Note de l'auteur : Tout d'abord merci pour tous ces commentaires et ses encouragements ! Cela me fait chaud au cœur que des gens aiment lire ce que j'écris ! Merci aussi pour vos conseils j'ai essayé d'en prendre compte au maximum. Vous verrez qu'à peine rapprochés, voila nos deux tourtereaux qui s'éloignent à nouveau. J'espère que vous aimerez la suite et que je n'ai pas fait trop de fautes d'orthographe cette fois ci^^ Si malgré mes nombreuses relectures, vous en trouvez quand même, vous m'en voyez désolée (je redoublerai encore d'effort la prochaine fois, promis !)
Voila tout d'abord un petit bilan des tribus restantes au début de ce chapitre(merci Eorette pour cette idée brillante^^)
Les noms en italiques sont ceux des morts.
1/ Fille et garçon
2/ Fille et Eydan
3/ Freeza et Jarod
4/ Fille et garçon
5/ Fille et garçon
6/ Fille et Freniss
7/ Fille et garçon
8/ Fille et Eoban
9/ Fille et garçon
10/ Fille et garçon
11/ Fille et garçon
12/ Cassandre et garçon
Jour 7 :
5h :
Je savoure la brise fraiche distraitement. Je commence à m'habituer à cette constante impression de danger. En fait c'est inquiétant quand y pense. Il vous suffit d'à peine une semaine dans les Hunger Games pour finir par accepter l'idée que l'on peut mourir à chaque instant. Que scruter la forêt et les alentours ne servira tout au plus qu'à retarder le moment où ils vous tomberont dessus, eux, les gens de votre âge dans les mains desquels ont a placé des armes mortelles en leur donnant quartier libre. Je ne suis pas niaise. Je sais que parmi les tribus aussi effrayés que moi lâchés dans cette forêt immense contrôlée par les juges, il y a une poignée de jeunes qui aiment ce qu'ils font. Je pense notamment à nos pires adversaires pour l'instant, les deux alliés du district Un. Et il y a deux jours à peine, j'en pensais de même pour Eydan.
Eydan. Il a l'air si paisible lorsqu'il dort, perché sur la branche voisine de la mienne, le bras négligemment posé sur son arc et ses flèches. Eydan. Le garçon que j'ai failli tuer le jour où nous nous sommes battus contre les deux tribus des districts Trois et Quatre. Je ne me serais jamais imaginé devenir son alliée et encore moins tomber dans ses bras. Nous venons de districts si radicalement différents ! Lui il ne connaît pas la fin et la menace perpétuelle de la mort. Il ne sait pas ce qu'est la solitude car il a toujours vécu avec son frère et ses parents. J'aurais aimé le haïr, le détester au point de mettre fin à ses jours tout de suite. C'est ce qu'il voulait hier. C'est ce qu'il serait plus sage de faire. Mais à chaque fois que j'avance ma main vers mon couteau j'hésite, je tremble, je serre les dents. Et puis je le regarde et je sais que je ne peux pas, que même pour tout l'or du monde je n'oserai jamais. Ses yeux, si doux et si durs à la fois me transpercent et semblent lire en moi. C'est comme s'il était la lueur qui me permettait de ne pas sombrer dans la folie alors qu'il y a tant de ténèbres autour de moi.
C'est pour ça qu'il faut que je m'écarte de lui au plus vite. Plus je pense à notre avenir et plus j'ai peur. Comment cela va-t-il se terminer ? Je ne veux pas souffrir. J'ai déjà assez mal comme cela pour devoir affronter ses pupilles bleus océan lorsqu'il me demandera de mettre fin à ses jours. Même si je sais que j'en serai de toute façon incapable, je sais aussi que les juges regorgent d'imagination pour nous pousser à faire ce qu'on n'aurait jamais osé imaginer. Ils m'ont bien poussée à tuer Jacob. A tuer les autres aussi. C'est à cause d'eux que je suis là à essayer de sauver ma peau. C'est leur faute, à eux et à leur stupide jeu télévisé.
