Notes de l'auteur : Voila la suite j'espère qu'elle vous plaira. Cassandre et Eydan se rapprochent enfin malgré les nombreuses différences et préjugés qui les opposent. Mais pour combien de temps ? Le capitole semble bien décidé à éviter tout acte de rébellion qui se rapprocherait de celui de Katniss et de Peeta…

Je sens la flèche d'Eydan me frôler la nuque avant de se ficher dans le genou du Dix qui dégringole de la corne. Une chute de 7 mètres qui ne l'empêche pas de se relever et de boiter vers moi. Maintenant qu'il est à ma hauteur, je peu voir la grimace de douleur qui lui crispe chaque trait du visage et ses yeux, gris qui essayent de me transpercer. Il a un poignard à double lame dans la main droite qu'il tient tellement serrés que ses articulations en sont blanches. Il est maigre, horriblement maigre et il pousse des cris hystériques en me regardant. J'entends Eydan qui court à mon secours mais il est encore trop loin. Une deuxième flèche siffle et vient se planter dans la main qui ne tient pas l'arme. Si je ne fait rien, je vais me faire transpercer par le poignard à double tranchant d'une seconde à l'autre.

C'est alors que mes jambes s'activent, comme si j'avais répété une chorégraphie et qu'elle me revenait en mémoire. Mes gestes sont précis, rapides et presque invisibles à l'œil nu. J'esquive, je riposte, j'évite le plus possible de parer ses coups avec ma propre lame car il reste plus fort que moi physiquement. Je dance. C'est sans doute ce qu'il se dit lui aussi car à chaque fois qu'il rencontre le vide, il pousse un cri de frustration avant de repartir à l'attaque. Le monde s'évapore autour de moi. Il n'y a plus que le garçon du district Dix et ma dague. Tuer ou être tuée. Je n'hésite pas plus d'une seconde avant de lui couper la tête au moment précis ou il plongeait vers mon ventre. Le sang éclabousse mes vêtements et mon visage. Je suis d'abord étonnée puis le dégout s'empare de moi. J'essuie d'un geste fébrile les éclaboussures chaudes sur ma peau et je détourne le regard du corps sans vie pour les reporter sur Eydan.

Il vient d'arriver à ma hauteur, essoufflé et bandant son arc en direction de la corne au cas où le garçon du Dix ne serait pas venu seul. Il avance de quelques pas, jette un œil à l'intérieur du dôme en métal et reviens vers moi d'un air inquiet. Un coup de canon retenti pour le garçon du Dix. J'ai la nausée et mon corps et secoué de tremblements incontrôlables. A ma grande surprise, Eydan laisse tomber son arc sur l'herbe et me prend dans ses bras. Je ne peu retenir mes larmes plus longtemps et cache mon visage au creux de son coup en sanglotant silencieusement.

- Chut, murmure t-il pour me rassurer. C'est fini on a plus rien à craindre maintenant.

Pourquoi est-il si gentil avec moi ? Je dois avoir l'air d'être faible de pleurer pour un mort. Nous sommes dans les Hunger Games après tout ! C'est pour ça qu'on est là : tuer nos semblables. Survivre malgré tout. Mais rien qu'à repenser à la façon dont ma lame s'est enfoncée dans le coup du garçon, j'ai envie de vomir.

-Pourquoi Eydan ? Pourquoi nous oblige t-on à faire ça ?

Il me frotte le dos un moment.

- Je ne sais pas, admet-il. Il faut le faire c'est tout. Si ce n'est pas eux, c'est nous.

Nous restons un moment comme ça, serrés l'un contre l'autre dans la froideur de la nuit jusqu'à ce que ma respiration se calme et que mes tremblements s'apaisent. Lorsque j'ai repris mes esprits, je m'empresse de me dégager de ses bras prétextant qu'il faut encore fouiller la corne et nous partons sans dire un mot de plus.

