Bonjour à tous! Voici enfin le deuxième chapitre de la deuxième partie de cette histoire. Le chapitre III est déjà rédigé mais comme toujours je ne le mettrai en ligne que quand j'aurai fini d'écrire le chapitre IV, afin de garder mon avance. A partir de la semaine prochaine, je risque d'avoir beaucoup de travail et peu de temps libre pour avancer dans mes histoires, donc si jamais je ne peux pas avancer, j'updaterai le troisième chapitre dans deux mois et maximum dans six.
J'ai beaucoup écrit à côté sur mes histoires originales, que j'ai publiées sur mon compte fictionpress. N'hésitez pas à y faire un tour, vous pouvez cliquer sur le lien sur mon profil et me dire ce que vous en pensez. J'aurai des updates un peu régulières sur ce compte d'ailleurs, ayant de l'avance.
Ce chapitre, comme le précédent, ne sera pas porté sur l'action (sauf un peu vers la fin), mais il y aura davantage au troisième chapitre. Il y a cependant quelques détails sanglants dans celui-là aussi, je préfère vous prévenir.
Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires pour me donner votre avis.
KILL IT WITH A PEN
THE HUMAN WHOSE NAME IS WRITTEN IN THIS NOTEBOOK SHALL DIE
ONCE DEAD, THEY NEVER COME BACK TO LIFE.
MAYBE.
« Je ne veux pas mourir,Captain !
- Tu ne mourras pas, Boy, tu te dilueras ! La mort tu crois que c'est un bloc tout raide de roc de glace qui te craque l'être d'un coup ? Mais c'est pas ce que tu crois c'est une saloperie indienne c'est une lente hémorragie un chatouillement
Tu as crevé depuis longtemps Et tu te vides
Et tu t'écoules peu à peu »
- Napalm, André Benedetto
CHAPITRE II
ORGANISATION
Quand il entendit le premier coup sur la porte, il comprit. Ou pour être exact, une partie de son cerveau comprit ce qu'il se passait bien avant qu'il ne réalise tout à fait qu'il ne lui restait plus qu'une dizaine de minutes à vivre. Cette sorte d'intelligence émergente, un instinct de survie qu'il n'avait pas suffisamment aiguisé depuis des années venait de refaire surface pour la dernière fois.
- Bonsoir, dit l'homme venu le tuer après avoir fait jaillir la porte d'entrée de ses gonds d'un coup d'épaule maîtrisé.
Il était incroyablement poli, très calme et le mouvement qu'il effectua pour sortir son automatique de sa veste fut presque aussi élégant que celui d'un homme sortant son chéquier pour inviter une femme à dîner.
- Il vient de m'avertir, continua-t-il de cette même voix posée. Il est temps pour vous de mourir.
- N-Non… Non, je vous en prie !
- Taisez-vous.
Il reçut un coup de crosse sur la mâchoire et sentit deux de ses dents tomber sous le choc. Suffoquant de douleur et d'un début de panique, il essaya de rester debout mais tomba après s'être étranglé avec sa salive mélangée à du sang, son champ de vision recouvert de taches noires et ocres. Il s'agrippa à son fauteuil, sentit sous ses doigts tremblants la couverture du roman qu'il lisait avant qu'il n'entende les coups à la porte d'entrée. Les autres avaient dû partir dès qu'ils en avaient reçu l'ordre.
Le tueur se pencha, l'attrapa fermement par les cheveux pour le forcer à le regarder.
- Vous n'avez pas à me détester pour ça. Je ne fais que mon travail.
Il se mit à pleurer, et crisper ainsi les muscles de son visage ne fit qu'accentuer la douleur pulsant dans toute sa mâchoire. L'homme sourit légèrement, poliment encore une fois. C'était peut-être ça le pire, songea-t-il en avalant difficilement sa salive au goût métallique. Le fait qu'on venait le tuer avec cette froideur de professionnel plus que de le laisser être dévoré par un de ces monstres pourrissant à l'extérieur de sa demeure.
- Guantanamo, murmura-t-il comme une prière. J'aurais préféré Guantanamo plutôt que ça.
Les yeux du tueur se firent encore plus froids qu'auparavant.
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez.
D'un geste habile, il plaqua sa victime sur le ventre, appuya ses mains fermes et puissantes sur son dos et ses poignets. Le nez dans son tapis, il inspira profondément comme pour garder en lui une dernière trace palpable, matérielle, ce qui avait été sa vie pendant tout ce temps. Il perçut le froid des menottes, grimaça, avant d'être remis sur le dos. Le jaugeant de toute sa hauteur, l'homme chargea son arme calmement mais ne tira pas aussitôt. Il s'aperçut que près du fauteuil, posé sur une table, se trouvait un verre de cognac. Il le porta à ses lèvres, en but une gorgée et sourit alors de façon plus naturelle, comme s'il se rappelait un souvenir agréable.
- Il est excellent. Permettez que j'en prenne une bouteille.
Il ouvrit la porte du bar, se servit. La bouteille tenue contre son buste, il tendit son arme sur le corps allongé à ses pieds.
- Prenez-vous en à Deneuve, dit-il avant d'appuyer sur la détente.
Au premier coup de feu, la tête explosa et des débris de chair rouge et grise éclaboussèrent le tapis, ainsi que le sol. Les deux autres coups visèrent les jambes, brisant net les rotules, transperçant les tendons et les muscles. L'odeur de poudre se mêla à celle du sang. Pendant une longue minute, l'homme contempla le cadavre avant de quitter la maison, la bouteille de cognac sous le bras.
Son téléphone portable vibra dans la poche intérieure de sa veste. Il décrocha, répondit à l'affirmative à deux reprises, et son interlocuteur coupa la conversation. Il retourna à sa camionnette garée dans le périmètre de sécurité qu'on lui avait indiqué, prit le bidon d'essence.
Quand la façade de la demeure s'écroula un peu plus tard, dévorée par les flammes, l'homme ne dit rien. Il sortit un verre en plastique d'un sac posé près de lui, se versa du cognac et le but tout en profitant du spectacle.
La scène de théâtre, vide, bleue et tiède comme un endroit sûr.
Raito cligna des yeux, se tourna lentement vers la source de lumière qu'il percevait faiblement dans les coulisses, battant comme un cœur malade. Dans les gradins, il ne vit personne, et il n'entendit pas un seul mot. Tout autour de lui était étouffé, assourdi, et cela le rendit malade, à la manière de quelqu'un qui a tourné trop longtemps et vite sur lui-même, les paupières douloureuses et la nuque brûlante. Cependant, il ne vacilla pas un instant, bien qu'il se sentît comme un marin débarquant sur la terre ferme après des mois de voyage. Tout dans son cerveau titubait, mais son propre corps restait droit et inflexible.
Les quelques mètres qui le séparaient de la lueur furent traversés en un instant, mais Raito fut persuadé d'être observé depuis les gradins lorsqu'il s'en alla. Il espérait qu'il ne s'agissait pas de Matsuda cette fois-ci encore. La dernière fois que Raito avait rêvé de l'inspecteur, ce dernier lui avait raconté une anecdote à propos de son père et de la machine à café défectueuse au commissariat. L'histoire aurait pu être banale, et peut-être même amusante, si Matsuda tout en parlant n'avait eu la bouche toute ensanglantée et qu'entre chaque phrase il ne s'était pas furieusement déchiqueté l'avant-bras gauche. Quand Matsuda avait fini de parler, Raito, écœuré, s'était rendu compte qu'il avait commencé à ronger l'os, et mâchait encore en souriant un bout de tendon qui claquait entre ses dents. La main, toujours intacte, et ayant l'air presque fausse, comme en terre cuite, était restée posée sur les genoux de Matsuda. L'odeur du corps en décomposition avait hanté Raito toute la journée qui avait suivi ce rêve.
« Pourquoi crois-tu à ces mensonges ? » pensa-t-il, se sentant toujours « trébucher » mentalement.
Les lignes bleues apparurent sur le fond noir lorsqu'il quitta la scène. Au fil des années, l'espace qui avait fini par être celui de son sommeil paradoxal s'était agrandi. De la scène de cinq mètres sur sept, il avait réussi par atteindre les coulisses, et enfin, sur les côtés, les quelques marches menant aux gradins. Cependant, malgré tous ses efforts, jamais il n'avait pu s'approcher de ces zones toujours plongées dans le noir. Il lui arrivait d'entendre la voix de sa mère, parfois celle de Yamamoto, ou encore celle de Misa qui lui demandait de l'attendre chez elle –il ne l'avait jamais fait.
Il ne la vit pas aussitôt. Sur le mur noir des coulisses, les lignes apparurent, se divisèrent, formèrent un quadrillage sur le corps assis sur la chaise. L'une des lignes dessina le contour d'un sein, une autre la courbe d'une épaule. La peau fut découpée, fragmentée par les multiples tracés lumineux et enfin, dans un éclat bleu, les pupilles fixées sur Raito se dilatèrent. Elle ne bougea pas, la tête légèrement penchée, les épaules tendues en un mouvement pensif. Le mur noir des coulisses s'illumina une nouvelle fois de cette lumière bleue, faible et battante, et dans le contraste, le corps de Yuri apparut complètement, nu, jeune, désirable… et mort.
