Chapitre 5 : All the things she said
« Starting from here, let's make a promise, You and me, let's just be honest, We're gonna run, nothing can stop us, Even the night that falls all around us…»
J'éteignis le réveil d'une main en grognant. Je détestai le matin. Un autre sommeil sans rêves, lourd et réparateur. Je me levai d'un bond et allumai ma cafetière sans grande énergie. Quelques minutes plus tard, je m'étais assise à ma table de salon, une tasse de café devant le nez et un œil sur le journal du matin. Une journée comme les autres en somme. Un bâillement pas du tout dissimulé et une larme à l'œil plus tard, je filai sous la douche.
Une serviette enroulé autour de mon corps, je déambulai dans mon appartement lâchant une nouvelle fois un bâillement. Et, tout en me frottant les yeux d'une main, j'essayai de rattraper ma serviette qui voulait m'abandonner, lorsque j'entendis du bruit provenant de l'entrée.
Put…
J'attrapai lentement une batte de baseball qui trainait dans le couloir et m'approchai lentement. Si quelqu'un était entré me vider les poches, il allait passer un sale quart d'heure.
Je levai la batte au dessus de ma tête et surgis d'un coup dans l'entrée. C'est alors que tout m'abandonna : mes doutes, mes peurs, et ma serviette. Lena était là devant moi. Je lâchai l'arme et, morte de honte, ramassai la méchante serviette de bain qui m'avait fait faux bond.
-« Lena ? Qu'est-ce que…! »
Pour la première fois, j'entendis le rire de Lena, doux et communicatif à la fois. Le sourire aux lèvres, je continuai :
-« Comment es-tu entrée ? Argh ! J'ai encore oublié de fermer en rentrant hier soir… ! Il va m'arriver des bricoles un de ses jours ! »
-« Excuses moi Yulia… Excuses moi de ne pas avoir donné de nouvelles. C'est compliqué, trop compliqué, je ne pouvais pas te mêler à cette histoire… ! »
Au fur et à mesure qu'elle parlait, quelques larmes coulaient sur ses joues rosées par la fraîcheur de ce matin d'hiver.
-« Je t'en prie Lena, t'en fais pas pour moi. Vraiment. Laisses moi quelques minutes, histoire de reprendre forme humaine et d'enlever la honte d'être en petite tenue devant toi et nous parlerons. D'accord ? Installes toi dans le salon, je reviens ok ? Ne fuis pas surtout !» J'avais prononcé ces derniers mots trop vite et craignis un malaise. Mais elle hocha la tête en souriant et se dirigea vers mon salon.
Bien joué Yul… ! Pour la mettre plus mal à l'aise, tu ne pouvais pas faire mieux…
J'avais tourné les talons et une fois dans la chambre je me frappai la tête pour me punir. Quand je revins dans le salon, après m'être habillée, nous commençâmes à parler de son histoire. Après quelques heures de discussion, j'appris que Lena s'était entichée du fils d'un patron de la mafia russe. Et ce n'est qu'après qu'elle comprit qu'il était mafieux et qu'il voulait en faire son jouet sexuel. Lena avait protesté mais l'homme avait voulu s'en prendre à elle. C'est alors qu'elle lui donna rendez-vous dans cette crique pour rompre avec lui mais le russe n'avait pas apprécié de se faire quitter et avait tenté de la violer sous la menace d'une arme.
-« Et c'est là que mon héroïne est arrivée…! » Finit-elle
-« Wow… un vrai film d'action ! » dis-je après sa longue histoire
Mes joues s'empourprèrent. J'étais à nouveau mal à l'aise. Je frottais mes mains moites les unes contre les autres. Je pense que Lena le remarqua car elle me prit les mains et les garda dans les siennes quelques instants.
-« Je ne te remercierai jamais assez Yulia d'avoir fait ça pour moi, tu sais. »
Je me grattai modestement la tête et lui souris bêtement comme seule réponse.