19h34 :

Eydan m'a trouvé une arme dans la corne qui regorgeait encore de provisions que les deux tribus du Un n'ont pas réussi à emporter. C'est un magnifique sabre léger et facile à manier avec un pommeau rond en fer gravé d'une phrase « puisse le sort t'être favorable ». Je l'adore et lorsqu'Eydan me l'a apporté, il avait un grand sourire, comme un gamin qui vient de trouver un trésor et qui le montre à tout le monde. Pour la première fois il a réussi à me décoincer et j'ai souris à mon tour de voir ses yeux bleus pétillants posés sur moi.

Il fait trop noir pour repartir chercher un abris dans la foret à présent. Nous avons fouillé la corne de fond en combe mais aucun de nous n'a réussi à trouver de trousse de secours ou quelconque moyen de nous soigner. Je suis inquiète parce que le bras d'Eydan commence à s'infecter et que le mien ne devrait pas tarder non plus. Comme il est hors de question de dormir ici, nous nous asseyons côte à côte contre la paroi froide et lisse de la corne et grignotons quelques provisions, bien décidés à passer une nuit éveillés.

21h :

Les bruits de la foret me parviennent de loin. Le hululement d'une chouette qui chasse, le vent dans les arbres, le bruissement d'un rongeur qui traverse l'étendue herbeuse à toute allure. Si je ferme les yeux j'ai presque l'impression de me retrouver chez moi. Je me souviens de ces soirées où mon père rentre bourré des mines en claquant la porte sans me porter plus d'attention qu'au chien sur le paillasson. Ma mère est morte quand j'étais petite d'une pneumonie parce que notre famille n'avait pas assez d'argent pour payer les soins. Je me souviens que mon père l'avait transporté très tôt un matin chez Katniss pour que sa mère la sauve mais elle n'avait pas les substances nécessaires. Je crois que c'est à partir de ce moment là que mon père à arrêté de vivre. Il ramène de l'argent de la mine certes, assez pour acheter le strict nécessaire mais à présent que ma mère n'est plus, il ne m'accorde plus aucune attention. Ces soirs là je prends le chien et je vais m'étendre dans la prairie qui borde le district, juste en face des fils barbelés électrifiés. Je plonge mon regard dans la foret et me demande ce qu'elle peut bien recéler, quels genre d'animaux peuvent bien y habiter. Est-ce qu'ils sont plus heureux que moi ? Est-ce que la vie sauvage ne serait pas préférable à ma vie à moi ? Je soupire. Je ne sais pas ce qui est le pire. Etre allongée dans la prairie du district Douze à attendre que mon père s'endorme pour rentrer, ou bien être assise là avec Eydan, en sachant que je me rapproche de lui chaque jour et que chaque pas dans sa direction me rendra la fin plus difficile. Car un seul de nous survivra. Les juges ne sont pas assez bêtes pour que le petit numéro de Katniss se reproduise. J'ai déjà remarqué qu'il ne pousse plus de baies mortelles dans les environs. Je n'ose imaginer comment ils réagiraient si l'histoire se répétait.

- Tu ne dors pas ? me demande Eydan dans le noir.

Il est assis à un mètre d'écart avec moi, les jambes dans son sac de couchage. J'ai volontairement mit de la distance entre nous mais ce n'est pas pour les même raison que les premiers jours. J'ai trop peur d'avoir envie de me lover dans ses bras. J'ai peur de me reposer sur lui au point qu'il croie que je suis sans défense. J'ai peur de le faire souffrir et moi aussi. Si nous nous étions rencontrés dans le district Douze, tout aurait été différent. Seulement nous sommes dans les Hunger Games, et l'un de nous devra tuer l'autre à la fin.

- Non je n'arrive pas à dormir. Et toi ?

J'entends qu'il soupire dans le noir. Je crois qu'il souffre à cause de son bras mais il ne veut rien laisser paraître. Est-ce que c'est l'entrainement intensif en vigueur dans son district qui l'empêche de dévoiler ses souffrances ? Soudain je me demande ce qu'il a ressenti en tuant des tribus. Est-ce qu'il a considéré ça comme une nécessité ? Est-ce que cela lui a ouvert la même brèche dans le cœur que celle que je ressens dans la poitrine en ce moment ? Ou bien n'étais ce qu'une application de ce qu'on lui a enseigné depuis son enfance ?