Elle avait les jambes croisées, et les bras ballant des deux côtés de la chaise, comme ceux d'une poupée, sa poitrine mise en avant. Raito resta silencieux, n'éprouvant aucun plaisir, aucun désir à la voir ainsi. C'était Yuri comme il s'en était souvenu quelques heures plus tôt, dix-sept ans, jolie, hésitant à travailler tout de suite après le lycée, poussée néanmoins par Raito à tenter l'examen d'une université près de chez elle. Ses cheveux noirs, longs jusqu'aux épaules, sa bouche, et ses seins menus, que Raito avait caressé lorsqu'il avait dix-huit ans, tout cela appelait à une image trouble et cruelle qu'il devrait combattre une nouvelle nuit.
- Où es-tu ? murmura Yuri d'une voix atone.
Raito ne répondit pas.
- Où es-tu ? reprit une voix depuis les gradins, suffisamment forte pour que Raito l'entende parfaitement. Où es-tu ?
- Nulle part, chuchota Raito.
Derrière Yuri, il y eut un rire d'enfant. La jeune fille ne bougeait toujours pas. Dans le contraste, il était difficile pour Raito de voir quelle était l'expression de son visage.
- Est-ce parce que j'ai pensé à toi que tu es venue cette nuit ? demanda Raito, se sentant étrangement triste.
- Je ne te vois pas, Raito, dit Yuri de cette même voix vide. Où sont tes yeux ?
« L me a les arrachés une seule fois car je ne pouvais pas regarder. Pourquoi, tu veux les prendre à ton tour, Yuri ? », pensa Raito, au bord de la nausée.
Yuri se leva enfin. Raito eut le réflexe de tendre les bras pour l'enlacer et Yuri se blottit contre lui. Son corps était tiède, mais de cette tiédeur unie, commune des lieux sombres de son sommeil. Elle était aussi tiède que la scène, aussi tiède que le sol, et sous ses doigts Raito ne perçut aucune douceur, aucune chair molle ou bien la dureté de ses os ou le tracé léger de ses veines. Lentement, il glissa sa main sur le sein droit de Yuri, le prit tout à fait dans sa paume, mais ce fut comme si on avait piqué ses doigts d'un anesthésiant. Il n'y avait que cette tiédeur à la place, tandis que la lumière pulsait à la place du cœur inexistant de Yuri. La vibration se fit sentir soudain dans la cage thoracique de Raito, le faisant suffoquer.
- Pourquoi ne comprends-tu pas, Raito ? fit Yuri dans un soupir.
Sa voix créa une nouvelle vibration dans l'air, puis frappa dans le corps de Raito tous ses organes qui chancelant dut crisper ses doigts sur les épaules de Yuri avant de la repousser. Ses yeux lui brûlaient, et soudain, il réalisa qu'il transpirait.
Rien que le Su, Yagami. Rien que le Su pour que tu ne regardes plus.
- Je veux y retourner, Raito. Je veux retourner là-bas, reprit Yuri d'une voix teintée de tristesse. Je veux retourner à Spaceland.
Elle se projeta une nouvelle fois contre Raito mais il ne s'en rendit pas tout de suite compte. Il ne perçut ni le corps chaud de Yuri contre le sien, ni sa poitrine contre son buste, ni ses lèvres sur sa gorge.
Il ne sentit que les doigts lui traversant le ventre à l'aide d'une force surhumaine et lui empoignant les intestins.
La douleur jaillit en mille explosions dans son cerveau et Raito hurla jusqu'à ne plus reconnaître sa voix et pourtant il fut incapable de lâcher le corps de Yuri qui crispait les ongles de sa main gauche sur son omoplate, l'autre lui fouillant les entrailles, plus profondément encore, déchirant de ses doigts son estomac, se frayant un chemin entre ses côtes.
- Pourquoi ne veux-tu pas comprendre ? demanda Yuri tristement, ses doigts écrasant la chair chaude. Pourquoi ne cherches-tu pas à voir ? Tu ne regardes rien car tu ne veux pas regarder. On t'a dit… On t'a dit de ne le plus faire…
Raito leva les mains, prit Yuri par la gorge, mais la jeune fille gardait en main son gros intestin et chaque mouvement envoyait une nouvelle vague de douleur dans tout le corps de Raito. Il ne réfléchit plus. Il serra ses doigts sur la nuque de Yuri et d'un mouvement qu'il avait fini par apprendre par cœur à force de vivre dans un tel monde, il lui brisa les cervicales. Le bruit retentit, claquant comme celui d'une branche sèche, et Yuri s'écroula, entraînant Raito avec elle. Il hurla encore une fois, frappa de ses poings la main crispée de Yuri sur ses entrailles, et enfin parvint à se dégager.
Il avait perdu trop de sang, l'une de ses mains glissa dans la flaque sous lui et il tomba sur le flanc droit. La douleur le fit hurler encore plus fort, et le souffle haletant, brisé entre deux sanglots sans larmes, il se mit à trembler, essayant d'un geste paniqué de ne plus perdre ses organes encore chauds entre ses doigts. Les yeux mi-clos, ne voyant presque plus rien, il tourna la tête vers le fond noir des coulisses. La lumière bleue devint soudain d'une clarté aveuglante et sur le mur Raito lut alors le message qui était apparu, tracé avec du sang, sûrement le sien, et dans les gradins, la foule se mit à rire, applaudissant à tout rompre.
FOU EST ARRIVE INFIDÈLE EST LA SU SU SU SU
Et il se réveilla.
Lentement, il lâcha son ventre qu'il s'était pris des deux mains, avant de passer ses doigts sur les muscles abdominaux. Il ne sentit que la peau, légèrement moite à cause de la transpiration, et inspira profondément, profitant de l'instant pour se détendre peu à peu. Ses jambes s'étaient prises dans les couvertures et malgré la chaleur convenable de sa chambre, il était transi de froid. Il se redressa, s'appuya au dosseret de son lit. La lumière du jour était pâle, éclairant faiblement les objets tout autour de lui. Ses vêtements de la veille avaient été jetés par terre, loin de lui, comme pour qu'il ne puisse plus en respirer l'odeur.
Le cerveau encore lourd de sommeil, Raito se leva, les jambes légèrement tremblantes. Silencieux, il contempla Tokyo, entendit quelques bruits de voiture et même des éclats de voix s'estompant de temps à autre, remplacés par des coups de feu. Parfois, il lui arrivait d'entendre un cri, ou même des pleurs avant que des gémissements rauques mettent fin à ces appels à l'aide. La nuit était toujours plus calme, sauf dans les quartiers comme Roppongi.
Le souvenir fit sourire amèrement Raito qui s'éloigna de la fenêtre pour se préparer. Il était huit heures du matin et il n'avait que peu dormi mais il lui fallait retrouver L.
Lorsqu'il eut fini de se laver et de s'habiller, il prit l'ascendeur pour accéder au dix-neuvième étage.
L était en train de manger tout en regardant des informations sur la NHN. Le présentateur, austère, venait de donner les chiffres des derniers disparus de Shibuya, civils et militaires confondus.
- La milice ne sera jamais reconnue officiellement, déclara pensivement L en guise de bonjour à Raito.
- Je doute qu'elle veuille l'être, rétorqua Raito en s'asseyant face à l'écran.
Comme chaque matin, L avait posé une tasse vide pour lui. Sans se retourner, L attrapa un bout de gâteau qu'il se mit à mâcher tout en tapant sur quelques touches de son clavier. Un deuxième écran s'alluma et Raito vit alors Sanada, dormant toujours profondément dans le lit. Il éprouva un sentiment un peu amusé et triste à la fois quand il remarqua que Sanada s'était emmitouflé dans ses couvertures comme le ferait un enfant pour se protéger des cauchemars.
- Il m'a dit hier qu'il n'avait pas dormi dans un lit depuis longtemps, dit-il doucement avant de boire une gorgée de café brûlant, si amer que cela lui en serra la gorge.
L le dévisagea et Raito retint tout juste un sursaut. L avait reçu un coup la veille sur la pommette droite que Raito n'avait pas dû voir et la trace était devenue d'un noir-bleuté s'estompant légèrement sur les bords. Raito se leva, tendit une main vers L mais ce dernier plus rapide que lui, repoussa ses doigts en les frappant légèrement, comme il l'aurait fait avec un insecte.
- Je me suis occupé de ça, déclara-t-il posément à Raito. Ne t'en fais pas, l'os n'est pas cassé.
- Et ton épaule ?
- Rien de trop grave, répondit L.
- Si c'était le cas, tu te serais servi de ton bras gauche pour me repousser mais tu ne l'as pas fait. Ca te fait encore mal, L.
- Ou alors je suis ambidextre et que j'ai utilisé la main la plus appropriée pour te repousser. Que ça me fasse encore mal n'a aucune importance.
Les yeux noirs de L étaient impénétrables mais quatre ans à ses côtés avaient suffi à Raito pour deviner ce que le détective voulait vraiment lui faire comprendre.
- Fujiyama m'a parlé de la zone Ouest. Il va me contacter pour obtenir d'autres informations.
- De toute manière nous ne pourrons en apprendre vraiment que par nous-mêmes, ajouta L, mordillant la peau de son pouce droit. Il faudra contourner la difficulté que représente la Brigade de Sécurité Nationale.
- Je dois également contacter Ryouichi. On ne pourra pas garder Sanada trop longtemps.
- Il s'en sera bien triste, rétorqua L avant de boire une gorgée de son café trop sucré.
Il éteignit la caméra de surveillance de la chambre de Sanada avant de soupirer.
- J'aimerais que tu ailles le réveiller dans dix minutes. Nous avons besoin d'en apprendre plus sur son ancien groupe.
- S'il a été exclu de cette manière, il ne devait pas faire partie des membres les plus hauts placés, ajouta Raito, les sourcils froncés.
