Voici la suite, en espérant que ça vous plaira toujours autant.

Bonne lecture et merci pour les reviews.

xxx

Une lumière aveuglante fut la première chose qu'il vit lorsqu'il ouvrit les yeux, le lendemain du drame auquel il avait survécu. L'esprit nébuleux, il en vint à comprendre qu'il se trouvait à l'hôpital. La pièce, d'un blanc unicolore presque grotesque, était vide et silencieuse en omettant de préciser que le seul son nettement perceptible était celui de l'électrocardiogramme qui n'annonçait rien d'alarmant. Il sentit une légère gêne au niveau de son crâne, comme si une force lui compressait la boîte crânienne en la faisant s'aplatir sur elle-même. Dès lors, certaines brides de souvenirs lui revinrent et il voulut se lever sans plus attendre avant qu'il n'eût méchamment la tête qui tourne et que sa vision ne devînt brouillée par une armada de points pétillants associés à une hécatombe de taches noires sans forme. Avant même de pouvoir comprendre quoi que ce soit à ce qui était en train de lui arriver, il replongea dans une inconscience obscure.

La journée suivante, sa force physique semblait plus encline à jouer en sa faveur. Lorsqu'il traversa le couloir qui menait aux soins intensifs, une étrange sensation d'horreur patibulaire s'empara de lui. Les médecins l'avaient tenu au courant de son état. Victime d'une vilaine commotion cérébrale, elle avait évité l'hémorragie qui avait été stoppée à temps. Se trouvant devant la porte, il respira profondément en ressentant une sorte d'appréhension avant de finalement entrer dans la pièce. Immobile au début, il finit par faire quelques pas et s'arrêta au pied du lit. Compte tenu des circonstances, le fait de la voir dans une telle situation le rendait passablement nerveux. Réalisant avec soulagement que ses constantes étaient stables, il fit le tour et rapprocha une chaise avant de prendre place à ses côtés. Tout comme lui, plusieurs hématomes embellissaient certaines parties de son corps. Les yeux posés sur elle, il fut incapable de détourner le regard. Elle paraissait simplement endormie, presque paisible. Du moins, c'est ce qu'il aurait aimé croire… La mine déconfite, il en vint à repenser à la dernière chose qu'elle lui avait dite. Jamais il n'aurait dû s'éloigner d'elle et partir… Il se risqua à passer le dos de sa main sur l'hématome qui colorait sa pommette droite dans un dégradé de violet et de violine et lui murmura un «désolé» quasiment inaudible. Aussitôt après, il chassa ses pensées un peu brutalement et se passa une main sur le visage. La culpabilité se faisait telle qu'il préféra se lever et sortir de la chambre. Regagnant la sienne, il souffla un bon coup et se maudit aussi fort qu'il ne l'avait jamais fait. Tout cela le bouleversa. Il avait déjà perdu une personne, il ne le supporterait pas une seconde fois. Non, pas elle. Les yeux troubles, il s'allongea et eut le funeste sentiment que rien ni personne ne parviendrait à apaiser toutes les tensions qui le malmenaient intérieurement si jamais elle ne s'en sortait pas. Il aurait tout donné pour être à sa place car sa vie comptait bien plus que la sienne. Elle ne méritait pas ça. Lui non plus, mais de son point de vue les choses étaient différentes…

Quelques jours s'écoulèrent comme le soleil pouvait décliner dans le ciel, d'une manière lente et quasi indiscernable. À son plus grand dam, il passait le plus clair de son temps à se torturer pour ce qu'il ne pouvait plus changé. Depuis, il n'était pas retourné la voir. Il se contentait simplement de faire un arrêt tous les jours devant sa chambre, mais il n'entrait jamais. Elle était toujours plongée dans le coma et il ne savait toujours pas si elle en sortirait un jour. Son visage inexpressif, presque amorphe, était pour lui comme un supplice, une véritable torture. Il avait tellement de remords qu'il se demanda comment certains pouvaient supporter un tel sentiment de culpabilité. Lui qui pourtant se reprochait très peu de choses, là il paraissait submergé. Pourtant, il fallait bien qu'il se ressaisisse et pour ça il avait pu compter sur le soutien de son ami. Ce dernier avait été consterné en apprenant les circonstances de cette situation pénible. Il aurait souhaité se trouver près d'eux pour manifester plus activement son appui au lieu de se trouver à des milliers de kilomètres avec un phénoménal sentiment d'impuissance. Mais il se devait d'assurer le bon fonctionnement de l'hôpital et quelque part il se disait qu'il le faisait pour la Doyenne.

