10.

S'étant écarté de quelques pas, Albator avait attendu que son fils ait fini de s'entretenir avec les deux Centaures qui étaient apparus.

Lourik et Tilkon dansaient d'un sabot sur l'autre, indécis, un peu perdus aussi.

- En s'éteignant définitivement, Saharya et Ayrahas ont entraîné la disparition de leurs Sanctuaires. Mais elles m'ont tout donné de la puissance qui leur restait, ce qui m'a permis de survivre à ma dernière frappe contre Alféryone, et d'accéder au complet équilibre de cette énergie surnaturelle. Maintenant, c'est Terra IV mon Sanctuaire, votre Sanctuaire. Je vous demande de veiller sur lui, vous les Prieurs.

- Nous sommes à ton service, firent les Centaures ailés, rassurés à présent. Tu peux repartir sans souci. Et nous serons bien évidemment ravi de te recevoir à l'occasion.

- Oui, j'ai bien l'intention de revenir !

- Nous protégerons l'arbre de vie, ainsi que les sujettes de ta sœur, assura encore Lourik.

Aldéran prit la main des deux créatures.

- Je suis désolé pour vos maîtresses.

- Elles n'ont fait que ce qu'elles acceptaient de faire, murmura Tilkon.

- Et Saharya n'aurait jamais récupéré de son premier combat contre Alféryone, ajouta Lourik. Je peux te dire qu'elle a rendu sereinement son dernier souffle, j'étais là !

- Merci. Mais elles me manqueront à jamais !

- Leur souvenir imprègne ce lieu, tu les y retrouveras à tes venues.

Les deux Centaures s'inclinèrent avant de se volatiliser.

Aldéran revint auprès de son père.

- Tout est réglé. Ils protègeront les Sylvidres.

- Et j'ai assuré ta sœur qu'elle pouvait compter sur moi, ajouta le pirate à la chevelure de neige. Je lui ai remis un boîtier d'alerte avec une fréquence ouverte avec l'âme de Toshiro, au cas où.

- Merci pour Sylvarande et ses sœurs.

Albator tendit un étui allongé à son rejeton à la crinière de feu.

- Maetel m'a rendu ton gravity saber, il y a déjà un moment de cela. Elle m'a aussi renvoyé un message hier soir : il s'est automatiquement rééquilibré sur ton énergie psychique depuis que tu as vaincu Alféryone et que tu as assimilé les énergies vitales de la Magicienne et de l'Enchanteresse Blanche. Tu ne risques plus rien.

- Oui, je l'ai bien deviné, sourit Aldéran. Je vais d'ailleurs l'envoyer avec Maji à La Bannière de la Liberté, avant de m'y téléporter, afin de ne pas leur provoquer un arrêt cardiaque !

- C'est préférable. A un de ces jours, Aldie et profite bien, une fois de plus, de cette nouvelle chance qui t'est donnée !

- J'y compte, papa !

Clio venait de rejoindre les deux hommes et elle embrassa Aldéran sur les joues.

- Au revoir et bon retour chez toi, Aldie. On se retrouvera tous bientôt dans la mer d'étoiles.


Parti pratiquement le dernier de son Laboratoire, Skyrone s'était dirigé vers sa berline.

Quelqu'un se tenait près du véhicule mais avec le vif éclairage du sous-sol, il ne distinguait que sa silhouette générale, une silhouette familière au demeurant. Il avança encore de quelques pas.

- Aldéran !

Le grand rouquin balafré secoué négativement la tête.

- Aldie, tu me traites de sénile à la moindre occasion, mais je suis encore capable de te reconnaître ! protesta Skyrone.

- Je ne suis pas Aldéran, reprit celui qui lui ressemblant pourtant comme deux gouttes d'eau !

- Non, c'est impossible… Kwendel ?

- Oui, moi aussi revenu de l'outre-monde !

- « aussi ». Alors, Aldéran, il… ?

- Il sera bientôt là. Et nous aurons bien des choses à nous dire, lança Kwendel en s'éloignant.


- Heureusement que tu as renvoyé Maji et le gravity saber avant de te matérialiser, sinon on aurait tous été bon pour une attaque ! remarqua Doc en déposant un verre devant
Aldéran qui s'était installé au zinc après que Lense lui eut fait un accueil de folie, surtout quand elle avait constaté qu'il reprenait sa laisse accrochée derrière le comptoir. Et tu récupères la chienne, ajouta de fait Ban.

- Oui, j'ai toute la vie devant moi désormais.

- Les Généraux ?

- Je les ai tués, sourit Aldéran. Ce ne seront pas eux qui déclencheront l'Apocalypse.

- Que sont devenus les Péchés ? questionna un des Marins.

- Ils flottent à notre Sanctuaire, mais sans possibilité de s'en échapper car s'ils ont été libérés, ils n'ont pas été activés. Et les miens n'ayant pas tous été lâchés, l'Apocalypse ne peut être déclenchée. Et ce n'est certainement pas moi, le quatrième, qui vais finir le boulot !

- Tu nous rassures, sur tous les points.

Aldéran vida son verre.

- Je retourne auprès des miens. Ce soir ma famille, demain Sky et ma mère.

Et Lense sautillant sur ses talons, il quitta la taverne.

11.

Avant de reprendre ses fonctions à l'AL-99, Aldéran avait profité des deux jours de relâche accordés pour emmener sa femme et l'aîné de ses fils au Grand Parc d'Attractions, Mielle gardant Alyénor.

- Et demain, tous tes amis seront là pour la fête d'anniversaire. Tu as huit ans, Alguénor, c'est important !