Nous n'aurions pas du nous rencontrer là, lâche t-il soudain alors que je pensai qu'il s'était finalement rendormi. Je veux dire, j'aurai aimé que tout ça n'arrive jamais, que Safan ne tire jamais mon nom de cette urne transparente. J'aurai aimé faire partie de ton district.

- Sa dernière phrase me laisse interloquée.

Tu n'es pas sérieux lorsque tu dis ça, je réponds sèchement. Tout le monde sait que le district Douze crève de faim tandis que le Deux roule sur l'or avec tous ces gagnants aux Hunger Games. Je ne vois pas quelles raisons pourraient pousser une personne censée à déménager dans un district comme le mien.

-J'en vois une suffisante : toi.

Je ne trouve rien à redire. Je crois que mes joues flambent dans le noir. Il a du le sentir car il reprend comme pour me tirer du silence qui s'est installé tout à coup.

Et puis ne crois pas que le district Deux roule sur l'or car tu te trompe. Seuls les gagnants profitent de leur richesse. Les autres, ceux qui ont moins de 18 ans je veux dire, sont obligés de suivre un entrainement intensif dans tous les domaines pour se préparer à devenir tribu un jour et représenter le district. Je ne trouve pas ça très amusant.

Je suis honteuse d'avoir lancé des suppositions sans connaître vraiment son district. Eydan a l'air de souffrir lui aussi chez lui. Peut être pas du même mal, mais des conséquences du capitole, comme nous tous dans l'arène.

- Alors tu ne t'es pas porté volontaire pour partir comme tribu ? je demande en le cherchant des yeux dans le noir.

- Si. Mais pas pour les raisons que tu crois. Je me suis porté volontaire à la place de mon petit frère car il n'avait que 12 ans. J'aurais tout donné pour ne pas me retrouver ici si j'avais eu le choix.

Seulement nous n'avions pas eu le choix. Je comprends mieux à présent sont refus de s'allier avec les tribus du district Un. Lui ne voulait pas le massacre ni la gloire. Il voulait seulement que son petit frère vive quelques en soient les conséquences. Même si sa survie lui imposait de mourir.

- Je…Je suis désolé, je souffle.

Un cri de chouette balaye la prairie. La nuit est calme et fraiche.

- Je me demande qu'elle tête fait ma mentor en ce moment, lâche t-il une pointe d'amusement dans la voix.

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Elle est folle dingue de ton mentor à toi, elle n'arrêtait pas de m'en parler à l'entrainement. Je me demande comment elle a réagit quand elle a apprit qu'elle devrait travailler en coopération avec lui maintenant que nous sommes alliés.

- Je n'en crois pas mes oreilles. Une femme folle amoureuse d'Heymich ? Comme quoi tout le monde peut trouver chaussure à son pied. J'imagine avec amusement la tête de mon mentor en ce moment alors qu'il vient de se découvrir une admiratrice insoupçonnée, et en direct dans tout le capitole en plus.

- Pourquoi tu ris ? me demande Eydan, curieux.

- Je m'imagine la tête d'Heymich.

- Ah oui c'est vrai que ça doit lui faire drôle de l'apprendre comme ça ». Il se redresse un instant et fixe le plafond en haussant les épaules comme pour s'adresser à une caméra cachée là. « Désolé vieux, mais je n'ai pas pu résister à son expression de petite sauvage et à ses cheveux bruns. »

Je rit et me rapproche de lui jusqu'à coller mon épaule contre la sienne. Je sens sa chaleur contre ma peau et cela me fait un bien immense.

- Moi je n'ai pas pu résister à tes yeux, j'avoue timidement.

Mon aveu le fait rire et je suis un moment décontenancée. Mais il se reprend et passe le bras autour de mes épaules. Nous avons tous les deux besoins de chaleur.

- Je suis désolé qu'on se rencontre ici, dit il avec sérieux en passant sa main dans mes cheveux.

Je savoure cette caresse en fermant les yeux. C'est si bon d'être contre son épaule que j'en oublie ma prudence. Tant pis si l'on se rapproche. Juste pour cette nuit. Juste pour éloigner ces mauvais cauchemars qui nous effraient.

