Note de l'auteur: Voici le chapitre 5! L'avant dernier pour tout vous dire. Voila que le tragique destin d'Eydan et de Cassandre semble sans issue. A moins d'un revirement de situation ? Mystère...^^ En tout cas j'espère que ce chapitre vous plaira. Je suis toujours aussi contente quand je lis toutes vos review^^ Merci du fond du coeur! Gros bsxxx

- Reviens !

C'est à peine si j'entends sa voix. Mon esprit a du s'empresser de s'enfuir au loin, le plus loin possible des mains de Freniss, des Hunger Games, du capitole. C'est comme si mon moi intérieur s'était dépêché de prendre les jambes à son cou à partir du moment où l'occasion s'était présentée. Je ne contrôle plus rien, je ne possède plus rien. Le battement qui me fascinait tant au coin de ma tempe n'est plus.

- Bats-toi Cassandre ! Comme tu l'as déjà fait avant !

Tien, moi qui croyait que la mort était silencieuse. Pourquoi est-ce que j'entends sa voix ? Pourquoi est-ce qu'un vague fourmillement dans la main me fait sentir sa présence ? Non, non tait toi. Je ne veux plus t'entendre. Arrête de m'adresser la parole. Laisse-moi t'oublier. Et si je n'y arrive pas, toi, oublie-moi.

- Reviens bon sang !

Sa voix se brise comme une vague sur un rocher. Elle est chargée de tristesse, de désespoir, de rage aussi, sentiment que je ne lui connais pas. Peut importe, je n'ai aucune intention de revenir. J'ai enfin réussi à sortir des jeux, à m'écarter de lui.

- Pour moi ! Reviens pour moi je t'en pris !

C'est là que je la sens. L'eau qui s'est engouffrée dans mes poumons. Elle m'encombre, me gène, il faut que je la fasse sortir au plus vite. Je tousse faiblement d'abord et puis plus franchement. J'ai l'impression de me retrouver dans un de ses vieux livres que me lisait ma mère. Ceux où les personnages sortent de l'eau en recrachant des poissons. En ce moment même, avec toute l'eau qui sort de mon corps, je ne serai pas étonnée d'en rejeter un ou deux de mon estomac.

Contre toute attente, j'entends un soupire de soulagement suivi d'un rire derrière moi. Pas n'importe lequel. Son rire. Pur et cristallin. Je me demande ce qui l'amuse autant. Me voir recracher toute cette eau ou bien constater que mon plan n'a pas totalement marché comme prévu ? En même temps que je recouvre peu à peu mes sens (si on considère que le voile trouble que j'ai devant les yeux s'appelle « la vue ») mon corps lui, semble se souvenir de la douleur. Elle me parcourt les membres comme un courant électrique, me fait sentir bleus, coupures, entailles, courbatures, brûlures au centuple. Si Eydan ne m'avais pas pris par les épaules à ce moment là je crois que j'aurais tourné de l'œil.

- Hey ! Te revoilà parmi les vivants ! Tu n'as pas idée de la peur que tu m'as foutue !

Je suis incapable d'articuler un mot tant ma gorge me lance mais je finis par lâcher d'une voix râpeuse.

- Et Freniss ?

Il me sonde un instant de ses yeux si magnifiques et me prend dans ses bras. Il m'enserre si fort que j'ai l'impression d'étouffer. Le visage au creux de son épaule je remarque le corps désarticulé de Freniss sur la rive derrière lui. Il a le cou tordu et un bras qui fait un angle inhabituel avec le reste du corps ce qui me cloue sur place. Est-ce que c'est Eydan qui a fait ça ?

- Viens ne restons pas là, me dit il.

Sans me laisser le temps de protester, il me prend dans ses bras comme si je ne pesais rien du tout et ramasse mon sabre. Puis il s'éloigne d'un pas décidé. Avant de m'endormir, je remarque qu'il ne s'enfonce pas dans la forêt. A la place, il marche le long de la rive jusqu'à un ruisseau qu'il suit à contre courant.

Jour 9 :

18h24 :

- Manges, il faut reprendre des forces.

C'est la seule phrase que je l'entends prononcer. Je ne mange pas beaucoup car le sommeil m'emporte de nouveau, comme si mon corps se mettait en veille de lui-même pour me permettre de récupérer. Je ne sais pas ce que ma donné Eydan mais je n'ai plus mal à l'épaule ni nulle part, je suis juste irrémédiablement aspirée par mes songes.

