Publié le 17 septembre 2015

Bonsoir bonsoir ! Le moment est enfin arrivé. Finalement, malgré mon problème d'écriture au chapitre 4, cette fic m'a bien amusée. J'espère qu'elle vous a aussi plu et que ce dernier chapitre, très très long, vous plaira tout autant.

Au cas où : Un gars « métrosexuel » est un hétéro qui se comporte comme un stéréotype gay. N'en ayant a rien à foutre de l'orientation sexuelle ou du sexe d'une personne, j'utilise ce mot parce qu'il est marrant.

RDV en bas pour connaître mes projets pour le tur-fu.

En réponse à Florence Baker : J'espère que la fin te plaira, Draco se confie pas mal :)

En réponse à Guest : Coul, plein de petites réactions sur le vif ! Est-ce que le Polynectar est addictif, c'est une belle question... Et le dernier cheveu appartient à... TADAM

En réponse à Daidaiiro30 : T'inquiète Georgette, c'est déjà adorable de suivre cette fic et encore plus de reviewer :) Heureuse que ça t'ait plu, cette branlette distraite, j'avais la scène bien en tête. En espérant que la fin te plaise.

Résumé : Harry et Draco (polynectarisé en Ron) discutent : Draco dit qu'il voudrait être Harry. Harry lui révèle qu'il n'y a absolument rien entre lui et Ron. Le véritable Ron est libéré et guéri et ne garde aucun souvenir de ce qui a pu lui arriver. Harry utilise son troisième cheveu et se transforme en Neville. Pendant le petit-déjeuner, Draco, sous l'apparence de Harry, et Harry, en tant que Neville, se branlent mutuellement. Aucun ne jouit mais ils sont plein de tendresse.


PAR CAPILLARITE

Dernier chapitre : Un homme en face d'un cosmos


Le ventre de Neville passa toute la matinée à gargouiller. Il faisait un bruit si désagréable que Mcgonagall, exaspérée, proposa au Gryffondor une potion contre les désagréments intestinaux. Quand Neville, gêné et confus, répondit que c'était simplement parce qu'il était mort faim, Hermione le regarda avec stupeur.

Que Neville ait faim, c'était tout naturel. Harry était allé petit-déjeuner à sa place et, si le Survivant s'était empiffré, l'autre sorcier n'avait rien pu avaler avant les cours, stupéfixé dans son lit comme il l'était.

Bien entendu, même si Hermione trouvait l'appétit de Neville plutôt inquiétant, compte tenu du fait qu'elle croyait l'avoir vu durant le petit-déjeuner vider deux pots de confiture sur une brioche entière, elle aurait été bien incapable d'imaginer ce qu'il s'était réellement passé ce matin-là.

Heureusement, d'ailleurs. Aurait-elle pu accepter l'idée d'être assise à côté de Harry, transformé en Neville et de Malfoy, transformé en Harry ? Et aurait-elle pu supporter que les deux adolescents fous se masturbent mutuellement, dans des corps d'emprunt, avec des mains et des bites qui n'étaient manifestement pas les leurs ?

Pour une des premières fois de sa vie, Harry souhaita que Hermione soit née moins perspicace. Il espérait que la sorcière ne bâtirait pas immédiatement des théories hâtives et qu'elle attendrait d'avoir un peu plus d'indices... ou même qu'elle laisserait carrément tomber l'histoire.

Harry décida qu'il lui rappellerait, à la fin du cours, que les garçons – c'était bien connu – grandissait jusqu'à vingt-et-un ans. Hermione penserait alors que si Neville était affamé, ce n'était pas parce que Harry, en malpropre, l'avait cloué au lit, mais bien parce qu'il était en pleine poussée de croissance.

C'est donc pendant ce cours de Métamorphoses, alors qu'il s'efforçait de transformer une vessie en lanterne, que Harry réalisa que son petit jeu avec Malfoy pouvait vraiment mal se finir.

xXx

Normalement, avec un peu de chance, Harry allait avoir le temps d'utiliser son dernier cheveu avant que Hermione ne formule d'hypothèses complexes. Son but, pour l'instant, était de ne pas être pris avant d'avoir épuisé son stock de Polynectar. Ce serait con.

Après, que ferait-il, il n'en avait aucune idée. Il retournerait certainement à sa routine extraordinaire de garçon-qui-a-survécu. Et puis, Dumbledore, dans le placard du jardin du Terrier, lui avait promis des cours privés pendant l'année. Ainsi, sa sixième année, même sans Malfoy, risquait d'être lourde en péripéties.

Néanmoins, une voix maline dans un coin de sa tête se mettait parfois à murmurer que, sincèrement, s'il pouvait passer tout le reste de sa scolarité à éprouver ses nerfs avec Draco Malfoy, ça lui irait. Si Hermione n'émettait pas plus de soupçons et que Malfoy était partant, s'il buvait sa fiole de Felix Felicis, il serait peut-être capable de prolonger la partie un peu plus longtemps.

Malfoy était incompréhensible, curieusement réservé mais furieusement attirant. Ce n'était pas seulement qu'il était beau, même si, objectivement, c'était le cas. Non, en réalité, sa beauté mathématique ne faisait pas grand chose à Harry. C'était ce qu'il dégageait, qu'on appelle ça du charme, du sex-appeal ou une malédiction. Il avait quelque chose d'entêtant qui donnait envie à Harry de passer du temps avec lui, sous leurs propres apparences, ou non.

Bref, peut-être que Harry pourrait encore passer un moment à jouer à un jeu sans fin avec Malfoy. Ils finiraient par se lasser d'imiter, à tour de rôle, le chat et la souris. Alors, si la Fortune était toujours avec eux, ils passeraient aux choses sérieuses, même si Harry ne voulait pas savoir ce que cette expression signifiait.

Pourtant, cette histoire pouvait aussi se finir tout autrement. Si, par exemple, le lendemain, quelqu'un les prenait la main dans le sac, en plein jeu... Pire : si Hermione, à la fin du cours, demandait à Neville pourquoi il avait si faim et qu'il lui répondait ne pas s'être levé ce matin-là...

Harry refusait d'imaginer la réaction de Neville s'il apprenait qu'il avait utilisé son corps pour masturber Malfoy, même si techniquement il n'avait fait que se masturber lui-même. Voler le corps de quelqu'un, ami ou pas, pour faire des choses obscènes avec, c'était un crime d'une immoralité telle qu'il impressionnerait même positivement Voldemort.

Et Harry ne lui en voudrait pas, si Neville lui cassait la gueule. Mais si ce dernier pouvait attendre ne serait-ce qu'une journée de plus...

xXxxXxxXx

Malfoy était définitivement fou et pressé, pensa Harry avec admiration. En effet, même s'il était totalement open pour une nouvelle prise de Polynectar, il ne s'était pas attendu à ce qu'elle vienne si vite. Pourtant, pendant la pause, l'après-midi même, Harry surprit l'étiquette « Draco Malfoy » agir étrangement sur la Carte du Maraudeur. C'était forcément un signe.

La petite banderole tournait sur elle-même dans un couloir où il y avait d'autres élèves. Quand Harry lut les autres étiquettes, toutefois, il trouva que tout ça sentait le mauvais plan et son pénis se mit à bouder.

En effet, en face de l'étiquette folle, il y en avait trois autres qui disaient « Pansy Parkinson », « Blaise Zabini » et « Théodore Nott ». Et autour, il y avait d'autres personnes, mais Harry ne prit pas la peine de déchiffrer leurs noms.

Le cours de Potions commençait dans dix minutes. Ce n'était pas comme si Slughorn allait le manger, s'il arrivait en retard ou s'il n'arrivait pas. Mais, réalisa Harry, même s'il avait eu cours avec Snape, ça n'aurait rien changé à sa décision. Il fallait bien qu'il aille voir ce que Malfoy faisait avec son corps. C'était, en quelque sorte, sa responsabilité.

