Pour éviter des moments de silence trop longs face aux deux forains, Woods et Cooper s'étaient démenés pour trouver quoi raconter. Piégés sous le regard luisants des chevaux en plastique, ils avaient d'abord abordé leur motivation, prétendant être intrigués par le Joker, ils avaient donc profité de l'opportunité que les informations détenues le concernaient pour le rejoindre. Petite Pomme et Mel avaient alors pensé la même chose : deux opportunistes qui essayaient de se frotter à un criminel déjanté. Vivement que le patron arrive !

Puis, Benjamin Cooper avait parlé de leur carrière, aussi modeste soit-elle, mettant en avant leur discrétion et les quelques aides qu'ils pourraient offrir. À part quelques mots pour approuver, Peter Woods avait préféré garder le silence, en profitant pour regarder autour.

Des coussins du sofa sortait de la mousse jaunâtre sous forme de nuages, imbibée de gras d'entretien. Respirer cette odeur donnait l'impression de mâcher cette matière modelée et empoisonnée. Derrière les places des deux forains, des couvertures de couleurs vives s'amassaient en dunes de soie, évoquant un esprit bohème. Et donc trompeur.

Par moments, Peter se risquait à soutenir le regard de ceux qui les interrogeaient, mais jamais trop longtemps.

Il ignorait ce qui avait conduit le travesti jusqu'ici, mais il pensait deviner les motivations de la naine : malgré le peu d'années passées dans la police, Peter reconnaissait ces marques de piqûre vues trop souvent sur les bras de certains détenus.

Une artiste dans son cirque ? Bah tient, une héroïnomane auprès de son dealer, oui, pensa l'officier avec un sourire mesquin.

Tout en laissant l'officier Cooper parler, le drag-queen alluma une cigarette avec un rictus en coin.

Pourquoi ce sourire… ?

Deux mains se plaquèrent soudain sur les épaules de Benjamin Cooper qui sursauta, bousculant par la même occasion Peter qui leva son regard vers celui qui venait de les surprendre par derrière.

Le Joker.

« Bonsoir, messieurs ! »

La porte avait été ouverte en silence et, grâce à la complicité des forains, Joker avait pu s'approcher discrètement. Myshtsa et Batman, qui se tenaient en retrait, avaient également participé à cette arrivée surprise.

Les deux policiers restèrent sans voix. Ils avaient entendu les rumeurs qui parlaient de maquille de clown, mais ce teint maladif et ces cheveux verts n'avaient rien d'artificiel. Le pire restait peut-être ce sourire trop large pour être réel. Une vraie courbe de folie.

« Myshtsa m'a dit que vous vouliez me voir pour parler affaire, alors parlons affaire ! » Joker contourna le canapé, les détaillant du regard. « Malheureusement, il a oublié de me dire vos noms… »

Le policier plus âgé eut le courage de répondre avant :

« Je suis Benjamin Cooper, et mon collègue s'appelle Peter Woods.

— Peter Woods ? » Demanda Joker sur un ton brusque, fixant le plus jeune.

« Oui.

— Peter Woods ?!

— Vous… vous me connaissez ? » S'inquiéta l'officier en voyant la grimace du Joker. Il n'avait pourtant jamais été confronté au criminel, ni à ses hommes… du moins, il le pensait ?

Cooper s'enfonçait dans le sofa sans comprendre, voyant le Joker s'approcher de Peter pour agripper son col :

« Pas du tout, mais je déteste les gens qui s'appellent Woods. » Révéla Joker en relâchant la chemise. « Surtout quand ils s'appellent en plus Peter ! Mais je suppose que tu as de la chance, Woody, j'ai passé une bonne nuit et je ne suis plus d'humeur à m'acharner. »

Sur ce, Joker prit place sur la table basse en face d'eux, assis sur le rebord comme un enfant, savourant la confusion des invités. Impossible de savoir s'ils devaient rire ou se taire.

« Benjamin, ça passe ! Après tout, c'est une lettre en commun avec un des prénoms que je préfère.

— Lequel est-ce ? » L'officier Cooper essayait de rentrer dans son jeu, flattant le fou. Peut-être que l'audace paierait ?

