Il ne pouvait pas se résoudre à détruire la batcave, et ce, malgré tous les souvenirs qui s'y tapissaient comme des chauves-souris dans le noir. À l'instar de ces mammifères sensibles, il suffisait d'un pas, d'un bruit, d'un soupir pour qu'ils se déploient en nuée violente et sombre, assourdissant des pensées plus légères et plus joyeuses.
Un fou le lui avait certifié : il n'y avait rien de plus douloureux et de plus cruel qu'un souvenir.
En signe de recueillement, Bruce retira son heaume et laissa l'humidité glacée piquer ses pommettes, sa bouche, son front.
Alfred, bien sûr, n'avait pas bougé.
Dans ce tombeau morcelé, l'hiver semblait prêt à le préserver indéfiniment.
Le majordome s'était toujours tenu dans l'ombre, accomplissant un travail remarquable en tant que serviteur, acolyte et… père. Les tombes seraient sombres et glaciales pour tous, mais Bruce refusait que le corps d'Alfred soit oublié ici-bas, dans des entrailles secrètes.
Faible dans son armure, Bruce s'agenouilla près du corps.
« J'ai tué quelqu'un, Alfred. » Comme si l'homme était encore vivant, Bruce n'osait le regarder. « Un détenu à Blackgate dont personne ne parlera, mais qui devait avoir une histoire. Je voulais protéger les gens de Gotham, même ceux qui semblent ne pas le mériter. Mais… est-ce que je dois tuer pour protéger les autres ?… J'y réfléchis… et j'en viens à l'idée que… je suis en parti responsable de votre mort. Si j'avais tué Bane au Royal, les choses seraient alors différentes : vous seriez en train de vous démener pour que je reste au manoir pour le reste de la nuit et que je me repose enfin… »
Les regrets venaient jeter de l'acide sur les colères passées, les rendant flétries, insignifiantes.
« … Alfred… Vous avez toujours approuvé cette limite que je me suis imposé en portant le costume pour la première fois, mais… et si nous avions eu tort ? Et si… Joker avait raison ? D'éliminer Loeb, de réduire Sionis à néant ? La police est corrompue et le crime n'a cessé de s'étendre depuis la mort de mes parents… Je suis devenu Batman dans l'unique but de freiner cette croissance. Faire peur pour faire reculer les ennemis de Gotham… Mais depuis deux ans, le crime s'est à peine stabilisé. Une cause perdue requiert des moyens plus défini… »
Ses mots s'évanouirent : une ligne humide s'était figée sous l'œil d'Alfred. Cela pouvait être une trace laissée par une goutte échappée d'un ruissellement.
Ou bien…
Sur les décombres, l'eau avait totalement gelé et, à présent figée, elle donnait l'illusion de bouger uniquement grâce aux lueurs prêtées par la nuit. Embellie par cette couche de glace, la pierre semblait plus douce, plus riche.
Du regard, Bruce suivit la ligne lumineuse de ces formes incertaines et un creux au-dessus attira son attention : le renfoncement récent qui était à l'origine du drame.
Après avoir réajusté son heaume, Batman chercha une prise fiable avec le grappin et décolla pour arriver à la hauteur du trou provoqué par un explosif.
La bombe, qu'il devait encore identifier, avait été placée à trois mètres au-dessus de la plate-forme. Alfred avait-il vu ce qui s'était passé ? Avait-il compris ce qui allait se passer ?
Bane avait dû se déplacer jusqu'ici grâce à l'hélicoptère qui l'avait attendu à l'hôtel, mais même s'il était plus petit que la batwing, le bruit avait dû être quand même assourdissant…
Alfred aurait dû fuir ! Il connaissait les accès les plus rapides à l'ascenseur, il lui aurait envoyé un message…
Avec son gant, Batman frôla les résidus de la substance : du semtex qui sentait encore la gomme. Un plastic malléable sous forme de pâte qui s'étalait facilement et explosait avec une puissance stupéfiante. Un explosif que tous les criminels de Gotham connaissaient bien et qu'ils étalaient plus souvent sur les bâtiments ennemis que le beurre sur leurs tartines du matin.
La chauve-souris devait retrouver Bane. Il devait comprendre ce qui s'était passé, comment cet adversaire les avait piégés, Alfred et lui.
Enregistrant ces informations, Batman redescendit à terre, à nouveau face au défunt.
