Hey lecteurs !
J'espère que vous allez toujours très bien et que vous êtes prêts pour la seconde partie de ce one-shot, parce que vous allez y avoir droit tout de suite.
Je vous souhaite un très bonne lecture, et je vous remercie pour nous suivre, Onigiri et moi à travers ce texte.
Kiwi
Le lendemain quand Victoria se leva, ce fut d'une humeur exécrable. Les sourcils froncés et une migraine martelant ses tempes, elle manqua d'envoyer valser son réveil qui l'irritait depuis quelques secondes de sa sonnerie agressive. Mais, en se penchant pour l'atteindre, elle le manqua et se cogna l'avant bras contre la surface en bois. Son état d'énervement grimpa d'encore un échelon tandis que, sourd à ses protestations, son réveil continuait son tintamarre insupportable. Elle l'écrasa avec force, espérant le casser au passage pour ne plus jamais avoir à l'entendre.
Le silence retrouvé, la blonde soupira longuement en se passant doucement une main sur le visage. L'impression de n'avoir fermé les yeux qu'une poignée de minutes persistant dans son corps et son esprit. Et c'était pratiquement le cas, à vrai dire. Dans la léthargie de son réveil progressif, elle se rappelait avoir vu les heures défiler avec une lenteur mortelle, torturée par ses pensées qui ne voulaient pas se taire. Et agacée de penser de nouveau, elle repoussa sa couette sans ménagement pour se redresser d'un bond. Les cheveux ébouriffés, elle les réajusta d'une main. La veille, elle avait longuement traîné sur son ordinateur bien après son heure habituelle de coucher. La raison ?... elle n'avait pu s'empêcher d'attendre l'heure du couvre-feu juste avant lequel Max était supposée rentrer. Sa chambre se trouvant à l'exact opposé de la sienne, elle savait qu'elle l'aurait entendu fouler le couloir de ses pas même si la brune eut tenté de rentrer en douce. Mais rien. Vingt-trois heures était passé. Minuit avait suivi. Une heure du matin également. Pas de mini-geek hipster fan de cerfs à l'horizon. Max s'était bien foutue de sa gueule. Sifflant entre ses dents, Victoria attrapa son portable pour envoyer un message bien salé à la concernée.
Victoria, 6h45 : Je ne sais pas quel degré de sérieux tu accordes à ton travail (certainement aucun vu que tu n'as toujours pas rendu ta photo pour le concours de « Héros au Quotidien ») mais personnellement j'ai un niveau scolaire à maintenir. Donc rejoins-moi avant la première heure de cours pour faire un topo.
Mais alors qu'elle allait appuyer sur la touche d'envoie, Victoria se retint. Il n'était pas sept heures du matin. C'était peut-être un peu tôt pour l'agresser. Elle regarda de nouveau son message. Oh et puis merde ! Max n'avait qu'à assumer son manque de sérieux. Elle pressa le symbole d'envoi. Si elle la tirait du lit, c'était bien fait pour elle. Déjà qu'elle hésitait à aller frapper à sa porte de l'autre côté du couloir pour lui apprendre les bonnes manières.
Ca, c'est fait, soupira-t-elle, un peu plus calme en décidant de se lever. Elle s'occupa alors de ses tâches matinales, prenant son temps pour s'habiller et se préparer. Mais lorsque l'horloge tourna et afficha pratiquement huit heures du matin sans qu'elle n'ait de réponse, ce fut un retour violent à la frustration. Elle écrivit un deuxième message. Puis un troisième. Un quatrième. Peut-être même cinq ou six. Elle ne tint plus vraiment les comptes après le troisième et se contentait de taper et d'envoyer ce qui lui passait par la tête. C'était idiot, mais elle ne pensait plus à son image et souhaitait juste se défouler sur ce rébus de la société qui la faisait patienter, Elle, Victoria Chase, la Reine de cet endroit, comme on aurait fait attendre un vulgaire laquais. C'était inadmissible… Ou du moins c'est ce qu'elle pensa au départ avant de se rendre compte qu'elle avait envoyé près de sept textos d'affilés… Okay…. Elle avait peut-être un peu exagéré. Et à vrai dire, elle devait admettre que ce n'était pas forcément contre Max ou quoique ce soit, il en aurait été de même pour Nathan ou Taylor… mais le manque de réponse l'irritait fortement. Elle savait au fond d'elle avoir dépassé les bornes et s'être - un peu - laissée emporter avec son assaut de messages… mais c'était plus fort qu'elle. Elle n'avait pas l'habitude d'être ignorée de la sorte. On ne snobait pas sa personne, c'était contre l'ordre même des choses ! Ses parents lui avaient bien appris à toujours être au centre de l'attention à savoir se faire désirer. C'est pour cela qu'habituellement il suffisait qu'elle claque des doigts et les gens se battaient pour un seul de ses regards. C'était ainsi. Et pourtant, cette hipster qui aurait dû se sentir honorée de son intérêt – purement professionnel et contre sa volonté, tenait à souligner la blonde – ne daignait pas répondre à ses messages. Alors oui, bien évidemment, la colère qui ne cessait de monter en elle n'était autre que de l'outrage. Un outrage purement raisonné.
« tututu… I'm so fancyyyy, you already knooow. I'm in the fast laaaane from L.A to Tokyooo…"
Victoria fut brutalement extirpée de ses pensées lorsque la chanson d'Iggy Azalea envahie la pièce. Elle mit quelques secondes à comprendre ce qui se passait avant de tourner la tête vers sa table de chevet. L'écran de son iPhone était éclairé, l'informant d'un appel entrant d'un contact enregistré.
Hm ?... grogna-t-elle en arquant un sourcil.
Elle s'approcha alors et attrapa son appareil avec agacement. Elle ne put s'empêcher de grogner un « si Taylor a encore oublié de prendre son putain de caf… » avant de s'arrêter, soufflée. Elle n'était absolument pas préparée au marathon que son cœur démarra lorsqu'elle vit « Loserfield » s'afficher sur l'écran de son smartphone (elle l'avait renommée ainsi une heure plutôt pour marquer la supériorité qu'elle avait sur cette fille qui osait remettre son statut en question). Pour peu, sa main se serait mise à trembler, alors que ses oreilles bourdonnaient en réponse à un afflux sanguin trop important. Mais, serrant son poing, l'héritière Chase se sermonna pour reprendre contenance. Ce n'était que Max, la ringarde aux selfies. Une simple personne qui ne se démarquait pas du peuple. Pire ! Qui vivait en bas de l'échelle sociale, écrasée par le reste de la chaîne alimentaire.
Alors, pour couper court à l'élan irraisonné de ses émotions, la blonde décrocha presque rageusement. D'un ton sec, mais toujours distingué, elle déclara :
- Chase à l'appareil.
- Bon, princesse, y a un truc qu'il faut que je t'explique...
Le sang de Victoria ne fit qu'un tour. Elle écarta le téléphone une demi-seconde de son oreille pour le regarder avec perplexité. Était-elle en train de rêver ?... Il y avait bien marqué « Loserfield » sur son écran, et pourtant c'était la voix à la fois endormie et agacée de Chloé à l'autre bout du fil et pas celle fluette de la hipster. Que faisait-elle avec le téléphone de Max ?
