Bonjour à toutes ! Merci de continuer à suivre cette histoire et de ne pas l'avoir oubliée !
Pour la peine, deux temples pour le prix d'un dans ce chapitre !
Enjoy !
En théorie, le prochain temple qui se dessinait à l'horizon était synonyme de passage tranquille, ne constituant aucune difficulté particulière. En effet, cela faisait une bonne décennie qu'il était inoccupé. Et qui disait inoccupé, disait personne pour essayer de l'empêcher de passer. Cependant, Milo savait que la situation était loin d'être aussi simple. Il avait imaginé un instant pouvoir se reposer dans son propre temple, mais même là, Camus avait posté une de ses sentinelles. Alors qui savait qui pouvait l'attendre là, en dehors du Verseau bien-sûr ? Mieux valait rester méfiant et raser les murs !
Le Temple du Sagittaire semblait désert, de prime abord. Mais Milo ne relâcha pas sa vigilance pour autant. Puisqu'il avait croisé Shun dans le temple précédent, Ikki l'attendait peut-être caché derrière une colonne pour venger sa petite soeur ! Avançant prudemment, les sens en alerte, le scorpion arriva finalement au centre de la pièce principale, bien éclairée. L'armure d'or du Centaure y trônait fièrement, étincelante. Il était loin le temps où Milo l'avait vue portée pour la dernière fois, par son porteur originel. Il avait immédiatement été subjugué par l'allure sainte et invincible qu'elle conférait au frère d'Aiolia. Il avait l'air d'un ange tombé sur Terre quand il déployait ses grandes ailes solaires.
Puisqu'il ne sentait aucun cosmos dans ce paisible havre temporaire, Milo décida de marquer une courte pause dans son périple pour se recueillir devant la Cloth. Il avait bien mérité un repos salutaire de quelques minutes. Sa santé mentale et sa motivation en dépendaient. Et puis... cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas rendu hommage à Aioros, comme il le méritait. Le vaillant Grec avait inspiré toute une génération de chevaliers grâce à ses exploits et à son sacrifice d'une grande pureté.
« Salut mon pote. »
Bon ok, ils n'avaient jamais vraiment été potes, Aioros étant morts alors que Milo n'était encore qu'un bébinou. Mais l'amant de Camus était persuadé qu'ils se seraient bien entendus s'ils avaient pu se côtoyer à l'âge adulte. L'Aioros qu'il avait connu était un héros certes, mais il était surtout renommé parmi les apprentis pour la cruauté de ses punitions. Ses légendaires astiquages de marches du Sanctuaire à la brosse à dents. Ses légendaires tours d'Arène par 40° C sous un soleil de plomb. Sans oublier ses tout aussi légendaires récurages de thermes ! Bien souvent, Milo en avait fait les frais. C'était ainsi. Petit, jamais il ne tenait en place, toujours plein d'énergie et prêt à se faire remarquer. Et le fait qu'il embarquait souvent Aiolia dans ses galères n'était bien entendu pas du goût du grand frère protecteur.
« Désolé de ne pas être passé te dire bonjour plus tôt... »
Il n'avait aucune excuse. Aioros était son voisin, alors aller lui rendre visite était extrêmement simple. Mais le scorpion n'en n'avait ni le temps, ni l'envie. Il se sentait mal à l'aise et il n'avait rien à lui dire. Rien qui pourrait montrer sa gratitude infinie envers le martyr. Parce que même s'il l'avait beaucoup châtié, le Sagittaire était toujours juste. Les punitions qu'il infligeait était toujours méritées et il avait laissé sa vie pour défendre leur déesse. Milo lui devait tant...
« Mais je ne suis pas trop doué pour discuter avec les morts. Shaka et DM font ça bien mieux que moi. »
Il se sentit rapidement gêné. Il devrait être plus solennel et il fixa le sol, comme un enfant qu'on venait de prendre en train de piquer des bonbons. Il décida de ne pas trop s'attarder...
« Quoiqu'il en soit... j'espère que de là où tu es, tu ne te marres pas trop en voyant à quel point je galère. C'est mérité, je sais, mais nous ne sommes pas tous des modèles de vertu comme toi. »
Il s'agenouilla quelques instants et ferma les yeux pour marquer son respect et prier que l'âme du Sagittaire trouve le repos auquel elle avait plus que droit. Sauf que lorsqu'il se releva, quelle ne fut pas sa désagréable surprise de voir que la flèche dorée de l'armure le visait dangereusement. Elle le pointait de façon accusatrice. Son sang se glaça et il ne ne figea sur place.
« Aioros ? C'est une blague ? »
L'armure voulait le tuer ! A se demander ce que Camus avait pu lui promettre à celle-la ! Manquait plus que ça...
Le scorpion fronça des sourcils et fit quelques pas en crabe sur le côté, comme si cela pouvait tromper la vigilance de la gardienne du temple. Sans succès, évidemment. Elle se tourna en même temps que lui, continuant à garder sa flèche dans la direction de Milo.