- Je suis désolée moi aussi, je souffle à mis voix.

Je finis par m'endormir contre lui, incapable de résister plus longtemps au sommeil.

Jour 5 :

7h :

Un léger bruit au dessus de notre tête nous réveille tous les deux. Enfin, moi, car Eydan a veillé toute la nuit pour me permettre de me reposer un peu après ce qu'il nous était arrivé la veille. Je lui en suis extrêmement reconnaissante car je n'ai fait aucun cauchemar et je me sens en meilleure forme. Lorsque je lève les yeux j'aperçois le petit parachute qui s'est empêtré dans un amas de caisse en bois.

- Tu es réveillée ? me demande Eydan doucement en glissant une main dans mes cheveux.

Lentement je me redresse à contre cœur. J'aurais voulu rester une journée entière dans ses bras mais je sais que ce ne serait pas une bonne idée. La corne d'abondance n'est pas un abri sur et plus vite nous seront partis mieux se sera.

- Tu aurais du me réveiller pour que je prenne mon tour de garde, je remarque en m'étirant.

J'y vais doucement car mon bras me fait atrocement mal. Il va falloir que je change les bandages au plus vite. Cette idée ne me réjoui pas car qui dit changer les bandages dit retourner à la rivière et qui sait s'il n'y a pas d'autres tribus qui nous y attendent.

- Tu dormais si bien, me répond t-il en souriant avant de se lever à sont tour. Je remarque qu'il utilise son bras gauche le moins possible lui aussi. Il faut absolument que l'on trouve un remède avant que a situation ne s'aggrave.

Il décroche le parachute et commence à dévisser la capsule en métal pas plus grosse que son poing.

-As ton avis elle est pour qui ? je lui demande en m'approchant d'un air curieux.

Eydan hausse les épaules et un clip retenti lorsque la capsule s'ouvre en deux, révélant une boite de comprimés anti douleur dont je n'ose même pas imaginer le prix. A coté de cette substance spécialement créée par le capitole en prévision des Hunger Games, les dolipranes sont de vulgaires pastilles de mente.

- Je crois que c'est pour toi, déclare Eydan en me tendant le petit mot qui accompagnait la boite, l'air soucieux.

Intriguée, je lis : « Bas les pattes c'est ma chérie. H. »

Je suis un moment interloquée mais la surprise fait vite place à l'hilarité et j'éclate de rire sous les yeux d'un Eydan indécis. Je fais un effort sur moi-même pour me calmer et le rassurer.

- Ne t'inquiète pas c'est juste un surnom qu'il me donne, j'explique en riant.

Pour lui prouver que je ne rigole pas j'avance d'un pas et lui dépose un baiser furtif sur la joue.

- Tu n'as aucun concurrent.

Eydan parait se détendre et adopte un air embarrassé que je ne lui connais pas mais qui me rend heureuse. Se pourrait il qu'il est été jaloux d'Heymich ? Parce qu'il se permet de m'appeler « sa chérie » ? Je ne m'y attendais pas mais une telle affection à mon égard me fait fondre.

- Tient, on partage ? Il y a 8 gélules.

13h :

Nous sommes retournés dans la foret immédiatement après avoir avaler les gélules et grignoté un rapide petit déjeuner. Retrouver le couvert des arbres me rassure. Au moins ici, on peut voir les ennemis arriver et réagir en conséquence. Dans la corne j'avais l'impression de me retrouver piégée.

16h :

Enfin, nous avons atteins le ruisseau prêt duquel nous avions dormis le soir de notre alliance. Nous avons marché sans nous arrêter, guettant le moindre signe de la présence d'un autre tribu mais personne ne nous est tombé dessus. Des perles de sueur couvrent à présent le front brulant d'Eydan bien que la gélule qu'il est avalé l'empêche de sentir quoi que ce soit. J'ai de la fièvre moi aussi mais j'essaye de ne pas y faire attention.