- Le matin, les gens normaux, bah... ils dorment ! Alors, si tu pouvais arrêter de faire sonner ce putain de...
Il eut un bruit de froissement de tissu, puis un gémissement plaintif. Et une petite voix qui semblait lointaine marmonna :
- Chloé... Qu'est-ce que tu...
Victoria manqua un battement de cœur alors qu'un frisson glacé lui descendit le long de la colonne vertébrale. Tout parut se bousculer dans sa tête. Le bruit des draps… le gémissement du réveil… La blonde se retrouva incapable d'émettre le moindre son, hébétée par cette soudaine révélation. Elle resserra sans même s'en rendre compte ses doigts autour de son portable, toujours collé à son oreille. Ses yeux fixaient un point inexistant. Cette abrutie d'hipster venait de passer la nuit chez la junkie et, supposément, dans le lit de cette dernière. Max… Max dans le lit de Chloé…
Sans qu'elle n'en comprenne la raison, Victoria sentit son estomac se tordre et se nouer douloureusement. Chaque noeud lui donnait la nausée. Chaque nœud la faisait un peu plus souffrir. Et son cœur battait bien trop fort. Elle tenta de prendre une grande inspiration, mais sa poitrine était aussi douloureuse que si on y avait planté un couteau et tourné la lame à plusieurs reprises. Elle serra les mâchoires. Ce sentiment de déception, elle en avait déjà connu le goût amer une fois... Lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant et qu'elle brandissait fièrement son trophée de danseuse avant de se rendre compte que ses parents ne se trouvaient pas parmi les spectateurs, comme ils le lui avaient promis. Mais là n'était pas la question. Ce que Victoria cherchait à comprendre était pourquoi et comment Max éveillait en elle ce sentiment qu'elle s'était juré de ne plus jamais ressentir. Ce sentiment de défaite cuisante…
À l'autre bout du fil, il eut une sorte de raffut. Un mélange de rire et de grognement. Mais la blonde s'en fichait éperdument. Sans plus de préambule, elle raccrocha en se retenant de justesse à ne pas jeter son téléphone contre le mur. Avec rage, elle passa la main dans ses cheveux, ne s'inquiétant même plus de se décoiffer. Son cœur ne se calmait pas. Il battait avec fureur dans les moindres recoins de son corps, lui faisant perdre la raison. C'était quoi son problème à cette hipster ?!...
Putain de merde…
Il fallait qu'elle se calme. Se sermonnant, Victoria prit alors une grande inspiration qui fit trembler son être. Cela ne lui ressemblait pas de perdre aussi facilement ses moyens ni même de frôler les limites de sa patience. Elle devait se reprendre.
- Allô ? Allô ? appela Max en désespoir de cause. Elle a raccroché...
Soupirant longuement, elle abandonna son portable sur le sol de la chambre et tourna ensuite un regard noir vers la fautive.
- Chloé ! ronchonna-t-elle en faisant la moue. Pourquoi t'as fait ça ?
- Et toi, pourquoi tu t'énerves ? rétorqua la punk qui s'alluma une cigarette roulée avant de s'étendre dans le lit. La bourgeoise s'en remettra avec un petit thé à la camomille.
La jeune photographe allait rétorquer quelque chose, mais elle se tut abruptement quand les mots se formèrent dans son esprit. C'est vrai, Chloé avait raison… Pourquoi était-elle agacée de ne pas avoir eu Victoria au téléphone ? Pire… pourquoi ressentait-elle le besoin de remonter le temps pour corriger cette bévue ? Hier encore, Victoria et elle se détestaient et refusaient de se côtoyer. Hier encore, elles se disputaient pour des détails qui n'avaient aucune importance. Alors gaspiller son pouvoir pour quelqu'un qui aimait vous traîner dans la boue, elle n'était pas masochiste à ce point là. Max écouta sa raison face à cet étrange caprice qui n'avait pas lieu d'être. Et puis… Elle pourrait amplement discuter plus tard avec sa partenaire de projet durant la journée et lui dire que Chloé était une imbécile heureuse qui aimait prendre son portable pour répondre à sa place. Elle l'avait déjà fait avec Warren. Et il l'avait bien pris quand elle lui avait expliqué. Mais bizarrement, cela n'atténuait en rien son trouble... Trouble que l'œil expert de sa meilleure amie n'allait pas tarder à remarquer si elle continuait à rester à ses côtés de manière aussi crispée. Mais c'était profondément frustrant… Elle n'arrivait pas à s'expliquer ce qui la dérangeait autant dans le fait que Chloé ait envoyé promener Victoria alors qu'elle cherchait à la joindre.
A son tour agacée, et cherchant à s'accorder un peu de répit, la châtaine se leva pour ouvrir la fenêtre. Elle prétexta avoir besoin d'évacuer la fumée du joint de la punk avant que l'odeur n'imprègne ses vêtements. Cette dernière grogna un simple « bonne idée Mad Max, ça m'évitera d'avoir le gros con sur le dos dès le matin. Tu peux également allumer la musique si tu veux » sans bouger le petit doigt. Max n'allait pas s'en plaindre. Elle n'avait pas envie de s'expliquer sur sa réaction.
Alors, tournant des talons, elle s'approcha du poste radio qu'elle enclencha pour meubler la conversation avant d'aller récupérer son téléphone au pied du lit. Elle se rendit brutalement compte des multiples sms que la blonde lui avait envoyés depuis 6h45 du matin. Aucun d'entre eux n'était vraiment sympa… mais ils dégageaient quelque chose qui fit accélérer son cœur. Victoria avait vraiment essayé de la joindre… elle avait vraiment essayé de leur arranger un moment dans son emploi du temps pour le bien de leur projet. Et Max n'avait rien vu… La châtaine se mordit la lèvre, songeuse et embêtée, ses pensées tournant dans sa tête à lui donner le vertige. Il fallait qu'elle s'excuse. La blonde avait l'air profondément en colère dans son dernier sms… Et Chloé n'avait certainement pas arrangé les choses tout à l'heure. Mais alors que ses doigts commençaient à taper un message, elle s'interrompit. Pourquoi devait-elle demander pardon au final ?... Bah oui. Quelle était sa faute sinon ne pas offrir toute sa disponibilité à cette reine tyrannique ? Elle avait parfaitement le droit de dormir le matin sans avoir à se jeter sur les messages de Victoria comme un chiot en mal de son maître. Elle avait le droit d'avoir une vie hors de portée de sa royale personne.
La résolution de ne pas répondre prise, Max rangea son portable dans sa poche avant de se laisser retomber sur le lit aux côtés de Chloé. Il valait mieux tout laisser tomber pour le moment. Les choses n'allaient pas se régler en un claquement de doigts de toute façon. Elle choisit donc d'enfouir son inquiétude dans un recoin sombre de sa tête, se sentant l'esprit plus léger.
- Ce serait génial si on pouvait rester ici pour toujours, soupira Chloé.
- Je suis d'accord… T'es sûre qu'on ne peut pas ?...