C'est de pire en pire niveau assurance Volkova…
Elle rit et enchaîna sur complètement autre chose, me posa des questions sur mon travail, sur ma famille. A croire qu'elle savait exactement comment me mettre à l'aise. Nous avons parlé, et parlé encore et, après avoir commandé des pizzas, nous nous sommes décidées à aller en ville. Lena avait l'air d'avoir tellement d'énergie et l'envie d'oublié toute sa vie d'avant que je me lassais trainer dans un bar de nuit.
Elle est là devant moi, le corps ondulant sur une musique bien trop forte. Moi, je suis accoudée à une enceinte presque aussi grande que moi. Pourquoi faut-il que les gens fassent des choses stupides une fois alcoolisés ? Elle est montée sur une table basse pour danser. Cette vision me change de la torpeur dans laquelle je l'ai rencontré. Elle, vêtue d'un polo à rayures trop petit pour son imposante poitrine et d'un jean trop serré à mon gout, et moi d'un jean large délavé, d'un débardeur blanc et mon éternelle veste en cuir, je me surprends à jouer la bodyguard avec elle. C'était censé être un simple "verre dans un bar" et c'est maintenant limite du baby-sitting. Je ravale une méchante envie de coups de poing à chaque homme qui semble s'approcher d'elle.
Volkova… Couchée…Elle ne t'appartient pas, doucement…
Le DJ commence à passer une nouvelle chanson, et, alors que je fixais un mec étrange qui avait littéralement un coulis de bave aux bords des lèvres, j'entends un cri. Lena.
Qu'est-ce que… !
Je face volte face pour regarder Lena. Elle me fixe l'air béat et tout en sautant sur place tel un marsupilami, me crie dans l'oreille :
-« C'est ma chanson préférée ! »
Arf…
-« Ah bon ? » Je crie en retour.
-« Viens danser ! »
Alors que proteste énergiquement, en me cachant derrière mon verre de vodka, la belle rousse me prend par la main et m'entraine sur la piste. J'ai à peine le temps de déposer mon verre sur une table qu'elle m'agrippe le corps entre ses bras et se colle à moi.
Mais qu'est-ce…
Je ne sais pas si ce sont les 5 verres de vodka ou le bruit assourdissant qui me rend comme ça mais au bout de quelques mouvements collés-serrés, je me surprends à aimer ça. Je ferme les yeux et me laisse bercer par le corps de Lena qui semble ne faire qu'un avec le rythme. Nos bassins se frôlent, ses mains parcourent mes bras et mes hanches. Prise dans cet élan de proximité, je m'aventure à poser une main plus bas que la cambrure de son dos. Elle frémit.
Oops ! Je vais m'en manger une… !
Mais elle n'en fit rien. Elle me regarda et je vis passer une lueur étrange dans ses yeux. Stupeur ? Désir ? Les deux ? Impossible à déterminer. Pensant être allée trop loin, je desserrai l'étreinte et fis mine d'aller au bar sans me retourner.
J'avais changé d'avis et m'étais retranchée dans les toilettes. Prostrée devant le lavabo, je regardai mon reflet qui n'était pas vraiment en valeur dans cet endroit plongé dans une ambiance un peu glauque dégagée par des néons bleuâtres. Je me passai une énième fois de l'eau sur le visage pour remettre mes idées au clair.
-« Mais qu'est-ce qu'il te prend enfin ? Mets ta libido de côté… Parce que d'abord, euh… tu ne la connais pas hein… ! Et ensuite je doute que, malgré tes talents de séductrice, elle tombe sous ton charme… ! Reprends-toi ! » Argumentai-je à mon reflet en me giflant physiquement cette fois.
-« Tu parles toute seule maintenant Yulia ? » dit une voix derrière moi.
Je sursautai et sentis un frisson dans ma nuque. J'essayai de distinguer la personne derrière moi à travers le miroir mais il faisait trop sombre. La voix s'approcha et c'est là que j'ai percuté.
-« Qu'est-ce que tu fais là ? ».