« Batman. » Répondit Joker en faisant un signe de main vers son partenaire pour qu'il s'approche. Pas de masque de clown pour cette rencontre, Bruce retrouvait son apparence de sentinelle pour impressionner les deux policiers qui s'ajoutaient au crime. « Il y a aussi Billy, Bob, Boomerang, Bruce… oooh, ça me rappelle la disparition du petit dernier de la famille Wayne ! »

Batman ne lui flanquerait pas de coup de coude devant les forains et les policiers, mais il le ferait plus tard pour se venger de cette petite allusion.

Malgré les nombreuses altercations qu'il avait déjà eues avec la police, Batman ne connaissait pas ces deux agents qu'il sondait.

Les projecteurs braqués sur le nouveau criminel qu'était Joker attireraient bien sûr quantité d'insectes, mais si Batman pouvait comprendre les artistes démunis comme Myshtsa ou Jell-O, ces deux policiers ne lui inspiraient pas confiance. Ils n'avaient pas besoin de rejoindre cette caravane du crime pour survivre.

Pire : ils pouvaient ruiner les projets que Batman comptait mener à bien pour Gotham après avoir adouci le Joker.

« Il va me manquer. Moi qui étais prêt à me rendre à ses galas… Mais enfin. Revenons à vous, Ben et Pete, pourquoi avez-vous bravé l'hiver glacial et l'honnêteté tout aussi glaciale pour venir jusqu'ici ?

— On sait pour le docteur Quinzel. »

Batman se figea, redoutant déjà ce qu'ils allaient entendre, mais Joker fit le choix de ne montrer aucune surprise :

« Mh, moi aussi : elle a menti de cinq centimètres sur sa pièce d'identité pour faire croire qu'elle était plus grande. C'est ce qui fait son charme ! Vous n'allez pas l'arrêter pour ça, si ?

— … Euh… »

Benjamin hésita : en jouant les ignorants, le clown ne lui facilitait pas la tâche. Il savait que le Joker était une véritable humaine — visualisez une bombe qui changerait ses codes ou la couleur de ses câbles de façon aléatoire —, et le moindre mot déplaisant aurait l'effet d'un détonateur, le mettant avec Peter dans une situation mortelle.

Sans oublier Batman… Dire que Benjamin avait essayé de rassurer son collègue avec la présence cet anonyme ! Maintenant qu'il sentait peser sur eux ce regard blanc, Benjamin ne savait plus qui était, des deux excentriques, le plus terrifiant.

Avec douceur, il reprit :

« Elle pourrait être arrêtée pour complicité : c'est elle qui a aidé Batman pour vous faire fuir d'Arkham.

— Mince ! C'est vrai que c'est un crime ! Alors pourquoi ne pas l'avoir arrêtée ?

— On a pas l'intention de le faire : à part Peter et moi, personne n'a les enregistrements de son appel, personne n'est au courant.

— C'est une très bonne nouvelle. Une balle dans chaque tête et la tranquillité d'Harley est assurée !

— Attendez ! » S'avança Peter, prenant au sérieux cet humour noir — peut-être à raison. « Ce que Benjamin propose, c'est un échange : Black Mask récupère les alliés du G.C.P.D. que vous avez manipulés quand vous portiez encore son masque, et vous êtes nouveau dans le mili…

— Est-ce que tu es en train d'insinuer que j'ai besoin qu'on me tienne par la main pour recruter des ripoux, Woody ? »

Benjamin s'apprêta à protester, plus pour l'insulte que pour nier, mais Peter reprit :

« C'est plutôt nous qui avons besoin d'être tenus par la main.

— Oh, je vois ! Avant que j'embauche une cinquantaine de capitaines et lieutenants dans mes rangs, vous voulez être les premiers ? Pour être sûr d'avoir une place, c'est ça ? »

Étant donné qu'ils avaient contacté Bane d'abord, avec pour intérêt premier l'argent, la supposition du Joker était fausse bien sûr. Mais ça, hors de question de l'avouer, alors Benjamin et Peter hochèrent doucement la tête, approuvant sans trop de conviction au cas où cette hypothèse mettrait le Joker hors de lui.

Batman, de son côté, croisa les bras, ignorant à quoi s'attendre. Si Joker refusait ce qu'ils proposaient, le vengeur s'assurerait qu'il n'arriverait rien à Harleen. Inutile d'aller jusqu'au meurtre, faire peur à ces deux sangsues devrait être suffisant…

Dans ce silence de quelques secondes, le clown se mit à bâiller pour souligner son ennui.

« Bon, mais si je refuse ? Si vous ne m'intéressez pas ? Vous irez dénoncer Harley, c'est ça ? »

Benjamin répondit d'un ton calme :

« Non, on ne dénoncera pas le docteur Quinzel, mais je suis sûr que d'autres personnes rachèteraient l'information.

