Hey folks !
Ici Kiwi, comme d'habitude, pour vous présenter un nouveau One-shot (étonnant tiens, on s'y attendait pas !). MAIS ! Celui ci est un peu spécial parce qu'il fait intervenir dans sa création une autre auteur que certains d'entre vous connaissent sous le pseudo d'Onigiri's Face ! (YAAY o/ Le duo de l'apocalypse est de retour) Pour faire un rapide topo de la situation, c'est elle qui a eu l'idée de cette fanfiction dans un premier temps et quand on en a parlé, on a décidé de l'écrire ensemble en double plume, donc nos deux styles vont se retrouver entre ces lignes. (et à cause de ça, je suis en retard sur Changing ! Bravo Oni' ! Bravo !)
Cette fiction est un one-shot que j'ai découpé en plusieurs parties pour faire durer le suspense.
Et avant de vous souhaiter une bonne lecture, je voudrais personnellement remercier D .Kid. A chaque fois que je lis un de tes commentaires ça me fait chaud au coeur et je n'ai pas les moyens de te contacter pour te remercier. Donc je le fais ici :D Merci !
Kiwi
Snow White
- Il en est hors de question, protesta Victoria en se levant de sa place, les mains sur la table. Sauf votre respect, monsieur Jefferson, je ne suis pas certaine que cela soit une bonne idée.
- Allons, allons, Victoria, rétorqua le professeur sur un ton à la fois doux et désapprobateur. Je te pensais plus ouverte que cela artistiquement parlant.
- Je n'ai strictement aucun problème avec les homosexuels, si c'est ce que vous sous-entendez, monsieur. Je suis même prête à militer pour leurs droits et faire entendre raison au gouvernement. Mais...
Elle marqua une pause purement dramatique avant de pointer la cause de son malheur de la main.
- Pourquoi je devrais faire équipe avec Max, pour ce projet ?!
La façon dont elle prononça son prénom avec dégoût sembla lui écorcher la langue. Et Max flancha légèrement sous l'insulte sans toutefois tenter de se rebeller. Garder le silence paraissait encore la meilleure chose à faire si elle ne voulait pas se faire décapiter par la Reine de Cœur de Blackwell.
- Franchement, même en travaillant seule, vous savez que je ferai un meilleur rendu qu'avec Caulfield pour binôme. Monsieur, s'il vous plaît !
Comme épuisé par son insistance, l'enseignant souleva ses lunettes pour se frotter l'arête du nez avec lassitude. Un long soupir fatigué lui échappa au moment où il les remit en place. Il n'avait pas songé un seul instant devoir argumenter autant pour faire valoir le nouveau projet de Blackwell. Il avait planché dessus pendant des semaines pour le monter correctement et pouvoir enfin le soutenir devant la commission comme un travail scolaire à but expositoire. Sans oublier qu'il lui avait demandé beaucoup de belles paroles et de labeur pour convaincre le Directeur Wells dans un premier temps. Et maintenant qu'il avait obtenu gain de cause auprès des deux parties, il ne pensait pas que la prochaine étape serait de gagner le consentement de ses étudiants. Ou plutôt celui de Victoria Chase qui refusait catégoriquement l'idée.
- Vous êtes tous au courant du débat qui secoue Arcadia Bay en ce moment, reprit-il d'une voix posée, patient et déterminé à lui faire entendre raison. Notre école a toujours été l'emblème de la liberté d'expression et de la défense des opinions individuelles. Il nous faut donc montrer l'exemple à la population locale qui semble encore aveugle sur bien des points concernant les droits des homosexuels. Ce projet ne sera pas seulement un tremplin pour votre carrière, mais également une manière d'aborder un sujet polémique de manière pacifiste. C'est pour cela que Blackwell se lance dans une propagande photographique où nous mettrons en scène des contes populaires sous l'égide gay. Les contes sont très à la mode actuellement avec les multiples reprises par Disney ou dans les séries comme Once Upon a Time. Je pense qu'il est nécessaire de surfer sur la vague de ce succès pour notre travail qui sera exposé dans une galerie de Seattle. Vous ne croyez-pas ?
Il tourna alors ses yeux vers la blonde réfractaire qui, bras croisés, continuait à le défier du regard avec insolence. Cette fille n'avait décidément pas froid aux yeux, songea Jefferson avec une certaine admiration. Et à la voir avec sa mine contrariée, son air indomptable et assuré, il ne lui semblait que plus évident encore, qu'elle était destinée à incarner la Méchante Reine de Blanche Neige. Victoria avait la beauté, l'élégance, le charisme et la froide antipathie du personnage qui lui rappelait étrangement la célèbre Charlize Theron dans son interprétation récente au cinéma de ladite Reine. Puis, à son exact opposé, il y avait Maxine Caufield. Petite jeune fille timide et réservée, qui représentait un tout autre genre de magnificence dans ses silences maladroits et ses regards gênés. Une beauté plus douce, plus innocente, digne d'une véritable Blanche Neige au cœur pur et à l'esprit altruiste. Cette opposition, belle représentation du yin et du yang, du Bien et du Mal, était presque inévitable pour le célèbre photographe.
- Et si nous demandions l'avis de la deuxième concernée, déclara le professeur en toisant la petite châtaine du regard. Qu'en penses-tu, Max ?
- Euh… Je...
