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Bonsoiiiir, et pour fêter en beauté nos deux mois, et bien voilà... Le chapitre 3 ! Je sais, je sais, ne me remerciez pas /sbaff/
Plus sérieusement, je ne savais pas du tout que c'était notre anniversaire T_T Je vais le noter tout de suiiite~
/uneheureplustard/
Bref euh, merci encore pour vos reviews, elles me font vraiment chaud au coeur *-* Et vu que j'ai super froid, bah ça fait du bien uwu /sbaff/
Sur ce je vous laisse lire~
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Disclaimer : Les personnages de Grunlek, Bob, Théo et Shin ne m'appartiennent pas et sont la propriété des joueurs d'Aventures et de leur MJ ( Mahyar ). Le monde d'Aventures est aussi la propriété du MJ. Je ne touche aucune somme pour mes écrits.
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3 : Théo de Silverberg
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Enora était la seule fille de sa promotion. Ils étaient quinze. Au début, tous les garçons riaient d'elle, disant qu'une fille n'avait pas sa place parmi eux, et qu'elle était trop faible.
Elle entendit que des paris se tenaient. Certains disaient qu'elle tiendrait deux jours, d'autres comptaient en semaine. Un seul décida de parier plusieurs mois, sous les railleries de ses camarades.
Ah, ils ne la prenaient pas au sérieux ? Ils verraient, ces machos...
Elle ne leur parlait jamais. Elle préférait les ignorer, la tête haute. Elle devait aussi museler sa démone intérieure, qu'elle avait appelé Etheria. Elle hurlait dans sa tête, et Enora sentait qu'Etheria se débattait en elle, désirant visiblement sortir. Mais ça ne devait jamais se produire, à aucun prix. Elle sacrifierait tout pour ne pas devenir ce que beaucoup attendaient qu'elle devienne...
Elle ferait face.
Du haut de ses quinze ans, elle était bien plus volontaire et débrouillarde que la plupart des fils de noble de l'Académie. Elle les surclassait tous en démonologie, où Etheria se faisait un malin plaisir à lui filer un coup de main. La démone adorait ces cours où Enora lui laissait un peu la parole, tout en la muselant. Elle aimait tellement la tête que tirait les autres élèves en voyant cette fille aussi cultivée.
Dans tous les cours théoriques, ou presque, Enora devint rapidement la meilleure. Elle étudiait, et Etheria l'aidait bien malgré elle, souvent, à retenir ses leçons. Si bien que très vite, Enora devint incollable.
Sauf pour retenir les versets de la Lumière.
Elle n'était « que » troisième de sa classe en cette matière. Elle en avait lors d'une lettre au Père Louis. Elle verrait bien ce que cela donnerait, sans doute pourra-t-il lui donner des conseils mémo-techniques. Etheria ne pouvait pas l'aider sur ce coup-là.
Une saison entière passa. Les feuilles rougeoyantes tombèrent peu à peu des arbres, cédant la place à un froid glacial et des arbres nus et menaçant. Un manteau de givre tomba sur leur camp d'entraînement.
Enora se réveillait toujours une heure avant les autres pour être prête en avance et tenter de discuter avec Etheria. Puisqu'elle était son dernier contact direct, Enora espérait pouvoir s'allier avec la démone, et peut-être même devenir son amie, qui savait... Enora était persuadée qu'en se maîtrisant, elle pourrait devenir une arme formidable au service de la Lumière. Malheureusement, Etheria savait très bien quelle idée trottait dans la tête de son hôtesse. Aussi se montrait-elle plutôt récalcitrante. Contrairement à Enora, la démone abhorrait la notion de dévotion à une cause aussi noble que la Lumière. Elle était une créature des Ténèbres. Elle voulait semer chaos, désespoir, mort et désolation sur la planète. Alors faire amie-amie avec son hôtesse était tout bonnement une idée... de génie.
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L'hiver s'annonçait rude. On les fit lever plus tôt encore, et on commença à les faire courir dans le froid. Enora se dépassa, restant impassible lorsqu'elle avait mal. Très vite, elle devint plus rapide et plus vive que les autres. Elle sentait que si l'entraînement théorique commençait à diminuer, c'est qu'ils allaient enfin commencer tout ce qui concernait le physique...
