Publié le 10 septembre 2015

Bonsoir bonsoir ! Alors, il y a un petit chamboulement. Etant donné que le chapitre commençait à devenir beaucoup trop long, je l'ai coupé en deux. Il en restera donc un de plus.

Je suis désolée si la scène du chapitre précédent avec la gamine laide a pu vous mettre mal-à-l'aise, ce n'était pas (totalement) mon intention. Simplement, je voulais montrer que Harry et Draco n'en avaient rien à foutre de leurs apparences et que la tension qui existait entre eux persistait quelque soient leurs corps.

Si ça peut en rassurer, ce chapitre est certainement plus doux.

En réponse à Guest : Merci pour le message ! Ha non, ce petit jeu n'a aucun rapport avec Voldemort mais bien une explication, qui malheureusement ne prend pas place dans ce chapitre :( J'espère que l'utilisation du troisième cheveu te plaira.

En réponse à Daidaiiro30 : Tout comme toi j'aimerais bien écrire le pourquoi du comment, dommage que je sois peu douée en planification et qu'il nous faille encore attendre une semaine :( Les deux autres cheveux seront utilisés à bon escient. Et merci pour le message.

En réponse à K.S : Haha, heureuse que tu apprécies ce petit jeu :) Mimi n'en a rien pensé, j'avoue que si j'ai la place, je lui accorderai une intervention ! Et merci d'avoir apprécié la fin du chapitre, j'étais vraiment paumée, je sais pas pourquoi !

Résumé : Pendant deux jours, jeudi et vendredi, Draco emprunte l'apparence de Harry sans sa permission, ce qui oblige le Survivant à rester trop souvent invisible. Harry décide d'agir et utilise son premier cheveu. Il se transforme en enfant laide et fait un gros suçon à Draco dans les chiottes de Mimi. Le soir-même, il reprend du Polynectar et se transforme cette fois-ci en un jumeau Weasley. Il rend visite à Ron à l'infirmerie et Draco le rejoint. Les deux sorciers finissent dans un lit à se frotter l'un à l'autre, désespérés...


PAR CAPILLARITE

Chapitre 5 : Comme une ombre que personne ne voit


Harry n'avait jamais été ivre de sa vie – il avait jusque-là été un peu trop occupé à fuir Voldemort pour perdre du temps à se bourrer la gueule – mais, ce matin-là, il se réveilla avec l'absolue conviction d'avoir bu comme un trou. Il n'y avait que l'alcool qui pouvait expliquer, et même excuser, tout ce qu'il s'était passé la veille.

Il avait pris deux fois du Polynectar, une potion illégale, soit dit en passant. Ça, ça pouvait encore passer.

Transformé en gamine laide, il avait entraîné Malfoy, polynectarisé en lui, dans une cabine de toilettes. Pourquoi pas.

Dans cette cabine insalubre, il avait sucé le cou du brun qui était en fait blond. C'était un peu limite mais on pouvait mettre ça sur le compte des hormones ou du stress. Et puis, l'adolescence est une période faite de quelques hauts et de beaucoup de bas. Cette longue série de suçons pouvait encore être qualifiée d'erreur de jeunesse, en somme.

Le soir-même, il avait repris du Polynectar et était devenu un des jumeaux Weasley. Il avait trouvé drôle de rendre visite à Ron à l'infirmerie. Ça n'avait pas été l'idée la plus brillante qu'il ait eue, mais c'était une simple farce. La fatigue avait certainement gagné le peu de cerveau qu'il avait.

Malfoy l'avait rejoint et, comme d'ordinaire, il arborait l'apparence de Harry. Le Serpentard s'était assis sur un lit inoccupé.

Jusque-là, sincèrement, il trouvait sa conduite un peu psychotique, certes, mais encore justifiable.

Malheureusement, c'était juste après que tout était parti en couilles.

Qu'est-ce qui avait disjoncté ? Qu'est-ce qu'il s'était bordel de passé, pour que, sans raison apparente, Malfoy et lui se retrouvent à se frotter désespérément l'un à l'autre, comme deux porcs-épics en rut ?

Comme on est souvent plus indulgent envers soi-même, Harry, avec un peu de mauvaise foi, n'avait pas trop de problème pour rationaliser son attitude. Il accusa la fatigue. C'était la vérité, ces derniers temps, il était tout le temps crevé.

De plus, le Polynectar rapporté par Kreattur avait probablement tourné. Qui savait combien de temps les fioles non hermétiques avaient pu rester exposées au soleil et à l'humidité ?

Et puis, Harry était, c'était un fait, drôlement attiré par son propre corps. Enfin, depuis qu'il avait vu Malfoy se masturber, dans la Salle de Divination, il se demandait s'il n'était pas d'un narcissisme qui frôlait l'indécence.

Donc, conclut-il, c'était tout-à-fait légitime qu'il veuille se frotter contre son propre corps. Oui, tout-à-fait acceptable.

Mais Malfoy, dans tout ça ? Pourquoi est-ce que Malfoy avait accepté les suçons d'une enfant au physique ingrat ? Pourquoi avait-il été, lui aussi, insolemment excité par son corps d'emprunt collé contre celui de Fred ou George Weasley ?

Le pire, certainement, ça avait été comment cette histoire s'était terminée. Harry, plongé dans la moiteur du désir, avait totalement zappé que Madame Pomfresh leur avait seulement accordé dix minutes de visite. Et donc, dix minutes plus tard, elle était revenue les chercher et avait trouvé, enlacés dans un de ses lits, un jumeau Weasley et Harry Potter.