Ma décision est prise et il faut que je l'applique maintenant sinon il sera trop tard. Tandis que je ramasse silencieusement mes affaires et que je roule mon sac de couchage dans mon bagage, je me persuade que c'est pour son bien également. Si nous sommes ensemble, nous souffrons tous les deux. En revanche, s'il se met à me détester, cela sera sans doute plus facile pour lui. J'espère secrètement que quelqu'un me tuera avant que je ne retombe sur lui. J'ai peur de revoir encore ses yeux fixés sur moi.
Il dort, c'est le moment idéal. J'évite de trop regarder en bas (mon vertige n'a toujours pas disparu au bout d'une semaine à dormir dans les arbres) et je descends le long du tronc. A peine mes pieds nus ont-ils touchés le sol que je m'élance dans la forêt sans un regard en arrière, essuyant d'un revers de main rageur les larmes qui perlent au coin de mes yeux.
7h :
Je cours sans m'arrêter depuis deux heures déjà. Sous l'effort, mon bras recommence à saigner mais cela n'a pas d'importance. J'espère être déjà loin lorsqu'il se réveillera. Finalement je décide de m'accorder une courte pause car le premier point de coté a été rejoins par un second qui me vrille l'estomac. Je m'effondre au pied d'un arbre, cherchant ma respiration. Tant pis si je fais trop de bruit. Que les autres tribus viennent ! Qu'ils m'achèvent et qu'on en parle plus. De toute façon je n'ai pas l'étoffe d'une gagnante. C'est Eydan qui mérite de s'en sortir, pour sa famille, son frère. Moi je n'ai personne. Plus depuis que ma mère est morte. Personne à part Lui.
A cette pensée je fais un effort sur moi-même pour me relever. Je ne suis peut être pas une gagnante mais on ne me reprochera pas d'être combative. Je ne pourrais pas tuer Eydan, c'est une certitude. Mais je pourrai sans doute entrainer ses adversaires potentiels dans ma chute et je ne m'en priverai pas.
J'avale quelques gorgées d'eau avant de reprendre mon chemin.
12h :
Je suis bien trop loin pour qu'Eydan me retrouve à présent. J'ai fait attention de ne laisser aucune trace de mon passage.
En parlant de traces, je me suis instinctivement dirigée vers le lac. Même si je suis loin de la piste que nous suivions hier, je sais que les deux tribus ennemis doivent se terrer quelque part par là.
J'ai l'impression d'avoir changer depuis mon arrivée dans les jeux. Je vois la forêt sous un autre angle. Au début je la considérais comme mon ennemie car elle pouvait receler n'importe qu'elle adversaire. A présent je m'en sers pour traquer les autres tribus et chaque branche brisée me renseigne sur leur direction. Je me rapproche de plus en plus du point d'eau et de mes opposants mais je n'ai pas peur. Je sens juste une pointe d'excitation monter en moi. Cette fois je ne fait pas les jeux pour survivre mais pour Eydan. Pour qu'il obtienne la vie sauve. Pour qu'il puisse m'oublier lorsqu'il sera rentré dans son district loin de tout, de la misère et de la faim, de l'amour et de la souffrance.
14h25 :
Un coup de canon a fait fuir un groupe de geais moqueurs dans l'arbre voisin. Je me fige, l'oreille aux aguets, une peur sourde me nouant l'estomac. Et si c'était Eydan ? Et s'il était tombé dans un piège en essayant de partir à ma recherche ? Immédiatement je rejette cette idée le plus loin possible. J'oublie trop souvent qu'il ne peut pas se faire avoir aussi facilement. Il vient du district Deux et depuis son plus jeune âge on lui apprend à se battre en prévision des Hunger Games. Ce n'est pas un simple piège ou une embuscade tirée à la vas-vite qui lui feras peur. Rassurée par cette pensée, je m'applique à continuer ma route en redoublant de prudence.