S'installant confortablement, Max sentit sa meilleure amie lui faire de la place. Que c'était bon de juste se relaxer sans se soucier du reste du monde pour une fois. Sourire en coin, la brune attrapa son appareil photo pour son selfie matinal. Comme à chaque fois un thème s'imposait à son esprit. Celui-ci représenterait une amitié précieuse et immuable dans un univers passé pourtant en perpétuelle évolution. Mais avant qu'elle n'appuie sur le déclencheur, Chloé s'immisça dans le champ et posa un baiser sur sa joue lorsque le flash retentit.
- Garde-la précieusement, conseilla la punk en tirant la dernière bouffée de sa 'cigarette'. Tu rendras des gens vert de jalousie quand je serais devenue célèbre.
- Quand tu seras devenue une artiste de renom, tu veux dire ? railla la châtaine d'un air faussement dédaigneux, admirant le cliché qui apparaissait sur le polaroid.
- Ne sois pas si envieuse. Tu auras le droit d'être ma femme de chambre.
Un court silence suivit sa déclaration et contre toute attente, Chloé reçut un oreiller en pleine figure. Clignant plusieurs fois des paupières, il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui venait de se produire. Outrée, elle dévisagea son amie et le coussin posé sur son épaule avant de s'en armer à son tour. Les deux demoiselles se toisèrent, se défiant mutuellement en silence.
- Tu n'oserais pas, menaça Max en haussant les sourcils. Tu sais pertinemment que j'ai le pouvoir de tout anticiper.
- Si ça se trouve, tu as déjà remonté le temps des dizaines de fois pour me faire mordre la poussière, concéda la rebelle sans perdre de son arrogance. Mais j'essaierai encore et toujours !
Les éclats de rire des deux parties retentirent avant même que les premières hostilités ne soient lancées.
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Faisant signe de la main, Max salua sa meilleure amie qui démarra son vieux pickup et quitta le parking de l'académie comme si elle fuyait la peste. Cette vision fit sourire la petite châtaine qui suivit la course de son amie jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'angle d'une rue dans un bruit de pot d'échappement. Il était vraiment dommage que Chloé ne soit plus étudiante à Blackwell. Elles auraient pu aller en cours ensemble, faire les quatre cents coups comme quand elles étaient petites… voire, simplement traîner toutes les deux en n'ayant rien d'autre à se dire que parler du beau temps et des gens de leur classe. Nul doute que les journées se seraient déroulés avec beaucoup plus d'animation. Le sourire de la petite châtaine se changea en un roulement d'yeux amusé. Malgré les années qui étaient passées, c'était comme si jamais rien ne les avait séparées. Cinq ans… cinq longues années. Et pourtant elles étaient restées les mêmes l'une pour l'autre malgré leurs évolutions opposées et leurs divergences de caractères qui s'étaient accentuées. Max regarda la photo qu'elle avait prise un peu plus tôt. Chloé qui déposait ses lèvres contre sa joue. Chloé qui souriait contre sa peau. Cette simple image illustrait le lien indestructible qui les raccordait, aveugle face aux dégâts du temps et ceux de l'absence.
- Hé, Maximax !
Tirée de ses pensées en entendant son nom, Max se retourna vers la personne qui venait de l'interpeller en rangeant le selfie en papier glacé dans son sac. Elle sourit dès que son regard croisa celui du jeune homme qui l'avait appelé. Elle répondit chaleureusement en penchant légèrement sa tête de côté :
- Salut, Warren !
Le jeune geek à la chevelure ébouriffée s'approcha tranquillement de sa camarade d'une démarche nonchalante. Son joli visage éternellement rayonnant à chaque fois qu'il la retrouvait se fendit d'un immense sourire digne d'une publicité pour dentifrice. Il accompagna son arrivée d'un signe de la main pour la saluer. Et au moment où il s'arrêta à sa hauteur, Max put lire sur son t-shirt bleu roi, un peu large : « le geek ne dort pas, il se met en veille ». Elle rit doucement. Voilà. C'était exactement le genre de choses qui donnait à son ami un air attendrissant sans qu'il cherche forcément à le vouloir. Et elle l'appréciait pour sa simplicité. Il arrivait à la mettre de bon humeur rien que par sa présence.
- Je vois que tu as carrément un chauffeur personnel, remarqua Warren en émettant un sifflement d'admiration. La classe ! Plutôt badass en plus.
- Tu crois quoi ? rétorqua malicieusement Max en posant les mains sur ses hanches. J'ai tout un réseau de petits minions qui vont m'aider à prendre possession d'Arcadia Bay. On n'est déjà pas loin de voler la lune.
- Bien évidemment. Et bientôt, tu vas m'avouer que tu es une Prescott cachée ?
- Tu n'as pas osé dire ça !
Les deux jeunes gens rirent en cœur quand Max fit mine d'être offensée. Comme toujours, avec le brun, l'ambiance se voulait légère et agréablement veloutée d'humour. Tout ce qu'elle adorait. Les réparties fusaient et les références n'avaient jamais besoin d'être explicitées. Ils se comprenaient mutuellement d'un regard. Et, tout en prenant tranquillement le chemin de l'école, il lui fit part d'une future projection de La Planète des Singes dans un drive-in à quelques bornes de là. La séance allait se jouer –selon lui – à guichets fermés et il fallait qu'ils prennent leurs places immédiatement s'ils voulaient aller faire les singes ensemble. Max arqua un sourcil amusé alors qu'il imitait un commandant gorille qui requérait leur présence pour cet évènement exceptionnel qui ne se déroulait qu'une fois tous les millénaires. Cette réplique assortie à ses grimaces l'acheva. La petite brune éclata joyeusement de rire. Warren jouait dans l'exagération pour la faire réagir, faisant des grands gestes maladroits qui manquèrent de les faire trébucher.
- Arrête, j'ai mal au ventre ! plaida la châtaine, hilare.
- Pas de pitié pour les humains !
- Tu n'es pas humain, tu es un geek !
- Hey ! Les geeks ont une âme sensible…
Quand ils arrivèrent à hauteur des portes, le jeune homme arrêta son cinéma et s'empressa de devancer sa camarade pour lui tenir la battante. Un grand sourire sur les lèvres, il se décala légèrement sur le côté afin de laisser le passage libre à la demoiselle.
- Oh, monsieur le macaque est galant, railla la photographe en se retenant de pouffer.
- Mon humanité me dicte d'être votre humble et preux chevalier, rétorqua le jeune homme en se courbant élégamment.
- Mais quel genre de danger imminent pourrait bien requérir la présence de mon héros sur son destrier blanc ? Soupira-t-elle comme une demoiselle en détresse sans pouvoir retenir son sourire narquois.
Warren ne releva pas l'ironie dans sa voix. Laissant son amie pénétrer dans le bâtiment, il lâcha ensuite la porte pour la rattraper en deux foulées et raccorder son pas au sien. De nouveau à ses côtés, il se tint bien droit, beau et grand, faisant mine d'avoir la main portée sur une épée invisible à sa ceinture.
- Un danger mortel ! J'ai cru comprendre que vous étiez en projet photo avec la Reine Chase, ma Dame, fit-il remarquer avec un sourire en coin. Comme je vous l'ai dit, en preux chevalier que je suis, j'irai occire la Méchante Sorcière sous sa forme démoniaque de dragon cracheur de feu afin de sauver la belle et innocente princesse.