Jour 11 :

16h :

Le jour se couche déjà lorsque j'ouvre les yeux. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, je ne remarque donc pas tout de suite que les juges s'activent derrière leurs manettes pour accélérer les jeux. La première chose que je vois est Eydan. Il est assis devant moi adossé contre la paroi de ce qui ressemble à une grotte basse de plafond et camouflée par un rideau de fougères. Il a les yeux fatigués mais ne dort pas, son arc et ses flèches à portée de main. Il me fixe sans rien dire.

- Comment te sens-tu ?

- Comme quelqu'un qui vient de passer à deux doigts de la mort. Sinon toi, tu passes des journées sympas ?

En réalité je me sens beaucoup mieux que je l'espérais. Mes membres me font moins souffrir et ma blessure semble cicatrisée doucement sous un bandage tout neuf. J'ai mal à la gorge là où les mains de Freniss se sont refermées comme un étau. Mais si je n'y pense pas, je peu presque oublier les évènements de la veille. Sauf qu'il y a Eydan et que j'ai la désagréable sensation d'être revenue à mon point de départ.

Je savoure néanmoins un instant la joie de le revoir en bonne santé. Le plaisir de plonger mon regard dans le siens, de l'entendre parler doucement, de sentir son odeur prêt de moi. Il m'a tellement manqué. Je m'abandonne quelques minutes à la sensation de sécurité, je fixe ses mains, son torse, son visage, sa bouche. Eydan n'est pas mort. Il n'est pas tombé dans un piège comme je le redoutais, il n'a pas croisé la route de bêtes sauvages ni mangé par inadvertance un fruit toxique. Il ne s'est pas battu contre des tribus au point d'y laisser sa vie. Il a juste désarticulé Freniss aussi facilement que s'il se fût s'agit d'un pantin. L'image du corps sans vie sur la rive dans une position insensée me donne envie de vomir. Il faut que je sorte.

- Qu'est ce que tu fais ? me demande Eydan d'une voix inquiète en se levant en même temps que moi.

- Je vais chasser, je réponds, pressée de prendre l'air.

Il parait prit au dépourvu. Il ne comprend pas pourquoi je cherche à m'éloigner. Il croit qu'il s'est passé quelque chose entre nous peut être. Peut même qu'il pense que c'est sa faute.

- Je t'accompagne.

- Non reste là, je n'en aurai pas pour longtemps. Il faut quelqu'un pour garder nos affaires, je réponds coupant court à toute protestation.

Il se fige. Nos regards se croisent. Soudain une boule de remord me monte à la gorge mais je m'efforce de la refouler.

- Je ne m'éloigne pas, je promets pour le rassurer.

C'est aussi un peu une manière de lui dire que je ne m'enfuirai pas. Que je reviendrai vers lui. Qu'il n'aura plus à s'inquiétez de mon absence prolongée.

En faisant quelques pas dans la forêt je me rappelle de se que j'avais ressenti lorsqu'il avait disparu soudainement. La panique, suivie d'un sentiment de trahison. Puis de la colère et enfin une inquiétude extrême qui ronge l'esprit et ne laisse jamais de repos. Est-ce que c'est ce qu'il a ressenti pour moi ?

J'ai envie de hurler. Je me prends la tête entre les mains. J'ai l'impression d'être prise au piège dans une ronde infernale dirigée par le capitole. Je ne peu pas leur échapper. Je ne sais plus quoi tenter pour sauver la mise. Mon cerveau est vide, aussi dépourvu de substance qu'une coquille d'œuf qu'on vient de briser pour faire un gâteau. Et le gâteau est tombé par terre.

J'ai le corps secoué de tremblements. Il faut que je me reprenne. Que je réfléchisse. Si mon cœur est en miette il reste quand même la seule chose que les juges ne pourront pas me prendre. Comment faire pour ne pas souffrir quand rester en vie est la principale occupation ? Je me rappelle lorsque Freniss m'a plongée la tête dans l'eau. Je me rappelle de ce que j'ai ressenti à ce moment précis où ma bouche s'ouvrait pour se remplir d'eau glacée. Je ne voulais pas mourir. Je ne voulais PLUS mourir. Je voulais revoir encore une fois la forêt derrière les barbelés électriques du district Douze. Je voulais encore une fois plonger ma main dans la fourrure du chien miteux qui me servait de famille. Aussi étrange que cela puisse paraître, je voulais encore une fois entendre les pas de l'homme qui prétendait être mon père titubant vers le salon.