- Il a dit hier qu'il avait été parmi les premiers à avoir fait partie du groupe du parquet ouest. Il a vu de ses propres yeux comment le chef a pris le contrôle et a renforcé la sécurité des lieux. Il ne doit pas être au courant pour la BSN, puisqu'il était toujours enfermé avec sa famille, mais on peut toujours lui poser quelques questions à ce propos.
Raito ne dit rien pendant quelques secondes, tapa sur quelques touches du clavier pour faire apparaître sur l'un des écrans une photo satellite de Tokyo. Il zooma sur la zone Ouest, où le bâtiment du Parquet se trouvait.
- On peut sûrement compter sur un périmètre conséquent autour de la zone du parquet, dit-il calmement. La BSN aura sûrement des hommes tout autour du bâtiment et dans les rues adjacentes. Peut-être même à l'intérieur avec le chef du groupe.
L eut un vague sourire, comme s'il se rappelait de quelque chose de particulièrement drôle.
- Plus j'y pense, plus cette affaire ne concerne en rien le gouvernement ou l'armée.
Raito acquiesça.
- La milice est aussi hors du coup, et les yakuza également. Donc, il nous reste seulement…
- Yotsuba, acheva gravement L, le pouce sur les lèvres.
Raito grimaça légèrement. Seuls quelques députés, et quelques ministres ainsi que Mizuki, le nouveau Ministre gérant le gouvernement depuis 2006, savaient que la Brigade n'avait jamais été mise en place par l'Etat mais par un organisme privée allié au gouvernement : Yotsuba.
La BSN était indépendante de l'Etat et de l'armée. Les dossiers et les rapports qui prouvaient qu'elle travaillait pour le compte du gouvernement étaient faux, et ne servaient qu'à rassurer les japonais c'était la BSN qui détenait le principal pouvoir, ou par extension, Yotsuba contrôlait les forces armées tout en s'offrant une place de roi à la Diète et auprès du Premier Ministre.
- Avoir un contact avec un membre de la BSN nous aiderait grandement, poursuivit L, songeur.
- Fujiyama en a un, répondit Raito. Il ne m'aurait pas fait tout ce cinéma hier s'il n'avait pas un atout. Avoir un homme travaillant dans la BSN est la méthode la plus sûre pour un clan de survivre. C'est comme ça qu'ils peuvent avoir une longueur d'avance sur les différents coups à faire dans Tokyo.
- Tu comptes attendre son coup de fil ? demanda L et Raito entendit comme de la moquerie dans sa voix.
- Pas du tout.
Raito sourit.
- On a appris tous les deux qu'il n'est plus possible depuis longtemps de rester enfermés ici. Si on ne bouge pas les premiers, on ne saura jamais ce que la BSN et Yotsuba préparent en protégeant de cette manière la Zone Ouest.
L croqua un morceau de sucre, se lécha l'index.
- Je sais à quoi tu penses, Raito. C'est dangereux.
- Possible, concéda Raito, mais je dois quand même prendre le risque.
L secoua la tête. Bien que les traits de son visage étaient restés parfaitement neutres, Raito sentit dans la raideur de ses mouvements pour se resservir du café que le détective était agacé, et même en colère. Pour une raison qu'il ne put tout à fait s'expliquer, cela le ravit.
- Si tu t'infiltres dans le groupe, je n'aurai presque plus aucun moyen de te contacter. Sanada était resté enfermé avec sa famille pendant plusieurs années. Tu n'auras presque aucun moyen de t'enfuir de la zone à cause des gardes et de la BSN tout autour et si jamais tu fais un faux pas, je doute qu'on t'exclue aussi simplement que Sanada.
- Sanada a été exclu pour avoir volé des rations et grâce à nous il est toujours en vie, rétorqua Raito, le regard dans le vague, tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées. Peut-être même qu'un autre groupe l'aurait retrouvé et l'aurait aidé comme nous l'avons fait, donc ses chances de survie n'ont jamais été très faibles. Ce qui a failli le condamner est seulement le fait qu'il avait perdu les réflexes que nous avons appris depuis l'Implosion mais à part ça, il avait toujours une possibilité de rester en vie. Toutefois… rien ne nous dit que sa famille est encore en vie actuellement.
- Tuer la famille tout en excluant le père ? Pour quoi faire ? Il serait plus simple de liquider toute la famille, ou alors de la rejeter du groupe. Ta théorie pourrait être intéressante et même vraisemblable si les flux d'arrivants et d'exclus n'étaient pas si importants dans cette zone. Qu'est-ce que le chef gagnerait à tuer chaque personne de son groupe commettant une infraction ? Faire reposer son pouvoir sur la terreur ne peut pas durer indéfiniment.
- Rien n'est très logique avec ce chef de groupe. Pourquoi accepter un tel nombre de personnes tout en excluant autant du même coup ? Pourquoi ces flux ne sont pas vérifiés et analysés par la BSN ? Pourquoi d'ailleurs tant de monde cherche à atteindre le Parquet Ouest ?
- En d'autres termes, tout a un rapport avec ce chef de groupe et ce qu'il apporte véritablement aux survivants et à la BSN.
L se tut, réfléchit quelques instants.
- Je pense toujours que c'est une mauvaise idée de t'infiltrer dans ce groupe. Tu seras entouré d'ennemis potentiels : les autres survivants, la BSN et celui qui contrôle le bâtiment.
- Peut-être bien.
Raito soupira, passa une main sur ses yeux. Il avait encore sommeil.
- Je vais réunir toutes les informations possibles sur la zone et la BSN, déclara-t-il, soudain décidé. On verra ensuite s'il est toujours possible de s'approcher de la zone.
- Tu ne m'écoutes jamais, répliqua L.
Cependant tout en disant cela, il souriait légèrement. Quelque part le danger encouru le motivait encore plus que Raito.
Midô, assis à son bureau, baissa les yeux vers les papiers qu'il devait signer pour Kida. Ce dernier était parti à Kyôto en tant que responsable pour vérifier que tout était en règle avant de rédiger un rapport à Yotsuba. Midô soupira, retint une grimace de dégoût avant de repousser loin de lui la feuille attendant toujours sa signature. Il était incapable de se concentrer depuis sa conversation avec Namikawa le matin même.
Je pensais que tu étais celui qui maîtrisait mieux la technique de mélanger vie privée et vie professionnelle.
« Quel hypocrite », songea Midô avec fureur, les lèvres serrées. « Il est mal placé pour me faire de telles remarques, quand on voit ce qu'il fait pendant ses heures de travail. »
Le visage froid, sérieux de Namikawa lui revint en tête. De plus en plus en colère, Midô donna un coup de poing sec sur la table, en plein sur la feuille de papier à signer et s'en détourna pour regarder Tokyo depuis sa baie vitrée.
Il hésitait. Namikawa n'avait pas eu tout à fait tort de lui faire cette remarque : il était le plus à même de parler à Deneuve. Il était le seul qui en avait la possibilité d'ailleurs. Namikawa, Shimura et Kida ne recevaient jamais les messages du détective en premier. Un an auparavant Deneuve avait contacté Shimura pour une question de budget mais c'était tout.
Le téléphone portable spécialement réservé pour les coups de téléphone à Deneuve était posé sur le bureau. Midô serra une nouvelle fois les poings, s'arracha à la vue calme et sinistre de la ville. Il inspira profondément, prit le téléphone et appuya sur une touche. Ses doigts tremblaient légèrement.
Il n'y eut qu'une seule sonnerie, après quoi on décrocha. Midô tressaillit.
- C'est Midô, dit-il en anglais.
- Bonjour Shingou.
Ce fut comme si on venait de frapper Midô à la poitrine. Cela faisait presque six mois qu'il n'avait pas parlé directement à Deneuve mais lorsqu'il entendit de nouveau sa voix, il crut que le temps qui s'était écoulé depuis leur dernière conversation venait à tout jamais de disparaître, comme s'il n'avait jamais existé. Comme à son habitude, Deneuve semblait très calme, très sûr de lui. Peu importait l'heure où Midô le contactait, il ne donnait jamais l'impression qu'on le dérangeait. Il ne semblait jamais occupé lorsque son téléphone sonnait.
- Que puis-je faire pour vous, Shingou ? demanda Deneuve.
Midô ne répondit pas aussitôt, tourna de nouveau la tête vers les immeubles de Tokyo.
- Je pense que vous devinez pourquoi je vous appelle aujourd'hui.
- Effectivement, répondit Deneuve, et il y avait comme un sourire dans sa voix. Comme toujours, Monsieur Namikawa se révèle être un homme prudent.
Malgré le ton poli, l'allusion à Namikawa avait été teintée de moquerie et Midô, amusé, sourit à son tour.
- Il n'a pas tout à fait tort. Vous nous avez encore rien dit de votre prochaine manœuvre concernant Lara.
- Dois-je vraiment fournir une explication ? répliqua calmement Deneuve.
Il y eut un bref silence.
- Je peux vous le dire, Shingou. Mais c'est bien parce que c'est vous.
- C'est trop d'honneur, répondit Midô d'un ton sarcastique.
- Je n'ai pas encore fini, déclara Deneuve. Ces choses-là prennent énormément de temps à se mettre en place.
- Ces choses-là ? répéta Midô, curieux.