Relevant soudainement la tête, Max ne savait pas vraiment quoi répondre. D'un certain point de vue, elle adhérait complètement au projet de son enseignant. Ses motivations étaient légitimes et son idée fascinante. Et puis, il fallait reconnaître que Victoria en belle et méchante sorcière à la pomme rouge… C'était juste parfait, quoi ! Qui pouvait nier cela ?... La brune l'imaginait sans problème en longue robe noire, généreusement maquillée pour faire ressortir ses yeux de jade brillant d'ironie et son air naturellement méprisant. Mais la voyageuse dans le temps doutait être capable de collaborer avec la reine de Blackwell sur un travail scolaire. Tout comme Blanche Neige et sa belle-mère, un monde qui ne pouvait pas être comblé les séparait. Un monde gigantesque, appelé la popularité. Elles étaient aussi incompatibles que le noir et le blanc.
- Max ? appela monsieur Jefferson pour encourager son élève à prendre parole.
- Hé bien...
- Monsieur, vous ne pouvez pas me faire travailler avec elle, intervint Victoria avec encore plus d'ardeur. Cette hipster va tout simplement freiner mon talent artistique. Ce n'est pas du tout compatible. Pire encore, elle va nuire à mon art !
Les deux acolytes attitrés de la blonde gloussèrent et firent quelques petits commentaires afin d'appuyer les propos de leur leadeuse.
- La photographie, c'est aussi l'art de s'adapter, de dompter son environnement et les méthodes de travail, rétorqua l'enseignant en secouant la tête avec réprobation. C'est en découvrant de nouvelles techniques, de nouveaux points de vue que l'on apprend mieux à connaître son propre regard à travers l'objectif. Se connaître, c'est maîtriser sa photographie. Mais si c'est trop demander pour ces deux demoiselles, je vais devoir changer les équipes. Sachez toutefois que je suis extrêmement désappointé par vos attitudes. Je m'attendais à beaucoup de...
Main en avant, Max coupa la parole à Jefferson. En réalité, elle coupa littéralement le court du temps en le bloquant de son don. Tout se figea autour d'elle. Les couleurs se firent plus fades et elle sentit une l'espace-temps faire pression sur son cerveau pour retrouver ses droits en troublant légèrement sa vision. Mais elle tint bon. Il fallait qu'elle prenne le temps de se calmer, de reprendre son souffle. Et le temps était quelque chose qu'elle pouvait maîtriser quand tout le reste lui échappait. Les évènements s'étaient déroulés un peu trop vite pour elle ces dernières minutes. Elle n'avait pas eu le temps d'en placer une pour exprimer son opinion ou comprendre ce qu'il se passait. Mais pire que tout, elle ne souhaitait pas décevoir Jefferson. Depuis des années, il était un modèle artistique à ses yeux. Et elle avait intégré Blackwell dans l'unique but d'apprendre de son expérience, même si, contrairement à la majorité des filles ici, elle ne se considérait pas comme l'une de ses groupies. Elle prit alors quelques minutes pour tenter de se souvenir de tout ce qui venait de se jouer : des réactions excessives de Victoria aux soupirs fatigués de son professeur. Chacun de leurs mots importaient. Elle devait se rappeler des moindres détails.
Okay… souffla-t-elle en inspirant profondément. Okay, c'est bon.
À présent d'aplomb, Max recula le temps. Comme à chaque fois, elle regarda avec la même fascination le monde faire machine arrière comme une bande vidéo rayée dans un brouhaha de sons et d'images indistinctes. Bien qu'elle se fût habituée à cet étrange pouvoir depuis le nombre de semaines qu'elle l'utilisait, elle ne pouvait s'empêcher de rester subjuguée par son talent extraordinaire. Et avant qu'une migraine ne vienne l'assaillir, elle cessa immédiatement son contrôle sur le temps qui reprit impérialement ses droits.
- Et si nous demandions l'avis de la deuxième concernée, déclara le professeur en toisant la petite châtaine du regard. Qu'en penses-tu, Max ?
Elle inspira légèrement pour se calmer.
- Je pense que c'est une expérience à faire, concéda la voyageuse temporelle avec un faible sourire. Bien que nos styles soient totalement différents, je pense que cela ne peut être que bénéfique pour notre point de vue photographique. Il faut apprendre à s'adapter et à dompter notre environnement afin de mieux connaître notre propre vision des choses. Nous pourrions tirer beaucoup de leçons de cette collaboration.
- Ah, tu m'enlèves les mots de la bouche, Max, félicita Jefferson avec fierté et satisfaction. Je n'en attendais pas moins de la graine de grande photographe que tu es.
- Q-quoi ?...
- Tu vois, même Max est désireuse d'apprendre de ton style, Victoria, sourit le grand brun pour amadouer son élève.
- Tsk. Hé bien, soit ! pesta l'héritière Chase en se rasseyant et en croisant les bras. Sachez toutefois que le résultat risque de ne pas être terrible... voire carrément abominable. Je connais assez ma « vision des choses » pour savoir que mon art et celui de Max ne sont pas faits pour se mélanger. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu.
La sonnerie annonçant la fin du cours retentit. Alors que les élèves rangeaient tranquillement leurs affaires, le professeur se leva de la table contre laquelle il était appuyé.
- Bien, je vous laisse une semaine pour préparer les premiers clichés de votre projet, déclara-t-il en allant récupérer à son tour ses fiches sur le pupitre. N'oubliez pas que derrière votre art, il y a une cause importante à défendre. Il ne s'agit pas que de vous mais d'un héritage que vous allez laisser au monde.
