Publié le 19 août 2015

Bonsoir bonsoir ! Oui, oui, je suis à l'heure, avec un chapitre beaucoup plus long que prévu. Je remercie tout le monde pour vos messages tendres et impatients, ça fait drôlement chaud au cœur ! Je ne l'ai pas spécifié avant mais la fic a lieu au début de la sixième année et respecte le canon des cinq premiers tomes.

Warning : 1) Même si Ron agit étrangement, cette fic reste une HPDM. 2) Description assez viscérale en deuxième partie de chapitre.

En réponse à KSP : Je te remercie d'avoir été la première à reviewer. Haha ça va devenir de plus en plus cocasse, comme tu dis. Et effectivement, ce ne sont pas des enfants de chœur ! Et merci aussi pour ta review sur La Boutique du Samedi, je suis contente que cette petite fic idiote t'ait plu :)

En réponse à L'Abrutie : Contente que le Polynectar te fascine aussi (et mes histoires tordues, je peux même pas croire que tu aies relu Les Enchaînés!). Pourquoi Draco a fait ça ? C'est le grand mystère de cette fic ;) Est-ce qu'ils vont échanger leurs corps ? Hohoho. Plein d'amour pour toi aussi, qui apprécies les corps tout tordus. C'est très précieux. Par ailleurs, je te remercie aussi pour ton message sur Une Histoire de la Soumission, qui est effectivement moins charnelle. Et ta remarque sur l'envie de bouffer l'être aimé est juste. Je crois que... oui, je crois que va y avoir un peu d'anthropophagie métaphorique dans un chapitre prochain. En tout cas, sache que tes compliments me rendent toujours toute surexcitée haha.

Résumons, je vous prie : Ron avertit Harry, qui faisait la sieste, qu'un sosie du brun se balade à oalpé dans le château. Harry part seul à sa poursuite. Il finit par coincer son double dans la Salle de Divination. Mais au lieu de l'attraper, il regarde son jumeau se masturber et jouir. Harry est très excité par la scène, même s'il a conscience de son immoralité. En bas de l'échelle, juste avant de s'en aller, le Harry maléfique, toujours nu, donne à Harry un cheveu blond, presque blanc.


PAR CAPILLARITE

Chapitre 2 : Serpent qui muait ou poulet plumé


- Monsieur Potter, on ne vous attendait plus, dit le Professeur Sinistra d'une voix réprobatrice. Où est Monsieur Weasley ?

Harry se retourna, comme s'il s'attendait à ce que son meilleur ami surgisse de son ombre. Ses yeux lui jouèrent peut-être un tour, mais il lui sembla apercevoir, fugitive, une flaque rousse dans l'obscurité. Il battit des paupières, et l'illusion se dissipa. Non, Ron n'était pas derrière lui.

La dernière fois que Harry l'avait vu, c'était quand ils étaient sortis de la Salle Commune, pour partir à la recherche de son jumeau maléfique. Et Ron, sans crier gare, avait disparu. Sur le coup, le Survivant avait été énervé qu'il l'ait ait ainsi lâché sans prévenir.

Pourtant, il était désormais secrètement soulagé d'avoir été le seul témoin de la scène surréaliste qui avait pris place dans la Salle de Divination. Pour quelle raison Ron s'était barré, il n'en avait aucune idée. Mais ça avait été pour le mieux.

Tout seul, déjà, ce spectacle intime et débauché lui avait semblé si embarrassant qu'il avait cru sentir plusieurs fois son cœur lâcher. Quand son double avait entremêlé ses doigts avec ses orteils, quand il avait tenté de s'étrangler, quand sa bouche, béante, laissait échapper des petits cris obscènes de putois en rut...

Harry ne voulait même pas imaginer la tronche que Ron aurait tirée, s'il avait lui aussi surpris cette séance masturbatoire.

- Je ne sais pas, Professeur, répondit Harry, avec une sorte de regret dans la voix. Est-ce que je peux... ?

- Faites, asseyez-vous, dit la sorcière avec un geste impatient de la baguette. Vous penserez à rattraper les dix minutes d'Astronomie Métaphysique sur Saturne que vous avez malencontreusement manquées. Elles vous seront très utiles pour vos examens. Comme je vous disais avant d'être interrompue...

Harry se faufila maladroitement entre les télescopes et les élèves – il se répandit en excuses quand un mouvement incontrôlé de son fessier fit percuter un œil et une lunette astronomique – et rejoignit enfin Hermione, qui affichait le même air sévère que leur Professeur d'Astronomie.

xXx

- Où est-ce que tu étais ? chuchota-t-elle à toute allure. Le cours a commencé il y a des années !

Harry ne considéra pas une seule seconde de confier son aventure à sa meilleure amie. S'il le pouvait, il emporterait ce secret dans sa tombe, et même au-delà. Après la scène qu'il avait épiée, il pensait avoir gagné un aller direct pour les Enfers. Le Paradis, s'il existait, resterait pour lui toujours clos.

Parce que ça l'avait excité. Il devait être dingue.

Peut-être qu'il allait bientôt s'abonner au Chicaneur. Peut-être qu'il allait revendre son balai contre une photo truquée de l'accouplement de deux Ronflax Cornus. Peut-être que si Snape pénétrait dans son esprit, il n'y verrait plus le couloir qui menait au Département des Mystères mais des images libidineuses de Harry s'enculant lui-même.