« Raaah mais merde, qu'est-ce que tu veux ? Ne me dis pas que toi aussi tu veux essayer de me... »
Il rougit furieusement à cette simple pensée saugrenue. Bon sanf ! L'armure du Sagittaire avait des vues sur lui !
« Range ta flèche et cesse de bander... ton arc ! On peut discuter ! » S'affola t-il en haletant.
Si l'armure s'y mettait, il ne pourrait pas y échapper ! Il sentait la panique le gagner irrémédiablement. Et l'apogée en fut atteinte quand la flèche désigna son entrejambe.
Mourir castré était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait ! Mais Camus avait du décréter que ce serait la seule façon pour lui de gagner de manière sûre. Le scorpion ferma les yeux, incapable de décider de son propre sort.
La dernière punition d'Aioros serait la pire...
Mais rien ne se passa. Doucement, Milo se risqua à regarder à nouveau la mort en face. L'armure avait changé de cible et elle tira derrière lui. Une brèche lézarda le mur touché de plein fouet et il commença à s'effriter, dévoilant des inscriptions en grec. Abasourdi, Milo s'en approcha, sans perdre des yeux la Cloth agressive. Celle-ci avait cessé de briller de manière menaçante et se tenait à présent parfaitement immobile.
Sur le mur, on pouvait lire :
« Méfie-toi de Shura. Il mijote quelque chose. »
Alors là. Il était sur le cul. Et c'était bien peu de le dire ! Jamais il ne se serait attendu à une chose pareille ! Que le Sagittaire soit de son côté était assez choquant en soi, mais qu'il l'aide en lui révélant une si précieuse information, étonnait grandement le scorpion libidineux. Comme quoi, il avait encore quelques alliés dans ce foutu club échangiste ! Apparemment, tous n'en voulait pas qu'à ses fesses ou à celles de Camus et c'était franchement rassurant ! Evidemment, cela ne lui indiquait pas quelle traitrise allait mettre en place Shura, mais au moins maintenant, il était sûr que le caprin allait tenter quelque chose. Honnêtement, il n'aurait pas catalogué le discret espagnol du genre à se mêler de ces histoires indécentes. En effet, Shura était plutôt connu pour sa misanthropie et son côté solitaire. Quel intérêt avait-il à aider Camus ? Mais les deux hommes étaient voisins et avaient toujours entretenu de cordiaux rapports. Il y avait donc fort à parier que le français avait su trouver un bon compromis avec son voisin européen. Et connaissant Shura... ça allait faire très mal...
Après avoir passé quelques minutes à se remettre de ses émotions, Milo avait repris sa route vers la rédemption. Il abordait le temple du Capricorne avait une belle boule à l'estomac. Grâce ou à cause d'Aioros. Il n'était pas tranquille de ne pas savoir ce que lui préparait Shura. En parlant de ce dernier, une délicieuse odeur de paëlla se dégageait de son antre. La saveur des épices délicatement relevées chatouillaient les narines de Milo avait un franc succès.
Le scorpion comprit alors, mais bien trop tard...
Que le Capricorne avait dégainé son arme la plus fatale, contre laquelle même l'affutée Excalibur ne pouvait rien ! La paëlla de Shura, c'était sacré ! Seuls de rares élus avaient pu se vanter d'y avoir goûté et aucun ne s'était encore remis de cette expérience culinaire divine. Rien que de l'évoquer mettait l'eau à la bouche de l'invertébré. Impossible de résister à ce doux fumet, même s'il puait le piège à des années lumières à la ronde. Sans pouvoir s'en empêcher, Milo se dirigea jusqu'à la cuisine du Capricorne. Shura s'y trouvait, ne s'étant même pas donné la peine de se déplacer pour aller accueillir son hôte. Il était en effet sûr des charmes de sa cuisine et il avait eu raison, puisqu'elle avait mené le scorpion droit jusqu'à lui, lui économisant discours et tentatives de chantages improbables. Maintenant qu'il avait mordu à l'hameçon, il ne restait plus qu'à appliquer le plan tout simplement.
« Bonjour Milo, tu restes manger un morceau ? »
Impossible de dire non ! Son palet en rêvait depuis de longues années. Il n'aurait jamais cru avoir cette chance de goûter la cuisine de Shura un jour, alors hors de question de refuser ! Quitte à perdre, il le ferait le ventre plein ! Oui, c'était décidé. Il allait rester malgré le risque évident que cela comportait.