Ramassant son sac, Victoria quitta la salle de classe comme une furie, suivie de près par ses deux groupies de compagnie. Max, de son côté, termina de mettre son cahier dans sa besace, le cœur battant légèrement plus rapidement qu'à la normale. La prise de parole en classe restait une dure épreuve malgré la nouvelle confiance que lui procurait son pouvoir. C'était plus fort qu'elle… Elle détestait se mettre en avant de la sorte, contrairement à Victoria qui ne vivait que pour la lumière des projecteurs. D'ailleurs en parlant du loup, elle eut juste le temps d'apercevoir la reine de Blackwell disparaître des lieux comme si elle s'apprêtait à détruire l'univers. Max se demanda avec amertume si elle ne venait pas de commettre la pire bêtise de son existence en choisissant de s'allier artistiquement avec la blonde.
- Je ne suis pas sûre de tout comprendre, annonça Chloé en grattant l'arrière de son crâne avant de remettre son bonnet en place.
- Je t'ai dit que c'était pour un projet de cours, soupira Max en croisant les bras.
- Okay, okay ! Ca, j'avais bien compris. Mais rien ne m'explique pourquoi t'es aussi nerveuse de bosser avec cette Victoria.
- Parce qu'elle...
La châtaine n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une décapotable longea la route en terre battue pour s'introduire dans le parking qui menait au phare. À son bord, munie de lunettes de soleil Rayban, Victoria arrivait fashionably late comme la grande diva qu'elle était. Et malgré l'appel d'air causé par son moyen de transport à ciel ouvert, sa chevelure de blé était impeccable. Même sa manière désinvolte de sortir de la voiture avait quelque chose de royal et de fascinant. Elle claqua sa portière d'un mouvement sec, dominateur avant de jeter un coup d'œil à son environnement. Impossible de manquer la légère grimace de dégoût qui déforma brièvement son visage sans défaut.
- Ouais, je vois ce que tu veux dire, rit ouvertement Chloé, un sourire en coin. Bien que le rôle de la Méchante Reine lui aille comme un gant, j'aurais plutôt penché pour Cruella d'Enfer, en fait.
- N'en rajoute pas, marmonna Max en lui donnant un coup de coude alors que la concernée se rapprochait progressivement.
Arrivée à leur hauteur, Victoria retira ses lunettes d'une geste digne d'une scène de film de Hollywood. La voyageuse temporelle se demanda si son opposante faisait cela naturellement ou juste pour se complaire dans son rôle de star de Blackwell. Et elle comprit que Chloé en était rapidement arrivée à la même conclusion quand elle la sentie trembler d'hilarité à ses côtés. Pas difficile de voir qu'elle se retenait de faire des commentaires peu plaisants à la nouvelle arrivante avec son tact légendaire.
L'héritière Chase quant à elle, ne se dérangea nullement pour reluquer de haut en bas la punk d'un œil critique et dédaigneux. Mais loin de s'écraser, Chloé décida de pousser la provocation un peu plus loin. Elle ouvrit ses bras en grand pour l'inviter à l'admirer sous toutes les coutures et tourna sur elle-même afin d'offrir un meilleur angle de vue à Victoria. Cette dernière, prise à son propre jeu, renifla, agacée. Max soupira longuement. Oui… elle venait certainement d'avoir la plus mauvaise idée au monde en invitant son amie aux cheveux bleus à la seconder durant le photoshoot. La plus mauvaise après avoir décidé la veille de collaborer avec le Diable lui-même.
- Tu m'expliques la présence de cette énergumène, Loserfield ? Demanda Victoria en posant les mains sur ses hanches, les sourcils froncés.
- Il se trouve que... commença Max.
- L'énergumène, comme tu dis, est l'illustre Chloé Price, intervint la punk en coupant net la parole à son amie. Je suis l'adjointe attitrée de Max, son indispensable bras droit sans qui elle ne peut rien faire. Va falloir t'y faire, princesse, parce que je ne vais pas bouger de là.
Victoria croisa les bras.
- Le monde essayait déjà de survivre à son erreur d'avoir engendré une hipster, on a maintenant une équipe de bras cassés, soupira la blonde avec agacement. Il ne manquait plus que ça.
- Oh, pauvre de toi. Tu es sûre de pouvoir faire quelque chose avec des jolies mains manucurées ? Tu risquerais de te casser un ongle en appuyant sur le bouton de ton appareil photo.
- Oh, parce que tu crois qu'être défoncée H24 te permet de faire les choses correctement ?
- Certainement mieux que toi.
- Ça suffit ! tonna Max en perdant patience.
Ce cri soudain fit taire les deux bagarreuses qui la dévisagèrent de concert. Chloé, embêtée, se contenta de grimacer devant l'exaspération apparente de son amie alors que Victoria se retrouva sans un mot. Les yeux écarquillés, elle restait estomaquée par ce soudain excès de colère. C'était la première fois qu'elle l'entendait élever la voix. À dire vrai, elle n'avait jamais songé que la châtaine puisse dissimuler un tel tempérament derrière son visage piqué de tâches de rousseurs qui lui donnaient un air doux et gentil. C'était une première.
Le silence gagné, Max regarda tour à tour ses camarades et reprit :
- Victoria, si j'ai demandé à Chloé de venir, c'est parce que nous allons avoir besoin de quelqu'un pour nous assister si nous sommes toutes les deux les modèles de la photo. Tu ne crois pas ?
