Oswald Chesterfield Cobblepot était un homme horriblement petit.
Pour certains des gardes de l'Iceberg Lounge, leur patron frôlait même le nanisme en peinant à dépasser le mètre 50. Cette hauteur très modeste était de plus complétée par un tour de ventre affirmé, épaissi par des fourrures d'une qualité indéniable mais au goût douteux.
Une véritable apparence de bonhomme.
Pour compléter son costume, ce chef de la pègre avait la riche idée de porter des gants de cuir noir et des pantalons d'une couleur identique pour mieux dissimuler le sang qui pouvait l'éclabousser, car le Pingouin aimait jouer avec les apparences, parfaitement conscient que sa présentation poussait ses opposants à baisser leur garde… jusqu'à ce qu'ils se retrouvent la tête en bas, les pieds ligotés à une poulie, le sang affluant jusqu'à leur crâne suspendu juste au-dessus d'une cuve d'eau glacée.
L'expression « refroidir ses ennemis » était toujours prise au pied de la lettre par le Pingouin.
Oui, Oswald Chesterfield Cobblepot était un homme horriblement bas, mais il était aussi une vraie mine d'informations et il connaissait la majorité des intrigues à Gotham.
Batman ne doutait pas que la disparation du Joker devait être parvenue jusqu'à ses oreilles.
Dans la salle principale du club, les fumées de cigare pesaient, cachant avec leur texture de velours les peintures historiques tout autour, style art nouveau. Aux chevelures figées des nymphes qui se cachaient sous les chrysanthèmes se superposaient les volutes éphémères, et si les femmes représentées étaient d'une beauté figée, inaccessibles, les invitées, elles, s'assuraient d'être admirées par tous les hommes de la pièce en récoltant les regards, souriant des promesses. Les airs de jazz en sourdine dirigeaient leurs gestes, rendaient leur démarche sensuelle. Pourtant, la masse de pierres précieuses accrochée à leurs oreilles, à leur gorge ou à leurs poignets devint insipide quand Batman fit son entrée.
L'intrus avait réussi à assommer les deux vigiles devant le portail et il traçait son chemin entre les tables, sans un mot. Tous les clients avaient reposé leur verre à cocktail, prêts à s'enfuir si les balles se mettaient à voler ; une crainte justifiée, car trois hommes s'étaient levés, la crosse de leur revolver déjà en main.
Quand Batman ne fut qu'à quelques mètres de la table de Cobblepot, les canons le visaient, mais personne ne fit feu. Ils attendaient l'ordre.
« Ça alors. Batman. » Grinça le Pingouin, ne cachant pas son dégoût. Il en aurait craché dans sa vodka. « Qu'est-ce que tu veux ? Tu n'as pas déjà assez foutu le bordel la dernière fois au Final Offer ? Faut que tu te pointes ici aussi ?
— Je ne suis pas ici pour me battre, Cobblepot. Mais si tu veux que cela devienne une tradition, je veux bien faire un effort. »
Cobblepot serra avec force son cigare, fixant celui qui s'était improvisé héros de Gotham et dont la route avait pris un virage nouveau ces derniers temps.
Batman avait toujours fait peur au Pingouin, car il représentait un réel danger pour les négociations et ses plans. Combien de fois ce taré avait surgi du ciel pour frapper Cobblepot et son client ?
Mais depuis peu, le Pingouin ressentait une peur nouvelle, une peur identique à celle qu'il pouvait ressentir face à un autre criminel puissant.
Avec ce masque intégral, ce dégénéré n'était pas loin d'inspirer le même inconfort que Black Mask.
« Je peux m'asseoir ?
— J'aurais plus confiance si un chien galeux s'installait à ma table, espèce de salopard. Dis-moi ce que tu veux avant que je demande à mes hommes de te descendre.
— Les informations sur la disparition du Joker contre une partie de la fortune de Bruce Wayne. »
Cobblepot écarquilla ses petits yeux sombres, puis partit dans un rire gras et tonitruant.
« Si c'est un piège, Batman, il est vraiment minable !
— Ce n'est pas un piège. Tu es au courant de tout ce qui se passe en ville et je compte sur toi pour me dire tout ce que tu sais sur la disparition du Joker, une fois que j'aurais ce dont j'ai besoin, je te donnerai accès à une partie de la fortune de Wayne que tu convoites depuis longtemps. »
Oswald retrouva son sérieux pour mieux examiner la chauve-souris.
