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Bonsoir à tous ! La chouette vient enfin poster le chapitre 5 o/ Pardonnez-moi du retard léger que j'aurai pris, mais j'étais très fatiguée cette semaine x_x"
Il sera un peu plus court que le 4ème, car c'est plus un chapitre de transition, si on veut o/ Il n'y a pas d'action, c'est beaucoup de réflexion, pire encore que le chapitre de Shin, désolée '-'
Je n'en suis pas très fière mais j'ai fait de mon mieux, bonne lecture et merci infiniment à celles et ceux qui suivent, vos reviews me comblent de bonheur o/ Bonne lecture :3
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Disclaimer : Les personnages de Grunlek, Bob, Théo et Shin ne m'appartiennent pas et sont la propriété des joueurs d'Aventures et de leur MJ ( Mahyar ). Le monde d'Aventures est aussi la propriété du MJ. Je ne touche aucune somme pour mes écrits.
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5 : Grunlek Von Krayn
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Il faisait un temps de chien, et elle mourait de faim.
A peine une semaine qu'elle avait quitté Shin, et elle ressentait son absence comme un poids immense sur sa poitrine. Elle se sentait seule, à la merci des remarques d'Etheria, qui lui en voulait toujours d'avoir failli retourner auprès du Père Louis. Ainsi devait-elle écouter inlassablement les insultes de sa part sombre, tout en restant recroquevillée sous la pluie battante. Elle n'avait ni argent, ni vêtements, ni vivres. Et ses principes lui interdisaient de voler.
Oh, pourtant, Etheria l'y aurait bien poussée. Et Eno ne pouvait s'empêcher de lorgner sur les bonnes choses préparées par les boulangers et autres restaurateurs. Elle sentait en ce moment même le fumet du pain chaud. L'ironie avait voulu qu'elle soit installée dans le creux entre une boulangerie et un bar-restaurant. Lui parvenaient les effluves les plus appétissantes de mets complets, d'assiettes remplies, de viandes cuites et de pain chaud. Alors son estomac atrocement vide se comprimait et émettait un râle d'agonie, la faisant se replier un peu plus pour étouffer la faim et la douleur.
Elle ne devait pas craquer.
Le jour, elle déambulait, ses armes à portée de la main, prête à intervenir si un voleur tentait de s'emparer de quoi que se soit sur les étales des artisans. Elle se sentait plus utile encore que les gardes de la ville, qui avançaient sans lui jeter un regard. Pour eux, elle faisait partie du paysage. Elle était comme ces autres passants et voyageurs, rien de plus qu'un énième élément du décor à rajouter au tableau de leur morne journée. Il fallait dire que rien ne se passait jamais dans cette bourgade, même lors de l'immense marché qui s'étalait en journée. A croire que toute notion de Mal avait déserté ce lieu pour ne plus laisser que les bonnes personnes, les plus travailleuses, les plus sympathiques. Mais pas les plus charitables.
Pas un seul ne lui tendait la main ou ne lui proposait de l'aide. Pas un seul ne s'interrogeait sur sa présence en ces lieux. Mais s'y seraient-ils intéressés qu'elle serait restée évasive. Aussi, elle trouvait que d'une certaine manière, c'était mieux.
La pluie cessa, laissant place au lever du soleil. Cachée entre ses deux bâtiments qui n'émettaient plus le moindre signe d'activité depuis de longues heures, elle ne put voir de cette aurore que les pâles couleurs qui se peignaient doucement sur les cieux. Eno eut un pincement au cœur, espérant que Shin avait eu de la chance. Qu'il s'en était sorti. Soupirant, elle resta un instant prostrée, puis se leva, s'appuyant sur sa lance jusqu'à ce que ses jambes engourdies aient repris leur aspect habituel. Elle gagna ensuite la place du village, là où la clameur commençaient déjà. Certains marchands et artisans de passage avaient déjà installé leur étale, le tout dans une atmosphère détendue et sereine. Déjà des lève-tôt se hâtaient auprès des commerçants qui déballaient à peine leur marchandise, voulant être sûr d'avoir tout de suite accès aux meilleurs produits. Tant d'insouciance fit sourire Eno, qui trouva dans cette ville une chose incroyable et nouvelle : la normalité.
