Deux volées d'escaliers plus haut, dans le dortoir garçon des élèves de troisième année, un tout autre débat était en cours. James Potter, assis sur son lit, la carte du maraudeur ouverte sur ses genoux, écoutait distraitement la dispute entre Fred Weasley et Henri Scott. En cause, une chaussette sale abandonnée sur le lit de ce dernier et dont le possesseur était encore inconnu bien que de sérieux soupçons soient portés sur Fred qui se défendait tant bien que mal, à coup de mauvaise foi.
- Comment tu fais pour envoyer tes chaussettes sur mon lit alors que le tiens est à l'autre bout du dortoir ! Tu le fais exprès !
- Mais arrêtes de me souler, tu l'as souligné toi-même, je suis à l'autre bout du dortoir ! C'est devant le nez de Will que tu devrais secouer cette chaussette !
- Laissez-moi en dehors de ça les gars… Répondit Will en attrapant avec la bouche une dragée surprise qu'il venait d'envoyer en l'air.
James sourit en voyant que son frère était enfin rentré dans son propre dortoir. Ils n'avaient pas dépassé le troisième étage, pour une première sortie nocturne ils n'avaient pas fait des étincelles. Il se demandait néanmoins ce qu'ils avaient fait cachés dans le passage secret de Gwena Hog pendant cinq minutes. Peut être qu'Albus voulait faire le fier devant les autres mais qu'ils n'avaient pas osé parcourir tout le passage et étaient finalement revenus sur leurs pas. Mais ce n'était pas le genre d'Albus, bien que ces derniers temps il ne devait pas se baser sur ce qu'il croyait ou non son frère capable de faire. Après tout, il avait entreprit cette escapade avec personne d'autre qu'un Malfoy !
Il fut interrompu dans ses pensées par ce qu'il supposa être une chaussette sale qui lui arriva en plein visage. Un silence de mort s'abattit sur le dortoir puis Will éclata de rire, suivit de près par Fred et Henri. James jeta la chaussette loin de lui et marmonna qu'il était fatigué en tirant les rideaux de son lit à baldaquin. Les rires ne cessèrent que plusieurs minutes plus tard, quand un préfet loin d'être ravi de s'être fait tiré de ses draps par les insupportables troisième année, vint leur signifier qu'ils avaient intérêt à la mettre en sourdine.
- Argh ! James ! Tu l'as envoyée dans mon lit ! S'exclama Fred avec dégout.
- Bien fait pour toi. Répondit James.
- Si ça se trouve elle est à personne. Dit William.
- Une vengeance ? De qui ? Demande Henri soupçonneux.
- Ça prendrait trop de temps de faire une liste…Marmona Fred.
- Sérieux…On s'en fout ! Arrêtez de faire trainer vos affaires sales c'est tout… Trancha James.
- À vos baguettes messieurs, Potter est grincheux ce soir ! Commenta Henri.
- On se demande pourquoi… Ironisa Fred.
- Il a pourtant passé une agréable soirée avec Rusard, vider les fonds de poubelles, qu'y a-t-il de plus plaisant comme rendez-vous galant ? Ajouta William.
- Ça valait la peine de traiter Smith de sac de bouse… Répondit James.
- Et faire perdre à Gryffondor 10 points… Répondit Fred.
- Et se mettre à dos la moitié des Serpentards. Ajouta William.
- Bref ! Faire une Jameserie… Termina Henri.
- Quelqu'un devait lui dire la vérité. Ce n'était que charité de ma part… Dit James.
- Et dire qu'ils se baladaient en faisant le fier avec ses acolytes sans savoir qu'il était un sac de bouse. Ça me fend le cœur ! Dit Fred en faisant semblant de pleurer.
James ne le voyait pas mais il savait qu'Henri avait levé les yeux au ciel et que William souriait dans son lit. Cette fois c'était lui qui avait mis le feu aux poudres, mais ce n'était que pur hasard s'il avait été le seul à réaliser que Smith venait de lancer un sort de croc-en-jambe à une Gryffondor de première année. Il l'avait bousculé et traité de sac de bouse juste devant la salle de classe du professeur Greenshalk et n'avait pas prit la peine d'ouvrir la bouche pour se justifier, le professeur Greenshalk le détestait et c'était de notoriété publique. Pas la peine de gaspiller sa salive pour lui expliquer l'injustice dont il avait été témoin, cela aurait été comme de crier sous l'eau.