« Je vous vengerai, Alfred. »
Il était à nouveau animé d'une vigueur terrible.
Batman récupéra le peu de données intactes sur le batordinateur que Bane avait détruit, s'équipa de gadgets supplémentaires et d'effets personnels — le strict minimum. Il devait quitter les lieux, s'éloigner de son foyer pour que la disparition de Bruce Wayne devienne crédible.
Une fois les sacs mis dans la batwing, il put mettre son plan à exécution.
Pour faire croire à une attaque terroriste, une bombe avait été placée dans le conduit de la cheminée du premier salon, laissant croire qu'elle avait été jetée depuis le toit. Les inspecteurs ne seraient pas surpris : il n'y avait pas plus classique comme crime et il serait en accord avec la date festive.
Que le Père Fouettard ait laissé un cadeau meurtrier chez le milliardaire Wayne ne tirerait aucune larme. Peut-être que les policiers ressentiraient même une forme de justice en voyant la hotte immense éventrée, ses briques ancestrales écroulées.
Pour eux, Bruce Wayne vivait dans un cocon tissé d'or et d'argent, confortable et assez solide pour le préserver de Gotham. Certes, ses parents avaient été assassinés sous ses yeux quand il était encore un gamin, mais enfin, il avait grandi et encaissé, maintenant ! Comment être malheureux avec une telle fortune et autant de conquêtes dans le monde du mannequinat ?
Certains y verraient une forme de justice, mais une justice aveugle…
Une bonne partie du plafond était tombée et avait entraîné la chute de trois pièces de l'étage, emportant meubles coûteux, objets d'art et autres reliques de richesse.
Malgré ce qu'il laissait croire aux médias, Bruce n'était pas matérialiste et il ne ressentit donc rien au milieu des décombres. Le plus douloureux restait le corps d'Alfred, ce corps qui se trouvait sous les morceaux du plafond.
En réalité, il aurait fallu qu'il s'y trouve avant l'explosion, mais Bruce n'avait pas eu le cœur à faire subir à son mentor une nouvelle attaque et la mise en scène du crime avait été conçue sans la victime.
« Pardon, Alfred… » Souffla-t-il en plaçant une dernière poutre sur le vieil homme.
Dans quarante-huit heures, un médecin légiste ouvrirait la cage thoracique d'Alfred pour évaluer les dégâts internes, faisant des listes minutieuses des lésions primaires, les lésions secondaires et tertiaires. Il ne ferait aucun doute que la cause du décès serait due aux nombreuses fractures et hémorragies suite au blast, mais la rigidité cadavérique serait un mystère.
Les médecins, suivant la formule de Knight, prélèveraient sans délicatesse, sans pudeur la température rectale du cadavre, et ils ignoreraient comment expliquer une telle chute de chaleur alors que le majordome avait été retrouvé dans un intérieur chauffé. Ils n'arriveraient pas à expliquer pourquoi le stade de rigidité serait similaire à celui d'un randonneur retrouvé mort dans une grotte.
Mais un autre mystère occuperait la police, car quant à Bruce Wayne, il n'y aurait aucun corps ; juste un peu de sang pour évoquer une disparition inquiétante, porteuse de peu d'espoir…
Bruce avait utilisé quelques centilitres prélevés dans le creux de son bras pour les jeter, dans un sens précis, à l'autre bout de la pièce. Quelles seraient les théories ? Un kidnapping sans rançon, une jalousie explosive, une lubie festive.
S'arrachant peu à peu de son foyer, Batman recula pour avoir une vue plus globale de la scène.
Le sapin dans le coin du salon n'avait pas résisté à l'explosion, et quand il s'était effondré, les boules, rouges pour la plupart, s'étaient décrochées pour se briser en mille morceaux. Ces dents acérées pleuraient des reflets froids, malheureuses de voir le rituel de Noël interrompu.
Les guirlandes en flocons d'or avaient été déchirées, les épines autrefois vertes formaient un tapis de chaos. Éléments d'un nouveau souvenir trop douloureux, et même si Bruce avait réfléchi à chaque détail avec une optique policière, logique, la situation était encore irréaliste, lui donnant l'impression de flotter dans un cauchemar.
Quels plats renfermait le frigo ? Quelle bouteille de vin avait été réservée pour cette nuit ?
Batman n'y avait prêté aucune attention alors : comme pour ceux dans la police, Noël n'était pas une excuse qui ralentissait le crime. Au contraire.