Les gens normaux se levaient, parfois tôt, et partaient travailler. Ils se rendaient sur les marchés, parlaient entre eux, s'amusaient, riaient, buvaient ensemble à la taverne le soir. Ils chantaient, ils dansaient. Ils aimaient, haïssaient, déliraient. Ils pleuraient, aussi. Ils vivaient, puis mouraient, mais restaient éternellement dans les mémoires de ceux qui les avaient connus. Ces êtres humains, si maléfiques de par leur naturel penchant vers les pêchés, étaient pourtant les plus belles créatures qu'il lui avait été données de voir. Pour la première fois, Eno comprit en un sens ce qui fascinaient tant les démons, car cela la fascinait elle-même. Les humains n'étaient ni des êtres de Lumière, ni des créatures des Ombres : ils étaient fait de mille et une nuances des deux. En cela, ils étaient plus vertueux et plus lumineux que n'importe quel ange.
Elle observa, avec cette même joie et ce même émerveillement dans le regard, la façon dont les hommes déballaient leurs étales, vendaient les fruits de leur travail au meilleur prix. Il y avait quelque chose qu'elle trouvait... envoûtant, dans cette routine.
Etheria n'intervenait jamais dans cet instant de plénitude de son hôtesse. La démone savait qu'elle devait se tenir à carreaux, car Eno pouvait se mettre en colère. Elle aimait avoir son instant à elle. Elle en avait besoin, sinon Eno aurait déjà craqué. La liberté était une chose fabuleuse que la jeune femme redécouvrait avec bonheur... mais à ses yeux, elle ne valait rien si on ne trouvait personne avec qui la partager.
Eno commença son tour de ronde quotidien. Son estomac hurla à nouveau, mais elle fit mine de rien. Elle ne devait pas paraître faible, et ça passait par là.
Elle avança le long des allées de pierre, louvoya entre les étales, jetant un coup d'oeil aux marchandises, saluant les quelques marchands qu'elle avait pris l'habitude de croiser. Un nouvel arrivant attira son attention.
Il ne vendait rien d'autre que quelques statuettes de bois travaillées à la main, ainsi qu'un peu de nourriture. Eno n'était pas une experte, mais elle déduisit qu'il s'agissait sans doute d'un ragoût fait maison. Attirée par l'odeur alléchante, elle s'approcha, détaillant d'un œil un peu trop insistant le nouveau venu.
De petite taille, mais malgré tout à la carrure imposante, ses mains semblaient capables de tout faire en un tour de bras. Ses bras, d'ailleurs... Si l'un était parfaitement normal, l'autre devait avoir été fait par une technologie incroyable. Eno n'avait jamais rien vu de pareil. Des écrous, des boulons, des clous et des vis, qui fixaient en une œuvre d'art des plaques de métal entre elles afin de créer ce bras entièrement fait de fer et d'acier. Comment fonctionnait-il ? Comment avait-on relié les câbles d'acier au système nerveux du petit homme ? Tant de questions se bousculaient dans la tête d'Eno, sans qu'elle osa jamais les poser. Elle continuait simplement de s'approcher, tandis que l'homme ne lui accordait pas la moindre attention, concentré sur son ragoût.
Soudain, Eno sentit Etheria remuer à l'approche de cet étranger.
Ce n'était pas vraiment le nain en lui-même, c'était son bras qui attirait la démone. Elle gigotait, voulait sortir, arracher si possible le bras de son propriétaire pour le voir de plus près, le désosser, l'observer. Jamais encore Eno n'avait senti Etheria dans un état pareil. Elle devrait garder ses distances, sinon elle avait bien peur que même toute sa volonté ne pourrait maintenir la démone à l'écart...
L'étranger releva la tête, et son regard croisa celui d'Eno. Elle se figea sur place, ignorant Etheria.