17h02 :
Il faut que je trouve un abri et que j'établisse un plan d'action. Je suis bientôt arrivée au lac et les tribus que je traque sont de toute évidence alliés (il est peu probable que le coup de canon de toute à l'heure est été tiré pour l'un d'entre eux vu qu'ils ont marchés ensembles aussi longtemps). Je suis seule désormais mais j'ai une arme et je suis loin d'être novice en la matière.
Je grimpe sans hésiter dans un arbre qui offre des branches larges et touffues, idéales pour assurer ma couverture. Je fouille le fond de mon sac à dos pour y trouver le morceau de bœuf séché et mange en réfléchissant. Nous sommes Sept à présent si je compte Eydan. Je ne sais pas qui est mort tout à l'heure mais d'après mes calculs il reste d'avantage de garçons que de filles. Je sais aussi que les deux tribus du Un sont bien trop entrainés pour laisser des traces de passages aussi évidentes. J'ai donc affaire à des adversaires inconscients ou mieux, apeurés. Je penche plutôt pour le garçon du Huit ou la fille du Sept bien que celui du Cinq ne m'est pas donné une très forte impression non plus à l'entrainement. Je me souviens qu'il avait un air timide, nerveux, comme s'il cherchait à se faire oublier au milieu de tous ces tribus qui s'exerçaient au lancé de javelot ou à l'escrime. Finalement plus j'y pense et plus je me dis que j'ai peut être une chance de les vaincre.
Sur cette pensée positive, je m'emploi donc à dérouler le bandage qu'Eydan m'a fait au bras pour laisser la blessure reposer à l'air libre faute de mieux. Peut être aussi que me débarrasser de ce cataplasme de feuille achève de me détacher de Lui. A présent je ne garde que les affaires que j'avais lorsque je suis tombée sur lui c'est-à-dire presque rien. Un sac à dos avec un sachet de fruits secs, une gourde et un sac de couchage, un pantalon déchiré et un tee-shirt maculé de sang séché par endroit (sang qui, et je n'ose pas y penser, n'est pas toujours le miens partout) et un sabre. Je pose mes yeux sur l'arme en me demandant ce que je doit en faire. Elle est encore la seule chose qui me rattache à mon ancien allié. C'est lui qui me la trouvé dans la corne d'abondance alors que les districts Un avaient oublié de la prendre. A moins qu'ils ne la croient d'aucune utilité. Pour ma part elle est l'arme la plus précieuse et la plus efficace qui soit. Je ne peux pas m'en séparer même si elle me fait penser à Eydan. Car si je l'utilise se sera dans son intérêt. Si je veux qu'il vive, je vais devoir montrer ce que je sais faire avec.
19h45 :
Je ressens une pincée d'appréhension en entendant l'hymne du capitole s'élever dans toute la forêt. Le ciel s'éclaire pour afficher le portrait de ceux qui sont morts aujourd'hui. Malgré toutes mes certitudes, je continue de prier pour ne pas voir le portrait d'Eydan entre les failles du feuillage qui se dresse au dessus de ma tête. Mais à mon grand soulagement ce n'est pas lui. A la place d'un visage aux traits fermes et décidés, celui d'un garçon amaigri aux pommettes saillantes et aux yeux éteins s'affiche sur la toile argentée. Le garçon du district Cinq. Le ciel s'obscurcit à nouveau et le silence revient, laissant chaque tribu à ses réflexions.
Je réfléchis à toute allure. Ce n'est donc pas lui qui campe au lac en ce moment avec un allié. Il ne me reste plus que le garçon du Huit et la fille du Sept. Je ne pense pas que le garçon du Six s'allie avec quelqu'un. Je ne l'ai vu que très brièvement mais il m'avait l'air renfermé sur lui-même et peut enclin à la conversation. Il avait passé tout son temps à s'entrainer à faire des nœuds à la corde sans faire attention aux autres.
