'allait pas s'en plaindre. À sa grande surprise Tony profita d'une absence momentanée de Ziva et s'approcha de lui.
-Hé, Tim, ça te dirait qu'on se voit ce soir ? Ça fait un moment.
-Tiens, ton pote n'est pas là ? Grinça McGee.
-T'es jaloux ?
Tim rougit jusqu'à la racine des cheveux. Putain oui, qu'il était jaloux de ce crétin bellâtre de McCadden qui avait tant en commun avec Tony alors que lui...
-Pas du tout, se défendit-il.
-Menteur.
Tim prit son café et souffla bruyamment dedans à petits coups répétés.
-Arrête, tu sais que je déteste ça !
Tim sourit avec plaisir et continua de plus belle. Tony le fixa les yeux exorbités en serrant ostensiblement les poings.
-Tu me fais pas peur DiNozzo, déclara Tim avec un petit sourire satisfait. Il souffla encore plusieurs fois pour faire bonne mesure. Comment ça se fait que tu ne passes pas la soirée avec ton ami à échanger des répliques de films tout en descendant des bières...plus le reste, ajouta t-il avec perfidie.
-Ça suffit le bleu.
-Je ne suis pas un bleu, répliqua Tim, ça fait assez longtemps que je travaille là pour ne plus mériter ce surnom. Ici normalement le bleu c'est Ziva.
-T'es un bleu question sexe, Tim, déclara Tony à voix basse en haussant un sourcil d'un air suggestif, je t'ai tout appris...
-Tu m'as appris à baiser mais pas à aimer, ça je savais déjà. C'est toi le bleu de ce côté -là.
-T'es un salaud, tu n'as pas le droit de me dire ça, Tim, répliqua Tony blessé.
-Ça fait mal, hein? Moi j'ai ressenti la même chose quand tu m'as fait cette réflexion dégueulasse sur la colline.
-Ecoute, Tim, à quoi ça rime de se disputer comme ça ? Ça me fait de la peine...
-Ah oui ? Et bien va pleurer sur l'épaule de ton McMachin.
-Ecoute, Mcjaloux, il n'a a rien entre lui et moi. Quand tu seras calmé tu me feras signe.
Il retourna à son bureau en essayant d'ignorer les petits bruits que faisait Tony en soufflant dans son café. Heureusement Ziva entra dans la pièce.
-Il est pas là ton ami ? S'enquit-elle.
Tony lui adressa un large sourire.
-Tiens, le bleu me posait justement la question. Il est à New York. Il revient demain. On a besoin de lui pour l'enquête.
-Pfff! Laissa échapper Tim derrière son bureau. Remarque c'est bien comme ça Tony va pouvoir vraiment se mettre au travail.
-T'es jaloux de lui, Tim ? Demanda Ziva avec un large sourire.
-Ouais, il est jaloux, jubila Tony. Philip est un excellent inspecteur. Gibbs devrait le prendre dans l'équipe.
Tim faillit s'étouffer avec son café à la grande satisfaction de Tony qui a ce moment là reçu une claque derrière la tête.
-C'est moi qui décide qui je prends dans mon équipe. Bouge-toi, DiNozzo, j'ai besoin de toi.
Gibbs traversa la pièce, Tony sur ses talons.
Tim tenta de se remettre au travail mais il sentit le regard de Ziva fixé sur lui. Il feignit de l'ignorer mais cela devenait agaçant. Il finit par lever la tête de son écran en soupirant.
-Qu'y a t-il Ziva ?
-Il s'est passé quelque chose entre Toi et Tony ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
-Quelque chose a changé entre vous deux, j'en suis sûre.
-C'est ce McCadden, il est toujours dans les pattes de Tony, c'est énervant.
-T'es jalouuuux ! Chantonna Ziva avec gaité.
-N'importe quoi ! S'exclama Tim en haussant les épaules. Jaloux de quoi, d'ailleurs ?
-Je sais pas, tu le sais mieux que moi, rétorqua Ziva reprenant son sérieux. Si tu veux en discuter...
-Merci Ziva mais tu te trompes, il n'y a rien à dire, répondit Tim en replongeant le nez dans son écran.
Impossible de se concentrer sur ce fichu ordi. Merde, c'était vrai, il était jaloux. Et puis il y avait aussi le fait qu'il ne savait plus ou il en était. Cela faisait deux fois qu'il repoussait la proposition de Tony de se voir. Pourtant il en pinçait pour lui ce que l'autre homme avait bien compris. Oui, il fallait qu'il parle avec quelqu'un. Pas Ziva, même s'il l'appréciait énormément. Non, il y avait une autre personne sur qui il pouvait compter, une oreille attentive qui ne répéterait jamais ce qu'il lui dirait. Une amie, une véritable amie.
Il ouvrit sa boite mail et envoya un message à Abby, lui fixant rendez-vous en fin d'après-midi à Lafayette Park, près de la statue du Président Andrew Jackson.
À suivre