Et puis je comprends. Les Hunger Games, ce n'est pas juste un combat contre les autres districts. C'est un combat sur soi même. Contre soi même. On nous force à tuer pour sauvegarder notre misérable vie et on obéit. Parce ce qu'on n'a pas le choix. Que la vie est la seule chose qui nous reste et que si on veut la sauvegarder on doit prendre celle des autres. Seulement il y a une faille dans le système. Une brèche dans les règles du jeu. Les juges ont oublié qu'avant d'être des pions, nous étions des humains. Que notre cœur pouvait battre pour un autre que nous même. Et lorsqu'ils l'ont compris, ils ont vite réalisé qu'ils pouvaient en tirer des retournements de situations intéressants. Et c'est là que la cruauté des Hunger Games atteint son apogée. Qu'est ce que le tribu choisira t-il de préserver ? Sa vie ou celle d'un autre ? Suivra t-il l'instinct naturel qui le pousse à survivre ou ira-t-il à son encontre pour sauver une personne qui a plus d'importance à ses yeux alors que quelques heures à peine, il se moquait bien de son existence ?

17h30 :

Je me rends compte que je suis assise le dos contre un arbre et la tête dans les genoux. Je dois avoir épuisé toutes les larmes de mon corps car plus rien ne coule à présent. Je regarde fixement le tapis de feuilles mortes sur lequel s'active un scarabée noir aux ailes dorées. Il faut que je me secoue car Eydan va s'inquiéter. Je me lève doucement en me donnant une série d'ordres simples. : « Cassandre, il est temps de marcher jusqu'à l'arbre là bas » « maintenant il faut grimper », « c'est bien, à présent plonge la main dans le creux »

Je n'ai aucun remord à voler le gibier de la chouette. Il me semble loin à présent, le temps où ce genre de considérations me touchait. Je récolte un lapin et deux rongeurs fraichement tués sous les protestations du volatile auquel je n'accorde pas un seul regard.

Lorsque je reviens, Eydan parait soulagé. Il s'active immédiatement à faire un feu pour cuir nos proies sans me demander comment j'ai bien pu abattre ces animaux sans armes. Car je n'ai pas emporté le sabre posé au fond de la grotte. Depuis qu'il a transpercé le corps de deux personnes, je répugne à le toucher. Pourtant je sais que tôt ou tard je devrais l'emporter avec moi mais pas tout de suite. J'ai envie de profiter encore de la sécurité que me procure la présence d'Eydan.

Nous mangeons en silence et mon regard reste fixé sur les braises fumantes. J'ai remarqué les restes de deux parachutes au fond de l'abri provisoire et lorsque j'ai posé la question à Eydan il m'a dit que chacun de nous en avait reçu un de son mentor. Le mien contenait une seringue de morphine ce qui explique mieux mon sommeil prolongé.

J'ai dormis deux jours. Deux jours pendant lesquels Eydan s'est occupés de nous garder en vie tous les deux. Il était mort d'inquiétude. J'ai envie de lui dire qu'il n'aurait pas du mais je ne veux pas lui faire de mal. Finalement la conversation prend le tournent que je redoutais.

- Pourquoi es-tu partie ? me demande t-il en posant sur moi son regard profond.

J'ai l'impression que le morceau de lapin que j'ai avalé n'arrive pas à passer dans ma gorge. Je dégluti avec peine avant de répondre.

- Pour les mêmes raisons qui t'ont poussé à vouloir que je te tue.

Silence.

- Tu n'as pas l'air de comprendre.

Je ne sais pas pourquoi mais sa réponse me met hors de moi. Je le regarde d'un air dur.

- C'est toi qui ne comprends pas.

La froideur de mon ton semble le décontenancer mais je suis trop bien partie pour m'arrêter en si bon chemin. Toute ma haine du capitole est reportée sur lui, le garçon du district Deux que j'aurai du tuer lorsque j'en avais l'occasion.

- Tu ne te rends pas compte ? A la fin, l'un de nous devra mourir, c'est programmé ! On ne nous laissera pas survivre comme Katniss et Peeta. On ne nous laissera pas non plus mettre fin à nos jours pour avoir le plaisir de partir ensemble ! Même notre façon de mourir est décidée à notre place !

Je me suis levée, mon cœur s'emballe.

- Je ne veux pas te tuer tu le comprends ça ? Je n'aurai pas la force de te tuer parce que tu compte beaucoup trop à mes yeux ! Et le pire dans tout ça c'est que depuis que Freniss à failli me noyer, je me suis rendue compte que je ne voulais pas mourir non plus.

Ma voix se brise, je me prends encore une fois la tête dans les mains.

