Quelques jours passèrent et Batman attendait toujours le premier signe de trouble à Arkham, ignorant si ce calme précédait bien la tempête, tandis que l'hiver continuait de rugir dans les avenues de Gotham, expectorant des volées de flocons qui, si elles n'avaient pas l'intensité de la tempête de Noël, faisaient perdurer un froid accablant.

Un froid qui s'accroche.

Alors Batman concentrait toute cette incertitude dans ses coups.

Après un direct du droit en pleine pommette, son adversaire s'effondra sur le trottoir. Le côté chaud et sanglant de son visage se colla au bitume noirci et c'était comme ce gag où la langue reste coincée contre une barre en métal : s'il avait tenté de se relever, il aurait senti un tiraillement dans sa joue en s'écartant.

Par chance, il s'était évanoui.

« J'ai entendu sa tempe craquer ! » S'exclama Joker en jubilant.

Il venait de terminer de piétiner un autre homme de Black Mask tombé à terre, l'assommant à coups de talon répétés entre les omoplates.

Deux de leurs ennemis avaient eu le temps de fuir, mais qui sait ? Peut-être qu'ils cherchaient maintenant un point dissimulé afin de prendre leur revanche en leur tirant dessus à distance ? Mieux valait ne pas traîner. En ne conservant que l'exosquelette de son armure sous ses vêtements, Batman se sentait plus libre dans ses mouvements, mais également plus vulnérable. Il était presque à jouer avec le feu, imitant le Joker qui tentait son destin à chaque minute.

Mais les risques étaient bons à prendre : ils se défoulaient, ils entretenaient leur légende à deux et ils perturbaient le trafic des dealers.

Joker avait décidé de concentrer toute son attention sur ce marché, mais pas seulement pour affaiblir ses opposés. Il disait chercher quelque chose.

Que cherchait-il ? Batman lui avait posé la question à deux reprises et le clown avait répondu, tel un Tirésias qui aurait perdu la raison, qu'il l'ignorait mais qu'ils devaient continuer à chercher.

Qu'il y avait, au bout de la chasse, un trophée.

Pourtant, dans ces ruelles étriquées où les vieilles briques se ridaient de lézardes, où les fenêtres s'éborgnaient de fissures, rien n'aurait pu intéresser même le plus pauvre des sans-abri.

Sur les perrons ou cachés dans les embrasures de portes d'entrées, des junkies attendaient leur nourriture spirituelle, regardant le clown masqué et le clown maquillé sans vraiment les voir.

Au début, ils avaient voulu prendre la défense des dealers qu'ils connaissaient mieux que les membres de leur propre famille, mais la violence de ce Joker et son complice les avaient plutôt incités à attendre. Et ils étaient récompensés pour leur patience : sous l'œil désapprobateur de celui habillé en noir, Joker sortit de ses poches des poignées de comprimés d'ecstasy et les jeta par terre.

Statiques un instant plus tôt, les drogués réagirent comme sous une impulsion électrique en voyant ces bonbons d'adultes bondir vers eux.

Sans la moindre dignité, ils se jetèrent à genoux et tendirent les mains, imitant un peuple en sécheresse qui bénissait une pluie colorée. Certains arrivaient à recueillir les comprimés dans le creux de leurs paumes, d'autres devaient les ramasser au sol, et la saleté et la neige fondue ne les empêchaient pas de les engloutir avec frénésie.

Le tableau misérable faisait hurler de rire le Joker, tandis que Batman se tenait à distance, essayant de se convaincre qu'il s'agissait d'un mal nécessaire.

Mais la méthode…

« Laisse-les, Joker. » Avertit Batman au cas où son complice serait tenté de leur distribuer des coups en plus des comprimés.

Le fou vida ses poches sur un grognement, laissant les drogués ramasser les dernières miettes d'extase, avant de donner un coup de pied à un des hommes de Black Mask qui gisait encore par terre.

« Tu me fais presque regretter la surprise que j'ai préparée spécialement pour toi, Batou.

— Tu as capturé Sionis ?

— Encore mieux.

— Bane ? »

Le bruit à propos de la destruction des réserves de Paullinia veniama de Gotham était certainement parvenu jusqu'au colosse, mais il était encore trop tôt pour que cela ait un impact sur la production de venom, et Bane restait encore le redoutable ennemi qu'il était.