- On va bien s'amuser !

- Oui, on vous laissera entre vous, mais nous ne serons pas loin, ajouta sa mère.

- Alors, par quel manège veux-tu commencer ?

- Le Train Fou ! J'ai l'âge, maintenant !

- En effet. Ayvi ?

- Sans moi, j'ai horreur de ce genre de sensations fortes !

Son mari et son fils éclatèrent de rire, sortant leur gold pass qui leur évitait de faire la file et d'accéder directement à l'attraction.

- On a entièrement relooké le circuit, les loopings, et on a aussi changé le modèle de train, expliqua le forain.

- Oh, un train à vapeur, comme le 999, s'amusa Aldéran en prenant place sur l'une des banquettes du wagon, dépourvu de toit, s'assurant lui aussi que son fils était bien sanglé.

- C'est quoi, le 999 ? fit Alguénor.

- Peut-être qu'un jour, je t'amènerai à bord.

Quelques minutes plus tard, le train chargé, complet, il s'élança dans un sifflement.

Et, au premier looping, Alguénor hurla de terreur et de plaisir tandis que son père avait resserré ses doigts sur les accoudoirs.

- Misère de misère ! On est perdus! gémit le contrôleur du 999 en quittant précipitamment la salle de contrôle de la motrice.

Complètement affolé, il se mit courir dans tous les sens dans le wagon de tête quand les premiers tirs s'écrasèrent contre le champ de force de la locomotive.

Excédé, Aldéran se leva et se dirigea vers l'agaçant personnage surexcité, le saisit par le col et le souleva du sol.

- Arrête ton cirque ! Et dis-moi plutôt s'il y a un armement quelconque à bord de ce train ! siffla-t-il.

Tremblant comme une feuille, le malheureux préposé tourna la tête vers lui.

- Le… le dernier wagon c'est un module de défense, équipé d'une tourelle, mais… elle n'est pas encore connectée à son radar de tir ni à sa télécommande... elle ne peut fonctionner qu'en manuel!

Aldéran le lâcha sans rien dire et se mit à courir vers l'arrière avec Ayvanère sur ses talons.

Arrivé au sas d'accès du dernier wagon Aldéran barra le passage à sa femme avant d'ouvrir la porte et de la refermer aussitôt.

- Désolé Ayvi !

- Aldiiie ! cria Ayvanère en tambourinant sur le coulissant.

Après quelques tâtonnements, le Colonel trouva l'interrupteur général et mit sous tension le système d'armes, avant de grimper dans la tourelle.

Appuyant sur la commande d'ouverture et alors qu'une partie du toit et deux panneaux latéraux (ornés de fenêtres factices) s'escamotaient, Aldéran d'une rapide rotation de la tourelle, aligna la mire de son viseur sur la trajectoire d'attaque des chasseurs Sylvidres.

C'est alors qu'il s'aperçut que le dispositif de synchronisation, sensé interrompre l'action du champ de force au moment du tir, était lui aussi inopérant.

Froidement, il désactiva le bouclier et commença son tir de barrage.

A la seconde attaque des chasseurs Sylvidres – qui accompagnaient un cuirassé bleu à la fois inconnu et familier - touché par deux des six rayons tirés l'arrière du wagon blindé explosa et l'onde de choc retourna la tourelle comme une crêpe sous les yeux horrifiés d'Ayvanère.
(1)

Plusieurs heures après l'envoi du message, Maetel avait pris contact avec son émetteur.

- Oui, Aldie ?

- J'ai la tête presque aussi sens dessus dessous qu'après que ma navette ai coulé sur le lac et que les Dengmer ont recueilli le blessé que j'étais… Mais, confirme-moi ce point, je te prie : je n'ai jamais mis les pieds sur le 999 ?

- En effet. Pourquoi cette question ?

- Cet après-midi, j'ai eu comme un flash… Une très étrange réminiscence…

Et il rapporta sa fulgurante vision à la fine blonde toute de noir vêtue.

- Je crois que tu as eu cette discussion avec ton père, avant de quitter la Colonie Sylvidres. Les sauts entre les dimensions parallèles ou le temps ne laissent pas de traces en mémoire… Bien que te concernant, il semble que tes dispositions surnaturelles font mentir cette règle !

- Ce serait donc vrai ?

- Possible, répondit prudemment Maetel. Si tu avais d'autres situations qui te revenaient en mémoire, parle-m'en. Là, je n'ai pas le temps.

- D'accord, fit Aldéran qui n'y comprenait strictement rien.


Ayvanère sourit, blottie contre son mari, tous deux dans le canapé, profitant du calme de la soirée, leurs fils endormis, Lense sous la table du salon.

- Montons aussi, chuchota-t-elle. J'ai envie que tu me câlines.

Tendrement enlacés, ils gagnèrent leur chambre.

Curieusement, dans son sommeil, ce n'était pas de sa femme dont Aldéran rêvait.

- Tu peux me donner des nouvelles de ma Mayu ? Elle était une si adorable petite fille. Et je savais qu'Albator en prendrait soin.

Aldéran s'assombrit.

- Mon père a tenu son serment, ce qui était loin d'être la meilleure idée que Toshy et toi ayez eue… Et il a payé cher de respecter cet engagement.

Et il rapporta comment le parrain et la jeune femme s'étaient quittés, pour le plus grand désarroi d'Eméraldas qui regretta amèrement d'avoir posé la, légitime, question.

(1) voir « Le Prince et le Pirate 2 : Aigle & Corneille » de Vautour2B