- Nous sommes dans une impasse Eydan, je sanglote. Quelque soit la décision qu'on prendra on ne pourra pas échapper à la douleur. Je suis condamnée depuis que j'ai décidé de t'aider contre ces deux filles. Et je t'entraine dans ma chute comme une égoïste !

Cette fois j'ai du mal à respirer, mes tremblements sont de plus en plus violents et incontrôlables, mon cœur tente de sortir de ma poitrine. Eydan me retient d'une main ferme avant que je ne m'effondre sur le sol, pliée en deux.

- Cassandre ! Cassandre sa va ?

Non ça ne va pas. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Je ne contrôle plus rien. Eydan m'allonge dans mon sac de couchage et me borde. Je crois que j'ai de la fièvre. J'ai du mal à aligner deux idées tant mon crâne me lance.

- C'est elle ! J'entends Eydan jurer entre ses dents.

Il se lève et se met à faire les cent pas dans la grotte comme un ours en cage.

- Qui elle ?

Les mots me coutent mais il faut que je sache. La douleur me vrille le corps par spasmes.

- Elle a du tremper ses flèches dans du poison à retardement ! J'aurai du m'en douter !

Soudain il s'agenouille à mes cotés et me prend par les épaules. Je sens ses doigts crispés sur ma peau et je discerne une leur de peur et d'angoisse dans ses yeux couleur mer déchainée.

- La fille du Quatre ! Elle t'a empoisonnée avec sa sarbacane !

Jour 12 :

4h :

Je me réveille par intermittence, l'esprit torturé par des cauchemars tous aussi horribles les uns que les autres. Je vois mon père et Heymich se battre dans le salon, puis la corne d'abondance se matérialise et la tête du tribu du Dix vole dans les air en m'éclaboussant de sang chaud. Et au moment où elle retombe sur le sol ce n'est plus la sienne mais celle d'Eydan qui me regarde avec des yeux éteins. Ses lèvres s'entrouvrent sous mon regard épouvanté et il me souffle « c'est toi qui m'a tué, je croyais que tu m'aimais »

J'ai le front en sueur lorsque je me redresse brusquement. Est-ce à cause de la fièvre ou de mon rêve ? Le monde entier est plongé dans l'obscurité. Contre moi, Eydan a succombé lui aussi au sommeil après avoir renforcé le camouflage de la grotte. Je sens son corps chaud et me blotti contre lui, la tète sur son torse. Sa main vient me caresser les cheveux tendrement avant qu'il ne se rendorme. J'entends son souffle lent et régulier et sa poitrine qui se soulève et s'abaisse en rythme. Son cœur bat contre mon oreille et je me prends à rêver de rester là, liée à lui pour l'éternité. Après tout qu'est ce qui nous pousserait à partir pour affronter les deux tribus qu'il reste ? On pourrait tout aussi bien ne plus jamais sortir de cette grotte. Mais je sais au fond de moi que les juges ont déjà prévu le grand final et qu'il sera pour bientôt. D'une manière ou d'une autre, notre histoire prendra fin avant la nuit prochaine. Je me redresse pour discerner son visage dans le noir. Pour le regarder une dernière fois avec cet air si paisible. J'ai envie de l'embrasser mais j'ai peur de le réveiller. Je me contente d'un baiser sur la joue ce qui le fait sourire dans son sommeil. Rêve t-il de moi ? Rêve t-il d'une autre ? Plus belle, plus intelligente et moins sauvage ? Cette idée me dérange et je me surprends à être jalouse. En a-t-il déjà aimé une autre que moi ? Et si oui, aurait il été prêt à faire pour elle tout ce qu'il a fait pour moi ? Je me rendors en savourant l'instant présent, persuadée qu'il ne se reproduira sans doute pas de si tôt.

7h :

Les oiseaux chantent gaiement derrière le rideau de fougères. Je me réveille la première avec l'impression que mon crâne va exploser en mille morceaux. J'ai la respiration qui s'accélère comme si je faisais une crise d'asme et je réalise que c'est l'effet du poison. Il ralenti tous mes gestes, accélère mon cœur au moindre effort, brouille ma vue par moment. On nous avait parlé d'une substance de ce genre à l'entrainement. Je crois que l'on peut obtenir cet effet avec le venin d'un serpent spécial (encore une mutation génétique du capitole) qui vit dans ses bois. Il ne se déclenche que quelques jours après avoir pénétré dans l'organisme mais une fois les premiers effets constatés, il ne vous reste plus beaucoup de temps à vivre. J'ai l'impression de mourir à petit feu lorsqu'un léger bruit de chute me fait tourner la tête. Eydan n'a pas entendu la capsule atterrir devant la grotte. Je me dégage doucement de la chaleur de ses bras et rampe à quatre pattes jusqu'à l'entrée nimbée de lumière. Je plisse les yeux et fait la grimace. La lumière, voila ce qui me dérange en ce moment. Elle me rappelle le douloureux souvenir des flashes d'appareil photo pendant mon séjour au capitole. Mais bon, ce doit être encore un des effets secondaires du poison.

