Coucou comme promis, voici le second chapitre de cette fic. Place à la lecture.


Chapitre 2

Kaltouk était encore dans la cellule avec le tireur. Il contemplait le corps de la jeune femme. Sa fille hurlait dans le couloir, ajoutant de la tension à l'ambiance générale déjà lourde. Le roi des Blackos savourait cet instant. Il avait fait ôter la vie de Rose de sang-froid. Il avait détruit le Docteur et gagné la guerre qu'il menait contre ce dernier. Kaltouk contemplait le corps sans vie de Rose. Le Seigneur du Temps n'avait pas trop mauvais goût. Elle était plutôt jolie. Mais les Humains pourrissent tellement vite !

- Débarrassez-vous du corps ! Je déciderais prochainement du sort de l'enfant.

Il allait sortir quand le tireur l'arrêta.

- Pardonnez-moi Altesse, mais... Pourrais-je disposer du corps ? Ainsi que de l'enfant ?

- Pourquoi ?

- En tant que chef scientifique de cette expédition, je souhaiterais pouvoir l'étudier. Votre Altesse, je ne peux que vous encourager à me laisser faire. Je pourrais découvrir d'autres faiblesses de cette race, faiblesses qui pourrait nous être très utile pour conquérir la Terre. Et je voudrais aussi étudier les réactions de l'enfant. Souvenez-vous de ce que sa mère a fait promettre au Docteur ! Cette enfant est très probablement celle du Maitre du Temps. Mi-humaine, mi-Seigneur du Temps ! Imaginez tout ce qu'elle pourrait nous apprendre sur les deux races ! Et quel moyen de pression sur le Docteur !

Le chef des Blackos resta silencieux quelques secondes, le temps pour lui d'analyser ce que venait de lui dire son responsable scientifique. Puis, il partit d'un grand éclat de rire.

- Ha ha ha ! Je ne me suis pas trompé en vous nommant à ce poste. Vous avez raison sur toute la ligne, soldat ! Bien joué mon petit. Vous pouvez disposer d'elles comme bon vous semble.

Et il sortit. Le scientifique attendit quelques instants et ne voyant pas le roi revenir, lâcha un soupir de soulagement. Alors il s'avança vers Rose.

- Pardon. Mais c'était pour ton bien.

Il la prit doucement dans ses bras et sortit. Dans le couloir, il trouva celui qui s'occupait de la fille du Docteur - ou plutôt qui tentait de se tenir aussi loin que possible de ses pleurs - et lui fit signe de le suivre vers les hangars.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Il s'était laissé glisser le long d'un mur et il restait là, assis par terre, à regarder ses chaussures d'un air hagard. Ça ne pouvait pas être vrai. Il ne pouvait pas avoir vu Rose mourir. Il devait rêver ! Ce devait être ça ! Ce devait être un horrible cauchemar. Dans quelques secondes, il se réveillerait et trouverait sa chère Rose paisiblement endormie à côté de lui. Tout cela ne pouvait être qu'un cauchemar. Il FALLAIT que ce soit un cauchemar. Il ferma les yeux et se passa les mains sur le visage, priant de tous ses cœurs pour qu'il se réveille près de la femme qu'il aimait. Mais lorsqu'il rouvrit les yeux, il se retrouva face à la même régie détruite, les écrans éteints, les cœurs en miettes.

Enragé, il se leva et dans un geste désespéré, il brisa le peu d'objets qui étaient encore debout.

- Qu'est-ce que je vous ai fait pour mériter ça ?

Pourquoi lui enlevait-on toujours celle qu'il aimait ? D'abord Rose Tyler et maintenant Rose Noble ! Pourquoi la lui enlevait-on maintenant ? Maintenant qu'elle était devenue son égale ? Toutes les lignes du temps avaient convergé vers elle. La convergence vers Donna n'avait été que l'introduction à leur histoire. Pourquoi ? Pour mieux le faire souffrir, lui ? Il avait déjà tout donné à cet Univers, TOUT ! Et l'Univers continuait cependant à reprendre. N'avait-il pas le droit d'être heureux ? N'était-il donc qu'un jouet qu'une puissance supérieure manipulait à sa guise ? N'était-il destiné qu'à la souffrance et à la solitude ?

Exténué, brisé, le Docteur s'arrêta pour reprendre son souffle. Il venait de prendre une décision. Une décision que, quelques années plus tôt, il aurait qualifiée de folle, mais il était épuisé. Il n'interviendrait plus. Oh il continuerait à voyager, il était incapable de rester en place, mais plus jamais il ne viendrait en aide aux autres. Ce combat contre les Blackos serait son dernier. Il avait fait une promesse à Rose et il donnerait jusqu'à son dernier souffle pour la tenir. Il devait retrouver Sarah-Jane. Désormais, la seule chose qui comptait pour lui, c'était sa fille.

Fort de cette résolution, il retourna au TARDIS.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Elle avait mal. Chaque respiration la faisait souffrir. Alors c'était ainsi la mort ? Le noir et la souffrance ? Elle se morigéna. Si son sacrifice avait sauvé Sarah-Jane, alors elle accepterait tout sans hésitation.

«Oooouuuuuiiiiiiinnnnn !»

Le cri lui parvenait comme au travers d'un nuage. Ce cri lui semblait familier, mais c'était comme si elle avait tout oublié en dehors de la souffrance. Alors elle n'y prêta pas plus attention que ça. Elle se dit juste qu'elle ne devait pas être seule.

«Ouin !»