Le Gryffondor se terra sous un escalier. Il se félicita d'avoir dans sa poche sa dernière fiole de Polynectar et son quatrième cheveu, qui était blond foncé et frisé. Harry avait consciemment délaissé ce cheveu, le trouvant particulièrement laid. A qui pouvait appartenir cet élément rugueux et épais ?

Pour une raison inconnue, la potion, une fois complète, dégageait une odeur répugnante, bien plus répugnante que d'ordinaire. Harry déglutit.

Son sens de la justice le retint d'appeler Kreattur pour qu'il goûte la potion à sa place. Et puis, il n'avait pas le temps. Est-ce que les Elfes pouvaient boire du Polynectar sans risque, de toute manière ?

En se pinçant le nez, Harry avala sa dernière fiole de Polynectar, avec une mélancolie qui laissa vite place à une impérieuse envie de déverser l'intégralité de ses viscères par ses trous de nez.

Il avait l'impression que sa langue allait fondre sous l'infâme liquide, qui était un mélange de mycose, de bile jaune et de fromage de bite.

La douleur redoubla quand commença la transformation, qui fut aussi brève qu'incroyablement violente. Il sentit en lui comme un bouleversement radical et permanent, comme si, pour de vrai, il ne serait plus jamais le même. C'était la première fois, semblait-il, qu'il prenait conscience du sens que le fait de prendre du Polynectar avait vraiment.

xXx

Ce n'était revêtir temporairement l'apparence d'un autre comme un miroir imite bêtement un visage. Ce n'était pas posséder un corps comme Voldemort avait possédé Quirrell. C'était à la fois un vol et une perte d'identité.

Ça chamboule tout ton être entier et te plonge dans l'abîme, un instant. Tu crois que tu vas y laisser la vie mais le gouffre te rejette et tu y réchappes. Mais tu n'es plus le même. Comme Orphée, tu es descendu dans le monde des morts une fois et, pour en sortir, tu ne peux te retourner.

Harry comprit enfin comment Malfoy, polynectarisé en Ron, avait pu quitter l'infirmerie sans que Madame Pomfresh le démasque. Cette dernière l'avait examiné et n'avait rien constaté d'anormal, parce qu'il était réellement devenu Ron.

Harry avait grandi dans le monde Moldu, qui n'avait pas la Magie, certes, mais avait la science. Fin du vingtième siècle, la majorité des moldus ne croyait pas qu'une chose aussi impalpable que l'âme puisse exister. Il avait grandi dans une société où ce qui existe, c'est ce qui a une ombre.

Alors, prendre du Polynectar, pour lui, ce n'était pas se glisser un instant dans le corps d'un autre et revenir, plus tard, à son propre corps. Car pour cela, il faudrait qu'il y ait une âme qui reste identique et éternelle.

Non, prendre du Polynectar, c'était abandonner son propre corps pour un autre. Et quand il reprendrait, au bout d'une heure, son apparence d'origine, ce serait encore une nouvelle transformation. Comment est-ce qu'un corps pourrait revenir en arrière ?

A chacune de ses métamorphoses jusque-là, il avait perdu un peu de lui-même et il venait seulement de s'en rendre compte.

Harry fit quelques pas mal assurés. Il croisa son reflet dans une vitre et l'angoisse lui enserrait la gorge. Qui, en le voyant, l'appellerait « Harry Potter » ? Comment pourrait-il prouver son identité, quand son corps criait, tout entier, « Je suis Draco Malfoy » ?

D'ailleurs, était-il encore légitime pour lui de penser qu'il était « Harry Potter », alors qu'il avait délibérément rejeté cette identité ?

xXx

Harry entendit le brouhaha provenant du couloir bien avant d'y entrer. Il s'arrêta pour jeter un dernier coup d'œil à la Carte. La situation n'avait pas vraiment changé. Malfoy était toujours en train de stupidement faire des tours sur lui-même et les trois Serpentards étaient en face de lui.

Harry se jeta dans le couloir et franchit aisément la foule. C'était parfois pratique d'être un réputé Mangemort.

- P... Potter ! se cria-t-il à lui-même.

En approchant, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Malfoy tournait sur lui-même mais ce n'était, comme Harry l'avait supposé, pour attirer son attention sur la Carte du Maraudeur.

C'était Blaise Zabini qui le faisait virevolter de la sorte. Les trois Serpentards avaient attaqué Malfoy, en le prenant pour lui. A ce moment-là, Malfoy était vraiment devenu lui. Il était bien plus Harry Potter que Harry l'était lui-même.

- Zabini, dit l'adolescent blond, de sa voix la plus calme et traînante possible. Qu'est-ce que tu fous ?

Blaise eut l'air étonné et laissa retomber sa baguette. Malfoy, dans le corps de Harry, s'effondra par terre, dans un craquement pitoyable. Deux personnes dans la foule crièrent mais n'intervinrent pas.

Harry se demandait pourquoi personne n'avait appelé un professeur. Ça devait faire un bon quart d'heure que le prétendu Harry Potter était maltraité. Il observa rapidement la foule mais ne reconnut aucun Gryffondor.

- Draco, dit Blaise lentement, comme s'il parlait à un vieillard malade. C'est Potter. Tu sais, Potter.

Harry fit une mimique qui voulait dire à la fois « Heu, oui, je sais » et « Je comprends rien à ce que tu me chantes, Blaise, mais sache que tu vas pas t'en sortir avec un seul hématome ».

- Et alors ? demanda Harry, en s'approchant de la masse informe qui était son propre corps.

Comme il avait l'air vulnérable ! Harry s'accroupit à côté de lui-même et tapota doucement la joue du brun. Malfoy ne se réveillant pas, Harry commença à le gifler franchement, mais rien n'y fit.

Si Malfoy mourait dans son corps, on proclamerait Harry mort. Et donc, Harry devrait vivre pour toujours en fugitif. S'il faisait une provision de cheveux de Malfoy, il pourrait utiliser son identité. Néanmoins, comme lui avait fait remarquer son malin génie, il n'était pas assez intelligent pour se faire passer bien longtemps pour le Serpentard.

Il devrait alors quitter le Royaume-Uni et trouver refuge dans un pays où on ne connaissait pas son visage. Ou bien il retournerait dans le monde moldu. Ce serait ennuyant mais aucun Moldu, au moins, ne serait assez perché pour mourir sous une autre apparence, obligeant son modèle à, lui aussi, faire le mort.

xXx

- Hey ! grogna Harry, en cédant à la panique.

Blaise observa Draco, son meilleur ami, avec suspicion. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Le blondinet agitait désormais son ennemi comme un vulgaire Moldu. Pourquoi ne tentait-il un sortilège de ranimation ? Ce n'était pas comme si Pansy, Théo et lui avaient vraiment attaqué et blessé Potter. Ils n'avaient fait que suivre les ordres.

Comme si Harry avait lu dans les pensées de Blaise, il sortit sa baguette et tapota Malfoy, tout en murmurant Ennervate.

Au moment précis où la baguette lança le sort, Blaise se jeta sur Harry, en criant :

- Mais t'es qui, putain ?

Harry tomba de tout son poids sur Draco qui venait à peine de reprendre connaissance. Les trois adolescents, dont deux n'étaient pas qui ils prétendaient être, se retrouvèrent enchevêtrés comme une chimère grotesque. Thédore et Pansy s'écartèrent, se fondant dans la foule.