Max rit de plus belle avant de secouer lentement la tête et de rétorquer :
- Très bon plan, à un détail près, fit-elle en coulant un regard amusé dans sa direction. Ca, c'est la Belle au bois dormant, pas Blanche-Neige, petit génie. La Méchante Reine ne se transforme pas en dragon, elle empoisonne sa belle-fille d'une pomme rouge par jalousie de son incroyable beauté. Du moins dans la version Disney, parce que les contes de Grimm sont beaucoup moins… charmants, si je puis dire. –elle marqua une pause dans un petit sourire- et je vois que les nouvelles vont vite.
- À Blackwell, tout se diffuse comme une traînée de poudre, répondit Warren en faisant un clin d'œil à sa camarade, passant un bras par-dessus ses épaules. Et sinon, tu as quelque chose de prévu cet après-midi ?
- Ah euh…
Avant qu'elle ne puisse répondre, une voix tranchante et glacée juste derrière eux interrompit les deux jeunes gens. Ils sursautèrent à l'unisson.
- Oui. Elle a quelque chose de prévu. Mais ne laissez pas mon aura de dragon maléfique interrompre vos petits rituels amoureux, fit-elle froidement.
Max se retourna promptement, s'écartant sans même s'en rendre compte de Warren qui rougissait furieusement. A la fois honteux d'avoir été pris sur le fait par l'héritière Chase en personne, et embarrassé de ses propos acérés qui touchaient en plein dans le mille. Mais la petite châtaine ne se rendit pas compte de l'état de son ami, ou alors, elle ne s'en formalisa pas vraiment. Ses yeux restaient focalisés sur le visage de Victoria qui lui retournait un regard dédaigneux et légèrement contrarié. Elle déglutit. Sa manière de froncer les sourcils ne lui indiquaient rien de bon… Comme à chaque fois qu'elle tirait cette tête là, la blonde tentait de préserver un calme factice pour l'unique bien de son image publique. Mais intérieurement, elle avait déjà dû la tuer au moins cent fois… au bas mot. Et la riche héritière avait très certainement maudit ses générations futures sur plusieurs décennies. Pauvre descendance.
- Hey, Victoria… fit la petite brune, gênée en ramenant ses deux mains devant elle pour laisser ses doigts s'entortiller.
- Ah, tu te souviens enfin que j'existe. Je croyais que j'allais devoir t'envoyer une lettre calligraphiée pour que ton cerveau d'hipster réalise qu'on est sensé travailler ensemble aujourd'hui.
Aoutch. Elle était furieuse. Il fallait que Max dise quelque chose et vite avant que ses yeux révolvers ne lui perforent le crâne…
- hum… Désolée pour ce matin, Chloé est du genre à faire….
Victoria lui coupa la parole sans la moindre pitié.
- C'est bon. Garde ta salive pour ta junkie, Max, répondit-elle sèchement, une lueur de défi dans le regard. Je n'ai que faire de tes histoires privées. Tâche seulement de te pointer à ma porte quand t'auras fini tes cours. Comme tu dis « plus vite on en aura terminé, plus vite on pourra reprendre une vie normale. »
- Wow…euh… okay… ?
- Et ne sois pas en retard. J'ai autre chose à faire que perdre mon temps avec toi, termina-t-elle avec dédain.
Max aurait pu jurer que le ciel avait grondé en même temps que Victoria avait parlé. Elle aurait même pu jurer que le Jugement Dernier venait de s'abattre sur elle vu comment elle l'observait. Elle n'allait pas tarder à rendre son dernier souffle… c'était certain. Tout le langage corporel de la blonde lui signalait qu'elle se retenait de l'étrangler. Mais malgré la rudesse de ses mots et son regard impitoyable, Max sentit une blessure dans la voix de l'héritière Chase, et elle ne put que s'écraser avec un air encore plus misérable.
- Je suis vraiment désolée, Victoria… je te le jure.
- Ouais. Super. Je suis ravie de le savoir. Maintenant bouge !
Cela mettait un point définitif à la conversation. Et sur ces derniers mots, la Reine de Blackwell leur lança un dernier regard méprisant avant de les écarter sans ménagement de son chemin pour rejoindre les autres membres du Vortex Club qui l'attendaient devant la salle de classe. La regardant s'éloigner d'une démarche lancinante, Max soupira intérieurement. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond avec cette fille ?... Et pourquoi son cœur venait-il de se serrer alors qu'elle sentait qu'il allait falloir qu'elle se rattrape à ses yeux… ? C'était idiot…
Elle se passa une main contre sa tempe droite. Et pourquoi cela lui importait-il autant ?... elle n'avait rien fait de mal, qu'elle sache, elle avait juste traîné avec une amie…
Alors pourquoi Victoria semblait-elle aussi furieuse ?...
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Max passa le reste de sa journée à se demander comment se faire pardonner par la riche blonde qui l'avait sciemment snobé à chaque fois qu'elles s'étaient retrouvées dans la même pièce. Victoria ne lui avait même pas accordé un regard. Pas un seul. Elles étaient pourtant assises à côté en Histoire de la Photographie, bon sang ! Comment pouvait-on à ce point dénigrer l'existence de quelqu'un ?... Alors, maintenant que Max se retrouvait devant sa porte, la main levée dans l'optique de frapper, elle restait interdite, mitigée entre la crainte et l'incertitude. Ses muscles refusaient catégoriquement le moindre mouvement moteur. Et cela devait bien faire deux minutes qu'elle réfléchissait à comment se présenter à la blonde. Devait-elle immédiatement s'excuser pour éviter toute remarque désagréable ? Ou alors sourire et tenter d'alléger l'atmosphère d'une plaisanterie ?... Non. Victoria n'avait jamais apprécié ses tentatives d'humour. Cette fille n'aimait que les compliments qui la caressaient dans le sens du poil. Alors quoi ?...
Lâchant un long soupir qui visait autant à apaiser son anxiété qu'à exprimer sa lassitude, Max finit par simplement toquer à deux reprises. Elle se crispa malgré elle, prenant conscience de ce qu'elle venait de faire. Ca y est, c'était fait ?... Oh shit, songea-t-elle. Elle venait d'invoquer le démon au sein même de son royaume. Il ne lui restait plus qu'à prier le ciel pour que l'Impératrice « Bitchtoria » ne la réduise pas en cendres quand elle ouvrirait la porte et la foudroierait de ses yeux dignes de Cyclope des X-Men.
Et encore une blague vaseuse, se félicita-t-elle. Bravo, Max, tu ne cesses de t'améliorer…
La brune se réconforta comme elle put en se disant qu'au pire des cas, elle pouvait toujours remonter le temps et changer de stratégie si la situation dégénérait.
A sa grande surprise, la porte s'ouvrit presque immédiatement, révélant la grande blonde qui la dévisageait de son éternel air supérieur. Cet air que Max ne lui connaissait que trop bien et qui semblait médire sur son compte sans même que la riche héritière n'ait besoin de parler. D'ailleurs, maintenant qu'elle y pensait… Victoria avait-elle toujours eu les sourcils froncés ou faisait-elle un effort quotidien considérable pour avoir l'air constamment contrariée ?...
- Entre, grogna-t-elle. Et ferme la porte.