Je tente de fouiller ma mémoire à la recherche d'indices sur les talents de mes deux adversaires. La fille du Sept est douée en escalade et en survie en général mais elle semble médiocre dans les domaines des armes et du combat rapproché. En revanche, le garçon du Huit semble à l'aise à l'épée bien que je n'ai pas été autorisée à croiser le fer avec lui pour m'en assurer par moi-même. Tans pis, nous verrons bien lequel de nous deux surpasse l'autre le moment venu.
A présent il faut que je dorme pour être en forme demain matin. Je compte leur tomber dessus à l'aube pour profiter au maximum de l'effet de surprise ce qui ne sera pas de trop étant donné qu'ils seront à deux contre moi. L'idéal et que je neutralise la fille le plus vite possible pour pouvoir combattre l'autre sans me préoccuper de mes arrières.
Etablir une stratégie me permet de garder mon calme et d'envisager l'avenir plus sereinement. J'en oublie presque Eydan et le contact de ses lèvres sur les miennes. Presque.
Jour 8 :
2h :
Un tremblement me réveille en plein milieu de la nuit. Je crois un instant que c'est Eydan qui me demande de prendre mon tour de garde mais je me rappelle qu'il n'est plus là. J'ai du mal à ouvrir les yeux tellement la fatigue m'alourdie les membres. J'ai l'impression d'avoir dormis à peine deux heures. Peut être mon imagination m'a-t-elle joué un tour. Je tends un moment l'oreille pour guetter un signe de danger mais rien ne vient à part le vol nocturne d'une chouette en chasse. Décidément, il y a beaucoup de chouettes dans cette forêt. En refermant les yeux, je me surprends à imaginer le peuple des geais moqueurs et celui des oiseaux de nuit entrain de négocier le plateau de jeu des Hunger Games. La secousse qui m'ébranle alors fait disparaître d'un coup toute trace de sourire sur mon visage.
Je me relève d'un bond, soudain parfaitement réveillée et alerte. L'arbre tremble de plus en plus fort avec des craquements sinistres si bien que je ne prends même pas la peine de replier mon sac de couchage et d'attraper mon sac à dos accroché à une branche au dessus de ma tête. Je saute directement à terre en amortissant ma chute comme je peux, le sabre à la main, et je m'élance dans la forêt sans demander mon reste.
Je regrette aussitôt de ne pas avoir pensé aux lunettes. Tandis que je courre à l'aveuglette entre les arbres, je trébuche sur des racines et des cailloux invisibles, m'écorchant les mains en cherchant un appui pour me relever. J'ai l'impression que le monde s'effondre autour de moi. La terre tremble comme secouée de spasmes titanesques et les arbres tombent comme des châteaux de carte. La peur me donne des ailes et je ne fait pas attention aux branches qui m'entaillent la peau et le visage. Je n'ai qu'une seule certitude : il faut que je me tire d'ici et vite !
Les juges en auraient-ils déjà assez de l'accalmie ? N'ont-ils pas eu assez de morts jusqu'ici pour nous laisser en paix rien qu'une nuit ? A moins qu'un tribu est essayé de franchir les limites de l'arène pendant que tout le monde dormait et qu'on essaye de le rapatrier au centre ? Mais dans ce cas pourquoi les arbres s'effondrent ils ici ? Je renonce à réfléchir car je suis trop concentrée sur le moyen de sauver ma peau. Ma misérable vie qui n'avait plus aucune importance il y a un jour à peine m'apparaît à présent aussi précieuse que de l'or. Je ne veux pas mourir ! Pas comme ça en tout cas ! Pas écrasée par un arbre ni aspirée dans le ventre de la terre !