Malfoy se débattit et réussit à s'extirper du tas, jurant à voix haute. Harry, lui, était toujours écrasé par Blaise, ce dernier l'étranglant pour le maintenir au sol. Le Survivant se demanda avec amertume pourquoi est-ce qu'il passait tant de temps plaqué à terre par des Serpentards.

Malfoy, toujours dans le corps de Harry, se releva et s'éloigna des deux idiots. Il constata que tous les élèves présents dans le couloir s'étaient dispersés, comme prévu.

- Mais qu'est-ce... Pousse... Bordel... marmonna Harry, mais il était incapable de prononcer une phrase entière, car les mains de Blaise lui coupaient implacablement le souffle.

Par un heureux hasard, il s'aperçut qu'il n'avait pas lâché sa baguette dans sa lutte et parvint à l'enfoncer dans le ventre du Serpentard, ce qui le fit momentanément desserrer son étreinte. C'était tout ce dont Harry avait besoin.

- Stupefix ! cria-t-il.

Blaise s'écroula sur les jambes de Harry, qui le repoussa sans ménagement. Le Survivant lui lança un maléfice du Saucisson et le ranima ensuite.

xXx

- Qu'est-ce qu'il t'a pris, Zabini ?

La voix de Harry ne tremblait pas.

- Et toi, t'es qui ? rétorqua Blaise.

Même paralysé, il dégageait toujours une aura furieuse. Il n'était pas très content de se retrouver dans une position aussi embarrassante, tout ça parce qu'il avait accepté de donner un coup de main à son pote Draco.

- Potter, tu veux bien prêter tes lunettes à Zabini ? ricana le Survivant. Je crois qu'il a du mal à reconnaître son meilleur ami.

Malfoy ne bougea pas et la remarque de Harry tomba à l'eau. En fait, Draco se tenait étonnement loin de la scène, comme si tout cela ne le concernait pas. Il se contentait de les observer, attendant le moment décisif. « Ça passe ou ça casse », se répétait-il.

- Je t'ai demandé qui t'étais, réponds ! répéta Blaise, avec une hargne telle que Harry faillit reculer.

- Qui crois-tu que je suis, à part Draco Malfoy ? répondit Harry.

Sa voix commençait à flancher. Zabini l'avait percé à jour. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne découvre sa véritable identité, ainsi que celle du faux Harry Potter. Ils étaient perdus. Pourquoi avait-il fallu que Draco s'implique dans une bagarre avec ses amis, sérieusement ?

- Oh, je ne sais pas, intervint alors Draco. Il a beau ressembler à la fouine, mais ce type-là n'est sûrement pas Malfoy. Jamais il ne se serait inquiété pour moi, non ? Pourquoi il aurait pris la peine de me ranimer ? Malfoy, lui, aurait sûrement profité de ma faiblesse pour me balancer deux ou trois coups de pieds dans les couilles.

- Potter, tu ne manques pas d'air ! s'écria Harry, éberlué.

Malfoy l'imitait si bien que c'en devenait vexant.

- Ce n'est pas moi qui me glisse dans les filets à bagages pour écouter tes conversations privées, se moqua Harry. Si tu ne mettais pas le nez dans mes affaires, je n'aurais pas à te donner de petites corrections.

S'il n'avait pas été l'acteur, Harry se serait convaincu lui-même.

- Vous deux ! grogna Blaise. Toi, t'es peut-être Potter, j'en sais rien, mais toi là, t'es assurément pas Draco. La baguette que t'as dans la main, c'est pas la sienne.

xXx

C'était donc ça qui avait fait tiquer Blaise. Effectivement, sa baguette, elle, n'avait pas subi les effets du Polynectar – ce qui était plutôt normal. Harryla caressa doucement, réalisant que même si elle avait trahi son déguisement, elle était aussi la preuve rassurante qu'il n'était pas vraiment devenu Malfoy.

C'était si bête, comment avait-il pu oublier ? Qu'importait son apparence, qu'importait si prendre trop de Polynectar altérait de manière définitive son enveloppe corporelle, qu'importait s'il devenait quelque chose de si peu humain qu'on l'appellerait « monstre » – il eut alors une pensée pour Voldemort –, le fait était que sa baguette serait toujours là, unique, pour lui rappeler qu'il était « Harry Potter ».

Elle lui répondait comme d'ordinaire, c'est-à-dire sans une seule hésitation. C'était un peu absurde, quand on y pensait, qu'un simple morceau de houx, fourré d'une plume de phénix, soit la seule chose qui le rattachait à sa véritable identité. Mais la baguette le reconnaissait comme son maître et ça signifiait qu'il était toujours le même depuis le début.

Harry ne se sentait plus seul. Il était prêt à affronter le dernier piège de Malfoy.

- C'est ça qui t'a fait douter de moi ? dit Harry avec une grimace dédaigneuse. T'es vraiment pas futé. Pourquoi est-ce que Potter s'est pas défendu contre vous, d'après toi ?

Le regard de Blaise reflétait son étonnement et une sorte de doute. Harry avait visé juste ! Malfoy n'avait pas pu se défendre : sa baguette elle aussi l'aurait trahi.

- Tout simplement parce qu'il n'avait pas sa baguette, conclut Harry, en cachant tant bien que mal son sentiment de triomphe.

Il agita sa baguette magique devant le visage de Blaise.

- Tu la reconnais, n'est-ce pas ? Tout comme moi, tu l'as vue en photo, tu as lu sa description plusieurs fois, pendant le Tournoi des Trois Sorciers. C'était dans tous les journaux. Harry Potter est équipé d'une baguette de vingt-sept centimètres et demi, taillée dans du bois de houx et dont le cœur est une plume de phénix. C'est à onze ans que le garçon-qui-a-survécu a rencontré Garrick Ollivander, qui a su lui fournir une baguette dont il est entièrement satisfait, ânonna Harry.

- Pourquoi tu m'as stupéfixé, alors, Draco ? demanda alors Blaise. Et pourquoi sa baguette te répond si bien ?

- C'est toi qui agissais bizarrement ! Je pensais t'avoir dit de m'attendre... se hasarda à dire Harry. Et pourquoi sa baguette marche si bien ? C'est parce que j'en suis devenu le propriétaire.

Le sourire de Harry devait être indigeste, mais le regard de Blaise était indubitablement appréciatif.

- Cool, dit simplement le Serpentard. Et si tu me libérais, maintenant, qu'on fasse ce qu'on doit faire avec Potter ?

Harry, qui croyait avoir pris le contrôle sur la situation, sentit le stress monter de nouveau. Qu'est-ce que Malfoy avait manigancé ? Que signifiait cette scène ? Où voulait-il en venir ?

Encore une fois, une réponse germa comme d'elle-même dans son cerveau. Il n'y avait aucune raison à tout cela.

- Blaise, on s'arrache, dit Harry. Je sais même pas pourquoi je m'emmerde avec ce petit con de Potter. Je voudrais plutôt te parler de ma nouvelle stratégie pour tu sais quoi...

Et Harry laissa Draco en plan. Bien fait pour sa gueule, pensa-t-il avec puérilité.

xXxxXxxXx

- Draco, appela un gamin que Harry ne connaissait absolument pas.

- Ouais ? répondit-il avec nonchalance.

- Je veux pas t'embêter, hein, mais où sont les bonbons que tu nous as promis ?

- Heu... je vais aller chercher ça, okay ?

Le garçon acquiesça, l'air très sérieux.

xXx

Harry et Blaise, ayant loupé une grande partie du cours de Potions, étaient directement rentrés aux cachots de Serpentard. Le Survivant avait babillé durant tout le trajet, décrivant avec précision un plan aussi imaginaire que machiavélique, et s'était rendu compte que l'autre sorcier n'était pas de mauvaise compagnie. Au contraire : Blaise commentait chaque remarque de Harry d'un ton si blasé qu'on aurait dit Ron durant la mauvaise période du mois.