C'était un regard qu'elle avait déjà vu.
Quelque chose de... d'hypnotisant, un sentiment ancien et enfoui au plus profond d'elle-même se réveilla. Elle resta un long moment accrochée à ces yeux marrons, plein de douceur, si avenant. Elle ne souvenait même plus de la dernière fois que quelqu'un l'avait regardée ainsi... Pas comme un monstre, ni comme une Inquisitrice, juste comme...
Un être humain.
Ce constat la dérouta autant qu'il la blessa. C'était une chose à laquelle elle s'était interdite de penser. Interdite d'espérer. Elle n'était pas humaine. Elle ne le sera jamais, malgré tous ses efforts.
Se détournant bien vite, elle s'enfonça à travers la foule, fuyant presque l'étale. Elle avait oublié sa faim, l'espace d'un instant. Tout oublié. Pour juste se rappeler cette chaleur au fond de son âme.
Elle se secoua la tête. Pas le temps d'y penser. Elle devait se concentrer. Restée alerte, à l'affût.
La journée ne faisait que commencer.
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Comme toujours, jusqu'au coucher du soleil, tout fut incroyablement tranquille. Rien ne vint perturber les échanges commerciaux, et tous commençaient à remballer, discutant avec les clients qui restaient. Satisfaite que tout se soit déroulé sans accrocs, elle commença à retourner vers son coin habituel, sous les injures d'Etheria, qui l'exhortait de pousser tel ou tel passant pour accéder à un repas quelconque. Ce n'est pas que la démone avait faim, mais elle savait que tôt ou tard son hôtesse dépérirait. Et elle avec. Ce qui n'arrangeait pas du tout ses plans de destruction de l'humanité.
Le ciel commençait à se couvrir de nuages. Il fallait croire que c'était une malédiction : à la nuit tombée, il pleuvait toujours en ces lieux...
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- Attrapez-le !
- Reviens ici, sale voleur !
- Mais que font les gardes ?!
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Eno sursauta et se retourna suffisamment rapidement pour apercevoir, en effet, qu'un voleur fuyait avec une statuette de bois sculpté. N'écoutant que ses instincts, elle fit claquer sa lance sur le sol, et les pieds du jeune garçon se prirent dans l'arme de l'Inquisitrice.
Tombant au sol, il n'eut même pas le temps de se redresser qu'une pointe de métal se posait sur sa gorge. Il n'avait plus aucune issue. Les gardes arrivèrent sur ces faits et, remerciant Eno, ils embarquèrent le jeune garçon, qui lança un dernier regard assassin à la jeune femme.
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« Bien joué, tu t'es fait un nouvel ennemi... Il n'a plus qu'à s'ajouter à la liste des gens qui veulent ta mort et faire la queue, comme tout le monde. Au fait, je suis la première. »
- Tu n'es la première en rien du tout, murmura Eno, amusée. Si je meurs, tu meurs avec moi, et ça, tu en as parfaitement conscience.
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La démone allait répliquer, mais se tut finalement. Son hôtesse avait raison, après tout.
Eno ramassa l'objet du délit. Un ouvrage magnifique : une louve sculptée dans du bois blanc poli. Ce dernier brillait tant qu'on aurait cru pouvoir caresser le pelage de l'animal. Eno s'attendait à tout moment voir le prédateur miniature se mettre à gigoter entre ses doigts et essayer de la mordre de ses crocs de sapin. C'était à couper le souffle.
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- Merci. J'aurai pu m'en charger, vous savez.
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Eno fit un nouveau bond. Deux fois dans la même soirée, elle était vraiment trop distraite aujourd'hui !
Le nouveau marchand se tenait derrière elle. Visiblement, la statue lui appartenait. Elle lui rendit l'objet, le posant délicatement dans la paume métallique du nain. Etheria tenta une brusque prise de contrôle qu'Eno freina tout aussi brutalement. Qu'avait donc ce bras de si intéressant pour une démone ?