Cette fois nous ne nous séparons pas pour laver nos blessures. Le visage d'Eydan semble s'éclairer lorsqu'il me voit m'agenouiller à coté de lui pour enlever mon bandage. Je fais de même avec le siens, m'appliquant à faire des gestes lents et doux pour ne pas aggraver la blessure. Je sens ses yeux bleus océan posés sur moi. Je change la mousse et les feuilles que je laisse à tremper le temps de nettoyer la plaie qui suinte. Je me demande comment il a bien pu faire pour tirer à l'arc hier soir et quand je lui pose la question à voix haute il répond : « Tu étais en danger ».

Lorsque j'en ai finit avec son bras je m'occupe du miens. Cette fois c'est Eydan qui m'applique un nouveau bandage. Je n'aurais jamais cru qu'un garçon puisse avoir des gestes si attentionné et précautionneux et je dois avouer qu'il me surprend de plus en plus. A peine as t-il finit qu'un coup de canon retenti nous faisant sursauter.

D'un même mouvement, nous sautons sur nos jambes et empoignons nos armes pour nous placer dos à dos. Mais rien ne se passe. La victime doit être loin d'ici. Je sens le dos d'Eydan qui se décontracte.

- Le capitole doit être aux anges, commente t-il en rangeant nos affaires. Il y a un mort par jour.

Je sens son ton amer et je le comprends. Comment des gens peuvent ils se délecter d'un tel spectacle ? Comment regarder des jeunes gens s'entretuer sans penser à ses propres enfants ? Une pensée noire m'envahit soudain me ramenant à la réalité une fois de plus. Comment notre histoire va telle se finir ?

Un autre coup de canon retenti une demi-heure plus tard. Surement y a-t-il eu un combat à mort et le vainqueur de tout à l'heure vient de succomber de ses blessures. Nous décidons de nous éloigner de la zone pour partir à la chasse, nos dernières réserves de nourriture ayant été épuisées.

Jour 6 :

12h :

Avant de partir ce matin, nous avons du prendre deux autres gélules chacun si bien qu'il ne nous en reste plus. Le programme de la journée est simple : nous allons mettre à profit notre travail d'équipe pour ratiboiser la foret. Sans nous compter Eydan et moi, nos adversaires ne s'élèvent plus qu'au nombre de six à présent. D'après l'hymne projetée hier soir dans le ciel, les deux concurrents morts étaient la fille du Onze et le garçon du Dix. Cela veut dire que le duo du Un est toujours vivant et nous attend sans doute quelque part, prêt à se venger du refus d'Eydan et à achever le district Douze qui est devenu avec Katniss, le concurrent à abattre.

J'avancerai seule devant prête à fondre sur nos adversaire avec mon nouveau sabre tandis qu'Eydan me couvre quelques mètres plus loin avec ses flèches. Nous serons ainsi plus discrets mais aussi plus efficaces.

13h :

Je commençais à croire que les tribus avaient désertés l'endroit lorsque nous sommes tout à coup tombés sur des traces de pas. Elles sont vieilles d'un jour et montre que deux personnes sont passées par là. La piste se poursuit dans la foret, relativement facile à repérer, et semble se diriger droit vers le lac. Nous sommes à présent en traque et nous redoublons de vigilance. Je suis tellement tendue que je ne remarque pas tout de suite le silence qui m'entoure soudain. Je n'entends plus les pas discrets d'Eydan derrière moi. D'ordinaire ils ne sont pas repérables mais j'ai appris à les discerner derrière le bruissement du vent dans les feuillages et le craquement des brindilles sous mes pieds.

Je m'arrête net et fait volte face. Aucune trace de lui. Je fouille la foret du regard, les muscles soudains tendus. On dirait qu'Eydan s'est volatilisé. Une bouffée d'angoisse m'envahit et je serre le manche de mon sabre. Est-ce qu'il lui serait arrivé quelque chose ? Pourtant je n'ai entendu aucun bruit autour de nous. Si quelqu'un nous avait suivis je l'aurai entendu. Lui aussi d'ailleurs.

- Eydan ! J'appelle à mis voix. Eydan !

