13.

Aldéran rapprocha son tout-terrain bleu électrique du parking du Centre Commercial où se trouvait une foule compacte de curieux et de membres des forces de l'Ordre.

Un Agent des Rues leva la main pour l'arrêter.

- Ce n'est pas un spectacle, Monsieur, veuillez dégager !

Aldéran ricana et lui colla sa plaque officielle sous le nez.

- Désolé, Colonel Skendromme. Passez.

- C'est trop aimable !

- Désolé, je ne savais pas…

- C'est moi qui m'excuse. Vous ne pouviez effectivement être au courant.

- C'est ton jour de congé, Colonel, remarqua Soreyn en venant au devant de lui, penaud, en tenue complète d'Intervention, couvert de poussière et de sueur, le casque à la main, épuisé. Mais tu suis toujours la fréquence de communication du Bureau…

- Déformation professionnelle. Et j'ai l'impression de ne pas tomber comme un cheveu dans la soupe, pour une fois ! Topo ?

- Le fou furieux est dans la supérette, avec les trois clients et la caissière en otages. Curieusement, l'espace est tellement petit que nous ne pouvons investir les lieux sans entraîner un massacre ! On a essayé, mais on s'y est cassé les dents, à deux reprises !

- J'ai entendu… Jarvyl ?

- Il continue de surveiller l'entrée des fournisseurs avec l'Unité Léviathan.

Aldéran enleva son long manteau aux gros boutons de métal argenté.

- File-moi une oreillette et un gilet pare-balles.

- Merci. Mais, Aldie, tu n'as pas d'arme !

- J'ai tout ce qu'il me faut, comme toujours. J'ai déjà vécu cela. Et j'ai mon cosmogun dans la boîte à gants !

Et avec un sourire plutôt réjouit, il sortit ceinturon et cosmogun pour en ceindre ses hanches, prêt au combat.


- Comment on agit ? glissa Soreyn.

- Aucune idée !

Toujours avec l'oreillette, mais ayant ôté son gilet pare-balles, Aldéran était venu jusqu'à la porte d'entrée de la Supérette.

- Je souhaite parler.

- Tu es suicidaire, siffla en retour une jeune voix hystérique.

- Oui, on le dit aussi. Je peux entrer ?

- Certainement pas ! J'ai quatre otages, tu tiens tant que cela à faire le cinquième !

- Pourquoi pas ? J'arrive !

Et Aldéran rentra dans la Supérette.

Soreyn se tourna vers Lyord Kemchel, le célèbre Négociateur.

- Pourquoi dictez-vous ces conseils à mon Colonel ?

- Je maîtrise mon art à la perfection, Lieutenant Romdall, rétorqua le chauve Lyord, de haute taille, mais fluet comme un fil de métal.

- Et vous l'envoyez se faire exécuter à bout pourtant par le premier braqueur venu ? ! aboya encore Soreyn.

- Je pense votre Colonel assez grand que pour savoir quoi faire, avec ou sans ordres, et surtout d'un inconnu comme moi ! Skendromme et moi, nous nous comprenons. Il ne me connaît pas, mais il m'a fait confiance, et moi en lui. On va sauver les otages, Lieutenant, et votre Colonel sera sauf !

- J'espère…

Sous le regard du braqueur, un adolescent d'à peine seize ans, blond, le visage pâle, avec les incisives protubérantes de l'espèce holrienne à laquelle il appartenait, Aldéran avait posé son cosmogun sur le tapis roulant de la caisse et l'arme avait fini dans une poubelle.

- Satisfait, maintenant ? grinça Aldéran qui répétait mot pour mot ce que le Négociateur lui dictait.

- Plutôt.

- Non. Tu étais venu pour emporter la caisse et tu te retrouves dans une configuration assez alarmante : finir avec quatre morts sur la conscience, cinq avec moi !

- Je n'hésiterai pas !

- Si, tu n'as jamais tué, ou même blessé qui que ce soit, de ta vie. Mais, il y a un début à tout !

Lyord Kemchel ôta sa propre oreillette.

- Lieutenant Romdall, votre Colonel innove, il part en vrille, il ne m'écoute plus ! Je l'ai perdu, ainsi que notre objectif !

- Aldéran va agir à sa façon. Grâce à vous, il a pu rentrer et maintenant, il va se déchaîner, ou pas !

- Comment ça ? Il doit sauver les otages !

- Vous avez vos méthodes, M. Kemchel. Mon Colonel a les siennes…£

D'un coup du genou dans les reins du preneur d'otage, Aldéran obligea son prisonnier à toucher le sol.

- Soreyn, les menottes flexibles !

- Tout de suite. Tu as réussi !

- Comment avez-vous fait, Colonel Skendromme ! ?

- Il est droitier, je lui ai tiré dans le poignet droit !

- Mais, vous aviez déposé votre étrange arme…

- Je pratique des Interventions depuis tant d'années. J'ai toujours plus d'une arme sur moi ! Et le Lieutenant Soreyn m'a personnellement équipé et a donc glissé cette arme sur moi. Merci pour vos indications, M. Kemchel.

- Je pense avoir eu plus que mon utilité. Et j'aurais pu l'être plus encore si vous aviez me laisser vous donner mes conseils plus encore. Vous avez pris de très grands risques, Colonel Skendromme !

- Mon quotidien. Et le vôtre aussi. Merci, M. Kemchel.

- Je préfèrerais ne pas avoir à le dire, mais : à bientôt, Colonel. Et, belle improvisation. Même si vous êtes fou à interner !

Aldéran eut un éblouissant sourire.

- Oui, c'est tout moi, ça !


Après avoir fait le débriefing de ses Unités, Aldéran s'était levé.

- C'est mon jour de congé, je rentre chez moi. Et vous paierez tous si mon épouse me trucide parce que je n'ai pas ramené à temps les ingrédients de son mijoté de poissons !

- Nous apporterons une gerbe sur ta tombe, gloussa Soreyn.

Aldéran leva les yeux au plafond et se retira.

- Merci, Colonel, firent alors les membres des Unités Anaconda et Léviathan pré par son ascenseur privé, le Colonel de l'AL-99 avait vu les portes s'ouvrir et il s'était dirigé vers son tout-terrain.

Il allait l'atteindre quand un nœud coulant en métal lui entoura la gorge, se resserrant, encore et encore, l'asphyxiant en quelques instants.