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Hey tout le monde ! Voilà le chapitre 4 ! o/
J'espère qu'il vous plaira ! :3
Autrement, je tiens à dire que jusqu'au chapitre 7, il n'y aura pas vraiment d'actions, ce sera surtout de la "réflexion", et pas mal de calme ^^
Je préviens à l'avance XD
Sinon, merci encore pour vos reviews, ça fait toujours plaisir :3
Je vous souhaite une bonne lecture !
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Disclaimer : Les personnages de Grunlek, Bob, Théo et Shin ne m'appartiennent pas et sont la propriété des joueurs d'Aventures et de leur MJ ( Mahyar ). Le monde d'Aventures est aussi la propriété du MJ. Je ne touche aucune somme pour mes écrits.
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4 : Shinddha Kory
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« A droite, imbécile ! Plus vite ! »
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Elle dérapa dans les copeaux de bois et les épines de pins. La terre érafla sa cheville et les fougères fouettaient ses mollets, tandis que ronces et orties déchiraient ces vêtements et faisaient apparaître des plaques rouges sur sa peau.
Elle était à bout de souffle, mais reprit sa course à travers les bois. Elle entendit l'air siffler à ses oreilles, et elle vit une flèche se planter dans l'arbre le plus proche de sa tête. Elle entendait ses poursuivants. Ils étaient beaucoup trop proches !
Enora tentait désespérément de garder son sang-froid, et de réfléchir calmement. Hélas, Etheria n'aidait pas, hurlant dans son cerveau et l'injuriant dés que la jeune femme commettait la moindre erreur. Courant toujours, elle se mit à crier.
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- J'aimerai bien t'y voir, toi !
« Oh, si tu insistes, tu sais... »
- Va te faire foutre Etheria !
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Soudain, Enora serra les dents et retint un cri de douleur. Une flèche était passée un peu trop près de sa taille, et elle commençait à saigner. Le choc l'avait fait glisser, et elle tomba en chute libre, roulant sur les brindilles cassées, les champignons toxiques et les feuilles mortes transformées en composte chaud et gluant par la forte pluie de la veille. Autant dire que c'était une excellente combinaison pour garder une blessure propre...
Toujours était-il qu'Enora roula au bas du lieu, mais se remit dés que possible sur ses deux pieds, car elle entendait ses poursuivants.
Un mois seulement qu'elle fuyait, et elle avait déjà été trouvée. Elle n'avait vraiment pas de chance...
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« Je pourrais t'aider à passer vite-fait dans les ombres, Neva... On aurait aucun risque de se faire prendre et... »
- Non !
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Enora avait bien remarqué qu'Etheria commençait à avoir beaucoup trop d'influence sur elle. Avant, la démone ne se permettait jamais d'aussi longs dialogues, sauf en cours de démonologie, où Enora avait besoin d'elle. Mais maintenant...
Nonobstant, la jeune femme avait parfaitement conscience qu'elle ne tiendrait pas longtemps la marée à ce rythme. Elle était vidée, blessée, et même si ses armes étaient de très bonne qualité, elle ne pourrait jamais lutter seule contre tous ses assaillants : elle y laisserait assurément sa peau !
Pas question de compter sur la magie de foudre. Elle la maîtrisait... les bases. Sa spécialité, c'était la guérison, pas la destruction. Se connaissant, en état de stress comme elle était, Etheria trouverait le moyen de faire brûler la forêt au passage. Et ça, Enora voulait à tout prix l'éviter !
Elle avisa un endroit dégagé droit devant, et perçut un brouhaha immense. Une intuition la prit, et elle fonça.
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« PAS PAR LA ! »
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Elle vit apparaître des chutes d'eau immenses. Enora hésita entre piler net et rebrousser chemin... ou bien sauter.
Sachant que si elle faisait demi-tour, il était quasiment certain qu'elle soit capturée et tuée.
Si elle sautait... sa mort était quasiment certaine aussi. Mais au moins... Elle aurait choisi son destin. Inspirant profondément, elle accéléra l'allure.