Heureusement pour eux, l'infirmière n'avait pas tenu à entendre leurs mensonges qui auraient pu tout expliquer, ou presque. Elle les avait congédiés glacialement, les accusant de profiter de la faiblesse de Ron pour le traumatiser à vie. Harry espérait, sans grande conviction, que Ron ne les avait pas vus.

Non, sérieusement, il n'y avait que l'alcool qui aurait pu causer de tels dégâts. Malheureusement, Harry n'en avait pas avalé une seule goutte la veille.

xXxxXxxXx

Harry partit petit-déjeuner sans sa Cape d'invisibilité. Il ne voulait plus en entendre parler. Les deux derniers jours passés à sans cesse se cacher avaient été un cauchemar dont il s'était réveillé. Et si Malfoy avait la stupidité, après le désastre de l'infirmerie, de se ramener sans préavis dans la Grande Salle polynectarisé en lui, c'était qu'il avait une crotte de Troll à la place du cerveau.

Le Gryffondor s'assit à côté de Hermione et fut soulagé qu'elle ne lui fasse aucune remarque style « Mais Harry, tu viens de manger cinq toasts et de boire deux litres cinquante de café ! Et tu viens de sortir de table, en prétextant avoir la diarrhée. »

Non, la sorcière avait l'air songeur.

- Je ne comprends pas pourquoi Ron n'est toujours pas sorti de l'infirmerie, dit-elle.

- Ho, heu, hier soir, Madame Pomfresh m'a dit que ça allait mieux.

C'était un mensonge éhonté, mais Harry préférait rassurer sa meilleure amie.

- Je ne sais pas, commenta-t-elle. Je suis allée le voir trois fois hier et j'ai l'impression que dès que ça va mieux, et bien, la fois d'après, c'est redevenu comme avant. Comme si sa maladie se renouvelait. Peut-être que je devrais en parler à Madame Pomfresh.

- Tu sais, dit Harry mal-à-l'aise – car il était désormais certain que c'était Malfoy qui entretenait la maladie de son ami – elle doit déjà avoir songé à tout ça. Enfin, c'est son boulot.

- Hum. Mais son état ne s'arrange pas, soupira Hermione. Je t'ai pas raconté ce qu'il m'a dit, avant-hier ? Il était persuadé que tu lui avais fait une déclaration d'amour enflammée ! Il débloque complet, je te dis.

- Haha, s'efforça de rire Harry. Il doit prendre ses rêves pour la réalité...

Hermione lui donna un coup de poing joueur et reprit sa lecture du Mystère des sciences moldues : la cytologie et l'histologie.

Durant tout le repas, Harry scruta, le plus discrètement qu'il le put, la table de Serpentard, à la recherche d'une tête blond familière. Malfoy n'était pas venu petit-déjeuner, ou bien il avait déjà fini de manger quand Harry était arrivé. Harry penchait pour la première option, sans argument véritable.

xXx

Cette matinée-là, Malfoy devait avoir Arithmancie et un cours de Botanique commun avec les Serdaigles.

Harry ne savait pas pourquoi mais il était persuadé que le blond n'y était pas allé. En fait, il en était tellement certain que quand Hermione et Luna lui confirmèrent son absence aux deux cours, il n'éprouva aucun étonnement.

Il avait l'esprit si clair qu'il avait l'impression d'avoir bu la Potion de Chance que Slughorn lui avait donnée, quelques semaines auparavant.

Quand midi arriva, il se rendit à l'infirmerie et découvrit, sans surprise, que Ron allait mieux.

- C'est incroyable, dit Madame Pomfresh. Pendant la nuit, il s'est miraculeusement rétabli.

L'infirmière avait un ton si extraordinairement ordinaire que Harry se demanda, un instant, s'il n'avait tout simplement pas fantasmé la scène qui avait eu lieu la veille, dans le lit qui était actuellement sous son nez. Pas comme s'il allait aborder le sujet.

- Je pense qu'il vaut mieux que vous l'accompagniez à la Tour de Gryffondor, Monsieur Potter. Il n'a pas encore pris de douche.

Avant que le brun et Ron ne quittent l'infirmerie, Madame Pomfresh ajouta, le visage impassible :

- Je n'ai aucun commentaire à faire sur votre vie sexuelle et amoureuse, Monsieur Potter, mais pensez tout de même à vous protéger.

Harry bafouilla trois mots sans sens et claqua la porte derrière eux. Ron ne fit aucun commentaire.

xXx

- Ron ? Ça va ? Tu veux faire une pause ?

- Ça va, je suis pas en sucre, répondit le rouquin.

Harry observa attentivement son ami. Il avait la tête de Ron, la taille de Ron et les pieds gigantesques de Ron. Pourtant, pas de doute, il s'agissait de Malfoy. Le Survivant avait passé tellement de temps avec le blond, ces derniers jours, qu'il reconnaissait désormais sans mal la moindre de ses expressions faciales.

Cet imbécile de Serpentard avait donc passé la matinée à l'infirmerie à la place de Ron, à attendre que Harry vienne le chercher. Ce qui signifiait plusieurs choses : d'abord, que c'était bien lui qui administrait Merlin ne savait quoi à son meilleur ami et qu'il avait décidé d'arrêter. Et donc, qu'il s'était débrouillé pour déplacer Ron autre part. Et si Malfoy l'avait attendu toute la matinée, c'était qu'il croyait toujours dur comme fer que Harry et Ron étaient dingues l'un de l'autre.