Les garçons avaient cessé de se moquer d'elle. Certains commençaient même à la prendre pour modèle. On chuchotait sur son passage dans le couloir, mais ce n'était plus vraiment des railleries. Elle savait qu'il y avait un garçon, aux cheveux noir de jais, qui la regardait souvent sans rien lui dire. Il était doué. Toujours second de peu lors des cours théoriques, et premier en théologie. Devant elle, puisqu'elle avait réussi à monter deuxième.
Il était aussi bon qu'elle pour les exercices physiques, et elle attendit avec impatience le moment où elle pourrait se mesurer à lui avec une arme dans les mains. Cet instant ne devrait plus tarder...
Enora ne savait plus vraiment si c'était elle ou Etheria qui attendait ce combat si impatiemment. Toujours était-il que sa démone se montrait beaucoup plus amicale...
Après une énième heure de sport dans un froid polaire, en shorts et torses nus, ils étaient exténués. La luminosité baissait, la nuit allait bientôt tomber...
Leur instructeur leur ordonna de se relever, ce qu'ils firent bon gré, mal gré. Enora et son rival furent les premiers debout.
On leur donna à tous de lourdes épées de bois. Même Enora ploya un peu sous le poids de l'arme. Elle fut obligée de la prendre à deux mains.
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- Aujourd'hui, dit l'instructeur, on va voir comment vous vous débrouillez à l'épée. Demain, ce sera l'arc, histoire que vous ayez des bases et que vous vous reposiez. Après ça, fini la rigolade : entraînement intensif à l'épée, la hache et la lance. A la parade, aussi. A la fin de l'hiver, on vous apprendra à encaisser les coups avec des armures lourdes. Deux semaines après, on vous confiera des armes en acier véritable. Le début de l'été, et donc la fin de votre première année, va venir vite, bande de gringalets ! On se remue, organisez-vous !
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Grelottant et grognant, la plupart des élèves se rendirent à l'endroit indiqué, une combe sablonneuse recouverte de gel. Des flocons de neige commencèrent à tomber sur les corps à moitié nus des adolescents. Enora était la seule qui avait un semblant de haut. Le garçon aux cheveux noirs s'approcha d'elle et ils se mirent en garde, face à face.
Rien qu'à sa posture, Enora devina qu'il avait de l'expérience. Sans doute avait-il eu des cours particuliers, avant ça. Elle avait heureusement des bases en stratégie, puisqu'elle avait dévoré quasiment tous les livres de l'abbaye.
Elle allait devoir la jouer en défense, attaquer à la moindre brèche. Une lame à deux mains n'était cependant pas la meilleure des armes pour un combat vif, elle aurait préféré avoir une rapière...
En elle, Etheria était ivre de bonheur et lui hurlait des instructions. Enora l'ignorait. Elle s'en sortirait seule.
Soudain, il attaqua.
C'était un coup vif et précis, porté vers le ventre d'Enora. Elle fit un pas en arrière, fit passer sa main sous la lame et fléchit ses genoux. La lame de bois de son adversaire frappa la sienne dans un grand bruit. Elle la fit glisser, profitant d'avoir gardé ses appuis plus souples avant de se raidir pour repousser l'assaut. Elle allait reculer, mais il tenta une feinte sur la droite. Enora répéta son mouvement, qu'elle avait mémorisé en lisant un roman sur des combats de chevaliers. Cependant, son rival avait déjà l'habitude, alors que cela ne faisait que deux fois qu'elle parait. Il pesa de tout son poids, et les deux lames restèrent l'une contre l'autre, tandis que les deux adversaires s'affrontaient dans un duel de regard et de volonté. Leurs souffles se matérialisaient devant eux à mesure que la température extérieure diminuait, et que la leur augmentait.