La douleur commençait à diminuer et elle entendait plus distinctement. Et ce qu'elle avait entendu la fit frissonner. Le cri, elle l'avait enfin reconnu. C'était un pleur. Un pleur de sa fille ! L'avaient-ils sacrifiée elle aussi pour s'assurer de la réussite de leur plan ? Les pleurs continuaient, incessants, désespérés. Alors Rose se mit à se débattre. Elle luttait dans le noir pour retrouver Sarah-Jane. Elle devait retrouver sa fille. Petit à petit, les sensations revenaient : d'abord ses pieds et ses doigts, puis ses bras, ses jambes, son dos et enfin, sa tête. Elle avait les yeux fermés. Ses paupières étaient encore lourdes, mais elle se fit violence. Millimètre par millimètre, ses paupières se soulevaient. La lumière lui faisait mal, mais elle s'en fichait. Rose luttait et criait le nom de sa fille. Malheureusement, seul un faible murmure passait la barrière de ses lèvres. Avide de retrouver son enfant, Rose lutta plus fort et elle finit par émerger du nuage de l'inconscience. Sa vue s'adapta et elle put rapidement discerner ce qui l'entourait.

Elle se trouvait dans un vaisseau sombre, péniblement éclairé par les quelques plafonniers qui se trouvait au-dessus des couchettes. Les quelques instruments de soin, proches des sources lumineuses, ne laissaient aucun doute quant à la fonction dudit vaisseau. La jeune femme constata qu'on l'avait confortablement installée. Deux matelas lui assurait un confort de couchage et de nombreux oreillers maintenaient sa tête et l'isolait du froid environnant.

Mais ce qui attira rapidement l'attention de la compagne du Docteur fut la présence d'un berceau plus loin sur sa droite. Les pleurs de Sarah-Jane semblaient provenir de cette direction. Souffrant encore, la jeune femme se tourna lentement. Et ce qu'elle vit lui coupa le souffle. Un Blacko tenait sa fille. Rassemblant le peu de force qu'elle avait recouvré, Rose s'assit et hurla.

- Rendez-la moi !

L'inconnu se retourna, et ce n'est qu'à ce moment que la jeune femme se rendit compte qu'il ne portait pas de casque.

- Ravi de te revoir !

- Jack ?

Éberluée, et un peu rassurée, Rose se laissa aller contre les oreillers. Mais elle se reprit bien vite, Sarah-Jane tendant les bras vers elle en pleurant. Jack vint s'asseoir près de Rose et lui tendit sa fille.

- Rien de ce que j'ai fais n'a pu la calmer.

Rose ne répondit rien et se mit à bercer Sarah. La petite, sentant sa mère en confiance, s'endormit doucement, rassurée par les caresses de la jeune femme.

- Torchwood est sur cette affaire ?

Les yeux de Jack Harkness s'assombrirent. Cependant, il répondit avec le même sourire charmeur et enjoué que quelques instants plus tôt.

- Torchwood n'existe plus depuis cet été de 2009. J'opère seul.

Rose ne fut pas dupe. Derrière cette façade se cachait un homme qui avait trop souffert. Elle connaissait cette expression pour l'avoir déjà vu sur le visage du Docteur. Avant son évolution et la naissance de leur fille. Parfois, quand il regardait intensément Sarah-Jane, cette grande tristesse resurgissait dans ses yeux. Mais elle disparaissait presque aussi vite qu'elle était apparue.

Alors, elle serra la main de Jack en signe de soutien. Rapidement, le Capitaine passa à autre chose.

- Ce vaisseau est venu en reconnaissance, il y a quelques jours. Son pilote a commis deux ou trois meurtres avant que je l'arrête. J'ai pris sa place pour éviter la destruction de la Terre. Au fait, désolé de t'avoir tiré dessus. Il fallait que je donne le change.

- C'était toi derrière ce casque ?

- À ma décharge, j'avais passé l'arme en mode paralysant !

Et Jack partit d'un franc éclat de rire. Gagnée par sa bonne humeur, la jeune femme l'imita. Ce n'est que plusieurs minutes plus tard qu'ils se calmèrent.

- Alors tu as une fille ? Elle est ...

- Oui. Sarah-Jane est la fille du Docteur.

- Je peux... ?

- Bien sûr.

Et Rose lui passa la petite. Celle-ci se réveilla et découvrant le visage du Capitaine au-dessus d'elle, lui adressa un très beau sourire.

- Et tu es revenue depuis longtemps ?

Ne comprenant pas sa question, Rose dévisagea Jack

- Je te demande ça parce que tu es toujours la même qu'il y a vingt ans. Et comme le Docteur n'est sûrement pas resté à l'époque de ton retour...

La jeune femme comprit tout de suite où il voulait en venir. Elle ressemblait tellement à Rose Tyler, dès leur première rencontre le Docteur le lui avait dit. Et elle avait pu le constater elle-même lorsque la Mémoire des Seigneurs du Temps s'était éveillée en elle. Techniquement, Rose Noble n'avait jamais rencontré Jack Harkness. Il n'existait que dans la mémoire que Donna avait léguée à sa fille.

- Capitaine, je ne suis pas Rose Tyler.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Le Gallifréen avait rejoint le TARDIS. Malheureusement, il était cloué au sol. La destruction du poste de fabrication du Bêta 42 n'avait permit de récupérer que les systèmes secondaires. Après une rapide vérification au radar, le Seigneur du Temps découvrit qu'un deuxième émetteur se trouvait en orbite. Et c'était ce deuxième poste qui paralysait les moteurs du TARDIS. Le Docteur enclencha une purge des systèmes, mais celle-ci très longue, impliquait l'ouverture complète du système de ventilation, permettant au gaz de continuer à s'infiltrer. Bien qu'en quantité moindre, le gaz empêcherait le vaisseau de décoller tant que les Blackos en maintiendrait la production. Désespéré de ne pouvoir tenir sa promesse, le Gallifréen éteignit les différents écrans de contrôle.