- Quoiqu'il en soit, messieurs, demain est jour de chasse pour les Maraudeurs. Annonça James.
- Smith ? Demanda Henri.
- Qui d'autre ? Répondit Fred incrédule.
- Ce que vous voulez mais ce soir je dors, alors fermez là. Dit William d'un ton menaçant.
Fred protesta quelques instants jusqu'à ce qu'il se lasse de se heurter à un mur de silence. Henri avait déjà retiré ses lunettes, enclenchant le compte à rebours qui le plongerait dans le sommeil dix secondes plus tard, c'était prodigieux ! Quant à James il se tournait et se retournait dans son lit, se demandant s'il aurait à partager la même salle de bain que Malfoy pendant les vacances de Noël. Avec Albus il fallait s'attendre à tout, surtout au pire…
Les cours se suivaient et s'enchainaient sans que rien ne semble rompre la monotonie de la rentrée. Albus, Scorpius et Rose n'avaient plus évoqué l'incident de la statue chasseuse de tête, les devoirs qui leur étaient demandés par leurs différents professeurs leur prenait un temps considérable et ils n'avaient plus eu l'occasion de tenter une sortie nocturne, pour le plus grand plaisir des garçons.
Scorpius avait pris l'habitude de se retrouver dans les même endroits que Rose et Albus, toujours de façon fortuite, ce qui faisait sourire Rose. Albus et Scorpius avaient beau être voisin de lit, ils n'entretenaient qu'une relation de pure politesse, ce qui était déjà un pas en avant depuis le début du trimestre. Ainsi, ils se retrouvaient souvent à la même table dans la salle commune pour rédiger leurs devoirs, ce qui rendait Albus fou car Scorpius écrivait à un rythme effrainé alors qu'il devait écrire ses lettres trois plus grandes qu'elles ne l'étaient normalement pour remplir l'entier du parchemin demandé. Quant à s'inspirer de ce que Scorpius avait écrit, il en était hors de question. Rose s'amusaient de voir les deux garçons se prendre de bec parce qu'Albus avait lu par dessus l'épaule de Scorpius. Elle se demandait comment se passait leur cohabitation et espérait parfois pouvoir faire dortoir commun avec eux, juste pour échapper à son propre dortoir peuplé de jeunes filles bien différentes d'elle.
Ce soir là ils rédigeaient un devoir particulièrement corsé pour leur professeur de Potion. Albus grinçait des dents en tournant frénétiquement les pages de son manuel pour retrouver les ingrédients de base de la potion dont il fallait expliquer les effets secondaires. Scorpius, quant à lui, avait déjà écrit plus d'un demi parchemin supplémentaire. Rose tentait de se concentrer sur sa propre copie, sans préter attention aux exclamations rageuses de son cousin ou à l'encre qui éclaboussait le haut de son propre parchemin, particules projetées par les mouvements secs de Scorpius. Un courant d'air dans sa nuque lui fit relever la tête pour voir entrer dans la salle les Maraudeurs au grand complet, visiblement particulièrement satisfaits. Alors que les trois autres allaient s'affaler dans les fauteuils situés devant la cheminée, chassant ainsi quelques premières années effrayés, James se dirigea vers leurs tables, toutes voiles dehors.
- Qu'est-ce que vous avez encore fait ? Demanda Rose.
- Disons que le couloir qui mène aux cachots ne devrait pas être empreinté sans bottes pour les prochains jours…
- Charmant. Commenta Scorpius.
- Ne t'inquiète pas jeune Malfoy, par un habile jeu du sors tu n'as pas à empreinter ce couloir tous les jours… Peut être que le Choipeau magique l'avait vu venir !
- Je préférerais marcher à pied nu dans ce que tu as étalé aux cachots qu'avoir à partager la même salle commune que toi… Répondit Scorpius d'un ton cassant.
- C'est le genre d'ami dont tu veux t'entourer pour tes sept prochaines années ici ? Demanda James à Albus.
- S'il est capable de te faire fermer ta grande bouche ça me suffit. Répondit Albus sans relever les yeux de son livre de potion.