- Vous savez bien, répondit mystérieusement Deneuve, semblant beaucoup s'amuser de son petit tour. Je suis bien conscient que mes actions rendent Yotsuba –ou plutôt devrais-je dire Monsieur Namikawa-, nerveux mais il faudra faire preuve de patience. Tout n'est pas encore réglé. Présentez-donc mes excuses à votre PDG, Shingou. Je saurai me montrer digne de la confiance qu'il m'accorde lorsque le temps sera venu.
Midô ne répondit pas. C'était la spécialité de Deneuve d'esquiver la question et si le détective refusait de lui faire part de son plan pour l'instant, Midô était dans l'incapacité de lui soutirer des réponses franches. Namikawa en serait par la suite contrarié mais cette idée, au lieu de le mettre mal à l'aise, le réjouit plus qu'il ne voulut se l'admettre.
- Oh, Shingou, j'oubliais, reprit soudainement Deneuve, et sa voix prit un accent enthousiaste qui fit tressaillir Midô. Je vous remercie de m'avoir contacté aujourd'hui.
- Pourquoi cela ?
- Je devais vous envoyer un compte-rendu de la situation mais ce ne sera plus la peine, puisque je vous en parle directement : la cible a été éliminée.
Midô ouvrit la bouche, ne trouva rien à dire. La nouvelle produisit en lui un flux d'adrénaline qui fit disparaître toute trace de somnolence et la gorgée serrée, il se redressa, les doigts crispés sur le téléphone.
« Ca y est… », pensa-t-il, à la fois surpris et déterminé. « Ca y est, les choses s'accélèrent. »
- Tout se déroule comme prévu, conclut Deneuve de cette voix calme, d'une humeur aussi égale que s'il discutait d'un contrat. Ce n'était qu'une question de temps avant que je ne le fasse disparaître. Dois-je vous envoyer un rapport ou ma parole seule vous suffit ?
- Ce sera très bien pour l'instant, répondit Midô, la gorge sèche. Très bien.
- Je vous recontacterai plus tard, Shingou. Je suis enchanté de vous avoir eu au téléphone aujourd'hui. Transmettez mes amitiés au reste de vos collègues.
Midô, réalisant que Deneuve s'apprêtait à raccrocher, sursauta.
- Attendez, lança-t-il d'une voix plus forte.
Il y eut de nouveau un bref silence. Midô entendit le souffle de Deneuve, et le sourire dans sa voix.
- Oui, Shingou ?
Midô soupira, retira ses lunettes pour presser de deux doigts l'arête de son nez. Une douleur pulsait en plein milieu de son front. Il se rappelait de la bouche presque froide sur son ventre, les mains tremblantes le déshabillant la veille, et les cinq billets qu'il avait tendus, un simple geste qu'il avait pris l'habitude d'accomplir mais qui depuis ce matin lui soulevait l'estomac.
- Non…, dit-il dans une exhalation fatiguée. Non, rien du tout.
Deneuve sembla réfléchir.
- J'entends comme de la tristesse dans votre voix, Shingou.
- Peut-être bien, avoua Midô, souriant amèrement. Ou peut-être seulement…
- Seulement ?
Midô secoua la tête.
- Rien.
- Je sais ce que c'est, dit Deneuve dans un murmure. Il est juste dommage que vous ne soyez pas sincère avec moi, Shingou.
- Sincère ?
Il hésita une dernière fois, inspira comme s'il s'apprêtait à plonger dans une eau trop profonde pour lui.
- Je ne vois pas pourquoi j'aborde le sujet, dit-il d'une voix qu'il espéra aussi calme que celle de son interlocuteur.
- Je comprends, répondit Deneuve et Midô sut que oui, il comprenait parfaitement.
Le ton de Deneuve était plus doux, plus personnel.
- Vous me manquez aussi, Shingou, dit-il alors en japonais.
La conversation s'acheva sur ces mots et Midô se retrouva pris au dépourvu. Il éloigna le téléphone de son oreille, lui jeta un coup d'œil avant de le reposer sur le bureau. Sa vision était trouble sans ses lunettes et pendant quelques secondes, il considéra ses propres doigts aux contours rendus flous par la myopie.
- Quel idiot je fais, marmonna-t-il, relevant l'une de ses mains pour masser la zone douloureuse de son front.
- Le bâtiment du Parquet ? répéta Sanada, étonné.
Assis en tailleur sur le lit, il croqua dans un biscuit avant de le mâcher d'un air pensif, essayant de comprendre ce qu'avait voulu lui demander L. Ce dernier, assis dans sa position habituelle sur la chaise du petit bureau, ne le quittait pas des yeux.
- Difficile de répondre à cette question, reprit Sanada après avoir avalé sa bouchée, fouillant à nouveau dans son sac de rations pour chercher un autre biscuit. Je ne saisis pas tout à fait ce que vous voulez vraiment savoir.
- Nous avons réussi à obtenir un plan du bâtiment mais il date d'avant l'Implosion, répondit calmement L. L'organisation des lieux est complètement différente à présent. Je voudrais donc savoir comment les étages et les salles ont été aménagés pour votre groupe.
- Eh bien… J'étais au premier étage avec ma famille. Nous étions environ une cinquantaine à nous partager cet étage. Nous étions deux familles par bureau. Je me rappelle qu'au tout début, on avait débranché tous les ordinateurs dans tous les bureaux du premier étage pour faire plus de place. On a rangé les ordinateurs ailleurs, sûrement au deuxième et dernier étage du bâtiment. Cet étage servait pour les survivants qui étaient arrivés seuls, et qu'on avait organisé aussi par petits groupes. Notre chef voulait créer une cohésion, que chaque venu soit accueilli et se sente bien, comme dans une famille.
« Si c'est le cas, pourquoi vous exclure ainsi ? » pensa L, impassible.
- Les gardes étaient postés sur le toit, et à l'entrée principale du bâtiment, ainsi qu'à l'arrière. J'ai moi-même fait des tours de garde au tout début.
- Où se trouvaient les vivres ?
- Au deuxième étage. Tout ce qui était important pour le groupe se trouvait en hauteur, au cas où nous aurions dû monter si les… enfin si ces « choses » cherchaient à s'approcher trop près. Hormis les gardes qui se relayaient, personne ne vivait au rez-de-chaussée. Heureusement, nous n'avons jamais eu de vrai problème.
- Donc vous n'avez jamais vu la BSN tout autour du bâtiment ?
Sanada fronça les sourcils, le regard dans le vague, essayant de se rappeler des moindres détails.
- Je n'en ai jamais eu l'occasion. Quand on m'a exclu du groupe, j'étais tellement paniqué que je n'ai absolument pas fait attention. Peut-être ai-je confondu la BSN avec les autres gardes du bâtiment.
- Ca n'a pas sens, comment confondre des personnes qui vivaient avec vous avec la BSN ? rétorqua L.
Sanada esquissa un sourire désolé.
- C'est vrai que c'est un peu stupide mais je ne connaissais pas forcément tout le monde dans le bâtiment. Je restais surtout avec les familles du premier étage. On montait au deuxième pour les rations et parfois pour discuter des prochains tours de garde.
- Vous voulez dire que vous n'avez plus du tout fait de tours de garde depuis longtemps ?
- Comment dire… Au début, nous n'étions vraiment pas beaucoup. Je me rendais comme au parquet pour une affaire concernant un de mes frères aînés quand l'Implosion a eu lieu. Nous étions peut-être… dix, quinze à avoir survécu ce jour-là. Et le nombre a baissé la nuit qui a suivi quand plusieurs personnes sont parties chercher leur famille pour les amener au Parquet. Ca paraît stupide de faire ça mais pour nous ce bâtiment était tout ce qui nous avait protégés. Nous voulions protéger nos familles en les amenant au Parquet car c'était l'endroit le plus sûr à des kilomètres à la ronde. Par chance, ma famille vivait près de cette zone, alors j'ai été l'un des rares à revenir sain et sauf cette nuit, ma femme et mes filles avec moi. D'autres ont été mis au courant de cet endroit et nous ont rejoint. A présent, ça fait quatre ans donc les plus anciens ont… comme qui dirait quelques privilèges. Et les nouveaux veulent toujours bien faire, se montrer digne de confiance. Quelle meilleure preuve de prouver sa bonne foi que protéger le bâtiment avec les autres gardes ? Au final, je n'ai plus eu l'ordre d'aller faire mes tours de garde, quelqu'un trouvait toujours l'occasion de me remplacer.
L baissa les yeux, se mordillant la peau du pouce droit.
- Pour les rations, et les armes, qui s'occupe de ça ?
- Le chef de groupe et quelques hommes qu'il juge dignes de confiance. Ce sont des hommes qui ont un contact dans des armureries de la zone Ouest. Pour les rations, c'est l'armée et parfois des survivants avec de la nourriture qui veulent absolument trouver un abri.
Le visage de L ne dévoila aucune émotion mais ses yeux se durcirent. Les explications de Sanada ne lui permettaient pas d'apprendre que ce soit de concret ou de véritablement utile sur la situation.
- Parlez-moi de votre chef. Quel est son nom ?
- Eh bien…
Sanada hésita, secoua la tête.
- Vous avez peur de me le dire ? s'étonna L. Pourtant, il ne peut plus vous faire quoi que ce soit maintenant.
- Ce n'est pas ça. Ce n'est pas une question de nom. D'ailleurs, moi-même je ne l'ai jamais su. Il a toujours eu un faux nom. Au début, il était très présent pour le groupe mais il a cessé peu à peu de se rapprocher des survivants. Il les accueillit, les nourrissait, leur permettait de se reposer mais ça fait déjà un moment que je ne l'ai pas vu. Il va s'enfermer toujours dans un bureau du deuxième étage. Je crois que quelques uns de notre premier groupe le connaissaient, mais ces personnes-là sont mortes. Il s'est présenté dès le début sous ce nom-là… Shuseki.