« Encore mieux ! » Répéta Joker en attrapant les mains de Batman et en l'emportant dans un mouvement de pirouette. « Rentre, chauve-souris morose, apprête-toi, prépare-toi, pomponne-toi et attends-moi au Gotham Cinema à 6 heures. » Il lui tapota la joue, faisant trembler le masque en plastique. « Oh, et inutile de te cacher ! J'ai. Tout. Prévu. »


Même s'il obéissait à quelques rituels, comme tout un chacun, Roman Sionis évitait d'être superstitieux.

Encore qu'il préférait parler d'habitudes. Quelques règles pour structurer le quotidien et apaiser l'esprit : veiller à ce que le bec de la cafetière soit toujours orientée vers la baie vitrée de la cuisine, accorder des rendez-vous à des heures paires au lieu d'heures impaires, compter les neuf masques accrochés en face de son bureau avant chaque appel important…

Ce dernier rituel où il devait énumérer chaque masque l'aidait à faire descendre la tension.

Adossé à son fauteuil, Sionis inspira et fixa le mur devant lui.

Tout d'abord le premier masque, celui qui provenait du Japon, grimaçant depuis des siècles, le métal noirci et pourtant embelli par des gravures. Puis le second, un masque vénitien classique au visage impassible, les traits mélangés à des dorures et des arabesques. Sionis les détaillait un à un, sentant ses doigts et ses bras se libérer doucement du stress.

Le troisième était une face ovale taillée dans l'ébène, arrachée d'une contrée d'Afrique depuis quelques décennies et qui gardait pourtant encore la chaleur des jours sans fin du continent noir. Son regard glissa ensuite sur la droite, vers le quatrième, une œuvre de…

« Boss. »

Les coups contre la porte l'interrompirent.

Sans même s'en rendre compte, Black Mask serra le poing de colère, armé par la tension qu'il avait tenté de dompter.

« Quoi ?!

— Pardon, boss, mais il s'est passé quelque chose… »

L'homme, masqué également mais dans une imitation grossière du visage emblématique de son patron, s'avança dans le bureau.

Bien que vaste, la pièce parvenait quand même à devenir étouffante, peut-être à cause de la luminosité qui se concentrait uniquement sur le bureau de Sionis, laissant le reste dans la pénombre.

Le papier peint, posé pendant une mode devenue désuète, adoptait des tons rouges qui auraient été idéals dans un bar lounge, mais dans le repère d'un gangster, l'effet inspirait plutôt un mauvais présage.

« Alors ? »

Rappelé à la réalité, l'homme s'avança et annonça :

« Les gars que vous avez envoyé dans Burnley ont été descendus par des hommes de Bane. »

Black Mask n'était pas sûr d'avoir entendu correctement, mais même après lui avoir demandé de répéter, il n'y croyait toujours pas.

Les affaires menées avec Bane se comptaient sur les doigts d'une main, mais Sionis avait toujours pris ses précautions pour ne pas être en conflit avec ce colosse.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

— Je suis pas sûr… On parle de vendetta… »

La simple rumeur n'expliquait pas cette tuerie et Sionis se leva, prêt à cogner son poing fermé et lourd contre la table, le mur, la mâchoire du messager, qu'importe.

Il n'était pas particulièrement superstitieux, mais depuis que ce clown s'était imposé sur la scène criminelle, les problèmes s'enchaînaient comme les numéros d'une loterie du malheur.

Si Sionis avait commencé à compter ses masques, c'était pour s'apaiser avant d'appeler le fils Falcone pour reprendre leur collaboration, car aussi bancale soit-elle — ce n'était pas de la faute de Sionis, simplement, le jeune Alberto méritait une place de choix à Arkham… —, cette alliance avait de nombreux avantages, surtout dans le domaine de la drogue, et elle serait le raccourci de Black Mask pour récupérer en quelques semaines ce que ce dingue de Joker lui avait fait perdre.

Mais le rituel avait été brisé par un messager qui venait de lui rapporter une déclaration de guerre.

Que fallait-il faire ? S'expliquer avec Bane ? Ce n'était pas impossible. Mais peut-être devait-il reprendre contact avec Falcone d'abord afin de retrouver des alliés pour le soutenir ? La solitude est le cauchemar de n'importe quel être humain, même les parrains de la pègre.