- J'ai été retardé, dit le Gryffondor, avec une grimace, en espérant que Hermione conclue qu'il était constipé ou diarrhéique. Et où est Ron ?

Hermione s'apprêta à répondre mais le Professeur Sinistra venait de se lancer dans des explications complexes sur la visibilité de Mars en l'an de grâce 1504. Alors, la jeune fille se mit à gratter frénétiquement son parchemin, comme si Harry était soudain devenu un porte-manteau.

La plume de la jeune sorcière s'acharnait si fort sur le pauvre papier qu'on aurait dit l'ongle d'une adolescente triturant un bouton mûr. Heureusement pour Harry, le parchemin n'explosa pas comme un gros spot plein de pus. Il se contentait de gémir faiblement sous la plume acérée.

A un moment donné, – Harry avait décroché du cours depuis longtemps –, le Professeur Sinistra se mit à interroger les élèves sur la probabilité que Janus, une des lunes de Saturne, ne soit en fait qu'un vulgaire caillou.

Le Survivant se fit tout petit sur sa chaise. Cette question était infondée. Les satellites de Saturne, c'était bien des grosses caillasses, non ?

Alors que Hermione, comme à son habitude, s'était lancée dans un exposé clair, net et soporifique sur la distinction entre Pan, Epiméthée et Janus, Ron déboula enfin dans la classe, extraordinairement rouge et en retard. Le Professeur Sinistra lui lança un regard noir et continua à échanger des remarques incompréhensibles avec Hermione.

xXxxXxxXx

Quand la sonnerie retentit enfin, Hermione, Ron et Harry descendirent l'escalier de la Tour d'Astronomie dans une ambiance assez pesante. Il semblait que les deux meilleurs amis de Harry s'étaient encore disputés. Il ne chercha même pas à savoir pourquoi.

Il avait désormais ses propres problèmes.

Les trois amis mangèrent en silence. De temps à autre, Harry surprenait le regard de Ron sur lui mais quand le brun levait les yeux, son ami était très occupé à remuer la nourriture dans son assiette.

Décidément, les choses devenaient de plus en plus étranges.

Déjà, un individu non identifié avait emprunté l'apparence de Harry pour se promener nu comme un cabris dans le château. Cet inconscient avait aussi offert à son modèle un spectacle indécent et immoralement excitant. Et puis, il était parti en lui laissant un cheveu, que Harry avait fourré dans sa poche, avant de filer pour le cours d'Astronomie.

Mais personne, mis-à-part Harry et son double, n'était au courant de cette histoire.

Et pourtant, entre Ron et Hermione, on aurait dit que quelque chose n'allait pas. Quand Ron était venu avertir Harry que le corps de Harry Potter, dans son plus simple appareil, gambadait dans les couloirs, il avait semblé paniqué, certes, mais surtout perturbé.

Le rouquin jouait désormais avec les reflets de sa fourchette, la faisant lascivement tourner entre ses doigts. Aussi loin que Harry s'en souvienne, il n'avait jamais vu Ron rechigner à manger. Par contre, le rouquin but tellement de jus de citrouille que Harry eut peur de le voir soudain se liquéfier.

Quant à Hermione, elle affichait un air désagréablement neutre.

xXxxXxxXx

La soirée fut passablement déprimante. Harry et Ron jouèrent sans grand enthousiasme aux échecs sorciers. Ou Harry avait subitement développé un troisième œil pendant la nuit, ou bien Ron était trop dissipé pour jouer correctement, en tout cas, le rouquin perdit toutes les parties.

Lui qui aurait d'ordinaire été révolté de voir Harry, si peu doué à ce jeu, le battre à plate couture, ne manifesta qu'une molle indifférence.

Quand dix heures sonna, Harry décida que c'était une heure décente pour se retirer. Il salua ses camarades de chambre, fit un signe de main à Hermione et monta dans le dortoir.

Sous la couette et en pyjama, il se rappela que, même pas six heures auparavant, il était aussi dans ce même lit et qu'il l'avait quitté avec regret, pour chercher son autre lui. Mais la situation avait drastiquement changée depuis.

Il se tourna et se retourna, mais le sommeil qu'il avait ressenti toute la journée ne consentit pas à venir.

Dans sa tête, il faisait l'inventaire de tous les élèves blonds de l'école. Il élimina ceux qui ne l'avaient jamais approché à moins de deux mètres. Mais tous les visages se confondaient, et aucun des étudiants n'aurait pu faire ça... La seule hypothèse vraisemblable était que l'individu ait ingéré du Polynectar. Toutefois, cette potion était illégale et très difficile à préparer...

Le Survivant, frustré et plein de rage, finit par ouvrir les yeux. Il cria de surprise.

Quelqu'un se tenait dans l'encadrement de la porte et avait la tête tournée vers lui. Dans l'ombre et la myopie, Harry ne reconnaissait qu'une tache orange.

xXx

- Ron ! Depuis combien de temps tu es là ?! s'écria-t-il, après avoir mis ses lunettes.

L'expression de son ami était indéchiffrable. Harry déglutit et s'assit sur son lit.

- Il fallait que je te parle, Harry.

