Je ne sais pas si je vais réussir à poster le chapitre 30 mardi prochain : dizaine oblige, il sera long. De plus; un événement qui, je pense, est attendu par pas mal de lecteurs et lectrices s'y déroule, et j'aimerais le peaufiner niveau écriture, malheureusement, je pars en voyage samedi matin ! J'écrirai le plus possible durant la semaine, mais je doute terminer la rédaction et la relecture en moins d'une semaine.
Mais comme d'habitude quand je rate des mardis : je posterai plusieurs chapitres si c'est possible.
Batman analysait les plans de l'hôpital, ayant cessé de se demander comment Joker les avait obtenus. Combien d'alliés le clown avait exactement ? Batman n'arrivait pas à deviner.
En explorant les possibilités pour atteindre Firefly, Joker et Batman s'étaient mis d'accord sur l'approche : l'accès jusqu'à la chambre ne serait pas compliqué en passant par l'extérieur. Inutile de s'encombrer avec les halls, les couloirs et les gardiens qui assuraient la sécurité : avec le grappin, ils pourraient atteindre l'étage visé.
Avec la pointe d'un stylo, Batman marqua d'une croix l'endroit où le seul garde serait posté — l'information venait d'une infirmière, apparemment — et évalua quelles pièces serviraient à cacher l'homme une fois inconscient.
De son côté, préférant l'improvisation, Joker se laissa tomber sur le canapé, collant son épaule à celle de son batenaire pour saisir la télécommande. Les guirlandes clignotaient encore quand il alluma la télé, faisant disparaître le reflet des ampoules sur l'écran sombre. Ils venaient de rater le premier quart d'heure de Black Christmas, film considéré par les cinéphiles comme le premier slasher de l'histoire.
« Oh ! Je ne savais pas qu'ils passaient des classiques sur cette chaîne ! Le monde ne tourne pas si mal, en fait. Et tu as vu, Batou ? Un film en couleurs. Il faudrait que tu le montres à l'équipe qui gère le Gotham Cinema.
— Je les imagine mal passer un film où un inconnu s'est infiltré dans une sororité pour dire des obscénités par téléphone. » Répliqua Batman en jetant un coup d'œil à l'écran, victime d'une curiosité morbide. De toutes façons, ils avaient manqué le premier meurtre où une étudiante se fait étrangler dans un sac en plastique. « Et puis, Gotham n'a pas besoin de films pour découvrir des drames…
— Tu-tu-tut, je laisse passer pour cette fois, Bats, parce qu'on a raté toute la scène d'intro' et que tu as certainement oublié la prouesse cinématographique que c'est… mais tu ne peux pas mépriser un film juste parce qu'il concentre tout son esthétisme sur la violence : c'est ce qui fascine le public, c'est ce qui te fascine toi aussi. » La pointe de son index s'enfonça dans la joue de Batman.
« Je ne méprise pas les films d'horreur, je dis juste que les Gothamites n'en n'ont pas besoin.
— Bien sûr que si ! Les criminels manquent d'esthétique, de recherche, de surprise. Aucun d'entre eux n'a l'amour de la scène ! C'est d'une tristesse…
— Alors que toi, tu es un show ambulant. »
La main du Joker quitta sa joue pour venir frôler sa nuque, testant les limites accordées.
« C'est un compliment qui me va droit au cœur, Batou, surtout venant de quelqu'un qui a aussi le sens du spectacle, un cinéphile qui pense au visuel, à… D'ailleurs, ton costume, c'est ton design ou quelqu'un t'a aidé ?
— J'ai travaillé avec un ingénieur. » Avoua Batman sans en révéler davantage, ne voulant pas parler de Lucius Fox pour le protéger de ces nouvelles alliances. Puis, il répondit enfin à une des premières questions du Joker : « Et… le symbole de la chauve-souris vient du fait que, peu de temps avant la mort de mes parents, je suis tombé dans un puits abandonné dans le domaine. Des chauves-souris y avaient fait leur nid : mon cri les a réveillées et elles ont essayé de fuir alors que je tombais encore… »
Tout en se remémorant cette chute décisive — non dans l'acide ; Bruce, lui, avait plongé dans l'ombre —, Batman sentait les doigts du Joker effleurer ses cheveux. C'était surréaliste de parler de cet événement le visage découvert et presque dans les bras de quelqu'un.
Surréaliste, mais agréable.
