Hey Strangers (j'aime bien ce nom pour les gens qui font parties du fandom de Life is Strange)
Voici en ce beau vendredi, le dernier acte de Snow White. Nous vous le présentons, Oni et moi, juste avant la sortie de l'épisode 5 parce qu'il faut garder espoir jusqu'au bout. Et même si cette fiction n'a pas eu l'air de vraiment vous plaire vu le peu de retour que nous avons eu, Onigiri et moi-même ne regrettons rien. On s'est éclaté à l'écrire, et ce texte nous a fait vraiment plaisir.
Alors nous vous souhaitons à tous et à toutes une agréable lecture~
Kiwi
Les deux jours qui suivirent furent une véritable torture pour Victoria. Et encore, le mot torture était loin de définir ce qu'elle ressentait vraiment à chaque fois que ses pensées dérivaient sur Loserfield – c'est-à-dire du matin au soir - . Quand ce n'était pas ses tâches de rousseur qui s'imposaient dans sa tête, c'était ses manières agaçantes de geek qui attiraient son regard, ou son insouciante face à tout forme de responsabilité qui l'énervait… et ses yeux… argh, ses foutus iris océaniques qui évoluaient en fonction de la luminosité. Victoria les haïssait de tout son être. Elle n'en avait jamais vraiment saisi la réelle profondeur avant cette photo qu'elle avait prise dans sa chambre, et maintenant ils la hantaient. Elle n'avait qu'à fermer les yeux pour les retrouver, pour sentir la force de l'âme de la châtaine vibrer à travers eux. Ils étaient là, braqués dans sa direction, à la fois confiants et mélancoliques, forts et vulnérables… Ils la dévisageaient comme s'ils pouvaient lui accorder tout ce qu'elle désirait. Victoria chassa d'un revers rageur de la main ses pensées qui lui échappaient encore une fois. Mais c'était plus fort qu'elle. A chaque fois qu'elle pensait à cette photographie, son cœur se mettait à tambouriner, faisant affluer son sang violemment dans ses veines. Et elle se détestait de savoir pourquoi il réagissait ainsi… elle se détestait de ne pouvoir s'en empêcher. Elle était une Chase, merde ! Elle avait tout ce qu'il était possible de rêver : une fortune immense, une popularité inégalée, des amis qui obéissaient à ses moindres désirs, la reconnaissance scolaire et sociale… et la seule chose qu'elle ne possédait pas arrivait à lui faire perdre ses moyens…
Putain.
Victoria inspira profondément en essayant de décontracter ses muscles tendus.
C'était idiot, mais elle regrettait vraiment de ne pas avoir pu conserver ce stupide polaroid. Et elle avait beau se rassurer en se disant qu'il aurait été parfait dans son portfolio au fond d'elle, la riche héritière n'était pas certaine qu'elle aurait eu envie de le partager avec le reste du monde s'il lui avait appartenu. Il dévoilait bien trop de choses personnelles…
Et puis, en toute honnêteté, Victoria aurait pu essayer de chasser Loserfield un peu plus facilement de ses pensées si elles ne partageaient pas quotidiennement la moitié de leurs cursus scolaires. Parce que devoir supporter sa présence deux à trois fois par jour durant leurs cours en communs ne l'aidait pas à se tenir à ses bonnes résolutions. Le plus rageant dans tout cela ? Quand elle croyait l'avoir chassée de sa tête, leurs regards se croisaient, et Max arrivait à frapper avec précision dans les rares fêlures de son armure. Elle passait à travers son plastron pour atteindre la personne qu'elle cachait derrière sans rencontrer de résistance. C'était à croire que la châtaine le faisait exprès. Et Victoria commençait à en avoir sérieusement marre. Personne ne jouait avec elle. Personne ne la manipulait. Elle jouait avec les autres. Elle les pliait à sa volonté. Telle était la règle.
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Enfin arrivée au parking de Blackwell après être allée se faire plaisir en ville, Victoria gara sa décapotable en marche arrière à droite du pick-up rouge de Nathan. Son meilleur ami avait beau ne pas posséder une voiture de collection, il faisait toujours attention à ne pas lui donner de coups de portière. Ce qui était assez agréable quand on possédait un joujou de plusieurs milliers de dollars. Mais, alors qu'elle sortait de son véhicule en récupérant ses poches Givenchy, Chanel et Nina Ricci, les accros sur sa carrosserie n'était pas son problème le plus urgent. A peine eut-elle fermée sa portière que son regard se posa sur le véhicule stationné en double file qui bloquait partiellement l'accès aux escaliers du campus.
Génial. Il ne manquait plus qu'elle, souffla une voix dans sa tête.
Se préparant moralement, Victoria réajusta brièvement ses lunettes de soleil sur son nez en se redressant légèrement. Sa posture retrouva par la force de l'habitude, naturellement de sa superbe, son menton se fit altier, et une fois satisfaite, elle remonta les rangées de voitures comme si l'endroit lui appartenait – ce qui était le cas en un sens - . Sa démarche rendue plus gracieuse et féline de par ses talons hauts, était lente et maîtrisée quand elle contourna le véhicule gênant par l'arrière. Victoria était en contrôle. Elle se rassurait à la pensée qu'elle était la Reine de cet endroit face à un cloporte des bas quartiers. Et son visage se fendit d'un sourire mauvais quand elle se rendit compte que la vitre côté conducteur du pick-up était abaissée. Parfait. La blonde tenait enfin sa vengeance pour tout ce que cette fille lui avait fait ressentir ces soixante-douze dernières heures. Elle allait revendiquer son territoire. Alors, s'humidifiant les lèvres avec délectation, elle ne put s'empêcher de lancer de manière sarcastique :
- Tu ne sais pas lire, junkie ? Il est marqué juste là qu'il est interdit d'abandonner des détritus sur le campus. Alors, bouge ton tas de ferrailles avant qu'on vienne te le retirer pour l'envoyer à la casse.
A l'entente de l'insulte, Chloé qui écoutait tranquillement sa musique sortit légèrement sa tête par la fenêtre. Son air d'abord surprit se changea en une mimique narquoise quand elle reconnut son interlocutrice. Celle-ci avait planté une de ses mains sur ses hanches pour paraître plus impressionnante et toiser son adversaire avec mépris. La punk esquissa à son tour un sourire en coin qui fit froncer des sourcils à la blonde.
- Oh, princesse ! S'amusa-t-elle avec un sarcasme acéré. Navrée que mon carrosse te déplaise, mais j'ai oublié mes housses Prada dans le garage ce matin. Quelle imbécile !
Cette réplique tira un grognement de dégoût à la blonde.
- Tu ferais mieux de ne pas jouer la provoc', Price, menaça Victoria en relevant le menton. Tu ne sais pas à qui tu as affaire. Je pourrais détruire ton existence d'un simple claquement de doigts.
- Oh oh ! « Qu'on lui coupe la tête ! » ricana Chloé en imitant l'expression fâchée de son opposante. Un truc du genre, c'est ça ?
- On peut dire ça.
Le visage de la blonde se fit plus sombre, plus menaçant. Ses doigts se resserrèrent autour de ses poches de courses et ses muscles se tendirent. Et pourtant, la punk à la fenêtre ne perdit rien de son arrogance en voyant peu à peu la colère transparaître sur les traits de la jeune femme. Un sourcil arqué, elle semblait même prendre plaisir à la situation. Son sourire narquois s'élargit encore plus lorsqu'elle ne laissa pas à Victoria le temps de répondre pour enchaîner sur un :
- Du coup… Pas trop froid, toute seule sur ton trône de glace, princesse ?
- Tu sais… Contrairement à toi, je ne me réjouie pas d'avoir une hipster pour seule et unique amie, rétorqua la Reine de Blackwell avec un claquement de langue dédaigneux. Je suis la personne la plus populaire ici. Et si ça ne suffisait pas, sache que j'ai les moyens de m'offrir ce que je veux. Mais ça, tu ne peux pas savoir ce que ça fait.
- C'est vrai.