Depuis le tout premier jour où il l'avait vue, il avait détesté cette armure qui soulignait les muscles de cet homme, de même que cette mâchoire virile, cette odeur de cuir, cette assurance…
Malgré toutes les informations que le Pingouin détenait, il ignorait qui portait le costume de Batman, mais il était sûr d'une chose : c'était un homme qu'il aurait aimé être.
Au moins, avec ce nouveau masque, l'inconnu cachait sa jolie gueule.
Enfin, Le Pingouin fit signe à ses hommes de baisser leurs armes mais de rester vigilants, quant aux invités, ils pouvaient profiter de leur soirée : tout resterait sous contrôle.
« Suis-moi. Je pense que t'es assez intelligent pour savoir qu'au moindre faux pas, Batman, je te fais sauter le crâne, blindé ou pas. »
Ils quittèrent la salle principale du club, laissant derrière eux les mélodies de jazz.
Dans le couloir qui menait au fameux bureau de Cobblepot, des trésors disparates se laissaient caresser par les lueurs scintillantes des lustres. Cet homme avait les mêmes goûts qu'une courtisane, et, sans un sourire, Batman songea que La Pie serait un surnom tout aussi mérité que celui du Pingouin.
Plusieurs canapés étaient poussés contre les murs, mais seules les œuvres d'art pouvaient s'y reposer : des portraits de duchesses oubliées encadrés d'or, des statuettes de bronze, de jade ou de marbre s'enlaçaient dans leur froideur, des bijoux aussi brillants que des étoiles mises à terre, sans propriétaire pour les arborer…
D'autres merveilles se cachaient dans le bureau du Pingouin, et de façon surprenante, il y avait des trésors vivants : une immense cage à droite du bureau tenait en son sein trois chardonnerets et chaque déploiement d'ailes offrait une danse élégante de sépia, de rouge, de blanc et de jaune. De l'autre côté, une autre cage, avec des mésanges bleues cette fois, proposait une palettes de couleurs plus froides mais tout aussi belles.
Des tableaux familiaux remplaçaient les œuvres d'art plus classiques, attouchant une allure plus personnelle à cette antre. Entre une mère fine et un père obèse, le petit Oswald présentait une mine ronde déjà bouffie de méfiance.
Sur un mouvement de main du Pingouin, Batman accepta de prendre place dans un des fauteuils qui faisaient face au bureau. Il ignorait combien de genoux avaient tremblé à cette place, mais il ne comptait pas rallonger la liste.
Oswald Cobblepot s'installa à son tour, frôlant de façon ostentatoire un bouton rouge qui avait poussé sur le bois du bureau comme un énorme champignon. De toute façon, Batman avait déjà remarqué le contour qui sectionnait le parquet autour des deux fauteuils.
Joker aurait apprécié le gag de la trappe.
« Où atterrissent tes invités quand la conversation ne te plaît pas ?
— Ça, Batman, seules les personnes désagréables le savent. Si tu tiens tant à connaître la réponse, montre-toi impoli. »
Le Pingouin alluma une cigarette et laissa le paquet ouvert sans inviter Batman à se servir. Masque ou pas, un homme avec un tel physique devait sûrement faire l'impasse sur ce genre de plaisir, songea-t-il amer.
« Que je comprenne la blague que tu m'as sortie dans la salle : tu veux savoir où se trouve le clown, et en échange, j'empoche la plus grande fortune de Gotham ?
— Une partie seulement.
— Dis-moi, la chauve-souris, tu n'es quand même pas celle qui a provoqué la disparition de ce blanc-bec de Wayne ?
— Non. »
Cobblepot souffla la fumée par son nez crochu, se mordant les lèvres avant de répondre — une façon comme une autre de tourner sept fois la langue dans sa bouche :
« "Une partie seulement". » Imita le Pingouin. « Quand on parle d'argent, j'aime quand on utilise des mesures plus précises, Batman. Est-ce que tu sais à combien s'élève exactement la fortune de ce jeunot ?
— Non, je connais juste un accès pour une partie de cet argent. Bruce Wayne est juste porté disparu pour le moment, et sa fortune lui appartient jusqu'à ce qu'il soit retrouvé, mort ou vivant.