Le Survivant décida de mettre fin à cette croyance stupide et, par la même occasion, d'essayer de découvrir où était caché le véritable Ron. Il voulait prendre le contrôle sur la partie. Il trouvait aussi que ça devenait un peu trop compliqué à gérer.

- Ron ? On peut parler ?

Le rouquin acquiesça. Il était livide.

Harry les entraîna dans une salle de classe déserte, car Poudlard en fournit à qui en émet le souhait. Il ferma soigneusement la porte. Ron se tenait au milieu de la place, si silencieux qu'on aurait pu le croire muet.

- Ron... susurra Harry, avant de se jeter sur le rouquin.

xXx

C'était absolument effroyable d'embrasser son meilleur ami, mais Harry tint bon. Il se consolait en se répétant que ce n'était pas vraiment Ron, même si Malfoy avait définitivement son apparence. Il ne s'avoua pas qu'il était en réalité plutôt ému d'embrasser Malfoy pour la deuxième fois. C'était assez malheureux qu'à chaque fois Malfoy soit polynectarisé en Ron.

Alors qu'il aspirait méthodiquement la bouche de l'autre sorcier immobile, Harry se demanda soudain quelles étaient les réelles limites du Polynectar.

Est-ce que la potion transformait seulement l'extérieur du corps ? Non, sûrement pas, car il avait déjà senti ses organes changer de place, rapetisser ou grandir. Mais alors, est-ce que tous les fluides étaient aussi ceux produits par le corps d'emprunt ?

C'était moins certain. Cela signifierait, en tout cas, que la salive, que les sucs gastriques, que le sperme et la pisse...

Harry embrassa plus profondément Malfoy et avala sa salive. Il eut beau analyser le liquide mousseux, il était incapable de déterminer s'il appartenait à Ron ou à Malfoy.

Subitement, il se rappela que son jumeau maléfique, dans la Salle de Divination, avait léché son propre sperme. Et comme Malfoy était fou mais pas insensé, si c'était possible, il avait léché ce sperme non pas comme étant le sien mais comme étant celui de Harry.

Alors, cela signifiait que tout, absolument tout, était transformé par le Polynectar et que Harry était en train de boire la bave de son meilleur ami, même si c'était Malfoy en dessous. Cette pensée le dérangea tellement qu'il mit fin au baiser.

Il admit qu'il n'aurait eu aucun problème à continuer à embrasser Malfoy, s'il était sous son apparence de blondinet ridiculement parfait.

xXx

- Ron, c'est la dernière fois qu'on s'embrasse, finit par dire Harry, avec une moue artificielle.

Tout d'abord, l'autre Gryffondor ne réagit pas. Puis, il s'écria :

- Mais, 'Ry, tu m'as fait la plus... belle déclaration d'amour du monde, il y a deux jours ! J'étais à moitié dans le pâté mais c'était pas un rêve, je le sais ! Tu étais là, devant moi, et tu m'as embrassé...

Harry eut un sourire narquois et presque pitié de Malfoy, qui plongeait dans un pathos absolument étranger à Ron.

- Malfoy, je n'ai jamais été amoureux de Ron, c'était des conneries. Je te faisais marcher. D'ailleurs, retiens quelque chose, il ne m'a jamais appelé « 'Ry ». Je ne l'ai d'ailleurs jamais embrassé. Dans l'infirmerie, j'ai fait semblant. Et même si je lui ai fait une déclaration d'amour totalement grandiloquente, jamais il n'aurait pu dire que c'était la plus belle du monde. Ho, bordel, quand est-ce que tu vas arrêter de jouer avec les cheveux des autres, sérieux ?

Ron, qui affichait jusqu'alors un air d'intense détresse, redevint soudain très calme.

Harry s'assit à califourchon sur une chaise bancale et demanda, curieux :

- Pourquoi tu as pris l'apparence de Ron, dès le départ ? Tu croyais sincèrement que je pourrais développer des sentiments pour lui ?

Une autre question lui brûlait les lèvres, mais elle n'eut d'écho que dans son crâne. Si tu voulais que je tombe amoureux de toi en tant que Ron, c'était pour te révéler à moi ensuite, pour que je découvre qu'en fait j'étais tombé amoureux de toi ?

Le Survivant s'attendait à ce que Malfoy ne réponde pas, car il ne répondait jamais. En fait, réalisa Harry, ils n'avaient jamais vraiment discuté tous les deux. Ils avaient fait pas mal de choses absurdes ensemble, comme échanger leurs corps, s'embrasser sous d'autres apparences, s'allonger dans des vestiaires de Quidditch, se faire des suçons dans les toilettes et se frotter l'un à l'autre mais jamais Malfoy n'avait expliqué sa démarche ni même exprimé quoique ce soit.

Il s'était tellement habitué à la situation à ne pas savoir que la question ne se posait plus qu'occasionnellement. Mais bordel, il aimerait bien avoir le fin mot de l'histoire.