Victoria arqua un sourcil, adhérant silencieusement à la légitimité de son idée. Mais elle ne lui ferait pas le plaisir de consentir pour autant. Elle resta de marbre. Mais cela suffit à la châtaine qui se tourna ensuite vers sa meilleure amie. Celle-ci, contente de ne pas se faire réprimander en première, était en train de tirer la langue à la richarde avec un sourire provocateur.
- Et toi ! reprit Max avec la même sévérité qui figea Chloé sur place. N'en rajoute pas. Contente-toi de faire ton travail, s'il te plaît.
- Compris, Cap'taine Max, répondit la punk en faisant le salut militaire. Tout débordement à venir ne proviendra pas de moi.
Pour appuyer sa déclaration, elle lança un regard insistant à Victoria qui roula des yeux dans un petit claquement de langue dégoûté. Max soupira. Repositionnant la bretelle de son sac, la petite brune prit alors la direction du phare, laissant sans remord les deux énergumènes dans son dos. Elle savait qu'elles étaient obligées de la suivre de toute façon, et elle ne voulait pas avoir à faire la police toute la journée. Alors elle prit un peu d'avance. La prochaine fois qu'une « brillante » idée lui viendrait à l'esprit, elle y songerait à plusieurs fois avant de la mettre en exécution. C'était certain.
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Etrangement, l'après-midi se déroula plus ou moins sans encombre. Chloé, comme promis, se tint à carreaux et évita tout contact avec celle qu'elle avait surnommée « la harpie blonde » au bout de deux minutes de photoshoot. La punk se contenta de quelques commentaires ironiques et de faire ce que Max lui demandait sans chercher à batailler. Mais ce ne fut pas le cas de Victoria. A chaque fois que Max faisait une suggestion, elle ne pouvait s'empêcher de lourdement critiquer sa vision des choses et montrer sa désapprobation. Elles n'avançaient pas. Chacune avait un style bien trop personnel pour le mêler à celui de l'autre. L'incompatibilité évidente rendait la progression du travail extrêmement laborieuse et jouait indéniablement sur leurs nerfs.
- Et si on jouait sur une image sensuelle ? proposa alors Chloé, songeuse.
Victoria soupira avec exaspération, lasse de cette journée qui n'en finissait pas.
- Nous militons pour le droit des homosexuels et leur représentation publique, protesta la blonde en brassant l'air de sa main. Nous ne sommes pas là pour vendre de la vulgarité.
Son regard hautain descendit sur les vêtements de la rockeuse comme pour illustrer ce qu'elle trouvait vulgaire actuellement. Mais Chloé n'en tint pas compte. Au contraire, elle continua à sourire comme si son idée allait révolutionner le monde.
- J'ai dit sensuel, pas vulgaire, princesse.
Pour lui prouver qu'elle avait raison, Chloé s'approcha de Max. Sans une once de gêne, elle la saisit par la taille avant de la plaquer contre elle. Leurs corps se rencontrèrent avec la grâce d'une danse de salon hispanique. Elle pencha alors son visage près de celui de son amie de toujours, feignant de tendre une pomme entre elles. La châtaine ne parut aucunement dérangée par ce contact rapprochée. Elle semblait même rire de l'idée et de la proximité de la situation.
- C'est brillant, répondit Max sans pour autant se défaire de l'étreinte. Le double sous-entendu de la pomme empoisonnée et de la pomme interdite.
- Impossible de savoir si la Méchante Reine veut tuer Blanche-Neige ou la faire sienne, compléta Chloé d'un sourire narquois, ravie d'être toujours sur la même longueur d'onde que sa meilleure amie, même après des années de séparation.
Bouche-bée, Victoria ne répondit rien. Elle devait s'avouer que l'idée était excellente pour le projet en question. Parfaite même. Bien qu'il était frustrant que ce soit une outsider de l'académie de Blackwell qui en soit l'instigatrice. La punk insupportable qui lui tapait sur le système qui plus est. Mais plus perturbant encore, une indicible colère l'étouffait et manquait de la faire suffoquer. Elle montait rageusement dans sa gorge, tel un vil serpent à chaque fois que ses yeux se posaient sur les deux jeunes femmes serrées l'une contre l'autre. Leur proximité, leurs regards plongés dans celui qui les opposait, la main de Chloé sur la hanche de...
Victoria détourna immédiatement les yeux, le souffle rageur, se reprochant ses pensées déplacées. Quel était son problème ? Son cœur battait bien trop fort. Avait-elle ?... Non. C'était ridicule. Bien que sa logique lui soufflait à l'oreille la raison des réactions de son corps, la jeune femme les réfuta catégoriquement. Pourquoi serait-elle jalouse de toute manière ? C'était complètement illogique. Ce n'était pas digne d'elle… encore moins envers cette hipster.
Victoria reporta son regard sur Max qui riait d'une blague débile que Chloé devait avoir faite. Son sang ne fit qu'un tour.
- Bon, vous avez terminé de vous donner en spectacle ou vous voulez qu'on aille directement à la mairie officialiser ça ? Grogna sèchement la blonde s'en pouvoir empêcher son ton contrarié de lui échapper.
Le rappel à l'ordre les fit s'écarter l'une de l'autre sur un rire sarcastique de Chloé.
- C'est bon, belle-maman ! Je te rends ta tendre et chère Blanche Neige, mais avise toi de l'empoisonner et je serai le chevalier en armure qui te pourfendra !