Enora sentait ses pieds glisser sur le sol. Il ne fallait pas qu'elle cède la première, et pourtant il avait trois avantages sur elle : des bases en maniement d'arme, une masse musculaire plus importante, et surtout... il était plus grand qu'elle. Elle savait qu'il allait en tirer parti dans très peu de temps... Elle n'avait pas beaucoup de secondes pour réfléchir à un plan.
Etheria était silencieuse, pour une fois. Elle regardait, admirait, ressentait, observait, décidait si son hôtesse avait le niveau ou non.
A l'instant même où son rival augmentait la pression, elle eut une idée fulgurante. Suivant son instinct, elle se laissa partir en arrière. Emporté dans son élan, elle vit son adversaire tomber droit sur elle. Profitant de sa surprise, elle lâcha son épée un instant, et utilisa ses mains pour glisser sur le côté avec une vivacité impressionnante. Tout s'était passé très vite, et alors que lui tombait à plat ventre, ahuri, elle roula sur le côté, reprenant son épée de bois, et la mit, haletante, au niveau de la gorge de son rival.
Son coeur battait la chamade, et il n'y avait rien à ce moment qu'elle et lui. Le combat lui plaisait. A sa grande frayeur, elle adorait ça.
Même Etheria s'était tue. Même le vent s'était arrêté. Comme si le temps avait suspendu son vol. Tout n'était plus que silence et flocons.
Et soudain, un applaudissement timide retentit, suivit de plusieurs autres. Enora réalisa que toute leur classe s'était arrêtée pour les regarder. Leur instructeur, interdit, ne pipait mot mais elle sentait sa stupeur.
Enora ne put retenir un sourire éclatant, le premier qu'elle faisait depuis le début de son entraînement en temps qu'Inquisitrice. Elle écarta son épée, et tendit la main à son rival. Les yeux verts affrontèrent les yeux dorés, puis il saisit la main tendue.
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- Théo de Silverberg, fit-il. Incroyable, ton esquive, l'Anguille. C'est quoi, ton nom ?
- Je m'appelle Eth.. Enora. Enora de Saint-Morôt.
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A partir de cet instant, tout se fit plus intensif. L'Anguille, tel était son nouveau surnom, pour ses capacités hors norme en matière d'esquive et de parade.
Enora était toujours l'adversaire de Théo, et quelque chose d'irremplaçable et d'incassable se noua entre eux. Elle le mettait en danger, de part sa nature, mais tant que personne ne savait, elle était en sécurité. Et son... ami, aussi.
Cela lui faisait tellement bizarre d'avoir un ami. Un frère d'arme, quelqu'un sur qui elle pouvait compter. Ils s'entraidaient dés qu'ils le pouvaient, et les années s'enchaînèrent à une vitesse folle. Leur lien se renforça... Et Enora gagna en force. Le problème, c'est qu'Etheria aussi gagnait en force...
Alors qu'elle attaquait sa dernière année, et qu'elle approchait de ses dix-huit ans, Enora s'entraînait avec Théo. Munie d'une lance, et lui d'une épée à une main, ils rivalisaient d'adresse et de ruse pour déstabiliser l'autre sans le blesser. C'était une chose qu'ils faisaient régulièrement, toujours dans cette même combe de sable.
C'était une journée de fin de printemps absolument magnifique. Le soleil brillait haut dans le ciel sans qu'aucun nuage ne le dérange. Il faisait une chaleur atroce, quasiment insoutenable. Et pourtant les deux aspirants Inquisiteurs se faisaient face, en sueur mais debout. La poussière et le sable qui voletait encore autour d'eux après un énième assaut réduisaient la visibilité.
Alors qu'Enora s'apprêtait à porter un coup aux jambes de Théo, et que ce dernier fonçait vers elle avec son bouclier, une voix résonna non loin :
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- Enora !
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Les deux amis se stoppèrent net et se tournèrent vers l'origine de la voix. Se tenait au-dessus d'eux un homme d'âge mûr, vêtu d'une toge marron foncé. Enora sourit largement en reconnaissant le Père Louis. Il n'avait pas tant changé en trois ans. Suivie par Théo, elle s'approcha de son père d'adoption.
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- Mon Père, permettez-moi de vous présenter...