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- Je vous en prie, c'est tout naturel. Passez une bonne soirée.
- Attendez...
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Elle ne lui laissa pas le temps de finir. Il fallait qu'elle parte vite avant qu'Etheria s'agite encore, et que cette fois Eno ne puisse rien faire pour l'arrêter.
Elle s'engagea dans les rues sans laisser une seule chance au nain de la stopper.
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Elle était de nouveau installée dans son coin, sous une averse battante. Elle s'étonnait de ne pas encore avoir attrapée la mort. Sans doute était-ce grâce à Etheria, qui comptait encore rester longtemps sur cette terre.
C'était de ces soirées où Eno était d'humeur un peu morose. Elle ne répondait pas à Etheria, ou pas quelques murmures sans conviction. La démone détestait lorsque son hôtesse était si désinvolte. En fait, il y avait peu de moments où elle l'appréciait.
La démone ressentait bien des sentiments contradictoires, en vérité. Elle détestait la faiblesse d'Eno, la faiblesse de son corps d'humaine... Et pourtant, elle reconnaissait avec peine la force incroyable de son hôtesse. Certes, elle était invivable, lâche, incapable de renoncer complètement à son ancienne vie... Mais d'un autre côté, combien d'humains auraient déjà abandonnés la partie ? Combien auraient déjà cédé à leur partie démoniaque ? Ou combien auraient déjà tout arrêté avec sept tours de cordes ?
Non, Eno tenait, alors que rien ne la retenait sinon sa promesse volatile à ce demi-élémentaire. Mais avant ça ? Eno disait souvent qu'elle avait vraiment voulu en finir en sautant. Cependant, le fait qu'elle se soit réveillée prouvait à Etheria que c'était faux. Malgré toutes les épreuves, malgré les trahisons, la fatigue, les blessures, la fuite... Eno avait résisté. La démone devait l'admettre. Il y avait des fois où elle respectait son hôtesse. Et ce détail faisait partie des rares choses qu'elle aimait chez Eno.
Ca et... un autre détail. Qu'elle ne dévoilerait jamais, pas même sur leur lit de mort. Pour le moment, elle torturait sans envie sa chère Eno, qui ne bronchait pas, faisant enrager la démone. Si elle avait le moindre contrôle, elle jetterait une pierre à la jeune femme pour la réveiller. La faim la rendait amorphe, c'était une vraie catastrophe !
Alors qu'elle évoquait les maux de son hôtesse, cette dernière entendit un énième râle de son estomac si tristement vide. Soupirant, elle se dit qu'au moins, elle ne mourrait pas de soif. Il pleuvait bien assez...
L'odeur du pain chaud lui chatouilla les narines, pire encore que d'habitude. Elle baissa la tête, qu'elle avait levé vers les cieux, se concentrant sur ce parfum. Elle le sentait, et son ventre hurla à lui en faire mal. C'était une terrible torture, comme si le pain était juste en face d'elle...
En ouvrant les yeux, elle les cligna plusieurs fois, incapable de croire ce qu'elle voyait.
Ce n'était pas comme si le pain était juste en face d'elle.
Il était là.
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« T'as pété un plomb, Neva. »
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Même Etheria n'en revenait pas.
Ahurie, Eno leva les yeux, son regard longeant un long bras de métal tendant le pain vers elle. Elle regarda le nain du marché, bouche bée.
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- Prends-le. C'est pour toi.
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Clignant à nouveau les yeux, elle regarda à droite et à gauche. Mais non. Personne ne sortait lors des nuits pluvieuses. Il lui parlait à elle.
Il lui parlait.
Il lui tendait une denrée si précieuse... Si incroyable...
Elle le prit sans en croire ses yeux. Déglutissant, la bouche sèche, elle mordit dans le pain, et ce fut comme une explosion de saveurs. Elle revivait, littéralement, et ce n'était qu'un morceau de pain.
Elle le dévora en quelques bouchées, affamée, et remercia son bienfaiteur du regard. Il lui sourit, et lui adressa ce même regard qui l'avait troublée au marché.