A cette résignation, Victoria crut pendant un instant avoir gagné la partie et ne put s'empêcher d'arquer un sourcil méfiant. Mais la seconde suivante, le petit air à la fois navré et mesquin qui étira les lèvres de Chloé lui donna des frissons glacés dans le dos.
- Je vais pas aller loin avec les centimes qu'il me reste, mais… Mieux vaut être mal accompagnée que d'être seule, hein ?... Tu les payes combien tes partisans ?
- Tu ne sais rien de moi, junkie. Ferme-la, la prévint la blonde.
- Tu es sûre ? Railla la rockeuse en retour avec une ironie mordante.
Ce ton ne plut pas du tout à son opposante qui sentit son corps se crisper.
- Quand on se trimballe dans une décharge pareille, on est mal placé pour donner des conseils de vie aux autres.
- Justement. Je sais que chez toi l'argent fait tout. Mais, même avec tout l'or du monde, tu n'arriveras pas à te payer l'affection de Max. Elle est trop bien pour toi.
Quelque chose se brisa en la blonde. Après les insultes sur son statut, son argent et sa façon de vivre, elle ne pouvait pas tolérer cela. Le sang de Victoria ne fit qu'un tour. Chloé pouvait la critiquer autant qu'elle le voulait, mais impliquer Max lui fit voir rouge. La jeune femme ne se rendit même pas compte de la démesure de sa réaction… et si sa raison tenta de la retenir, quelque chose au fond d'elle la fit taire sans scrupule. Une barrière quelque part dans sa tête céda, libérant un sentiment haineux qu'elle muselait depuis trop longtemps. Des années de frustrations remontèrent à la surface. La colère au ventre, elle s'avança vers le véhicule de la punk qui en sortit en sentant le danger arriver. La voir se tenir debout pour lui faire face ne fit qu'accentuer sa rage, et arrivée à sa hauteur, elle laissa tomber ses poches pour tenter d'attraper Chloé par le col de son t-shirt avant que celle-ci ne l'écarte d'un revers de bras.
- Qu'est-ce que tu crois faire ?!
- Je t'ai dit de la fermer ! Fit la blonde en repoussant Chloé vers son pick-up d'une pression du doigt.
- Parce que tu crois que tu as un quelconque pouvoir sur moi, princesse ?!...
La rebelle s'arrêta une seconde pour scruter le visage mortellement sérieux de son opposante.
- Putain, je rêve… c'est qu'elle y croit en plus !
- Je te le répète, pesta Victoria, la voix tremblante de rage. Tu n'as rien à foutre ici, Price ! Max est peut-être trop bien pour moi, mais il en va de même pour toi. Tu ne mérites pas son affection non plus ! Tu as quoi à lui offrir hein ?! De la drogue, des fringues déchirées et des clopes ?! Oh, bravo… quelle vie... Tu ne fais que la tirer vers le bas et tu ne t'en rends même pas compte. Tu n'as rien à faire à ses côtés ! Alors dégage avant que j'appelle la sécurité !
- Wow wow wow… c'est pas vrai… réalisa soudainement Chloé avec un air ahuri en tendant ses mains devant elle. Dîtes-moi que je rêve…
- Je me fous de ce que tu penses. Casse-toi.
- Tu es une putain de jalouse !
Sa remarque sortie de nulle part manqua de faire suffoquer la blonde.
- Moi ?! Jalouse ?! S'étrangla Victoria. De quoi ?! D'une petite traînée défoncée du matin au soir qui n'arrivera à rien dans la vie parce qu'elle ne vaut rien ?! Dis pas de conneries.
- Non, fit la punk d'un sourire carnassier qui finit de lui octroyer la victoire. De ce que j'ai avec Max… et que tu n'auras jamais. Parce que, j'ai beau être pauvre et débauchée, elle m'aime pour ce que je suis. Et toi… tu resteras une petite richarde misérable à jamais !
Victoria se retint à la dernière seconde d'envoyer une gifle à la jeune femme aux cheveux bleus pour lui arracher son air suffisant… pour lui faire ravaler ses mots qui lui firent mal à lui crever le coeur. Ces derniers n'auraient pas dus la toucher. Elle était habituée aux insultes et avait toujours su se défendre en conséquence. Mais, bien qu'elle essaya de faire comme si de rien n'était, ils lui firent horriblement mal… plus mal que tout ce qu'elle avait pu subir jusqu'à présent. Sa respiration se fit courte, rageuse, étouffée par sa colère grandissante qui petit à petit lui faisait perdre le contrôle. Ses poings se serraient et se desserraient sans qu'elle n'en ait vraiment conscience. Sa mâchoire la tiraillait. Tous son être criait à un affrontement qu'elle maintenant difficilement au statu quo de l'immobilité. Les mots « je vais la buter… je vais la buter…. » tournaient en boucle dans son esprit, prêts à se réaliser, et sourds aux contestations de sa raison. Et le pire… c'est que dans le peu de lucidité qu'il lui restait, elle ne comprenait même pas pourquoi elle était à ce point hors d'elle.
Ses veines bouillonnaient. Son sang s'était fait torrent de lave dans ses vaisseaux et incendiait ses muscles tendus à l'extrême. Même son esprit brillant s'était tut sous la pression de sa rage, ne laissant plus aucune place à la réflexion. Chloé allait mourir. Et elle allait mourir maintenant. Il n'y avait plus de retour possible. Victoria commença à s'avancer vers sa nouvelle ennemie jurée, des centaines de façons de la faire souffrir en tête, quand soudainement, une petite voix dans son dos la stoppa net :
- Oh… hey, Victoria.
La blonde se figea instantanément, les yeux écarquillés et le cœur manquant de lui bondir hors de la poitrine. Non… ça ne pouvait pas être elle…
- … Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda Max en l'absence de réponse.
Sa question hésitante et légèrement inquiète lui fit l'effet d'une douche froide. Sa fureur brûlante laissa place à un terrible sentiment glacé de malaise qui lui tordit les entrailles alors que, toujours immobile, le dos vers Max, elle voyait la punk en face d'elle lui envoyer un grand sourire narquois. J'hallucine, elle l'avait vue venir… réalisa la blonde avec agacement et une pointe d'horreur qui fit trembler ses mains. Le sourire de Chloé qui continuait de la narguer était digne de recevoir le Prix Nobel de « la satisfaction du méfait accompli du siècle ». Mais Victoria n'accorda pas un mot à la dégénérée. Pivotant légèrement sur elle-même, elle avisa la petite châtaine qui terminait de descendre les escaliers du parking pour les rejoindre. Ses cheveux décoiffés voletaient doucement dans le vent, dévoilant sans le vouloir ses grands yeux bleus qui firent rebondir son coeur. Sa tête couverte de tâches de rousseurs était bloquée dans une expression de profonde surprise qui semblait se demander ce que sa meilleure amie faisait en compagnie de la Reine de Blackwell sans que l'apocalypse ne s'abatte sur l'Oregon tout entier. Et, à la vision de la jeune fille naturellement naïve et à côté de la plaque, Victoria sentit d'un seul coup toute sa colère retomber. Abasourdie de s'être faite ainsi interrompre, elle restait bêtement de marbre alors que la réalisation de ce qui venait de se passer la frappait brutalement. Oh putain… souffla-t-elle, pour elle-même. Qu'est-ce que j'ai foutu ?... s'horrifia-t-elle alors qua la scène se rejouait dans sa tête. Emportée dans son élan, elle venait de passer à un cheveu de la perte de contrôle. Et avant même qu'elle ne puisse penser à quoique ce soit, Max s'était arrêtée à sa hauteur. Proche, mais assez éloignée pour se tenir face à elle sans pour autant envahir son espace personnel. La petite châtaine conserva une distance de sécurité, ses yeux azurés cherchant les émeraudes assombries de colère qui tentaient vainement de rester imperméable à la moindre émotion traîtresse de son esprit. Et pourtant, quand leurs regards s'accrochèrent, le temps se stoppa de nouveau. Le monde cessa d'exister. Ou alors il se réduisit pour Max à la seule présence de Victoria qui la fixait sans un mot. Dans ses orbes ambrés, l'étrange faiblesse de son âme qu'elle avait perçue lors de leur dernier photoshoot refit brutalement surface, dansant dans ses iris d'un vert lagon troublé. Et, incapable du moindre mouvement, Max se sentit examinée jusqu'à son essence même. Enveloppée des pieds à la tête de son regard douloureux, de son regard profondément meurtri, mais paradoxalement, plein d'attention à son égard, elle n'arrivait même plus à respirer. Ses yeux étaient si plein d'attention que la châtaine eut l'impression pendant une infime seconde d'être enfermée, enregistrée par ce regard plus sûrement que par un appareil photographique. Elle voulut alors que le temps s'arrête un peu plus longtemps. Que cet instant qui la rendait étrangement heureuse dure toujours. Mais penser à utiliser son pouvoir ne la frappa même pas. Absorbée dans sa contemplation qui cherchait à percer les mystères de la blonde, elle restait aussi fragile qu'un agneau aux prises avec le Grand Méchant Loup. Mais elle s'en moquait… Elle voulait que Victoria continue à la regarder ainsi, réchauffant son corps d'une agréable flamme qui l'attirait hors du temps. Mais… le charme se rompit brusquement quand la blonde recula d'un pas. Légèrement secouée, l'héritière Chase se redressa sèchement, retrouvant de sa superbe après cet incident qui semblait l'avoir secouée plus qu'il ne l'aurait dû. Son visage recouvrit de son impassibilité et se lava de la moindre trace de défaite. Même sa frustration mordante disparue partiellement derrière son masque de société.