Bien sûr, Harry était conscient de la situation était très risquée. Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis qu'il avait pris le Polynectar. Vingt, quarante minutes ? Par ailleurs, il suffisait d'une maladresse pour que les soupçons de Blaise refassent surface.

Dans la Salle Commune de Serpentard, Harry s'était affalé dans un grand fauteuil en cuir noir, le plus confortable de la pièce. Personne ne fit de commentaire et il fut soulagé d'avoir choisi le bon siège. Blaise était allé retrouver Pansy et Théo près du feu.

Le brun avait passé plusieurs minutes à chercher un moyen de quitter les cachots sans avoir l'air suspect mais il n'avait pour l'instant trouvé aucune idée. Et puis, le mioche l'avait abordé, pour lui réclamer une absurde récompense.

Harry comprit que Malfoy avait acheté tous les élèves qui étaient présents dans le couloir. C'était pour cela qu'aucun n'avait l'air assez effrayé pour chercher un professeur. Et ils étaient tous partis d'un coup, ce qui était aussi plutôt louche. Encore une fois, Harry se dit que Malfoy n'avait aucun sens de la mesure.

Le Survivant n'était pas assez tranquille pour réfléchir. Il se leva et se dirigea vers ce qu'il espérait être les escaliers menant aux dortoirs des garçons. Heureusement, il découvrit que les portes, tout du long des marches, portaient des petites pancartes indiquant l'année des locataires.

Il arriva devant celle qui disait « Sixième année » et la poussa avec crainte.

xXx

Il n'y avait personne dans la pièce, qui ressemblait étrangement à son propre dortoir. Les mêmes lits à baldaquin étaient disposés en arc-de-cercle, chacun flanqué de sa table de chevet et de sa commode. A leurs pieds, des malles étaient soit ouvertes, soit fermées.

Quelques vêtements traînaient, entremêlés avec les draps – Il y avait une robe si large qu'elle ne pouvait qu'appartenir à Crabbe – mais l'ensemble était plutôt ordonné.

Harry chercha le coin de Malfoy et le trouva sans mal. La table de chevet était surmontée par une photo de Draco et ses parents. Sans surprise, et ça le fit même rire, il y avait aussi un article de La Gazette découpé, qui titrait « L'Elu, celui qu'on aime ou qu'on déteste ». Malfoy avait entouré, avec beaucoup d'enthousiasme, le dernier mot.

Alors qu'il lisait l'article en diagonale, quelque chose attira son attention : la photo qui l'accompagnait. Elle était vraisemblablement assez récente, même s'il n'arrivait pas à se rappeler à quelle occasion elle avait été prise.

Lui qui n'appréciait pas vraiment les photos trouvait pourtant celle-là franchement pas mal. Le regard de l'adolescent avait quelque chose d'invitant. C'était comme s'il disait « Allez, viens, on est si bien... ».

- D'abord, je te retrouve à trifouiller mon corps au bord de Lac, maintenant tu fouilles dans mes affaires... Potter, faudrait que t'apprennes à surveiller tes mains.

xXx

Harry rougit. Le véritable Draco Malfoy, tout en blondeur et élégance, venait d'entrer dans le dortoir. Il posa ses fesses aristocratiques sur son lit, à côté de celles du Survivant.

- Comment tu as fait pour arriver jusque-là ? Pour passer devant Blaise ? demanda Harry, en jetant des coups d'œil apeurés à la porte.

Si quelqu'un entrait et voyait deux Draco Malfoy discuter insouciamment entre eux, ils étaient dans le caca.

- Ho, c'était pas grand chose, ricana Draco. Sortilège de désillusion, tu connais ? Je pense qu'un gamin à qui je dois des sucreries m'a vu, mais à part lui...

- Le mioche ! Où sont les bonbons ? s'exclama Harry.

Draco haussa superbement son sourcil. Harry n'avait jamais réussi à imiter ce geste-là.

- Cherche dans ma malle. Elle s'ouvre au contact de ma peau, donc ça devrait aller.

L'idée de farfouiller dans la valise de Malfoy, même avec l'autorisation de celui-ci, rendait Harry un peu nerveux. C'était comme être proctologue et donc habilité à explorer des anus sans toutefois pouvoir se départir du sentiment de viol total d'espace intime.

Harry effleura la malle et elle s'ouvrit en reconnaissant le doigté expert de son propriétaire. Il trouvait cette sécurité presque obscène. C'était comme si la valise ouvrait les jambes au moindre toucher de son homme.

Il trouva les petits paquets de bonbons sagement ordonnés. Draco ne lui prêtant aucune attention, il les fourra tous dans ses poches et sortit du dortoir.

Juste avant qu'il ne referme la porte, Malfoy lui avait crié :

- Fais vite, il ne reste plus beaucoup de temps !

Harry s'empressa d'aller donner les friandises aux première et deuxième années.

xXx

Blaise le regardait avec suspicion. Harry n'avait pas besoin de se mettre à sa place pour comprendre : lui-même se trouvait grave suspect, à distribuer des bonbons à des enfants non pubères.

Sa tache accomplie, il retourna au Dortoir où Draco, étendu sur son lit, relisait vraisemblablement l'article « L'Elu, celui qu'on aime ou qu'on déteste ».

- Bah quoi ? dit Harry, en s'affalant sur le matelas comme s'il était là chez lui – et il l'était, d'une certaine manière.

- Rien, je regardais cette photo.

Harry était étonné. Ce n'était pas dans les habitudes de Malfoy d'être aussi honnête. Le Serpentard en avait-il déjà marre des secrets, était-il prêt à révéler à Harry le pourquoi du comment de leur histoire ?

Même si désormais la curiosité ne lui brûlait plus les entrailles comme au tout début, il était tout de même pas intrigué.

- Tu étais en train de mater ma photo ? Et tu l'admets ? dit Harry d'un ton taquin.

- Tu te trompes, Potter, répondit Draco avec amusement. Je regardais ma photo.

Harry se releva et se pencha par dessus l'épaule de l'autre blond. Harry Potter, sur le papier recyclé, lui fit un clin d'œil aguicheur.

- Mais comment... ? fut tout ce qui s'échappa des lèvres de Harry, tellement il était abasourdi.

Cette photo, c'était donc une photo de Malfoy, polynectarisé en lui ?

- Rien ne m'est impossible, dit seulement Draco, de plus en plus amusé.

Harry ne sut pourquoi – il avait, de toute façon, perdu depuis longtemps la raison – mais il s'approcha exagérément de Draco et lui souffla dans la nuque :

- Si rien ne t'est impossible, serais-tu capable de coucher avec toi-même ?

xXxxXxxXx

Draco tressaillit. Un frisson partit de la base de ses cheveux pour filer, à la vitesse d'un avion en papier, jusque dans ses orteils. Dans ses oreilles, un battement sourd se fit de plus en plus fort, celui de son cœur ou de son sang. Il crut sentir ses pupilles se dilater, mais c'était certainement un effet de son imagination.

En tout cas, ses paupières s'ouvrirent d'un seul coup et un flot de salive sans goût envahit sa bouche. Il n'avait jamais imaginé faire l'amour avec lui-même. Mais maintenant que Potter avait émis l'idée, il l'acceptait comme une évidence ou un cadeau divin.

Il ne pouvait que dire oui à tout ce que Potter pouvait lui proposer.

- Je... Est-ce que je peux prendre du Polynectar ?

Ce fut au tour de Harry de se figer. Il s'était attendu à ce que le Serpentard soit si narcissique qu'il sauterait sur l'occasion de se sauter, justement. Apparemment, sa psychose était plus complexe que cela. Apparemment, il ne pouvait concevoir de coucher avec quelqu'un que sous l'apparence d'un autre.