Ma course folle dans la nuit noire me conduit au lac. Je marque un temps d'arrêt, une fraction de seconde, juste le temps de me dire : « Oh non, pas encore ! » puis je m'immerge totalement et progresse aussi vite que mes jambes et mon bras blessé me le permettent. Derrière moi, un gigantesque sapin s'abat sur le pan de sable où je me tenais la seconde d'avant. Bientôt mes pieds nus ne sentent plus la vase et je nage, cherchant mon souffle comme un chien qui vient de tomber d'une barque et qui cherche à regagnre la rive. De l'eau s'engouffre dans ma gorge, je bois la tasse, une fois, deux fois. J'ai l'impression que la rive s'éloigne au fur et à mesure que j'avance. Je n'ai pas la même assurance qu'avec les loups. Je ne me retourne pas pour frapper la surface avec mon poing car si je le fait, je sais que je n'arriverai pas à repartir. C'est à peine si je distingue la rive dans le noir. Mais du peu que j'en vois, les arbres semblent parfaitement stables, comme si les deux rives appartenaient à une terre différente. L'eau glacée m'a d'abord coupé le souffle mais à présent que je m'y suis habituée, je ne sens plus le bout de mes doigts. Soudain mes pieds retrouvent la vase et je manque de pousser un soupir de soulagement. Je l'aurais surement fait si je n'avais pas aperçu l'éclat métallique sur la rive.
2h12 :
Ils sont trois. Un de plus que ce que j'avais prévu. La fille du Sept et les garçons du Huit et du Six. Ils sont trois et ils attendent que je regagne la rive pour me tomber dessus. La flèche tirée par le garçon du Six manque de me toucher à l'épaule. Je m'écarte brusquement, soudain prise au dépourvue. Comment ce fait ils qu'ils aient survécus ? Pourquoi le Six est avec eux ? Comment savaient-ils que j'étais là ? Les questions se bousculent dans ma tête sans trouver de réponse, contribuant à augmenter ma panique. J'essaye de me reprendre, de rétablir un calme plus propice à la réflexion. Il faut que je décide quoi faire et vite. Si je reste plus longtemps dans l'eau je risque de mourir d'hypothermie. Le Garçon du Huit semble avoir deviné mes pensées :
« Allez sort de là ! Tu ne peux pas faire autrement de toute façon ! Vient de battre si t'en est capable !
Une troisième flèche siffle prêt de mon bras blessé cette fois. Je l'évite de justesse et je la sens qui s'enfonce dans la vase à quelques centimètres de mon pied. Soudain je décide de tenter le tout pour le tout. Prenant ma respiration, je plonge complètement dans l'eau.
Le silence sonne comme le calme avant la tempête. J'ai quelques secondes pour agir tout au plus. La noirceur de la nuit sera mon alliée. Je m'en tiens à mon plan d'origine. Je dois neutraliser d'abord l'un des trois et mon choix se porte sur la fille, celle qui s'est le plus rapprochée de la rive. Je nage dans la direction que je suppose être la bonne et je bondi hors de l'eau le sabre à la main. Il ne me faut pas plus d'une seconde pour la transpercer de part en part avec toute la rage et la précipitation d'une bête prise au piège. Elle s'effondre sans un cri, les yeux révulsés et la bouche ouverte sous la surprise.
Je pivote juste à temps pour parer le coup d'épée du garçon du district Huit. Je me souviens de son nom : Eoban. Il a une telle force dans les bras que je recule sous l'impact. Il pousse un cri rageur avant de se retirer brusquement et de m'attaquer à nouveau. Mais nous sommes à arme égale et il doit vite se rendre compte qu'il n'aura pas le dessus uniquement avec sa force physique car il change de tactique. Cette fois il se rapproche par saccade et vise tantôt mes jambes tantôt mon épaule blessée. Je m'adapte sans problème, esquivant ses fentes avec agilité et esquissant des feintes pour évaluer ses points faibles en vu de l'attaque décisive. Car il ne fait aucun doute qu'il n'a aucune tactique à part me blesser pour mieux m'achever ensuite. Pour ma part, si je le touche, je le tue.
- Ecartes-toi ! Lance le garçon du Six à Eoban en nous visant avec son arc. Ecartes-toi si tu ne veux pas que je te plante avec !
Mais Eoban est dans une telle fureur et une telle frustration qu'il continue de s'acharner sur moi.
- Non c'est moi qui la tuerai ! répond t-il rageur.