- Je ne faisais que passer, mentit-elle avec une conviction froide plutôt impressionnante qui répondait enfin à la question de Max. Ta junkie et moi échangions quelques bons souvenirs datant de notre dernière rencontre.
Chloé, surprise par sa répartie, ne put s'empêcher de ricaner dans son dos, s'attirant un regard noir de la blonde. Cette dernière lui fit comprendre que si elle évoquait ce qu'il venait de se passer par un quelconque moyen que ce soit, elle mettrait fin à son existence. Et pour de bon cette fois. Loin d'être impressionnée, Chloé eut l'air de moyennement consentir.
- C'est le cas de le dire, fit Chloé sur un ton sarcastique mordant qui fit arquer un sourcil à son amie. Nos bons souvenirs ! Je disais justement à notre chère princesse à quel point j'étais ravie que mon talent artistique ait pu vous aider.
- Euh… Okay… ? fit la petite brune d'une voix incertaine alors que du coin de l'œil elle put voir Victoria grimacer de dégoût. Super… ?
- Vraiment super, Maximax, renchérit la punk en passant un bras autour des épaules de sa meilleure amie pour la conduire jusqu'à son véhicule. Et il faut que je te parle de mes nouvelles housses de siège. Tu vas voir, tu vas adorer !
Elle ne manqua évidemment pas de lancer un sourire narquois à la blonde en passant sous son nez avec la petite hipster sous le coude. Ni de lui faire remarquer qu'il était toujours plaisant de discuter avec elle et qu'elles devraient refaire cela à l'occasion. En réponse, Victoria serra des dents à s'en écraser les gencives en fronçant les sourcils. Elle les laissa s'éloigner pour ramasser rageusement ses poches et faire volte-face. En 18 ans de vie, la blonde ne s'était jamais sentie aussi humiliée… ni aussi mal à tous les niveaux. Et le pire ! C'est qu'elle n'était même pas en colère à cause des insultes… Non. Sa rage était bien plus profonde, bien plus obscure et bien plus douloureuse que cela…
- Hé ?...mais… Victoria ?...
Déjà en mouvement en direction des dortoirs, la blonde ne vit pas dans son dos Max suivre sa retraite du regard, et entendit encore moins sa tentative de l'appeler pour lui demander si tout allait bien. Non. Elle avait atteint sa limite. La blonde avait même largement dépassé cette putain de limite depuis des lustres… tout ceci était ridicule. Son cerveau saturait. Frustrée et lassée, l'héritière Chase voulait juste que cette journée se termine. Et se termine tout de suite, merde !... Ou alors, mieux... elle voulait boire jusqu'à oublier l'idée que cette scène avait ne serait-ce qu'existée dans sa vie parfaite.
Sur cette résolution, Victoria attrapa son portable qu'elle déverrouilla d'un coup rageur du poignet. Ouvrant la section de communication à plusieurs, elle ordonna sans la moindre sympathie à Taylor et Courtney de la rejoindre illico presto. Il fallait qu'elle passe sa colère sur quelque chose. Et ses minions feraient l'affaire.
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Installée sur le lit de Courtney de tout son long, Victoria fixait le plafond enveloppée dans les relents de fumée du joint sur lequel Taylor tirait, assise en tailleur sur le sol. La tête posée sur l'oreiller de la brune, elle se laissait aller à sa vision qui tanguait légèrement, pas assez pour qu'elle se sente mal, mais juste suffisamment pour l'aider à se sentir bien. Ses pensées étaient encore limpides – un peu trop à son goût - et le vin blanc qu'elle avait ingurgité réchauffait agréablement son estomac sans pour autant arriver à calmer le flot de ses pensées. Anxieuse, Victoria soupira longuement, essayant de se décontracter et de refouler sa frustration dans un recoin de son esprit. Mais rien n'y faisait. Elle se sentait bizarre… et cela n'avait rien à voir avec l'herbe de mauvaise qualité que Nathan lui avait refilé à laquelle elle n'avait même pas touché. Non… elle n'avait juste pas le moral. Envie de rien. Ou plutôt si… elle avait envie d'une chose, et cela lui retournait le cœur rien que d'y penser. Pourtant, il fallait qu'elle se l'avoue… il fallait qu'elle arrive à se le dire… la blonde se pinça l'arrête du nez avec force comme pour essayer de chasser cette idée de sa tête. Mais rien n'y faisait. Elle le savait… il fallait juste qu'elle l'accepte… Elle avait envie de Maxine. Maxine foutue Loserfield. Ringarde attitrée de Blackwell et hipster à ses heures perdues… Non mais, sérieusement ! C'était pas possible. PAS. POSSIBLE. L'héritière Chase aurait même voulu rire à la blague de mauvais goût qu'était sa vie. Depuis quand associait-on la fille populaire du lycée à la looseuse de la classe ? A part peut-être dans les comédies romantiques hollywoodiennes. Mais cela n'existait pas dans la vraie vie. Il fallait être logique, merde. Rien ne les reliait. Rien du tout. Et de son côté, elle avait une image à tenir, une réputation à garder… Qu'est-ce que l'homosexualité pouvait lui apporter sinon un obstacle supplémentaire dans son ascension sociale ?... Le monde de l'art était un monde cruel et sans pitié. Déjà, qu'elle se battait en étant considérée comme « normale », qu'est-ce que deviendrait sa vie si elle acceptait de ne plus l'être ?...
Et dire que je tente de défendre leurs droits et leur représentation actuellement, réalisa-t-elle avec amertume. Elle voulut rire de l'ironie de sa situation, et elle l'aurait fait si elle ne se sentait pas aussi mal de se rendre compte de l'impasse dans laquelle elle se trouvait.