— Ah ! Je me demande bien qui ! » S'esclaffa le clown en tapant sur son genou. « Dans tous les cas, c'est la balancer ! Mais je n'aime pas qu'on me force la main. Ce n'est pas ça qui pourra me convaincre. Peut-être qu'avec de l'improvisation… oui, un jeu de rôles… » Murmura-t-il avec un sourire mauvais. « Tous les deux ! Debout ! Dans mon bureau ! »

Les deux policiers obéirent comme si l'ordre venait de leur supérieur, bondissant du sofa et se tenant droit devant le Joker qui se leva avec la même rapidité.

Peter sentit son sang se glacer quand le fou passa une main dans son dos pour saisir quelque chose, faisant sourire les forains installés derrière leur patron qui voyaient que le Joker allait dégainer… des lunettes Groucho.

Une fois qu'il enfila les lunettes carrées et noires où étaient rattachées un nez et une épaisse moustache en plastique, Joker aboya :

« Assis ! »

Déconcertés, Peter et Benjamin se laissèrent tomber sur le sofa, ne sachant pas s'ils avaient le droit de sourire. Le Joker croisa les mains dans son dos et tourna autour d'eux, contournant le sofa à la manière d'un requin.

« Officier Woody, officier Cooper, vous avez été convoqués car le détective Batou m'a dit que vous fricotiez avec ce tombeur de Joker. Est-ce vrai ? »

Les forains riaient en silence, applaudissant seulement par le geste, curieux de savoir si les acteurs allaient comprendre les rôles soudainement attribués.

De toutes façons, si ces deux flics voulaient rejoindre le Joker, ils avaient tout intérêt à apprendre à répondre aux lubies de leur nouveau patron. Simple règle de survie ici.

Par chance, Benjamin saisit très vite la situation imaginaire et, pris au jeu, il demanda d'une voix neutre :

« Quelles sont les preuves, capitaine ?

— Des témoins vous ont vus entrer dans le Royal.

— L'Overlook Bar a rouvert, capitaine, nous sommes libres de nous y rendre durant notre temps libre, l'officier Wood et moi. On y voit même le détective Batou depuis quelques temps. »

Joker se retint de rire de justesse et s'installa face à l'officier Cooper, ses lunettes comiques rivalisant avec le visage sérieux de celui qui était testé.

« L'Overlook Bar, hein ? On a des photos de vous durant une fête organisée à la piscine sous la suite royale qui est pourtant chasse gardée ! Vous, » dit Joker en pointant un doigt vers Peter, « vous aviez même une naine sur les genoux.

— Sauf votre respect, capitaine, vous vous trompez. » Reprit Benjamin, sans laisser à Peter l'occasion de répondre. « Vous confondez avec la mission d'infiltration du mois dernier. Je vous retrouverai le dossier qui a été oublié rapidement, faute d'avoir trouvé quoique ce soit de probant.

— Ah ! Vous pensez que j'ignore les affaires de mon propre district, officier Cooper ?!

— Je pense que vous retenez surtout les plus importantes, ce qui est déjà impressionnant vu leur nombre, capitaine. Mais regardez, celle du harcèlement de la cousine du maire, vous vous en souvenez ? Elle date de la semaine dernière, pourtant. »

Joker se tourna vers Batman avec un sourire ravi. Il fit ensuite mine de sortir quelque chose de sa poche et brandit une feuille imaginaire entre son pouce et son index :

« Et ces transferts sur votre compte en banque, alors ? Trois en l'espace de deux semaines et tous provenant de ce criminel charismatique !

— Des tentatives de corruption, capitaine, que je compte refuser mais pas avant d'avoir mis mes connaissances en sûreté. Vous comprenez… on ne dit pas facilement non à quelqu'un comme le Joker. »

Le clown se redressa un peu, observant le policier avec un air plus calme, empreint de son rôle de capitaine de police. Seulement, était-il le bon policier ou celui véreux ?