Un soir, alors qu'il observait l'extérieur par la fenêtre de sa chambre sans y porter plus d'attention que ça, il se décida à aller la voir malgré tout. Les médecins lui avaient dit plus tôt dans la journée qu'elle avait fini par se réveiller et qu'elle ne souffrait pas de désagréments sérieux. Il était à la fois soulagé qu'elle s'en soit sortie et tétanisé à l'idée de ce qu'il pourrait bien relever dans ses yeux. Arrivé devant la porte, il l'examina un instant. Le regard fixé au plafond, elle semblait se poser une multitude de questions auxquelles elle ne devait pas trouver moult réponses. Prenant une grande inspiration comme pour se donner le courage qu'il n'avait pas, il poussa la porte en redoutant au plus profond de lui ce qui allait suivre. La jeune femme amena son regard sur lui avec une indifférence stupéfiante. Il s'avança prudemment vers elle et se stoppa une fois arrivé à sa hauteur. Ils se regardèrent d'une façon assez étrange, une façon qui le déstabilisa légèrement.

Bonjour. Finit-il par dire après un instant de doute gênant.

Elle ne le quitta pas des yeux et se mit à présent à le dévisager. Stoïque, elle plissa les yeux et il se sentit encore plus mal qu'auparavant. Vraisemblablement, il s'attendait à ce que le pire arrive dans les secondes qui suivent.

Est-ce qu'on se connaît ? Demanda-t-elle avec un regard insistant.

Il s'y était préparé, il n'était pas vraiment surpris. Il savait bien qu'il y avait de grandes chances pour qu'elle souffre d'amnésie partielle et, en l'occurrence, sa perte de mémoire touchait tout ce qui avait un rapport avec le côté affectif et certaines personnes qu'elle avait pu côtoyer. Non, il était plutôt désarçonné par sa question qu'il trouvait surprenante venant d'elle. Jamais il ne lui était venu à l'esprit qu'elle puisse un jour lui demander cela. Depuis le temps qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois… Sans oublier qu'il se considérait comme étant un homme que l'on ne pouvait pas effacer de sa mémoire en un claquement de doigts, ce qui était véritablement le cas.

Euh, je… Oui, on se connaît.

Qui êtes-vous ?

Eh bien… Devant son regard désireux de savoir, sa précédente gêne et son manque d'assurance s'accrurent. Un rescapé, comme vous. Vous vous rappelez du congrès ?

Oui mais,… Que s'est-il passé après ? Qu'est-ce qui m'est arrivé ?

Il tira une chaise vers lui et prit place à ses côtés. Sans vraiment entrer dans les détails, il lui raconta alors ce qui était survenu à la suite de ce colloque. Quand il lui évoqua le métro, il décela chez elle une certaine crispation qui lui laissa penser que ce souvenir là lui était plus ou moins familier. Elle l'interrompit dans son récit en lui précisant qu'elle savait qu'il s'y était passé quelque chose d'horrible mais qu'elle ne s'en souvenait plus. En prenant conscience de sa situation, elle n'était pas restée longtemps sans réponse et dès lors il avait vu la peur danser dans ses yeux avant de s'emparer d'elle.

Oui, c'est ça. Je me souviens maintenant. Vous étiez avec moi et parmi les victimes on a trouvé un petit garçon. Où est-il ? Est-ce qu'il va bien ?

L'espoir qu'elle avait le fit se détester. Car cet espoir qu'il voyait à présent briller au fond de ses yeux, cet espoir qui émanait littéralement de tout son corps… Il devait le tuer, l'anéantir intégralement.

Les médecins… Commença-t-il, incertain. Il n'a pas survécu. Il a fait un collapsus. Précisa-t-il après avoir déglutit douloureusement en voyant son regard s'assombrir d'une tristesse frappante.

Après cette information qui plongea la pièce dans un lourd silence pesant, il prit sa main sans réellement se rendre compte de son geste. Elle était restée sans dire un mot, incapable de prononcer la moindre parole. Après plusieurs minutes, il estima qu'il devait la laisser seule et se leva.

Faites attention, vous devez avoir une dizaine de points de suture au niveau de la cuisse gauche. Prévint-il avant de quitter la chambre sans qu'elle ne proteste.

Allant prendre l'air dehors, il repensa à sa discussion avec la jeune femme. La voir dans cet état lui avait fait mal, même s'il voulait se persuader du contraire ou tout simplement ignorer cette atteinte morale. Il était tout de même soulagé qu'elle ne se souvienne plus avec véracité des évènements qui étaient survenus dans ce tunnel. Elle semblait déjà bien assez affectée comme ça, pas la peine d'en rajouter une couche supplémentaire.