- Le fameux Théo de Silverberg avec qui tu passes tout ton temps ? Sourit l'homme d'église en serrant la main de Théo. Tu ne cesses de parler de lui dans tes lettres... Heureux d'enfin vous rencontrer, jeune homme.
- Ravi de vous rencontrer aussi, répondit Théo, professionnel, en lui rendant sa poignée de main.
- Que faites-vous ici, mon Père ?
- Et bien je devais m'entretenir auprès de ton instructeur sur certaines affaires importantes, et je me suis dit que j'allais en profiter pour te voir. Que tu as grandi ! Tu es devenue une splendide jeune femme... Et tes yeux sont tellement plus brillants que d'habitude...
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Il laissa sa phrase en suspend, à la surprise d'Enora, avant de reprendre.
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- Tu dégages une incroyable confiance en toi. Ta bonne santé fait plaisir à voir, ma fille ! Que donnent tes résultats, pour le moment ?
- Je suis la première en presque tout, mon Père.
- Presque ?
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Elle soupira.
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- Deuxième en théologie, et troisième à l'épée, mon Père.
- Ce sont des résultats satisfaisants malgré tout, ne t'en fais pas, sourit-il. Au moins excelles-tu partout ailleurs ! Je ne crains pas pour ton avenir, ma fille. Nous nous reverrons ce soir, peut-être, je viendrais te rendre visiter dans ta chambre... Je suis attendu, pour le moment.
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Il s'inclina et prit congé des deux jeunes adultes.
C'est qu'il avait un dessein en tête, à présent...
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Il faisait nuit noire, et beaucoup d'apprentis dormaient. Enora, cependant, avait oublié de ranger son matériel et était donc repartie discrètement. Etheria et elle étaient comme les deux doigts de la main, à présent, bien qu'Enora la muselait dés qu'elle commençait à se battre ou à user de la magie de guérison. Mais pour se faire discrète, la jeune femme avait besoin de l'aide de sa démone.
Soudain, alors qu'elle passait devant le bureau des instructeurs, elle remarqua qu'il y avait encore une lumière brillant à l'intérieur. Et soudain, un éclat de voix glaça son sang.
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- Bien sûr que je suis sûr de ce que je dis ! Sa mère elle-même, pourtant d'une irréprochable loyauté envers notre Eglise, n'était plus la même une fois que cette créature s'était emparée de son esprit...
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Enora reconnut la voix du Père Louis. Paniquée, elle osa pourtant se rapprocher doucement, malgré tout curieuse... Mais une boule se formait dans sa gorge. Un poids commençait à se faire sentir au creux de son ventre. Elle avait un mauvais pré-sentiment...
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- Vous avez tout de même témoigné contre sa mère, autrefois, fit la voix de l'instructeur, dubitatif. Vous avez quelque chose contre cette famille ou quoi ?
- Comment osez-vous ?! J'ai élevé cette enfant, et lui ai offert un toit ! Je lui ai tout appris. Je la connais. Elle est timide, et réservée. Cette froide détermination qui l'anime n'est pas la sienne... J'ai vu ses yeux, Aldebaran. Je les ais vus. Ce n'était plus les siens. La créature en elle a pris le dessus... Il m'en coûte de le dire, mais elle doit être arrêtée avant que les Ténèbres ne l'engloutissent définitivement...
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Elle resta paralysée, l'oreille collée contre la porte. C'était impossible. Elle n'en croyait pas ses oreilles... Ils parlaient forcément de quelqu'un d'autre !
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- Ecoutez, mon Père, sauf tout le respect que je vous dois, Enora est ma meilleure élève, et la seule demoiselle de sa promotion.
- Ce n'est plus elle, sombre idiot ! Que dois-je faire pour que vous vous en rendiez compte ?!
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Alors qu'Enora allait prendre ses jambes à son coup, un bruit singulier attira son attention. Celui, métallique, mais assourdi, de pièces d'or dans une bourse que l'on pose...
Enora déglutit. Son père... la... vendait... littéralement, à l'Inquisition ?
Un bruit violent la fit sursauter. On tapait du poing sur la table.