Le moment était mal choisi pour traîner. Cette question resterait sans réponse pour le moment, mais elle la gardait dans un coin de son esprit pour plus tard. Ne désirant pas l'énerver un peu plus, Max se pressa de pénétrer à sa suite, puis ferma la porte dans son dos quand Victoria lui fit signe de s'installer sur son canapé. Elle obéit sans réfléchir, ses mains s'humidifiant légèrement d'appréhension. Elle ne savait pas quoi dire. Et encore moins quoi faire. Alors elle resta immobile sur le sofa de cuir blanc, ses jambes serrées l'une contre l'autre à observer son hôte récupérer son ordinateur portable pour le poser devant elle sur la petite table basse.
Sans dire un mot Victoria contourna la table pour s'asseoir à côté de la châtaine et tourner légèrement l'écran dans sa direction. Toujours en silence, elle pianota sur quelques touches jusqu'à afficher plusieurs photographies sur l'écran. Ses yeux restaient concentrés sur ce qu'elle faisait, ignorant encore une fois la présence de Max. Cette dernière, toujours mal à l'aise, nota quand même de par leur proximité, l'odeur très prononcée du parfum de la blonde. Ce même parfum qui l'avait enveloppée durant leur photoshoot au pied du phare. Ce même parfum qui l'apaisait et charmait ses sens sans qu'elle n'en comprenne réellement la raison et qui sentait actuellement très fort, comme si… Victoria venait d'en remettre. Max fronça légèrement les sourcils. Victoria venait-elle de se re-parfumer pour l'accueillir ?... C'était étrange… mais la châtaine fut interrompue dans sa réflexion quand sa partenaire brisa enfin le silence :
- Bon.
Victoria soupira légèrement comme si ce qu'elle s'apprêtait à dire lui coûtait énormément. Max ne chercha pas à l'encourager à poursuivre et garda ses lèvres closes en coulant un regard vers son visage. L'habituelle ride de contrariété de la blonde entre ses deux sourcils venait de réapparaître, plus marquée que jamais.
- Ca, fit-elle en pointant son écran, ce sont les photos que j'ai donné aujourd'hui à monsieur Jefferson pour la certification du projet. Apparemment il adoore le concept.
Sa façon d'appuyer sur le mot « adore » marqua immédiatement une exaspération très péniblement contenue d'accorder un peu de crédit au travail de Chloé. Mais la brune fit mine de ne pas le relever pour pointer les retouches lumières faites numériquement.
- Oh ! J'aime beaucoup le fait que tu ais assombri toute cette partie de ton visage de manière assez diffuse et illuminé un peu plus le mien en contrepartie. –elle marqua une pause pour admirer l'œuvre dans son intégralité – Avec ces effets de contraste, toute la chaleur de la scène semble émaner de Blanche-Neige alors que la noirceur de la Reine la surplombe et l'entrave dans une espèce de fascination sensuelle. On a une opposition « Bien versus Mal » vraiment intéressante du coup. J'accroche complètement…
Victoria arqua un sourcil.
- Quoi ? S'inquiéta Max en se recroquevillant de peur d'avoir dit une bêtise.
- Non, rien. Je suis juste surprise que tu ais eu la même vision des choses que moi, en vérité.
La blonde reporta son regard sur les retouches décrites par sa camarade.
- J'avais pensé qu'il serait intéressant de mettre en valeur notre côté un peu yin et yang que nous possédons naturellement, en poussant un peu plus la caricature de Blanche-Neige et de la Méchante Reine dans le jeu des couleurs et des rendus graphiques.
La petite châtaine sourit en se penchant un peu plus pour regarder les clichés.
- C'est une excellente idée. T'as géré.
Le cœur de Victoria bondit à l'entente du compliment soufflé avec sincérité. Elle ne s'était pas attendue à une telle sympathie de la part de celle qu'elle avait bizuté pendant plusieurs mois. Et bizarrement… Toute trace de la frustration qui depuis la veille l'étouffait et la rendait irritable sembla s'évaporer. Elle oublia instantanément la raison de sa colère alors que de lentes tâches rosées tendaient à vouloir prendre possession de ses joues qu'elle sentait chauffer. Elle se racla la gorge en fronçant les sourcils de plus belle.
- Oui.. enfin bon. Ce ne sont que des brouillons, maugréa la blonde en gardant son regard fixé sur l'écran pour que Max ne remarque pas son trouble. J'avais dans l'idée un photoshoot plus accompli dans le studio de ma famille pour le rendu final.
Max entrouvrit légèrement la bouche, son visage bloqué en une expression de stupeur des plus adorables. Victoria se mit une gifle mentale à cette vision. Venait-elle de la trouver…. Mignonne avec son air d'imbécile profonde ?... Non… bien sûr que non. Cette simple remarque était la faute de ces foutues tâches de rousseur qui soulignaient ses yeux comme un masque vénitien. Ces dernières arrivaient à complimenter n'importe quelle expression stupide sur un visage banal à pleurer... Victoria s'obligea à refocaliser ses pensées sur le sujet. Elle devait rester concentrée.
- Ta famille possède un studio ? Répéta la brune, les yeux brillants d'envie.
- Oui ?... Plusieurs même. Mais il y en a un en particulier que j'ai le droit d'utiliser quand bon me semble.
- Wowzer ! Mais c'est trop cool ! S'exclama-t-elle. J'ai toujours rêvé de faire un vrai shoot dans un vrai studio professionnel ! Et est-ce que du coup on va porter des tenues un peu spéciales ou tu veux qu'on fasse une version moderne du conte en tenues citadines comme au phare ?
Victoria ne put s'empêcher de lâcher, avec sa manière hautaine agaçante, un petit rire dédaigneux à sa question. Bien sûr… elle ne pouvait pas s'empêcher de se moquer de Max à la moindre occasion. Mais, il fallait la comprendre aussi… on aurait dit que la brune faisait exprès de lui tendre le bâton pour se faire battre.
- Vu ton style, hipster, fit Victoria en la regardant de haut en bas avec mépris, tu devras porter une tenue « spéciale » même si on fait une version moderne du conte, parce que franchement, tu ne peux pas porter ça sur un projet photo qui va être exposé dans une galerie. J'aurais trop honte d'être dans le même cadre que toi.
Max baissa le regard vers sa tenue quelques secondes puis le ramena sur Victoria en haussant les épaules. La blonde roula des yeux, exaspérée par son manque de style et de clairvoyance. Un « sérieusement ? » dansant dans ses orbes verts.
- Peu importe, grogna-t-elle en accompagnant sa réplique d'un revers de la main. Je m'en occuperai. Contente-toi d'être toi-même.
Après cela, elle se tut quelques secondes, continuant d'organiser les différentes photographies prises la veille sur son écran pour en avoir un meilleur aperçu. Max n'osa pas l'interrompre. Installée près de la blonde, elle essayait de se tenir tranquille en évitant de remuer sa jambe qui aurait trahi sa nervosité. Victoria avait toujours cet effet là sur elle. D'une part, elle l'intimidait à la réduire bêtement au silence, et en même temps, elle la fascinait et Max mourrait d'envie d'en apprendre plus sur elle.
- ….es d'accord ?