— Hé, tu sauras que pour rester à la tête d'un empire comme le mien, Batman, il faut maîtriser les lois, alors ne va pas croire que tu as besoin de m'expliquer que la société Wayne appartient toujours à ce merdeux de playboy, qu'il soit en Russie à se taper des adolescentes ou qu'il soit en train de se décomposer au fond de la mer. Je sais aussi que ses actionnaires bossent bien pour garder tout son fric actif, surveillant tout ça, mais rassure-toi, je saurais me faire discret. Le blanchiment d'argent, la falsification des comptes, le détournement de fonds… certains de mes hommes ont l'habitude de ces petits exercices et je ne garde que ceux à qui je peux mettre un 10 sur 10. »
C'était un sacrifice auquel Bruce avait réfléchi depuis sa visite chez le docteur Quinzel : seuls l'argent et les complots pouvaient intéresser Cobblepot, et justement, Bruce pouvait proposer une contrepartie financière intéressante, même pour une personne aussi riche que cet ennemi.
D'ailleurs, s'il avait su que le Pingouin aimait autant le faste, Bruce n'aurait rien cédé de ses actions et en aurait plutôt profité pour se débarrasser de certaines œuvres entreposées au manoir dont il ignorait quoi faire — les pires cadeaux sont ceux offerts par des personnes qui ignorent tout de nous, et Bruce en recevait en grande quantité —, mais il s'était déjà avancé sur cette promesse…
Bien sûr, il avait toujours été hors de question de céder tous les comptes en banque au Pingouin, mais l'héritier Wayne avait songé à un ou deux investissements qui marchaient à plein régime, comme ce projet d'assainissement des eaux commencé deux ans auparavant.
Quand il avait commencé à combattre le crime, Bruce avait été surpris par le nombre de cadavres dans les égouts, les cargaisons de drogue ou de produits chimiques expédiées dans la mer, les armes et autres preuves de crime sur les plages… alors, une semaine avait avoir porté pour la première fois son armure, il avait investi dans l'entreprise Clear, un groupe composé de scientifiques qui assainissait les eaux de la ville.
L'ironie était que le rapide succès de ce projet tenait uniquement au taux de criminalité importante de Gotham, et dès les premiers mois, Clear avait rapporté plus de 2 millions et la société continuait son expansion. Ces parts convaincraient Cobblepot de parler.
Mais il restait un dernier risque…
« J'ai toujours su que tes joujoux devaient coûter un fric monstrueux, Batman, alors raconte : le p'tit Wayne est donc ton mécène ? Quel est ton lien avec lui ? C'est lui qui te demande de nettoyer la ville pour venger son papa et sa maman ? C'était ton patron et maintenant qu'il n'est plus là, tu peux claquer ton argent de poche comme bon te semble ?
— Ça ne te regarde pas. »
À cette réponse, le Pingouin écrasa sa cigarette d'un mouvement brusque :
« Qu'est-ce que tu vas imaginer, Batman ? Qu'agiter quelques billets sous mon nez me ferait parler ?! Ne me prends pas pour un con.
— L'échange est équitable.
— Nan. Avant, il va falloir que tu me dises pourquoi ces infos valent si chères, que tu me dises ce que ça va vraiment me coûter de te dire où est le Joker. Écoute, il n'y a pas trois semaines, je disais encore à mes gars de surveiller chaque gargouille pour voir si t'avais pas posé ton cul dessus, histoire que tu ne foutes pas en l'air une nouvelle opération. À cause de toi, j'ai des colosses qui ont préféré se ranger ! Qui ont préféré me laisser tomber plutôt que de t'affronter ! Il a fallu que je leur fasse comprendre qui était plus dangereux, toi ou moi. » Batman entendait trop souvent parler d'accidents malheureux autour d'un seul et même individu, d'anciens complices de Cobblepot, car au lieu de coups, le Pingouin préférait détruire l'entourage de ses victimes, forçant le hasard. C'était peut-être ce qui agaçait le plus Cobblepot concernant Batman : en ignorant son identité, il ignorait comment le détruire. Il serait devenu enragé s'il avait su la vérité à cet instant. « … Et voilà que ce clown débarque avec assez de moyens pour mettre à genoux cet abruti de Sionis, pour descendre Loeb, pour engager des personnes aussi dangereuses que Bane ! » Il pointa du doigt Batman. « Sans oublier toi ! Il a foutu ta tête à prix la nuit de Noël, et voilà que depuis quelques jours, j'entends des rumeurs comme quoi vous êtes partenaires ! Qu'est-ce qui me dit que ça va pas me retomber sur la tronche un de ces quatre ?!
— Le Joker n'a rien entrepris contre toi.
— Ouais, t'as raison, qu'est-ce que j'suis con : un gars aussi maigre que lui doit être plus frileux qu'une mamie, alors il viendra jamais au Iceberg Lounge, hein ? Tu crois que je vais gober ça ?! »
Batman garda le silence, laissant le Pingouin à poursuivre :
« Écarter les criminels de Gotham, c'est pas ton boulot ? Ou ta bonne résolution pour cette année est de changer de camp ? Qu'est-ce que vous mijotez, tous les deux, hein ?