Le brun tapota le matelas, invitant Ron à s'asseoir.

- Alors, tu as... marmonna Ron, t'as attrapé le Harry nu ?

Harry faillit soupirer d'aise. C'était donc de ça que Ron voulait parler ! Bien sûr que son ami voulait savoir comment cette histoire avait abouti. Et bien sûr qu'il n'avait pas osé aborder le sujet pendant le repas ou dans la Salle Commune, de peur que quelqu'un – même Hermione, surtout Hermione –, ne l'entende.

- Ho, heu... commença Harry.

Il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il pourrait raconter son histoire. C'était si fou, si malsain... Et puis, il y avait des détails qu'il ne pouvait évidemment pas confier à Ron, même s'il était son meilleur ami, non ?

Comme le fait qu'il avait failli se jouir dessus en se faisant voyeur de cet inconnu qui était lui-même sans l'être... Même pour lui, la situation paraissait improbable.

Penser aux conséquences philosophiques de ce qu'il s'était passé cette après-midi-là lui donna instantanément envie de plonger la tête dans l'oreiller et d'y jeter un sortilège d'explosion. Avec un peu de chance, son cerveau pesant se transformerait en un vaporeux nuage de plumes de canard.

Comme il sentait sur lui le regard interrogateur de Ron, Harry se résolut, à contre-cœur, à parler.

xXx

- Je suis allé voir Hagrid, vu que tu es parti sans rien dire tout-à-l'heure, dit le Survivant, avec un reproche dans la voix. J'ai du remuer tout le château pour retrouver cet idiot qui se fait passer pour moi – oui, je suis certain maintenant qu'il s'agit bien d'une personne polynectarisée et non pas d'un mauvais sort.

Ron laissa échapper un rire qui n'avait pas lieu d'être, mais Harry n'y prêta pas attention.

- Bref, je l'ai finalement coincé dans la Salle de Divination.

Harry s'arrêta. Et maintenant ?

- Et... ? le relança Ron.

Ses yeux brillaient d'excitation. Il semblait attendre le récit d'un duel féroce et sanguinaire, où ongles, intestins et colonnes vertébrales jaillissaient des adversaires pour redécorer les murs.

- C'est difficile à expliquer et même à comprendre mais... je l'ai laissé partir.

Harry s'était attendu à ce que son ami glapisse d'horreur et d'incompréhension mais Ron resta étonnamment calme. Il était assis en tailleur sur le lit, le regard rivé sur l'autre sorcier.

- Et ? répéta-t-il.

- Et bien... Rien. Il est parti, je suis arrivé en retard en cours. Et toi aussi d'ailleurs. Qu'est-ce que t'as foutu ?

- Cherche pas à détourner la conversation, Ry. Qu'est-ce qu'il s'est passé, dans la Salle de Divination ? demanda le rouquin d'un ton exigeant.

Plus que les intonations agressives, c'était le diminutif « Ry » qui choqua le brun. Personne ne l'avait jamais appelé comme ça, et surtout pas Ron.

Il faut le dire, Harry se sentit céder. Même s'il s'était juré de ne parler de sa folie à personne, il avait besoin de se décharger de ce drôle de moment. S'il en parlait à Ron, ça rendrait cet événement réel, certes, mais au moins, ça lui permettrait de prendre un peu de distance. Ron allait certainement lui dire que le double de Harry était barré et très dangereux et qu'il ne fallait pas qu'ils se rencontrent de nouveau.

Alors, le Survivant arrêterait de bander à l'idée de découvrir l'identité de l'inconnu, et jetterait le cheveu blond, sans regret, dans la première poubelle venue.

xXxxXxxXx

Harry décrivit évasivement ce qu'il avait surpris dans la Salle de Divination. Il s'abstint de parler de son propre état d'excitation, à ce moment-là, suggérant simplement qu'il avait été trop choqué pour interrompre la scène et neutraliser l'inconnu.

- Et donc ? Comment tu t'es senti, en voyant ça ? demanda Ron.

Harry leva les yeux vers son ami pour la première fois depuis les cinq dernières minutes. C'était un coup d'œil furtif, un qui aurait pu être lancé par un campagnol craintif ou une pie voleuse, attirée par un éclat d'or.

Il avait peur de la façon dont Ron allait réagir. Ce dernier devait être gêné, voire dégoûté par ce que venait de lui avouer Harry. Ses yeux bleus brillaient-ils de colère, d'indignation ? Est-ce que la commissure de ses lèvres tremblait, sous l'effet de son mépris pour lui ?

Oui, dans la tête du rouquin, il devait désormais y avoir des images atroces, bien plus atroces que la réalité. Sûrement s'imaginait-il déjà Harry se branlant devant son propre reflet, véritable Narcisse éhonté, qui avait envie de coucher avec lui-même...

Mais ce que lut Harry, dans l'expression de Ron, était différent et, d'une certaine manière, pire encore que ce à quoi il s'était attendu.

Les yeux bleus étaient écarquillés mais ne révélaient aucune aversion. Bien au contraire, on aurait dit que Ron venait de mettre la main sur un gâteau au cœur fondant et qu'il en salivait d'avance.

Ses mains étaient serrées sur ses chevilles, comme pour s'astreindre à rester immobile. Son dos était agité de légers soubresauts, comme ceux d'une préadolescente avant un premier rendez-vous. Et ses lèvres, quoique pincées, laissaient paraître un sourire masqué.