À présent, malgré les regrets, il devait se détacher de tout.
En simulant la mort de Bruce Wayne, il n'aurait plus qu'une seule identité, celle du chevalier violent. Même lorsqu'il n'aurait plus son masque, il resterait un étranger, se fondant dans la masse.
Peut-être qu'il pourrait faire pousser sa barbe et, le temps qu'elle soit assez fournie, en porter une fausse ? Ce genre de détail pouvait changer le visage d'un homme de façon surprenante.
Les vêtements qu'il avait pris dans sa penderie n'étaient pas luxueux, bien au contraire : il lui était déjà arrivé de se déguiser pour enquêter, s'habillant comme les truands des rues ou des gothamites à la limite de la pauvreté. Quant aux costumes signés par de grands couturiers, quant aux chaussures d'Hermès, Armani ou Dior, quant aux boutons de manchette familiales ou conçues par Versace, quant aux cravates uniques de chez Alexander McQueen, tout resterait ici, à prendre la poussière et l'humidité.
Toutefois, comme une authentique chauve-souris, il rejoindrait la cave de temps à autre, ayant accès aux outils de réparation et au matériel qui ne pouvait être déplacé.
Il pourrait peut-être garder un contact avec Lucius Fox ? L'inventeur serait un des rares à ne pas croire à la disparition de Bruce Wayne, pas tant que Batman resterait actif.
Batman avait une grande confiance en Lucius pour garder le secret et accomplir des prouesses technologiques, mais leur relation était avant tout professionnelle.
Serrant la hanse de l'unique valise, Bruce se sentait devenir un authentique nomade. Il redevenait un authentique nomade. Cette nuit marquait une sorte de retour à la case départ quand il avait entamé, à travers l'Asie, cet entraînement intensif qui l'avait formé.
Il redevenait un inconnu sans rang, ni nom.
Serait-ce plus facile d'être Batman sans être sous les projecteurs ? Quoiqu'ils seraient toujours braqués sur lui, car le vengeur apparaîtrait dans les médias, il y comptait bien : ainsi, plus personne ne douterait de son existence, encore moins de sa force.
Batman ne se débarrasserait pas de son deuil comme le lui avait conseillé Joker, mais au lieu de larmes, ce serait le sang qui allégerait la peine.
« Adieu, Alfred. »
Ce serait son dernier moment de faiblesse.
Des petits groupes de clowns armés se tenaient dans l'avenue devant le Royal.
Malgré le métal des mitraillettes peint en violet, blanc, vert ou jaune, la menace était bien présente.
Le territoire du Joker se construisait peu à peu. Certains hommes de Roman Sionis avaient changé de patron sans une seconde d'hésitation, peut-être attirés par ce grain de folie qui, ils le découvriraient bien assez tôt, était en réalité une montagne. Mais peut-être que certains étaient d'authentiques nouveaux venus, sortis tout droit d'un cirque, comme cet individu qui portait un manteau rouge de dompteur et fumait une cigarette du bout de ses doigts froids, tenant toujours le paquet dans son autre main.
Batman osa franchir l'entrée de l'hôtel ; personne ne fit le moindre geste menaçant. Tous les regards étaient bien braqués sur lui, luisants depuis les faces peinturlurées ou les masques grimaçants, mais les canons des armes restaient dirigés vers le sol.
La chauve-souris avait remarqué que les deux tours de l'hôtel comptaient plus de fenêtres allumées qu'au moment de son départ, prouvant une activité plus importante, et effectivement, d'autres clowns austères arpentaient les halls et corridors.
Leur nombre croissant surprenait Batman : après sa rencontre avec le Joker à la banque, il avait entendu des hommes de Black Mask mentionner le fait que ce criminel, surgi de nulle part, avait distribué tantôt des liasses de billets dans les mains, tantôt des balles dans les crânes de ces mercenaires. Et ce, de façon totalement aléatoire.
Ce Joker était une roulette russe ambulante.
Et certains joueurs voulaient tenter leur chance.
Le calme persistait pourtant, alors il était peu probable que Bane soit déjà là ; Joker avait peut-être laissé une marge pour que la capture de l'homme masqué soit crédible.