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« Mais qu'est-ce que tu fous ?! »
- Tu ne me contrôles pas, Etheria.
« Neva, recule tout de suite ! On va y passer ! »
- Si ça peut me permettre de choisir mon destin, pour une fois, ça ne me dérange pas.
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Elle força le pas encore.
Elle entendit une autre flèche siffler, comme un avertissement. Elle crut entendre une voix d'homme lui dire de ne plus bouger. Elle l'ignora et continua, droit vers les chutes.
Elle devait se donner du courage. Alors elle prononça les premiers mots qui lui venaient à l'esprit en cet instant...
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- Des Ténèbres jaillit la Lumière...
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Son pied droit arriva au bord.
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- Unis, nous ne craignons pas la peur...
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Son pied gauche l'y rejoignit...
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« Neva, arrête ! »
- Où que vous vous cachiez sous terre...
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Elle rassembla ses dernières forces et les muscles de ses jambes se tendirent, tandis que la douleur enflammait ses poumons.
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- Tremblez... NOUS SOMMES LES INQUISITEURS !
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Elle sauta, ignorant le hurlement de rage et de terreur qui lui vrilla le cerveau et éteignit sa conscience...
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C'est qu'il n'avait rien prévu. Sa journée commençait normalement, après tout.
Il s'était retiré de cette soit-disant civilisation qui le méprisait voilà quelques temps déjà, et n'en vivait que mieux. Actuellement, il savourait une pomme, perché sur un arbre au bord d'une rivière, non loin de chutes d'eau. Malgré le vacarme qu'elles produisaient, il était entouré d'une aura de paix intérieure. Cet endroit était calme, et rien ne venait en troubler la tranquillité. Le paysage était superbe, le cadre idyllique, et le soleil brillait dans le ciel. Malgré tout, il faisait frais, près de l'eau. Quel élément fabuleux !
Cette journée promettait d'être merveilleusement et superbement silencieuse...
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- NOUS SOMMES LES INQUISITEURS !
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Il fit un bond et manqua tomber de sa branche d'arbre. Se rattrapant agilement, il tomba au sol avec une souplesse féline et surhumaine. Les yeux ronds, il fixa les chutes d'eau, soit là d'où provenait ce cri. Sa vue perçante lui permit de distinguer, au sommet des chutes, une silhouette qui tombait à une vitesse vertigineuse vers l'eau profonde. Si quelqu'un avait pu voir le bas de son visage, il aurait remarqué que le jeune homme était bouche bée. Mais qui serait assez fou pour sauter d'une hauteur pareille ?! Même ceux qui recherchaient l'adrénaline à tout prix n'osaient pas !
Ce devait sans doute être une fugitive.
Oui, ce devait être cela.
Et s'il tenait à sa tranquillité, il devait se tenir à l'écart.
Oui, c'était bien mieux ainsi...
Il soupira profondément et commença à remonter le cours d'eau, discrètement.
Sa bonté le perdra.
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Il longeait la rive, en quête du corps noyé et brisé de l'inconscient qui avait sauté, arpentant les bois sombres et frais, guettant une ombre dans l'eau pure et glaciale. Il ne savait même plus pourquoi il voulait faire une bonne action aujourd'hui... Autant laisser tomber.
Oui, ce serait plus sage.
Il soupira à nouveau, exaspéré par sa propre bonté d'âme, et continua sa recherche...
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Il faisait sombre, il faisait froid. Elle avait l'impression qu'on enfonçait lentement des aiguillons de givre dans sa peau. Dans chaque pore.
Elle restait immobile, car pour la première fois de sa courte vie, elle se sentit libre. Elle avait choisi de sauter, elle voulait sauter, et rien ni personne n'aurait pu l'en empêcher.
Etheria s'était tue, ce qui était devenu une chose rare. Enora se délecta de ce silence et en profita pour réfléchir.
Elle se remémora toutes ces années où elle avait cru être heureuse, entourée par le mensonge, bercée par une illusion de bonheur qui lui laissait aujourd'hui un goût amer. Elle avait été utilisée, manipulée comme un pantin. Un simple pion sur un l'échiquier du Destin, que l'on sacrifie sans remords dés qu'on en a plus besoin...