L'éclat d'or que Harry la pie avait aperçu ne provenait pas d'un bijou précieux mais des yeux jaunes d'un renard affamé. S'il avait été un oiseau, le brun aurait aussitôt battu des ailes et pris son envol.

Mais comme il n'était qu'un humain, et que Ron était son meilleur ami depuis des années, Harry ne put se résoudre à fuir.

xXx

- Quoi ? dit le brun, en essayant de maîtriser l'angoisse qui montait en lui.

Tout dans l'attitude de Ron lui disait que ce moment n'était pas normal. Ron n'était pas normal. Il semblait heureux, excité.

- C'était comment ? Parle ! ordonna Ron.

Il semblait avide de savoir. Et il n'exigeait pas qu'une idée générale et vague de l'état dans lequel Harry s'était trouvé, non, il voulait entendre les détails. Le Survivant sentait émaner de son ami des désirs malsains et maniaques.

- Pour tout te dire, soupira-t-il, je crains que ça m'a plu.

Cette fois-ci, Harry ne détourna pas le regard. Il garda les yeux fixés sur les traits de Ron et surprit, très mal-à-l'aise, une expression de pur délice.

- Vraiment ? Comment c'est, d'être voyeur de soi-même ? Est-ce que tu as eu envie de te toucher ? Ou de le toucher, lui ? Est-ce que tu as trouvé ton propre corps attirant ? C'est foutrement tordu, mais ne t'inquiète pas, je peux comprendre... Ton corps est superbe, en réalité...

Harry n'avait jamais autant prié pour qu'il lui pousse soudain des ailes. Il s'en foutait, de se métamorphoser en lucane ou même en bousier. Bien sûr, s'il avait le choix, il préférerait de loin un animal classieux comme l'hippogriffe ou le phénix – Harry Potter n'avait jamais vraiment fait dans la finesse – mais il n'était pas difficile. Tant qu'il pourrait ouvrir la fenêtre, se jeter au-travers et s'envoler... Etre n'importe où sauf là où il était...

Malheureusement pour lui, il resta lourdement assis sur son lit, à quelques centimètres de son meilleur ami qui agissait le plus étrangement du monde.

- Ron, tu as mangé quoi à midi ? Je t'assure, depuis cette histoire de double de moi à poil, tu es tout bizarre.

Après réflexion, Harry ajouta, en tentant de détendre l'atmosphère :

- C'est le fait d'avoir vu ma bite qui t'a foutu comme ça ? Tu sais, la tienne doit être de taille décente, hein...

xXx

Mais ce qui devait être une vanne bon-enfant n'eut pas l'effet escompté. Alors que Ron aurait du rire, taper sur l'épaule de Harry, et lui avouer qu'il était monté comme un Géant, – en supplément, il y aurait pu y avoir une accolade amicale et complice, ainsi qu'en fond sonore, une chanson française des années quatre-vingt –, le rouquin, de nouveau, agit tout autrement.

- Harry, je peux pas me retenir, dit-il dans un souffle. J'avoue, ton sexe...

Et Ron se jeta sur Harry, qui tomba à la renverse. La situation était familière : il s'était passé la même chose dans l'après-midi, quand Ron était venu le tirer du lit. Pourtant, à ce moment-là, ce dramatisme était justifié, quoiqu'exagéré. Mais là... pourquoi Ron le maintenait-il enfoncé sur le lit ?

Et si quelqu'un entrait ?

Harry repoussa son ami de toutes ses forces mais Ron, cet idiot, choisit de se laisser tomber sur lui. Résultat : le brun était totalement bloqué sous son poids. Contre son torse maigre et osseux, tout en angle, la poitrine plus massive, plus construite de Ron s'écrasait. Le Survivant avait du mal à respirer. Il aurait voulu relever une jambe et frapper les parties sensibles de son ami.

Pourtant, en tant que membre de la gent masculine, il n'oserait jamais commettre un tel acte. C'était vicieux, indigne, pensait-il. Même à Voldemort, il ne souhaitait pas de se prendre un coup de genoux dans les couilles.

- Ron, pousse-toi, qu'est-ce que t'as ? Si tu es si curieux, je vais te répondre, mais tu m'étouffes ! haleta Harry, énervé.

Ron ne bougea pas d'un pouce. Ses mains étaient refermées sur les poignets de son meilleur ami, de celui que sa famille considérait déjà comme un des leurs.

Le rouquin observa le visage presque suppliant de son ami de toujours et l'embrassa.

xXx

Bien entendu, le baiser ne dura pas longtemps. Il n'eut aucun goût particulier, aucune caractéristique qui l'aurait rendu unique et mémorable. C'était le baiser entre des meilleurs amis de même sexe, dont un des deux n'était pas consentant.

La bouche de Ron était plus charnue que celle de Harry. Elle paraissait engloutir celle du brun. Un cachalot avalant un bateau à la dérive. Le Survivant, pendant quelques secondes, crut qu'ils étaient tous les deux morts.

Cet instant monstrueux, totalement aberrant, ne pouvait décemment pas avoir lieu dans la réalité. Et s'ils n'étaient pas morts, ils étaient dans un univers parallèle, où Ron boude son dîner, où Ron est nul aux échecs, où Ron l'embrasse...