Ma voix se fait plus pressante, plus angoissante. La foret m'apparaît comme un piège à nouveau. Et s'il était tombé quelque part ? Non, s'il était mort, j'aurai entendu le canon. Calme-toi Cassandre, ce n'est qu'une mauvaise blague. C'est tout.

Mais les minutes passent, interminables, et toujours aucune trace de lui. Et s'il m'avait abandonnée ? L'idée me fait l'effet d'une douche froide. Aurait il était capable de le faire ? De me laisser seule ici et de filer en douce ? Plus j'y pense et plus mon cœur se déchire mais je voix bien que c'est la seule solution envisageable. Des larmes amères coulent au coin de mes yeux. Comment aurais je pus croire qu'il tenait à moi ? Que j'avais une quelconque importance à ses yeux ? Lui, un garçon du district Deux avec une fille du district Douze ? S'il ne m'avait pas tuée s'était uniquement par pitié voila tout. En me laissant seule ici, il espère sans doute que quelqu'un d'autre s'en chargeras à sa place. La douleur fait place peu à peu à la colère. Mes mains tremblent de rage. Alors ses yeux mentaient lorsqu'il me regardait ? Alors sa délicatesse était feinte ? Et moi qui avais partagé mes antis douleur avec lui ? Qui m'étais lové dans ses bras. Quelle blague ! Quel jeu d'acteur ! Je me suis fait avoir comme une imbécile ! Mais s'il croit que je vais me laisser tuer et lui permettre de gagner il se met le doigt dans l'œil. Je survivrais. Je n'ai pas besoins de lui pour cela.

Mais à peine je prononce ces pensées à voix haute qu'elles sonnent faux à mes oreilles. Je suis à nouveau seule. Encore plus seule que lorsque Roma est mort la première nuit. C'est comme si on venait de m'arracher un bout de cœur. J'ai du mal à respirer. Je voudrais que tout ça se finisse.

Soudain une main se pose sur mon épaule.

Je fais volte face en décrivant un arc de cercle avec ma lame mais mon mouvement s'arrête net. J'ai manqué de tuer Eydan qui n'a pas fait un seul geste pour s'écarter.

Voyant que ma lame s'est arrêtée à quelques millimètres de son coup il me fixe de ses yeux bleus emplis de tristesse.

- Tu n'aurais pas du t'arrêter en si bon chemin, souffle t-il. Je croyais que te surprendre m'aurais permis de mourir de ta main mais apparemment j'ai échoué.

Le sabre m'en tombe des mains et je me jette dans ses bras en pleurant. Je ne peux pas m'arrêter. Mes jambes tremblent tellement j'ai eu peur pour lui, peur de le perdre à tout jamais. Il me sert encore plus fort, me collant contre son torse, enfouissant sa tête dans mes cheveux. Je crois que lui aussi pleure.

- Ne refais plus jamais ça, je sanglote.

Il resserre son étreinte, bouleversé.

- Pardonne moi, je suis vraiment désolé de t'avoir fait aussi peur mais je pensais…Comment tout cela vas t-il se finir Cassandre ? S'il ne reste plus que nous deux ? Je ne pourrai jamais tu comprends ? Je préfère mourir et pour moi, la meilleure fin c'est celle de ta main.

Je ne peux en entendre plus. Il faut qu'il se taise. Je m'écarte et l'embrasse sur la bouche. Mon baiser doit être salé à cause de toutes ces larmes qui m'ont coulé mais quelle importance ? Il parait d'abord surpris mais lorsque j'esquisse le geste de me détacher il me retient. Ses lèvres sont chaudes et si tendres. J'ai l'impression que toute la foret tourne autour de moi mais ses bras m'enlacent et m'empêche de tomber. Je ne sais pas combien de temps nous restons plantés là, au milieu de cette foret hostile qui recèle mille dangers mais nous ne sommes pas inquiets d'être surpris. Peut être qu'au fond, chacun de nous caresse l'espoir le mourir là, dans les bras de l'autre. Finalement nous nous séparons et décidons de trouvez un abri sur pour la nuit.

Rien n'aurais pu nous préparer à ce que nous concoctaient les juges pour le lendemain…