« Je suis resté recroquevillé au fond de ce puits une heure avant qu'Alfred ne me trouve. Il a prévenu mon père qui est descendu lui-même, sans attendre de l'aide, et m'a récupéré.
— Ça vient donc de là… Tu utilises une peur personnelle et tu l'infliges aux autres. » Bruce confirma d'un signe de tête ; il en profita pour redresser son visage, appuyant le contact des doigts. Ce qui fit sourire le clown. « Tu ne m'as jamais dit comment Alfred était mort.
— Parce que je n'ai pas envie d'en parler.
— Vraiment ? Alors que ça pourrait m'inspirer.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? » Cette fois, Batman s'était redressé, s'éloignant à peine. Le Joker semblait étrangement calme : un simple sourire en coin, une pose tranquille… À certains moments, il savait être calme.
« Je ne le nie pas, Batou, je suis un peu excessif… mais je sais que toi, tu es obsédé par l'équilibre, l'ordre, l'égalité… Tu veux que Firefly et Bane souffrent pour ce qu'ils ont fait à Alfred ? Vas-y ! Pourquoi juste leur tirer une balle entre les deux yeux ? Tu veux vraiment que tout soit réglé en deux secondes ? Préparons leurs derniers instants comme on prépare une fête ! Rendons ça mémorable ! »
Non, ce n'était pas ce qu'ils devaient faire. Batman détourna son regard de l'autre côté, loin de Black Christmas, pour murmurer :
« J'essaie d'être moins exubérant que toi. Moins extrême.
— Ah ! C'est là où tu te trompes, Batou : tu fais monter la tension, et pour quoi, au final ? Pour respecter une morale que tu es tout seul à comprendre. Moi, ma chère chauve-souris, je vais au bout des choses. Je promets des vengeances spectaculaires ! Les samaritains disent que la vengeance n'apporte aucune satisfaction, mais c'est uniquement parce qu'ils s'y prennent mal ! » Joker s'était levé pour revenir dans le champ de vision de Batman, l'obligeant à le regarder. « Pourquoi cette armure, ces gadgets, cette allure si c'est pour te brider ?! Alfred n'était pas quelqu'un d'important ?
— Bien sûr que si !
— Alors fais-leur comprendre. Fais-leur comprendre à quoi ils se sont attaqués. Fais-leur comprendre ce qu'est Batman.
— … depuis la mort d'Alfred, je ne suis même plus sûr de ce qu'est Batman. Je ne voulais pas que ce soit quelque chose de personnelle, mais après ce que Bane et Lynns ont fait, je ne peux pas rester indifférent. »
À chaque fois qu'il avait déployé ses ailes, Bruce l'avait fait pour Gotham. Joe Chill était toujours en prison et depuis toutes ces années, il n'avait jamais revu l'enfant qu'il avait fait orphelin.
Bruce avait porté un masque dans le seul but de protéger ceux qui auraient été visés par ses rivaux — Cobblepot aurait pris plaisir à tuer tous les domestiques du manoir s'il avait appris qui se cachait sous le heaume —, et le soir de Noël avait confirmé ses craintes : sitôt son identité découverte, ses ennemis avaient attaqué le seul membre de sa famille.
« Alors il est temps que tu vives pour toi aussi, Bats. » Conseilla Joker en lui tapotant la joue. « Que tu te libères de ces frustrations, de ces codes, de ces lois. Quel est l'intérêt de porter un masque si tu ne peux pas faire ce que tu veux ? »
Bruce se redressa un peu, mais il ne pouvait pas contredire cette évidence qu'il cherchait à nier : son masque servait aussi pour le couvrir pour ses accès de violence.
Grâce à ce heaume, Gotham ne faisait jamais le lien entre le séduisant Bruce Wayne et l'abominable Batman.
Bruce réfléchissait : Joker le tentait, lui fournissant les excuses qu'il cherchait depuis longtemps, pourtant, ce symbole, même s'il avait tenté de le construire en vain, semblait avoir une signification, que ce soit pour le concierge d'Harleen Quinzel ou Barbara Gordon…
Il s'écarta légèrement pour laisser le Joker se réinstaller, et alors que le clown reportait son attention sur le film, Bruce regardait ses lèvres rouges, sa peau blanche, ces éléments comme irréelles.
Il avait peut-être une solution à son dilemme.
Entre la nuit et l'aurore, le temps avançait toujours avec lenteur, aussi fatigué que les insomniaques. La petite amie de Peter Woods, assise sur le rebord du lit, avait l'impression d'être réveillée depuis des heures, pourtant, cela ne faisait que trente minutes qu'elle était là, essayant d'ignorer le bruit de vomi qui provenait des toilettes attenantes à la chambre.