Max cligna des paupières, se rendant compte que la blonde la fixait avec insistance, l'air de nouveau contrariée et impatiente.
- Pardon ?...
Victoria soupira. Mauvais signe pour sa longévité et la préservation de sa tête sur ses épaules.
- Es-ce que tu m'écoutais au moins ?
- Excuse-moi ! S'excusa-t-elle de manière un peu lassée.
Max commençait à en avoir marre de répéter ce mot à chaque fois que Victoria la regardait mal. Elle avait l'impression d'être toujours en tord, même en n'ayant rien fait de répréhensible.
- Je pensais à plusieurs choses et…
- C'est déjà un miracle que tu penses, la coupa la blonde. Enfin… pendant que tu divaguais dans ton monde d'hippie et de geek, je disais que si tu avais le temps, j'aurais voulu faire quelques tests maquillages sur toi maintenant, pour ne pas perdre de temps samedi prochain.
Max arqua un sourcil, étonnée de l'absence de sarcasme ou d'ordre impitoyable dans la voix de la riche héritière. On aurait presque dit que Victoria lui laissait le choix… Et son silence devant cette réalisation dû durer plusieurs secondes car le regard de la blonde se fit plus intense.
- O-okay, répondit simplement la brune en jouant maladroitement avec ses doigts. Je n'ai rien de prévu ce soir, donc si ça peut nous aider pour le projet, je veux bien.
- Parfait.
Max marqua une pause alors que Victoria se redressait de sa position assise pour aller récupérer sa palette de couleur. Immédiatement la chaleur de sa présence manqua à la petite châtaine et sans même le vouloir, son regard suivit le mouvement de la Reine de Blackwell vers le haut. Il redessina la courbe du dos de la jeune femme et la ligne de ses hanches qui se dessinaient dans ses vêtements parfaitement ajustés. Victoria était vraiment bien foutue sous tous les angles. C'en était presque frustrant.
Max se raisonna.
- Mais… reprit-elle alors que la blonde se retournait à son appel. Ce n'est pas toi qui disais tout à l'heure avoir des choses à faire aujourd'hui… que… (elle hésita en baissant le nez)… que tu n'avais pas de temps à perdre avec moi ?...
La Reine de Blackwell arqua un sourcil interrogateur à sa question mais ne répondit rien. Elle se contenta de récupérer en silence ce dont elle avait besoin avant de venir s'accroupir devant sa coéquipière. Prenant son temps, elle posa son matériel sur la table basse à ses côtés pour faire signe à Max de bien lui faire face sans bouger.
- Il est vrai que tu me fais perdre un temps considérable par ton manque de sérieux et ton manque de style… mais j'ai accepté de faire ce projet avec toi. Et je ne reviens jamais sur une de mes paroles. Donc je m'y tiendrai et j'irai jusqu'au bout…
Max voulut de nouveau laisser tomber sa mâchoire avec stupeur. C'était quand même la deuxième fois que la blonde se montrait « gentille » à sa manière… mais la main qui se planta au niveau de son menton pour la maintenir à l'immobilité l'en empêcha. Alors, bien obligée, elle resta immobile dans un silence nerveux, attendant la suite des évènements avec appréhension. Elle regardait bêtement la blonde qui la regardait en retour comme si elle cherchait l'inspiration. Et elle s'apprêtait à faire une blague débile pour détendre l'atmosphère quand soudain, Victoria rapprocha son visage du sien. Ses yeux vert royaux scrutant avec expertise les moindres traits de son visage. Max se sentit violemment rougir, sa salive descendant avec grande difficulté le long de sa gorge comme si d'un seul coup tout son corps s'était asséché. Elle finit par déglutir dans un bruit qui lui sembla assourdissant. Mais Victoria ne sembla pas le remarquer. Ou alors elle fit un excellent travail à ne rien laisser transparaître sur son visage.
Au contraire, elle se retira lentement pour récupérer un pinceau à poils courts qu'elle glissa sur une poudre assez claire.
- Ne bouge pas, hipster, la sermonna-t-elle en apposant le pinceau au niveau de ses pommettes. Je ne vais pas te faire du mal si c'est ce que tu penses. Décontracte-toi.
- Non non ! Répondit aussitôt Max, en frottant nerveusement son pouce contre son index opposé. C'est juste que… je n'ai pas l'habitude.
- Ca, j'avais remarqué, trancha-t-elle avec ironie sans cesser son travail. Comme la plupart des gens de Blackwell avec un minimum de goût.
Eeeet… Victoria restait Victoria, songea la brune, exténuée de devoir toujours se battre contre la blonde à la moindre de leurs interactions. Toute discussion avec elle ressemblait à une bataille où montrer un instant de sincérité était perçu comme une faiblesse exploitable. Maintenant qu'elle y pensait, une conversation avec Victoria sans le moindre sarcasme devait être une légende urbaine, elle en était persuadée à présent. La blonde avait un talent inné pour rabaisser ses interlocuteurs d'un seul mot. On aurait dû lui décerner un Award pour cela. Le Bitch Award de l'année.
Mais Max ne chercha pas à lui répondre. Etonnamment sensible à la proximité de leurs visages respectifs, elle ferma les yeux pour éviter de loucher sur le pinceau qui redessinait son visage avec talent. Mais surtout pour s'empêcher au maximum de rougir bêtement face au regard abyssal de sa camarade qui la scrutait sous toutes les coutures. Pour l'avoir déjà vue à l'œuvre à plusieurs reprises, on aurait presque dit que Victoria l'observait avec la fascination qui l'animait quand elle regardait le monde à travers son objectif. Cette espèce d'épanouissement artistique qui lui permettait de libérer son talent au gré de son imagination. Et… C'était terriblement déstabilisant, à vrai dire. Max se sentait mise à nue. Troublée, elle préféra recouvrer la sérénité de l'ignorance en essayant de faire taire son cœur qui battait à tout rompre dans sa poitrine. Il battait si fort qu'elle craignait que Victoria ne l'entende et ne lui fasse encore une remarque désagréable à ce propos. Mais la brune ne pouvait pas s'en empêcher… elle ne pouvait pas s'empêcher de ressentir cette exaltation inédite… pas alors que le parfum de sa terrible partenaire engourdissait ses sens et la transportait dans un univers aux saveurs sensuelles et exotiques.
Une main glissa contre sa joue. Ce n'était rien de plus qu'une caresse, mais les sens actuellement exacerbés par sa cécité, Max frissonna de concert. Les doigts de la blonde parcoururent sa peau, étalant une poudre sur le contour de ses yeux et à la chute de ses sourcils. Ses gestes étaient lancinants. Répétitifs. Attentionnés. Et au fil des secondes qui passaient, Max put même sentir le souffle de Victoria mourir contre sa mâchoire. Elle réalisa que Victoria s'était rapprochée… La chaleur de son expiration qui dansait continuellement sur sa peau ne pouvait que l'avertir des minuscules centimètres qui les séparaient encore. A cette brutale réalisation, une sensation gênante de brûlure enflamma ses reins et son estomac pour faire brutalement remonter le sang jusqu'à son cœur. Et d'un seul coup, comme électrocutée, elle sentit tout son corps se réchauffer, s'épanouissant de leurs contacts répétés. Sa tête se mit à tourner légèrement, lui faisant ressentir un vertige loin d'être déplaisant.
