Une partie un peu Wuddy pour ceux qui aiment.
Bonne lecture à vous.
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Le jours d'après, l'oncologue trouva House dans son bureau en pleine réflexion intérieure. Vu les traits durcis de son visage, il se dit presque de manière systématique que son attitude pensive devait occulter quelque chose de profond. Il s'avança vers lui et dut engager la conversation pour le tirer de ses pensées.
Tu n'aurais pas vu Cuddy ? Demanda-t-il en donnant l'impression d'être pressé.
Elle va très bien.
Les sourcils du jeune médecin se froncèrent alors que son expression vira à l'incompréhension. Réalisant ce que ses mots avaient provoqué comme réaction, le diagnosticien tenta de contourner le sujet.
Je crois qu'elle doit être en ville. Un truc à propos du congrès le mois dernier, ou… un truc dans ce genre.
N'essaie pas de me faire perdre le fil des choses. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Il se passa une main derrière la nuque, n'étant pas tout à fait conscient qu'il savait très bien mentir avec des mots mais moins avec le corps.
Rien, c'est juste que quand j'ai vu ton affolement tout à fait ridicule je me suis dit que tu devais t'inquiéter pour elle. Mais il est possible que ça t'indiffère alors… désolé si je me suis trompé. Répliqua-t-il habilement tout en savourant discrètement le sentiment qui s'imprimait sur le visage de l'autre homme.
Défiant vis-à-vis de son ami, Wilson sortit de la pièce avec un air dubitatif qu'il ne se garda pas de cacher. Se résignant à rejoindre son bureau, il n'arrivait pas à s'enlever l'idée qu'il y avait dans l'attitude du diagnosticien quelque chose qui n'était pas très clair. À son grand regret, il n'eut bien entendu pas la réponse à sa question muette, jusqu'à ce qu'il finisse un peu plus tard par tomber sur la directrice. Cette dernière s'apprêtait à entrer dans son antre bureaucratique d'un pas décidé et ne l'avait pas remarqué lui faire signe. La suivant, il entra lui aussi et elle se retourna pour lui faire face.
Je peux faire quelque chose pour vous ? Demanda-t-elle en déposant un document à côté de son ordinateur.
Oui, il me faudrait votre accord pour un examen.
Il lui tendit le dossier du patient et elle le parcourut des yeux avant d'apposer sa signature sur la fiche d'autorisation médicale qui y était jointe. Après l'avoir remercié, il fit quelques pas en direction de la porte avant de s'arrêter et de porter une nouvelle fois son attention sur elle, sans rien dire.
Vous vouliez autre chose ?
Eh bien, … Je me demandais simplement si vous alliez bien.
Bien sûr, pourquoi ? Quelque chose vous laisse penser le contraire ? Se soucia-t-elle sans ambages.
Non, non, c'est juste qu'après l'incident qui s'est passé, je voulais m'assurer que vous étiez remise.
Ça va bientôt faire deux mois, ne vous inquiétez pas. Le rassura-t-elle en soutenant son regard. C'est du passé, je vais bien. Se sentit-elle obligée de rajouter sous l'insistance de son expression soucieuse.
Il acquiesça et repartit dans sa précédente action sans que la jeune femme ne sût vraiment quelles étaient les motivations de ses intentions. S'asseyant derrière son bureau, elle se saisit du rapport qu'elle avait un peu plus tôt posé et se plongea dans son analyse.
Deux bonnes heures plus tard, elle croisa House devant le bureau des infirmières. En remarquant sa présence, il prit soin de fuir son regard et se dirigea promptement vers les ascenseurs se trouvant un peu plus loin sur sa droite. Intrigué par ce comportement, la Doyenne ne lui en tint pas rigueur mais ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle y était pour beaucoup...
Immobile dans son salon, elle resta figée un instant devant ce cadre qui trônait sur une étagère de sa bibliothèque. C'était une photo de ses parents, prise il y avait maintenant quelques années. En la regardant, elle ressentit une forte nostalgie, probablement amplifiée par le fait qu'elle se sentait bien différente de la femme qui était aux côtés de cet homme depuis près de quarante cinq ans. Par bien des aspects, elle aurait aimé lui ressembler sous plusieurs angles. Mais à quarante deux ans, elle n'avait rien de cette femme qu'était sa mère. Elle n'arrivait même pas à retenir la seule personne pour laquelle elle savait n'avoir jamais éprouvé un tel sentiment.