Mais dorénavant, le pantin s'est affranchi de ses fils. Le pion a quitté l'échiquier.
Elle ne savait plus si ce besoin de se rebeller venait d'Etheria, ou bien de sa seule prise de conscience... Elle était un monstre voué à une éternité de souffrances et de tourments. Un être si abject que dés sa naissance contre-nature, elle n'avait déjà plus de raisons de vivre, de lutter, d'espérer. Condamnée à l'enfer faute d'avoir eu un père humain. C'était son destin, et elle l'avait vécu comme une épée de Damoclès tout le long de sa vie. Elle l'avait accepté...
C'était terminé.
Elle allait se battre, montrer à ces gens ce dont elle était capable. Elle servirait les principes Inquisiteurs, mais ne fuirait plus jamais un combat, fut-il contre une armée entière, ou à l'image de sa vie : une cause perdue d'avance. Elle n'était plus Enore de Saint-Môrot, le « Pion du Père », l'orpheline, et ne l'avait dans le fond jamais été. Elle était Etheria Neva Olivia du Puits-Lumière, fille de Tarna du Puits-Lumière et du démon Enoch. Sa démone intérieure, qu'elle appelait Etheria, n'était rien de plus qu'une partie d'elle-même qu'elle allait devoir accepter.
Elle ne savait pas d'où elle tenait une si soudaine et puissante envie de vivre, mais toujours était-il qu'elle était bien là...
Et il était temps pour la jeune femme d'ouvrir les yeux.
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Il avait été, pour dire les choses comme elles sont, purement sous le choc.
Il avait fini par trouver un corps flottant, en effet, qui quittait à peine le bassin des chutes pour se laisser porter par le courant du torrent. Bien qu'à moitié noyée, l'inconnue n'avait aucune blessure physique, ce qui était un véritable miracle. Une chute pareille...
Elle lui paraissait tout à fait humaine, mais il savait mieux que quiconque qu'il ne fallait pas se fier aux apparences.
Pendant qu'il la surveillait, après l'avoir tirée hors de l'eau, et vidé l'eau de ses poumons, il en profita pour fouille le sac qu'elle avait sur elle. Outre la lance et la hache qui entraînaient la jeune femme vers le fond, et donc que le jeune homme avait dû porter séparément pour finalement les mettre auprès de leur propriétaire présumée, il vit dans le sac des affaires tout à fait classiques, mais à présent trempées : vivres, livres, vêtements. Une voyageuse, une voleuse, ou une fugitive. Voir peut-être les trois. Mais dans les trois cas, rien de bon pour un être comme lui. Il devrait la laisser là. Elle pourrait sans doute s'en sortir seule.
Il observa les cheveux de flammes qui coulaient autour du visage pâle de l'inconnue, et vit sa légère musculature. Elle avait parfaitement l'air de savoir se défendre.
Oui, il pouvait la laisser sans risques. Ce serait logique.
Alors qu'il allait enfin écouter son instinct, il la vit ouvrir les yeux et se redresser d'un coup. Elle avait l'air... surprise. De s'être réveillée ? D'être encore en vie ?
Son regard tomba vite sur le demi-élémentaire. Il resta figé sous ce regard d'un or pur. S'il existait un monde recouvert d'or et de richesses, ce monde était ancré dans ces yeux. Ils restèrent un long moment sans prononcer le moindre mot.
Ce fut la jeune femme qui brisa le silence.
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- Tu m'as sauvée... ?
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Le demi-élémentaire cligna des yeux.
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- Euh, oui.
- Pourquoi... ?
- Quoi, tu ne voulais pas ? Il suffit de le dire, les chutes ne sont pas loin...
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Une suicidaire ! Formidable.
Ah, la civilisation... Qu'est-ce qu'il était heureux de l'avoir quittée. Sans doute venait-elle d'être plaquée par son petit ami, et ne voyait-elle plus aucune raison de vivre sans lui ! Ca n'expliquait pas qu'elle soit armée jusqu'aux dents, mais ça expliquerait la chute vertigineuse qui semblait tout à fait volontaire...