Fatiguée, Victoria serra sa main autour de son verre par réflexe. Une autre pensée tentait de la submerger, et trop ancrée dans son désespoir, elle la laissa faire, abandonnant la lutte. Outre sa réputation, le plus dur à admettre était qu'elle ne désirait pas forcément Max dans un unique sens sexuel. Bien que l'idée de la coincer quelque part dans une salle vide et de la faire sienne ne la dégoûtait pas autant qu'elle aurait dû… mais non. Elle désirait simplement ses lèvres, ses sourires et ses blagues débiles. Elle voulait tout savoir d'elle, passer du temps avec elle et voir son visage s'illuminer quand elle la maquillait comme la dernière fois… Elle voulait prendre des photos à ses côtés, et plus que tout, elle désirait que ses si beaux yeux océans ne regardent qu'elle qu'ils la transportent dans un univers où elles seules pouvaient se rendre. Elle voulait pouvoir la serrer dans ses bras et lui dire que tout allait bien…
Fermant les yeux, Victoria se laissa porter quelques instants par les beats répétitifs de Nicki Minaj qui l'aidaient à porter avec un peu plus de légèreté l'espèce de vague sombre qui secouait son âme. Elle se sentait vide. Elle se sentait seule…
- Ca ne va pas, Vic ? Demanda soudainement Courtney en s'appuyant légèrement sur le rebord du lit pour tenter de capter son regard.
Victoria rouvrit les yeux, un nouveau soupir franchissant ses lèvres pincées. Ses muscles se tendirent de nouveau et elle se passa une main sur le front. Non, ça n'allait pas.
- Si… enfin… je ne sais pas…
- T'as rien pris depuis tout à l'heure, tu ne veux pas une taff' ? Ca va te faire du bien.
- Non, pas envie.
Son ton à la fois harassé et sec prévint la brune aux cheveux courts d'insister d'avantage. Mais il fut également le signal qui poussa Taylor à se redresser pour entrer en jeu. Se tournant vers le matelas qu'occupait la grande blonde, elle la poussa d'une main pour l'obliger à se décaler. Dans un premier temps, elle n'obtint aucune réaction, mais ne perdant pas patience, elle insista. Victoria finit par lâcher un énième râle faussement énervé pour la forme ainsi qu'un regard noir mais fit de la place pour laisser son amie s'assoir à sa droite. Courtney en profita alors pour se poser sur le rebord du lit un peu plus sur la gauche. Et une fois Taylor également installée, Victoria roula des yeux en sentant venir la question qui brûlait les lèvres de sa meilleure amie.
- Non, Tay', je ne suis pas défoncée si c'est ce que tu veux savoir, grogna la Reine de Blackwell d'une voix lasse. Je suis juste… je sais pas… fatiguée… C'était vraiment une journée de merde.
- Je sais que tu n'es pas défoncée, reprit son amie avec sérieux. Quand t'es défoncée, tu rigoles, tu ne fais pas cette tête là.
Ses yeux bleus très clairs se posèrent avec tendresse sur le visage de l'héritière Chase qui ne répondait pas. Avec patience, ils cherchèrent à capter ceux de Victoria qui les fuirent comme la peste avec un malaise évident. La grande blonde fixait ses chevilles avec obstination. Jouant distraitement avec le tissu de son chino beige, elle faisait mine de le remettre en place depuis plusieurs secondes. Et cela ne fit que conforter Taylor dans le fait que quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas dans les habitudes de Victoria de fuir les contacts visuels. Au contraire. Elle était plutôt la première à les instaurer pour bien montrer sa supériorité au reste du monde.
- Qu'est-ce qui ne va pas… ?...Demanda finalement Taylor. La dernière fois que je t'ai vue aussi déprimée, c'était après que tu n'ais pas pu commander ton manteau Burberry sur la boutique en ligne parce qu'il était sold out. Autant dire que c'était quelque chose !
Victoria ne put s'empêcher d'esquisser un minuscule sourire à la tentative d'humour de la blonde aux cheveux longs. Elle se rappelait de sa colère ce jour là… un vrai cataclysme. Mais ce n'était rien comparé à ce qu'elle ressentait actuellement.
- Hm, grommela la Reine de Blackwell en déclinant d'un simple mouvement de tête le verre que lui proposa Courtney. Il y a… Hm. comment dire… ?... il y a – elle marqua une pause en cherchant la bonne formulation- cette personne qui… m'intéresse… vous voyez ?
- Nooon sans déconner ?! Mais c'est génial ! S'enthousiasma immédiatement Courtney en rebondissant légèrement sur le matelas. Depuis quand ?!
Sa réaction un peu trop joyeuse lui attira un regard mauvais de sa leadeuse.
- Ouais, confirma Taylor avec un petit sourire en coin des lèvres. Et ? C'est qui ?! Zach' ?
- Zach' ? Quoi ?.. Nooon, se défendit Victoria avec un air dégoûté. Je ne vais pas faire deux fois les mêmes erreurs.
- Okay, okay… alors qui ? Logan ?
La blonde répondit par un froncement de sourcil contrarié qui fit rouler des yeux à Taylor.
- Bon, pas Logan… ça va, j'ai compris.
- Luke ? Intervint Courtney qui semblait réfléchir à tous les mecs qu'elle connaissait qui auraient pu attirer Victoria. Evan, peut-être ? Même si j'ai toujours pensé qu'il te détestait…
- Justin ?... Non, les skateurs ça n'a jamais été ton truc, réfléchit la seconde du trio. Est-ce que c'est quelqu'un qu'on connait au moins ?
Victoria s'arrêta dans ses dénégations exaspérée, son visage se figeant dans l'indécision face à cette ultime question. Taylor put immédiatement sentir son trouble à sa façon caractéristique de pincer les lèvres. Durant une longue seconde de mutisme, la blonde sembla peser le pour et le contre afin de savoir si révéler cette information pouvait la mettre en danger ou non. Puis elle se résigna, ses épaules s'affaissant sensiblement. Dans sa tête, elle se rassura en se disant que de toute façon elle connaissait bien trop de monde pour que ses amies fassent le lien.
- Oui, plus ou moins. Mais enfin… c'est compliqué.
- Rien n'est jamais compliqué pour Victoria Chase, sourit Courtney en posant une main sur la cuisse de la blonde. Ce que tu veux, tu l'obtiens ! C'est comme ça, et tout le monde le sait.
Ses mots arrachèrent un léger soupir d'approbation à la jeune femme qui finit par s'appuyer dos contre le mur pour se remettre à l'aise. Ses yeux se portèrent dans le lointain, perdus dans les images mentales de Caulfield qui tournaient dans son esprit. Comment dire à ses amies sans se faire griller que ce n'était pas un gars qui la mettait dans cet état ? mais une fille… Et pas n'importe quelle fille qui plus est ! Une fille dont leur trio infernal se moquait quotidiennement. Une fille à laquelle elles avaient pourri la vie depuis son arrivée à Blackwell sans une seule minute de répit. C'était peut-être cela le plus triste… Victoria se rendait compte qu'elle ne pouvait pas courir après une personne avec qui elle n'arrivait pas à avoir une conversation normale. A chaque fois qu'elle se retrouvait face à Max, c'était instinctif, elle n'arrivait pas à dire quelque chose de gentil. Ses pensées se bloquaient, et une espèce de frustration insidieuse l'obligeait à la rabaisser, à l'écraser.
- Tu as déjà ton plan d'attaque ? Demanda Taylor en arquant un sourcil, la coupant dans sa réflexion sur sa manière de parler à Max.
- Parce que si tu veux, j'ai une super idée pour la prochaine soirée du Vortex Club, renchérit Courtney en entremêlant ses mains, excitée à l'idée d'organiser un truc spécial.
- C'est vrai qu'on pourrait….
- Merde à la fin, les coupa Victoria avec un regard écoeuré.
Un lourd silence s'imposa alors que la jeune femme prenait quelques secondes pour réorganiser ses pensées :
- Cette personne est maquée ! C'est ça le problème !...
Ses deux amies s'arrêtèrent de débattre quelques secondes pour observer la grande blonde avec surprise. Devant le sérieux qu'elles virent se peindre sur son visage, elles échangèrent un regard furtif avant de revenir vers Victoria.
- Et, depuis quand ça ça t'arrête ? S'étonna Taylor comme si elle venait d'entendre la plus grosse énormité de l'univers. Enfin, je veux dire, après ce que tu as fait à cette fouineuse de Juliet en sextotant Zach'…
Elle laissa sa phrase en suspend, bien consciente que les deux autres personnes dans la pièce allaient saisir l'idée sous-entendue qu'elle voulait faire passer.