En fait, il avait l'impression que tout tournait autour de Malfoy mais que le blond était étrangement absent de la partie. Peut-être que si le blond passait plus de temps dans son corps normal, cette impression n'aurait pas lieu d'être, pensa Harry, avec une certaine mélancolie.

xXx

- C'était la façon la plus simple de t'approcher, répondit finalement Ron avec réluctance. Il était naturel que Ron te questionne sur ton double. Je voulais simplement savoir ce que tu en avais pensé. Je n'avais rien prévu de plus.

Ron ne regardait pas Harry. La surface de ses yeux était vitreuse. Le blanc avait l'air bizarrement pâteux et, une seconde, Harry aurait voulu vérifier ça du bout du doigt.

- Je ne sais pas, j'ai perdu le contrôle de moi-même, avoua Malfoy, les yeux toujours aussi morts. En fait, je ne pensais pas que... le spectacle que je t'avais offert te plairait. Je m'attendais à ce que tu dises à Weasley que quelqu'un t'avait joué une horrible farce et que tu le maudirais pour l'éternité. Sincèrement, qui aurait pu apprécier quelque chose d'aussi morbide ? Bref, tes confidences m'avaient rendu si... euphorique que j'ai craqué, je t'ai embrassé. Tu es parti, bien sûr.

Harry attendit, tendu, une suite dont il pensait qu'elle n'arriverait jamais.

- Sous mon propre corps, grâce à ça (Malfoy jeta la Carte du Maraudeur à Harry), je suis allé te chercher. Et si tu tentais de te noyer dans le Lac, après le choc d'avoir été agressé par ton meilleur ami ?

Le brun s'efforça de garder son sérieux. Effectivement, le baiser l'avait totalement chamboulé mais il se serait jamais foutu en l'air pour un contact buccal et quelques échanges de sécrétions corporelles...

- Et je t'ai trouvé transformé en moi. J'ai cru mourir de... Je n'en croyais pas mes yeux, se reprit Malfoy. Et tu te touchais, tu me touchais. Et après, tu as encore fui.

Harry lui fit un sourire contrit, mais Ron ne sembla pas le remarquer, car il était perdu dans ses souvenirs.

- Le lendemain, j'ai surpris ta déclaration à Ron, dans l'infirmerie. Je ne comprenais pas, tu l'avais rejeté la veille ! J'étais énervé de m'être débarrassé de lui si tôt. Si j'avais envisagé que tu puisses l'aimer en retour, et bien, j'en aurais profité, j'aurais gardé son corps. Ce n'était pas mon plan initial, comme je t'ai dit, je voulais simplement l'utiliser pour savoir ce que tu avais pensé de cette scène, dans la Salle de Divination. Après, je comptais le relâcher, ce que j'ai d'ailleurs fait.

- Mais pourquoi ? l'interrompit Harry, malgré lui.

- Pourquoi je l'ai envoyé à l'infirmerie ? dit pensivement Malfoy. Au début, c'était simplement parce que je l'avais rendu très malade la veille, c'était le seul moyen pour qu'il reste tranquille toute la journée. Et donc je me suis dit qu'il valait mieux que Pomfresh l'ausculte. Mais j'avoue que j'ai été très frustré que tu me parles de lui, ce soir-là, dans les vestiaires de Quidditch. Je déteste le corps de Longdubat.

- Non mais non, pourquoi tout ça ? Pourquoi avoir pris la peine de te transformer en Neville et dîner avec moi ? Tu voulais pas être découvert, j'en suis sûr.

- Pourquoi ? répéta Ron et il rit. Pour tout plein de choses. Pour embrasser Potter, pour coucher avec lui, pour le toucher... Pour dominer Potter. C'était pour m'amuser, aussi. Comment réagirait Potter, en apprenant que son sosie courait nu dans les couloirs ? Comment réagirait le saint Potter, en surprenant son sosie se branler comme un dingue ? Comment réagirait Potter, s'il apprenait que celui qui s'était touché comme ça était moi, Draco Malfoy ?

Les yeux de Ron semblaient flous, tellement ils s'agitaient dans tous les sens.

xXx

- Mais je ne pensais pas que tu découvrirais si vite mon identité, reprit Malfoy. Le soir-même, tu avais du Polynectar et tu avais utilisé mon cheveu. Franchement, tu ne trouves pas tout ça divertissant ? J'aime ce sentiment d'amb...

- C'est faux, contesta calmement Harry. Si tu cherchais simplement à coucher avec moi, si ton but n'avait été que de t'amuser, tu n'aurais pas pris autant de risque. Je sais très bien que tu as autre chose à faire, cette année. L'enjeu de ce que tu fais, je le comprends pas, mais je sais que c'est pas ce que tu décris. C'est bien plus grand.

Une légère grimace apparut sur le visage de Ron à l'allusion de sa mission mais sa voix ne trembla pas, quand il parla :

- Que veux-tu dire ? Quels risques ?

Comme Malfoy était têtu !

- Les sortilèges de confusion, par exemple, pour faire croire que je courais le château à poil, commença à énumérer Harry. Le vol de la Carte du Maraudeur, la séquestration de Ron et de Neville. La collecte de tous ces cheveux aussi, sans parler de l'achat et de l'utilisation beaucoup trop fréquente de Polynectar...

Ron n'eut pas l'air étonné que Harry sache tout cela. En fait, il n'avait l'air de rien du tout. Il dit, avec monotonie, comme si c'était inéluctable :

- C'est vrai. Je préfère de loin être dans ton corps et t'embrasser qu'être dans le mien et t'embrasser. J'ai besoin d'être toi. Ca me permet de respirer. J'aime être toi et que tu sois seulement mon reflet, mon ombre...