James referma le livre d'Albus d'un coup sec et le regarda d'un air de défis.
- James ! Putain ! ça fait une heure que je cherche cette potion ! T'es vraiment trop con !
- Tu as essayé de regarder la table des matières ? Suggéra James en s'éloignant.
- Évidemment ! Espèce de crétin ! Répondit Albus en s'empourprant.
Mais Rose savait que c'était un mensonge et qu'Albus se sentait ridicule de se faire remettre en place par son frère, aussi immature qu'il fût. D'autres élèves avaient levé la tête de leurs devoirs pour voir l'altercation entre les deux frères, mais James leur fit de grands signes de mains, comme s'il saluait une foule, tout en se dirigeant vers les autres maraudeurs hillares, et les curieux reprirent leurs occupations.
- Tu n'avais pas regardé la table des matières… Remarqua Scorpius.
- Tu prends son parti ? S'exclama Albus en se tournant vers lui incrédule.
- Plutôt mourir… Ou feuilleter un livre de 300 pages en espérant tomber sur la potion que je cherche sans regarder la table des matières…
- Ho tais-toi !
- Je me demande ce qu'ils ont mis dans ce couloir… Dit Rose.
- Crois-moi, tu ne veux pas voir, ou sentir, ou quoique ce soit, ce qu'ils y ont mis. Ces gars sont complètement fous. Les maraudeurs…Tu parles ! S'exclama Albus.
- Le bon point c'est que la classe de potion risque d'être retardée. Commenta Rose.
- Et professeur Malfoy d'être d'une humeur massacrante… Ajouta Albus sinistre.
- S'il a du dormir avec des effluves de purin, j'en doute pas ! Dit Scorpius.
Mais il avait un petit sourire, comme s'il se réjouissait de voir la tête que ferait son père le lendemain. Est-ce qu'il était fier de faire parti de la maison qui mettait à mal celle de son père ? Comme dans une espèce de révolte ultime contre son père. Après tout, peu importait ce qui avait pu se passer dans le passé et ce qui se passerait dans le futur, Gryffondor et Serpentard s'étaient toujours livré une guerre sans pitié. S'il n'avait pas eu le luxe de choisir son camp, il ne se laisserait pas pour autant faire par les Serpentards. Un mois dans cette maison et il commençait enfin à s'y sentir à peu près à sa place.
Rose posa sa plume et souffla distraitement sur son parchemin pour faire sécher l'encre, tout en réfléchissant aux événements de ce début d'année. Elle avait entendu tellement d'histoires sur Poudlard et jusqu'à maintenant elle n'était pas déçue, mais elle comptait bien aller plus loin et découvrir ce qu'il se cachait derrière ces armures qui attaquaient les gens à la nuit tombée.
- Allez Malfoy ! J'arriverais jamais à la finir pour demain… Prêtes-moi ta copie !
- Non, t'avais qu'à t'y prendre plus tôt ! Dis-lui Rose !
- Hein ?
- Donnes-moi ce que t'as écrit en trop, t'en as pas besoin ! S'exclama Albus en agripant le parchemin de Scorpius.
- Mais lâche ça espèce de crétin !
- Toi d'abord !
Sans prêter attention à la dispute des deux garçons, Rose cessa de ranger ses affaires car elle venait d'avoir une idée brillante.
- Albus, est-ce que ton père t'a prêté sa cape ?
- Tu vois elle est d'accord ! Laisses-moi lire juste…Hein ? Quoi ? Sa cape ?
- Ce serait pratique pour aller voir ce qui se trouve dans les cachots sans risquer de se faire attraper.
- Rends-moi ça ! Pourquoi une cape ?
- Non je ne l'ai pas. Peut être que James l'a empruntée…
- Et je suppose que tu ne tiens pas spécialement à aller la lui demander ?
- Tu supposes bien.
- De quoi vous parlez ? Demanda Scorpius méfiant.
- Bon, j'aurais qu'à utiliser un de mes joker.
- Un de tes quoi ? Demanda Albus en profitant d'un instant d'inattention de Scorpius pour fermer son livre sur le devoir de celui-ci.
- Un joker, un secret qui se monaie. Répondit-elle en ramassant ses affaires.