Après son départ, elle était restée dans le vague. Pour tenter de chasser ses pensées les plus sombres, elle s'était forcée à essayer de se souvenir d'un maximum de choses. Un peu nébuleux au début, son esprit finit finalement par s'éclaircir quelque peu, notamment sur certains points. Mais le sommeil la rattrapant, elle avait fini par succomber à la fatigue qui l'avait guetté avec acharnement.

Le lendemain, lorsqu'il s'apprêta à aller lui rendre visite, il s'aperçut avant d'entrer que son visage était plus lumineux que la veille ce qui le rassura. Remarquant sa présence, elle concentra toute son attention sur lui. Le regard qu'elle lui adressa laissa présager certainement des reproches.

Vous m'avez menti ! Accusa-t-elle sans vergogne.

Euh… À propos de quoi ?

Vous m'avez dit que vous étiez un rescapé, mais ce n'est pas tout. Vous êtes également médecin et, qui plus est, l'un de mes employés.

Et alors ? C'est vrai que je suis un rescapé ! Répliqua-t-il faussement vexé. Pour le reste, j'ai juste omis de vous en faire part. Je n'appelle pas ça mentir.

Contre toute attente, un sourire se dessina sur ses lèvres et il fut ravi de pouvoir constater qu'il avait réussi à faire naître un soupçon de joie chez elle. À son tour, il sourit en retour puis reprit la parole.

Vous devez avoir hâte de rentrer, non ?

Oui. Plus que quelques jours et j'aurai enfin retrouvé ce qui à l'heure actuelle me manque. Et rassurez-vous, continua-t-elle taquine, je ne vous laisserai pas vous tourner les pouces !

Rhô, ça ce n'est vraiment pas juste ! Moi qui pensais justement récupérer doucement…

Ne vous fichez pas de moi. Fit-elle en rigolant doucement.

Ne détachant pas le regard, il profita de cet instant où l'atmosphère était détendue pour la regarder autrement. Après de longues années en tant que patronne autoritaire mais juste et un moment en tant que malheureuse victime d'un accident, c'était une Cuddy sous un autre jour qu'il voyait là. Bien qu'il s'agisse de la même personne, elle semblait paradoxalement différente. Peut-être était-ce à cause de son amnésie, mais il espérait sincèrement se tromper.

Les jours suivants, il décida de lui parler de Wilson. À son allusion, elle paraissait détachée. Mais quand il en vint à lui dévoiler qu'il s'agissait de son meilleur ami, il remarqua un de ses sourcils se arquer et cela lui suffit pour réaliser qu'elle avait compris de qui il était question. Plus qu'un soulagement, il était désormais délesté du poids qui lui avait jusque là pompé ce qui lui restait de vitalité. Heureusement, il savait que celle-ci reviendrait vite, surtout si la jeune femme continuait à jouer la carte du rayonnement. En d'autres circonstances, il ne se serait pas intéressé de près à son attitude mais sortant d'un accident auquel ils avaient échappés, cela faisait toute la différence.

Une semaine plus tard, il était temps pour eux de refouler le sol américain. Durant leur vol, ils avaient discutés de choses et d'autres et lorsqu'il lui avait demandé si elle avait de nouveaux souvenirs en tête, il s'était détendu quand elle lui avait dit que ce n'était pas le cas. Ça semblait bizarre comme ça, mais en fin de compte ça ne l'était pas tant que ça. Avant qu'il n'y eût cette deuxième explosion dans le tunnel, il l'avait embrassé et il jugea préférable que c'était mieux qu'elle ne s'en rappelle pas. Malgré tout, une partie de lui aurait aimé qu'elle s'en souvienne. Mais de par la peur qu'il ressentit à l'idée de ce qu'elle aurait pu en penser, il considéra que c'était probablement une bonne chose que cela lui ait échappé.

À l'aéroport, Wilson les avait accueilli et il avait eu bien du mal à contenir son enthousiasme, ce qui avait grandement fait sourire la Doyenne qui l'avait enlacé en ne ménageant pas non plus son contentement. House avait trouvé cela plutôt amusant. En ayant l'oncologue en face de lui, c'est comme s'il avait tiré radicalement un trait sur les choses déplaisantes qu'il avait subites. Et pour s'en débarrasser une bonne fois pour toute, il n'avait rien caché à son ami quand il avait fait éruption dans son bureau le lendemain matin. Rien, sauf peut-être un détail… Par la suite, la jeune femme en avait également fait de même mais de manière plus évasive. Cela avait eu sur elle un petit effet de soulagement de par le fait de s'être libérée d'une certaine tension psychologique. Après s'être remis de ses émotions dues à la prise de connaissance de tout ce qui avait pu leur arriver, Wilson n'en était pas moins resté sidéré.