L fronça de nouveau les sourcils.
- Shuseki ? répéta-t-il. C'est un nom parfaitement adéquat compte tenu du bâtiment.
- Au début, on a trouvé ça bizarre, avoua Sanada, mais il a prouvé très vite qu'il était capable d'organiser notre groupe, de rester concentré et prudent sur notre situation. A présent, c'est Shuseki et on ne se pose plus de questions.
Le téléphone portable de L se mit à vibrer dans l'une des poches arrières de son jean. Sans quitter Sanada des yeux, L décrocha.
- Oui ?
- Je pense voir les Higarashi tout à l'heure, lui dit Raito et L l'entendit taper encore quelques secondes sur les touches de son clavier. Il faut que je parle à Fujiyama.
- Pourquoi veux-tu y aller maintenant ? Tu as trouvé quelque chose qui te pousse à agir aussi vite ?
- Justement, pas grand-chose, répliqua Raito, ennuyé. Fujiyama est celui qui a un lien direct avec la BSN, et je suis sûr qu'il ne m'appellera pas le premier s'il a des informations. Il les vendra à quelqu'un d'autre si je ne bouge pas avant.
L soupira, fit un signe de la main à Sanada qui arrêta de mâcher ses biscuits, la main toujours dans le sac de rations. Il semblait plus en forme que la veille et tout à fait habitué à ne rien faire de particulier, tant qu'il se trouvait en sécurité.
« Ce type a les réflexes de survie d'un mouton », constata intérieurement L, avant de reporter son attention sur Raito.
- Je suppose que tu as toujours cette idée en tête.
- Absolument, répondit Raito et il y avait un accent de provocation dans sa voix qui dans d'autres circonstances aurait mis L en colère. Et Sanada ?
- Pas grand-chose de mon côté non plus. Laisse-moi le temps de me préparer. Sanada, ajouta-t-il après avoir raccroché. Je vais devoir vous laisser encore quelques heures. Voulez-vous quelque chose ? Un livre, autre chose ?
- Oh… Est-il possible d'avoir la télévision ?
L ne sut quoi répondre pendant un temps qui lui sembla très long, alors qu'il resta silencieux seulement un quart de seconde. Bien que l'immeuble recevait encore toutes les chaînes nationales et internationales, Raito et lui ne regardaient plus que les journaux télévisés, pour voir où « officiellement » la Diète se positionnait par rapport aux incidents et autres affaires politiques secouant le Japon depuis l'Implosion.
- Oui, bien sûr. Je vais vous changer de chambre.
Sanada se contenta d'acquiescer. Quelqu'un d'autre aurait profité de l'occasion pour faire quelques remarques sur la situation, le bâtiment, le fait qu'il n'y avait que deux hommes habitant les lieux, mais Sanada ne fit rien de tout cela. L le regarda ranger son sac de rations, éprouva une émotion froide, à mi-chemin entre la pitié et l'agacement. Serrant les lèvres, le visage toujours aussi impassible, il quitta la chambre, les mains dans les poches, suivi de Sanada qui marchait tête baissée.
L verrouilla la porte de la nouvelle chambre. Sanada, assis sur le lit, les yeux rivés sur l'écran allumé ne sembla pas s'apercevoir qu'on l'avait de nouveau enfermé. La dernière image que L eut de lui fut son visage pâle, aux traits tirés par une fatigue permanente, ses mâchoires s'activant lentement et pensivement tandis qu'il mâchait les biscuits de son sac.
Pour une raison qu'il ne put s'expliquer, L pensa à Wammy.
Jimmy fut le dernier à entrer dans la salle mais personne ne fit de commentaires sur son retard. L'atmosphère était pesante. Assis au premier rang, Ross observait le tableau sur lequel on avait dessiné un plan de bâtiment séparé en trois parties. Debout, à la droite du tableau, Mello releva la tête, croisa le regard de Jimmy qui resta au fond de la salle, près de la porte. Beaucoup d'hommes fumaient, et l'air était tiède, aux effluves de sueur et d'alcool.
Matt fumait également, et jouait d'une de ses mains gantées avec le couvercle d'un briquet différent de celui que Jimmy lui avait vu auparavant. Un Zippo plaqué or, dont les cliquetis métalliques résonnaient dans la pièce silencieuse, éclairée presque plus crûment que le reste de la base. Les ombres creusaient les joues de tous les hommes présents, dissimulant légèrement la cicatrice de Mello lorsque ce dernier tourna la tête, rendant les yeux de Matt insondables derrière ses verres de lunette.
Mello attendit encore quelques secondes, décréta d'un geste du bras qu'il n'attendait plus personne avant de désigner du poing le plan sur le tableau.
- Westfield Mall, dit-il d'une voix maîtrisée. Dans deux jours, nous devrons faire exploser cet endroit.
Il y eut un léger murmure. Ross, ayant l'air satisfait, fit craquer ses doigts. Matt tira sur sa cigarette, se contenta d'observer les hommes assis en face de lui. Malgré la lumière, Jimmy sentit Matt le regarder droit dans les yeux pendant trois longues secondes, avant de détourner son attention de lui.
- Les hommes désignés pour mener cette mission à bien sont tous préparés… sauf notre lieutenant Darmody ici présent, ajouta Mello, souriant cruellement. C'est donc l'occasion idéale pour revoir en détail notre stratégie.
Matt sortit un cendrier de poche de sa veste, écrasa son mégot à l'intérieur. Il s'appuya ensuite contre le bord gauche du tableau, désignant d'une main le premier plan.
- Nous serons divisés en trois groupes, chacun composé de trente hommes. Je dirigerai le groupe A, Mello le B et Darmody le groupe C.
Jimmy se mordit la langue pour retenir à temps l'expression qui aurait pu trahir sa surprise. Les lèvres de Matt s'ourlèrent d'un rictus amusé.
- C'est notre plus grosse mission depuis 2007 et c'est notre cher Président en personne qui nous demande de faire le ménage par là-bas.
« L'échec de Westfield », songea Jimmy, une émotion de regret lui serrant le cœur.
Tout cela avait eu lieu très peu de temps après l'Implosion. A l'époque, Jimmy n'était pas encore lieutenant, et avait été envoyé à New York pour aider les survivants et éliminer le plus possible des non-vivants dans la ville. Il n'avait été mis au courant de l'échec de Westfield qu'un an après que l'état-major eut reçu les rapports officiels –et tout au fond de lui, cette nouvelle avait été l'une des raisons qui avaient fait pencher la balance, le décidant tout à fait à déserter après le massacre de 2007.
Comme des dizaines d'autres centres commerciaux des Etats-Unis, Westfield Mall avait été attaqué par un groupe de ces créatures, prenant tous les civils au dépourvu. Après bien des difficultés, le centre commercial avait actionné le système de sécurité et toutes les sorties avaient été barricadées. Malheureusement, deux à trois personnes s'étaient fait mordre lors l'infiltration des créatures, et avaient caché leur blessure. Cela aurait pu être évité si les survivants avaient été moins nombreux et mieux organisés, et malgré tous les vigils et les responsables présents, il n'avait fallu que de cinq jours pour que la totalité des mille survivants ne soit décimée.
L'armée n'était bien entendue pas au courant de tout cela. Bien que les survivants aient essayé de contacter leurs proches, ou que les responsables du centre commercial aient envoyé un message de détresse aux forces de l'ordre, il n'y avait plus eu d'appel à l'aide au bout du quatrième jour. On envoya donc une troupe sur les lieux, qui désactiva le système de sécurité d'une porte à l'arrière du bâtiment principal pour vérifier s'il n'y avait pas de survivants. Ce fut un carnage et les cinquante soldats furent mis en pièce par plus d'une centaine de non-vivants rien qu'au rez-de-chaussée. L'armée, alertée à ce moment, envoya une nouvelle troupe pour renforcer la sécurité et barricada une nouvelle fois toutes les portes et les fenêtres, et plus personne ne sortit de Westfield Mall. Quatre ans plus tard, le centre commercial était toujours intact à Los Angeles, devenu le point central d'une zone désaffectée de cinq kilomètres. Si les choses n'avaient pas changé depuis tout ce temps, il devait encore rester plus de trois cents non-vivants encore suffisamment actifs à l'intérieur du centre commercial.
Jimmy croisa les bras, dévisageant Mello qui expliquait le rôle de son équipe A, passant une main gantée sur le deuxième plan de Westfield.
- La coordination entre les différents membres de chaque groupe sera primordiale, ajouta-t-il en désignant une ligne qui marquait une sorte de limite au début d'un couloir du deuxième étage du centre commercial. Rappelez-vous, nous n'aurons qu'une heure et trente minutes, depuis le début de la mission jusqu'au placement des explosifs aux sous-sols. Heureusement pour nous, les fondations de Westfield sont déjà en partie fragilisées car les soldats qui s'y sont aventurés il y a quatre ans ont essayé de faire ce que nous allons finir à leur place.
A cette phrase, Jimmy entendit Ross ricaner doucement, comme si Mello venait de faire une très bonne plaisanterie.