La riche héritière roula des yeux, visiblement peu amusée par la blague. Son regard des plus dédaigneux signifiait « Et tu te crois drôle, junkie ?... », mais elle passa outre la remarque désobligeante pour rajuster strictement sa jupe droite. Elle ne pouvait pas s'abaisser au niveau d'une droguée au mauvais goût capillaire. Elle valait mieux que cela.
- Bon, maintenant qu'on a trouvé un truc pas trop ringard par rapport à ce que Max nous a proposé jusqu'à présent, ce serait bien qu'on se dépêche de faire ce pseudo cliché-brouillon que je puisse me casser d'ici. Contrairement à d'autres, certaines personnes ont une vie, argua Victoria avec mépris. Mais je ne suis pas sûre que vous sachiez ce que c'est.
- Okay okay, acquiesça Max en levant les mains pour tenter de calmer le jeu. De toute façon, c'est pas comme si l'idée de passer ma soirée avec toi m'enchantait plus que ça non plus.
La blonde fronça les sourcils, visiblement vexée de la réponse de la petite châtaine malgré son air imperturbable.
- Parfait, trancha-t-elle.
Elle n'avait pas imaginé que Max puisse lui renvoyer la monnaie de sa pièce de cette manière. Et la colère de tout à l'heure l'étouffa de nouveau. Elle se mit immédiatement une gifle mentale. Venait-elle de se rendre compte qu'elle était 'vexée' par Max ?... Absurde. Elle se foutait de l'avis de la pro-selfie. Elle se foutait même de son existence. La brune pouvait allait rôtir en Enfer avec tous ses autoportraits ridicules, le monde ne s'en porterait que mieux. Elle devait être encore sous l'effet de la contrariété précédente… Contrariété due à… Chloé tenant Max dans ses br… STOP. Il fallait qu'elle arrête de penser à ça. Cette histoire devenait vraiment bizarre à force.
- Bon ? Tu es prête, Victoria ? Demanda la châtaine en s'arrêtant à sa hauteur. Si tu veux finir vite, on prend deux ou trois photos et tu es libre.
L'intéressée baissa les yeux dans la direction de la petite photographe qui se tenait face à elle, les bras le long du corps et le regard interrogateur. Max avait-elle toujours eu autant de tâches de rousseurs ? En l'observant de près, Victoria pouvait se rendre compte de leur nombre plus important que ce qu'elle avait cru jusqu'à présent. Les tâches, plus ou moins marquées, se répartissaient un peu aléatoirement le long de ses pommettes et son arête nasale. Il y en avait des minuscules comparées à d'autres. Mais la blonde devait avouer qu'elles constellaient sa figure avec grâce. Et elles faisaient joliment ressortir son teint pâle et ses grands yeux azur…
- Oui, grommela-t-elle entre ses dents serrées. Je suis prête. Finissons-en.
Max hocha gentiment la tête avant de se rapprocher un peu plus de la Reine de Blackwell qui entrouvrit les bras de mauvaise grâce pour lui faire signe de s'y loger. Elle obéit avec timidité, légèrement impressionnée par le regard peu avenant que lui lançait la grande blonde. Mais lorsque leurs corps se rencontrèrent, Max sentit un frisson la parcourir. Le parfum de Victoria l'enveloppa instantanément. Il devait coûter une fortune, cela ne faisait aucun doute. Et lorsque le bras de l'héritière Chase se pressa contre ses hanches pour la tenir contre elle, Max ne put retenir le petit rougissement qui colora ses joues.
- Ne mouille pas ton pantalon, hipster. Ce n'est qu'une photo, voulut-elle dire avec son mordant habituel, mais sa réplique sortit comme un murmure maladroit.
Venait-elle d'entendre de la gêne dans la voix de Victoria ?
Max releva la tête pour se noyer dans le regard vert impérial qui la surplombait. La sévérité de ses traits renforcée par son froncement de sourcil retranscrivait parfaitement la froide beauté de la Reine Maléfique de Blanche-Neige, Jefferson n'aurait pu choisir meilleur modèle pour l'interpréter. Mais au-delà de l'image qu'elle renvoyait, Max put lire dans ses yeux sombres une toute autre forme de beauté. Une beauté plus fébrile, plus naturelle… une forme d'hésitation, de faiblesse comme si Victoria ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait.
Max glissa ses mains le long des bras de la blonde qui la serra un peu plus contre elle en réponse, et elle la sentit frémir au contact. Son regard de jade vacilla, troublé, mais resta fixé dans le sien, incapable de se détourner. Victoria entrouvrit les lèvres, et Max crut qu'elle allait dire quelque chose. Mais elle les referma en déglutissant.
- Oubliez pas la pomme, cria Chloé derrière l'objectif de l'appareil de la blonde.
Cela leur fit l'effet d'une douche froide. Victoria secoua imperceptiblement la tête de droite à gauche, comme s'extrayant avec difficulté d'une longue transe. Ses paupières papillonnèrent quelques secondes et elle se racla légèrement la gorge. Le rouge qui se répandit presque instantanément de sa nuque à ses oreilles ne passa pas inaperçu pour la personne dans ses bras. Max se retint de sourire en faisant comme si elle n'avait rien vu. Mais elle ne put s'empêcher de noter que Victoria n'était pas aussi insensible qu'elle voulait le faire croire. Elle était peut-être bien plus romantique et sensible au toucher qu'elle ne l'imaginait.
Victoria plaça la pomme entre elles d'une main, son visage penchée vers celui de la petite brune dans un regard qui se voulait langoureux. Et elle le jouait avec expertise !