— Je ne suis pas allié au Joker, Cobblepot. C'est juste que nous avons une affaire en cours. Et tu n'es pas concerné : si Joker avait voulu te détruire, crois-moi, il aurait commencé il y a longtemps. »
En réalité, Batman ne croyait pas un mot de ce qu'il avançait : la folie du Joker n'entravait pas une certaine logique dans ses actes, une intelligence qui l'avait déjà mené loin à Gotham. Peut-être qu'éliminer le Pingouin était un plan pour un avenir plus ou moins proche…
D'ailleurs, puisque la chauve-souris changeait ses méthodes, il était bien possible que le Pingouin finisse par…
« Et si j'avais voulu te faire du mal ou t'arracher les informations autrement, je l'aurais déjà fait. Or, je n'ai pas été impoli et je me suis montré sympathique, comme tu me l'as conseillé. »
C'était la première fois qu'ils causaient aussi longtemps et Batman espérait qu'une attitude conciliante serait le dernier argument pour conclure l'échange. Que le Pingouin cède enfin !
« Tu commences à m'emmerder avec ce clown, Batman ! J'ai jamais cru que la folie était contagieuse, et jusqu'à ce soir, je croyais pas plus les rumeurs qu'il y a sur ce malade et toi, mais le fait est là : il y a quand même un truc bizarre qui se passe avec vous deux.
— Peu importe où il sera emmené, Cobblepot, tu sais qu'il fera tout pour s'enfuir. Il n'est pas resté plus de deux heures à Blackgate avant de déclencher une émeute. Je dois le retrouver. »
Cobblepot éclata de rire, se moquant à gorge déployée :
« Qu'est-ce qu'un gars comme ça peut t'apporter ?!
— Je ne te demande pas ton avis, Cobblepot, mais des informations. Et en échange, tu auras l'accès à une partie de la fortune de Wayne. Quelque chose comme 13% de sa fortune complète. C'est assez précis pour toi ? »
Puisque le Pingouin ne protestait plus, Batman lui demanda alors une feuille et un stylo, bien déterminé à creuser ce filon. Cobblepot plissa ses petits yeux : sous la lumière tamisée, ils devinrent noirs et brillants. Son nez en bec le faisait ressembler au plus agressif des oiseaux. Finalement, assez intrigué, il lui tendit au vengeur quoi écrire.
En prenant appuyant sur son gantelet, Batman inscrivit quelques numéros et plia soigneusement la feuille plusieurs fois.
« J'ai écrit ici ce dont tu as besoin pour avoir accès à un des comptes bancaires de Bruce Wayne. Dis-moi qui a organisé le kidnapping du Joker et où il se trouve, ensuite, je te donnerai ce morceau de papier. Mais garde tes secrets et je brûle ces codes pour que tu n'aies jamais accès à cet argent.
— Ah ! Ahah ! J'aurais dû me douter que t'allais marchander comme un gosse ! Je pourrais appuyer sur ce gros bouton et répondre à ta toute première question, Batman, puis j'aurais accès à ce morceau de papier.
— Peu importe ce qui se trouve sous cette trappe, Cobblepot, je pourrais te surprendre. Tu as envie de me tester et voir si j'arriverais à en revenir ? Fais attention. Tu pourrais le regretter.
— Espèce d'emmerdeur… »
Grogna le Pingouin, mais il n'appuya pas, fixant plutôt le morceau de papier. Sentant qu'il tenait son poisson, Batman força la main en demandant :
« Dis-moi déjà s'il est vivant.
— … Ouais. Aux dernières nouvelles, ce grand malade est vivant.
— Où est-il ? Il retourne à Blackgate ?
— Nan. » Cobblepot s'était penché en avant, et quand il saisit le morceau de papier, il s'en lécha les lèvres. « C'est Black Mask qui a organisé l'enlèvement du Joker, avec le soutien de Bane. Ils ont des comptes à régler avec ce malade, mais Bane espérait t'attirer par la même occasion parce qu'il est convaincu que vous êtes amants. Si c'est pas mignon ! » Cobblepot caressa du pouce la feuille avant de la déplier. « Tu devrais faire gaffe : je vais finir par croire la même chose. »
La conversation avec le docteur Quinzel revint en mémoire de Batman, ravivant ce doute : est-ce que le Joker avait vraiment parlé de lui en disant avoir trouvé un semblable ? À quel point Harleen avait mal interprété ses propos ? À point quel elle les avait modifiés ?