Le visage fermé, il s'engouffra dans le labyrinthe de couloirs.

Il arrivait encore à Rose de se perdre dans ce dédale.

« Tu devrais mettre des panneaux indicateurs ! »

À chaque fois, elle terminait cette phrase en riant.

Ses pas le ramenait toujours vers une porte en particulier. Mais il ne voulait pas la franchir. Pas maintenant. Probablement plus jamais. Une nouvelle porte bientôt scellée, une nouvelle blessure qui ne cicatriserait pas et qui saignerait pour le restant de ses jours. Il s'en éloigna. Il fuyait une porte. Si cette idée n'était pas aussi triste, il en aurait rit.

Il avait la main sur la poignée quand Rose ouvrit la porte. Elle laissa échapper un petit cri de surprise quand elle l'aperçut.

Il était de nouveau devant cette porte. Alors il s'arrêta. Il la regarda, le visage exprimant toute la douleur qu'il ressentait. Il posa sa main sur le bois chaud et baissa la tête.

Des rires s'échappait de la chambre. Il poussa la porte pour découvrir sa compagne essayant d'habiller leur fille pour leur sortie. Mais la petite s'amusait à faire l'exact contraire que ce que sa mère lui demandait. Alors, Rose entra dans le jeu de Sarah-Jane.

Il ne voulait pas franchir cette porte, mais il n'y avait que dans cette pièce qu'il voulait se trouver. Sa main tremblante saisit la poignée et la conscience du TARDIS vint l'envelopper de sa douce chaleur. Elle ne voulait pas être laissée de côté comme après la disparition de Rose Tyler. Elle aussi avait souffert, et elle souffrait encore.

« - Docteur, j'ai une drôle de sensation. J'ai subitement l'envie d'aller dans la cuisine. Pourtant je n'ai pas faim.

- Ah ? Je crois qu'on est bon pour un voyage à Cardiff !

- Quel rapport avec mon envie d'aller dans la cuisine ?

- Le TARDIS a besoin de faire le plein.

- Tu ressent la même chose ?

- Plus ou moins.

- Et on peut l'ignorer ?

- Yep. Mieux vaut éviter mais oui. Tu verras, tu t'y fera vite. »

Il avait terminé sa phrase avec son grand sourire ravi. Ce qui avait aussitôt fait naitre un magnifique sourire sur le visage de la jeune femme.

Il accepta, sentant au fond de lui-même qu'il deviendrait fou s'il restait seul. Ensemble, ils tournèrent la poignée. Le Docteur se retrouva face au lit qu'il partageait avec Rose.

Le velours de sa peau.

Il s'approcha de ce lit où ils avaient tant partagé.

Ils étaient assis tous les deux sur le lit, se faisant face, Sarah-Jane entre eux. Il occupait leur fille pendant que Rose la changeait.

« - Doucement, elle bouge trop ! Je n'arrive pas à la changer.

- Elle tient de son père ! »

Il était très fier de sa réponse et il continua son jeu.

« - Un peu trop parfois ! »

Surpris, il avait levé la tête. Elle ne lui avait jamais reproché sa bougeotte avant. Et, bien que le bien-être de Sarah-Jane passe avant tout, Rose aussi supportait assez mal l'inactivité qui régissait dorénavant leur vie. Il avait croisé le regard espiègle de sa compagne et ils avaient éclaté de rire en même temps. Ils furent rapidement rejoint par Sarah-Jane.

Il laissa sa main glisser sur les couvertures à la place qu'occupait la jeune femme.

La douceur de ses étreintes. La chaleur de son corps quand il l'enlaçait.

Il leva la tête et son regard tomba sur le berceau de Sarah-Jane.

La douce chaleur qui s'était emparée de lui quand il l'avait vu pour la première fois. Quand Novice Hame la lui avait tendu.

« C'est une magnifique petite fille. Félicitations Docteur. »

Le Fluffy s'y trouvait. Il avait rapidement adopté le nom que sa fille avait donné à la peluche.

Sa petite voix. Sa manière de se blottir dans ses bras quand elle s'endormait.

Il se revit ramener le Fluffy en courant quelques heures plus tôt. Il prit la peluche en souriant faiblement et s'assit sur leur lit.

Le visage ravi de Rose quand elle avait découvert qu'il avait voulu leur apporter le Noël dont la jeune femme avait toujours rêvé. Le visage étincelant de joie de Sarah-Jane quand elle avait découvert sa peluche et ses capacités.

Il caressa la truffe et les oreilles de l'animal. Sa compagne lui reprocherait son choix d'arrêter de se battre. Il le savait. Elle ne voudrait pas le voir baisser les bras de cette manière. Alors il revint sur sa décision. En hommage à Rose et Sarah-Jane, il continuerait comme avant ! Rose et Sarah-Jane.

Rose et Sarah étaient serrées l'une contre l'autre et le regardait en souriant. Ils étaient heureux. Trop heureux ?

Un froid immense s'empara de lui. Une nouvelle fois, on lui avait arraché les deux cœurs. Serrant la peluche de sa fille, il baissa de nouveau la tête et laissa ses pleurs couler. Il n'y avait plus que lui. Lui et le TARDIS. Comme à la fin de la Guerre du Temps. Sauf que cette fois-ci, il n'avait plus nulle part où aller.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Rose déposa Sarah-Jane dans son berceau. La petite semblait fascinée par Jack.