Non, pas d'un autre : seulement sous celle de Harry Potter.

Harry lui fit signe de faire et attendit, immobile, que le blond se transforme en garçon-qui-a-survécu. Il se rendit compte qu'il n'avait jamais vu Draco prendre du Polynectar. A chaque fois, le Serpentard s'était présenté devant lui déjà transformé, déjà accompli.

La métamorphose était encore plus effrayante vue de l'extérieur. La peau de Draco, si parfaite, se couvrit de cloques verdâtres qui explosèrent l'une après l'autre, dégageant une odeur putride qui resta dans l'atmosphère.

Ses yeux se révulsèrent et le blanc fut envahi par des vaisseaux sanguins à la saturation irréelle. Son cou se creusa, comme asphyxié. Sa bouche ouverte manquait d'air et ses cheveux tombèrent et repoussèrent comme dans un film en accéléré.

Tout son corps s'arquait en arrière et Harry, un instant, crut que son ventre allait céder et déverser son cœur dans une vague de viscères. Sous les vêtements trop amples, les os se dessinaient et tentaient de percer la chair, aussi féroces que les dents acérées d'une falaise déchirant le ciel.

Dans les chaussures, les pieds devaient se recroqueviller sur eux-même et les gros orteils s'élargir grotesquement, comprimant les autres doigts, comme des larves.

Harry sentit son cœur tomber dans son estomac. Pourquoi est-ce que celui qui était, une minute auparavant, magnifique, tiendrait tellement à entrer dans son corps distordu ?

N'était-ce pas totalement absurde que le parfait Malfoy veuille être l'ingrat Potter ?

- Maintenant, je suis prêt à te perforer, susurra Draco avec assurance.

Il jeta un sortilège de verrouillage et de silence sur la porte du dortoir.

xXx

Harry se sentit pris au piège. Il passa sa main dans ses cheveux mais ne trouva aucun réconfort dans leur leur texture d'ordinaire si rugueuse. Ses doigts, incapables de s'accrocher, traversèrent les mèches comme de l'eau. Dans un instant poétique, il se dit que c'était ce qui résumait le plus le foutoir qu'était sa vie.

Prendre le contrôle, il ne pensait qu'à ça. Pourtant, ce fut Malfoy qui se jeta furieusement sur lui, une démence sinistre dansant dans ses iris verts. Les deux adolescents tombèrent étroitement entremêlés sur la moquette et, un instant, Harry se demanda pourquoi son visage était en face de lui et pas sur lui. Puis, il se souvint qu'il n'était plus Harry Potter mais Draco Malfoy, à ce moment-là du moins. C'était ça que ça faisait, d'être regardé par le Survivant, songea-t-il.

Il se sentit ridiculement timide et n'osa pas bouger. Draco était à califourchon sur lui mais, bien entendu, leurs apparences suggéraient le contraire. Tout compte fait, était-il encore pertinent de chercher à distinguer leurs identités ?

Ils étaient tellement infectés l'un de l'autre, intoxiqués par la tension en eux entre étranger et familier, entre identité et altérité, qu'il était plus juste et prudent de simplement les considérer comme un hôte et son parasite, sans jamais nommer l'un ou l'autre.

Le garçon aux cheveux noirs, celui qui était au dessus, mordit violemment les lèvres du sorcier blond. Ce dernier glapit de surprise mais ne lutta pas. Au contraire, tandis que l'autre faisait sa petite affaire vampirique, il sembla réaliser quelque chose. Il sourit et mordit sèchement la langue de l'autre. Ce dernier ne broncha pas non plus. Il se redressa.

Quand leurs bouches s'éloignèrent, un filet de bave rougie par le sang et l'excitation s'étendit entre eux, avant de se rompre. C'est dommage, pensa l'un. Un pont si fragile n'est voué qu'à se briser, pensa l'autre.

Tous deux regardèrent, avec une sorte de tendresse, le fluide pendouiller de leurs lèvres inférieures respectives. Ils auraient pu attendre que la substance, soumise à la loi implacable de la gravité, finisse par se détacher d'elle-même et tombe sur leurs vêtements, mais ils n'avaient pas le temps.

Dans un geste symétrique, ils s'essuyèrent la bouche, comme deux cannibales qui venaient de se dévorer et qui, par miracle, étaient encore en vie. Ils se fixaient dans les yeux avec détermination, sans battre des paupières, et on aurait dit qu'un des deux allait y rester.

Et comme si un arbitre avait sifflé le début du match ou du massacre, ils se mirent tous les deux en mouvement au même instant. Tout ne fut alors qu'un méli-mélo de robes noires, d'éclats de dents et de bites en érection. Ce n'était pas un combat et il n'y avait rien à gagner. Cependant, la violence saturait l'atmosphère.

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Malfoy était, semblait-il partout. Combien avait-il de mains, de jambes, de pénis ? On le touchait, c'était certain, à mille endroits à la fois. On le pénétrait, on le suçait, on l'embrassait, on le pinçait, on le touchait... Mais tout cela se passait aussi dans sa tête. Harry manquait d'étouffer : il y avait trop de Malfoy et pourtant pas assez. Malfoy n'était pas devant lui et la personne qui était en train de le branler c'était lui-même.

Harry allait se demander, encore une fois, s'il était frappé, mais il se sentit soudain happé par l'omniprésence de l'autre. Malfoy était si imposant, même sans son corps, même sans ses yeux, que c'était comme si Harry avait plongé dans un terrier sans porte ni fenêtre, et que ce terrier était Draco.

Si Malfoy s'était tenu ramassé sur lui-même ou roulé en boule, il aurait tout de même pris plus de place qu'un univers. Alors que Harry lui léchait les couilles et que Malfoy lui léchait les couilles, alors qu'en fait ils se léchaient leurs propres couilles – avec maladresse et ferveur –, l'un d'eux se sentit aussi petit qu'un homme en face d'un cosmos. L'autre ne se sentit pas un cosmos, car si l'être le plus grand avait conscience de l'être, il serait agité de questions stériles qui le troubleraient.

Non, l'être véritable, le seul qui existe car immuable, éternel, toujours le même, jamais altéré, éprouve moins d'émotions qu'une pierre. L'adolescent-galaxie se contentait de faire tourner son monde, ignorant qu'une couronne pesait sur sa tête.

Harry lécha son pénis avec adoration, émerveillé de savoir que sous cette peau fine, c'était Malfoy qui bandait.

Est-ce qu'il pouvait exister autre chose dans le monde, est-ce qu'il pouvait même exister un monde qui ne soit pas cette bite si familière palpitant dans sa bouche ?

Harry, dans un élan masochiste qui s'ignore, croqua et Malfoy cria de douleur. Il venait d'aller contre tout instinct de survie : c'était un acte de castration symbolique. Et ça l'excitait immoralement de se dire que Malfoy souffrait pour lui, à sa place.

Potter ressemblait à une petite anguille qui se serait faufilée en lui, insignifiante et pourtant si envahissante. La créature ondulait comme un banc de sable ou une raie furtive, une sole, peut-être, sur laquelle il ne fait pas marcher, ou encore un oursin. Au fond, bien sûr, quand il l'entendit lui murmurer de sa voix à lui, « Potter, pénètre-toi », Draco comprit que le Gryffondor était une sirène-mâle, qui remontait ses veines laborieusement, comme une carpe koi une rivière.

Bientôt, très bientôt, la carpe deviendrait dragon. Mais l'enfant cosmique avait encore le dessus et il comptait en profiter.