- Casse-toi ! Pourquoi tu fais ça ? cria Harry, en repoussant son meilleur ami.

Ron se laissa faire. Au moins, il avait l'air aussi sonné que lui. Le brun n'avait aucune idée de si le fait qu'ils soient deux à être absolument paumés était un point positif.

- Non, en fait, tais-toi, rectifia-t-il, alors que le roux n'avait même pas fait mine de parler.

Harry attrapa sa cape d'Hiver, qui traînait dans sa malle ouverte, jeta un regard en arrière, comme pour s'assurer que Ron ne le suivrait pas, et quitta le dortoir en trombe.

xXxxXxxXx

Ce n'était pas possible, se répétait-il. Ça n'a pas pu arriver. Tout ça, c'était dans ma tête. Rien n'était vrai. Ron ne me regardait pas avec convoitise. Ni passion. Il n'a pas été excité par mon récit. Il ne bandait pas quand il s'est retrouvé allongé sur moi.

Tandis qu'il descendait tous les escaliers qu'il trouvait sur son passage, sans aller vers un lieu en particulier, Harry était en pleine phase de déni. S'il se persuadait que ce grotesque événement n'avait pas eu lieu, il n'avait pas eu lieu. Ron l'embrassant, c'était bien pire que de bander sur un inconnu polynectarisé en lui. C'était un sacrilège.

Il lui suffisait d'effacer la mémoire de Ron, et tout redeviendrait comme avant...

Ses jambes, bien dressées, le menèrent successivement aux Cahots, puis aux Cuisines et finalement dans le Grand Halle.

Arrivé là, Harry s'assit sur une marche et s'obligea à réfléchir plus posément, tout en regardant les quatre sabliers géants, qui décomptaient les points de chaque Maison.

Ron devait être sous l'emprise d'un philtre d'amour. Cette hypothèse était la plus rassurante, pourtant, elle ne convenait pas. Le rouquin avait attendu qu'ils soient seuls pour agir aussi... anormalement. Il n'avait pas paru irrationnel, seulement... seulement troublé. On aurait dit que le fait que Harry ait trouvé la scène de la Salle de Divination excitante l'avait poussé à l'embrasser. Peut-être que si Harry n'avait pas dit tout cela, peut-être que Ron ne l'aurait pas embrassé.

Harry envisagea une autre hypothèse, bien plus angoissante que celle du philtre d'amour, une de ces idées si effrayantes qu'elles donnent immédiatement envie de se pendre, pour échapper aux conséquences.

Et si Ron était réellement attiré par lui ?

Et s'il n'y avait aucun maléfice ?

Mais pourquoi, encore une fois, est-ce qu'il aurait décidé de... l'embrasser au moment où Harry lui parlait de son jumeau érotique des Enfers ?

Harry se rendit soudain compte que les saphirs de Serdaigle étaient de la même couleur que les yeux de son meilleur ami. Il se leva et eut brusquement envie de sortir du château. Le couvre-feu était passé depuis longtemps mais aussi loin qu'il s'en rappelait, personne ne surveillait les portes du château la nuit.

xXx

Quand la porte se referma derrière lui, avec un bruit assourdissant, Harry regretta d'avoir été trop pressé de quitter le dortoir pour prendre sa Cape d'invisibilité et la Carte du Maraudeur. Les deux items auraient pu lui être utiles.

Il marcha trois minutes dans le froid tranchant d'une nuit d'Octobre, avant de se rappeler qu'il était, en fait, un sorcier. Cette pensée lui mit du baume au cœur et il jeta autour de lui un sortilège réchauffant.

Marcher dans une bulle de chaleur, tout en sachant qu'il gelait presque à un mètre de lui, c'était étonnamment réconfortant.

Le garçon erra quelques temps dans le Parc de l'école, jusqu'à que son sortilège soit moins efficace. Le vent glacé pénétrait maintenant dans son doux cocon et il avait par avance la flemme de relancer le sort toutes les cinq minutes.

La solution la plus simple et la plus sage aurait évidemment été celle de rentrer au château. Néanmoins, il avait le sentiment qu'il devait rester là encore un peu. Et puis, il fallait qu'il attende que Ron s'endorme, avant de revenir dans le Dortoir sans embarras.

Le brun s'accroupit au bord du Lac immobile et réactiva le sort. Ho, c'était tout de même délicieux, d'être là, au bord de l'eau, tout blotti contre soi-même, dans une imitation d'œuf. Sa coquille exposée au vent, il restait, lui, bien à l'abri de l'extérieur. Il était au chaud et dans l'obscurité bienfaisante de sa carapace. Tout allait bien.

Sans aucune raison, alors qu'il se sentait si rasséréné qu'il aurait pu s'endormir sur place, alors que Ron et son baiser forcé avaient quitté son esprit, Harry repensa à l'inconnu qui lui avait volé son corps, cette après-midi-là.

xXx

Il plongea la main dans sa poche et retrouva, avec autant de soulagement que de contrariété, le cheveu blond offert par l'individu.

- Lumos, chuchota-t-il, en approchant le bout de sa baguette du cheveu avec précaution.

Si le cheveu cramait, il lui serait quasiment impossible de retrouver le mystérieux Harry masturbé.