Le bruit d'un poing cognant contre le bois la sortit brusquement de ses pensées et elle eut du mal à accepter que quelqu'un puisse venir la déranger à une heure pareille, même s'il n'était pas encore tout à fait neuf heures. Sous le regard inquisiteur de l'oncologue, elle se dit qu'il était là pour parler de ce qu'elle lui cachait. Le fait de passer chez la jeune femme à l'improviste lui permettrait peut-être de se faire une idée plus concrète sur son véritable état. La discussion se porta rapidement sur le sujet et elle sut qu'elle ne s'en sortirait pas si elle ne lui disait pas ce qu'il en était.
Que s'est-il passé entre vous et House ? Voulut-il savoir après qu'elle l'eût invité à s'asseoir.
Quoi, comment ça ?
Je sais qu'il est venu vous voir hier soir. Il a été bizarre toute la journée, donc logiquement j'en déduis que vous…
Que quoi ? Que j'en suis la cause ? Questionna-t-elle, pas très fière par la suite de l'intonation de son élocution.
Je n'ai pas voulu dire ça. Mais il est clair que vous n'êtes pas étrangère à sa manière de se comporter.
Il n'a pas à s'en vouloir…
S'en vouloir de quoi ? Lui demanda-t-il après quelques secondes plongées dans un silence de suspicion.
Elle passa une main dans ses cheveux bouclés et évita de croiser son regard. La tête légèrement baissée, il la vit toutefois se mâchonner la lèvre inférieure à plusieurs reprises sans trop savoir si c'était parce qu'elle avait quelque chose à se reprocher ou bien parce qu'elle se sentait mal à l'aise à cause de lui donner les vraies raisons qui poussaient le diagnosticien à adopter un tel comportement.
C'est ma faute… Je croyais que lui et moi… Il y a eu un tel rapprochement entre nous que je me suis dit que peut-être il pourrait il y avoir plus. Confia-t-elle difficilement en s'obstinant à ne pas le regarder.
Hum, je vois. Mais vous n'avez pas à culpabiliser pour ça.
Je l'ai embrassé. Avoua-t-elle en plongeant soudainement ses yeux dans les siens. Non mais quelle idiote je suis, franchement !
Je ne crois pas, non. Vous savez, même s'il y a encore des choses dont vous ne vous souvenez pas, je dois vous prévenir qu'il y a toujours eu entre vous une certaine ambiguïté. Alors si vous pensez qu'il va vous le reprocher ou chercher à vous éviter, rassurez-vous parce que ce n'est pas vous qu'il cherche à fuir. Expliqua-t-il à la jeune femme dont-il avait capté toute l'attention.
Qu'est-ce que vous essayez de me dire ?
Rien du tout. S'il a quelque chose à vous dire, il devra vous le dire lui-même.
Elle resta statique, les yeux revenus sur le sol qu'elle contempla sans fin. Considérant qu'il avait fait ce qu'il jugeait bon d'être fait, il se leva et elle le raccompagna jusqu'à la porte. Dans le hall, il se retourna vers elle et lui adressa les derniers mots de la soirée.
En tant qu'ami, je vous conseil de ne pas vous faire de faux espoirs. N'attendez rien de lui, Lisa. Recommanda l'homme en posant une main sur son épaule.
Plus d'une heure après son départ, elle ne parvenait toujours pas à se défaire de toutes les idées folles qui pouvaient lui passer par la tête. Ce qu'il lui avait dit la hantait et lui faisait se poser encore plus de questions. Quelque chose au fond d'elle lui disait, lui criait qu'en dépit de sa volonté de savoir, elle ne serait pas prête d'avoir les réponses adéquates qu'elle attend de l'homme pour lequel elle avait à la fois de moins en moins d'incertitudes concernant les sentiments qu'elle lui vouait et de plus en plus de soupçons sur le tempérament de cet individu.
La matinée pluvieuse de ce jour de Novembre laissait présager une journée sans grandes réjouissances. Pourtant, bien que les apparences soient trompeuses, elle ne commença pas si mal que ça pour le diagnosticien. Arrivant en retard comme à son habitude, il avait ensuite nargué l'infirmière en chef avant de gentiment se moquer de ses employés. Il était à présent tranquillement installé dans une salle de consultes en train de se divertir avec sa console lorsque Wilson le trouva enfin.