Je tends la main vers la capsule et la libère de son parachute avant de la dévisser. Une seringue tombe avec un bruit sourd à mes genoux. Un instant je me fais l'effet d'une droguée qui recevrait sa dose quotidienne. Après tout, mon mentor est aussi un drogué, enfin, à sa façon bien sur. Je la regarde un moment, me demandant ce qu'elle peut bien contenir. Encore de la morphine ? A quoi cela servirai t-il à part m'endormir pendant le grand final ? Si c'est ça se ne serait vraiment pas la meilleure tactique pour rester en vie. Je me saisi du petit papier qui accompagne le cadeau d'Heymich et plisse les yeux avec concentration pour le lire.

« Tu as 8 heures chérie. Taches de rester en vie. H »

Mon regard se porte à nouveau sur la seringue. Combien une telle substance peut elle couter ? Surtout lorsque l'on se rapproche de la fin des jeux. Est-ce que la mentor d'Eydan a participé ? Je tente de visualiser dans mon esprit brumeux tout ce que cela implique. Heymich vient de me donner 8 heures de plus à vivre. Comment est ce que je suis supposée les utiliser ? Que se passera t-il si je n'ai pas d'antidote passé ce délais ?

J'entends Eydan soupirer derrière moi. Il va bientôt se réveiller. C'est alors que je prends ma décision : je ne lui en parlerai pas.

Aussi vite que mes membres endoloris me le permettent, je m'injecte la totalité du liquide dans le bras et fourre le parachute, la capsule et la seringue vide au fond de la grotte derrière un rocher. Juste à temps.

- Hey, salut la petite sauvage. Comment te sens-tu ?

Eydan affiche un sourire discret, il a l'air heureux de me trouver devant lui à son sommeil. Je m'applique à faire comme si de rien n'était et je réponds à son sourire tandis que le liquide d'Heymich se repend progressivement dans mes veines avec un effet immédiat sur mes symptômes.

- Beaucoup mieux qu'hier, je réponds en m'avançant pour l'embrasser sur le front. Et toi, ton bras ?

Il parait un instant perplexe de voir que je me suis rétablie aussi vite mais comme à son habitude, il ne me pose pas de question. Pour ma part, mes maux de tête ont totalement disparus et ma respiration est normale. J'ai l'impression que je pourrai affronter toutes les mutations génétiques du capitole à moi seule.

- Sa va, répond t-il d'un air évasif en tendant la main pour effleurer mon visage.

On reste un moment là à se dévorer du regard et à profiter des premiers rayons du soleil qui transpercent le rideau de feuillage. On n'a pas besoins de s'adresser la parole pour se transmettre notre inquiétude. Aujourd'hui c'est le grand jour. Il ne reste que quatre tribus et les juges vont mettre au point un stratagème pour nous pousser à nous affronter. Aujourd'hui l'un d'entre nous mourra et l'autre devra vivre avec si on ne meurt pas tous les deux. Pour ma part, je préfère soit mourir soit partir avec lui mais certainement pas rester toute seule. Personne ne m'attend de l'autre coté des écrans. Si je sors, j'aurais perdu mon cœur dans l'arène. Et puis j'ai une idée tandis que je contemple les orbes bleus d'Eydan. Une idée folle mais qui me redonne un peu d'espoir et de sérénité. Il me regarde en souriant tendrement, attendant que je prononce les mots qui me brûlent les lèvres.

- Et si nous faisions aujourd'hui tous ce que l'on ne pourra plus jamais faire tous les deux ? Si cette journée était la nôtre jusqu'à ce que les juges en décident autrement ?

- Tu as raison Cassandre, murmure Eydan comme s'il avait pensé exactement la même chose que moi. Je suis lasse de traquer et de tuer. Faisons de cette dernière journée ensemble la plus belle de toute notre vie.

Sur ces mots il se redresse la main sur mon menton et m'embrasse longuement. Tandis que mon cœur bat à tout rompre je sais que le compte à rebours vient de commencer.