Episode 1 : l'étrangère aux yeux d'or
Une fois le bateau amarré, Nami réuni l'équipage pour la distribution des berrys. Sanji et Chopper eurent une belle somme, l'un pour la nourriture, l'autre pour les médicaments et bandages. Luffy, lui, dût se contenter de peu, tandis que Franky et Usopp se virent allouer une somme correcte. Zoro grogna devant le peu qu'on lui donnait mais ne tenta pas de grappiller plus, trop acculé qu'il était par ses dettes. Brook ne reçut rien : il était chargé de veiller sur le Sunny. Quand à Robin, elle eût autant que Nami, c'est-à-dire beaucoup. La belle rousse donna les dernières consignes, refrain rabâché des centaines de fois : ne pas faire de vagues, ne pas manger au-delà de ce qu'on peut payer, ne pas se battre avec n'importe qui. Puis, avec un éclair de génie, elle en rajouta une nouvelle :
« Zorro, tu accompagnes Luffy.
- Pourquoi ? demandèrent à l'unisson les deux intéressés.
- Parce que Luffy empêchera Zoro de se perdre et Zoro empêchera Luffy de se faire attraper par la marine. C'est une île neutre, mais sais-t-on jamais. On se retrouve sur le bateau dans trois heures. »
Ce fut sans plus de cérémonie que les mugiwaras se séparèrent. Les filles allèrent directement faire du shopping, Franky et Usopp fouinèrent dans les boutiques de charpenterie, Sanji papillonna de fille en fille jusqu'aux échoppes de nourriture, Chopper fila aux pharmacies et Brook resta à s'ennuyer sur le Sunny, jouant de sa musique pour tromper l'ennui. Le capitaine dénicha une auberge convenable, où la nourriture n'était pas trop chère et les tables assez propres, et y commanda une plâtrée de viande. Zoro prit une choppe de saké et débuta une conversation avec le jeune homme au chapeau de paille, du moins jusqu'à ce que celle de deux personnes s'amplifie jusqu'à virer à la dispute. Les deux protagonistes étaient deux hommes, l'un sortant tout juste de l'adolescence, l'autre d'un certain âge. Il était visiblement question d'une femme dont le vieux était le père et le jeune le prétendant. Ils allaient en venir aux poings lorsqu'une main se posa sur le bras du senior. La propriétaire restait dans l'ombre, le visage caché par une capuche rabattue sur la tête, ses yeux d'or brillant dans l'ombre. Aussitôt les deux hommes se turent et la fixèrent. Dans le silence de plomb qui s'éternisait, la voix claire et chantante de la femme virevolta tel un papillon et fit voler en éclats la tension naissante.
« C'est à elle d'en décider, Moron. »
Elle s'adressait au plus vieux. Il se leva avec la tranquillité d'un homme qui a trouvé la vérité absolue et s'en alla. Le jeune prétendant le suivit, tout aussi apaisé que lui. La jeune femme prit sa choppe et s'installa sur le comptoir, à côté du capitaine et de son second. Le tavernier et elle échangèrent quelques mots sur un ton gentiment moqueur. Zoro se désintéressa rapidement de l'inconnue, trop absorbé par son saké, mais Luffy, intrigué, tenta d'en savoir plus.
« Hé ! T'es qui ? C'est trop fort, ton truc, là ! Tu m'apprends ?
- Que… tiens, je te reconnais, toi ! T'es Luffy au chapeau de paille ! Et toi, t'es son acolyte, Zoro le chasseur de primes ! Quoique ce surnom ne t'aille plus. »
La fine lame se raidit et posa une main sur le sabre de Kuina. Il allait parler, mais l'inconnue le fit taire en levant tranquillement la main.
« Je ne suis pas là pour faire du grabuge, et je me fiche de vos primes. Mais quelle sotte je fais ! Je ne me suis même pas présentée ! »
Sur ces mots, elle fit glisser d'un coup de tête la capuche, dévoilant les traits fins de la jeunesse. Il n'y avait pas de maquillage qui relevait son teint, pas de mascara qui étirait ses cils et sa bouche n'arborait pas la couleur pourpre du rouge à lèvres. Sa beauté était rustique et naturelle. Ses cheveux noirs étaient coupés courts, presque autant que ceux du sabreur, et n'avaient visiblement pas rencontré un peigne depuis belle lurette. Dans son visage un peu trop carré pour être vraiment beau, ses yeux brillaient tels deux soleils. Ils étaient d'or et capturaient automatique le regard des gens. Il y avait un je-ne-sais-quoi dans ces pupilles d'ambre qui fascinait autant qu'il hypnotisait.
« Je me nomme Félicité. Je suis marionnettiste et archère à mes heures perdues. Quand à ce « truc », comme tu l'appelle, c'est juste la confiance d'un homme envers celle qui a toujours porté un jugement neutre sur les affaires du monde, rien de plus.
- Ah ! et est-ce qu'une marionnettiste va aux toilettes ?
- Hem… »
L'intéressée lança un regard interrogateur à Zoro, qui se contenta de lui répondre par un haussement d'épaules.
« Eh bien, oui, comme tout le monde…
- Tu nous montre tes marionnettes ?
- C'est que je ne les ai pas avec moi ! Mais si vous voulez les voir, venez donc chez moi un de ces jours, je donne de temps à autre des spectacles pour les enfants. Ma maison est un petit chaume à l'écart du village. Suivez la route de terre battue par où passent les troupeaux le soir, et restez sur les traces du bétail jusqu'à ce que la piste se divise en deux. Prenez la petite allée en pierre.
- Mais je voulais les voir tout de suite !
- Ce soir.
- J'ai faim ! Tavernier, à manger ! De la viande ! »
Félicité se leva et prit congé des deux pirates, non sans avoir jeté un coup d'œil amusé à l'épéiste. Il ne s'en formalisa pas : ses cheveux verts attisaient la curiosité des gens, et ce n'était ni la première ni la dernière à les regarder en douce. Ce ne fut que lorsqu'elle partit qu'il se rendit compte du charisme que dégageait la jeune femme aux yeux d'or : l'auberge lui paraissait étrangement vide sans sa présence. Luffy continua à s'empiffrer jusqu'à ce que les berrys lui manquent pour la viande ; de toutes les façons, c'était plus que l'heure de retourner au bateau. Zoro grimaça : ils étaient en retard. Nami allait encore lui hurler dessus.
A suivre…