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- Ecoute, je sais cuisiner alors si tu veux... Je peux bien partager un peu. Tu me suis ?
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Il lui tendait la main pour qu'elle se relève. Ce fut pour elle comme une illumination. Une main tendue qu'elle n'attendait plus, qu'elle avait arrêté d'attendre il y avait déjà bien longtemps. Et voilà que c'était un nain qu'elle avait rencontré le jour-même qui faisait ce geste, si exceptionnel aux yeux de la demi-démone. Elle sourit un peu, et prit la main qu'on lui tendait.
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- Pourquoi pas après tout... Juste pour cette fois, je ne voudrais pas abuser...
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Un soir avait suivi celui-ci, puis des discussions sans fin. Les repas en compagnie du nain se succédèrent, et Eno ressentit cette chaleur inimaginable au fond d'elle-même. Et pour une fois, ce n'était pas Etheria. C'était ce sentiment fabuleux, celui d'être en compagnie de quelqu'un avec qui on se sentait bien.
Plus les jours passaient et plus elle recherchait la compagnie de Grunlek, tel était le nom du nain. Elle aimait chaque minute passée en sa compagnie.
Hélas, il était commerçant itinérant. Et toutes les bonnes choses ont une fin... Au bout de trois semaines de bons moments, elle le regarda plier ses affaires, sans un mot. Alors qu'elle allait partir, Etheria, qui avait recommencé à la tourmenter la nuit, ce qui prouvait que la démone était de bonne humeur, s'immisça légèrement dans son esprit.
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« Eh. Tu vas où comme ça ? »
- Je surveille la ville. Le marché n'est pas fini et...
« Ne me réponds pas, pauvre cruche ! On pourrait t'entendre... Va après le nain. C'est un ordre. Si ça recommence comme y'a trois semaines, tu vas y rester, et je vais me faire chier pendant les trois prochains siècles. La mort sans distraction est pire que l'Enfer. Suis-le. »
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Eno resta un léger instant immobile, incapable de croire ce qu'elle venait d'entendre. Etheria aussi... ? Tout les poussait vers ce nain, qui pourtant n'avait rien en commun avec elles, sinon quelques repas et quelques mots partagés. Et pourtant... Comme pour Théo, comme pour Shin, elle sentit qu'elle avait besoin d'y aller. Qu'elle avait besoin qu'on lui dise de croire qu'un lendemain meilleur existait peut-être. Elle se dirigea donc vers Grunlek, s'arrêtant derrière le nain, qui terminait de ranger son établi. Il prit le sac sur son dos, les autres affaires en main, et se retourna. Voyant la jeune femme, il sourit et posa un sac. Il lui tendit la main.
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- Ah... J'imagine que tu vas rester veiller sur cette ville. Alors, disons-nous à une prochaine fois ? J'espère que nos chemins se croiseront à nouveau, Neva.
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Elle déglutit à l'idée qu'il refuse. Il allait refuser. Mais elle devait essayer, qui savait ce que le nain pensait ? Peut-être accepterait-il... Il ne fallait pas qu'elle s'autorise un espoir, sinon la chute n'en serait que plus rude. Trop rude.
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- En fait je... Je ne connais pas grand chose de ce monde. Je n'en ai vu que l'abbaye où j'ai grandi, l'Académie où j'ai été formée, et une forêt où j'ai passé quelques mois... Les villes, les gens, la vie réelle, je n'y connais rien. Et je suis curieuse... Avide d'apprendre... Alors... Je me demandais si à tout hasard...
- Tu voudrais venir avec moi ?
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Il la dévisageait, surpris. Elle le voyait, aux sourcils levés et aux yeux agrandis du nain. Eno se retint de prendre ses jambes à son cou. L'échec n'était pas permis. Elle avait besoin d'avoir une autre compagnie qu'Etheria, pour le moment. Un jour, elle serait prête à affronter une éternité avec pour seule compagne cette démone vulgaire et désagréable. Mais pour le moment, Eno était trop jeune.