Qu'on demande à la mafia d'exploser un centre commercial afin d'en faire disparaître la preuve d'un échec militaire n'était pas une surprise. Officiellement, chaque mission dangereuse était accomplie par l'armée ou les forces spéciales officieusement, il n'y avait pas assez d'hommes et de moyens pour que chaque mission soit menée à terme. Il n'avait pas fallu attendre longtemps avant qu'un traité international circule dans le monde fermé et puissant qu'était celui des organisations criminelles. La Mafia, la Triade, les réseaux de prostitution, les trafics d'armes et de drogues signèrent le traité, qui fut nommé après coup « le traité d'Hopps », du nom –semblait-il, car peu de personnes étaient au courant- du stratège militaire Gregory Hopps, mort quelques mois avant la diffusion du traité. Les organisations criminelles signant le traité acceptaient alors de s'occuper de différentes missions en échange de privilèges et d'une liberté totale sur le continent américain.
Le cliquetis métallique du Zippo de Matt le fit sursauter. Il avait presque oublié où il se trouvait. Matt avait pris la parole et présentait un arc de cercle sur le premier plan. Jimmy enregistra les informations inconsciemment, parfaitement, comme autrefois lorsqu'il était lieutenant. Il sentit le regard de Mello sur lui, comme vérifiant qu'il assimilait tout, ne releva pas la tête.
La cicatrice du visage de Mello le mettait mal à l'aise. Il en avait vu d'autres, bien plus graves et sur des personnes plus jeunes encore, mais cette diagonale de chair brûlée le perturbait. Lorsqu'il avait demandé à Ross comment cela s'était passé pour Mello, il n'avait pas eu de réponse, à part : « Il l'avait déjà quand on les a rencontrés tous les trois. »
Jimmy n'avait pas réussi à obtenir beaucoup d'informations sur le trio d'adolescents. En partie parce que cela ne l'avait pas choqué au point de demander des précisions à tout le monde –il se rappelait d'une mission en 2006 au Mexique où il avait découvert toute une petite ville protégée par seulement soixante enfants tous âgés entre huit et quinze ans, leurs parents ayant disparu dans l'Implosion -, et en partie parce que les autres hommes de l'organisation n'avaient pas osé trop en parler. Jimmy avait juste appris que les trois garçons étaient arrivés trois ans plus tôt, après avoir quitté le Royaume-Uni en proie un an après l'Implosion à une guerre civile.
« Tous les trois… Mello, Matt et… Near, ce type… »
- C'est tout, conclut Mello d'une voix glaciale. Je veux que tout le monde soit prêt pour après-demain, à cinq heures du matin.
Dans le brouhaha des hommes quittant la salle, apparemment soulagés, Jimmy entendit la voix de Matt, ne saisit que « photo » et « sa tête », à quoi Mello ne répondit rien, se contentant de secouer la tête, les bras croisés.
Dans le couloir, Near attendait, tenant dans une main une feuille couverte de notes et d'abréviations. De ce qu'en vit Jimmy, cela ressemblait au plan du centre commercial, cependant beaucoup plus fourni en détails et en calculs que celui du tableau, ainsi que barré ça et là de flèches. Near fit un signe de tête à Jimmy.
- Tu pourras récupérer ton matériel tout à l'heure, lança-t-il d'une voix très plate.
Il se dirigea ensuite vers Matt et Mello. Jimmy attendit quelques secondes. Malgré la cicatrice barrant le visage de Mello, la cigarette que Matt venait d'allumer et qu'il fumait d'un air sérieux ou bien encore l'automatique discrètement rangé dans la veste blanche de Near, tous les trois, la tête baissée vers la feuille comme pour partager un secret, ressemblaient à des enfants avant leur examen final.
Jimmy quitta la salle en refermant la porte derrière lui, se sentant soudain très nauséeux.
Kida sut dès l'instant que son téléphone se mit à sonner qu'il s'agissait de Namikawa. Il décrocha, fit un geste à l'homme avec qui il discutait pour s'excuser avant de répondre.
- Oui ?
- Deneuve continue à faire l'imbécile, lança Namikawa d'une voix pleine d'une exaspération difficilement maîtrisée.
« Encore ce sujet… », pensa Kida, déjà ennuyé. « Pourquoi ne t'en charges-tu pas toi-même si l'idée de demander à Midô te dérange ? »
- Pourquoi dis-tu cela ? rétorqua-t-il à la place. Même s'il n'a pas toujours été très clair sur ses positions, il a nous a toujours fourni ce que nous lui demandions.
- Avec Lara, c'est différent.
- As-tu engagé un spécialiste pour que nous puissions en apprendre davantage à ce sujet ?
L'homme en face de Kida haussa les sourcils, essayant de toute évidence de comprendre de quoi il était question.
- Midô vient de m'appeler. Deneuve a éliminé la cible.
Kida réfléchit en silence, toussota avant de répondre d'un ton calme.
- N'est-ce pas la preuve qu'il avance dans son plan et que par conséquent nous serons les premiers à apprendre ce qu'il veut faire ? Je ne l'ai jamais vu commettre une erreur, et nous avons toujours été gagnants dans tout ce qu'il a entrepris.
Il hésita, jeta un coup d'œil nerveux à l'homme qui attendait toujours, lui souriant poliment.
- Pourquoi penses-tu que c'est différent ?
- C'est Lara. Tu sais très bien pourquoi c'est différent. Deneuve n'est pas le seul perturbé par cette affaire et ce qu'elle représente vraiment.
- Oui, accorda Kida, oui, je le sais. Par ailleurs, je dois te prévenir.
- Me prévenir ? soupira Namikawa, las. Et de quoi ?
- Les chiffres ont augmenté.
Il y eut un bref silence.
- De combien ? demanda enfin Namikawa, reprenant un ton mesuré et prudent.
- Je ne peux pas te dire ça précisément. Les chiffres ont augmenté là-bas.
- Quand atteindrons-nous la limite ?
- Il doit y avoir une limite ? répliqua Kida, vaguement dédaigneux.
- … Pas forcément. Plus les chiffres augmenteront, mieux ce sera pour nous. Comment es-tu au courant de cela depuis Kyoto ? Ne me dis pas que…
- Si. Cela peut partir de très loin.
Namikawa émit un « hum » songeur.
- Très bien. Au moins quelque chose de positif dans tout cela.
- Je dois raccrocher, lui dit abruptement Kida.
Il n'attendit pas la réponse de Namikawa et reposa son téléphone portable sur la table, juste à côté de sa main gauche. Beaucoup auraient été choqué de l'attitude de Kida envers son supérieur hiérarchique mais peu connaissaient la vérité au sujet de Yotsuba. Inspirant profondément et souriant d'un air désolé à son interlocuteur, Kida éloigna sa main gauche du téléphone.
- Veuillez m'excusez.
- Il n'y a pas de mal. Je suis déjà bien content que vous ayez accepté de venir à Kyoto.
- C'est bien normal, je dois superviser tout ce qu'il se passe ici.
Le sourire de son interlocuteur prit une teinte légèrement désabusée. Les mains jointes sur la table, habillé d'une combinaison PCC tout dernier cri, il n'avait absolument pas l'air d'un homme d'affaires comme Kida. Ses traits étaient anguleux, mais les yeux avaient une sorte de chaleur qui semblait être presque de la gentillesse, ou plutôt… de la cordialité. Kida n'avait pas trouvé d'autre mot pour nommer Hidetoshi Tsuzuki. C'était un homme cordial.
- Nos rapports sont formels, dit-il, poursuivant la conversation que Namikawa avait interrompu quelques minutes plus tôt. Ils sont au courant.
Kida soupira, soutint son menton d'une main tandis qu'il regardait pensivement le papier que Tsuzuki lui avait tendu.
- Et je suppose que si cela n'était pas grave, vous ne seriez pas en train de me montrer tout ça ?
- Je pense qu'il faudrait passer à l'offensive, oui, répondit Tsuzuki, souriant toujours comme si Kida lui avait proposé de l'inviter à déjeuner.
« Ce type est un fou », songea Kida mais il n'éprouva aucune frayeur particulière. Le sourire de Tsuzuki était trop doux pour qu'il puisse se sentir en danger. C'était impossible d'ailleurs.
- Vous savez ce qu'on dit : c'est par les plus petits trous dans les murs que passent les courants d'air les plus froids.
- J'ignorais qu'une telle expression existait, dit Kida, devinant aussitôt que Tsuzuki venait de l'inventer. Bien. Faites ça proprement. Je ne veux pas que les choses s'arrêtent parce que ces types sont venus fourrer leur nez de nos affaires.
- Je sais quelle équipe contacter. Ils se feront un plaisir de s'occuper de cela. Et proprement.
- Exactement. Je ne veux pas que ça remonte jusqu'à nous.
Tsuzuki reprit les papiers. Lorsqu'il tendit sa main gauche, Kida y vit, comme dessinée au laser, une cicatrice rappelant une vague.
- Je comprends, ajouta-t-il d'un ton presque paisible. Nous n'avons pas besoin d'être entachés par tout ceci. Enfin, quand je dis « nous »… Je veux surtout parler de vous.
Tsuzuki émit un bref rire.
- Après tout, vous êtes le fondateur de la Brigade. Je ne vois pas en quoi cela devrait vous importuner dans votre travail.
Kida ne répondit pas.
Il se contenta de sourire froidement au chef de la section Kyoto de la Bridage de Sécurité Nationale.
Les hommes de Fujiyama, surpris par l'arrivée de L et Raito, les prirent en joue sitôt qu'ils sortirent de la voiture. Devant le bâtiment qui servait autrefois aux usuriers du clan, Raito compta six hommes.
- Qu'est-ce que vous foutez ici ? demanda l'un d'eux.
- Je viens parler à Fujiyama, c'est important, répondit Raito d'une voix très calme.