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- Ah, si ! Je... C'est juste que... Merci. Merci beaucoup. Malheureusement, je n'ai pas grand chose pour te remercier...
- Pas besoin ! C'est bien un truc de citadins, ça, de rendre service pour son seul profit personnel... Merci de ne pas me mettre dans le même panier !
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Il prit un air pincé, profondément vexé. Elle sourit, visiblement très amusée par la réaction de son sauveur. Mais pour qui se prenait-elle ?!
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- D'accord. Pardon. « Citadins » hein ? Tu es un ermite ?
- Et toi, tu es garde ?
- Pourquoi tu dis ça ? S'étonna-t-elle.
- Tu me poses des questions comme si tu parlais à un criminel notoire en plein interrogatoire ! Et tout ça sans te présenter. Je n'ai donc aucune obligation de te répondre.
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Elle éclata de rire, malgré le fait qu'elle venait d'offenser irrémédiablement son bienfaiteur. Il se demanda si elle ne s'était pas sérieusement cognée la tête durant sa chute, car sa crise de fou rire avait une pointe d'hystérie. C'en était presque terrifiant... Surtout pour lui, qui vivait éloigné de la folie humaine depuis quelques temps à présent.
Elle finit par se calmer et essuya les larmes qui coulaient sur ses joues.
Ses yeux brillaient, et l'or scintillait autant que le métal en fusion au cœur même d'une forge.
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- Excuse-moi, fit-elle en pouffant encore un peu. Ca fait longtemps que je n'ai pas vraiment ri... Bref, je suis Etheria Neva Olivia du Puits-Lumière. Enchantée.
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Il grimaça.
A cet instant, elle s'attendit à ce qu'il fuit, qu'il l'attaque, où qu'il devienne particulièrement agressif, voir dégoûté. Voilà un mois qu'elle avait fui l'Académie, et sa... réputation n'allait pas en s'améliorant. De plus, l'histoire de sa mère était connue dans le Cratère. Aussi, n'importe qui en avait au moins entendu parlé...
Pas lui, apparemment.
Ou, si c'était le cas, il s'en moquait.
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- Sacré nom. Je m'en tiendrai à Etheria, c'est le premier que j'ai entendu. Je suis Shinddha, du clan Kory.
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Ils s'exaspéraient l'un l'autre et se lançaient régulièrement des piques. Et pourtant, ils restaient ensemble.
Shin tolérait l'existence d'Eno, et lui faisait découvrir ce coin de nature dans lequel il vivait. Elle, de son côté, lui parla un peu de comment évolue le monde « civilisé ». Ils avaient souvent des accrochages sur le sujet, ayant une vision très différente de ce terme.
Malgré tout cela, le temps passait vite, et Eno se sentait... reposée. Bien.
Sa démone se manifestait de temps à autre, mais même elle semblait affectée par le calme et la sérénité de Shinddha. Ce jeune homme, qui avait à peu près l'âge d'Eno, dégageait en effet une certaine paix intérieure...
Ils discutaient souvent de choses plus personnelles, sous le regard bienveillant des étoiles, tout en mangeant quelques baies.
Ainsi, Eno apprit qu'il était un demi-élémentaire d'eau, et qu'il avait encore beaucoup de mal à l'accepter. Elle entendit également parler de Danya, une femme vivant dans un village lointain, et avec qui Shin aurait eu une relation allant bien au-delà de la simple amitié. De son côté, Eno lui parla de ce qu'elle avait fui. Elle lui dit même qu'elle n'était pas humaine, et à sa grande surprise, Shinddha ne sembla ni surpris, ni révulsé. Il lui expliqua très honnêtement que, même si désormais il se méfierait un peu plus d'elle, elle n'était dans le fond pas bien différente de lui.
Le temps passa. Les jours, les semaines.
Avec Shin, elle goûta pour la première fois à la liberté. Faire ce qu'il lui plaisait, se lever à l'heure qu'elle voulait...