- Vi-Vict-oria… bafouilla-t-elle, surprise par la faiblesse de sa propre voix.
- Ne bouge pas, je t'ai dit.
A son ordre, Max s'immobilisa automatiquement comme si son corps venait de se transformer en statue. Pourtant elle était loin de l'absence de tout ressenti de la pierre. Chaque endroit où Victoria apposait ses doigts la faisait frémir et lui laissait une impression de chaleur localisée comme si la blonde la brûlait sciemment à répétition. Max tenta d'inspirer pour calmer sa nervosité qui faisait trembler ses doigts. Elle n'avait jamais ressenti ce genre de choses… n'avait jamais pensé se laisser troubler par une main qui écartait gentiment ses cheveux pour les coincer derrière son oreille, éraflant dans le même mouvement la ligne de sa joue pour venir se reposer sous son menton.
- Tu as de longs cils, remarqua Victoria dans un murmure en apposant son eyeliner sur le contour de ses yeux. Ca te donne une impression de maquillage naturel.
Max ne put s'empêcher de frissonner de plus belle à l'entente de sa voix légèrement rauque si près de son oreille. L'idée même que Victoria venait de lui faire un compliment ne l'atteignit pas, tellement son esprit restait focalisé sur la paume de sa main posée contre sa tempe. Elle espérait presque que les doigts manucurés de la blonde viennent à redessiner les traits de ses sourcils sans jamais cesser. La sensation était enivrante piquée d'interdit et de découverte. Et Max ne s'en lassait pas.
- Ouvre les yeux.
La petite châtaine obéit, s'habituant au nouveau ressenti du maquillage sur sa peau qui alourdissait légèrement ses paupières. Mais elle n'eut pas le temps de réellement se demander de quoi elle avait l'air que son regard s'accrocha à celui de jade qui lui faisait face. Leurs visages étaient encore terriblement proches, et Victoria l'observait avec une expression qu'elle ne lui avait jamais vue jusque là. Si Max se fiait à son instinct et la surprise qui écarquillait ses prunelles, Victoria semblait à court de mots… elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais la referma sans qu'un son ne franchisse ses lèvres rosés. Et Max nota le rouge qui s'empara bientôt de ses oreilles et ses pommettes alors qu'elle ne détournait toujours pas le regard. Le temps sembla s'arrêter. Elles se regardaient mutuellement comme si elles se redécouvraient pour la première fois. Loin des insultes, loin de leurs querelles ou de leurs craintes. Max ne sut jamais quand est-ce qu'elle cessa de respirer. Elle ne sut pas combien de temps elle resta là, à admirer ses traits fins et bien dessinés qui semblaient avoir été sculptés par une main de maître. Elle sut encore moins quoi penser, alors qu'une espèce de gravitation tendait à vouloir la pousser vers l'avant…
- Ah hum. Oui, tiens, se reprit subitement la blonde en lui tendant un miroir. Ne me remercie pas, je sais que j'ai du talent pour ce genre de choses.
Elle détourna la tête quelques secondes, et le charme se rompit. Max cligna brutalement des yeux, ramenée à la réalité. Victoria en profita alors pour se reculer légèrement et reporter ensuite son regard sur le visage de sa camarade afin d'apercevoir sa réaction quand elle se découvrirait. La blonde ne fut pas déçue. Le miroir récupéré, Max se regarda avec étonnement. Ses doigts hésitaient à toucher sa peau de peur de gâcher le travail de l'héritière Chase.
- Wow. J-je…. Juste… Wow !
Victoria esquissa l'ombre d'un sourire satisfait.
- C'est vraiment moi ?... J'ai presque du mal à me reconnaître.
- Officiellement, tu es plus Blanche-Neige que toi-même.
Max ne put s'empêcher de rire doucement à sa remarque.
- Tu me fais me sentir comme une vraie princesse Disney, Victoria, fit-elle joyeusement en souriant avec son habituel charme apaisant.
A cette vision, l'intéressée vira brutalement au rose prononcé, les yeux écarquillés par la surprise. Elle se redressa le plus rapidement possible sur ses jambes pour s'éloigner et se détourner partiellement.
- Ouais… si tu le dis. Ce n'était pas grand-chose…
- Mais j'apprécie que tu ais pris ce temps pour moi.
Victoria croisa les bras dans une position légèrement défensive. Ses yeux refusaient de rencontrer ceux océans qui la dévisageaient avec intérêt. L'air contrarié, elle reprit sur un ton qu'elle voulait détaché :
- Tu veux que je prenne une photo pour que tu ais un cliché potable dans ton book d'autoportraits ?
- Avec plaisir, finit par répondre la châtaine après une courte seconde d'étonnement. Mais tu peux le faire avec mon polaroid s'il te plaît ?
La blonde poussa un soupir fatigué qui signifiait « Dans quelle merdier je me suis encore embarquée, putain. » mais qu'elle traduisit par :
- J'espère que toucher ce truc ne va pas me refiler ton mauvais goût des années 60.
- Etre hipster n'est pas une maladie.
- Non, c'est un fléau.
Mais malgré ses protestations, Victoria se saisit de l'appareil photo rétro que Max lui tendait qu'elle porta à son visage pour en tester l'optique. Un œil planté dans la machine, elle lâcha un « Comment tu arrives à prendre des clichés potables avec une lentille pareille ? » auquel Max répondit par un « J'aime bien l'effet qu'on peut en tirer… ».
- On dit que l'art est subjectif, grogna-t-elle.
Après quelques réglages, Victoria s'accroupit de nouveau à hauteur de la petite photographe. Elles se retrouvèrent aussi proches que quelques minutes auparavant, mais cette fois ci, ce fut au tour de Victoria de sentir son cœur s'emballer furieusement. Elle tenta de ne pas l'écouter rebondir et prit tout son temps pour cadrer son sujet en fonction de la lumière qui pénétrait dans sa chambre. L'objectif du Polaroid semblait faire ressortir avec une précision effrayante le visage ingénu de la châtaine. Il rendait même justice au joli mélange du naturel de ses traits avec celui plus artificiel du maquillage qui renforçait le magnétisme de ses yeux uniques. Victoria sentit ses doigts faiblirent autour de l'appareil alors que ses genoux sur lesquels elle était en appuie se faisaient fébriles.
Elle appuya sur le déclencheur, aveuglant une seconde Max qui lâcha un « Oww » par réflexe en fermant les yeux. Et son cœur manqua un battement quand elle rouvrit les paupières, légèrement confuse à cause du flash qui devait encore clignoter devant ses pupilles. Victoria se retrouva à l'admirer bêtement, hypnotisée par sa façon de recouvrer ses moyens et son petit sourire qui lui faisait ressentir ces étranges battements d'ailes dans son ventre.
La photo finit de s'imprimer et la blonde la récupéra pour observer le rendu de son travail. Il fallait qu'elle s'occupe l'esprit… quelque chose clochait vraiment chez elle aujourd'hui. Mais pendant quelques secondes l'image resta floue, lui tapant malgré elle sur les nerfs. Elle n'aimait pas attendre et elle due se faire violence pour ne pas imiter la petite brune et secouer le cliché pour en accélérer le séchage. Elle savait par expérience que ce genre de comportement était une erreur de débutant. Secouer une photo pas encore sèche pouvait mélanger les couleurs et gâcher le cliché. Alors elle attendit.