- J'espère que t'as pris rendez-vous auprès de notre secrétaire, dit un autre homme et les autres s'esclaffèrent.
Raito ne répondit pas.
- Fujiyama nous attend, ajouta L.
- Tu serais pas le mec d'hier soir ?
- Si. Nous devons parler à Fujiyama.
L'homme gardant la porte d'entrée prit son téléphone portable, composa un numéro.
- Boss ? Deux types dehors veulent vous parler. Celui du dernier combat d'hier et un autre.
- Asahi, dit Raito.
- Un gars nommé Asahi… Ah. D'accord… Compris. Vous pouvez entrer, déclara l'homme de main en raccrochant.
Pas un seul homme ne les fouilla pour leur prendre leurs armes. Raito et L échangèrent un regard. Si Fujiyama leur permettait de les garder, c'était parce qu'il ne craignait rien. Un seul geste déplacé et une dizaine d'hommes les abattraient aussitôt.
Le bureau de Fujiyama se trouvait au dernier étage du bâtiment, au cinquième. Deux hommes gardaient la porte et s'écartèrent dès qu'ils virent L et Raito s'approcher. Dans la pièce à l'air trouble de fumée de cigarettes, Fujiyama les attendait, assis sur le canapé, mains jointes sur ses genoux croisés. Deux de ses hommes étaient assis à ses côtés, et deux autres au fond de la pièce, près de la fenêtre fermée.
- Asahi, murmura Fujiyama. Quelle surprise. Oh et Ryuuzaki si je ne me trompe pas. Bon combat hier. L'entraîneur de Takashi n'est pas très content que tu aies brisé la mâchoire de son protégé mais hé… c'est le jeu, n'est-ce pas ?
Raito et L restèrent debout. Les yeux perçants de Fujiyama fixèrent un instant l'holster de leurs armes, revinrent se poser sur Raito.
- Comme je le pensais, dit ce dernier, tu n'allais pas me contacter au sujet de la BSN. Il fallait bien que je me déplace.
- Mais qui te dit que je vais t'en parler, répliqua Fujiyama, les paumes ouvertes dans un faux mouvement d'innocence. Oh, j'en oublie mes bonnes manières. Endou, va préparer du thé pour nos invités.
L'un des hommes près de la fenêtre quitta son poste, et sortit de la pièce. Il y eut un silence pesant que Fujiyama brisa d'un petit rire narquois.
- Si c'est une question d'argent, vous savez pertinemment que nous pouvons sans problème vous en procurer, dit L et le son de sa voix fit sursauter tout le monde. Ce n'est pourtant pas cela qui vous empêche de nous en parler. La Brigade de Sécurité Nationale fait pression sur vous ? Ou alors…
L laissa sa phrase en suspens, et porta à sa bouche un de ses pouces qu'il se mit à mordiller pensivement. Ses yeux scrutaient Fujiyama avec une telle intensité que le yakuza, se sentant légèrement décontenancé, eut un mouvement de recul, se renfonçant davantage dans son canapé.
- Depuis la mort d'Higarashi, je me suis occupé du clan du mieux que j'ai pu, lança soudain Fujiyama. J'ai accompli tout ce que le Boss aurait voulu que je fasse pour préserver nos affaires et notre réputation.
Il eut un autre sourire, beaucoup plus sombre et presque carnassier.
- Vous n'avez absolument aucune idée de ce qu'il se passe dans cette ville.
L ne répondit pas mais inclina la tête sur le côté, souriant à son tour légèrement, un sourire qui semblait dire « … Oh, vous croyez vraiment cela ? ». Raito réprima également un sourire, inspira profondément.
- Entrer au sein de la BSN est une entreprise risquée, voire suicidaire si on n'a pas les moyens de se protéger, reprit Fujiyama, avant de coincer une cigarette entre ses lèvres. Vous me semblez être des gars plutôt malins, donc vous comprenez sûrement que je ne peux pas vous en dire trop, sinon cela retombera sur le clan. La BSN est sans pitié, et ce ne sont pas des yakuzas qui lui feront peur.
L soupira et Raito faillit sourire à nouveau. S'il avait bien quelque chose que L supportait mal, c'était la stupidité.
- Et si nous échangions des informations ?
- Des informations ?
- Nous n'en avons pas l'air mais nous savons beaucoup de choses sur ce qu'il se passe sur cette ville, contrairement à ce que vous pouvez bien penser de nous. Nous pourrions vous donner des informations.
« A condition qu'ils ne les possèdent pas déjà », pensa Raito en jetant un bref coup d'œil à L.
- Evidemment, nous ne savons pas encore jusqu'à quel point vous êtes informés sur la situation, reprit L comme s'il avait lu dans les pensées de son coéquipier. Raison de plus : donnez-nous une information sans risque pour vous au sujet de la BSN, nous vous donnerons une information sans risque pour nous, et progressivement nous pourrons peut-être en apprendre davantage sans que cela ne devienne dangereux pour les deux camps.
L'homme de main assis à droite de Fujiyama lui alluma sa cigarette. Il eut de nouveau un court silence, le temps que Fujiyama exhale une grande bouffée qui se perdit dans l'air déjà gris et épais de la pièce.
Il ouvrit une nouvelle fois la bouche pour répondre lorsqu'un bruit sec retentit dans la rue. Il y eut de nouveau un bruit très bref, puis un cri et enfin toute une succession de coups de feu. Surpris, l'homme près de la fenêtre se pencha pour regarder et au moment où il s'apprêtait à prévenir son chef, la porte s'ouvrit violemment. L'homme dénommé Endou, ayant l'air paniqué, se précipita vers Fujiyama.
- Boss, ils sont là ! Le clan Funai ! Le clan est-
Un coup de feu retentit, plus près cette fois, depuis le rez-de-chaussée.
- Nom de Dieu, on s'est fait avoir ! tonna Fujiyama en se levant, le visage blême. Il faut sortir d'ici !
Il jeta un regard furieux à Raito et L.
- Vous nous avez dénoncés, enfoirés !
- Pourquoi nous vous aurions dénoncés si cela nous n'était pas profitable ? répliqua calmement L tout en sortant son arme de son holster, et à ce mouvement tous les hommes présents dans la pièce le prirent en joue. Réfléchissez un peu au lieu de paniquer.
Fujiyama resta silencieux un instant avant de lancer un juron.
- Ce connard… Il nous a dénoncés à la BSN !
La fenêtre vola en éclats et un petit objet tomba près du mur. Raito ne réfléchit pas un instant, devançant les hommes de main qui n'avaient toujours pas bougé à cause du choc. Il se projeta en avant, saisit la grenade et la lança de toutes ses forces par la fenêtre brisée. Moins de deux secondes plus tard, il y eut une violente explosion qui souffla les fenêtres des étages inférieurs. Des coups de fusils-mitrailleurs retentirent, encore plus près d'eux.
- L'escalier de secours, murmura un homme à Fujiyama. Dépêchez-vous, Boss !
- Ils vous tueront tous, fit remarquer L comme si cela ne le concernait pas.
- La Brigade ne veut pas se salir les mains pour une chose pareille, ajouta Raito. Payer un clan pour vous éliminer est bien plus facile pour eux.
Fujiyama et deux hommes de main sortirent du bureau et coururent jusqu'à la porte menant à l'escalier de secours. Raito et L les suivirent. Dans l'escalier principal, un homme hurla quelque chose avant de se faire abattre. Il s'écroula sur les marches. Raito prit appui contre la rambarde, saisit son arme. Un homme, à un étage plus bas, le surprit et tira. La balle rebondit sur la rampe, et Raito la sentit passer tout près de son visage. Le cœur battant à tout rompre, Raito tira à son tour. L'homme fut touché à la poitrine et dans un étranglement de douleur s'effondra.
- Il faut retourner à la voiture, murmura L.
- Il doit y avoir une dizaine d'hommes en bas. Et aussi…
Raito sentit la sueur se glacer sur son front.
- Ils savent pour l'escalier de secours ! Si Fujiyama meurt, on aura aucune chance d'en savoir plus sur ce qu'il se passe à la zone Ouest.
Comme pour répondre à son angoisse, des coups de feu retentirent depuis la porte close menant à l'escalier de secours. L et Raito se ruèrent jusqu'à la porte, l'ouvrit. La lumière était allumée et dans la lueur crue, la première chose que vit Raito à l'étage inférieur fut l'un des hommes de main accompagnant Fujiyama, mort d'une balle en pleine tête. Une éclaboussure de sang et de cervelle maculait le mur gris en béton derrière lui. L'homme avait une expression de légère surprise se lisant dans le seul œil qui lui restait. L se baissa, prit l'arme qui reposait encore dans la main du cadavre et continua sa route avec Raito. Leurs pas résonnaient dans le silence de l'escalier.
« Pratiquement aucune chance que Fujiyama soit encore en vie », songea L, se déplaçant aussi discrètement que possible. « A moins que Fujiyama possède des informations vitales… même si c'est le cas… ils l'exécuteront aussitôt après les avoir obtenues. »
Au troisième étage, la porte s'ouvrit sur un homme qui tendit son arme vers eux. Raito sauta les quatre marches qu'il lui restait à descendre, la main sur la ceinture qu'il portait. Son adversaire tira, mais une seconde trop tard. La balle siffla dans l'air, passant au-dessus du crâne de Raito qui sortit le grand couteau du fourreau de sa ceinture, et trancha d'un coup sec la main de l'homme qui tomba au sol. Son ennemi poussa un cri perçant de douleur avant que Raito ne le fasse taire d'un coup de lame dans l'estomac avant de repousser violemment le corps en arrière et refermer la porte de l'escalier de secours sur lui. Ne perdant pas plus de temps, il rattrapa L qui ne s'était même pas arrêté, persuadé que Raito s'en sortirait très bien sans lui.