Il était incapable de penser « lubrifiant », « Comment on fait avec un homme ? », « Est-ce qu'il l'a déjà fait avec un homme ? » ou même « Est-ce que je l'ai déjà fait avec un homme ? » ? Non, le garçon aux cheveux noirs regardait, médusé, son corps détaché de son âme, son corps en face de lui comme un diable farceur ou un jumeau et ce corps le suppliait qu'ils s'entre-déchirent.

Il respira profondément l'odeur que dégageait l'autre, mais soit c'était la même que la sienne, soit elles étaient trop mélangées. En tout cas, le blond avait l'odeur des activités obscènes.

Draco embrassa ou plutôt apposa ses lèvres sur tout pan de peau qu'il pouvait atteindre et découvrit avec délice ce que c'était d'être Potter et d'embrasser Malfoy. C'était si grisant qu'il continua et se mit à branler l'autre sorcier, oubliant qu'il devait le pénétrer.

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Le temps passa, même si les deux garçons, désormais totalement imbriqués, ne s'en apercevaient pas. Celui qui avait été blond était devenu brun. Ils étaient tous les deux identiques, désormais, et leurs sexes avaient la même forme, la même couleur, la même grosse veine comme un mille-pattes qui se serait glissé sous leur peau.

Un des bruns, celui dont le pénis était enfoncé dans l'anus de l'autre, se mit à se griffer le visage. C'était si bon de pénétrer, d'élargir ce trou, de voir son double avoir mal et pourtant ravaler sa douleur pour continuer – car il n'y a que la douleur qui permet de se métamorphoser, de sortir de soi-même –, si bon qu'il voulait lui aussi avoir mal pour être totalement en résonance.

Alors, le brun dont le sexe était si enfoui en l'autre qu'il en semblait englouti, enfonça ses ongles dans ses joues et il fit descendre ses doigts, croyant ainsi tracer des larges sillons comme dans du beurre.

L'autre brun, ou le même, se branlait ou branlait l'autre, et ses doigts eux-mêmes s'agrippaient à sa chair, ou à celle de l'autre, pour s'introduire dedans et s'y fondre.

Ils ne jouirent pas au même moment, et c'était le seul indice qu'ils n'étaient pas un seul et même être. L'un éjacula sur la moquette, les yeux blancs. Dès que sa bite arrêta de produire le liquide séminal, il s'accroupit pour lécher les poils poussiéreux mais l'autre brun le retint et le redressa.

Celui-là jouit plus dignement, les yeux et la bouche fermés, et pas une seule goutte de son sperme ne rencontra l'oxygène.

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- Oh, ce n'est pas une histoire trépidante, Potter, je t'assure que...

- Malfoy, dit Harry avec insistance, que pourrais-tu cacher à toi-même ?

Le Serpentard ne se détourna pas. Au contraire, il rit. Les deux adolescents étaient allongés nus sur la moquette, moites et odorants. Ils n'avaient pas bougé d'un orteil depuis qu'ils s'étaient écroulés par terre, juste après que Harry ait joui dans la bouche de Draco.

Ils n'étaient pas vraiment collés l'un à l'autre mais quelques parties de leurs corps, presque fortuitement, étaient connectées. C'était rassurant d'avoir retrouvé son intégrité – ils ne savaient plus quand, mais tous les deux avaient récupéré leurs apparences d'origine à un moment donné. C'était aussi agréable de sentir contre soi le corps tiède et la lente respiration d'un autre.

Harry avait, pour la première fois semblait-il, eu la confirmation que Malfoy était bien devenu Mangemort. La Marque des Ténèbres ondulait sur son bras et le brun ne la trouva ni laide ni belle. Elle lui était totalement indifférente. Après tout, il l'avait lui-même arboré, sans même s'en apercevoir, durant toute l'heure précédente.

Il avait exigé cependant que Malfoy lui explique tout. C'était totalement ridicule de patienter plus longtemps. Allons bon, ils avaient pratiquement ouvert leurs cages thoraciques et échangé leurs organes vitaux ! Malfoy pouvait bien lui raconter une petite histoire, non ?

D'où venait son désir de se transformer en Harry ? Et pourquoi est-ce qu'il avait monté cette scène, dans la Salle de Divination ?

- Okay, okay, céda Draco. Après tout, ce n'est rien par rapport à tout ce que tu as fait récemment, toi.

Harry se retint de protester. Il n'allait pas se laisser avoir par une provocation aussi facile. Les yeux fixés sur le plafond humide, Draco se lança :

- Je ne sais pas si tu es au courant, Potter, mais ma famille est liée à celle des Black.

Harry lui fit signe de continuer, intrigué. Qu'est-ce que la famille de Sirius avait à faire avec ça ?

- Ma mère est née Black, continua Draco. Il s'avère que les Black sont réputés pour être très narcissiques, très imbus d'eux-mêmes. En tout cas, il est de tradition que chaque enfant né dans cette famille reçoive un miroir dès qu'il a l'âge d'en tenir un.

- Et... ? ne put s'empêcher de demander Harry.

Malfoy avait définitivement attisé sa curiosité.

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- Ma mère m'a raconté que mon père trouvait cette tradition ridicule. Il a refusé de la perpétrer. Il disait que si mon premier cadeau était un miroir, j'allais... comment dire ? s'interrogea ironiquement Draco. Ha oui, ne pas me développer comme un homme sain.

Harry considérait la position de Lucius totalement stupide et laissa échapper un ricanement stupéfié. Cet homme-là ne portait-il pas les cheveux longs ? Et ne passait-il pas son temps à chercher son reflet dans les vitres ?

Enfin, Lucius, au moins autant sinon plus que sa femme, était l'archétype du narcissique métrosexuel !

- Aucun commentaire sur mon père exigé, Potter, dit Draco avec un demi-sourire. Ma mère était très attachée à cette coutume. Elle est retournée à sa maison d'enfance, a retrouvé son miroir et me l'a offert. Elle m'a dit que j'avais trois ou quatre ans. Je ne m'en rappelle pas.

Draco s'interrompit de nouveau et Harry lui donna un léger coup de coude, pour l'inciter à continuer.

- Le temps a passé et je me souviens de mes reflets, à partir de l'âge de cinq ans. Tu ne devines pas ce que je voyais dans ce miroir, Potter ?

Le brun fronça les sourcils.

- Moi ? tenta-t-il sans y croire.

- Tout juste. Toi.

Ces deux mots ne résonnèrent pas dans la salle, il n'y eut pas non plus un coup de tonnerre sinistre. Cependant, Harry sentit tout son corps se couvrir d'une fine pellicule de sueur.

Et soudain, il se rappela que, quelques jours auparavant seulement, il avait vu un de ces fameux miroirs de la famille Black. N'avait-il pas offert, en échange des fioles de Polynectar, une petite glace dans laquelle Bellatrix Lestrange, née Black, avait passé son enfance à se regarder ?

- Depuis que je suis gamin, Potter, quand je me regardais dans ce miroir, ce n'était pas mon visage que je voyais mais le tien. Comment était-ce possible ?

- Mais attends, intervint Harry, toujours sous le choc. Tu connaissais mon visage quand tu étais petit ?

- Ho, grogna Draco, tu te focalises toujours sur les détails inutiles. Il y avait une véritable légende autour de toi. Tu étais le personnage principal de nombreux contes et on te représentait souvent avec les caractéristiques de ton père. Ce n'était pas vraiment ton visage que je voyais mais celui du garçon-qui-a-survécu. Tu as compris pourquoi, maintenant ?

Harry ne dit rien, il n'était pas certain. Il ne voulait pas se ridiculiser. Il n'arrivait tout bonnement pas à y croire. Depuis si longtemps ?