Sionis fit signe à l'homme de sortir et, son masque lourd de questions, reprit place à son bureau.

Finalement, il releva les yeux et se remit à compter.

Le premier masque, provenant du Japon…


Il connaissait ce restaurant.

Les paparazzis l'avaient déjà photographié à quatre ou cinq reprises à l'entrée lorsqu'il était accompagné soit de collègues millionnaires, soit de conquêtes dorées, mais jamais à l'intérieur — le directeur de l'établissement ne l'aurait pas permis.

Toutefois, des « amis » — l'image populaire exigeait qu'il en ait en grande quantité — étaient souvent venus le saluer à sa table, s'excusant de le déranger pendant son dîner, mais ils devaient montrer qu'ils connaissaient personnellement Bruce Wayne.

Ce soir pourtant, la salle principale était méconnaissable : toutes les tables avaient été retirées pour n'en laisser plus qu'une, collée contre l'un des murs, juste sous une reproduction d'un tableau de François Boucher, tout en dentelle vaporeuse et teint de lait.

Et puis il y avait cette chaîne qui traversait la pièce, se tendant à un mètre de cette unique table et dont les extrémités disparaissaient derrière des rideaux contre un mur. Batman ne les avait jamais vus, mais il se souvenait que les portes qui menaient aux cuisines se trouvaient là.

« Installe-toi, Batou ! » Proposa Joker en le poussant vers une des chaises à haut dossier.

S'il savait qu'il n'avait pas grand chose à craindre pour lui-même, Batman restait vigilant pour les éventuelles victimes que le Joker avait pu faire… ou ferait.

Pour briser l'impression de solitude, des hauts-parleurs diffusaient en boucle des extraits de bruits de fond provenant de restaurants : discussions entremêlées, tintements de verres ou de couverts, et un éclat de rire fusait de temps en temps.

Batman s'installa avec précaution tout en surveillant les gestes de son partenaire.

Pour le moment, rien à signaler : Joker prenait place face à lui tout en engageant la conversation.

« Ce n'est pas la première fois que tu viens ici, Batou, mais je te promets que cette soirée sera totalement différente des autres !

— Je remarque déjà un effort pour la nouvelle décoration. À quoi sert cette rampe ? » Demanda Batman en désignant la chaîne.

« Tu le sauras bien assez tôt, ne t'arrête pas à une seule nouveauté ! Il y a le menu aussi : comme je trouvais la carte ennuyeuse, j'ai commandé quelque chose de plus personnel… Insectes pour toi, barbe-à-papa pour moi ! »

Si Joker attendait une réaction, Batman se contenta de hausser les épaules :

« Je connaissais le chef personnellement, ça ne m'inquiète pas.

— Oh, vraiment ?

— Il serait capable de cuisiner du rat et de le rendre plus savoureux que du chapon, alors je suis curieux de voir ce qu'il peut faire de moustiques et de tipules. » Batman posa son menton dans le creux de sa main pendant que le Joker réfléchissait à sa répartie, et il y travaillait encore quand Batman ajouta : « mais je sais déjà que je ne verrai pas le résultat, car tu plaisantes. Tu plaisantes tout le temps. »

Sur un éclat de rire affirmatif, Joker leva les mains en signe de résignation.

« Très bien, Batou ! Je suis vaincu. Mais je ne supporte pas l'idée d'être prévisible, alors passons à la suite et laisse-moi t'impressionner ! »

Il claqua dans ses mains et la chaîne se mit à teinter en réponse.

Derrière le rideau qui cachait une des extrémités, un serveur apparut, traînant des pieds.

Sans aucun masque pour le dissimuler, Batman sentit ses épaules se crisper et il s'apprêta à se lever, mais la cagoule noire et opaque qui recouvrait le visage de l'inconnu l'incita à se rester assis. À en juger par les pas prudents et la démarche déséquilibrée, cet homme ne pouvait rien voir.