Non, c'était bien au-delà de ça.
Elle était libre de vivre.
C'était ce sentiment grisant qui la prenait à la gorge et aux tripes, lorsque le matin elle montait au sommet d'un arbre et, le vent frais balayant son visage, elle se laissait inonder par les premières lueurs de l'aurore. Ce lever de soleil, aussi banal soit-il, lui paraissait alors nouveau et magnifique. Elle le redécouvrait chaque matin, humant avec bonheur le parfum enivrant de la forêt. Elle partagea ainsi quatre longs mois à vivre pour ainsi dire coupée du monde, loin de tout soucis.
Plus rien n'avait d'importance, et elle aurait sans doute aimer couler des jours heureux ainsi avec Shinddha pour le restant de sa vie.
Mais ce dernier était encore en quête de réponses. Et elle devait répandre « la Justice ».
Elle retrouva avec lui la même sensation qu'elle avait du temps où Théo était encore un ami cher. C'était ce lien d'amitié fraternelle qu'elle trouvait fabuleux, tout en sachant qu'il restait éphémère, comme toutes les choses...
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C'était encore un matin clair. Elle savourait une nouvelle aurore, face au soleil levant.
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- Encore là ?
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Elle sursauta. Elle ne s'habituait toujours pas à la discrétion de Shin.
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- Oui, répondit-elle en se retournant vers le soleil. Je trouve toujours ça... magnifique.
- Exact. On ne savoure jamais assez ce genre de moment, car on pense que c'est un acquis. Beaucoup de gens font cette erreur avec bien des choses... Même entre eux. Et puis quand ça disparaît, il ne reste que les regrets de ne pas avoir su en profiter.
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Elle ne pouvait qu'être d'accord. C'était aussi vrai pour un lever de soleil que pour les gens : ce n'est qu'une fois qu'on l'a perdu qu'on se rend compte à quel point c'était... bien.
Comme d'habitude, après cela, elle prit sa lance et s'exerça dans une clairière non loin. Elle était de plus en plus habile, perfectionnant chacun de ses mouvements afin de réveiller ses muscles endormis. Elle avait confiance, et elle était calme. Rien ne troublait jamais cet instant incroyable, sinon parfois Shin qui lançait une flèche pour voir si la demi-démone parviendrait à l'éviter. C'est ce qu'il fit ce jour-là.
Elle ne prit même pas la peine de l'éviter. Elle fit tourner sa lancer dans ses doigts et, utilisant la rotation, elle stoppa sa lance au niveau de la flèche de glace, qui s'y planta.
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- Tu n'en pas assez d'interrompre ma séance, Shin ? N'aurais-tu pas d'autres pommes à aller sauvagement assassiner ?
- Et bien maintenant que tu en parles, rit-il légèrement en sortant une pomme, qu'il commença à manger. C'est en cours. Et il est très amusant de te contrarier. Sans cela, les journées seraient bien fades, tu es loin d'être passionnante...
- Descends, et on verra si tu me trouves un peu plus... intéressante, sourit-elle, le prenant comme un défi personnel.
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Nul ne sut jamais ce qu'il aurait pu advenir ensuite.
Shinddha lâcha sa pomme et, cristallisant une flèche de glace dans sa main à l'instant même où il la décochait, on entendit un bruit métallique. Eno se figea.
Ils étaient encerclés par des paladins, des membres de l'Eglise de la Lumière. Comment savaient-ils qu'elle était encore en vie ?!
Shin descendit près d'Eno, et ils se mirent dos à dos, prêt à se battre. Ils n'avaient pas la moindre chance, en vérité. Leurs adversaires étaient bien trop nombreux...
Et ils ne faisaient pas un geste.
Le vent balaya la clairière. On pouvait presque toucher la tension dans l'air tant elle pesait lourd.
Soudain, les paladins s'écartèrent pour laisser passer un homme en robe noire, et dont le motif de l'Eglise de la Lumière avait été cousu au fil d'or sur le devant et l'arrière... Un cordon doré était noué autour de la taille de cet homme. Eno plongea un instant ses yeux dans ceux, gris et glacé, de cet homme...