J'ai repris mon souffle, ma respiration est à présent régulière et non saccadée comme au début. Mon bras me fait atrocement souffrir mais j'essaye de ne pas le montrer. Le capitole doit se régaler. Les gens ont du se lever pour allumer leurs écrans lorsqu'ils ont appris l'intervention des juges. Et maintenant nous devons être en gros plan dans toutes les maisons et sur toutes les places centrales tandis qu'un reportage sur nos familles et que les interviews de nos proches sont planifiés pour demain. J'ai une pensée amère pour mon alcoolique de père réveillé en pleine nuit parce que sa fille a décidé qu'il était l'heure de mourir maintenant et pas plus tard.
- Tu t'essouffles, je remarque en reprenant confiance en moi. Tu devrais capituler ou tu vas perdre.
Ma remarque le frustre encore plus et il finit par commettre l'erreur qui lui coute la vie. Il se fend vers ma jambe dans une ultime tentative de me surprendre et il trébuche sur le sable mouillé de la rive. Il me tombe littéralement dessus et s'empale sur mon sabre. Ni plus ni moins. Je reste un instant sur le dos, le cadavre chaud de mon adversaire qui m'écrase la poitrine tandis que son sang me souille les mains. Je ne peu pas retirer ma lame de son corps je n'ai pas assez de force pour cela.
C'est le garçon du Six, celui que je considérais comme trop timide et réservé pour se faire des alliés, qui me ramène à la réalité. Il m'empoigne par le cou et me soulève pour me dégager de dessous Eoban. Il est tout rouge et ses yeux lancent des éclairs. Je crois qu'il ne s'attendait pas à ce que je tue ses deux alliés toute seule en si peu de temps. Le coup de poing qu'il me porte au ventre me coupe le souffle et je suffoque tandis que mes doigts ensanglantés cherchent désespérément à desserrer l'étau autour de ma gorge. Il me traine sur la rive et des étoiles dansent devant mes yeux. Je les soupçonne n'avoir jamais appartenue à la voute céleste. Je ne réalise son intention que lorsque le haut de mon corps entre en contact avec l'eau glacée du lac.
- Freniss….non…
Je me rappelle de son nom à présent. Quelqu'un l'avait prononcé au réfectoire. La grande blonde qui était sa partenaire je crois. Elle est morte le premier jour juste après le compte à rebours. Un instant l'idée qu'il est pu se sentir aussi seul que moi me traverse l'esprit mais cela ne dure pas longtemps tandis que je réalise toute l'horreur de ma situation : il va me noyer !
Déjà, il bloque mes mouvements en plaquant ses genoux sur mes épaules. Je hurle à la fois de douleur pour ma blessure mais aussi de peur. Une peur insoutenable qui me parcourt le corps en entier. Je vais mourir et je ne peu rien faire pour empêcher ça. Mes cris sont bientôt engloutis par l'eau. Freniss me garde la tête immergée d'une main ferme. Je me débats de toutes mes forces. Je le griffe, je me secoue, je bat des jambes, je hurle…et plus je hurle plus l'eau s'engouffre dans mes poumons. Ce n'est d'abord qu'une sensation froide et glacée qui me parcourt le corps au fur et à mesure que le liquide me noie. Puis la sensation d'étouffement se mêle à celle de la douleur, cuisante, de ma trachée. Je cesse de me débattre sans m'en rendre compte. C'est à peine si je distingue la limite entre l'eau et l'air au dessus de moi. Le bruit de mon cœur sur mes tempes a remplacé tout les autres. Je suis émerveillée par la façon dont il ralenti, progressivement, sans se presser. « Tu prendras bien le temps de mourir ! » me disait mon grand père en rigolant. Il n'avait pas tord. La mort vient quand elle veut et à la vitesse qu'elle veut. Je me demande si j'aurai préféré mourir sans m'en rendre compte. Surement. Toujours est-il que finalement, si on considère le moment présent, j'ai rempli ma part du contrat. J'ai tué deux adversaires qui auraient pu se mettre sur la route d'Eydan. Eydan…C'est le dernier mot qui me vient à l'esprit avant le noir total.
A suivre…