« Je lui ai scotché les yeux par précaution. » Indiqua Joker. « Il aura mal quand il pourra tout retirer, mais enfin ! Quelques cils pour conserver ton identité, ce n'est pas cher payé ! » Il se gratta la tempe. « Et peut-être ses sourcils, en fait. J'ai pensé qu'il valait mieux en faire trop que pas assez. »

Le serveur essayait de garder l'équilibre, la main gauche menottée à la chaîne pour le guide, la main droite tenant une bouteille de vin blanc. Juste entre le costume noir et la cagoule, un col de chemise et une cravate blanches formaient un interstice qui divisait la silhouette au niveau du cou.

Une clochette accrochée à un maillon se mit à teinter quand il arriva devant la table, un signal pour lui indiquer qu'il devait s'arrêter.

Tenant avec fermeté le col de la bouteille, le serveur aveugle dirigea son bras, essayant de trouver la table pour poser le vin, mais sans succès. Hilare, le Joker le laissa chercher encore quelques instants, mais Batman se lassait et il était temps de mettre fin à cette humiliation.

« Merci, mon brave ! » Ce cri enthousiaste terrifia plus qu'il ne rassura le serveur. « Je vais m'occuper de la suite, retourne donc en cuisine, toi. »

Pressé d'obéir, l'inconnu s'éloigna et la chaîne se remit à cliqueter jusqu'à ce que le bouchon de la bouteille imite un bruit de pétard.

« On sera bientôt servis. » Assura Joker en versant un vin doré dans un premier verre adapté — c'était surprenant de le voir suivre les règles. « Goûtons cette piquette en attendant !

— De la piquette ? Un muscadet vieux de 16 ans ? » Ironisa Batman en apercevant l'étiquette sur la bouteille. Quand il récupéra son verre, il huma le vin et devina tout de suite sa richesse.

Quand avait-il pris le temps d'apprécier le produit d'un tel cépage ? Quand avait-il pris le temps d'apprécier quoi que ce soit ?

« J'ai hésité, mais c'est bien comme ça que les riches s'entourent, pas vrai ? » Demanda Joker. « Le vin et les filles doivent avoir le même âge, c'est ça ?

— Ça dépend. Certains aiment les bordeaux trentenaires, mais refusent que la compagnie féminine ait plus de vingt ans. En tout cas, pour ceux qui ont des goûts ambivalents concernant la maturité.

— Et les tiens sont aussi instables ?

— Je ne m'intéressais qu'à l'indépendance. »

Pour que Bruce Wayne puisse mener sa double vie, ses conquêtes ne devaient pas chercher à le voir chaque jour — ou plutôt chaque nuit —, c'était un point essentiel. Quant au reste… Oh, peu importait. De toutes façons, il ne s'était jamais assez intéressé à ses amies temporaires.

« Pour que je puisse être qui je suis… »

La chaîne se remit à tinter, annonçant cette fois l'arrivée d'une serveuse. Son costume était identique à celui de son collègue, mais son numéro de funambule était facilité par un chariot qu'elle pouvait pousser. Le service n'avait jamais été aussi rapide !

« Regarde-les trembler, Batou. » Se moqua Joker, saisissant sa fourchette pour la faire tourner entre ses doigts. « Ils frissonnent comme s'ils étaient dehors alors qu'ils ont bien compris que c'est cette cagoule qui assure leur survie. Tant qu'ils la gardent, il ne leur arrivera rien.

— Je ne m'attendais pas à tant de clémence de ta part, Joker. »

Batman essayait ainsi de flatter son imprévisibilité, et il y parvenait, même si le clown affirma sur un ton plus funèbre :

« Oh je sais. Mais j'aurais pu leur crever les yeux. Tout simplement. Si tu me le demandais, Bats, je crèverais les yeux du plus jeune marmot jusqu'au plus vieux croulant de Gotham.

— Je ne doute pas que tu le ferais. »

Dans tout ce qui avait été soigneusement planifié, Batman suspectait au moins une mauvaise surprise. Un grain de folie que le clown avait été incapable de refréner. Quand saurait-il ?

Après un haussement d'épaules, Joker se mit à sourire avec une légère pointe d'impatience.

Tant que les assiettes resteraient cachées sous les grandes cloches en métal, Batman ignorerait ce que son partenaire avait commandé. Un point le rassurait quand même : l'odeur semblait appropriée pour la salle d'un grand restaurant. Une tête décapitée aurait dégagé une toute autre odeur, même dissimulée sous un couvercle.

