La période des fêtes se terminant, la publication des chapitres bascule à un rythme de un par semaine. Ce sera un chapitre tous les mardis, tant que j'arrive à avancer sans que mon stock "chapitres prêts" ne s'épuise.
Alors que la cage en or grimpait jusqu'au soixante-dix-septième pallier, Batman se demandait si Joker l'attendait avec un invité. Le docteur Quinzel encore ? Un autre parrain qui avait choisi de le compter comme allié ? Certains des marginaux qui l'avaient déclaré roi ?
Et est-ce que le clown allait encore jouer avec lui ? Lui promettant des informations qu'il ne livrerait pas pour mieux reculer leur affrontement ?
Que Joker l'attende seul ou non, Batman aurait pu mettre un terme à cette mascarade en le tuant, là, aujourd'hui. Après tout, Bane finirait par se montrer tôt ou tard, puis les autres, un à un ou à plusieurs, cela n'avait pas d'importance, et Batman pourrait mener sa lutte pour éradiquer le crime. Définitivement.
Quand il atteignit l'étage 77 et que les portes s'ouvrirent, Batman réprima un mouvement de recul : juste devant lui, un homme était pendu au lustre en or.
Sous son masque de clown, des manches de couteau ornaient son cou : les lames avaient été plantées à la base de la gorge, de la nuque, aux jonctions des épaules, derrière les clavicules. C'était la fraise la plus funèbre qu'il ait jamais vue.
Un autre couteau avait été planté au milieu du torse, juste dans la partie inférieure du sternum pour épingler une carte. Un sapin décoré illustrait la couverture.
Batman retira la lame et ouvrit la carte poisseuse de sang.
Très cher Batou,
Malgré mes ordres, ce malotru est monté jusqu'à nos étages cette nuit et a tenté de te trouver. Peut-être pour se venger d'une année à Blackgate, peut-être pour découvrir ton identité. Je ne sais pas !Dans tous les cas, son but lui a coûté la vie.
Si sa vue te dérange, tu peux balancer son corps par la fenêtre ou le laisser là.
J.
PS : Décide-toi vite. Le petit déjeuner attend.
Le balancer par la fenêtre ? Ce serait un avertissement qui mettrait en garde les autres sbires en bas…
Le sang avait gorgé la moquette, dessinant une flaque visqueuse qui diffusait une odeur lourde. Il ne devait pas être pendu ici depuis longtemps ; Joker l'avait certainement maintenu en vie avant de le tuer. Batman ressentit d'abord de la colère face à un tel cadeau, mais il observa le masque de clown et éprouva soudain une terrible haine contre ce mort qui avait tenté de savoir qui il était.
Et lui alors ? Qui était-il ? Un sadique ? Un pyromane ? Un empoisonneur ? Un violeur ? Un cambrioleur qui aimait voler l'argenterie et le bien-être de ses victimes ? Un père de famille qui éduquait à coups de poing des gamins conçus sans amour ?
C'était un énième énergumène de Gotham, façonné dans la haine et la colère. Quelqu'un qui avait participé à la naissance du Batman ; quelqu'un que le Batman devait éliminer.
Un batarang coupa la corde et le corps tomba dans la flaque, projetant un peu de sang sur les bottes noires. Le vengeur ouvrit ensuite la fenêtre côté rue — hors de question que le cadavre soit oublié dans la mer —, plaça la carte de Noël dans la poche de la victime et le balança.
La chute serait glaciale.
Après avoir refermé la fenêtre, Batman retira son masque et regarda les alentours par défi. Qui voulait partager son secret ? Qui voulait regarder son visage avant de mourir ? Méduse pétrifiait ses victimes, Batman assassinerait les siennes.
Pourtant, les couloirs restaient vides et la seule voix, celle de Frank Sinatra, provenait des haut-parleurs, lointaine et irréelle.
La solitude apaisa un peu sa colère et, tête nue, Bruce reprit son exploration.