Harry se sentit un peu perdu.

- Je ne comprends pas, avoua-t-il.

- Je crois que j'ai assez parlé et qu'on a mis beaucoup de choses au clair, dit Ron, sortant de sa torpeur. Il te reste deux cheveux, utilise-les intelligemment.

Ron fit mine de partir mais Harry le retint.

- Où est Ron ?

- T'inquiète pas, Potter, je vais de ce pas le libérer. Il est enfermé dans une armoire très astucieuse, cachée dans une salle que tu connais bien. Je ne l'ai pas maltraité, ni Longdubat ni lui.

- Qu'est-ce que tu lui avais fait, pour qu'il soit si malade ? questionna Harry. Et pourquoi est-ce que Neville n'a rien dit sur ce kidnapping ?

- Ha, dit Malfoy, qui était en train de redevenir blond et de rapetisser. Longdubat a peut-être subi une très légère modification de sa mémoire. Mais tu n'as rien remarqué d'anormal, n'est-ce pas ? Je suis très doué.

Harry grogna mais le mal était fait. Par ailleurs, Neville, c'était vrai, était toujours pareil à lui-même.

- Et Ron ?

- C'est assez drôle, en fait, sourit Malfoy. Je lui ai fait avaler plusieurs Boîtes à Flemme. Pour me venger de votre relation inexistante (regard chargé de reproches), je suis passé plusieurs fois à l'infirmerie, sous l'apparence de Granger, pour lui en redonner. De très bons sorciers, ces jumeaux Weasley. Et de très beaux corps...

Malfoy se référait explicitement à la parade nuptiale de la veille, ce qui fit rougir Harry. Le Serpentard se dirigea vers la porte mais, de nouveau, Harry l'arrêta.

- Comment tu sauras que je vais utiliser un cheveu, maintenant que tu m'as rendu ma Carte ?

- Et bien, nos rôles s'inversent, on dirait. A toi de t'abîmer les yeux sur ta Carte. Ha, et pour que tu saches : j'ai pris une douche ce matin. Par contre, rappelle à Weasley d'en prendre une, il dégage une odeur de sueur et de maladie. J'espère que ses vomissements se sont arrêtés, à l'heure qu'il est. Sinon, je vais avoir du mal à lui administrer les antidotes...

Et Malfoy claqua la porte.

xXxxXxxXx

Ron, comme Malfoy l'avait promis, apparut frais et fringuant, et pas si odorant que ça, juste à temps pour le cours de Sortilèges. Comme ils étudiaient un Maléfice particulièrement bruyant, Harry en profita pour soumettre son ami à un interrogatoire en règle.

Cependant, le rouquin n'avait rien à lui apprendre. Il se souvenait simplement d'avoir été très, très malade et que Madame Pomfresh venait enfin de le guérir et de le libérer. Il n'avait aucune notion du temps qui était passé ni de ce qui avait pu le plonger dans un si grand mal. Harry eut beau prononcer des mots comme « kidnapping » et « armoire » et « furet », il n'obtint de son ami que des regards soucieux. Ron prétendait avoir passé tout son temps à l'infirmerie.

Après avoir écouté son récit, le Survivant eut soudain la conviction que Neville n'était pas le seul à avoir eu la mémoire un peu modifiée. Il n'en éprouvait aucune colère envers Malfoy. Au contraire, quand Ron commença à lui parler de ses rêves, il remercia mentalement le Serpentard d'avoir traficoté les souvenirs de son ami.

Ron avait, en effet, fait énormément de rêves sans queue ni tête et deux d'entre eux l'avaient tellement marqué qu'il aurait pu les croire réels, s'ils n'avaient pas été si absurdes.

- Je t'assure, j'ai rêvé que tu me déclarais ton amour fou – c'était répugnant, tu employais des formules pathétiques et d'une mièvrerie gerbante. Mais c'est presque rien comparé à celui que j'ai fait hier. Accroche-toi ! Toi et George, vous étiez en train de... je sais pas comment dire ça et je veux même pas le dire, mais en tout cas, vous étiez super proches l'un de l'autre et dans le lit à côté de moi. Toi et George, tu te rends compte ?

- Ha, heu... Tu en as parlé à Madame Pomfresh ? demanda Harry, légèrement paniqué.

- Oui, bien sûr, répondit Ron, les sourcils froncés. Je suis passé la voir tout-à-l'heure. Elle m'a donné une potion, parce qu'elle disait que j'avais pas encore repris tous mes repères. En fait, elle affirmait qu'on avait déjà fait tous les tests avant que je sorte de l'infirmerie. Vu que je m'en rappelais pas, on les a refaits.

- Et donc tu lui as parlé de tes rêves ? insista Harry.

- Et bien ouais. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas vu George depuis qu'ils avaient quitté l'école l'année dernière. J'ai du halluciner. Elle a peut-être raison, je suis encore un peu paumé.

Harry se promit que la prochaine fois qu'il irait à Pré-au-lard, il ramènerait un cadeau pour l'infirmière.

xXx

Le Survivant passa tout le reste de la journée à observer les déplacements de Malfoy sur la Carte du Maraudeur. Il était bien content d'avoir récupéré son item magique mais trouvait très fatiguant de suivre les pas du Serpentard dans le château.