- On dirait que je lui plais !

- Stop ! On ne flirte pas avec ma fille !

- Oh non, elle est bien trop jeune pour moi, ne vous inquiétez pas. Et je préfère me tenir loin de la colère du Docteur !

- Capitaine, on pourrais peut-être se tutoyer. C'est comme si on se connaissait depuis toujours grâce à la mémoire des Seigneurs du Temps.

- Très bien. Mais ne commence pas à agir comme le Docteur ! Il m'arrive de dire juste bonjour.

La jeune femme sourit à son nouvel ami. Le deal était juste. Et il avait assez du Docteur pour le reprendre. Elle reporta son attention sur Sarah-Jane et garda le silence quelques secondes.

- Où est-il, Jack ? Pourquoi n'est-il pas encore là ?

- Ce doit être à cause du Bêta 42.

- Bêta 42 ? Il doit paralyser le TARDIS !

- Comment tu sais ça ? À part manipuler l'extrapolateur, je ne peux rien faire sur le vaisseau !

- Leçons de conduite. Ou plutôt de vol.

- Bref, un des émetteurs se trouvait à Londres. Le Docteur l'a détruit. C'est pour ça qu'ils ont voulu te tuer.

- Seulement un des émetteurs ? Il y en a d'autres ?

- Un seul. Sur le vaisseau, donc...

- La production de gaz continue. Empêchant ainsi le TARDIS de décoller ! Oh Docteur !

Il devait se sentir tellement impuissant, tellement misérable de ne pouvoir tenir sa promesse.

- Tu veux le rassurer ?

Rose acquiesça. Le Capitaine se saisit d'un communicateur, le régla et le lui tendit avant de s'éloigner.

- Docteur ?

- Kkkkrrrrsssshhhhh kkkkrrrssssshhhhh ...

- Docteur ?

- ...

La connexion ne se faisait pas. La jeune femme se tourna vers Jack et lui rendit le communicateur. Puis, elle retourna se pencher au-dessus du berceau de Sarah. Le Capitaine avait eu le temps d'apercevoir des larmes briller dans les yeux de Rose. Ils étaient vraiment attachés l'un à l'autre. Il vint poser sa main sur l'épaule de la jeune femme. Celle-ci pleurait silencieusement sur la souffrance que devait ressentir le Gallifréen. Jack pouvait voir que ces deux êtres seraient complètement perdus l'un sans l'autre. Il en avait été témoin un peu plus tôt. Il savait que le Docteur avait souffert quand il avait perdu Rose Tyler. Mais là, il l'avait vécut en direct. Rose Noble ne l'avait pas entendu crier son désespoir, mais Jack si. C'était le cri d'un homme à qui on arrachait une partie de son âme.

- Il va trouver un moyen. Kaltouk pense que personne ne peut se relever de la blessure qu'il lui a infligé. Mais il ne connait pas le Docteur aussi bien que nous. Il va se battre. Ce sont ses blessures qui le pousse à aller de l'avant. Il va trouver un moyen. Et on va tout faire pour l'aider.

Rose ravala un sanglot et sourit faiblement à son ami. Jack avait raison et elle devait se montrer digne de son compagnon.

- Où est cet émetteur ?

Jack retourna vers l'ordinateur de bord et fit signe à Rose de le rejoindre. Il lui montra le plus court chemin pour se rendre à la salle concernée.

- Ici, près des réacteurs. Le seul problème, c'est que si on s'en approche, ils vont immédiatement le détecter. Et dans ses cas-là, bye bye la couverture.

- On pourrait prétexter un simple problème moteur. Je crois qu'ils utilisent des réacteurs nucléaires. Ou un problème d'émission.

- J'y ai pensé, mais ils ont des moniteurs qui surveillent le fonctionnement des machines. J'ai essayé de les pirater, mais rien n'y a fait.

Rose se plongea dans une intense réflexion. Il devait bien y avoir une solution ! Qu'aurait fait le Docteur ? C'est alors que le Capitaine poussa une exclamation d'impuissance.

- Si seulement j'avais le système informatique de Tosh ! Couplé à celui du TARDIS, on dev...

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Que si j'avais le système informatique de Tosh couplé à celui du TARDIS...

- C'est ça la solution !

- Euh...

Jack regardait Rose sans comprendre.

- Mais oui, c'est très simple ! Qu'est-ce que les Blackos craignent le plus ?

- Le Docteur ?

- Exactement ! C'est pourquoi ils ont été jusqu'à paralyser le TARDIS.

Sans s'en rendre compte, la jeune femme avait adopté la même attitude que son compagnon lorsqu'il réfléchissait à cent à l'heure.

- Jack, les Blackos ont des détecteurs de signes vitaux ?

- Euh, oui.

- Les patrouilles en sont équipées ?

- Euh, non.

- Parfait ! Comment reconnaitraient-ils le Docteur ?

- Deux signes vitaux sur une seule silhouette égal deux cœurs.

- Donc s'il était déguisé, personne dans les couloirs ne pourrait le reconnaitre.

Rose sourit de toutes ses dents.

- Combien de temps mettront-ils pour réagir ?

- Ils vont attendre de voir où il va et ils vont envoyer les patrouilles. Je dirais dix minutes environ. Attends, je vérifie.

L'immortel se concentra sur son écran.

- Toutes les patrouilles sont parquées dans leurs quartiers. Donc, ils mettront bien dix minutes pour traverser le vaisseau. Quel est ton plan ?