Des guirlandes ornaient les moulures au plafond, ajoutant toujours plus de lumière festive. Par chance, à part les paquets cadeaux, aucune autre surprise morbide ne surprit Batman.
En arrivant au bout du couloir, il entendit un éclat de rire hystérique, explosif et surprenant. Celui qui était à la fois son adversaire et son hôte.
Il n'y avait pas de salon doré, mais cette salle de réception réunissait toutes les caractéristiques pour mériter ce nom : c'était une composition de blanc neige et de doré, les couleurs nobles d'un Noël chic.
Les lustres étaient des morceaux de verre, taillés pour leur donner une structure de cristaux, et ils étendaient des branches d'or capables d'amplifier la lumière. Des tapis épais d'un blanc immaculé — certainement une horreur à entretenir puisque la pureté était toujours un défi à préserver — recouvraient le sol marbré, opposant leur chaleur au froid de la pierre.
Au bout d'une longue table, terminant une tasse de café, Joker apportait sa touche décalée : il portait un costume d'une nuance brique, un rouge funèbre. Même associée aux cheveux verts du criminel, la teinte n'invoquait pas pour autant l'esprit de fêtes de fin d'année.
Peut-être parce qu'une tache de sang se devinait quand même sur le rebord de sa manche.
Quand Bruce referma la porte derrière lui, Joker grimaça :
« Hum. Tu es plus beau avec ton masque.
— Et j'espérais ne jamais te voir à la lumière du jour, et pourtant… »
Cette répartie plut au clown qui s'esclaffa et il fut obligé de reposer la tasse qu'il tenait, au risque de la renverser sur l'ordinateur portable posé à côté de lui. Puis, à nouveau capable de parler, il désigna le buffet au fond de la salle :
« Sers-toi, on est prioritaires. »
Des corbeilles en osier proposaient des mandarines et des oranges, rondes et fraîches, près de plateaux où s'alignaient des toasts grillés, dorés mais déjà tièdes, des croissants et des pains ronds. Entre chaque plateau s'empilaient des pots de confiture miniatures, échelle dînette, embellies par des étiquettes vintage : illustrations colorées de fraises, mûres, myrtilles, coings, rhubarbe… Il y avait même des confitures de fleurs, séparées de leurs nectars qui se gélifiaient dans les petits bocaux de miel.
Deux cafetières remplies de café rivalisaient avec deux bouilloires de thé, mêlant leurs saveurs, l'amer et l'aigre, le fort et le délicat.
« Qui a préparé tout ça ?
— Moi. Ah ! Tu ne me crois pas, hein ? Tu as raison, mais j'aime répondre des bêtises aux questions idiotes, surtout quand c'est évident !
— Tu n'as quand même pas fait revenir les cuisiniers ?!
— Et pourquoi pas ?! Tu peux m'accuser d'avoir fait exploser des bâtiments et de tuer des innocents, mais pas de condamner des employés au chômage ! Ils continueront d'être payés, mais pour ça, il faut bosser. Je ne vais pas les empêcher de revenir ! Tu sais, je pense que je pourrais être un bon directeur d'hôtel. Enfin, si la carrière de grand criminel ne me tentait pas déjà. »
Avant d'attaquer quelque chose de plus consistant, Batman se servit un café, laissant le Joker dans sa tirade. Puis, il hésita un instant avant de s'approcher de l'ordinateur : il avait aperçu l'en-tête de la Gazette de Gotham sur l'écran et il voulait connaître les nouvelles du matin.
Enfin, du début de l'après-midi.
Devinant sa curiosité, Joker se décala pour l'inviter à s'asseoir à côté :
« Approche-toi, j'ai quelque chose qui va te plaire ! »
La souris cliqua sur la flèche retour pour retourner sur un article du Gotham Globe. Le titre déplorait « Drame final chez Bruce Wayne ».
En faisant mine d'essuyer ses yeux, Joker essaya de passer son bras sur les épaules du chevalier noir, mais Batman le repoussa.
« Vraiment, Batou, rien qu'en lisant ce que Jack Ryder a écrit, j'avais les larmes aux yeux. Ta disparition regrettable me fait tant de peine…
— Tu peux arrêter.