Malfoy se rendit sagement à tous ses cours et le soir, il mangea à la table de Serpentard, comme n'importe quel Serpentard qui ne s'amusait pas avec des potions dangereuses. Ensuite, il rentra à son Dortoir et ne bougea plus.

Bon, décida Harry, ce n'était pas pour cette nuit. Ca tombait plutôt bien, parce que la journée avait été riche en révélations et il préférait attendre le lendemain pour les assumer.

Malfoy avait plus ou moins sous-entendu vouloir être lui. Et lui, Harry, qui voulait-il être ? Malfoy ? Pas forcément, mais il aurait bien voulu se polynectariser de nouveau en lui et, cette fois-ci, ne pas manquer de se branler.

Bien entendu, demander un cheveu au blond c'était avouer sa défaite, même si le jeu auquel ils jouaient n'avait ni nom ni but.

En fait, comprit Harry juste avant de s'endormir, il désirait le blond et, à sa manière, le blond le désirait. Malfoy le désirait si fort qu'il voulait même devenir lui... Peut-être que leur jeu menait à une impasse, peut-être qu'ils avaient déjà tous les deux gagné, sans le savoir, et qu'il ne leur restait plus qu'à exiger leurs récompenses.

xXxxXxxXx

Le lendemain matin, Harry se réveilla très tôt, avant six heures, malgré son manque de sommeil. Il se mit immédiatement à chercher Malfoy sur la Carte du Maraudeur. Il trouva le point légendé « Draco Malfoy » immobile dans le Dortoir des Serpentards de sixième année. Harry supposa qu'il était encore endormi.

Il prit une douche très rapide et se brossa les dents furieusement, tout en observant la Carte du coin de l'œil. Malfoy ne s'était visiblement toujours pas levé.

Il s'habilla sans quitter le parchemin des yeux. Et, victoire, quand Harry enfila sa chaussette gauche, Malfoy commença à bouger. Le Gryffondor suivit le parcours de sa banderole et culpabilisa vaguement quand elle stationna plusieurs minutes dans les toilettes.

Assis sur son lit, entièrement préparé, il attendit de voir ce que Malfoy allait faire ensuite. Le blond passa plus d'une demi-heure dans la salle de bain et encore dix minutes de plus devant l'armoire du Dortoir. Enfin, il quitta les cachots et se dirigea vers la Grande Salle.

En chemin, cependant, il s'arrêta et se glissa dans un placard. Harry sentit l'excitation monter. Malfoy était certainement en train de prendre du Polynectar.

Pas une minute à perdre. Harry descendit dans la Salle Commune, qui était déserte, se planqua maladroitement derrière un fauteuil et plongea un des deux cheveux qui lui restaient dans une fiole de potion.

Il était tellement impatient de voir ce qui allait se passer pendant le petit-déjeuner qu'il trouva la douleur moins importante que les fois précédentes. On s'habituait à tout, même à sentir ses os se liquéfier sous l'effet d'un acide féroce.

Quand il découvrit son corps d'emprunt, Harry dut retourner en despi dans son Dortoir. Les lits de Seamus et Dean étaient vides. Entendant du bruit provenant de la salle de bain, Harry supposa que les deux amis étaient en train de prendre leurs douches.

Ron et Neville étaient encore endormis, ce qui arrangeait ses affaires. Harry s'approcha du lit de Neville, tira silencieusement le rideau et jeta un Stupéfix à l'innocent dormeur.

Il claqua la porte derrière lui et se rendit compte, au grognement qui retentit, qu'il avait réveillé Ron.

Sans une once de culpabilité, cela dit, car il était bien trop excité par ce qui allait se passer, il partit petit-déjeuner.

xXx

- Hey, Neville, le salua Harry Potter. Viens t'asseoir. J'ai cru que t'arriverais jamais.

C'était décidément très curieux d'être salué par soi-même. Harry sourit, marmonna de sa nouvelle voix « Je dormais si bien... » alors qu'il s'était levé bien avant Malfoy et se posa lourdement juste à côté de ce dernier.

Hermione ne lui adressa même pas un regard. Elle fixait les portes de la Grande Salle, attendant visiblement que Ron arrive.

- Hermione, Ron était fatigué et même pas levé quand je suis parti, mentit Malfoy de façon convaincante, alors qu'il n'en avait en fait strictement aucune idée. Je doute qu'il...

Malheureusement pour le Serpentard, Ron choisit ce moment précis pour entrer dans la Grande Salle.

Harry Potter et Neville Londubat partirent dans un fou rire contenu et complice. Bordel, ils devaient faire attention. C'était bien beau d'avoir un don pour le mensonge mais encore fallait-il l'utiliser intelligemment.

Heureusement pour eux, Hermione était trop focalisée sur son joli rouquin pour remarquer l'étrange attitude de Neville et Harry, dont les dos étaient agités de soubresauts nerveux.

- Hey, Harry, Neville, ça va ? les salua Ron, après un long bâillement. Neville, sérieux, arrête de claquer la porte quand tu sors, tu sais que y en a qui ont besoin de sommeil, surtout après une longue convalescence. Ha, et pourquoi t'as laissé les rideaux de ton lit fermés ?

Harry prit l'expression la plus surprise qu'il put.

- J'ai fait ça ? Je me rappelle pas, tu sais comment je suis parfois... Ma grand-mère a raison, en fait.

Il soupira et imita la grimace que Neville avait l'habitude de faire, quand on lui faisait une réflexion.