- Parce que je voulais être toi, acheva le Serpentard. Les miroirs des Black ne montrent pas le reflet d'une personne mais son visage idéal. Et au lieu de me voir encore plus beau que je ne l'étais à cinq ans, je me voyais brun avec une cicatrice sur le front et des lunettes. Pourquoi ?

Harry n'en savait rien.

- Quand je t'ai rencontré, des années plus tard, continua Draco, j'ai été totalement déstabilisé. J'étais face à celui que je voulais désespérément être. Je me suis dit que si je te détestais de toute mon âme, si toi aussi tu me détestais, et bien il n'y aurait plus ce... ce trouble. Je te haïssais tellement que j'ai fini par oublier le miroir et la raison de cette haine. Et quand il m'arrivait d'y repenser, je me disais que j'étais totalement guéri. Enfin, Potter n'était qu'un petit con, il n'avait rien de l'enfant dont tous les sorciers parlaient quand j'étais gosse. Le miroir de ma mère ne montrerait plus que mon reflet, si je retombais dessus.

Le Survivant voulut se vexer d'être traité de petit con, mais ça ne vint pas. Il était si inespéré que Malfoy confesse quoique ce soit ! Le blond aurait pu dire « La peau de tes couilles pue le moisi et tu vaux autant à mes yeux qu'une boule de caseum », il n'aurait ressenti que de la joie.

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- Mais, cet été... reprit le blond et sa voix était lasse. Je cherchais dans le Manoir un objet qui aurait éventuellement pu m'aider pour ma... quête. En fouillant dans les meubles, j'ai soudain capté un reflet et je t'ai vu. C'était le miroir. Après toutes ces années de haine, tu es été encore là, à ma place, avec un sourire suffisant et tes yeux ! Ma haine n'avait servi à rien, ça avait échoué !

Draco soupira de frustration, comme si toute sa déception lui revenait d'un coup.

- J'ai tenté de ne pas y penser, de me consacrer à ma mission, mais c'était difficile. J'avais enfin compris, vu que je n'étais plus un enfant, ce que signifiait ce reflet : je voulais être Harry Potter. Et malgré la bêtise manifeste de ce type-là, bien que je croyais le haïr plus que tout, je désirais être lui si intimement...

Une pause.

- Le reste fut très simple, si tu tiens tant à savoir. Mon père possède pas mal de potions interdites, au-cas-où. Je n'ai eu qu'à lui dire que ça pourrait m'être utile pour ma mission et il m'a couvert de fioles de Polynectar.

- Comment tu as pu les faire entrer à Poudlard ? Et tous ces cheveux ?

Draco renifla.

- Rusard est un Cracmol, tu sais. Pour ce qui est des cheveux, ceux du jumeau Weasley, je l'ai chopé à leur boutique cet été. J'avais déjà mon plan en tête, à ce moment-là. Ceux de ton Weasley, de Londubat et de la Chinoise...

- Hey ! s'exclama Harry avec indignation.

- Elle est Chinoise, pourquoi tu t'insurges ? Bref, ceux des autres, je les ai attrapés en début d'année. Rien de compliqué.

- Et les miens ?

Draco fixait toujours le plafond, prétendument impassible, mais Harry était certain de sentir, poisseuse et épaisse, sa gêne suinter de tous ses pores. Le Serpentard ne répondit pas.

- Deux questions, alors. Pourquoi m'avoir montré cette scène, comment tu savais que ça allait marcher ? Et qu'est-ce que c'était que ce quatrième cheveu ?

Pour la première fois en un quart d'heure, Draco tourna sa tête vers Harry. Il avait l'air sincèrement surpris.

- N'est-ce pas clair ? Pourquoi je t'ai montré ça ? Dans l'espoir enfoui, secret, totalement refoulé qu'on en arrive exactement à la situation actuelle, voyons !

Draco écarta les bras pour désigner leur position. Ses yeux étaient si honnêtes et scandalisés, si dénoués de tout vice que Harry rit de bon cœur. Malfoy était un gars dingue et très tendu, et certainement qu'un psychomage lui conseillerait quinze ans de thérapie, mais il pouvait aussi se montrer spontané, presque honnête.

Alors qu'ils riaient sans trop savoir pourquoi – simplement, peut-être, parce qu'ils n'avaient jamais ri ensemble –, quelqu'un tapa à la porte. C'était Blaise. Les deux garçons se rhabillèrent à toute vitesse puis Harry se glissa sous sa Cape.

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- Qu'est-ce que tu glandais, Draco ? Tu sais que tu as loupé tous les cours de l'aprem ?

- Comme je t'ai dit dans le train le premier septembre, Zabini, j'ai d'autres projets pour cette année. Merci pour ton coup de main avec Potter, tout-à-l'heure, dit Draco d'un ton glacial.

Draco quitta le Dortoir, une expression de mépris dévisageant ses traits. Pourtant, quand il trébucha sur un obstacle invisible, il murmura, comme s'il voyait des choses venant d'un autre monde :

- Le dernier cheveu était un de mes poils pubiens.

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Une semaine plus tard, Harry ne cessait de se demander comment Malfoy pouvait être assez cruel pour que les derniers mots qu'il lui ait adressé soient « poils pubiens ». Sérieusement ?

Pourtant, il avait fini par se rendre à l'évidence : le Serpentard n'avait aucune envie de prolonger leurs rapports. Une fois, ça avait été visiblement tout ce qu'il lui avait fallu pour guérir de son obsession. Une fois, c'était ce qu'il avait fallu pour que Harry tombe totalement sous le charme du blond.

Au début, Harry avait seulement pensé que Malfoy était très occupé. Puis, que ses réserves de Polynectar étaient épuisées. Et si ce n'était pas ça, c'était que, comme le Survivant, il avait l'impression de sortir d'un rêve très intense et qu'il lui fallait un peu de temps pour récupérer.

Peut-être qu'il avait peur de rencontrer de nouveau Harry, craignant de briser le miracle de leur début de relation.

Harry avait donc attendu, suivant régulièrement, avec tendresse, les pas de Malfoy sur la Carte du Maraudeur. Après quatre jours de silence, il avait tenté d'intercepter le blond, mais c'était, semblait-il, impossible.

Le Serpentard disparaissait fréquemment de la Carte et, quand il y apparaissait, c'était dans une salle de classe, ses cachots ou les toilettes. Au bout de deux semaines, Harry pleura un bon coup et il reprit tant bien que mal le cours de sa vie. Il n'avait pas le temps de se laisser abattre par un petit con.

Malfoy l'avait bien eu ! Tout ça, pour le baiser une fois et disparaître !

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Les mois passèrent. L'injustice et la douleur que ressentait Harry s'estompèrent, au profit d'une peine plus sourde. C'était comme si son cœur avait du mal à battre. Il avait l'impression que chaque battement lui demandait un effort supplémentaire Il fallait que ses oreillettes se contractent et éjectent le sang vers les ventricules. Ensuite, que les valves auriculo-ventriculaires se ferment, produisant le bruit de battement qui commençait à lui devenir insupportable.

C'était au tour de ses ventricules de se contracter, expulsant le sang dans tout le reste de son corps. Et puis, quand ce dur et court labeur était effectué, tout son cœur se relâchait et le sang emplissait tout l'organe, comme l'eau un navire prêt à couler.

Le Survivant, pourtant, malgré son mal cardiaque, était très occupé. Entre les cours privés avec Dumbledore, d'où il revenait lessivé, les examens qui approchaient, les rares visites qu'il faisait à Hagrid, il n'avait pas beaucoup de temps pour ses préoccupations adolescentes.

Cependant, il lui arrivait, le soir, de se coucher et de se branler en imaginant désespérément être Draco Malfoy. Il ne pensait jamais à la fois où ils avaient couché ensemble. Se laisser emplir par ces images, ce serait transformer ce moment unique en vulgaire scène de cul. Alors, il pensait seulement à combien il regrettait de ne pas s'être touché, quand il avait emprunté le corps de Malfoy pour la première fois.