- Elle est comment ? Fit la voix de la châtaine en face d'elle.
Si Victoria pensa lui répondre, ses lèvres n'obéirent pas à son cerveau alors que son souffle resta bloqué dans sa gorge. Elle se retrouva plongée dans un silence stupéfait, ses yeux ne pouvant se détourner de l'image qu'elle tenait entre ses mains. C'était certainement le meilleur portrait qu'elle ait pris depuis ses débuts des années plus tôt… La lumière n'éclairait qu'une partie du visage de la petite geek et approfondissait son expression assez neutre que le maquillage assombrissait avec élégance. Victoria sentit son cœur accélérer la cadence. On disait toujours que la photographie était l'expression de l'œil du photographe, sa façon de voir le monde et sa façon de le transmettre… Elle se mit à paniquer alors que de lentes sueurs froides descendaient le long de sa colonne vertébrale. C'était donc ainsi qu'elle voyait Max… resplendissante et mystérieuse dans la profondeur de ses yeux azurs…. à la fois fragile et inébranlable, douce et forte. Elle brillait à sa manière et sans pouvoir s'en détacher, elle lui faisait ressentir une panoplie de petites choses qu'elle n'arrivait pas vraiment à définir.
Victoria sentit l'air envahir de nouveau ses poumons. Elle ne se souvenait pas avoir arrêté de respirer.
- Euuh… Tiens, répondit-elle finalement en lui tendant le cliché qu'elle mourrait d'envie de conserver. J'ai fait de mon mieux pour rattraper ton air stupide naturel.
- Okay ? S'amusa la brune en attrapant la feuille en papier glacé.
Elle poussa un petit sifflement admiratif quand ses yeux captèrent enfin son image.
- Hé ! Mais c'est qu'elle est plutôt classe.
- Tch. Tu t'attendais à quoi, loser ? On n'est pas tous inscrits dans cette école par simple coup de chance ou erreur administrative. Certaines personnes ici ont un vrai talent pour la photographie. Elles ont mérité leur place.
Max arqua un sourcil joueur qui signifiait « Non mais, Victoria ? Sans déconner ? » qu'elle assortie d'un petit rire en attrapant son sac pour y ranger la photo.
- Certes, tu mérites mille fois plus ta place que m…
Malencontreusement au moment où elle ouvrit la poche latérale dans laquelle elle rangeait sa sélection de photos du jour, plusieurs clichés lui échappèrent et se répandirent sur le sol. Victoria roula des yeux devant sa maladresse, ne pouvant s'empêcher de lui lancer une vacherie sur le fait qu'en plus de ne pas avoir de talent, la brune possédait deux mains gauches. Mais la blonde se baissa quand même pour l'aider à récupérer ses polaroids. Ses doigts fins rassemblèrent quatre ou cinq photos qu'elle organisa en une petite pile avant de se redresser. Intriguée malgré elle –elle ne l'aurait jamais reconnue même sous la torture mais elle aimait le travail de Max-, elle se permit de faire défiler les clichés entre ses mains. Le premier était un écureuil en train de grignoter une noisette sur un banc, le deuxième, une photo d'Alyssa prise de dos pendant qu'elle regardait par la fenêtre, puis un cliché de Trevor et Justin en train de faire du skate sur un muret et…. Son cœur se stoppa en découvrant la quatrième photo. Son cerveau s'arrêta brutalement de fonctionner… ou alors il se mit à tourner si vite, qu'elle n'arrivait plus à suivre. Elle resta bloquée, son sang rugissant dans ses veines. La photographie n'était rien d'autre qu'un cliché illustrant Chloé qui déposait un baiser sur la joue de la brune dans ce qui devait être un selfie au réveil. Leurs têtes mal réveillées et leurs vêtements pointaient sa déduction dans ce sens en tout cas. Le sourire de Max lui fit l'effet d'un coup de poing aux creux de l'estomac. L'espèce de jalousie sans fondement qu'elle avait ressentie la veille au phare étouffa de plus belle son cœur lui faisant froncer les sourcils.
- Merci, fit Max en coupant court au flot de ses pensées.
Victoria lui rendit sèchement ses clichés en les rassemblant avec frustration.
- Pas de quoi.
La blonde contourna sa table basse pour retourner s'assoir derrière son ordinateur. Tout valait mieux en cet instant que rester proche de la petite châtaine. Et cette dernière due comprendre qu'elle la dérangeait car elle lui envoya un petit sourire maladroit en disant :
- Euh… Je vais devoir y aller, je viens de voir que j'avais un texto de Chl… d'une amie, se rattrapa-t-elle en se souvenant qu'il était préférable de ne pas ramener le sujet « Chloé » sur le tapis après l'histoire du matin même. Et vu qu'on a fini de se mettre d'accord pour samedi, et bien… je vais te laisser, et débarrasser ta chambre fashion de toute mon aura d'hipster qui pourrait la ternir, rigola-t-elle.
A cette perche énorme que Victoria ne pouvait pas manquer, Max s'attendait à recevoir une réplique pleine de sarcasme en retour ou un regard dédaigneux assorti d'un sourire Victoresque, mais non. A la place, la blonde ne releva même pas la tête dans sa direction et la congédia sur un « Okay. Ferme la porte en partant. » des plus froids qui la déstabilisa. Max ne la comprenait décidément pas. Une minute plus tôt Victoria était sympa et elles avaient pu plaisanter ensemble, et la seconde d'après, elle était revenue à son comportement distant de Reine de Blackwell sans raison apparente.
- Et bien okay… merci pour le maquillage et la photo, Victoria, murmura-t-elle sans savoir sur quel pied danser. C'était sympa de traîner avec toi…
L'absence de réaction qu'elle reçut lui fit comprendre qu'elle ne l'écoutait plus et qu'il était temps de lui débarrasser le plancher. Alors Max se replia stratégiquement vers sa propre chambre en veillant à ne pas claquer la porte de la blonde en sortant. A peine l'eut-elle franchie qu'une lourde musique assourdissante rugit de la pièce qu'elle venait de quitter. Max resta interdite quelques secondes en fixant la porte dorénavant fermée qui laissait s'échapper un son colérique tout en pulsations et en basses lancinantes. Elle écarquilla les yeux. Qu'est-ce qu'il venait de se passer ?...
Secouant la tête, Max se détourna et franchit les deux mètres qui la séparaient de sa propre chambre pour aller s'y refugier. Chloé n'arrivait que dans une bonne demi-heure, elle avait tout le temps qu'il lui fallait pour se démaquiller et se préparer à sortir. Mais avant, elle tira de sa poche le cliché que Victoria avait pris d'elle quelques minutes plus tôt. La photographie était vraiment classe, elle devait le reconnaître. Maintenant qu'elle y songeait, elle s'était rarement sentie aussi jolie sur une photo. Et elle avait rarement perçue une telle chaleur dans un de ses autoportraits… peut-être parce que ce n'était pas de cette manière qu'elle se voyait habituellement…
à suivre prochainement...