- Ne dis rien, hipster, gronda-t-elle avec fureur la mâchoire contractée, en lisant l'amusement qui traversa le regard de Max.
- Je n'ai rien dit, Victoria, répliqua-t-elle sans bouger alors que le « clic » caractéristique du déclencheur d'un appareil leur parvenait. Je me disais juste que tes yeux sont plus verts que ce que je croyais.
Victoria retint avec grand peine la chaleur qui tendit à vouloir colorer ses pommettes. Pourquoi se sentait-elle… perturbée par cette geek ?...
- Bougez pas ! J'en prends une autre sous un angle différent.
La blonde fronça le nez avec mépris, encore une fois rappelée à l'ordre par une intervention parfaitement minutée de la part de Chloé.
- Prend ton temps surtout, déjantée.
- T'inquiètes pas, princesse, je comptais le faire, railla la punk en retour.
Victoria grogna et Max rigola doucement à sa réaction. Malgré sa frustration, la riche héritière se sentit réconfortée par ce son discret et chantant dont elle avait été l'unique témoin. La situation actuelle était des plus gênantes. Son corps contre le sien la mettait terriblement mal à l'aise. Elle pouvait sentir la poitrine de Max se soulever à chaque respiration. Elle pouvait sentir ses mains posées à la jointure de son épaule et de son bras… Mais, si elle devait se l'avouer, ce n'était pas une mauvaise gêne… au contraire… elle était même plutôt… agréable. Max avait beau être petite, frêle, et pourtant, collée contre son corps, ses hanches pressées contre les siennes et sa tête à quelques centimètres de ses lèvres, elle lui apparaissait forte, en pleine maîtrise de ses moyens malgré la gêne qui dansait dans ses yeux océan. Et Victoria se mit à prier pour qu'elle ne se rende pas compte de son cœur qui battait la chamade dans sa poitrine, alors qu'elle n'arrivait pas à s'extraire de l'univers azuré qui tuait sa raison avec une tendresse mortelle. Le souffle de la petite châtaine était chaud contre sa mâchoire, légèrement trop rapide face à son calme apparent. La blonde ne put s'empêcher de le noter avec satisfaction. Un flash les aveugla.
- C'est bon, c'est dans la boîte ! S'exclama joyeusement la punk, ravie de son travail de photographe en herbe.
Immédiatement Victoria s'écarta de Max comme si le contact l'avait brûlée. Le regard légèrement hébété, elle mit quelques secondes à retrouver contenance alors que son masque de Reine de Blackwell reprenait possession de son visage.
- Enfin, cracha-t-elle avec mépris. J'avais peur que ça ne se termine jamais.
Le regard sévère, elle foudroya Chloé de ses orbes vert radioactif en lui faisant signe de lui rendre son appareil. Max aurait pu jurer que ses yeux lançaient des lasers. Mais levant le menton avec insolence, la punk s'exécuta sur un « Le faire tomber par accident m'a traversé l'esprit, mais tu as de la chance que ça aurait également ruiné la note semestrielle de Max. »
- Tch, argua la riche héritière en fourrant son matériel hors de prix dans un sac rembourré pour le protéger. C'est ta vie que j'aurais ruiné s'il était tombé… En attendant, je regarderai l'ampleur des dégâts de retour à Blackwell. Heureusement que certains ont inventé Photoshop pour parer au travail d'amateurs comme toi.
Max se gratta l'arrière de la nuque, légèrement embarrassée devant leur joute verbale. Pourtant, ce n'était pas ce qui la gênait le plus. Elle commençait à s'y faire…. C'était plutôt la réalisation du départ imminent de Victoria. Elle la voyait rassembler ses affaires… elle sentait qu'il fallait qu'elle dise quelque chose. Mais rien de concret ne lui venait à l'esprit. Sa tête était vide.
- D-dans tous les cas, merci pour aujourd'hui, Victoria. C'était plutôt cool de travailler avec toi…
Oh bien joué, Max. Très classe… se félicita-t-elle avec ironie. Prépare toi à sa répartie mordante.
Mais alors qu'elle s'apprêtait à prendre congé, la grande blonde s'arrêta, jetant un regard par-dessus son épaule. Max la fixait avec son éternelle timidité maladive. Son instant de domination et de pouvoir sur Chloé et elle-même semblait s'être envolé bien loin. A la place, elle paraissait gênée, sincèrement reconnaissante de ses efforts de coopération malgré toutes les vacheries qu'elle lui avait lancées dans l'après-midi. Victoria se radoucit instinctivement, bien qu'elle ne voulut pas se l'admettre.
- T'emballe pas, hipster. Il nous reste encore tout à faire, grogna-t-elle en essayant de paraître désinvolte, ce shoot n'était que le premier jet pour le dossier. Je t'enverrai un message quand j'aurais tiré quelque chose de potable de ces clichés non professionnels.
Elle jeta ensuite un regard dédaigneux à Chloé, tout en continuant :
- La prochaine fois, épargne moi juste l'aide de ton « assistante ».
- Hé ! J'étais super utile, protesta la punk. Sans moi vous seriez encore en train de débattre sur la bonne pose à adopter.
Mais Max ignora la réponse de Chloé. Un grand sourire fendit son visage alors qu'elle se rendait compte que tout espoir de collaboration avec Victoria n'était peut-être pas perdu. La blonde mima un minuscule rictus arrogant pour toute réponse avant de se détourner définitivement, prenant le chemin qui menait au parking où elle avait laissé sa voiture de collection.