— Et Alfred ! Il repassait bien ta cape ? Comment il faisait ton café ? Tu dois te dire que personne ne pourra l'égaler, mais promis, je vais torturer le cuisinier jusqu'à ce qu'il arrive au même résultat, juste pour te faire plaisir ! »
Batman préféra l'ignorer et se concentra sur les mots du journaliste.
D'après les informations réunies par Ryder, c'était une femme de ménage qui avait découvert le drame.
Aux aurores du 25 décembre, Ruby Bermejo était passée au manoir pour déposer des affaires, prenant de l'avance pour sa semaine de travail. Elle avait prévu de passer par un chemin discret, réservé aux employés en espérant ne pas importuner monsieur Wayne ou ses invités — aussi introverti soit-il, avait-elle songé, il avait certainement des invités pour le jour de Noël ! —, mais l'odeur de poussière brûlée l'avait surprise.
Inquiète, Ruby Bermejo avait suivi cette puanteur avant de découvrir les débris : le hall avait été saccagé par une explosion et les dégâts étaient visibles depuis la cour de devant. Refusant de s'aventurer plus loin, la femme de ménage avait appelé les pompiers.
Ce fut ensuite un défilé : le G.C.P.D. avec les experts en explosifs — oh qu'ils étaient nombreux à Gotham —, trois ambulances et cinq camions de pompiers, des journalistes de différents quotidiens, filmant ou criblant de flashs cette tragédie.
L'article annonçait avec regret le décès du majordome Alfred Pennyworth, à qui la garde du jeune orphelin avait été confiée. Jack Ryder ajoutait que la mort de cet homme loyal était d'autant plus tragique qu'elle était d'origine criminelle : l'explosion, le journaliste l'assurait sans se tromper malgré le silence du G.C.P.D., n'était pas un accident, car les tuyaux sous le damier ou les guirlandes de l'imposant sapin n'auraient jamais pu provoquer de tels dommages. Il s'agissait d'une attaque.
Quant à Bruce Wayne, la seule information qu'il avait pu obtenir avait été communiquée par un contact anonyme de la police scientifique : le sang du milliardaire avait été retrouvé sur le lieu du crime et les équipes cherchaient activement le corps. Les hypothèses étaient encore nombreuses et les chances de retrouver Bruce Wayne vivant étaient égales à celles de le retrouver mort…
Dans les dernières lignes, après une petite leçon de philosophie sur la célébrité et l'argent, Jack Ryder annonçait qu'il renonçait à sa semaine de congé pour pouvoir tenir fidèlement ses lecteurs au courant.
Joker s'était levé pour se verser une nouvelle tasse et, dans le dos de Batman, il demanda :
« Tu n'as récupéré aucun élément sur les lieux du crime ? Toi, le meilleur détective du monde ?
— L'explosion dans le hall vient de moi. » Avoua Batman, poings serrés contre le rebord de la table. Aux fenêtres, les rideaux étaient ouverts, mais le givre qui couvrait les vitres obstruait la vue quand même. « L'explosion provoquée par Bane a détruit une partie de la batcave, je ne pouvais pas la laisser exposée.
— Batcave ?! » Répéta Joker en riant aux éclats. « C'est quoi ? Une petite base derrière la cave à vins du manoir ?
— C'est réellement une grotte, exploitée en atelier et laboratoire. »
Le clown rit à nouveau, mais il n'était peut-être pas aussi moqueur que ce que Batman avait redouté : l'idée l'amusait juste réellement.
« Tu es un sacré numéro, Batou ! Est-ce que tu souffres de palilalie ? Est-ce que la chauve-souris est une idée fixe qui est devenue pathologique ?
— Tu es mal placé pour me psychanalyser, Joker. » Répliqua sèchement Batman en montrant un jeu de cartes posé près d'une assiette vide : la pile n'était composée que de jokers.