Était-il vraiment tombé amoureux ?
« Parlons des faits et non des rumeurs, Cobblepot.
— C'est un point sensible ? Mais tu as raison, je perds déjà assez de temps. Le clown ne doit sa survie qu'à l'argent promis par Quincy Sharp pour sa capture : ce prétentieux a reçu pas mal de subventions pour son projet d'asile, mais le poisson clown a beaucoup de valeur apparemment, et s'il arrive à le contenir, s'il réussit là où Blackgate a merdé, c'est une carrière assurée. Bane n'était pas vraiment pour cette alternative, mais Black Mask a besoin d'un coup de pouce financier pour commencer à récupérer ce qu'il a perdu, et il a compris que le Joker lui rapporterait plus en étant vivant que mort. Trois hommes de Black Mask sont en route pour embarquer le clown à l'asile et empocher la somme.
— Mais l'asile est encore en travaux ! L'établissement n'ouvrira pas avant des semaines !
— Le clown a foutu un tel merdier que le maire et Sharp estiment qu'il y a urgence. Et ouais, il y a des travaux, mais les patients comme lui seront coincés dans les cellules déjà construites du temps d'Amadeus Arkham. Ces vieilles grottes en pierres. Sans bâton de dynamite, Joker n'en sortira pas.
— Et Bane et Black Mask seront ses voisins de cellule ? Ne te moque pas de moi. Quincy Sharp ne travaille pas avec les criminels, Cobblepot.
— Les hommes de Black Mask ne vont pas se présenter comme des criminels, couillon ! Ils seront en civils et inventeront une jolie histoire. Ils se sont sûrement assurés que le clown soit trop amoché pour parler. Ce qui ne sera pas difficile : Sharp est déjà incapable de faire la différence entre un loup et un chien en temps normal, tu penses qu'il pigera quoique ce soit quand le Joker arrivera dans son précieux asile ? Le projet Arkham n'aurait pas abouti aussi vite sans l'aide financière de Ferris Boyle alors que ce gars-là est aussi pourri que Carmine Falcone !
— Boyle ?! Tu mens !
— Il était à ta place il y a quinze minutes ! Enfin, c'est pas dommage que tu l'aies loupé : j'aurais pas pu voir ta sale trogne surprise sous ce masque de toute façon ! »
Si ces accusations n'avaient pas été crachées par le Pingouin, Bruce n'y aurait pas cru : Ferris Boyle était un philanthrope que l'héritier Wayne avait déjà reçu chez lui, et lors des réceptions, ils avaient partagé des projets entre Wayne Inc. et GothCorp. Des projets pour améliorer la vie à Gotham.
Boyle et Wayne avaient été à la fois concurrents et associés.
Mais pourquoi le Pingouin mentirait sur ce point ?
Même en enquêtant et en surveillant les réseaux criminels, Batman n'avait jamais surpris Boyle…
Le mal était enraciné plus profondément dans Gotham que ce qu'il avait cru.
« C'est Boyle qui t'a dit que le Joker serait à Arkham dès ce soir ?
— Nan. Mon affaire avec lui ne te concerne pas. Mais tu sais quoi ? Je vais te faire une dernière confidence, après, tu dégageras très loin d'ici : Boyle a reçu les plans de l'asile d'Arkham cet après-midi, fais ce que tu veux de cette dernière information. »
Batman n'aurait jamais cru avoir toutes les informations nécessaires : avec leur haine mutuelle, il avait pensé que le Pingouin aurait glissé seulement quelques indices, comme des pièces de puzzle balancés à travers une pièce juste pour le plaisir de le voir essayer de les réunir… et pourtant, Batman savait maintenant non seulement que le Joker était encore en vie, mais aussi qu'il serait à l'asile d'Arkham dans quelques heures.
Il était à peine vingt heures. Peut-être qu'il arriverait à le retrouver avant demain soir ?
Avant, il devrait retrouver Ferris Boyle. Ensuite, il pourrait demander de l'aide à Harleen Quinzel…
Batman s'apprêta à se relever, mais le Pingouin l'arrêta d'un geste :
« Tu vas m'accorder une faveur en échange, Batman, et ça en sera une pour toi aussi, crois-moi.
— Je t'écoute ?
— Quand tu retrouveras ce malade, enfin, si tu le retrouves, si tu le libères et que t'en fais ton partenaire, tiens-le en laisse, nom d'un chien ! Ce détraqué serait capable de foutre le feu à Gotham juste parce qu'il a un peu froid. »
