Chapitre7 : Lonely

« Tell me nothing ever counts, lashing out or breaking down, still somebody loses 'cause there's no way to turn around, staring at your photograph, everything now in the past, never felt so lonely I, wish that you could show me love »

Je fais les cents pas entre deux ambulances. Guettant les allers et venues des pompiers et ambulanciers sortant du bâtiment. Au bout d'une heure d'attente et d'anxiété, je vois le pompier à qui j'avais parlé venir à ma rencontre. Le regard plein d'espoir je l'interroge des yeux pour savoir s'il a vu Lena. Le soldat du feu enleva son casque et me regarda gravement. C'était signe de mauvaise nouvelle.

-« Je crains que votre amie soit portée disparue... Je suis désolée mademoiselle. »

Le monde s'écroulait sous mes pieds, je sens que mes jambes me lâchent. Je m'appuie sur le véhicule à côté de moi. J'ai du mal à trouver de l'air, j'étouffe. Je vais me sentir mal. Mes paupières sont lourdes. Trou noir. Lena était une nouvelle fois sortie de ma vie.

Quand j'ouvre les yeux, je me rends compte que je reçois les images mais pas le son, comme si on remettait un vieux film en marche. Puis le son est revenu, la première chose que je vois c'est le pompier à qui j'avais parlé.

-« Mademoiselle ? Vous vous sentez mieux ? Vous avez fait un malaise. »

J'ai la tête en compote, je suis allongée dans une ambulance.

-« Ah oui ? J'ai plutôt l'impression d'être passée sous un train là… » Je nargue le pompier.

Celui-ci me sourit franchement et j'aime voir cette chaleur humaine dans ses yeux qui me réconforte plus que des mots. Après un raclement de gorge, mon sauveteur m'annonce que des revendications viennent de se faire connaitre.

-« L'attentat a été prémédité par la mafia russe en représailles d'un contrat inachevé. Enfin, c'est ce que prétend le lieutenant de police. » Il fait une pause comme s'il avait fait une bourde.

-« Enfin… Je ne vous ai rien dit hein ? Ca reste entre nous ! Promis ? Je risque ma place en divulguant des informations que même les médias ne savent pas ! C'est juste que si votre amie est impliquée, j'ai pensé que vous auriez voulu le savoir…»

-« Ne vous inquiétez pas, je sais très bien garder les secrets ! » J'accompagne le geste à la parole et lui lance un clin d'œil de mon crû.

-« Et il y a autre chose mademoiselle… »

-« Appelez-moi Yulia. » Je coupe, stressée et pressée qu'il crache le morceau.

-« Yulia, il y a autre chose que vous devez savoir. En plus de l'attentat commis par cette mafia russe, les enquêteurs ont trouvé une note signalant le kidnapping d'une citoyenne russe lors de cet attentat. Une femme répondant au nom de Katina. »

-« Holy shit… » Je jurai mais les mots étaient encore sortis sans ma permission. « Excusez-moi Monsieur… »

-« Appelez-moi Roy ! » me coupe le pompier avec un sourire plein de dents.

-« Roy oui… C'est mon amie qui a été kidnappé. »

-« Vraiment ? Il faut que vous vous présentiez à la police Yulia ! Dites leur ce que vous savez ça peut les aider ! Ce sont les inspecteurs O'Connor et Salvaliev sont sur l'affaire. Je vous les amène si vous voulez ? »

-« Non ! » J'avais crié d'une façon incontrôlable et dû m'y reprendre une seconde fois pour terminer ma phrase. « Non, merci. Je… je n'étais pas si proche d'elle en vérité, c'est juste qu'avec tous ses terroristes en ce moment, je pense que c'est entrain de tourner en psychose dans mon esprit. Excusez-moi Roy. Je vais rentrer maintenant. »

Le soldat du feu me regarda l'air dubitatif mais ne releva pas. Et je le remerciai mentalement pour ça. C'était bien trop évident ses inspecteurs louches soient sur l'enquête. Tout ceci était trop téléphoné. Je devais m'éloigner le plus rapidement possible de ces gars et surtout qu'ils ne remarquent pas ma présence. C'est comme ça que le pompier et moi, nous nous sommes quittés alors ici, sur le théâtre de l'enlèvement de Lena. Je quittai alors la scène pour revenir dans un nouvel acte et un nouveau tournant de ma vie. Je voulais agir contre cette fatalité. Ils m'avaient pris Lena, ils allaient le payer. Ils ne nous auront pas…

C'est une fois rentrée chez moi et quelque peu remise de mes émotions, que je pris une des plus importantes décisions de ma vie : Sortir Lena des griffes de la Bratva. Je ne savais pas dans quoi je me lançais, mais il ne me fallut que quelques secondes pour me décider. Je voyagerai jusqu'en Russie mettre toute cette histoire au clair et retrouver la seule personne qui me rendait vivante : Lena.