- Ron, intervint Hermione, j'en viendrais presque à regretter que tu sois guéri. Et Neville, combien de fois je t'ai dit qu'il ne sert à rien de te fustiger comme ça ?

- Hermione, répliqua Malfoy, de la voix de Harry. Combien de fois je t'ai dit que « fustiger » n'appartient pas au vocabulaire toléré par notre génération ?

Harry s'étouffa, outré. Comment Malfoy pouvait oser le faire passer pour un crétin ? Il savait ce que voulait dire « fustiger », merci pour lui. Le Survivant était tellement choqué que du café lui sortit par le nez. Ginny le regarda, un peu dégoûtée, mais elle ne fit aucun commentaire. Après tout, elle était habituée à ce que Neville soit un peu cracra.

Dans le Poudlard Express, l'année précédente, ce dernier s'était débrouillé pour couvrir Harry et tout le compartiment d'une substance verdâtre et malodorante. Tout ça pour leur prouver les capacités exceptionnelles de son vieux cactus.

- Harry, combien de fois je t'ai demandé si ton cousin moldu, à force de te prendre pour un punching-ball, t'avait accidentellement abîmé le cerveau ? rétorqua Hermione, qui n'appréciait manifestement pas qu'on critique la richesse de son vocabulaire. « Fustiger » est un très joli mot qui signifie...

- … blâmer, critiquer violemment quelqu'un, acheva Malfoy. A l'origine, cela voulait dire « battre à coups de bâton ». Mais tu aurais pu employer un mot plus contemporain.

Hermione en resta coite. Elle jeta un coup d'œil à Neville-Harry et à Ron mais tous les deux firent comme s'il ne s'était rien passé d'anormal. Harry parce qu'il était vexé que sa meilleure amie le croit si ignorant et Ron parce qu'il ne voulait blesser ni sa petite amie ni son binoclard préféré.

- Harry, ces derniers temps, tu me sembles parfois très intelligent, remarqua Hermione. Bon, est-ce quelqu'un peut me rendre mon exemplaire de la Gazette ?

xXx

Malfoy, un sourire suffisant aux lèvres, fit un clin d'œil moqueur à Harry qui était en train de nettoyer son nez avec une serviette. Ce geste avait une signification très simple : « Alors que j'ai la même apparence que toi et que je fais tout pour ne pas me trahir, ta pote Granger a quand même remarqué combien je brille ».

Le Malfoy imaginaire, dans la tête de Harry, continua : « Je devrais garder ton corps, en fait, je lui sied bien mieux. Mais tu ne pourrais pas rester dans le mien, car il n'y a qu'un génie qu est capable de jouer à l'imbécile. L'inverse n'est, malheureusement pour toi, pas possible... »

Et comme Harry se sentait d'humeur masochiste, il poussa le vice jusqu'à faire dire à son malin génie : « Tu ne pourrais pas non plus utiliser ton corps, parce qu'il sera devenu mien. Peut-être que je te garderais sous ta Cape, enfin, ma Cape, précieusement invisible... Tu me suivrais comme une ombre que personne ne voit et, parfois, je t'autoriserais à me parler à l'oreille. Tu me dirais des mots qui n'existent pas car cela ferait longtemps que tu aurais perdu la Raison. Une fois par mois, par an, par décennie, je me glisserais à ta place sous la Cape et tu pourrais, un jour, une heure, une minute, te réapproprier ton corps. »

L'idée lui faisait si peur que Harry se mit à trembler. Ginny le regardait avec inquiétude, croyant que son étouffement précédent avait causé quelque dommage irréparable à son appareil respiratoire.

- Neville, ça va ? l'interrogea-t-elle, en posant une main sur son épaule.

Harry allait répondre que tout allait bien quand quelque chose de tout-à-fait inattendu et terriblement malvenu arriva. Une main se posa sur sa cuisse.

Il pensa absurdement que Ginny tentait, avec peu de subtilité, de lui manifester son intérêt. Puis, il se rappela qu'il était dans le corps de Neville et que Ginny, de toute façon, sortait avec Dean Thomas. Pas si étrangement que ça, Harry découvrit que cette relation amoureuse ne le dérangeait plus du tout. Il avait même du mal à comprendre pourquoi la jalousie lui avait tant tordu le ventre, quand il avait appris la nouvelle, quelques mois auparavant.

Il comprit alors que c'était la main de Malfoy qui était en train de s'approcher, lentement mais sûrement, de son entrejambe. Il se sentait pris dans un étau : Ginny à sa gauche, dont le visage était si soucieux qu'il en était comique et Harry Potter alias Draco Malfoy, à sa droite, qui discutait des dernières nouvelles, l'air de rien, avec Hermione. Tout semblerait ordinaire, s'il n'y avait pas eu cette main-araignée qui grimpait désormais sur ses parties génitales.

Tandis que les doigts défaisaient aveuglement les boutons de son pantalon, Harry s'aperçut que Ginny attendait toujours une réponse.

- T'inquiète pas Ginny, je me sens un peu... ballonné, c'est tout, mentit-il à moitié.

Il y avait bien une partie de son corps qui se sentait un peu à l'étroit, mais ce n'était pas son abdomen. Non, avec horreur, il se rendit compte que son sexe réagissait aux caresses maladroites de Malfoy. Il se sentit presque trahi. C'était aberrant d'être excité dans une telle situation. Il n'y avait rien de romantique, rien d'érotique, rien de désespéré dans ce petit-déjeuner. Rien qu'une main posée sur lui et son stupide pénis ronronnait de plaisir. Salaud.