Très vite, les choses reprirent leur cours normal. L'oncologue fut presque rasséréné d'entendre la première réprimande du mois. Vraisemblablement, il s'était ennuyé en n'ayant plus le droit à la remarque caustique qui accompagnait la réplique cinglante. Toutefois, il trouvait ses amis légèrement différents dans le comportement qu'ils avaient l'un envers l'autre. Il pouvait tout à fait le comprendre aux vues des circonstances précédentes, alors il estima qu'il n'était pas nécessaire de s'en préoccuper plus que ça.

Après avoir quitté le travail, House passa chez Cuddy. Ils avaient plus ou moins l'habitude de se retrouver quelques soirs pour bavarder, rien de plus. Wilson l'avait bien entendu appris et, lorsqu'il voulu en toucher deux mots au diagnosticien, ce dernier lui assura que c'était en tout bien tout honneur. Descendant de sa moto, il vit de la lumière à l'intérieur alors il entra. Elle ne s'était pas aperçue de son arrivée et quand elle entendit des bruits de pas dans son dos, elle sursauta d'un air apeuré.

N'ayez pas peur, c'est moi.

Désolé, je ne vous avez pas entendu.

C'est ce que vous vouliez je crois. Dit-il en lui tendant un paquet de feuilles.

Elle le prit et eut un léger sourire presque timide en guise de remerciement. Il y a plusieurs jours, elle lui avait demandé de faire une sorte de compte-rendu sur ce qui s'était passé en Allemagne. Il faut dire qu'il avait mis le temps, mais il l'avait fait. Venant de lui, elle trouvait ça normal autant que ça pouvait l'étonner. Elle se souvenait de lui, de qui il était et de ce qu'il était pour elle. Cela dit, elle ne savait plus très bien certains petits aspects. Il y avait des choses qui lui étaient complètement sorties de la tête et d'autres dont-elle avait conscience ne plus se rappeler totalement. Mais peut-être que tout compte fait, ce qu'elle se souvenait aujourd'hui lui suffisait amplement pour en déduire certaines choses, voire probablement même les affirmer.

La conversation s'établit et, tellement pris dans leurs propos, ils ne virent pas les minutes passer. Elle lui raconta des futilités qui semblaient beaucoup l'amuser. Il lui parla de platitudes qu'elle trouva plutôt drôles. Il avait eu l'envie de la taquiner et, joueuse, elle était gentiment entrée dans son jeu. À cet instant, il eut l'impression de la retrouver bien des années en arrière, lorsqu'ils étaient encore à la Fac et que cela faisait parti de leur quotidien. C'était leur monde, leur façon d'être qu'ils ne partageaient avec aucune autre personne… Il se demandait si elle se souvenait de cette époque-là, mais il n'osa pas lui poser la question. Un peu plus tard, il vit son regard luire d'une lueur qui lui déclencha des fourmis dans tout le corps. Aussi prit-il peur, bien conscient de ce que cela voulait dire, peut-être trop même. Elle se rapprocha de lui et l'embrassa, doucement. Ne sachant pas comment il devait réagir, il répondit dans un premier temps à son baiser. Caressant délicatement ses lèvres, il aurait voulu approfondir son geste mais il se ravisa et finit par se détacher d'elle.

Vous ne devriez pas faire ça. Suggéra-t-il, la voix basse et les yeux hurlant d'une désapprobation allant à l'encontre de ses dires.

Je pensais que…

Non.

Ni l'un ni l'autre n'aurait pu dire qui était le plus gêné. Le regard gardé sur elle, il finit par le détourner et s'empressa de mettre de la distance entre eux avant de ne plus en avoir la force.

Étant à présent seule, la jeune femme ne comprenait pas pourquoi ce qu'elle avait fait était apparemment mal. Ou plutôt, pourquoi l'avait-il mal pris. Pour elle, il y avait toujours eu entre eux plus qu'une simple amitié certainement un peu tordue. Cette relation particulière qu'ils avaient eu une fois les choses remises à leur place… Elle se disait que maintenant elle n'existait plus, tout ça à cause de ce qu'elle n'aurait jamais dû faire. Elle s'en voulait beaucoup, s'estimant ne pas être pardonnable. Était-elle seulement capable de se pardonner au moins ? Déboussolé, une larme roula le long de sa joue avant de s'échouer sur la commissure de ses lèvres. Elle avait le goût de la défaite, un avant goût de ce que serait la fin.

TBC