« Tout à fait compréhensible ! Et logique. » À nouveau, Joker passa une main dans son dos et dégaina, cette fois, un revolver. De là où ils se tenaient, Peter et Benjamin pouvaient bien voir les balles insérées dans les chambres. « Vous savez ce qu'on dit ? On ne profite bien que de ce qu'on partage, le plus pratique serait donc de me confier une partie de cet argent, pourquoi pas la totalité puisque vous voulez vous en débarrasser, hein ? Laissez-moi répondre au Joker, il trouvera un allié de taille chez un capitaine au lieu de deux petits officiers comme vous. »

Avec un calme étonnant, Benjamin Cooper imita le geste du soit-disant capitaine et présenta, de son côté, un pistolet. Son chargeur demeurait un mystère comparé à celui du revolver.

« Ma mère m'a toujours traité de gamin égoïste, capitaine, et je crois que ce défaut m'est resté. Puisque vous m'obligez à avouer que je collabore avec le Joker, je ne vois qu'une conclusion possible à cet interrogatoire. »

Avant même que Batman ne réagisse, Benjamin appuya sur la détente.

Un clic sonore perça l'air, révélant que l'arme n'était pas chargée.

À cette menace flottante, Joker hurla de rire, comme enchanté de l'audace du policier. Après un bond, il prit la main de Benjamin pour l'obliger à se lever :

« Excellent ! » Réussit-il à dire entre deux éclats d'hilarité, joie qui n'était pas partagée par Batman : l'idée que le Joker aurait pu être tué aussi facilement lui laissait un goût amer en bouche. « J'aime ceux qui arrivent à improviser ! Vraiment ! Je ne résiste pas à autant de culot ! Enfin, ce n'est pas du tout ton cas, Peter. Avec si peu de répondant, un interrogatoire pourrait mal tourner pour toi ! » Fit remarquer le clown qui se pencha vers le collègue plus jeune pour chantonner : « si tu manques de bagou, tu finiras dans un trou. »

Benjamin aurait pu être gêné en entendant ces avertissements, mais la fierté d'avoir assuré le coup pour son collègue et lui le rendait confiant. Et quand le Joker passa un bras sur ses épaules comme il l'aurait fait avec un ancien camarade de classe, l'officier ne ressentit aucune peur.

« D'accord, d'accord, il se pourrait que je vous demande deux ou trois infos, vous avez accès aux informations sur les trafics de drogue ? C'est un domaine qui me plaît, les gens ne sont jamais malheureux quand ils sont bien fournis ! »

Joker intima d'un geste aux forains qu'ils devaient quitter les lieux et, à la surprise de Batman, il insista pour que le justicier en fasse de même.

Le vengeur songea à protester, mais inutile de se disputer devant les policiers. Et puisque le Joker voulait s'entretenir seul avec deux flics qui auraient pu lui coller une balle entre les deux yeux sans souci, grand bien lui fasse !

Myshtsa, tout aussi surpris que le vengeur — surtout qu'il savait à quel point son patron et Batman étaient devenus proches —, proposa que Batman vienne aussi à l'Overlook Bar.

« Anong sera contente de vous voir !

— J'apprécie, Myshtsa, mais non merci. »

Les trois forains restèrent encore un instant au cas où Batman changerait d'avis, mais la chauve-souris s'adossa au mur, déterminé à attendre le clown. Déçus, ils le laissèrent là.

Une fois qu'ils eurent disparus, Batman s'approcha un peu plus de la porte ; Joker lui avait demandé de quitter la pièce, pas de ne pas écouter leur conversation.

Sans surprise, l'échange tournait autour des plus grands dealeurs à Gotham. Batman se doutait que si Joker voulait des informations sur ce marché, c'était qu'il préparait quelque chose contre Sionis et tous les autres barons comme Falcone ou Maroni. Tant qu'il ne l'alimentait pas, ça lui convenait…

Ce qui le surprenait, en revanche, c'était la facilité avec laquelle Joker les acceptait. Il l'entendait rire, plaisanter comme s'il avait toujours connu ces deux hommes. Ou plutôt, Benjamin Cooper, Peter Woods ne représentant visiblement que peu d'intérêt.

Au moins, Batman n'eut pas à attendre plus longtemps pour interroger son partenaire : les voix commencèrent à se rapprocher de même que les pas, annonçant la fin de cette première rencontre. Quand la poignée de la porte s'abaissa, Batman ne recula pas, déterminé à imposer sa présence aux deux officiers corrompus.

Et il nota, avec une certaine satisfaction, que son effet réussit à provoquer un sursaut chez eux.