Une collègue à son bureau avait choppé la gastro' en revenant des fêtes, alors Esther se demandait si elle n'avait pas transmis le virus à son compagnon tout en étant asymptomatique : la veille, il était revenu du travail pâle comme un mort et il n'avait quasiment pas touché à son assiette. Il avait prétendu être seulement fatigué, mais il avait gardé ses sourcils froncés toute la soirée, comme lorsqu'il subissait un mal de tête carabiné.
Esther avait préféré ne pas le harceler de questions et ils étaient partis se coucher.
Puis, au milieu de la nuit, alors qu'Esther dormait encore, Peter s'était relevé pour aller plonger la tête la première dans la cuvette.
Depuis, il n'était pas ressorti.
Maintenant parfaitement réveillée, Esther décida de se lever pour se lever les mains dans la cuisine, se sermonnant que son mal de ventre était psychologique.
Si Peter avait pu être totalement honnête avec elle, il l'aurait rassuré en lui disant que c'était seulement le stress. Le stress et la peur qui lui comprimaient les intestins et donnaient des coups de pied dans son estomac, faisant ressortir tout ce qui essayait d'y tomber. Mais pour ça, il aurait fallu qu'il lui raconte que Benjamin Cooper, un policier avec un grade au-dessus du sien, avait voulu marchander avec un criminel notoire et que, suite à son échec, il l'entraînait maintenant sur un terrain dangereux contre son gré.
Cette fois-ci, l'échec — Peter le sentait dans ses tripes — ne serait rien d'autre que la mort.
Accablé de fatigue, Peter attendit qu'Esther parte au travail pour appeler Cooper et le prévenir qu'il serait probablement en retard au poste aujourd'hui, mais aucune inquiétude : il viendrait et ils se rendraient ensemble au rendez-vous avec Carlos.
Je vous conseille de pas rater le rendez-vous, même avec un mot du médecin.
Peter ne pouvait vraiment plus reculer.
L'uniforme bleu ne lui conférait plus la même autorité qu'autrefois : Peter se sentait sale. Son teint blafard était celui des coupables qui n'avaient aucune compétence pour le mensonge.
Dans les toilettes du commissariat, il réajusta sa cravate devant l'immense miroir — il avait réussi à boire son café sans avoir le moindre renvoi, sa présence ici n'était due qu'à son besoin de se rafraîchir le visage.
Peter tira une feuille rugueuse du distributeur d'essuie-mains et l'appliqua sur son visage humide, pestant contre les peluches qui se formaient. Une qualité de merde, dans un commissariat de merde, dans un boulot de merde, dans une vie de…
L'officier inspira et se donna des tapes sur les joues. Il ne pouvait pas rester dans cette situation sans rien faire. Esther ne savait rien de cette situation, impossible de lui en parler. Elle lui aurait conseillé d'appeler les flics.
Il était flic ! Flic, et pas foutu de savoir quel collègue serait assez honnête pour…
Non, il connaissait un nom !
Soudain plein d'espoir, Peter quitta les toilettes en courant et se dirigea à l'étage, grimpant les escaliers quatre à quatre. Malgré ses jambes flageolantes, le policier se dirigea d'un pas ferme vers le bureau de James Gordon.
Le capitaine dont tout le monde se méfiait comme d'un premier de classe trop sérieux était peut-être sa carte sauveuse pour se sortir de là.
Depuis l'extérieur, Peter vit que les stores étaient baissés, et quand il toqua, personne ne répondit. Oserait-il… ? Sans hésiter plus longtemps, il tourna la poignée, mais la porte était verrouillée.
Merde.
Une policière avait son bureau un peu plus loin, cantonnée à la paperasse suite à une bavure commise la semaine dernière : si elle n'était pas en pause, elle avait peut-être aperçu Gordon et savait où il était.
« Alice ? » Demanda Peter en toquant à la porte de sa collègue qui l'invita à entrer.
« Qu'est-ce que tu veux ?
— T'as vu Gordon aujourd'hui ?
— Il est parti en intervention y a une heure : des jeunes font cramer des poubelles. » Gordon avait beau être un capitaine, il était traité comme le dernier des stagiaires par ses supérieurs qui n'aimaient pas son zèle. « Si c'est urgent, laisse-lui un message sur son portable. »
Oh non, ce serait trop risqué.