- Ca n'a rien à voir, se défendit Victoria avec une petite mine contrariée. Ca, c'était juste une vengeance, parce que cette pute pensait pouvoir me battre.
- Peut-être, mais ça reste la preuve que tu peux avoir tout le monde quand tu le désires, fit remarquer la brune aux cheveux courts en haussant les épaules. Il t'a suffit d'un texto et ce loser trompait sa copine comme si elle n'existait pas.
- Ouais, c'est vrai, mais… cette fois, c'est différent.
La Reine de Blackwell poussa un long soupir pour se recentrer.
- Ca va peut-être vous paraître bizarre, mais je ne veux pas forcer cette personne à être avec moi, ni la forcer à tromper sa copine… j'éprouve - ça me tue de le reconnaître -, grogna-t-elle en fronçant légèrement les sourcils, mais j'éprouve du respect pour cette personne. Je n'arrive pas à me la sortir de la tête, et son couple à l'air heureux. Ca m'énerve encore plus…
Elle marqua une pause le temps de laisser sa poitrine retomber lentement au fil de l'air qu'elle libérait pour soulager sa conscience de son aveu.
- Ca me frustre… - elle s'arrêta encore en fixant ses yeux dans un coin du plafond - Je pense laisser tomber.
- Tu ne peux pas ! La sermonna Taylor en lui attrapant le poignet pour l'obliger à la regarder.
Son regard était dur, déterminé. Victoria vit tout de suite qu'elle ne plaisantait pas.
- Vic, écoute-moi ! Si tu désires cette personne autant que tu sembles le dire, tu dois au moins essayer ! Tu ne vas pas te faire battre par une fille qui est certainement mille fois moins bien que toi ! Où est ton assurance ? Merde. Tu es Victoria Chase. Ton nom de famille lui-même fait de toi une prédatrice. Si tu veux ce gars, fonce.
- Tay' a raison ! ajouta Courtney avec un grand sourire. Ce gars attend certainement de toi que tu fasses le premier pas pour se rendre compte de ce qu'il pourrait avoir ! Il ne sait pas ce qu'il manque avec sa grognasse. Montre lui qui porte la culotte ici.
- Mais je…
- Victoria, l'interrompit sa meilleure amie avec un regard qui empêcha la blonde de protester. Tu joues toujours les filles inaccessibles, et tu le fais bien. Je te l'accorde. C'est cette attitude supérieure et détachée qui fait se jeter tous les mecs à tes pieds. Ces idiots désirent ce qu'ils ne peuvent pas avoir. Ils n'attendent qu'un signe de toi pour se soumettre à tes moindres désirs. Tu as ce pouvoir sur les gens. Sur TOUS les gens, tu m'entends ?… et ce gars dont tu parles ne doit pas être différent, il le cache certainement mieux, c'est tout. Si tu le veux, c'est à toi de le prendre, bitch !
Victoria regarda tour à tour ses deux camarades avant de laisser lui échapper un petit sourire qui ressemblait enfin un peu plus à son éternel air sarcastique. Elle avait bien fait de les appeler ce soir finalement.
Quand le bus s'arrêta en bas de la rue dans laquelle elle devait se rendre, Max en descendit l'estomac noué. Son petit corps était en alerte maximale depuis qu'elle s'était levée ce matin là. Mais cette anxiété corporelle n'avait rien à voir avec celle qui l'avait habitée au départ quand elle avait décidé de travailler avec Victoria. Non. Elle était bien plus sensorielle, bien plus… sentimentale. Et Max en avait récemment réalisé la cause. Ou plutôt, elle l'avait toujours su quelque part et il n'avait été que fatalité d'accepter la chose. Il ne fallait pas posséder un Master en psychologie pour comprendre sa peur liée au sentiment paradoxal d'avoir envie de voir l'héritière Chase et de craindre le moment où elles se retrouveraient seules. Et rien qu'à cette idée, sa tête se transformait en un véritable champ de bataille désordonné. La petite châtaine se sentait à la fois euphorique et frustrée, calme et agitée comme si tous ses sentiments contradictoires n'arrivaient ni à cohabiter ni à s'imposer en maître dans son esprit. Et la guerre ne semblait pas vouloir s'arrêter, alors qu'aucune des parties n'avait l'air encline à vouloir signer un armistice pour la laisser enfin tranquille.
Depuis deux jours, leurs échanges avaient été brefs et évasifs. Max avait tenté à deux ou trois reprises d'envoyer des messages à la blonde, mais celle-ci s'était contentée de répondre très succinctement, prétextant avoir des obligations avec le Vortex Club et des projets en parallèle du leur. Elle avait juste confirmé que les costumes étaient prêts pour le shoot et qu'il faudrait qu'elle la rejoigne à l'adresse qu'actuellement, elle apercevait enfin. C'était un bâtiment de taille moyenne, assez design tout en gris et blanc qui ressemblait à un cube non symétrique. La vue de la décapotable garée devant, lui confirma que Victoria devait déjà être arrivée. Et une boule se forma dans la gorge de Max à cette réalisation, alors qu'elle remit nerveuse la bretelle de son sac sur son épaule.
Le dernier sms de la riche héritière lui avait signalé d'entrer sans attendre dehors car il n'y avait pas de sonnette et qu'elle serait certainement en train de faire des réglages sur le plateau. Alors la jeune photographe passa la porte grise foncée qui donnait sur un petit couloir bien éclairé. Il n'y avait pas beaucoup d'options de chemin. Une porte qui s'ouvrait sur les toilettes à sa droite et une sorte de local de stockage à sa gauche. La brune suivit donc la direction d'une petite musique qui provenait de la grande salle en face d'elle. Cette dernière, s'ouvrait sur un studio photo dernier cri comme dans les reportages de Vogue, et possédait même un équipement numérique de tournage vidéographique. Quatre spots sur pieds télescopiques éclairaient un grand rideau blanc, alors qu'une figure svelte montée sur une échelle s'appliquait à régler une des lumières.
Max avança jusqu'à s'arrêter au pied du spot en question, un petit sourire ne pouvant s'empêcher d'étirer la commissure de ses lèvres à la vue de Victoria extrêmement concentrée sur sa tâche, pestant à voix basse.
- Un problème ?
A cette question, la riche jeune femme se pencha légèrement en arrière, dévoilant sa silhouette parfaite à la lumière tamisée du studio. Elle lui jeta un regard par-dessus son épaule en arquant un sourcil.
- Simple vérification de matériel. Je ne m'en suis pas servie depuis plus d'un mois.
Ses yeux se refocalisèrent sur le boulon qu'elle resserra d'un coup sec.
- C'est pas la première fois que ce spot bouge, donc je préfère éviter tout incident.
- Logique.
Max s'écarta quand la blonde fit mine de redescendre de son perchoir pour la rejoindre sur la terre ferme. Sans pouvoir s'en empêcher, elle observa sa progression et la manière dont les muscles de son dos et de ses bras roulèrent sous sa peau à chaque barreau. Sa façon féline de se déplacer était fascinante. Et quand elle lui fit de nouveau face, Victoria lui renvoya un regard légèrement renfrogné qui la fit rougir en se rendant compte qu'elle devait avoir été prise en flagrant délit de matage excessif.
- Quoi ? Grogna-t-elle.
- Non, je m'étonnais juste que tu n'ais pas des domestiques pour faire ton travail manuel.
A cette remarque, elle ne s'attendit pas au petit rire sincèrement amusé qui franchit les lèvres de la blonde. Etrangement, son éternelle ride de contrariété disparue de son visage et ses traits se détendirent avec grâce. Max resta bêtement pétrifiée à écouter son rire raisonner dans l'air et s'éteindre quand Victoria reprit la parole.
- Contrairement à ce qu'on pense à Blackwell, je ne veux pas devenir Présidente des Etats-Unis… je veux juste faire de la photo. Si je ne suis pas capable de régler mon propre matos, autant arrêter tout de suite.
Max plongea quelques secondes dans ses yeux verts pétillants qu'elle aimait de plus en plus de par leur absence de filtre sur la personne qu'était vraiment la fille Chase.