Il s'installa donc à table et Shura s'approcha de lui, délaissant sa paëlla qui exhalait des odeurs de « reviens-y ». Le caprin passa une serviette autour du cou de son compagnon d'armes pour éviter que celui-ci ne se bave dessus. Ensuite, il retourna à ses fourneaux, toujours emmitouflé dans son saillant petit tablier rose. Shura transpirait le sérieux. A première vue, ce n'était absolument pas le genre de chevalier qui attirait Milo. Trop associal et grave. En bref, pas le type de mec avec qui on s'éclate au pieu ou ailleurs d'ailleurs ! Mais bizarrement le grec devait avouer qu'il le découvrait sous un nouveau jour particulièrement flatteur. Il ne le trouvait absolument pas ridicule malgré son accoutrement improbable. Et puis, ne dit-on pas que la meilleure façon de toucher le coeur d'un homme est de passer par son estomac ? Shura semblait l'avoir compris. Il compensait son manque de spontanéité et de joie de vivre par des talents culinaires légendaires. Couteau et fourchette tendus, Milo attendait, langue sortie et yeux brillants. Il allait se régaler !
Enfin, le capricorne lui amena une assiette du plat tant convoité, encore fumant. Rien que le parfum, le doux fumet qui s'en dégageait embaumait la pièce et était chargé de promesses, transportant le scorpion vers l'Olympe. Se sentant pousser des ailes dans le dos, Milo en devint presque solemnel. Cette paëlla était une oeuvre d'art. Il hésitait même à plonger ses couverts dedans de peur de la dénaturer. C'était une véritable toile de couleurs vives et appétissantes. Mais son estomac gargouillait tant qu'il ne résista pas et se décida à goûter. Même la texture était souple à souhait, laissant sans mal la fourchette la pénétrer. En réalité, jamais il n'aurait penser que la cuisine était si sexuellement connotée et pourtant, il devait l'avouer, elle lui filait des frissons et lui faisait imaginer toute autre chose.
« Bon appétit ».
Shura goûta alors le contenu de son assiette. Milo l'imita rapidement et manqua d'avoir un orgasme dès que ses papilles touchèrent le riz jaune. C'était un véritable délice ! Du genre qu'on ne mange qu'une seule fois dans sa vie; C'était presque aussi fameux que le sexe avec Camus. Ce qui en langage scorpion équivalait à une mention « très bien ».
« Hmmm... Shura c'est... bueno... »
Lui, le chevalier le plus mauvais en langues du Sanctuaire se retrouvait à parlotter en espagnol. Qui l'eût cru ? Certainement pas lui. Shura répondit par un sourire timide.
« Il faut faire honneur à l'assiette alors. Tu dois TOUT finir. »
Ce qui aurait pu paraître difficile vue la plâtrée servie par l'espagnol, mais ce défi ne faisait pas peur à Milo. Crever d'indigestion lui semblait tout à coup être une mort magnifique !
Alors qu'il savourait son plat de manière presque érotique, les paroles sages d'Aioros résonnèrent dans sa tête.
« Méfie-toi de Shura. Il mijote quelque chose. »
Et le choix des termes du Sagittaire lui sembla tout à coup moins anodin. « Mijoter ». Comme préparer, cuisiner un plat ! C'était FORCEMENT lié ! Milo en lâcha sa fourchette. Qui savait ce que Shura avait bien pu mettre dans son plat ?
« Hay un problema, Milo ? »
Vite, se ressaisir et ne pas paraître suspicieux !
« Si. Tu pourrais aller me chercher un peu de... de... machin rouge qui arrache le palet là... »
« Harissa ? »
« Ouais ! »
L'espagnol parut légèrement outré que Milo dénature son plat de la sorte en le noyant dans la harissa. La paëlla de Shura était PARFAITE, se suffisant à elle-même. Mais après tout, Milo était peut-être trop grossier et quelconque pour apprécier réellement les bonnes choses. Sa relation chaotique avec Camus en était l'exemple le plus parlant. L'assassin d'Aioros soupira et rendit les armes, se levant pour aller en chercher. Pendant ce temps, Milo en profita pour échanger les assiettes.
Et les conséquences lui donnèrent raison de ce geste.
En effet, quand Shura revint avec la harissa, il reprit sa dégustation sans se méfier, tandis que Milo se goinfrait de son assiette nouvellement acquise. Si Shura avait glissé de la drogue dans son assiette, il n'allait pas tarder à manifester des signes extérieurs. Rapidement, l'espagnol sembla pris de fortes somnolences. Il tenait à peine droit, ses yeux se fermant intempestivement. Milo sourit alors diaboliquement.
« Hay un problema, Shura ? »
Mais trop tard, le caprin avait définitivement perdu sa bataille contre Morphée et gisait inerte, la tête dans son plat, ronflant comme un cochon bien heureux et gavé. Aioros avait eu raison et Milo leva les yeux au plafond avec une petite pensée pour lui.
« Merci, vieux. Dommage que tu sois mort, je t'aurai remercié en nature sinon pour ton aide ! »
Et sans demander son reste, le ventre plein, mais léger comme un nuage parce qu'il avait déjoué le piège perfide du cuistot de la muerte, il fila en direction du prochain temple.
Celui de Camus...