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Plus tard dans la soirée, allongée de tout son long sur le lit de Chloé, Burn it to the Ground de Nickelback en fond musical, Max sentit son portable vibrer au fond de sa poche, annonçant la réception d'un sms. Elle ne put s'empêcher de se crisper et le sortit nerveusement, une pointe de stress perçant son estomac. C'était étrange, elle craignait de voir s'afficher le nom de Victoria tout en ne pouvant s'empêcher d'espérer que ce soit le cas. Elle déverrouilla son écran. Son cœur accéléra la cadence d'appréhension.
Victoria, 21h42 : Bon, j'ai fait de mon mieux pour rattraper le total manque de talent de ce rebus de la société qui te sert d'amie. Passe dans ma chambre d'ici cinq minutes pour qu'on en discute.
Victoria, 21h43 : Et ne me fais pas attendre.
La petite châtaine se rendit compte qu'elle retenait sa respiration au moment où elle sentit une brûlure nerveuse lui entraver les poumons. Elle prit quelques secondes pour relire les messages, les idées un peu confuses. Que pouvait-elle lui répondre ?... Victoria attendait-elle une réponse, d'ailleurs ?... Après tout, elle l'invitait à la rejoindre dans sa chambre. Ce n'était pas rien. Un peu sèchement et de manière très directive, certes, mais c'était sa façon de faire… et maintenant qu'elle y pensait, personne n'entrait dans la chambre de Victoria… Bien que Max s'y soit déjà rendue en ninja à deux reprises pour tenter d'inculper la blonde dans plusieurs affaires un peu louches. Mais cela, c'était une autre histoire. Aujourd'hui, Victoria désirait sa présence. Elle l'invitait officiellement –ou plutôt l'ordonnait officiellement- . Et Max sentit une boule de stress remonter le long de sa gorge.
Comment lui dire qu'elle se trouvait actuellement chez Chloé, et donc, dans l'impossibilité de faire acte de présence dans cinq minutes à Blackwell ? Elle pouvait voyager dans le temps, pas se téléporter. Il ne fallait pas trop lui en demander non plus. Max réfléchit un instant. Il ne lui restait plus qu'à trouver une réponse pas trop naze à lui envoyer pour refuser poliment tout en restant dans ses bonnes grâces. Simple comme bonjour quand on connaissait le caractère impérial de Victoria. Ca allait passer crème. Chloé choisit ce moment pour se jeter à ses côtés sur le matelas, la faisant légèrement rebondir.
- T'as l'air en pleine réflexion, Maxipad. C'est quiiii ?! Ton chéri Warren ?... Kate ?... Bitchtoria ?...
- Chloé… ne l'appelle pas comme ça… rigola doucement Max en se frottant la nuque. Elle a fait des efforts aujourd'hui.
- Oh, donc c'est bien la princesse, s'étonna-t-elle en roulant sur le dos. Qu'est-ce qu'elle veut ? Me féliciter pour mes photos bien meilleures que les siennes ? Nous balancer sa super vie sociale à la figure ?
Max éclata de rire devant l'air brillant de fierté de sa meilleure amie qui lui décocha un sourire à un million de dollars. Seigneur, qu'est-ce qu'elle aimait cette fille et son éternelle autodérision décalée.
- Elle dit plutôt qu'elle a rattrapé ton manque total de talent pour le shoot de cet aprem. Sous-entendu, sans elle ce projet serait voué à l'échec.
- Quelle hypocrite, railla la punk, sa bouche mimant un outrage profond. Elle ne comprend rien à mon art. Si j'étais encore à Blackwell, je lui botterai ses petites fesses royales avec mes Dr. Martens. Oh oui, je le ferai…. Songea-t-elle à voix haute. Avoue que ça pourrait être drôle !
La petite châtaine arqua un sourcil joueur en souriant.
- Ton art ?
- Mon immense talent artistique même.
- Et bien, mademoiselle Jefferson en herbe, au moins la modestie ne vous étouffe pas.
- La modestie c'est pour ceux qui n'ont aucune confiance en eux, fit Chloé en haussant négligemment les épaules. Et je suis très confiante en ma capacité à botter des derrières de richards. Crois-moi, c'est un talent inné.
- Comme tu l'as fait avec Nathan avant que je ne te sauve, ironisa la brune.
Chloé lui offrit un sourire en coin assorti d'un clin d'œil.
- Ca c'est l'exception qui confirme la règle, Super Max. Car, tout le monde sait que dans les films hollywoodiens, il faut que la fille trop cool se sacrifie pour l'avènement du nouveau héros. En gros, sans moi, tu n'irais jamais combattre le mal.
- Imbécile, s'amusa la photographe en lui donnant un coup dans l'épaule qui fit éclater de rire la punk aux cheveux bleus.
Elles se chamaillèrent quelques instants en se bousculant gentiment. Simplement heureuses de profiter de leur temps libre ensemble.
- Bon ! Trêve de bavardages, fit Chloé en se reprenant, qu'est ce qu'on mange ce soir ? Pizza ou omelette au bacon ? Choisis bien, le moment est crucial et tu n'as pas le droit de revenir en arrière pour goûter les deux.
Victoria, enfermée dans sa chambre, finissait d'arranger sa tenue avec un peu plus de soin qu'à l'accoutumée, quand son iPhone s'illumina. Elle avait beau se persuader qu'elle faisait cela pour paraître plus impressionnante aux yeux de la pro des selfies, l'idée d'être irréprochable quand elle franchirait sa porte stagnait dans un coin sombre de son esprit. Elle la réfuta vigoureusement.