« C'est justement pourquoi je ne t'ai jamais demandé de le faire.

— Est-ce que tu imagines à quel point c'est frustrant ? Mais enfin, puisque tu es toujours le moins fou de nous deux, je dois m'en accommoder…

— Vraiment ? J'aurais parlé de différents types de folie. »

La serveuse s'apprêtait à déposer le plateau sur la table, mais l'éclat de rire du Joker l'effraya, la faisant sursauter.

Aucun faux pas ne serait toléré ce soir, et il en allait de la survie de cette femme. Batman réagit vite en agrippant un des bords du plateau pour stabiliser les assiettes, puis, doucement, il incita la serveuse à se décharger de son fardeau, terminant de la diriger.

Joker avait forcément remarqué ce geste compatissant, mais il n'en dit rien, trop heureux de soulever les cloches argentées pour révéler deux plats encore fumants : sur un lit de riz blanc moucheté de quelques grains noirs, des noix de Saint-Jacques nacrées, grosses comme des balles de golf, luisaient sous une sauce corail.

Pas de bombe, pas de morceau de cadavre, pas d'insecte.

Hormis la serveuse cagoulée et menottée à la chaîne près d'eux, la scène était d'une banalité surprenante.

Batman ne parvenait pas à cacher son étonnement, se laissant même aller à sourire. Pendant l'espace d'un instant, sa vie de justicier épousa sans peine celle qu'il avait essayé d'oublier.

« Des insectes pour moi, c'est ça ?

— Je n'ai pas précisé quels insectes, Batou ! Bon, d'accord, j'ai triché : quand j'étais gamin, je ne disais pas "mollusques" mais "insectes de mer". »

Le soulagement lui donna presque envie de rire, mais puisque Joker tendait son verre pour trinquer, Batman laissa le verre carillonner à sa place.

« C'est une soirée en quel honneur, Joker ?

— En l'horreur de tout ce que je ressens pour toi, Bats. Tout ce que tu m'empêches de faire pour viser quelque chose de plus grand : Gotham, l'intégralité de Gotham pour nous, ce qui doit valoir le coup. »

Les deux verres s'entrechoquèrent.

« À toi, Batou. Pour m'avoir libéré.

— À toi, Joker… pour en avoir fait autant. »


Sharp avait refusé toutes ses requêtes concernant Victor Fries.

À quoi s'attendait-elle ?

Bien sûr qu'il refuserait toutes les aides qu'elle cherchait à apporter à Fries !

Le portail de l'asile d'Arkham se composait de grilles, de gonds, de serrures, laissant supposer une ouverture possible de chaque côté. À condition que le directeur de cette forteresse le veuille bien, car il s'agissait plutôt d'une gueule qui ne devait s'ouvrir que pour avaler davantage de criminels sans jamais les recracher.

Allongée dans son lit, Harleen tentait de lutter contre le sentiment de désespoir qui l'écrasait. En vain.

Tout semblait se liguer contre elle ces derniers temps…

Les notes brillantes et les encouragements récoltés durant son cursus lui avaient fait l'effet de clés au moment de décrocher son diplôme, et le fait de n'avoir eu qu'une seule note en-dessous de la moyenne — pour l'examen de statistiques — constituait le seul point faible dont elle avait à rougir ! Le seul petit point qui ne devait même pas la freiner…

Pourtant, dans l'obscurité, cette note médiocre devenait à la fois ridicule et à la fois assez gigantesque pour être la source de tous ses problèmes. Harleen ne savait plus très bien…

Non, elle cherchait juste à blâmer un détail pour justifier toute cette situation.

Sa note avait été oubliée dans des dossiers depuis longtemps, le vrai problème venait de Sharp.

Les clés qui allaient lui ouvrir les portes d'une carrière fructueuse ne lui servaient à rien tant qu'il n'y aurait pas de serrure à déverrouiller.

Où trouver cette serrure ?

À Gotham, à Arkham, elle devenait une patiente coincée entre quatre murs capitonnés, la porte disparaissant dans le décor monotone.

Avec un grognement, Harleen écarta sa couverture avec un coup de genou et se leva. Télévision, lecture, cuisine, tout était bon pour faire accélérer une nuit d'insomnie.

Et repousser les idées noires qui menaçaient de surgir.