La couleur du cheveu lui rappelait ennuyeusement quelqu'un. En fait, il avait eu beau réfléchir aux blondes et blonds susceptibles de lui subtiliser un cheveu pour se polynectariser en lui, il avait été forcé de reconnaître qu'il n'y avait pas beaucoup d'options.

Toutefois, ce n'était là qu'une supposition... Ça pouvait être n'importe qui. Il voulait connaître l'identité du voleur de corps, et il n'avait pas énormément de choix. Il était inconcevable d'envoyer le cheveu à un centre d'analyse spécialisé. Déjà, parce que Harry ignorait si les sorciers avaient connaissance de quelque chose d'aussi scientifiquement moldu que l'ADN et surtout parce que ça nécessiterait trop de temps et de mensonges.

Il présumait qu'avant de pouvoir soumettre un cheveu à l'examen, il fallait remplir une sorte de formulaire, où il indiquerait les raisons de sa démarche.

Il se voyait très mal écrire :

« Ce cheveu appartient à une personne, sûrement un élève de Poudlard, qui s'est métamorphosée en moi par le biais du Polynectar (potion illégale). Cette personne s'est masturbée et a dévoilé tout l'érotisme de mon corps, et j'ai surpris cette scène (même si je pense qu'elle a fait exprès de me montrer ce spectacle). Afin de retrouver cette personne, j'aimerais énormément que vous me disiez de qui il s'agit (je souhaiterais la voir pour discuter de ses motifs et, pourquoi pas, m'adonner avec elle à des jeux impliquant la potion illégale sus-nommée). Cordialement, Harry Potter »

Non, sincèrement, ce n'était pas une option. Il allait devoir se procurer du Polynectar, alors. Le problème, c'était qu'il voulait la réponse tout de suite. Et si ce n'était pas dans la minute qui venait, ça devait être le plus vite possible. Le garçon, désespéré, n'eut pas d'autre choix que de recourir à l'héritage de Sirius, même s'il aurait bien laissé le maudit Elfe là où il était, c'est-à-dire, dans les Cuisines de Poudlard.

Quoique, à cette heure-là, même les Elfes devaient dormir, non ?

- Kreattur ! appela-t-il et sa voix eut un écho lugubre dans le Parc noir et désert.

xXx

Le vieil Elfe de Maison de la famille Black apparut sur-le-champ. Il portait le même chiffon répugnant que quand il vivait au 12, Square Grimmaurd. Visiblement, il avait considéré que c'était trahir la Maîtresse Walburga que de troquer ses haillons contre le torchon humble mais propre des Elfes de Poudlard.

Son comportement ne s'était pas non plus amélioré : il marmonnait dans son absence de barbe des insultes que Harry ne prit pas la peine d'écouter.

- Kreattur, j'aimerais que...

Harry se gratta la tête. Il se demandait s'il ne ferait pas mieux de se relever, pour impressionner l'Elfe ou si, au contraire, il devait exprimer sa requête poliment. Après tout, ils étaient au beau milieu de la nuit, et ce n'était pas une demande facile.

Mais c'était un ordre du Maître et l'Elfe devait obéir.

- Kreattur, je veux que tu retournes au 12, Square Grimmaurd... NE PARS PAS, cria-t-il, j'ai pas fini ! Donc, d'abord, tu retournes au 12, Square Grimmaurd. Ensuite, tu cherches s'il n'y a pas du Polynectar.

Il y avait de grandes chances que le QG de l'Ordre regorge de potions en tous genres. Et si l'Ordre du Phénix ne possédait pas de potions illégales, les armoires de la Maison des Black, famille rattachée depuis toujours à la Magie Noire, devaient bien cacher quelques breuvages interdits.

- Si tu en trouves qui soit encore buvable et seulement s'il est pur, sans rien d'autre que la potion de base, tu me le ramènes. Si tu n'en trouves pas, je veux que tu t'en procures par un autre moyen – n'importe lequel mais discrètement. Dans ce cas, tu reviendras aussi me voir pour que je te donne de l'argent. C'est clair ?

- Le Maître ordonne, Kreattur s'exécute, dit le vieil Elfe de Maison. Mais il fait froid et Kreattur déteste le jeune Maître, comment a-t-il osé l'envoyer travailler à Poudlard, avec ces Elfes qui n'ont aucun respect pour leur race, comment...

Harry interrompit la litanie d'insultes avant qu'elle ne se prolonge indéfiniment :

- Si tu me ramènes du Polynectar, que ce soit du QG de l'Ordre ou par un autre moyen, je t'autoriserai, seulement après ta mission effectuée, à récupérer un objet de la maison. On en parlera à ce moment-là. Pour le moment, tu ne touches et ne prends rien, sauf du Polynectar.

Parmi les mots indistincts que grommela Kreattur en réponse, Harry entendit une série d'adjectifs fleuris décrivant la stupidité du Sang-Mêlé qui lui servait de Maître. Le Survivant ne s'indigna pas. S'il avait été à la place de Kreattur, il n'aurait pas aimé qu'on lui donne des ordres aussi restrictifs. Mais l'Elfe étant qui il était, Harry ne lui accordait aucune confiance.