La jeune femme ne répondit pas. Elle était trop occupée à réunir quelques outils qui pourraient lui servir. Elle débarrassa ensuite Jack de son manteau et se saisit du casque. Arrivée près de la porte du vaisseau ambulance, elle se tourna vers le Capitaine.

- Veille sur Sarah. Si je ne reviens pas, ramène-la au Docteur. Et, juste dis-lui...

Le regard de la compagne du Gallifréen se voila et elle étouffa un sanglot.

- Dis-lui...

Ses yeux étaient tournés vers Jack, mais elle ne le voyait pas. Elle regardait juste en arrière, vers les magnifiques moments qu'elle et le Docteur avaient partagés.

- Oh, il sait !

Et sur ces mots, elle se coiffa du casque et retira sa bio-bague. Aussitôt, toutes les alarmes se mirent à sonner. Et Rose sorti.

Le Capitaine se rua alors sur les détecteurs pour la guider.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Le Roi des Blackos fit une entrée fracassante dans la salle de commande.

- Que se passe-t-il ? Pourquoi les alarmes se sont-elles déclenchées ? Si vous avez encore fait une fausse manipulation, ...

- Votre ... Votre Maj... Majesté... C'est... C'est... C'est...

- Mais parlez espèce de triple bouses de vers de terre !

- C'est... Le Docteur, Altesse !

- Le Docteur ? Comment cela peut-il être possible ?

Personne ne lui répondit. Personne n'aurait osé interrompre les pensées de Kaltouk.

- On va lui faire une drôle de surprise. Envoyez les patrouilles. Ainsi que l'Équipe de l'Ombre. Je ne veux aucun retour de leur part tant qu'ils n'auront pas capturé le Seigneur du Temps.

- À vos ordres, votre Clarté.

L'ordre fut lancé. Le Roi Kaltouk s'assit sur le fauteuil de commandement, et aussitôt, un écran géant se déploya, montrant les moindres faits et gestes de tous les êtres vivants présents à bord. Parmi toutes les petites silhouettes violacées, on pouvait en distinguer une rouge qui se dirigeait vers la salle des machines.

- Que toutes les patrouilles se dirigent vers la salle des réacteurs !

- Mais votre Altesse, on ne...

- Pas de discussion ou je vous envoie tous croupir dans les mines de sel.

- À vos ordres. À toutes les patrouilles...

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Rose arrivait à la salle. Elle jeta un coup d'œil autour d'elle et entra. Malgré l'abondance de vapeur, la jeune femme trouva rapidement ce qu'elle cherchait : une petite centrale de chauffe alternative, proche des systèmes de refroidissement et d'échappement. La compagne du Docteur bénit la richesse de la Mémoire des Seigneurs du Temps et se mit à étudier le dispositif. Il était étrangement simple. Tant mieux. Plus vite elle aurait terminé, plus vite elle et Sarah-Jane pourraient partir d'ici. À peine allait-elle commencer à travailler que Jack activa le communicateur du casque.

- Mauvaise nouvelle ! Toutes les patrouilles se dirigent vers toi. L'une d'elle n'était répertoriée nulle part. Et elle s'approche.

- Combien de temps ?

- Moins de trois minutes !

- J'ai largement le temps !

Elle avait voulu le rassurer. Elle devait être calme pour faire ce qu'elle avait à faire. Aussi Rose tenta-t-elle de faire taire la sourde angoisse qui commençait à lui nouer les entrailles. Elle devait se mettre au travail.

Deux fils coupés, un tube dérivé et un circuit fermé mis en place plus tard, il ne lui restait plus que quelques soudures à faire pour consolider le tout.

- Une minute, reviens !

- J'ai presque fini. Donne-moi un peu de temps !

- Impossible ! Ils sont quasiment sur toi. Sors de là !

- C'est bon ! J'ai fini.

Elle laissa en plan ses outils et quitta la salle. Rose tomba sur la première patrouille trois pas plus loin. La jeune femme ne pouvait pas faire demi-tour sans griller sa couverture. Son esprit se mit à fonctionner à toute vitesse. Elle se trouvait près d'un placard. Elle devait tenter le tout pour le tout.

- Avez-vous vu le Docteur, soldat ?

- Je vous attendais ! Il est dans ce placard. Permission de parler, monsieur ?

Rose croisait mentalement les doigts pour que cette excuse stupide ne semble pas trop suspecte à leurs yeux.

- Permission accordée !

- Je suggère d'attendre les autres patrouilles pour agir. Il ne doit pas nous échapper !

- Bonne suggestion. Soldats, serrez les rangs !

Rose ne pouvait espérer un meilleur camouflage. Les Blackos l'entourèrent, masquant ainsi sa signature vitale. Les autres patrouilles ne mirent pas longtemps à arriver et se placèrent autour de la première, chaque nouvelle signature masquant un peu plus la jeune femme. Quand toutes les positions furent marquées, Rose remit discrètement sa bio-bague. Elle n'avait plus qu'à attendre les réactions de la salle de commandes. Et le Roi ne mit pas longtemps à se manifester.

- Où est-il passé ? Commandant !

- Il est dans le placard, Votre Clarté. Nous attendons votre ordre !

- Triple andouille ! Il n'y a personne dans ce placard. Trouvez-le moi ! Vous l'avez croisé !

- Votre Maj... Ma... Ma... Majesté, nous n'avons vu personne.

L'atmosphère devenait électrique.

- Je ne vous savais pas aveugle commandant ! Alors débrouillez-vous comme vous voulez, mais trouvez-le moi ! Sinon, je vous arracherais moi-même ces yeux qui ne vous servent à rien !