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- Je ne suis pas de ces gens dont on achète le silence ou les faux aveux, mon Père ! Je ne suis pas comme vous, l'argent n'a aucun effet sur moi. Je défends la Lumière et sa Justice, et que je sache, elle n'a commit aucun crime. Payez-moi, torturez-moi, tuez-moi : jamais je ne ferai monter sur l'échafaud une innocente qui n'a jamais choisi de naître en tant que monstre !
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Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme.
Elle entendit le Père Louis soupirer.
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- Et bien tant pis.
- V-Vous abandonnez si facilement ?
- Hum ? Oh, bien sûr que non, simplement vous ne voulez pas voir la réalité, je le comprends et le conçois tout à fait, cette diablesse est très douée et Enora est très attachante, même sans cela... J'ai simplement déjà parlé à votre supérieur, qui s'est rangé à mon avis. Aussi, si vous ne vous aidez pas à appréhender cette créature, nous vous emprisonnerons le temps que tout soit fini. C'est aussi simple que ça.
- Espèce de... !
- Bonne nuit, Chevalier Norvigrad.
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Choquée, Enora recula vivement et s'enfuit en courant jusqu'à sa chambre. Tant pis si on découvrait qu'elle avait tout entendu. Elle claqua sa porte et resta bloquée contre elle, en état de choc. Etheria, quant à elle, pestait et insultait l'homme d'Eglise. Il avait foutu tout son plan à l'eau, cet imbécile !
Enora se replia sur elle-même.
On lui avait assez répété que l'Inquisition tuait tous ceux qui frayaient avec les démons. Ils punissaient aussi sévèrement les serviteurs que les diables en eux-même. L'image de la tête roulante de sa mère revint la hanter, comme lors de ses pires nuits de cauchemars. Elle avait cru craquer psychologiquement, à cette époque, et c'était, étrangement, Etheria qui l'avait maintenue et soutenue moralement. Sans sa démone, Enora aurait basculé depuis longtemps.
Il fallait qu'elle réfléchisse à un plan. Qu'elle fuit l'Académie avant le lendemain, puisque son instructeur ou le proviseur en personne lancerait un mandat d'arrêt contre elle. Ce serait sa fin. Personne ne l'épargnera plus. Comment avait-elle pu en arriver là ? Comment son avenir, si prometteur, au sain de l'Inquisition, avait-il basculer en l'espace d'une seule nuit ?
Tout à ses tristes pensées, elle n'entendit les battements à sa porte qu'au bout d'un certain temps. Sursautant, et le cœur battant, elle posa une main sur la poignée. Elle avait des sueurs froides. Déjà ? Ils allaient déjà l'arrêter ? Si vite ? Depuis combien de temps était-elle prostrée dans sa chambre ?
Etheria se rebiffa en elle. La démone supportait déjà mal que son hôtesse la bride, si en plus elle se faisait capturer, la démone forcerait tous les barrages mentaux de la jeune femme pour s'emparer du contrôle, et enfin réaliser son plus grand rêve : semer la terreur, le chaos, la mort, la désolation, etc.
Prête à se battre, Enora ouvrit la porte...
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- Ah, j'ai eu peur pendant un instant.
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Elle resta bouche bée en constatant qu'il s'agissait de Théo.
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- Tu as fait claquer ta porte assez violemment, et on dirait que des bouts de métal ont fondu dessus... Ca va ? T'as les yeux rouges...
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Elle commença à réaliser qu'il ne portait pas son armure habituelle. Il devait encore être tard dans la nuit, et pourtant... Pourtant il était là ! Elle lui fit signe d'entrer, maussade. Elle avait envie de parler. Théo allait probablement essayer de la tuer. C'était la pire idée qu'elle ait jamais eu...
Mais elle en avait assez de se mentir. Et de mentir à son seul ami. Elle referma la porte, et ses genoux lâchèrent tandis qu'elle s'effondrait littéralement en sanglots. En proie au plus grand des chocs, Théo la rattrapa avant qu'elle ne se brise les genoux sur le sol, et l'aida à s'asseoir. Il ne dit rien, attendant que la crise passe, mais Enora savait qu'après ça, il allait lui falloir des réponses. Par où allait-elle commencer... ?