C'était lui qui avait trahi Sirius... Néanmoins, comme l'avait suggéré Dumbledore en juin dernier, peut-être que si Sirius avait mieux traité Kreattur... Si Sirius avait cherché à créer un lien avec lui...

Bah, ça ne servait à rien d'examiner des choses qui n'avaient et ne pourront plus jamais être.

xXxxXxxXx

Harry entendit Kreattur transplaner et se sentit brusquement très seul. Son sortilège de chaleur touchait à sa fin. Il aurait du demander à l'Elfe de lui en jeter un. Mais alors, il aurait du prendre encore une tonne de précautions pour ne pas craindre de se retrouver, par méprise intentionnelle de l'Elfe, entouré de flammes infernales ou même directement carbonisé.

Le Gryffondor se leva avec peine et lenteur. Il était l'heure de rentrer et de se glisser dans son lit. Pourtant, à peine eut-il le temps de faire trois pas que le « pop » caractéristique du transplanage le fit se retourner.

Kreattur était déjà revenu, cinq fioles tremblant dans ses mains.

Harry soupira.

Cette journée était interminable.

Il récupéra les fioles, remercia l'Elfe de Maison et l'autorisa, comme promis, à retourner à la maison des Black pour y récupérer un objet cher à son cœur. Quand Kreattur réapparut, il avait dans les mains un petit miroir, qui s'avérait être celui dans lequel, jeune sorcière, Bellatrix Lestrange, née Black, passait des heures à se regarder.

Harry lui ordonna de retourner aux Cuisines. Ou dans sa chambre, si les Elfes en avaient.

- Je reste ton maître, Kreattur, mais fais comme si Poudlard était ta maison. Va, maintenant.

Après une courte hésitation, il marmonna :

- Et merci.

L'Elfe, miraculeusement, ne se lança pas dans une interminable diatribe contre les traîtres à leur sang. Il eut un genre de sourire et disparut sans un mot.

Harry se retrouvait de nouveau seul, dans ce paysage nocturne et mélancolique. Il serait rentré, s'il ne s'était pas senti si épuisé.

xXx

Le Lac, à ses pieds, ne clapotait même pas. L'eau stagnante aurait pu tout aussi bien être morte. La lune naissante illuminait faiblement le Parc. Tout, autour de Harry, n'était qu'ombre. Il savait qu'il aurait du partir. S'il restait encore dehors, il allait finir par mourir de froid et de désespoir.

Mais il était en possession de pas une mais de plusieurs portions de Polynectar. S'il les gardait précieusement dans sa poche, le lendemain, oserait-il pour autant les utiliser ? Il y a des choses qu'on ne peut faire qu'à l'heure la plus sombre de la nuit, celle où on pourrait presque croire qu'on est le seul être qui existe au monde.

Harry déboucha une des fioles et renifla prudemment l'épais breuvage. Pas de doute, il reconnaîtrait cette odeur de putréfaction même s'il était entouré d'un océan de cadavres.

La boule au ventre, mais le cœur battant fort dans ses oreilles, à la lueur de sa baguette, il plongea sans réfléchir le cheveu blond dans le Polynectar. La potion, auparavant aussi bourbeuse que du sang coagulé, se dilua considérablement. Elle prit une teinte vert-de-gris. On aurait dit du cuivre oxydé à l'état liquide.

Il aurait bien voulu se pincer le nez, pour s'obliger à avaler l'infâme mixture mais il n'avait que deux mains. Dans l'une, il y avait sa baguette allumée, qu'il n'aurait voulu lâcher sous aucun prétexte. De l'autre, il tenait la fiole.

Après avoir inspiré un grand coup l'air froid, comme pour se donner du courage, il vida la potion dans sa bouche.

La transformation, comme dans son souvenir, était comme mourir et ressusciter et mourir encore, et renaître à nouveau, tout cela accompagné de la souffrance la plus aiguë qui soit.

xXx

Tous ses muscles protestèrent d'un long cri silencieux avant de se déchirer. Tout son squelette craqua, s'effondra en miettes, et se reconstitua à grand peine. Toute sa peau pela, se détacha de sa chair, tomba en lambeaux, et une autre enveloppe repoussa à toute vitesse sur son corps à vif.

Il se sentait serpent qui muait ou poulet plumé.

Ses articulations les plus fragiles lâchèrent les premières, vite suivies par ses genoux, ses coudes, son cou. Il tomba par terre. Son bassin se brisa en deux, comme pour former deux ailes incongrues au milieu de son corps. Ses côtes gonflèrent, poussées par quelque chose qui poussait dans son estomac, avant de céder et de transpercer sa chair de part et d'autre de lui, laissent son ventre déchiré, bouche béante dont se déversaient tous les organes.

Il vomissait par son abdomen toutes ses pensées les plus folles. Elles roulaient sur le sol avant de s'éteindre. Il tendit la main pour rattraper les perles imaginaires, mais, à ce moment-là, ses ongles se détachèrent un à un de ses doigts et orteils, façon feuilles en Automne.

Ses dents, elles aussi, tombèrent sur sa langue et il crut qu'il allait vraiment crever étouffé par sa propre dentition. Un réflexe heureux lui fit recracher les petits os blancs, qui s'éparpillèrent à ses pieds. Sa langue se mit alors à gonfler et il la mordit, de ses gencives édentées. Le sang coula.