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Un jour où Hermione le harcela plus que de coutume, soucieuse de comprendre pourquoi parfois il avait l'air aussi triste qu'une pierre – elle n'avait finalement jamais rien découvert sur sa courte dépendance au Polynectar –, il se réfugia dans les toilettes de Mimi Geignarde.

Le fantôme de la jeune fille flottait dans sa cabine, son visage sombre, tout comme dans les souvenirs du brun.

- Harry ! s'écria-t-elle quand elle le vit, de l'excitation dans la voix.

Elle passa soudain de la joie aux larmes.

- Je suppose que tu ne viens pas me voir.

Harry s'appuya contre la porte de la cabine et dit :

- Et bien si, justement.

Mimi s'approcha si près de lui que les doigts du Gryffondor gelèrent.

- Tu as un service à me demander ? Si tu dois être tout nu, on se retrouve à huit heures dans la salle de bain des Préfets. Le mot de passe c'est...

- Pas vraiment, non, l'interrompit Harry. Est-ce que quelqu'un vient souvent ici ?

Le fantôme le regardait d'un air curieux.

- Je n'ai pas vu grand monde, cette année. Bien sûr, il y a eu toi et cette petite fille... C'était tout simplement répugnant, dit la jeune fille avec un grand sourire. Toute cette salive qui jaillissait de la bouche de cette enfant... Et dire que je suis morte la bouche encore vierge... Tu ne m'avais jamais confié ton attirance pour les plus jeunes que toi, Harry !

Mimi poussa un soupir qui paralysa les muscles du Survivant.

- A part moi ? insista Harry.

- Et bien il y a Draco Malfoy, bien sûr...

Mimi raconta, avec un plaisir manifeste, que Malfoy était sur le point de craquer. Il passait pas mal de temps enfermé dans les toilettes avec elle et les deux comparses déprimaient de concert, discutant des sujets les plus pénibles et noirs. Le blond ne lui avait pas révélé la nature de sa mission mais il lui avait confié ses angoisses et ses larmes.

Harry décida qu'il était temps de faire quelque chose pour son adolescent cosmique. Si son monde s'écroulait, comment lui-même pourrait-il survivre ?

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- Potter... murmura Draco, les yeux exorbités.

Cela faisait longtemps que Harry n'avait pas vraiment regardé le Serpentard. Son visage lui fit presque peur. Il était creux et gris. Ses cheveux n'avaient plus aucune discipline, poussant comme des mauvaises herbes, sales et fourchus. Une partie d'entre eux était tombée.

Les yeux de Draco étaient aussi pâles que sa peau et, un instant, Harry se demanda s'il n'était pas devenu aveugle. Et ce n'était que son reflet.

Draco, en effet, se tenait penché au-dessus d'un lavabo, les mains crispées sur la porcelaine. Il regardait le miroir sans ciller, et c'était Harry qu'il y voyait.

- Qu'est-ce que tu veux ? articula le Serpentard avec hargne.

Harry eut la décence de ne pas remarquer les larmes dans ses yeux. Il était trop focalisé sur la détresse qui transpirait de sa voix. Il était trop émerveillé par une drôle de révélation. Malgré son apparence pitoyable, la haine et les maux qui dégoulinaient du blond, il aimait cette loque.

- T'accorder un break, Draco, répondit Harry avec simplicité.

Il évita de justesse un Doloris et lança un sortilège de Bouclier autour de lui. La colère et la honte aveuglaient Draco et il continua à lui jeter des maléfices, sans s'apercevoir qu'ils rebondissaient sur le bouclier. Plusieurs lavabos explosèrent et Mimi, sans savoir réellement de quoi elle parlait, prit plaisir à crier que la Chambre des Secrets allait être ouverte de nouveau.

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Harry s'avançait lentement, sans se presser, vers Malfoy. Le Serpentard recula. Il avait arrêté d'attaquer, enfin conscient que ça ne servait à rien.

- Dégage, Potter ! Tu viens te foutre de moi, c'est ça ? cria-t-il.

Harry resta silencieux et s'avança encore. Enfin, le moment arriva. Le bouclier engloba Draco en lui et ils se retrouvèrent tous les deux protégés par la bulle bleue.

- Une dernière fois, murmura enfin Harry. Donne-moi une dernière fois, une pause, quoique ce soit. Accorde-moi un instant !

Il ne savait pas trop ce qu'il disait, c'était la panique qui le faisait parler, mais Draco se jeta sur lui et ils se serrèrent fort, avec empressement.

Ils restèrent comme ça pendant plusieurs minutes, au milieu des lavabos brisés, les pieds trempés. Le clapotis de l'eau faisait un son aussi lugubre que mélancolique. Ils fermèrent les yeux et oublièrent qu'ils étaient en train de se faire leur premier véritable câlin dans des toilettes en ruines.

Quand le sortilège du Bouclier s'annula, Harry prit la parole.

- Tu sais, quand tu as organisé ta propre embuscade par Zabini ? Je viens enfin de comprendre pourquoi. Tu voulais voir si je pouvais ne pas me trahir, c'est ça ? Jusqu'à où j'étais prêt à jouer le jeu, à être toi ? J'ai enfin compris, là, pourquoi tu as fait comme si de rien n'était après qu'on ait... après ce qu'il s'est passé dans ton dortoir. C'était trop, beaucoup trop à encaisser, d'un coup. Il a fallu plusieurs mois pour digérer cette euphorie, non ? Et même, si ça n'avait pas existé ?

Draco resta silencieux. Peut-être qu'il n'écoutait pas. Harry ne s'en souciait pas vraiment. Il était simplement heureux d'être enfin tout contre le sorcier qu'il considérait comme l'autre côté de lui-même.

- Tu sais, même si je n'avais pas compris tout ça, il y a quelque chose que j'ai réalisé.

Malfoy ne bougeait toujours pas. Il était peut-être mort.

- Le premier véritable amour est une malédiction, annonça finalement Harry, avec une fierté déplacée.

Il sentit contre son torse un rire silencieux et lui aussi se mit à rire. C'était ridicule comme affirmation mais leur relation à tous les deux avait commencé d'une manière peu conventionnelle. Et la présence de Draco contre lui l'empêchait de penser.

- Et donc, continua Harry, terriblement heureux, vu que j'ai découvert quelque chose de si important, est-ce que tu pourrais, s'il-te-plaît, me donner un de tes précieux cheveux et une portion de Polynectar ? Il y a un truc que je regrette vraiment de pas avoir fait, quand j'étais polynectarisé en toi.


FIN


Voilà ! Ouh, ce fut laborieux ! C'était un gros bébé, finalement, cette fic de l'été.

Pour ce qui est du futur :

- J'ai fini de réédité ma première fic, Harry sans Draco et Draco sans Harry. J'ai corrigé les maladresses et mis ça joliment en page. Bref, elle se trouve dans mes stories, bien sûr.

- J'ai commencé à publier Animus, Anima, ma fameuse HPTR - faux voyage dans le temps ! En gros, dès la naissance de Tom, Harry se retrouve dans la tête de l'enfant, et les deux tracent tranquillou leur vie. Cette fic sera longue, très canonique, et bien plus classique (du moins dans le style, sûrement pas dans la relation des deux garçons) que celle-ci. Ce serait cool de vous y retrouver :)

Bon, plein de love, et merci d'avoir lu, reviewé, fav, follow... Merci, vous roxez.

Ca me ferait grave plaisir d'avoir vos impressions, retours, mots doux et haineux, toussa, donc écrivez-moi /o/