Beau joueur, le clown haussa les épaules pour capituler. Puis, il reprit sa place aux côtés de la chauve-souris. En croisant ses jambes, son genou heurta celui de Batman et resta contre lui. Batman ignorait s'il s'en rendait compte…
« Je me demandais, Batou, juste comme ça : une fois que tu auras tué Bane, une fois que tu m'auras tué, si tu y arrives bien sûr, qu'est-ce que tu feras ?
— Je continuerais ce que je fais depuis deux ans. De façon plus définitive cette fois.
— Mais en renonçant à ta vie de manoir ? » Il s'était rapproché, appuyé sur un coude, pour poser sa question sur le ton de la confidence. « Batman à plein temps ? Ça y est ? »
Le visage sous le masque était effectivement trop connu pour tout simplement déménager dans Gotham et recommencer une nouvelle vie. Peut-être après plusieurs mois, peut-être qu'en laissant pousser sa barbe et ses cheveux, il deviendrait seulement le doppelgänger de Bruce Wayne dont les médias s'amuseraient. Les théories folles deviendraient de bonnes blagues entre gothamites…
« Pendant combien de temps tu t'es fait passer pour Sionis ?
— Tu ne me croirais pas si je te le disais. Tu as besoin de conseils ?
— Non, c'était par curiosité. » Il termina son café, réfléchissant à cet avenir qui l'avalait si soudainement. « Le G.C.P.D. n'a absolument aucune information sur toi. Je n'en ai pas non plus, ce qui est assez rare pour être mentionné. D'où tu viens ? De Gotham ?
— Est-ce que c'est vraiment important ? Gotham m'a fait, tout comme toi, c'est ça, qu'il faut retenir !
— Qu'est-ce que tu faisais avant notre… "rencontre". Celle avec l'acide dont tu me parlais. »
Joker le fixa avec un calme trop soudain. Est-ce que Batman apercevait vraiment des nuances de bleus dans ses yeux ? Une couleur d'origine avant d'être éclaboussée par l'acide vert ?
Pendant un instant, Batman ressentit l'espoir d'entendre une réponse, un aveu, mais Joker se mit à rire, perdant son sérieux bien vite :
« Pourquoi est-ce que tu veux me priver de mes mystères, Batman ? C'est un jeu de strip-tease de secrets ? Non, je suis désolé, mais je suis bien trop pudique. Et je suis sûr que si je te racontais mon histoire, tu n'aurais plus besoin de moi et tu me tuerais là, sur cette table, de façon besti…
— Tes mystères ne sont pas ce qui te gardent en vie, Joker.
— C'est encore mieux ! Je les emporterais dans ma tombe. Ou alors je t'en parlerais. Un jour. Si nous sommes encore vivants. »
Batman serra les poings, essayant de se dire que les origines du Joker n'avaient aucune importance. Or, elles en avaient.
Alors que ses convictions s'effritaient, Bruce avait besoin de comprendre comment le Joker arrivait à composer dans ce chaos, ce délire. Il avait besoin de savoir si cette folie avait été engendrée par une raison logique.
C'était une curiosité assez malsaine, la même qui pousserait à voir un accident de la route au ralenti pour comprendre comment un conducteur se retrouve décapité par une barrière de sécurité.
Ou comment un être vivant se désarticule sous la violence d'une explosion…
« Mais tu n'es pas revenu au Royal pour parler de moi, hein ? » Demanda Joker en le ramenant au moment présent. « Aaaah, c'est vrai ! Les informations sur Bane, j'ai failli oublier cette grosse brute. Alors que toi, c'est une idée fixe ! Mais avant, tu dois m'expliquer pourquoi tu es persuadé que Bane est responsable.
— C'est lui qui a répondu quand j'ai… contacté mon majordome. »
Batman se serait passé d'explications supplémentaires, mais le Joker attendait, le menton posé sur ses mains croisées.
Devait-il tout révéler ? L'horreur ? Le chagrin ?