« Batou ! » Joker, de son côté, semblait se réjouir de le voir là. « Je te demanderais bien de raccompagner ces deux messieurs, mais je ne pense pas qu'ils seraient très rassurés de t'avoir pour escorte. De toute façon, la sortie n'est pas loin, messieurs ! Alors vous pouvez disposer. »

Malgré la politesse des mots, le clown n'eut aucun scrupule à les congédier avec un mouvement de la main comme on le ferait avec un animal.

« Ne marchez pas sur la queue de la tigresse ! » Conseilla-t-il avant que les officiers ne quittent le couloir, les laissant méditer sur cet avertissement qu'ils ne pouvaient pas encore comprendre. « Une rencontre intéressante, Batou, hein ? Deux flics qui se pointent comme des fleurs pour rejoindre l'équipe ! C'est drôle !

— Non, ça ne l'est pas.

— Je ne fais que répéter ce que tu as dit.

— Je n'ai jamais dit que c'était drôle.

— Tu vois, tu recommences !

— Joker. » Coupa Batman d'une voix ferme. « Qu'est-ce que tu prépares ?

— Je ne sais pas ! Même le programme pour demain est incertain : qu'est-ce qu'on va manger ? Quel film on va regarder ?… Oh, ne fais pas ton silence boudeur, Batou, tu m'en veux vraiment ?

— Ce n'était pas prudent. » Joker essaya de passer un bras autour de sa taille mais Batman s'écarta : l'heure n'était pas aux tendresses et il requérait tout le sérieux dont le clown était capable. C'est-à-dire quasiment aucun. « Tu les as autorisés à nous rejoindre sur un coup de tête.

— Un coup de tête ?! C'est toi qui m'as demandé de ne plus impliquer Harley ! Qu'est-ce qui se serait passé si j'avais refusé leur proposition ?! Tu voulais que je les élimine ?! »

Batman ne savait pas s'il devait se méfier ou être fier que Joker n'ait pas cédé à cette facilité.

« Très bien. Mais est-ce que tu vas au moins me dire pourquoi tu t'intéresses aux réseaux de drogue ? Tu comptes surveiller les activités de Sionis par ce biais ?

— Sionis ou d'autres, c'est un territoire tellement versatile. Les milliardaires surveillent le cours de la bourse, les criminels surveillent le cours des drogues, c'est aussi simple que ça, Bats ! Sans oublier ce grand consommateur qui t'intéresse tant… » Joker se pencha pour murmurer près de son oreille. « Bane. »

Sur cette confidence, il tenta de l'enlacer à nouveau mais cette fois, Batman saisit ses poignets et les lui bloqua dans le dos. Avec la proximité des corps, difficile de ne pas sourire :

« C'est pour ça que tu m'as demandé de sortir ? Pour préparer cette vengeance comme on prépare un cadeau ?

— Pas tout à fait : tu les intimidais vraiment. Le plus jeune, là, il était prêt à tuer son collègue pour l'avoir traîné dans cette magouille !

— Mh. Je me disais aussi que c'était Cooper qui avait eu l'idée de te contacter. Ils ne sont pas accordés, ça risque de mal finir entre eux… » L'annonce d'une catastrophe était pour Joker une raison de plus pour jubiler, ce qui obligea Batman à resserrer son emprise sur ses bras. « Ne tente rien sans m'en parler, Joker. Je compte bien les surveiller et au premier geste suspect, nous déciderons quoi faire.

— Et je t'accorde une confiance infinie pour cette tâche, mon batenaire ! Et comme nous sommes revenus au Royal, il me semble que les suites royales sont libres si elles t'intéressent ?

— La proposition est tentante, mais je suis toujours en colère contre toi.

— Tu es en colère contre le monde entier !

— Je te demande juste de ne plus m'écarter comme tu viens de le faire. »

Joker cessa de lutter contre l'emprise sur ses poignets, soudain pensif : quand il perdait ce sourire maniaque, quand il cessait de rire aux éclats, quand il retrouvait un semblant de sérieux, Batman se sentait plus faible, abandonné par la colère, mais gagné par…

Par quoi, exactement ?

« D'accord, Bats, d'accord, je vais t'expliquer tout ce que j'ai en tête. Il faudra que tu t'accroches parce que ce n'est jamais très clair là-dedans, mais je pense que tu es le seul à Gotham capable de suivre, mais je vais tout t'expliquer une fois qu'on sera là-haut, au lit… mais interdiction de t'endormir. »

Batman promit d'un signe de tête et, plus par jeu que par rancune, il ne relâcha les poignets du Joker qu'au bout de quelques instants.