Malfoy paraissait si normal que Harry sentit monter en lui, en plus de son honteuse excitation, de la colère. Comment est-ce que le Serpentard osait le masturber distraitement, tout en commentant la dernière loi adoptée par le Ministère ?

xXx

- Ginny, ça se passe bien avec Dean ? demanda Harry, en se concentrant pour avoir l'air de Neville. Il n'avait aucune idée de comment avoir l'air de Neville.

- Ho, oui, très bien, répondit avec une certaine timidité la Gryffondor. On a prévu d'aller ensemble à Pré-au-lard, la prochaine fois.

Ron fit un grognement un peu dédaigneux mais ne pipa mot.

- Ça te pose un problème, Ron ? Est-ce que je te parle de tes escapades avec Hermione ?

Hermione se détourna de Harry-Malfoy et bafouilla, sur la défensive :

- Tu as quelque chose à redire sur Ron et moi ?

Harry profita de ce petit chaos pour glisser sa main sous la table et, à son tour, faire des choses obscènes à son complice. Son amour-propre lui faisait croire que c'était une vengeance. Son pénis palpitant lui rappelait qu'il y prendrait un plaisir certain et coupable.

Il faillit glapir de surprise quand il sentit, sous sa main moite et malhabile, le sexe dur de Malfoy. Il dut se retenir d'adresser un regard interrogateur à Harry-Draco, sachant que si quelqu'un d'assez attentif les surprenait, ils étaient vraiment mal barrés.

Les deux adolescents, dans des corps qui n'étaient pas les leur continuèrent, durant tout le petit-déjeuner, à se branler mutuellement, avec la gaucherie tendre de deux êtres qui se connaissent à peine.

Aucun des deux n'osa jouir. En partie à cause du stress et des mille complications qui ne manqueraient pas de leur tomber dessus, aussi parce qu'ils ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Un jour, il faudrait bien qu'ils mettent des mots sur cette malédiction que Malfoy leur avait jetée.

A ce moment-là, pourtant, ils étaient heureux de simplement se caresser comme on cajole un objet précieux et familier. Harry laissait ses doigts courir sur le sexe de Malfoy, qui était le sien, avec la satisfaction d'un homme qui flatte les oreilles de son chien.

Draco agrippait le sexe de Londubat, qui était en fait celui de Harry, avec la détresse superficielle d'un gamin qui convoite la peluche d'un autre.

xXx

Après de longues minutes d'immersion dans le plaisir qu'il donnait et recevait, Harry sentit venir, affolé, la détransformation. A force de prendre du Polynectar, il était devenu plus sensible aux différentes manifestations de la potion et sut qu'il lui restait quelque chose comme trois minutes avant qu'on ne lui fasse remarquer qu'il maigrissait à vue d'œil.

Un regard vers Malfoy et il comprit que lui aussi avait capté que leur temps était compté. D'un commun accord, ils se levèrent de table, prétextèrent tous deux avoir oublié quelque chose – Harry eut un pincement au cœur pour Neville quand il vit les regards condescendants qu'on lui adressait – et quittèrent la Grande Salle.

A mi-chemin, les cheveux de celui qui avait été Harry Potter un instant auparavant commencèrent à s'éclaircir dangereusement. Celui qui avait l'apparence de Neville, par ailleurs, sentait son ventre se creuser si vite qu'il eut peur de tout bonnement disparaître.

Quand Malfoy redevint Malfoy, il laissa Harry, redevenu Harry, en plan. Ce dernier ne se formalisa pas, remonta sa braguette qui était restée béante jusque-là et courut vers la Tour de Gryffondor. De façon assez incroyable, il réussit sans problème à libérer Neville de la stupéfixion et à lui faire croire qu'il ne s'était pas réveillé.

Ils se rendirent en DCFM en silence. Harry avait l'esprit entièrement occupé par Malfoy. Il ne comprenait pas. Quand il n'était pas avec le Serpentard, il passait son temps à se poser des questions sur le bien-fondé, sur la moralité-même de leur semblant de relation. Sincèrement, qui de sain d'esprit faisait ce qu'ils faisaient, sans même se connaître, sans aucun motif ?

Mais dès qu'ils prenaient du Polynectar, il se sentait tellement libre, tellement autre, que des notions aussi humaines que le bien, le mal et la loi morale n'avaient plus lieu d'être. Il buvait la potion et se métamorphosait. Mais la métamorphose n'est pas une propriété humaine.

Voilà, quand Harry et Malfoy utilisaient le Polynectar, ils s'élevaient tous deux au rang de Dieux. Et les Dieux sont imprévisibles et n'en ont rien à faire des obscurs raisonnements humains. L'idée-même de conséquence n'a aucune importance. Les Dieux qu'ils devenaient, pendant ces courts instants bénis, avaient le corps et l'esprit imbibés d'une seule ivresse : celle du désir.


A Suivre...


Voilà ! Désolée, j'aurais vraiment voulu vous livrer la fin mais ça prenait une ampleur démesurée et comme je préfère faire ça bien...

J'attends vos petits mots avec impatience et merci de me lire :) Promis, en milieu de semaine prochaine, vous connaitrez le fin mot de l'histoire.