Il fallait qu'elle vive. C'était le plus important...
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- Oui. J'aimerai te suivre.
- Je n'y vois pas d'inconvénients ! Sourit le nain. Mais ne me ralentis pas. Tu es prête ou tu as des affaires à récupérer ?
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Elle cligna des yeux, sous le choc, et secoua la tête par automatisme.
Cela dit, c'était vrai. Elle avait oublié ses affaires lorsqu'elle avait pris la fuite avec Shin... C'était peut-être ce qui avait signé son changement, au final. Elle n'avait plus d'identité, dans le fond, elle pouvait être qui elle voulait...
Aujourd'hui, elle était Neva, qui suivait Grunlek en quête de nouvelles expériences.
Cette idée lui plaisait et elle retrouva rapidement le sourire en emboîtant le pas de son nouveau compagnon de voyage.
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Etheria ruminait et se sentait horriblement mal. Ce qui était pour elle une expérience inédite, et s'ajoutait donc à sa frustration.
Six mois à présent que son hôtesse vivait avec le nain aux gemmes. Etheria avait pris pour habitude de le surnommer le « sac à gemmes ». Mais pour autant, elle ne détestait pas cette créature, malgré le fait qu'il respire. Qu'il vive.
Au contraire, et le problème était là : elle aimait beaucoup le nain.
Elle adorait qu'il fasse rire Neva, adorait qu'il lui fasse découvrir son monde, l'artisanat, la cuisine et les voyages. Etheria adorait la façon dont la jeune femme se réjouissait dés que le nain lui racontait des histoires de ses aventures passées, adorait aussi, d'ailleurs, la façon dont le sac à gemmes les racontait. Elle adorait l'émerveillement stupide de Neva devant cette culture nouvelle, adorait la sensation de bien-être qui se développait chez son hôtesse.
Les premiers mois, elle s'était faite un malin plaisir, bien sûr, à descendre Neva au troisième sous-sol chaque soir. C'était drôle... jusqu'à ce que Neva se confie au nain. Il l'écoutait sans rien dire, puis lui remontait le moral. Il savait qu'elle, une démone, squattait le corps de Neva. Et s'en moquait. Il s'en moquait de vivre avec un monstre.
Etheria adorait sa tolérance.
Ce maudit sac de gemmes...
Elle souhaitait à présent le bonheur de son hôtesse, comme une sœur poule ou quelque chose de ce style ! C'était impensable, inimaginable, et si elle avait eu des cheveux bien à elle, Etheria se les serait probablement arrachés. Elle haïssait ces sentiments nouveaux qui l'assaillaient, elle était torturée par ce stupide amour filiale qui s'était lié entre deux êtres qu'elle devrait vouloir détruire... Et qu'elle voulait à présent protéger.
Tout cela n'avait pas de sens pour elle, ça ne pouvait tout simplement pas exister ! Elle n'était pas ça, elle n'était pas gentille, elle était le Mal, elle voulait détruire, elle voulait massacrer ! Elle était l'Ombre qu'aucune Lumière ne peut nuancer, que rien ne peut alléger ! Elle était la Destruction, la Mort ! Elle était le Chagrin qui accablait les petites filles et ruinait leur enfance ! Elle était le Désespoir, elle était la Désolation !
Malgré tout, elle se sentait incroyablement proche de cette satanée Neva, Inquisitrice et curieuse. Jeune et presque heureuse. Cette damnée bonne humeur était contagieuse...
La démone se morfondait seule et laissait donc son hôtesse en paix. Il fallait qu'elle règle sa crise existentielle et revienne plus forte que jamais dés que possible...
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Et voilà ! J'espère que vous aurez apprécié autant que les autres ^o^'
La suite arrivera, j'espère, plus vite que ce chapitre ! Sur ce, je vous souhaite une bonne journée/soirée...
Et rendez-vous pour l'avant-dernier chapitre !
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6 : Balthazar Octavius Barnabé Lennon
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