« Non, ce n'est… ce n'est pas vraiment urgent, j'avais besoin de lui demander un truc.
— Ah, attends, j'ai vu sa fille je crois, elle est peut-être encore dans les parages ? Si c'est elle qui l'appelle, tu peux être sûr qu'il décrochera même s'il avait un couteau dans la gorge. »
Pourquoi dire de telles choses ? L'officier Woods grimaça sans que sa collègue ne le remarque et, avant de tourner les talons, il la remercia du bout des lèvres.
Depuis l'étage ouvert, Peter regarda en contre-bas les bureaux séparés par des paravents en liège, à la recherche de Barbara. Une adolescente rousse devait être visible dans le commissariat, pourtant, Peter ne la trouva pas.
Désespéré, alors que l'heure du rendez-vous approchait, il retourna au bureau de James Gordon. Barbara était certainement repartie en voyant que son père était absent, mais il martela quand même la porte… qui s'ouvrit au premier coup.
Elle était fermée juste avant qu'il n'aille voir Alice. Il en était sûr.
Soudain gêné, Peter passa la tête : le bureau était vide et toutes les lumières étaient éteintes… sauf l'ordinateur.
L'arme, le badge et le portable de Gordon n'étaient pas sur le bureau, mais sur le fauteuil reposait un sac à dos jaune où était cousu le logo de la NASA.
Sur l'écran, le regard de Peter fut attiré par un document au blanc aveuglant.
« … mitose est composée de quatre étapes, la prophase, la métaphase, l'anaphase et la télophase, qui seront décrites dans le paragraphe suivant… »
Un devoir ?
La fille de James Gordon savait que le bureau de son père, lorsqu'il était en intervention, était un cadre parfait pour travailler dans le calme. Certes, les discussions autour de la machine à café juste à côté pouvaient s'entendre parfois, mais au moins, les cellules de dégrisement se trouvaient dans le bâtiment à l'autre bout du G.C.P.D.
Peter se frotta le visage, ignorant s'il pouvait l'attendre. Pouvait-elle apporter le moindre réconfort ? Ce serait mettre une autre personne dans la confidence, et…
Son téléphone se mit à vibrer, le faisant sursauter.
« Oui ?
— Hé, Pete, je suis en train de t'attendre, t'es où ?
— Je… J'arrive. J'étais…
— Magne-toi. Niveau -2 du parking.
— On y va en voiture de police ?
— Nan, on va en prendre une banalisée. La BMW blanche fera l'affaire.
— Tu comptes les impressionner en prenant notre meilleure voiture ? » Demanda Peter, plus amer qu'il ne l'aurait voulu : difficile de faire de l'humour quand le stress ronge les organes.
« Contente-toi de rappliquer le plus vite possible. J'ai pas envie d'arriver en retard. »
Peter raccrocha, sentant sa lèvre supérieure trembler. Les soubresauts dévoilèrent ses dents, lui dessinant un masque furieux. Il évita au moins de claquer la porte en sortant : cette réaction aurait attiré les regards.
Après un long moment, certaine qu'elle était à nouveau seule, Barbara décolla ses mains de sa bouche : elle avait comprimé l'air qui en sortait tout en restant roulée en boule sous le bureau.
Elle avait le droit d'être ici, même quand son père était absent, mais le martèlement qui avait retenti contre la porte quand l'officier Woods avait tenté une première fois d'entrer l'avait surprise et effrayée : elle avait le droit d'être ici, mais pas d'installer un logiciel de surveillance sur l'ordinateur de son père.
Croyant être prise en flagrant délit, Barbara s'était cachée. Puis, en entendant l'officier s'éloigner, elle s'était risquée à déverrouiller la porte et était retournée sous le bureau, laissant croire qu'elle s'était absentée deux minutes pendant la rédaction d'un devoir.
Qu'est-ce que l'officier Woods voulait à son père ? La conversation par téléphone avait été trop brève pour lui apprendre quoique ce soit.
Malheureusement, Barbara savait que son père ne comptait aucun allié parmi ses collègues, bien au contraire… Est-ce qu'il se tramait quelque chose contre lui ? S'il était en danger, elle devait réagir.
L'adolescente s'extirpa de sa cachette avec difficultés, maladroite à cause de ses jambes qui semblaient être faites de coton à présent. Elle prit son portable dans son sac et envoya un message à Lucius : il devait l'aider à comprendre ce qui se passait et, si son père était en danger, elle devait pouvoir le protéger.