Au bout de quelques minutes, elle parvint à se calmer à peu près, mais ses nerfs étaient toujours à vif. Théo brisa le silence entre eux.
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- Ecoute je... Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Théo... Il va falloir que tu m'écoutes jusqu'au bout s'il te plaît. Ne me tue pas tout de suite, promets-moi que tu vas attendre que j'ai terminé...
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Elle le regardait avec des yeux suppliants. Sa voix tremblait de terreur et de fatigue. Surpris, son ami acquiesça. Elle allait pouvoir se lancer...
Elle inspira profondément.
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- Tu as entendu parler de cette Inquisitrice qui, il y a neuf ans, a été exécutée en place publique ?
- Celle qui était tombée amoureuse d'un démon ? Ouais. Mon père la connaissait, c'était une de ses collègues. Il avait participé au procès.
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La gorge d'Enora se serra. Elle allait pouvoir en profiter...
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- Tu te souviens du nom de cette femme ? De son visage ?
- Je l'ai jamais vue, je pourrais pas te dire. Elle s'appelait Torna quelque chose. Pourquoi ?
- Du Puits-Lumière. C'était son nom, Théo...
- Ca répond pas à ma question... Pourquoi tu parles d'elle ?
- Je ne m'appelle pas Enora de Saint-Môrot... Si on me surnomme Eno, c'est parce que j'ai trois prénoms.
- Hein ?
- Je m'appelle Etheria...
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Quelque chose en elle s'agita. Sa démone voulait parler, mais Enora l'arrêta mentalement.
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- … Neva Olivia du Puits-Lumière. Je suis la fille de cette femme... et du démon.
- Tu.. ?!
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Elle le sentit se raidir et s'éloigner d'elle. Cela commença à la paniquer, aussi s'attacha-t-elle instinctivement au col de la chemise en lin de son ami. Cela l'étonna, et elle le lâcha très vite. Elle était tellement à cran... Elle n'avait pas réalisé à quel point ça la pesait. Elle passa une main nerveuse dans ses cheveux, et reprit.
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- Tu as promis de m'écouter jusqu'au bout. Bref, j'ai assisté à... la mort de ma mère... Et je n'ai jamais rencontré mon père une seule fois. C'est le Père Louis qui m'a prise en charge. Il disait que si mes actions étaient justes et que je me tournais vers la Lumière, mon âme pourrait être sauvée... Il disait que le monde n'avait pas besoin de savoir qui j'étais... Pourvu que je servais le dieu de la Lumière... Pourvu que je servais la Justice... C'est lui qui m'a dit de devenir Inquisitrice. J'ai rêvé, Théo, si tu savais...
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Elle souriait amèrement, tristement. L'amertume et la nostalgie avaient un goût de bile qui remontait le long de sa gorge au point de la serrer tout en la brûlant sans fin.
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- Je me suis vue porter une armure d'or, scintillante, aux côtés de compagnons valeureux comme toi... Je me suis vue repousser les bandits, défendre les bons, détruire les démons... Je me voyais devenir quelqu'un... quelqu'un de bien, Théo... Je me voyais devenir... autre chose qu'un monstre...
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Elle avait murmuré ces dernières paroles, mais devait se reprendre.
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- En bref, à part le Père Louis et moi, et bien sûr mon père biologique, personne n'est au courant de ce que je suis... Ou du moins, personne ne l'était.
- Jusqu'à ce que tu me le dises.
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Son ton était glacial. Elle n'y prêta pas attention et secoua la tête.
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- Le Père Louis m'a vendue. Si tout se passe selon ses plans, dés demain, je serai capturée, et probablement exécutée dans la semaine.
- Et tu veux que je te sauve ? Au détriment de nos lois ?
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Même ton froid. Enora osa lever les yeux vers son ami. Son visage était impassible. Elle retint un frisson, et baissa la tête.
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- Je ne te demande pas une chose pareille... Je ne sais même pas au juste pourquoi je te dis ça... Ecoute, je...
- Je t'ai assez écoutée.