Cet homme qu'elle avait considéré comme un père, cet homme qui l'avait élevée, choyée, cet homme qui...
Qui l'avait trahie, vendue et manipulée.
Elle était partagée entre la peur et la colère.
Peur de ce qu'ils feraient à Shinddha.
Le Père Louis s'avança et fut forcé de s'arrêter. Eno pointait la pointe de sa lance sur sa poitrine. S'il avançait de serait-ce qu'un pas de plus, elle l'embrochait. Les paladins autour se raidirent, prêts à l'attaque, mais Louis leur fit signe de ne rien faire. Il ouvrit la bouche.
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- Bonjour, démone.
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Elle se raidit, le visage crispé par la fureur.
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- N'approchez pas. Allez-vous en.
- Notre devoir est de te purifier, vile créature. J'en ai fait une affaire toute personnelle depuis que tu as pris possession du corps de ma fille adorée...
- Je n'ai jamais été possédée par Elle ! Vous vous êtes servi de moi, depuis le début ! Vous m'avez faite rentrer parmi les Inquisiteurs pour tester leurs capacités à se rendre compte de ma présence, mais comme ils n'ont rien vu, vous êtes venu achever le travail, hein ?! Et bien on dirait que je vous ais bien eu. Il est hors de question que je meurs parce qu'une Justice arbitraire l'a décidée.
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Il fallait que ça sorte. La rage était telle qu'elle sentit Etheria s'agiter, commençant à grogner comme si on la sortait du sommeil. La démone n'allait pas mettre longtemps avant de se rendre compte de l'état d'esprit de son hôtesse, et en profiter si Eno ne parvenait pas à se calmer.
Le prêtre secoua le tête et sourit.
- Enora, ma chérie, si tu m'entends, n'écoute pas ce monstre. Je t'ai toujours aimée, tu le sais. Si ces paroles peuvent t'aider à la dompter, je t'en prie, reviens à moi... Rentre avec moi, je ferai pardonner ta fuite, je dirai que c'était le monstre... Je trouverai quelque chose, tu as le droit à une seconde chance plus que n'importe qui...
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Shin jeta un regard à Eno, qui tremblait de tous ses membres. Elle avait les larmes aux yeux, et ses jointures devenaient blanches tant elle serrait sa lance. Ses dents commençaient à s'allonger, et sa pupille s'allongeait, ses yeux devenant peu à peu plus reptiliens. Ses ongles s'allongeaient un peu, commençant à devenir des griffes...
Etheria était aussi enragée qu'Eno, et une partie de la voix de la démone filtra aux côtés de son hôtesse.
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- Comme si c'était vrai ! Rugit-elle. Vous m'avez toujours méprisée, détestée au plus profond de vous ! Je n'ai jamais eu aucune valeur à vos yeux, alors ne venez pas me faire croire que...
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Il ouvrit les bras, coupant net Eno. Elle le fixa, les yeux écarquillés, et fut prise d'une envie terrible de sauter dans ses bras et de tout oublier, comme avant. Toute rage commença à la déserter. Mais Etheria se rappela à son bon souvenir.
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« Attends, tu vas croire l'autre ordure juste parce qu'il veut te faire un câlin ?! T'as un sérieux problème, je croyais qu'on s'était mise d'accord ! Ta mère, s'il avait pu, il l'aurait butée de ses mains ! Tu crois vraiment qu'il ferait une exception pour toi parce que tu es sa fille adorée ? Oh la la, que c'est émouvant ! Remballe tes mouchoirs, Neva ! T'as une putain de lance, une double hache, et ton ami est un demi-élémentaire d'eau ! Ces saletés de paladins t'empêcheront jamais d'être libre ! Et ce prêtre de mes deux, tout ce qu'il veut, là, tout de suite, c'est voir ta tête plantée comme une olive en trophée de chasse au-dessus de sa cheminée ! Si tu veux redevenir une esclave, je te préviens que je ferai de ta vie un Enfer. »
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La véhémence de la démone secoua Eno, qui appuya la pointe de sa lance sur le torse du prêtre, qui perdit son sourire. La démone avait raison. Cet homme avait d'elle une esclave. Elle devait s'en affranchir, car si elle retombait là-dedans, elle entraînerait Shin dans sa chute, et ce n'était pas acceptable. Ne s'était-elle pas jurée de se battre, et de ne plus jamais fuir ? De montrer aux gens comme le Père Louis qu'elle valait mieux qu'un pion que l'on sacrifie ?