Les patrouilles se mirent en mouvement. Rose prit bien garde de suivre celle qui se dirigeait vers le hangar. Arrivée à destination, le chef de patrouille ordonna une fouille complète. La jeune femme devait intervenir.

- Monsieur, je vais fouiller l'ambulance.

Il lui fit un signe évasif. Elle se précipita à l'intérieur et adressa un signe à Jack lui signifiant d'attendre. Elle compta mentalement jusqu'à dix et se plaça dans l'embrasure de la porte.

- Monsieur, il n'est pas ici !

- Soldats, passons au garde-manger !

- Monsieur, le chef scientifique aurait besoin de moi pour protéger la fille de la compagne du Docteur. Et s'il vient la chercher, nous pourrons l'arrêter.

- Très bien, permission accordée ! En avant, marche !

Quelques instants plus tard, le vaisseau que Jack avait emprunté au vrai chef scientifique s'éloignait du vaisseau-mère.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

- Commandant ! Au rapport !

- N-n-n-n... Nous ne l'avons pas trouvé Votre Altesse. Il a disparu.

- Votre Majesté, il y a un problème !

- QUOI ?

- Une surchauffe dans le circuit de refroidissement.

- Réparez-moi ça !

- Impossible, nous avons déjà atteint le seuil critique.

- Raaaaa ! DOCTEUR !

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

- Ainsi, tu as deux cœurs ! Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

Rose fut coupée par une violente secousse qui manqua de lui faire perdre l'équilibre.

- Qu'est-ce que c'était ?

Jack activa le radar arrière pendant que Rose s'occupait de Sarah-Jane, effrayée par la secousse. Quand le Capitaine se retourna, la jeune femme compris que quelque chose n'allait pas.

- Jack ?

- Le vaisseau-mère a été réduit en poussière !

- Quoi ? Mais... Comment ?

- Il a explosé de l'intérieur.

Rose resta à regarder Jack, hagarde. Ce n'est qu'au bout de plusieurs secondes que son visage se ferma.

- Rose, ça va ?

- Oui.

- Et Sarah ?

La jeune femme acquiesça et continua à bercer sa fille. Voyant qu'il n'aurait rien de plus que ce simple hochement de tête, l'immortel préféra garder le silence et se reconcentra sur son plan de vol. Quelques minutes plus tard, il se posait à quelques rues du lieu d'atterrissage du TARDIS. Rose déposa Sarah-Jane dans son berceau et Jack vint lui poser une main sur l'épaule. Il voyait bien qu'elle n'allait pas bien, contrairement à ce qu'elle lui avait dit un peu plus tôt.

- Tu es prête ?

- Oui. Mais elle vient de s'endormir. Je préfèrerais ne pas la réveiller. Tu peux la garder le temps...

- Tu veux que j'aille le chercher ?

La jeune femme lui sourit.

- S'il te plaît.

L'immortel l'embrassa sur la joue avant de se diriger vers la porte. Mais avant qu'il ne sorte, la compagne du Docteur le rappela.

- Oui ?

- Merci.

- De rien.

Et il sorti.

Jack parti, Rose se pencha sur le berceau de la petite fille. Celle-ci dormait paisiblement. Elle avait l'air si calme. La journée avait été particulièrement riche en émotions, mais aucun cauchemar ne semblait vouloir venir troubler son sommeil. De nombreuses autres questions se bousculaient dans son esprit, mais elle les tint à l'écart. Il serait grand temps de s'y consacrer quand elles seraient toutes les deux à l'abri. Rose laissa courir son doigt le long de la joue de Sarah-Jane.

- Éloignez-vous de ma fille !

Cette voix familière rassura la jeune femme. Et un tendre sourire étirait ses lèvres quand elle se retourna.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

L'alarme du TARDIS se mit à retentir. Depuis combien de temps était-il là ? Il s'en fichait. Il ne voulait que s'abandonner à cet abîme de douleur. Aussi ne prit-il pas la peine de se lever. Cependant, l'alarme continuait à mugir inlassablement. Irrité, le Docteur quitta leur chambre et se dirigea vers la salle de contrôle. Un écran radar l'attendait. Deux vaisseaux y étaient représentés, l'un d'eux proche de l'explosion. Ce qui se produisit presque immédiatement après que le Docteur ait prit connaissance des informations dont le TARDIS lui faisait part. Mais ce n'est pas l'explosion qui l'intéressa. Le second vaisseau était un vaisseau-ambulance ! L'espoir refleurit dans ses cœurs. Sarah-Jane avait peut-être eu une chance de s'en sortir. Il récupéra les coordonnées d'atterrissage et sorti en trombe du TARDIS, prenant à peine le temps d'attraper son trench-coat au passage.

Suivant les indications de son fidèle sonique, il arriva peu de temps après l'atterrissage. Une haute silhouette familière s'avançait déjà vers lui.

- Docteur ! Comment allez-vous ?

- Où est-elle ?

- Je vais bien. Merci de vous en inquiéter.

- Jack, où est ma fille ? Dites-moi que vous savez ce qu'elle est devenue !

- Elle est dans le vaisseau a...

- Quoi ? Mais vous êtes inconscient ?

Le Gallifréen, furieux de l'inconscience de son ami, se mit à courir vers l'ambulance.

- On ne vous a jamais dit qu'on ne laisse jamais un bébé seul ?

- Je ne vous aie jamais dit qu'elle était seule !

Mais son ami était déjà trop loin pour l'entendre, même avec son ouïe surdéveloppée. Jack le regarda s'éloigner en souriant. Il venait d'avoir la confirmation de ce qu'il avait affirmé à Rose quelques heures avant.