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Il se leva. Elle le regarda, une lueur effrayée au fond des yeux. Elle aurait voulu tendre la main vers lui. Aurait voulu que ce fils de la Lumière lui fasse quitter les Ténèbres qui l'engloutissaient. Il lui tourna le dos et sortit.
Et voilà.
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« Te voilà seule. »
- Tais-toi...
« Tu sais que j'ai raison, Neva. Tu sais que j'ai raison... Tu pourrais me laisser... »
- Non...
« Tu hésites? Allons. Je veux te venger. Pour l'affront qu'ils ont commis. Regarde, ton soit-disant frère d'armes, comme il a tourné sa veste brusquement. Dés qu'on a besoin de soutien chez les humains, paf, y'a plus personne... »
- Etheria arrête...
« Neva, n'ais-je pas toujours été là pour toi ? Laisse-moi prendre le contrôle. Rien que cette fois. Je te le rendrai... »
- Tu sais bien que c'est faux... Tu sais bien que tu mens... Tu mens comme je respire...
« C'est vrai, ma belle. Mais tôt ou tard, tu devras te regarder dans un miroir et te dire que tu as besoin que je prenne les commandes. A supposé que tu survives jusqu'à demain. »
- Aide-moi à trouver une issue, alors !
« Eh, débrouille-toi ! Je ne suis qu'une partie de toi, et pas celle qui réfléchit le plus... »
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Sur ces paroles, la démone ricana et se tut, laissant Enora seule avec ses réflexions... ou, plutôt, ses tourments. Elle se tenait la tête à deux mains, plus sûre de savoir qui elle était vraiment. Elle ne savait plus du tout où elle en était. Il fallait qu'elle dorme. Si danger il y avait, Etheria allait la réveiller. Normalement. Elle espérait.
Elle se laissa tomber sur son matelas dur comme un tronc, et se laissa tomber dans un sommeil agité de cauchemars terribles.
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De nouveaux tambourinements à la porte la réveillèrent. Sonnée, Enora se leva en titubant et ouvrit la porte sans réfléchir. Le visage grave, son instituteur, le Chevalier Aldebaran de Norvigrad, la regardait. La poussant un peu, il entra sans ménagement et ferma la porte. Elle le regarda sans comprendre, et se frotta les yeux. Enora avait simplement l'impression de ne pas avoir dormi...
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- Allez, debout, miss.
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Il ouvrit la fenêtre et regarda la hauteur. Il fit tomber une corde par là. Il faisait frais, et à peine jour.
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- Qu'est-ce que vous...faites ?
- Je te sauve la vie. J'en devais une à ta mère, dans le temps. J'ai essayé de la lui rendre durant son procès, mais j'étais bien l'un des seuls. T'as rien fait de mal, et je pense pas que ce soit juste de te laisser mourir.
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Il jeta un sac plein à la jeune femme, ainsi qu'une lance et une hache. Elle resta bouche bée.
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- M-Mais... Vous...
- Je m'en moque. Si j'ai pu faire une bonne action avant de mourir, ça rachètera peut-être tout le reste... Qui sait. T'as tout ce qu'il faut là-dedans. Fuis aussi loin que tu pourras. La traque commencera dés qu'ils se rendront compte que tu n'es plus là.
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Rapidement, elle enfila le sac à dos et prit les armes. Elle enjamba la fenêtre et regarda le chevalier, encore un peu perdue.
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- Merci...
- De rien, miss. Tu ressembles à ta mère, tu sais. T'es une chouette fille. Barre-toi, maintenant.
- Oui... Vraiment, merci.
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Elle se laissa glisser le long de la corde, et le froid matinal acheva de la réveiller. Ses pieds nus touchèrent le sable glacé et, sans un regard pour l'Académie, elle se mit à courir pour sauver sa vie qu'elle méprisait.
Sa fuite commença.
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Et voilàààà ce chapitre est fini o/ J'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé 'o'
Les choses sérieuses et corsées commencent enfin o/
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Sur ce mes chères, je vous dis bonne soirée... Et... A la prochaine pour...
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4 : Shinddha Kory
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