Le lendemain, je prenais un billet la mère Russie et la ville mystérieuse de Moscou. La veille, j'avais fait ma valise et prévenue Mathilde, mon employée, d'un chômage technique et indéfini que les aides de l'état pourrait heureusement palier le temps de mon absence. J'avais également passé un appel à Tania. Je lui ai tous raconté, l'attentat, le kidnapping et même la visite surprise des policiers étranges à mon appartement. Je l'ai bien sûr mise en garde sur le fait qu'il ne fallait pas qu'elle parle à la Police avant que je le lui demande. Car j'avais dans l'idée que moins ses policiers impliqués jusqu'à l'os en savaient, mieux je pourrais mener mon enquête au sein de la mafia. En espérant tout de même sortir indemne de cette sombre aventure dans laquelle je me lançais à corps et cœur perdus.

11h58 heure locale : Aéroport LAX – Los Angeles.

J'enregistre mon maigre bagage, un petit sac de sport, auprès du service de l'aéroport. Je n'ai pris que le nécessaire, ne sachant pas pour combien de temps j'allais partir, j'ai préféré prendre le moins possible pour risquer le moins possible la perte de choses de valeur. J'avais déjà perdu ma beauté slave, je ne pouvais pas me permettre d'en perdre plus. Je prends quelques minutes pour profiter des quelques instants de quiétude avant mon vol. Je fouille dans ma veste et en retire une photo de Lena. Une que j'avais prise à son issu dans le bar. Elle est dessus, souriante, juchée sur sa table entrain de danser. Son regard est profond, comme si elle voulait voir mon cœur à travers l'objectif. Assise en salle d'embarquement avec tous ses inconnus qui courent après le temps et leur avion, tout le tumulte de la foule qui attend son vol, mon esprit vagabonde. Un passant, une histoire. Celui-ci va-t-il voir de la famille ? Ou sa fiancée ? Où aime t-il seulement voyager ? Part-il seul ou entre amis ? L'attend- t- elle dans un autre pays ? Une autre ville ?

Je ferme les yeux et inspire lentement pour me vider la tête. La route vers Lena sera longue et parsemé d'embuche, je le sais. Pourtant je ne ressens aucune peur, aucune appréhension sur ce qui m'attend dans les contrées de ma mère Russie. J'empoigne résolument alors mon unique bagage et me dirige vers la file d'embarquement affrontant mon destin qui m'emmenait à des milliers de kilomètres de chez moi.

16h12 heure locale : Aéroport Domodedovo.

Me voici en terrain ennemi. Je viens d'atterrir dans mon pays natal et pourtant je ne me suis jamais autant sentie étrangère. Outre la barrière de la langue que je parlais très mal, la ville moscovite me paraissait tellement hors de tout ce que j'avais déjà connu. Un monde à part. En sortant de l'aéroport je suis frappée par l'espèce d'exotisme que provoque cette ville en moi. La ville de Moscou est vraiment différente, son architecture encore épargnée par le capitalisme envahissant.

Je prends un taxi pour me rendre à mon hôtel qui serait mon Q.G. pour le long de mon séjour. Passant à côté du Kremlin je me souviens de la première fois que je l'ai vu. Je ne devais pas avoir plus de 4 ans. Mes parents et moi étions rentrés en Russie pour les vacances d'hiver, et tout était si blanc et si froid. La neige recouvrait tout ou presque, et les seules choses qui n'étaient pas enneigées étaient givrées. J'ai toujours pensé que l'éducation de mes parents était si dure à cause du froid légendaire russe. J'ai eu cependant une enfance heureuse et j'ai pu voyager à travers le monde grâce au travail de mon père dans la finance. Et pourtant, mes parents revenaient toujours en Russie. Inlassablement attirés par leur pays d'origine, moi trop petite, je ne comprenais pas pourquoi un pays et une mentalité si froids les faisaient revenir ici.

Et maintenant me voici ici. Plongée à cœur perdue vers l'inconnue et vers la femme qui avait volé mon cœur. Douce et grande Russie, je fouillerai chaque recoin, mais je la retrouverai.