Il courrait à perdre haleine. Il avait besoin de la voir. Il avait besoin de voir sa fille, de s'assurer qu'elle n'avait rien, de la serrer dans ses bras. Il avait fait une promesse à Rose. Il ne lui restait plus que Sarah-Jane. Enfin il posa les pieds sur la passerelle et déboucha dans l'ambulance. À quelques mètres sur sa gauche, se trouvait un berceau. Sa fille était là ! Cependant, une silhouette était penchée au-dessus du petit lit. Une silhouette couverte par un long manteau militaire. Un Blacko ! Comment un Blacko avait-il pu se glisser à bord sans que Jack s'en rende compte ? Le sang du Docteur ne fit qu'un tour. Cette fois, il n'hésiterait pas.

- Éloignez-vous de ma fille !

La forme se releva lentement, laissant petit à petit découvrir une magnifique chevelure dorée. Il n'osait pas y croire. Lorsque l'ombre se retourna, un tendre sourire éclairait son visage. Un visage qu'il connaissait par cœur. Ses cœurs ratèrent un battement. Comment... ? Il l'avait vu... ? Était-il en train de rêver ?

- Rose !

Elle acquiesça légèrement. Il s'avança alors prudemment vers elle. Il ne voulait pas que son magnifique songe s'évanouisse dans les airs. D'abord un pas, puis deux et il accéléra progressivement jusqu'à ce qu'il puisse la serrer dans ses bras.

- Tu es vivante !

Indéniablement, les deux cœurs de Rose faisaient écho aux siens. Il laissa couler ses larmes, mais cette fois, c'étaient des larmes de joie. Il sentait ses larmes à elle dans son cou. Alors, il la serra plus fort. Il n'arrivait pas à croire à son bonheur. Il la serrait contre lui autant qu'il pouvait. Il avait besoin de la sentir contre lui. Au comble du bonheur, il la fit tournoyer.

- Tu es vivante ! Tu es vivante ! Tu es vivante !

Il avait cru la perdre. Mais elle était là ! Elle était bien là, les bras passés autour de son cou, se lovant contre lui.

- On est là, Docteur. Avec toi.

Le Gallifréen mit fin à leur étreinte. Mais il ne lâcha pas la femme qu'il aimait pour autant. Il ne voulait plus la lâcher de peur qu'elle disparaisse. Doucement, il repoussa une mèche qui barrait ce visage aimé, et il laissa sa main s'attarder dans ses cheveux blonds. Quelque chose avait changé dans le regard de Rose.

- Vous allez bien ?

- Sarah n'a rien.

- Et toi ?

La jeune femme cala sa tête dans le creux du cou de son compagnon.

- Ramène-nous à la maison.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Rose regardait son compagnon dormir.

Il avait bien vu qu'elle avait besoin de temps. En rentrant, il l'avait presque forcée à aller se reposer.

« - Je dois d'abord prévenir maman et grand-père.

- Je m'en charge. Va te reposer !

- Et Sarah-Ja...

- Je m'en occupe aussi ! »

Elle n'avait pas objecté, lui avait confié leur fille et s'était éloignée vers leur chambre. En sortant, elle l'avait entendu discuter avec Wilf au téléphone.

« Elles vont bien. Rose vous embrasse... Oui, je vous le promets... »

Une fois dans le lit, Rose avait adopté la position fœtale et avait essayé de s'endormir. Sans succès. Ses idées noires étaient revenues la hanter. Ce n'est que beaucoup plus tard que le Docteur l'avait rejointe. Il avait couché Sarah-Jane avant de venir entourer sa compagne de ses bras protecteurs. Elle avait senti qu'il la regardait. Mais elle avait fait semblant de dormir. Quelque chose en elle l'empêchait de croiser le regard du Gallifréen. Elle ne s'était tournée vers lui que quand il s'était endormi, plusieurs heures plus tard.

Et depuis, elle le regardais dormir. Pour une fois, les rôles étaient inversés. Comme il dormait très peu, c'était toujours lui qui veillait sur son sommeil. Son compagnon la serrait contre lui. Pour ne pas la perdre une nouvelle fois.

La jeune femme passa sa main sur la joue rugueuse de l'homme qu'elle aimait. Des perles salées avaient cascadé le long de cette joue. Certains des sillons qu'elles y avaient laissé étaient encore visibles. D'un geste tendre, la jeune femme les effaça. Elle avait toujours besoin de le sentir près d'elle, mais là, en ce moment précis, elle sentait qu'elle avait besoin d'être seule. Pour pouvoir faire le point.

Sarah-Jane se mit à pleurer. Rose s'éloigna doucement de son compagnon. Soudain, celui-ci resserra son étreinte autour de sa taille et une douloureuse plainte s'échappa de ses lèvres. La jeune femme l'embrassa sur la tempe, et laissant ses lèvres errer près de son oreille, elle le rassura.

- Je vais juste voir Sarah.

Il soupira doucement, comme s'il s'éveillait d'un cauchemar, et la laissa partir. La petite regardait sa mère en pleurant. Mais la voir avait tout de même calmé un peu ses pleurs. Dans ces petits yeux, la fille de Donna put lire que Sarah-Jane avait revécu le moment où leurs geôliers l'avait arrachée des bras de sa mère. Rose la sortie de son lit et la serra contre elle.

- Je suis là, ma puce. C'est fini. On est en sécurité maintenant.

Elle berça Sarah-Jane en lui chantant une chanson de son invention, mélange de comptines terriennes et gallifréennes. Rapidement, sa fille sombra de nouveau dans un sommeil profond. Rose la garda contre elle encore quelques minutes avant de la recoucher. Elle caressa doucement la petite tête et y déposa un doux baiser. À pas feutrés, elle s'éloigna du berceau mais ne rejoignit pas leur lit. Elle s'avança vers la porte et avant de sortir, elle se retourna pour regarder une dernière fois son compagnon dormir.