- Tu n'as pas de doute à avoir là-dessus, Victoria. Tu as du talent. Je l'ai toujours vu…
Victoria émit un petit rire étouffé sans pour autant chercher à répondre quoi que ce soit. Face à la réplique de ce son unique, la brune aurait dû s'émerveiller une nouvelle fois, mais un sentiment étrange lui pinça le cœur. Malgré son air impénétrable, elle ne put s'empêcher de percevoir une petite note de tristesse dans la voix de Victoria. Une lueur fragile briller furtivement dans son regard émeraude. Une lueur qui éveilla immédiatement son instinct protecteur. Ce même instinct qui l'avait toujours poussé à sauver les gens de son entourage sans jamais penser aux conséquences. Pourtant, en cet instant, c'était plus que cela… Max le sentit avec une clarté effrayante qui la fit frissonner. Il suffisait qu'elle regarde la blonde devant elle et sente son cœur rebondir pour le savoir. Et alors que son esprit cherchait désespérément quelque chose à dire, une idée folle traversa ses pensées durant ces quelques secondes hors du temps. Une impression fantasmagorique qui lui fit comprendre qu'elle voulait être la personne capable de protéger l'héritière Chase contre le monde entier s'il le fallait. Elle voulait être celle qui la rassurerait, celle à qui elle viendrait confier ses craintes. Cette personne spéciale capable de la faire sourire même quand la tristesse assombrissait son âme… Face à cette brutale révélation qui rejoignait ses sentiments de ces derniers temps, la voyageuse du temps se sentit étrangement ébranlée. Mais elle se ressaisit. Elle n'avait pas le temps de s'en soucier pour le moment. Il lui semblait plus urgent pour l'heure de faire revenir le sourire de son interlocutrice dont le visage s'enfermait dans une obscurité inquiétante.
- Et entre nous, je ne pense pas que je voterai pour toi aux présidentielles, déclara Max en relevant le menton dans un mouvement qu'elle espérait hautain.
Interloquée par cette déclaration, Victoria leva les yeux afin de dévisager la châtaine. C'est lorsqu'elle vit le sourire taquin de cette dernière et son air snob peu crédible qu'elle comprit à quoi jouait la pro du selfie.
- Et pour quelle raison tu ne voterais pas pour ma grandeur ? rétorqua la reine de Blackwell en croisant les bras, amusée.
- Cela me semble pourtant évident, répondit Max, presque outrée. Si tu étais Présidente, tu ferais bannir tous les hipsters du pays !
Victoria afficha une moue imperturbable, l'air de dire qu'elle ne voyait pas où était le problème. Elle maintint stoïquement son expression pendant une dizaine de secondes. Puis, ne tenant plus, elle éclata d'un rire franc et libérateur. Le cœur de Max battit à tout rompre, voulant faire écho à la blonde en face d'elle. Cette dernière secoua la tête, ne s'étant vraiment pas attendue à une telle réplique. Elle attrapa une grande housse par son cintre avant de la plaquer contre la poitrine de sa camarade et de lui dire :
- Ouais, ouais, défenseuse des droits des hipsters. Et si, au lieu de dire des âneries, tu allais plutôt enfiler ton costume pendant que je termine de mettre le studio en place ?
Sourire en coin, Victoria se détourna de Max afin de se remettre au travail. Cette dernière la suivit du regard, incapable de se détacher de sa magnifique silhouette et plus qu'heureuse d'avoir pu bénéficier d'un instant de malice avec elle. Elle aurait pu rester là des heures à savourer le moment, cherchant à le graver dans son esprit.
- Je ne t'entends pas te diriger vers le vestiaire, Loserfield, gronda Victoria de sa voix autoritaire et agacée de toujours. Ne m'oblige pas à devenir présidente avant l'heure.
- Etre un tyran c'est déjà un bon début, railla Max qui s'enfuit rapidement alors que la reine de Blackwell se retournait pour la fusiller du regard.
.
Victoria terminait de régler son appareil photo numérique quand un bruit de vêtement qui se froisse attira son attention. S'arrêtant dans la programmation de son retardateur, elle releva la tête en direction du son, un peu plus sur sa droite. Max était encore recouverte du manteau de l'obscurité hors plateau. Mais dès l'instant où sa silhouette rejoignit la lumière des spots à projection, Victoria crut que son cœur venait de lui bondir hors de la poitrine, alors que sa température corporelle subissait un accès de fièvre virulent.
Sans dire un mot à cause de la sécheresse qui venait de s'emparer de sa gorge, la blonde fit signe à sa camarade d'approcher. Max obéit docilement et s'avança dans sa direction, le regard intimidé. Et si Victoria pensa se montrer sèche et en contrôle, ses mouvements hésitants trahirent son trouble. Le pire fut qu'elle ne put empêcher ses joues de se colorer lorsque ses yeux parcoururent –par accident - la gorge découverte de la petite châtaine qui s'arrêta à sa hauteur. Son visage se mit à chauffer à la vision de la robe noire et dorée faite sur mesure qui épousait avec perfection les légères formes de la photographe. Elle déglutit.
Victoria avait elle-même dessiné le design du vêtement pendant des heures. Les brouillons s'étaient entassés sur son bureau et de nombreuses mines de crayons y étaient restées. Chaque esquisse lui avait demandée réflexion. L'héritière Chase n'avait pas voulu se conformer à l'image de l'horrible robe jaune, rouge et bleu du film réalisé par Disney. Cela aurait été gâcher le potentiel de Max que de lui faire porter cette chose, et par extension le sien. Il lui avait fallu du temps pour trouver quelque chose de potable… jusqu'à ce que l'idée d'assombrir l'image de Blanche-Neige pour jouer sur un jeu de tentation plus en accord avec le conte des frères Grimm ne lui traverse l'esprit. Si elles devaient faire une propagande photographique sous l'égide gay, autant le faire bien. Et elle avait alors joué sur un mélange plus mature, plus moderne, moins féérique et plus réaliste qui pouvait donner de la substance à leur cause. Il ne fallait pas que l'idée d'un couple lesbien puisse paraître une fantaisie. Il fallait que ce soit une réalité. Et une réalité si belle, si charismatique qu'elle ne pourrait être qu'acceptée et reconnue à l'unanimité.
- Hm, désolée de te demander ça, Victoria, mais… est-ce que tu peux juste m'aider à fermer la fermeture éclair dans le dos ? Demanda Max en dansant maladroitement d'un pied sur l'autre, les joues se colorant sensiblement.
Sans répondre Victoria lui fit signe de tourner sur elle-même alors que Max penchait sa tête en avant pour lui offrir plus d'accès à son vêtement. Sa peau d'albâtre se révéla avec magie aux yeux brûlants de la blonde qui prit une seconde pour laisser son regard se rassasier des omoplates de la petite photographe qui faisait jouer ses muscles à peine visibles. Attrapant la fermeture éclair d'une main tremblante, elle ne put s'empêcher de caresser sa peau du bout de doigts en remontant le petit bout de métal, comme pour s'assurer de la tangibilité de son rêve éveillé. Elle sentit Max frissonner au contact et se contracter. Cela lui fit l'effet d'une décharge électrique, elle retira immédiatement sa main comme si elle venait de se brûler.
- Fait.
La petite brune se retourna, jetant un regard surpris à son opposante qui dissimulait mal sa gêne. Mais Victoria ne lui laissa pas le temps de dire quoique ce soit qu'elle reprenait un ton autoritaire :
- Ne bouge pas, je vais refaire ton maquillage, après j'irai me changer.
- Est-ce que je peux juste te faire remarquer que je suis hyper maladroite avec des talons ?
Victoria esquissa un petit sourire en coin en regardant les bottines lassées qu'elle avait choisi pour la châtaine.
- Une chance que tu n'ais pas besoin de faire de défilé pour une séance photo, fit-elle avec sarcasme.
- Mais si je te marche sur le pied, tu ne pourras pas dire que je ne t'ai pas prévenue.