De la neige dégringolait par le trou de la coupole : d'abord ballottée par le vent, elle devenait, à l'abri dans le hall, plus calme et plus disciplinée. Un sapin avait été redressé et du gui avait été suspendu à quelques alcôves. Des mercenaires discutaient doucement avant de se taire quand ils apercevaient la chauve-souris, puis, quand elle partait, ils reprenaient leur conversation.
Où se trouvait le Joker ? Batman refusait de poser la question aux personnes qu'il croisait, d'autant qu'ils le regardaient tous avec une pointe de haine très visible.
Il y avait cette femme, par exemple, assise sur un épais fauteuil dans un coin de couloir. Maigre et petite, elle se tenait immobile, à l'exception de ses iris noirs qui suivaient la sentinelle. Du fond de teint, trop clair pour sa peau couleur bronze, essayait de masquer ses origines d'Asie centrale, ou de les occidentaliser. Du rouge à lèvres, vieux de deux jours, formaient des croûtes sèches sur sa bouche. Son manteau en fausse fourrure était aussi épais qu'une couverture, mais des vêtements — trop — courts se devinaient juste en-dessous.
Une prostituée, songea Batman. Pendant un instant, il faillit s'arrêter pour lui conseiller de fuir, avant de décider que sa situation ne le regardait pas.
Et puis, il y avait cette noirceur dans son regard, cette animosité presque électrique. Elle ne voudrait aucune aide venant de lui.
Comme lors des beaux jours du Royal Hotel, une musique flottait dans l'air, un air entraînant. Batman ne reconnut le morceau qu'en entendant la voix suave d'Elvis Presley.
« I don't need a lot of presents to make my Christmas bright, I just need my baby's arms wound around me tight… »
Il ne devait y avoir qu'une seule personne dans tout l'hôtel qui avait la main sur la playlistdu Royal. Mais le Joker choisissait-il les titres lui-même ou avait-il volé la radio d'un magasin ?
« … But with my baby far away, what good is mistletoe? Oh, oh, Santa, hear my plea, Santa, bring my baby back to me. »
Un grésillement trancha la fin du refrain et, au lieu de la voix de miel du King, c'était la voix plus fantasque du Joker qui annonça :
« Monsieur Batman est attendu au salon rouge. Monsieur Baaatman. Tenue de soirée exigée… mais je suppose qu'on ne peut pas attendre autre chose que ton armure d'enterrement ? »
Cette invitation guida les pensées de Batman jusqu'à Bane, mais il se ressaisit : ce n'était pas une approche convaincante pour faire croire à l'ennemi que la chauve-souris avait bien été capturée, de plus, l'hôtel ne serait pas aussi paisible.
Au bout du couloir, un clown était en train de fumer près de l'ascenseur, statique et insensible au rythme de la musique. Ses lèvres exprimaient un dégoût fatigué, et même le sourire rouge dessiné en U ne pouvait tromper les passants.
Puisque le Pierrot en couleurs ne dégaina pas le revolver qu'il avait à la ceinture, Batman appuya sur le bouton d'appel.
« Pas c'ui-là. » Marmonna le sbire. « C'est l'ascenseur d'en face qu'tu dois prendre. »
Sans le remercier, Batman tourna les talons et se dirigea vers l'autre ascenseur. Quand les hautes portes dorées s'ouvrir, il fixa le plan à l'intérieur, à la recherche du salon rouge.
« Have yourself a merry little Christ…
— Pssst. Batou. Étage 33.
— … now on your troubles will be out of sight… »
Le chiffre 33 s'alluma comme une douce chandelle tandis que le chant nostalgique de Frank Sinatra résonnait dans l'ascenseur qui montait avec flegme. Batman ignorait ce que cela cachait, et il n'aimait pas l'idée que le Joker ait le contrôle total de la situation.
Le portail dorée s'ouvrit et, par précaution, Batman s'isola dans un angle mort. Il avait imaginé un accueil armé, peut-être même une bombe dans un paquet cadeau…
« Tu vas nous faire attendre longtemps ?! »
Nous.
Joker ne révélerait pas l'identité du ou des invités qui patientaient avec lui. Au contraire, il garderait l'information pour en faire une surprise.
Batman se faufila dans le corridor en se repérant grâce aux flèches, les mêmes que celles dessinées à Blackgate.
Cette fois, il ne croisa personne et, après deux tournants, il aperçut une lumière rosée provenant d'une pièce ouverte. Au moins, l'accès semblait libre.