- Tu as ce genre de choses sur James ? Demanda-t-il incrédule.
- J'ai ce genre de choses sur tout le monde Albus. Et rends son devoir à Scorpius.
Elle ne se retourna pas pour voir la dispute qui reprenait de plus belle entre les deux garçon et se dirigea directement vers les maraudeurs. Henri, celui qui lui semblait être le plus correcte des quatre, était assis sur le tapis, le dos appuyé contre la cheminée, et lisait un texte allambiqué qui le faisait visiblement beaucoup rire. James jouait avec une petite balle qu'il lançait en l'air, William Shakelbott, le fils du ministre de la magie, dessinait sur un des accoudoirs de son fauteuil et Fred fabriquait ce qui lui sembla être un collier de pétards. Elle plaignait déjà la pauvre infortunée à qui il offrirait cette parure explosive. Elle se planta devant James et attrapa sa balle au vol.
- Hé !
- J'ai besoin d'un service James.
- Rends-moi d'abord ma balle. Répondit-il en se redressant dans son fauteuil.
- D'abord mon service, ensuite ta balle. Dit-elle en la rangeant dans sa poche.
- Tu es pire que Lily parfois. Marmonna-t-il.
- Dans une famille Weasley, les filles doivent savoir se faire respecter ! Dit-elle avec un sourire.
- Tu parles ! S'exclama Fred sans cesser de tresser son affreux collier.
- Un service tu disais ? Demanda James en croisant les bras, un sourire jouait aux coins de ses lèvres.
- Exactement. J'ai besoin de la cape d'oncle Harry.
- On en a tous besoin. Répondit-il après un moment de surprise.
- Oui mais je te la demande gentiment. Dit-elle avec un sourire.
- Gentiment, tu me voles ma balle, ce n'est pas gentiment c'est du chantage.
- Bref ! Tu me la prêtes ou pas ?
- Tu sais…C'est un précieux objet, une relique de la famille Potter…
- Ton frère n'avait pas assez de cran pour venir te la demander. Le coupa-t-elle.
- Ça ne m'étonne pas de lui ! Regarde-le, en train de suplier un Malfoy de le laisser copier ses devoirs ! Pathétique…
- Il n'a pas ton intelligence légendaire. Répondit-elle avec ironie.
- Tu me blesses chère cousine…
- Ce n'est pas une manière de traiter quelqu'un dont on veut quelque chose tu sais. Intervint William.
- Je me passe de tes leçons de manipulation Will. Tu me la prêtes oui ou non ?
- Pour te la prêter il me faudrait l'avoir…
- Tu vas me faire croire que tu n'as pas cette cape ? Alors qu'elle pourrait être l'allié fidèle de vos sorties nocturnes ! S'exclama Rose.
- Aussi étrange que ça puisse te paraître, je n'ai pas réussi à venir à bout des protections que mon père a placé autour de cette maudite cape !
- Peut être qu'il la garde pour quelqu'un qui en a vraiment besoin… Dit-elle en se retournant vers Albus.
- Si ça pouvait le soustraire à ma vue alors qu'il se ridiculise, je serais d'accord avec ce point de vue. Répondit James en soupirant.
- Tu ne me ments pas ? Demanda-t-elle soupçoneuse.
- Enfin ! Je n'oserais pas ! S'exclama-t-il.
- Tu sais que j'ai un joker sur toi James… Je suis sûre que tu ne voudrais pas que je le partage avec le reste de ta petite bande de sociopathes. Dit-elle en le fixant.
- Sociopathes ? Voilà qui est charmant ! S'énerva William.
- Même si l'évocation d'un secret que tu détiendrais sur moi me fais froid dans le dos, si, si, je réitère ce que je t'ai déjà dis, je ne possède pas cette cape.
- Bon, merci quand même.
Et elle rejoignit sa table, puis, se rappelant qu'elle avait encore la balle dans sa poche, elle se tourna vers James et la lui envoya. Il la rattrapa et fusilla sa cousine du regard, cette fille était dangereuse pour ses petites affaires. Il avait meilleur temps de vite se forger un joker sur elle s'il voulait pouvoir avoir de quoi contrecarrer le sien. Il fallait toujours prendre au sérieux une Weasley…