Elle se dirigea vers la salle de contrôle. Comme le Docteur, Rose laissa sa main glisser sur la Cheminée du Temps. Elle sentait un poids énorme sur ses épaules, elle se sentait oppressée. Elle avait besoin d'air. Sa seule échappatoire lui apparut être les portes du TARDIS. Aussi, la jeune femme s'avança vers elles et le vaisseau les ouvrit. Le TARDIS était en vol stationnaire au-dessus de la galaxie de la pomme. Cette construction d'étoiles et de planètes était magnifique. Une des plus belles de l'Univers.

Rose se sentait toute petite face à ce spectacle. Et il avait habituellement le mérite de la calmer. Sauf aujourd'hui. Elle se sentait toujours aussi mal. Cependant, elle ne voulait pas retourner dans leur chambre. Elle n'était pas encore prête. Aussi se perdit-elle dans la contemplation de cet assemblage aussi complexe qu'harmonieux.

Deux caresses familières sur ses bras la tirèrent de sa torpeur.

- Tu ne dormais plus quand je suis sortie !

- Non. Comment te sens-tu ?

- Sarah-Jane dort ?

- Le TARDIS nous préviendra si elle se réveille. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Tout va bien !

- Tu es sûre ?

- Oui.

- Rose !

Elle ne répondit pas et se mit à pleurer. Le Gallifréen la força gentiment à lui faire face.

- Regarde-moi !

Elle lui fit signe que non, mais il passa sa main sur son visage de manière à ce qu'elle lève les yeux vers lui. Et il y lu une détresse infinie.

- Qu'est-ce que j'ai fait, Docteur ? Quel exemple je donne à Sarah-Jane ? Comment je vais pouvoir vivre avec ça ? Comment ? Pourquoi est-ce que je ne suis pas plus forte ?

- Doucement, calme-toi. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Rose prit une profonde inspiration, saccadée par des sanglots, avant de continuer.

- L'explosion du vaisseau. Je crois que c'est de ma faute. J'avais peu de temps et j'ai dû faire une erreur. J'ai relié le système de régulation de chaleur au circuit de refroidissement du vaisseau. Mais rien n'aurait dû exploser !

- Hey ! Tu n'as rien à te reprocher.

- Rien ? Docteur, mais je les ai tués ! Tous ! Ils sont morts. J'aurais dû faire autrement. TU aurais fait autrement ! Je les ai tués. Et ça me déchire. Une partie de moi se sent coupable et souffre le martyr, et l'autre se sent soulagée de leur disparition. C'est ce ... « soulagement » qui me rend malade. Quelle mère suis-je donc ?

- Une bonne mère !

Cette réflexion interloqua Rose et elle regarda le Gallifréen sans comprendre.

- Ils se sont attaqués à notre famille. C'est ton instinct maternel. Quelle mère serais-tu si tu ne t'inquiétais pas pour Sarah ?

- Alors pourquoi je me sens si mal ?

- Ta part d'humanité.

- Je ne suis plus humaine. Je devrais être comme toi !

- Non, Rose. Tu as gardé une part d'humanité. Et c'est la plus belle part de toi, ta plus grande force. La mort touche les Humains beaucoup plus qu'elle n'atteint les Seigneurs du Temps. Nous passons plus vite à autre chose. Alors, je t'en supplie, ne deviens pas cette personne lâche que je suis devenu au fil des ans.

- Docteur tu n'...

- Tu sais mieux que quiconque que je n'ai cessé de fuir. Et en particulier mes sentiments. Et je n'espère qu'une chose, une seule, c'est que Sarah-Jane ai hérité de ta force.

Le Gallifréen plongea son regard dans celui de sa compagne. Des traces de culpabilité demeuraient dans ses yeux, des traces qui resteraient à jamais ancrées en elle. Mais elle semblait aller mieux.

La jeune femme poussa un profond soupir et vint trouver refuge dans les bras de son compagnon. Ceux-ci vinrent se refermer sur elle et il appuya sa joue sur les cheveux de Rose. Elle pleurait encore doucement, elle savait qu'elle resterait marquée à vie, mais le poids qui l'empêchait de respirer s'était envolé. Elle se sentait en sécurité dans ces bras protecteurs, elle se sentait chez elle, aussi ses larmes se tarirent.

- Merci !

Le Docteur lui déposa un baiser sur le haut de la tête. Ce simple geste fit que la jeune femme leva les yeux vers lui.

- Docteur, je t'aime !

Il la regarda en souriant tendrement.

- Rose Noble... Je vous aime !

Ils rirent doucement ensemble. Tous deux savaient combien il lui était difficile de dire ces mots. Rose lui offrit un magnifique sourire avant de capturer les lèvres de son compagnon. Aussitôt, ce dernier répondit avec passion à ce baiser. Malheureusement pour eux, le TARDIS activa les haut-parleurs, et ils purent entendre les pleurs de frustration de leur fille. Ils mirent fin à leur baiser en riant, mais ils restèrent tendrement enlacés. Rose parla la première.

- On dirait que Sarah-Jane est jalouse de sa maman !

- Ou de son papa !

Ils repartirent dans un franc éclat de rire, et c'est bras dessus bras dessous qu'ils se dirigèrent vers leur chambre.


Voilà cette fic est désormais terminée. Mais pas les aventures de Rose. On se retrouve bientôt avec de nouvelles fics.