Deux grands bouquets de roses, plus proches du buisson que du simple ornement de table, saluaient l'arrivée de chaque invité en frissonnant de velours. Aux fenêtres, les rideaux avaient la lourdeur du vin, sa couleur et son opacité. Une bouteille de bordeaux était justement posée sur le piano au centre de la pièce et un verre, rempli, était posé à côté.
« Enfin ! Le héros réveillé ! » L'acclama Joker qui tenait un verre plein, l'agitant dangereusement au-dessus du tapis.
En fin de compte, le Joker n'avait qu'un seul invité — une seule invitée, plus exactement — : une jeune femme blonde assise sur le sofa bordeaux, l'air ravi. Les tons de la pièce accentuaient la rougeur sur ses joues.
« Tu as mis le temps ! Je pensais que tu n'arrivais pas à lire les flèches.
— Que se passe-t-il ?
— Juste une petite fête, un petit réveillon pour féliciter… » Joker fit un mouvement vers la jeune femme. « Harley Quinzel et son nouveau travail à l'asile d'Arkham ! »
Harleen laissa échapper un gloussement, puis, pour cacher son embarras, elle but une gorgée de son verre déjà entamé.
Ce fut à partir de ce petit rire flatté que Batman se souvint d'elle : c'était celle qui avait envoyé un message au Joker avant que Batman ne retourne au manoir Wayne. Le médecin. La complice de Blackgate.
Joker agissait comme s'il la connaissait depuis des lustres, tandis qu'elle se montrait plus timide, en véritable amourachée.
Assise sur ce sofa, les genoux presque tremblants, elle semblait attendre le moindre contact, la moindre approche. Derrière ses lunettes, ses yeux caressaient chaque mouvement, admiraient chaque geste.
« Merci, monsieur Joker, c'est vraiment…
— Je ne comprends pas. » Coupa Batman, ignorant le verre que Joker lui tendait pour fixer uniquement la psychiatre.
« Oh, bien sûr, monsieur Joker ne vous a pas expliqué… Après ce qui s'est passé à Blackgate, quelques hommes politiques ont quitté leur repas de famille et les autorités se sont réunies pour prévoir un plan. C'est donc une nouvelle encore fraîche, mais Quincy Sharp a décidé de rouvrir l'asile d'Arkham. Selon lui, un hôpital renforcé serait un accueil plus adéquat pour les criminels de Gotham. D'autant qu'il compte en faire une véritable forteresse, bien plus sûre que Blackgate.
— Personne ne vit dans le manoir depuis plus de cinquante, c'est devenu une vieille bâtisse…
— Exactement, Batou ! Une vieille bâtisse que les plus vieux gothamites disent hantée. Imagine si on se fait chopper ! Toi, moi, portant des camisoles…
— Il faudra des mois au manoir pour être restauré en hôpital. » Coupa à nouveau Batman, mais il fut contredit :
« Je ne suis pas sûre… Le manoir n'est pas dans un très bon état, mais le bâtiment devant le manoir était un authentique asile psychiatrique. Enfin, c'était plutôt une prison, et les douze cellules ont été conservées, tout comme le matériel pour entraver les malades… Quincy Sharp veut rouvrir les locaux dans la semaine : il ne lui faut que le nom du propriétaire pour racheter le domaine, mais après tout ce qui s'est passé là-bas au début du siècle, la famille d'Amadeus Arkham s'est déjà éloignée de Gotham et ils seront ravis de se débarrasser de cet héritage.
— Qui appuie son projet ?
— Le directeur Joseph déjà, même si Quincy Sharp n'a pas été particulièrement tendre dans ses propos vis-à-vis de Blackgate… Il y a le juge Harkness aussi. Le procureur Harvey Dent n'a pas encore donné de réponse, il compte faire un communiqué demain. Ceci dit, Quincy Sharp a les moyens de racheter le domaine lui-même, mais il espère une participation de Warren White, de GothCorp et de Wayne Industries. »
Avec un sourcil haussé, Joker glissa un regard vers Batman, partageant le secret, avant d'attirer l'attention à lui en déclarant :
« Mais le plus important dans tout ça, c'est que la pauvre et malheureuse Harley est une victime du drame de cette nuit à Blackgate, et pour récompenser son sang-froid et sa motivation, la hiérarchie se montrera attentive à toutes ses requêtes, comme celle de devenir médecin à Arkham ! »