Mais le deuil était une douleur privée. Et elle le brûlait, car le colosse avait déclaré avoir laissé assez d'énergie à Alfred pour qu'ils se disent au revoir, pourtant, même en ne perdant pas une seconde, Bruce était arrivé trop tard.
Une question le hantait depuis : est-ce que Alfred avait seulement senti que le poids des pierres s'allégeait à mesure que son fils adoptif les déplaçait ? Qu'il avait tenté de le sauver ?
Il n'en saurait jamais rien, alors que l'expression douloureuse d'Alfred ne s'effacerait jamais de sa mémoire.
Grâce à l'analyse, Bruce se souvenait que le corps du majordome n'avait subi aucune lésion de blast : les poumons avaient été comprimés, mais pas par l'effet de pression de l'explosion, uniquement par celle des pierres. Les hémorragies et les contusions pulmonaires étaient des blessures plus mortelles que celles, rapides et soudaines, qu'une explosion pouvait provoquer.
Alfred n'avait même pas eu cette chance : la compression des poumons, des os et des chairs avait été le résultat des décombres projetées par l'explosion, entraînant une mort lente, et donc douloureuse.
« Bane a découvert mon identité et il a exploité mon secret. Il a attaqué la seule personne qui comptait encore pour moi, mais il ne l'a pas seulement tuée, il s'est acharné. J'ai retrouvé des traces de l'explosif : du semtex, un plastic assez puissant pour détruire de la pierre, facile et rapide à appliquer. Bane aurait pu tuer Alfred avec une arme à feu, il aurait pu détruire la totalité de la batcave avec plus de semtex, mais il détruire.
— Il faut le comprendre, Batou, c'est un grand garçon un peu maladroit, il fait comme il peut ! Je veux dire, tu as vu ses paluches, non ?! En plus, il a été élevé dans une prison. Inutile de se demander pourquoi le My Alibi ferme à chaque fois quand le grand méchant Bane est de sorti : il doit casser chaque femme qu'il touche.
— Bane est intelligent. » Fit remarquer Batman en ignorant les plaisanteries du Joker. « S'il a détruit une partie de mon matériel, les dégâts étaient moins graves, les réparations auraient été rapides, me laissant la possibilité de récupérer plusieurs équipements. Il a voulu que je retrouve Alfred, il a voulu que je sache qui était le responsable. Mais il y a autre chose : depuis cette nuit, Bane aurait pu révéler mon identité, mais il ne l'a pas fait, comme s'il voulait que je vienne me venger en tant que…
— D'accord, Batou, j'ai compris : tout ça est d'une logique mortellement ennuyeuse. Il y a quand même quelque chose qui me surprend : j'adore le semtex, c'est un petit péché mignon, sauf que Bane ne le partage pas vraiment.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Je ne pense pas que Bane se soit introduit dans ta batbase, bathouse, ou peu importe comment t'appelles ta grotte. Alors oui, je suis d'accord : c'est une grosse brute et la destruction fait partie de ses hobbies, enfin, entendons-nous, je ne le blâme pas ! j'ai aussi un faible pour les bâtiments qui s'effondrent et les…
— Joker ! Abrège !
— D'accord, d'accord ! Tu te souviens que Bane était un peu en colère contre moi ? Et qu'après vos chamailleries sur les toits, j'ai été emmené à Blackgate ? Bane a tout de suite suivi le G.C.P.D. pour s'assurer que les détenus de son gang me mettraient une dérouillée en prison. Hé hé, va comprendre pourquoi, il ne faisait pas confiance à ses hommes. Non, en fait, je sais pourquoi : ils sont faibles et abrutis. Et donc, il s'est rendu à Blackgate juste après mon arrestation ! Il n'était pas chez toi ! C'est quelqu'un d'autre ! »
Batman le saisit par le col pour le soulever, froissant le nœud de papillon jaune. Joker se mit à rire, comme heureux d'être accroché dans les airs, porté à bout de bras.
« Qui a tué Alfred ?! Parle !
— J'ai peut-être une idée, mais enfin, les délires paranoïaques, tu sais, ne sont jamais fiab…
— JOKER ! »
Le clown éclata de rire et blagua de façon graveleuse sur cette habitude de crier son nom.