Bon sang, je t'ai cherché partout !
Je ne vais pas m'enfuir, pas de quoi s'affoler. Répliqua-t-il avec un sourire narquois peint sur le visage.
Exaspéré, il soupira et ferma la porte derrière lui avant de se placer devant lui et de donner le ton en disant ce qu'il avait à dire à l'homme qui ne daignait pas lui accorder plus d'attention que ça.
Je sais ce qui s'est passé entre vous avec ce fameux baiser, et je sais aussi que tu vas la faire souffrir en continuant tes conneries.
Quoi, quelles conneries ? Feinta-t-il en prenant une expression contrariée.
Rhô je t'en prie, tu sais de quoi je parle ! Si elle en est venue à faire ce qu'elle a fait, c'est parce qu'il y a une raison.
Une mauvaise raison.
Arrête un peu, je sais très bien que tu en as tout aussi envie qu'elle sauf que tu ne prends pas le risque d'essayer parce que tu as la trouille !
Eh bah, c'est l'expérience qui parle… Monsieur aux multiples mariages ratés ! Se moqua-t-il ouvertement.
Ça suffit ! Quand est-ce que tu vas surmonter ça et te lancer ? Ça fait des années que tu n'es pas foutu d'avoir une relation sérieuse avec quelqu'un ! Accusa-t-il en haussant un peu le ton.
Je n'ai aucune envie de sortir avec elle, ni quoi que ce soit d'autre.
Et voilà, encore des excuses ! Lança l'oncologue en levant les mains d'un air dépité. Tu dis ça uniquement parce que tu sais que j'ai raison et que c'est bien ça qui t'agace.
N'en pouvant plus de son discours moralisateur, House se leva et s'empressa de sortir de la pièce en ayant bien entendu le droit à une dernière réplique de la part de son ami.
Tu peux faire la sourde oreille, mais tu ne pourras pas fuir éternellement.
Continuant sur sa lancée en ignorant ses dires, il dut malgré lui admettre qu'il disait vrai et cette constatation fit naître en lui une forme d'amertume incontrôlable. Ce n'était pas pour autant qu'il allait lui faire le plaisir de le lui dire, bien décidé à camper sur ses positions même en sachant que cela n'aurait au bout du compte pas la moindre utilité.
Le reste de la journée se passa calmement, tout comme les jours suivants qui avaient toujours le même refrain. Rien de très productif pouvant faire avancer la situation n'arriva. La Doyenne n'osait pas aborder le sujet qui la démangeait depuis une dizaine de jours et il ne voulait pas lui en parler en craignant de passer pour un idiot. C'était bien là les seuls instants dans sa vie où il ne prenait pas de risques et rien que le fait de devoir le reconnaître lui inspirait un sentiment d'abomination.
Cela faisait bien deux heures maintenant qu'elle était rentrée de son travail et elle n'avait eu alors qu'une seule idée en tête. Immergé dans son bain, elle ne voulait plus penser à rien, seulement faire le vide dans son esprit et se détendre. Rien d'autre, rien de plus. Mais si seulement… Wilson avait raison en fin de compte. Cette prise de conscience lui fit mal, mais peut-être était-ce le prix à payer pour se préserver de ce qui pourrait faire bien plus souffrir. Elle avait retrouvé une certaine assurance dans son rôle professionnel, se montrant à la fois juste et ferme et ne manquant pas de rester stoïque en toutes circonstances. Elle ne savait pas vraiment si c'était là la meilleure des solutions à adopter mais elle s'efforçait de garder le contrôle de ses émotions, bien que cela ne soit pas toujours évident lorsqu'elle se trouvait devant un House qui avait décidé de la rendre folle. Elle avait suffisamment de souvenirs pour savoir qu'il était tout à fait le genre à profiter dans une certaine mesure des faiblesses des autres. C'est donc pour cette raison qu'elle se devait de paraître impassible à ses yeux. Le temps que ses pensées tournent en se répétant sans répit, elle paraissait désormais hypnotisée par les flammes qui s'entrelaçaient entre elles. N'ayant pas eu un effet mirobolant sur sa psyché, la thérapie de la détente aquatique avait vite était remplacée mais il semblait que ce soir elle n'était pas capable de surmonter son abattement. Les yeux rougis, ce n'était pas la première fois qu'elle craquait une fois en dehors des murs de son hôpital.
TBC