Soudain, au premier étage, L devina du coin de l'œil une ombre se déplaçant à toute vitesse vers eux. Bien que son expression ne changeât pas un instant, il n'hésita pas. Il attrapa Raito par la nuque, et le propulsa en avant pour le protéger de la rafale de balles qui parsema tout le mur d'éclats fumants. Raito réprima un léger cri de surprise, se releva aussitôt mais L fut plus rapide que lui et tira deux fois sur l'homme qui tentait à présent de s'enfuir. La première balle le toucha à la nuque, l'autre dans le dos et il tomba face contre terre, sur les marches menant au rez-de-chaussée, les bras étalés comme s'il comptait descendre à la nage.
L et Raito échangèrent un bref regard, coururent encore plus vite. Lorsqu'ils arrivèrent au rez-de-chaussée, il restait deux hommes du clan Funai. Ils se tournèrent vers Raito et L qui leur tirèrent dessus avant même qu'ils ne puissent lever leurs armes. L'un des hommes fut touché à la main et se mit à crier de douleur, lâchant son revolver pour tenir son poignet brisé, le sang dégoulinant sur toute sa manche de combinaison. Le deuxième homme n'eut pas cette chance et fut tué d'une balle à la gorge, lui traversant les cervicales.
L'homme blessé s'éloigna en titubant, submergé par la terreur. L le prit en joue dans un mouvement presque tranquille.
- Sors d'ici, lança-t-il d'une voix douce.
L'homme, des larmes lui coulant sur le visage, trébucha, appuya sa main blessée sur la porte, leur tournant à moitié le dos. Soudain, il sortit une arme de calibre 38 d'une poche de sa combinaison et visa L. Raito repoussa le détective derrière lui d'une main puissance et tira. La balle atteignit la bouche de l'homme, avant de ressortir par l'arrière de son crâne et l'impact le propulsa contre la porte. Il y resta une seconde avant de retomber lentement, une longue traînée de chair et d'éclats gris suivant la chute de son corps jusqu'à ce qu'il s'effondre mi-assis mi-allongé, le sang de ce qu'il restait de sa mâchoire se perdant dans le col de sa combinaison.
Il y avait à présent dix corps encore chauds jonchant le sol du rez-de-chaussée. Le dernier homme de main qui avait accompagné Fujiyama dans l'escalier de secours avait été tué d'une balle dans le torse et près de lui, le chef du clan Higarashi était sur le dos, les yeux fixant le plafond. Une succession de trous sanglants constellaient toute sa poitrine, et une balle avait même touché une partie de la gorge. Il avait résisté au feu nourri grâce à la qualité de sa PCC, mais pas assez pour survivre tout à fait. Sa cicatrice à la lèvre supérieure ressortait davantage, comme une grande trace noire de crayon sur un visage en papier.
Il respirait encore mais ce n'était plus qu'une question de temps. Raito se précipita vers lui, lui releva la tête. Ses mains gantées furent pleines de sang en l'espace de quelques secondes. Blême, les joues et le front humides de transpiration, Fujiyama se mit à trembler. Son trou à la gorge l'empêchait de respirer suffisamment.
- En… Enfoiré… Ce connard…, souffla-t-il d'une voix rauque. Il a préféré sauver sa peau au sein de la BSN… plutôt que nous…
- Fujiyama…
La main droite de Fujiyama attrapa Raito par le col de sa combinaison. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, les pupilles dilatées pleines d'une dernière lueur de conscience brute.
- Ils veulent nous faire taire… Ils ne veulent pas qu'on parle de ça, de cette opération… là-bas…
- Quoi, quelle opération ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Fujiyama déglutit et ses doigts lâchèrent le col de Raito.
- Terre Rouge… Terre… Rouge…
Il expira une dernière fois et mourut, les yeux fixés sur le visage de Raito, le regardant sans vraiment le voir.
L se rapprocha de lui, rangeant son arme après avoir vérifié qu'il ne restait plus qu'eux sur les lieux.
- Terre Rouge…, murmura-t-il.
Un râle l'interrompit dans ses pensées. Sur les marches menant au premier étage, un homme se mit à bouger lentement, tentant de remettre debout. Ses bras, comme raidis, se levèrent enfin, et après de longues secondes il se releva. Ses yeux à l'iris rouge fixèrent Raito et L et ses dents s'ourlèrent d'un sourire presque animal, affamé. Le gémissement rauque lui montant aux lèvres résonna dans l'escalier et soudain, comme répondant à l'appel, un autre cadavre releva son buste, non loin du corps de Fujiyama. L'odeur caractéristique se mêla à celle du sang et de la poudre. Raito s'éloigna de Fujiyama, l'esprit calme.
Ils traversèrent le hall d'un pas vif. Quand un cadavre se releva, tendant les mains vers L pour le saisir, le détective serra un de ses poings gantés et frappa d'une force puissante mais calculée sur le front sanglant du non-vivant qui retomba sur le dos dans un bruit sourd.
- Entendez-vous les chaînes ?
Dalil l'avait dit une première fois des années auparavant. Après la mort de Kinddara, elle avait levé la tête et ne fixant ni l'espace au-dessus d'elle, ni même les âmes hurlant sans jamais s'arrêter, elle avait posé exactement la même question. Dellidublly secoua la tête avant de retourner à sa partie d'Os contre Zerhogie.
- Non… je suis sûre que je l'ai entendu ce bruit, reprit-elle d'une voix où perçait presque de l'entêtement et entendre cela dans la bouche de Dalil fit naître chez Zerhogie un sentiment de curiosité tiède et palpitant comme le ventre d'un animal en vie.
- J'ai rien entendu, grommela Gook, spectateur de la partie d'Os.
Dalil se tourna vers Zerhogie. Sa tiare brillait faiblement dans la lueur grise et vide de l'Au-delà. Zerhogie hésita, laissa tomber son os de clavicule qu'il tenait dans son crochet en plein dans la Crasse.
- Et ça ressemblait à quoi ? osa-t-il demander, ignorant le grognement agacé de Dellidublly.
- C'était lourd et en même temps très léger, répondit Dalil, presque rêveuse. C'était quelque chose qui appelait et résonnait. C'était métallique comme des chaînes qui vibrent et appellent à se rompre.
Gook dévisagea Dalil, ses cornes prenant une teinte pourpre.
- J'ai absolument rien compris à ce que t'as dit, dit Dellidublly. Tu t'ennuies trop, allez, viens jouer avec nous.
- Non…
Dalil se mit debout brusquement, une de ses mains tendues vers Dellidublly pour lui intimer le silence. Ses perles et ses diamants cliquetèrent quand elle se tourna la tête vers l'Ouest, puis l'Est et enfin en-dessous d'elle. Elle fixa ses pieds comme si elle ne les avait jamais vus auparavant.
- Les chaînes vibrent, murmura-t-elle, surprise et même exaltée par ce qu'elle entendait. Les chaînes… Les…
Elle se tut soudain, et son bras qu'elle tendait toujours vers le Dieu s'abaissa, devenu mou et lourd. Tout son corps eut l'air de ployer sous un énorme poids invisible, une fatigue étrange qui la fit tituber jusqu'à l'un des rochers où elle s'assit avec le même mouvement abrupte qui l'avait fait mettre sur pieds quelques instants plus tôt.
- Dalil ? osa chuchoter Zerhogie.
- Pourquoi…, grogna Dalil, comme endormie. Pourquoi suis-je la seule à entendre les chaînes vibrer ?
- Quelles chaînes ? demanda Gook, vaguement intéressé malgré lui.
Dalil ouvrit la bouche, cependant aucun mot ne se fit entendre. Il n'y eut qu'un hurlement glacial au-dessus de leurs têtes, celui d'une âme incapable de disparaître dans le Néant. Zerhogie tendit son crochet vers la tiare de Dalil, tapota doucement la pointe sur l'un des diamants. Il crut y voir son reflet et ce fut peut-être cela, tandis que Gook jetait son morceau de clavicule loin de lui comme pour terminer la partie, qui le décida à agir.
- Les chaînes, d'où viennent-elles ?
Dalil réfléchit longuement. Sa réponse fut courte et dite dans une intonation qui aurait pu faire penser à quelqu'un d'essoufflé, un comble pour un Dieu de la Mort.
- Je voudrais le savoir…
Zerhogie secoua la tête. Les plumes de sa coiffe ne bougèrent pas, mais il vit comme une ombre dans la tiare de Dalil, des dizaines de petites ombres qui étaient son propre corps sec, ses bijoux et son crochet s'agitant en même temps que lui. Justin, non loin d'eux, dormait, ses grands yeux de pierre précieuse éternellement ouverts.
- Que provoque la Règle, hormis la fin ? se demanda Gook, et ses cornes étaient d'un rouge faisant penser à du sang encore frais.
Dalil tendit les bras vers l'espace vide au-dessus d'elle, comme implorant une pluie invisible. Elle semblait fascinée, emportée par le bruit métallique qu'elle seule était capable d'entendre.
- La fin est un changement, fit remarquer Dellidublly en faisant tourner un éclat d'omoplate entre ses mains couvertes de bandage.
Il trouva sa réflexion très drôle. Personne n'entendit son rire, couvert par les pleurs des âmes errantes.