- Prépare-toi à te faire bannir, si c'est le cas.
Max rit doucement, s'attirant un sourire complice de la grande blonde qui se reporta à sa hauteur pour lui attraper le menton et le lui pincer doucement.
- Et arrête de rire sinon je ne vais pas y arriver.
- Je croyais que tu étais très douée ! La taquina la petite photographe, lancée dans leur joute.
- Mon talent ne peut pas toujours contrebalancer ta médiocrité.
Sur ces mots elle attrapa un pinceau en foudroyant Max du regard, l'avertissant que toute réplique à partir de maintenant serait très chèrement payée. Alors la châtaine raidit sa position pour se tenir droite et immobile. Mais ses yeux n'arrivaient pas à se détourner de ceux de jade à la profondeur troublante qui la fixaient en retour. Victoria s'approcha un peu plus encore et laissa son pinceau redessiner le visage qui lui faisait face. L'idée d'un maquillage plus lumineux l'avait effleurée quand elle avait dessiné la robe, et à la voir sur le dos de Max, il ne lui apparaissait que plus impérieux encore de s'y obliger.
Elle s'attela à sa tâche pendant un bon quart d'heure, grognant à chaque fois que Max contractait ses paupières et la faisait bouger.
- C'est bon, ta torture prend fin, soupira-t-elle en roulant des yeux. Va prendre des selfies de ta personne pendant que je vais me changer, mais n'envisage même pas l'idée de m'identifier sur tes statuts facebook de loser. On ne vit pas dans le même monde.
- Pas de problème ! S'amusa la brune avec un petit sourire mesquin. Je t'identifierai comme la personne qui soutien la cause des hipsters dans l'ombre ! Tu seras comme une bienfaitrice masquée.
Victoria garda une face lisse à la moindre trace d'amusement, mais son regard trahi malgré elle son sourire caché.
- Fais ce que tu veux, je m'en fous.
Puis elle attrapa à son tour une tenue gardée sous plastique avant de se diriger vers les vestiaires que Max avait occupé précédemment. Elle accompagna sa retraite gracieuse par un :
- Et ne touche à rien surtout, ce matériel vaut plus cher que tout ce que tu pourras gagner dans ta vie.
Max leva les mains en l'air en signe d'obtempération, mais Victoria lui tournait le dos et ne vit pas son geste. Alors la brune se contenta d'aller s'assoir dans un siège de cinéma qui faisait face à la zone de photographie. Attrapant son portable, elle décida d'envoyer un selfie à Chloé pour lui montrer sa tenue.
Si Max avait abandonné la moindre pensée cohérente en voyant Victoria sortir des vestiaires dans sa tenue de Reine Maléfique, exacte réplique de celle de Charlize Theron, sa démarche féline faisant danser ses hanches à chacun de ses pas, sa situation actuelle la rendait idiote et maladroite.
- Concentre-toi, gronda la blonde en fronçant les sourcils.
- C'est à toi qu'il faut dire ça, répliqua la petite brune sans se laisser faire. Tu peux arrêter de changer de position cinq secondes ?...
Victoria poussa un léger soupir en roulant des yeux.
- Okay.
Inspirant profondément, elle glissa son bras autour de la taille de Max, saisissant avec fermeté la base de son corset pour la maintenir contre elle. De l'autre main elle planta entre elles une magnifique pomme rouge qui semblait presque irréelle tant elle reluisait, sa peau absente de la moindre fioriture. Le visage fermé, Victoria tenta de rester impassible en ordonnant mentalement à son cœur d'arrêter sa course qui allait la trahir. Mais ce fut cause perdue. Quoi qu'elle dise, son corps se ravissait de lui-même de leur proximité sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'en empêcher. Et, depuis la progression dans son acceptation interne de la situation, il lui paraissait de plus en plus difficile de résister à son attraction déplacée. Elle avait beau se convaincre que tout cela était physique… ce n'était que mensonges pour tenter de se rassurer car son esprit rebelle se vida du moindre mot quand les grands yeux océans de Max, rendus plus magnétiques encore –si cela était possible - par le maquillage noir qui les cerclait, la poignardèrent avec une précision létale. Elle n'arrivait pas à se concentrer. Il fallait qu'elle s'impose des limites avant que l'une d'entre elles ne soit blessée. Et pourtant… Son regard n'arrivait à se détourner du visage piqué de tâches de rousseurs si proche du sien qu'elle mourrait d'envie de caresser du bout des doigts. Ce même regard qui dansait sur la gorge d'albâtre dans laquelle elle aurait voulu poser ses lèvres, ces épaules qui n'attendaient que ses morsures, ces lèvres qui laissaient s'échapper de petits soupirs, qui avec son aide, auraient pus être extatiques… et ce parfum qui n'appartenait qu'à elle et qui s'infiltrait dans ses narines pour venir tordre avec plaisir ses reins.
Dans une flexion frustrée, Victoria se pencha légèrement en avant pour imiter la pose dont elles avaient convenu lors du premier shoot. Mais à l'instant où elle leva le menton et sentit le souffle de Max effleurer ses lèvres, ses pensées lui échappèrent pour de bon. Les mots de Taylor encore frais dans sa mémoire lui firent perdre le peu de retenue qu'elle possédait encore. Ses orbes verts royaux toujours plongés dans ceux qui les opposaient, elle s'approcha lentement, laissant à la brune le temps de se retirer si elle le désirait. Mais Max ne bougea pas. Victoria ne fut pas certaine si elle ne fit rien par désir ou par incompréhension, mais la brune resta immobile. Ce fut ce qui termina de galvaniser son envie dévastatrice et scella son sort. Fermant enfin les paupières, la blonde combla avec un semblant d'autorité les centimètres qui restaient pour s'emparer de ses lèvres. Elle oublia instantanément toutes les raisons qui auraient dû l'empêcher de faire cela pour serrer un peu plus Max contre son propre corps. Elle savoura avec un délice interdit le goût de sa bouche contre la sienne, la chaleur qui irradiait d'elle. Et si au départ, Max ne réagit pas, stupéfaite, elle rattrapa rapidement son erreur et glissa instinctivement une main contre la joue de la blonde pour s'adapter à son rythme malgré son inexpérience évidente. Leurs lèvres se trouvèrent, se mirent à danser l'une contre l'autre et s'écartèrent une demi seconde, le temps de retrouver un deuxième souffle pour ne plus se quitter. La tête légèrement penchée sur le côté, Victoria se moquait de ne plus diriger leur échange, elle était prête à se plier à n'importe quelle danse si c'était les lèvres de Max qui la lui imposait. Elle l'embrassa de plus belle, plus fougueusement, plus autoritairement et crispant ses doigts au niveau des hanches de la brune, l'héritière Chase laissa lui échapper un petit grognement de plaisir quand la petite châtaine entrouvrit les lèvres pour lui laisser finalement conquérir son territoire personnel. Le souffle qui sortit de sa gorge quand elle se livra à elle fit frissonner Victoria qui ne se fit pas prier plus longtemps. Elle lâcha la pomme qu'elle ne se souvenait plus tenir dans sa main droite pour passer son bras autour du cou de Max dans un soupir qui ressemblait plus à un gémissement qu'un râle frustré. Leur danse prit une nouvelle tournure, plus lente, plus tendre. Victoria prenait son temps pour la découvrir et la laisser s'adapter à son rythme quand le soudain bruit d'un téléphone portable brisa le charme. Recouvrant brutalement ses moyens, la blonde mit fin à leur baiser de manière presque rude en s'extirpant de l'étreinte de Max et en reculant, le souffle court.
Ses yeux s'agrandirent de panique. Sa poitrine se soulevait à une fréquence oppressante alors qu'elle n'arrivait pas à calmer les battements frénétiques de son coeur. Le regard fou d'hébétude, Victoria dévisagea Max qui la regardait en retour avec incompréhension, l'air de lui demander pourquoi elle venait de s'arrêter ainsi.
- J-je… je suis désolée ! S'exclama-t-elle aussitôt.