Maxine, 21h50 : Désolée Victoria, mais Chloé m'a invité à dîner avec elle ce soir, est-ce qu'on peut repousser ? Je ne pense rentrer aux dortoirs qu'aux alentours du couvre-feu. Mais je suis impatiente de voir ce que tu as fait, on en discute demain si tu veux ))
Le cerveau de Victoria bugua pendant une infime seconde. Il s'arrêta même carrément de fonctionner. Attendez qu'elle comprenne bien… Max refusait son invitation pour aller dîner en tête-à-tête avec cette dégénérée aux cheveux bleus ?... Dans quel délire vivait-elle ?... Personne ne disait jamais « non » à Victoria Chase. Personne n'avait jamais refusé une de ses invitations ! Tout le monde accourait quand elle le désirait. On lui baisait les pieds.
La blonde serra ses mâchoires avec une frustration grandissante.
« Chloé m'a invité à dîner avec elle ce soir, est-ce qu'on peut repousser ? Je ne pense rentrer aux dortoirs qu'aux alentours du couvre-feu. »
Malgré elle, le message fit remonter dans sa mémoire la scène à laquelle elle avait assisté l'après-midi même. Ce moment où, incapable de faire quoique ce soit, elle avait vu Chloé attirer subtilement Max dans ses bras, leurs corps pressés contre l'autre, leurs visages séparés par si peu de distance… Et le pire était que la châtaine n'en avait pas été gênée le moins du monde… Victoria fronça les sourcils avec colère, ses doigts se crispant autour de son téléphone. L'agitation qu'elle avait ressentie un peu plus tôt l'étrangla de plus belle. Elle la sentie grimper en elle, incendier sur son passage son estomac qui se tordit de mécontentement et se fixer dans sa cage thoracique. Elle haïssait ce sentiment détestable qui la rongeait de l'intérieur… mais l'idée persistante de Chloé comblant les centimètres qui séparait son visage de la brune la révulsait sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.
Foutue Loserfield… elle se perdait de nouveau dans ses fabulations à cause d'elle.
Victoria inspira profondément, en essayant de refouler cette montée de colère qui n'avait pas lieu d'être. Elle n'était pas jalouse de Chloé… elle n'était pas jalouse de Chloé… Elle se répéta cette phrase comme un mantra à de nombreuses reprises. Il n'y avait rien de bizarre. Elle n'était pas jalouse. Elle avait juste été dérangée par cette surexposition d'intimité par deux looseuses qui clairement ne connaissaient rien à l'élégance de la mise en scène. Voilà. C'était cela. Elle avait juste été dérangée par leur comportement outrancier.
Pourtant, alors que ses yeux se posaient naturellement sur la photographie qui occupait le centre de son écran d'ordinateur, elle ne ressentit aucun étalage inopportun. Non. Il n'y avait pas de surexposition, ou de voyeurisme… Simplement une belle composition scénique qui captait un jeu de tentation interdit, parfaitement interprété par l'innocence de Max lovée contre le corps de son ennemie. Instinctivement, Victoria s'approcha de son écran, agrandissant d'un clic de souris le visage de la brune. Sa tête était partiellement de profil, tourné vers la sienne. Son expression naturelle était aussi douce que celle qu'elle gardait en souvenir depuis son point de vue de la scène. Max la regardait avec la pureté renversante qu'on s'attendait à trouver chez Blanche-Neige… Elle la regardait comme si elle essayait de voir le bon elle, de l'aider à le faire sortir, le laisser s'exprimer pendant que Victoria attentait sans pitié à sa vie par vanité et jalousie. La blonde déglutit, son cœur s'emballant à la réalisation de l'ironie mordante de la situation. C'était exactement ce qui s'était passé entre elles depuis le début de l'année… c'était exactement ce qu'elle avait fait subir à Max… Jefferson n'aurait pas pu choisir meilleurs interprètes pour ce conte.
De frustration, elle ferma brutalement Photoshop. C'était quoi son problème, merde ?... Elle était la Reine de Blackwell, il était légitime qu'elle écrase des gens. C'était comme ça qu'on se hissait au sommet. L'art était un monde sans pitié, pour réussir, il ne fallait pas avoir peur d'éliminer la concurrence… alors pourquoi Max l'avait-elle regardé ainsi comme si elle méritait mieux que cette vie ?...
Penser à la brune lui fit se rappeler qu'elle ne lui avait toujours pas répondu. « Désolée Victoria, mais Chloé m'a invité à dîner avec elle ce soir, est-ce qu'on peut repousser ? ». Qu'est-ce qu'elle pouvait lui dire ?... Amuse-toi bien avec ta junkie de compagnie ?... Non, c'était méchant et un peu trop gratuit. Même pour elle. Il fallait qu'elle trouve un truc un peu moins agressif, même si elle mourrait d'envie de montrer sa désapprobation. Ou alors… elle pouvait juste ne pas répondre… C'était bien aussi.
Sur cette pensée, elle reposa son téléphone sur sa table de chevet et lança un regard noir à son reflet dans le miroir qui lui renvoyait une image d'elle un peu mieux apprêtée que tout à l'heure. Cette tenue lui allait diablement bien. Que Max pleure d'avoir manqué l'occasion d'admirer une personne avec plus de style qu'elle n'en aurait jamais. Elle aurait pu apprendre quelque chose.
To be continued.