Ses yeux furent ensuite percés, creusés par une cuillère impitoyable qui les confondaient sûrement avec deux litchis au sirop. Les globes oculaires finirent par tomber d'eux-mêmes de leurs orbites et restèrent ridiculement suspendus pas les nerfs optiques.

Ses paupières continuaient à battre, et à chaque fois qu'elles frôlaient les nerfs optiques, ça lui envoyait des décharges de douleur étoilée.

Son cerveau devint de plus en plus chaud. Il rôtissait dans un four, et ça chauffait tant dans sa tête qu'il crut que tout allait exploser. Les veines sur ses tempes battaient et grossissaient comme des fleuves en cru.

Sans aucun doute, sa carcasse allait craquer d'un instant à l'autre, sous cette douleur insupportable. Il voyait déjà des morceaux de ce qui avait été son corps se répandre dans tout le Parc. Des élèves, le matin suivant, retrouveraient son gland, son auriculaire gauche, sa canine supérieure droite.

Il mourut ainsi pendant une minute ou deux. Ce fut un des moments les plus intenses de sa vie. Jamais il ne s'était autant senti.

xXx

Puis, la sensation changea. Le mal diminua, et il supposa que c'était parce qu'il s'y habituait. La fournaise dans son crâne baissa. Ses veines dégonflèrent. Toutes les parties de son corps, tordues jusqu'alors en tous sens, semblèrent retrouver une unité.

Alors, la véritable métamorphose commença.

Il avait lâché sa baguette depuis longtemps. La lumière qui en émanait n'éclairait que ses pieds et ses mollets, laissant le reste de sa silhouette dans l'obscurité. Mais il n'avait pas vraiment besoin de voir pour s'en rendre compte. Non, il visualisait mentalement tous les changements qui s'opéraient en lui, à vitesse éclair.

Il grandit de plusieurs centimètres, ce qui provoqua l'agonie de ses genoux. Ses cheveux se rétractèrent dans son crâne. Ils s'affinèrent. Sans les toucher, Harry savait qu'ils étaient désormais doux et lisses. Et blonds.

Ses yeux, même dans la semi-pénombre, le tiraillaient, alors il ôta ses lunettes, qu'il laissa tomber au sol. Si elles se cassaient, tant pis. Il voulait se concentrer au maximum sur son nouveau corps.

Ses globes oculaires diminuèrent. Son nez rétrécit. Ses lèvres semblèrent rentrer dans elles-mêmes. Ses joues se remplirent. Ses oreilles se déplacèrent de quelques millimètres.

Sa peau devint plus épaisse mais moins rugueuse. Ses imperfections, dues à la Nature et à l'adolescence, disparurent. Il sentit chacun de ses boutons rentrer sagement dans sa chair et tout bonnement disparaître.

Ses poignets osseux et ses genoux cagneux s'affinèrent et se présentaient désormais come de parfaites charnières entre ses mains et ses avant-bras, entre ses tibias et ses fibulas. En fait, son corps asymétrique et anguleux était devenu un bloc harmonieux et fluide, où le regard ne pouvait que glisser savoureusement, sans s'accrocher à aucune aspérité.

A l'intérieur de lui, il sentit ses organes se réajuster doucement à leur nouvel habitat. Il n'en était pas sûr, mais son colon s'élargit. Ou peut-être s'agissait-il de son intestin grêle.

Penser à l'organisation de ses viscères lui foutant la gerbe, Harry préféra tâter son corps tout neuf. Aucun doute, il était magnifique. Ses doigts caressèrent avec émerveillement ces immenses plaines de peau, sous ses vêtements. Son torse ne présentait aucun poil disgracieux. Ses mamelons étaient si discrets qu'il était impossible de les imaginer durs, même dans le froid environnant.

Ses mains... Les touchant l'une et l'autre, les portant à sa joue, il constata, ému, leur raffinement. Pas un pli entre ses phalanges, pas un accroc sur l'arrondi de ses ongles. Pas un os proéminent, pas une veine bleue saillante.

Tout ce qui devait être caché à l'intérieur du corps l'était. Tout ce qui devait être montré au reste du monde l'était. Ce corps prétentieux et beau, était la plus parfaite des enveloppes charnelles qu'on puisse désirer avoir.

Et dire que Harry s'était imaginé que le cheveu appartenait à Colin Crivey... Il faillit en rire.

Comment est-ce qu'un homme – car il possédait encore entre les jambes un pénis et une paire de testicules, qu'il avait d'ailleurs hâte d'observer de plus près – avec un tel physique pouvait souhaiter, même l'espace d'une heure, revêtir la carcasse grinçante du Gryffondor ?

Pourquoi est-ce que Draco Malfoy voudrait de sa peau translucide et rougeâtre, qui laissait dévoiler tout son système interne ?

Et pourquoi Harry n'avait-il pas froid, alors que son sortilège avait du s'annuler depuis longtemps ?

- Tu aimes ce que tu touches, Potter ? demanda une voix derrière le brun.

Harry, dans le corps de Draco Malfoy, se retourna, pour se retrouver face à face avec l'authentique héritier Malfoy.


A Suivre...


Voilà voilà. Comme disent les auteurs anglophones, R/R (Read and Review) :) Love love sur vous.