- Mais de quoi ?! C'est pas gr…
- Non, la coupa la blonde en intimant impérieusement le silence.
Son visage se mit à changer progressivement. Ses yeux si brillants un seconde plus tôt recouvraient lentement mais sûrement la tristesse que Max avait aperçue un peu plus tôt. Victoria la dévisageait toujours, sans pouvoir détourner le regard, son visage torturé entre ce qu'elle percevait comme l'envie de recommencer et une espèce de désespoir douloureux. Tout semblait se bousculer dans sa tête. La blonde avait l'air perdue.
- Je ne voulais pas… Pas comme ça.
Elle marqua une pause. Son regard s'était refait distant, amer, et Max ne comprenait plus rien.
- Je ne peux pas faire ça, regretta-t-elle. J-je… je sais que tu penses que je porte peu de considération aux autres personnes en dehors de moi-même, mais je ne suis pas une poufiasse sans cœur… Et je ne voudrais pas te faire faire quelque chose que je n'aimerais pas qu'on me fasse…
- Mais de quoi tu parles ?! S'énerva Max, qui n'aimait pas cette espèce de frustration du fait de ne pas suivre son raisonnement. Tu ne peux pas simplement m'embrasser comme ça et me dire en suivant que tu ne peux pas pour une raison obscure ! Explique-moi !
Victoria croisa les bras dans un geste défensif, avec l'espoir de se parer instinctivement aux blessures à venir. Elle ne dit rien et cela ne fit qu'amplifier la colère de Max.
- Dis quelque chose !
- Pourquoi ce serait à moi de m'expliquer ?!
- Victoria… ne joue pas à ça.
Son silence s'éternisant, Max lâcha un long soupir exaspéré en levant les mains au ciel. L'héritière Chase allait vraiment venir à bout de ses nerfs.
- Okay. Si tu le prends comme ça, je m'en va…
- Qu'est-ce que tu veux savoir ?! hein ? Répondit-elle en montant furieusement le ton par réflexe. Que je t'apprécie ?... Et bien oui. C'est le cas !... T'es contente ?! Tu vas pouvoir aller t'en vanter auprès de ta copine et te moquer avec elle de moi ! Elle sera ravie… vas-y, fonce. Va la rejoindre !
Max eut un mouvement de recul en écarquillant les yeux sous le choc.
- Quelle copine ?...
- C'est bon, Max… laisse tomber ton rôle de petite fille innocente, ça suffit, soupira la blonde en portant une main à son front, fatiguée. Je suis pas d'humeur à ça.
- Non sérieusement, Victoria. De qui tu parles ?...
Son silence obligea la riche héritière à relever les yeux pour croiser son regard.
- Tu veux dire Chloé ? Reprit Max en fronçant les sourcils.
- Qui d'autre ?
- Victoria… je ne sais pas ce que tu as entendu, mais… Chloé est juste mon amie. Et quand je dis « amie », je veux dire amie.
La Reine de Blackwell fronça à son tour des sourcils, ne semblant pas vraiment comprendre. Des images de sa dispute avec la punk lui revinrent en mémoire. Sa façon de dire que Max l'aimait et qu'en contre partie ne l'aimerait jamais elle.
- Mais elle m'a dit que…
- J'y crois pas, pesta Max en se pinçant l'arrête du nez, agacée. Je vais la tuer…
Relevant la tête, elle accrocha son regard à celui émeraude qui la fixait et qui arrivait enfin aux mêmes conclusions que la brune.
- Et toi tu as marché dans son jeu…
- Pardon d'avoir eu un minimum de respect et de considération pour toi une fois dans ma vie, argua la blonde avec un sarcasme tranchant. La prochaine fois, je te traiterai comme de la merde et je ne prendrai pas en compte tes sentiments.
A son ton sérieux, Max marqua une pause de quelque secondes en la fixant, l'air de vouloir lui demander si elle pensait vraiment ce qu'elle venait de dire. Mais, ne pouvant se retenir plus longtemps, elle éclata de rire, se libérant de la tension qui tordait son estomac depuis plusieurs minutes. Tout cela était tellement ridicule.
D'abord surprise par sa réaction, Victoria la regarda faire avec stupeur. Pourtant ce fut plus fort qu'elle, instinctivement un petit sourire trouva son chemin sur son visage, à son tour, quand elle lut une joie naïve éclairer les traits de Max. Elle avait encore du mal à croire à ce qu'il venait de se passer, et dans ce studio loin des regards extérieurs, elle se moquait de ce qui l'attendait au dehors. Elle aurait tout le temps d'y penser plus tard.
Se redressant de toute sa hauteur, elle fit signe à Max d'approcher. La brune se plia à son ordre dans un petit sourire en coin. La laissant s'arrêter à sa hauteur, Victoria admira avec ravissement ce visage qu'elle se savait dorénavant en droit de clamer quand bon lui semblait. C'était grisant… Elle se sentait euphorique, le cœur battant bien trop fort. Mais elle le laissa faire, trop heureuse pour lui ordonner de se taire. Dans un geste tendre, elle permit à son pouce de glisser avec lenteur sur la joue de la brune et venir trouver le creux de sa mâchoire pour stabiliser leur position et attirer ses lèvres aux siennes dans un effleurement léger qu'elle laissa à Max le soin d'approfondir. Elle sourit contre ses lèvres, ravie du goût sucré dont elle se droguait dores et déjà.
- Je vais peut-être réfléchir avant de bannir les hipsters des Etats-Unis, ricana-t-elle alors que Max la faisait taire d'un nouveau baiser. Ou au moins jusqu'au prochain mandat…
Installée sur le lit de Victoria, le livre qu'elle était sensée lire posé sur les genoux, Max observait avec fascination la grande blonde finir d'arranger sa tenue. Face au miroir sur pied près de son bureau, l'héritière Chase prenait, comme tous les matins, le temps de perfectionner son accoutrement avec grâce. Max commençait à en avoir l'habitude. Mais elle ne lassait pas de ce spectacle privé auquel elle seule avait droit dans l'intimité de sa chambre. Victoria boutonna avec des gestes précis le col de sa chemise, pour passer en suivant son collier de perles par-dessus. Comme toujours, rien n'était laissé au hasard. Elle arrangea les froissures de son haut impeccable, mais, sentant des picotements insistants dans sa nuque, la blonde jeta un regard à Max dans son dos à travers la réflexion du miroir.
- Tu apprécies ce que tu regardes, hipster ?
Un sourire sarcastique et fier sur les lèvres, Victoria ne put s'empêcher d'accorder à la brune un petit clin d'œil satisfait pour accentuer sa victoire absolue. Mais à sa grande surprise, Max ne put contenir plus longtemps son hilarité et se mit à rire. Fronçant les sourcils, la Reine de Blackwell lui lança un regard noir sans se retourner. Elle s'apprêtait à lui demander ce qu'il y avait de si drôle, quand la petite châtaine lui coupa l'herbe sous le pied :
- Miroir, Ô mon beau miroir, qui est la plus belle de tout le pays ?
A cette remarque, Victoria roula des yeux dans une petite moue boudeuse en détournant la tête. Bien que Max possédait un statut spécial et donc le droit de lui dire ce qu'elle voulait, elle n'aimait pas qu'on se moque d'elle vis-à-vis de ses manies. Mais alors que ses sourcils se fronçaient, un peu vexée, elle entendit le bruit de frottement de draps qui se déplaçaient dans son dos avant que deux bras n'entourent sa taille et qu'un front vienne se poser contre son épaule.
- C'est vous ma Reine. Vous êtes la plus belle.
Souriant avec fierté et une petite pointe d'arrogance heureuse, la blonde pivota légèrement pour déposer ses lèvres sur celles de Max. Elle sentit un souffle danser sur sa peau et la brune sourire contre sa bouche. C'était tout ce qui lui importait. Elle voulait bien être une Méchante Reine pour cette fille, si elle restait sa Blanche-Neige.
Merci de votre lecture et à la prochaine~