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- Rappelez vos paladins, dit-elle, glaciale. Rappelez-les et cassez-vous.
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Louis recula et fit volte-face sans un regard pour Eno.
Elle jeta un coup d'oeil à Shinddha, qui hoche la tête. Il avait un plan. Ils allaient s'en sortir, peu importe ce que ferait le prêtre.
Et il fit signe à ses hommes d'attaquer.
En une synchronisation parfaite, les paladins sortirent leurs arcs et tirèrent. Shin effectua un saut et se retourna en l'air pour faire face à certains archers. Il tira une salve de flèches, visant avec une précision redoutable les mains des ennemis. Eno, elle, faisait tournoyer sa lance, brisant les flèches, abritée d'une énergie nouvelle. Shin retomba près d'elle, droit sur ses pieds, une nouvelle pointe de glace encochée. Les paladins hésitaient soudain.
Alors Shin en profita.
Faisant appel à ses sorts élémentaires, il fit tomber un épais brouillard sur le champ de bataille. Et lorsqu'une nuée de flèches s'abattit à nouveau, on entendit que les cris étouffés des paladins qui s'étaient touchés entre eux, ainsi que le hurlement de rage du Père Louis.
Shinddha et Eno fuyaient à travers les bois, qu'ils connaissaient par cœur. Se sachant traqués, ils longèrent la rive et, au bout d'un moment, débouchèrent sur un coin un peu moins agité de la rivière. A nouveau, l'ami d'Eno usa de son pouvoir, commençant malgré tout à s'épuiser. Il gela légèrement le torrent, de sortes qu'ils puissent traverser sans laisser de traces. Alors qu'ils reprenaient leur course de l'autre côté, les morceaux de gel se brisèrent en un craquement discret, et furent emportés par le courant.
Ils arrivèrent finalement à une colline, et se laissèrent tomber, hors d'haleine. Leurs poursuivants ne mettraient pas longtemps à...
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- Etheria ?
- Quoi ?
- Regarde.
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Le demi-élémentaire pointa quelque chose qui attira aussitôt le regard d'Eno.
Non loin de là, il y avait une ville. Elle regarda son ami sans comprendre.
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- Et alors ?
- Tu pourrais y rester un peu. Le temps que tu te fasses oublier.
- Et toi ?
- Ce n'est pas pour moi.
- Tu vas quand même pas retourner là-dedans, c'est du suicide !
- Aie confiance en moi. C'est ma voie, pas la tienne.
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Il lui tendit la main.
Elle se releva et prit l'avant-bras de Shin en une poigne ferme et fraternelle. Il la lui rendit, et ils échangèrent un long regard, en silence.
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- On se retrouvera, Shinddha Kory. Je te le jure.
- On se retrouvera, Etheria. C'est certain.
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Se séparant après un ultime regard, ils partirent, lui vers les arbres, elle vers la ville.
Ainsi s'achevaient quatre mois de joie et de légèreté. Elle espérait que Shin s'en sortirait, que les Inquisiteurs ne le rattraperaient pas, que...
Elle devait cesser de s'inquiéter, et avoir foi en lui. Ils s'étaient jurés qu'ils se reverraient. Et elle connaissait Shin, maintenant.
Il tiendrait parole.
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Alors ? Vous avez passé un bon moment j'espère o/
Et bien sur ce mes chères, je vous souhaite une bonne nuit XD ( ou une bonne journée )
Et à très bientôt pour le chapitre 5...
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5 : Grunlek Von Krayn
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