Avec un grognement, Batman ressaisit son emprise et le rapprocha pour murmurer :
« J'ai déjà expédié ton acolyte par la fenêtre, Joker. Je peux recommencer avec toi.
— Qu'est-ce qui te rend si impatient ? Noël ?! Oh pardon, oui, l'heure des cadeaux est passée ! »
Excédé, Batman lui donna un violent coup de poing dans la mâchoire. S'il n'avait pas serré le col si fort, Joker serait certainement tombé à la renverse. Au moins, il aurait peut-être cessé de rire…
« Parle !
— Firefly ! »
Loin de soulager le justicier, cette réponse accentua l'envie de brutaliser le Joker à nouveau.
« Tu mens ! Garfield Lynns était en train de détruire le Pioneers Bridge, juste avant d'être embarqué par le G.C.P.D., je m'en suis assuré !
— Et où était-il quand nous étions tous au Royal ?! »
Batman se figea et, lentement, reposa le clown, mais ce dernier ne s'éloignait pas, admirant l'effet de sa réponse.
« Ça n'a pas de sens. Lynns ne connaît pas mon identité !
— Hé, nous sommes deux à savoir qui tu es sous ton masque, Batou. Jamais deux sans trois ! Revenons à nos moutons noirs : comment est ta batchambre ? Laisse-moi deviner, elle est protégée comme un coffre-fort avec plein de codes et de reconnaissances faciales, alors explique-moi comment Bane aurait pu faire un aller-retour aussi rapide vers un lieu surprotégé, batprotégé, alors que Firefly avait bien plus de temps ?
— Ce n'est pas Firefly qui a répondu quand j'ai tenté de joindre Alfred.
— Hum. Firefly fricote avec une experte en informatique, elle se fait surnommer Avespa je crois, oh, je sais plus, mais c'est un génie de la cybercriminalité, vraiment ! Elle aurait juste eu besoin d'intercepter ton appel pour te concocter un truc et…
— … Ou alors Bane et Firefly ont travaillé ensemble sur cette attaque… Lynns est un pyrotechnicien et un expert en explosifs qui possède du matériel militaire. »
Sa combinaison qui lui permettait de voler était un atout dont Bane aurait pu profiter en l'envoyant sur les lieux.
Il en était certain : Bane était responsable de la mort d'Alfred. Mais Firefly était peut-être impliqué aussi…
Joker s'appuya sur l'épaule de Batman, susurrant :
« Et cette grosse luciole adore cette espèce de pâte d'amande inflammable appelée semtex. Non, crois-moi, ce plastic, c'est 100% Firefly.
— Mais pourquoi Bane voulait me répondre et se dénoncer par la même occasion ?
— Je crois avoir la réponse : Bane est plus futé et plus costaud, malgré son addiction au venin, il a une meilleure gueule que l'autre marshmallow trop cuit. Lynns, lui, a bossé dans l'industrie du cinéma, il a l'habitude d'être dans les coulisses, ça ne devait pas le déranger d'être dans l'ombre.
— Lynns ne se sentait pas de rivaliser avec moi, alors que j'ai déjà affronté Bane, en y réchappant de justesse… » Le catcheur avait failli le tuer, s'affirmant dès leur premier combat comme un ennemi redoutable. « Il y a aussi cette récompense. Tu as promis 5 millions à l'assassin qui réussirait à me tuer, même en divisant par deux, ça faisait toujours une belle somme. Bane avait peut-être l'intention d'éliminer Firefly juste après, ou vice-versa. »
Batman se pencha vers l'ordinateur et chercha le nom de Firefly dans la barre de recherche.
Sur le Gotham Gazette, un petit article datant de quelques heures informait que Garfield Lynns avait dû être hospitalisé à l'Elliot Memorial Hospital suite à sa rencontre avec Batman au Pioneers Bridge.
Était-ce un nouveau nom dans sa liste ? Une prochaine cible sans défense ?
