.
BONSOIR A TOUS ET A TOUTES !
La petite chouette dodue s'excuse platement de son retard ! Mais le voici, le voilà enfin, enfin, le dernier, l'ultime, le chapitre final de l'Inquisitrice !
Joyeux Noël à tous !
.
( PS : Merci à vous tous qui avez suivi et envoyé des reviews délicieuses ! En espérant que la fin vous plaira, j'ai essayé de faire au mieux. )
.
Disclaimer : Les personnages de Grunlek, Bob, Théo et Shin ne m'appartiennent pas et sont la propriété des joueurs d'Aventures et de leur MJ ( Mahyar ). Le monde d'Aventures est aussi la propriété du MJ. Je ne touche aucune somme pour mes écrits.
.
.
.
.
7 : Rideau
.
.
.
Cela faisait plusieurs années maintenant qu'elle vivait en ces lieux. Soirées mouvementées, lendemains difficiles, promesses de ne pas recommencer... Et au final recommencer. Inlassablement. Eno se plaisait à cette vie de débauche qu'Etheria lui offrait. Elles s'étaient rapprochées plus encore, et Eno avait de plus en plus de mal à faire lâcher prise à Etheria, qui décidément se plaisait beaucoup à l'extérieur. Heureusement, la démone finissait toujours par rendre à Eno le contrôle de son corps.
Enoch était revenu à trois reprises. Et la troisième fois, ce fut à Etheria qu'il avait parlé. La démone avait été très intéressée par la proposition de son père, qui lui expliquait qu'il pourrait lui apprendre, sans doute, à mieux contrôler sa nature, ses pouvoirs... Et Eno. A dompter ses penchants à la luxure pour se concentrer davantage sur son désir de puissance et de destruction. Le programme était extrêmement alléchant... A un tel point qu'Eno craignit que celle qu'elle considérait comme une sorte de jumelle ne la trahisse au profit de leur géniteur. Elle en fut même persuadée lorsqu'elle se rendit compte du sourire qu'arborait Etheria... Mais si cette dernière souriait, c'est parce qu'elle comptait faire très clairement comprendre à Enoch qu'elle déclinait sa proposition. En tentant de l'assassiner.
Bien entendu, le démon intercepta la boule de feu. Bien entendu, il avait vu venir le coup, et pouvait à tout instant réduire sa fille en cendres.
Etrangement, il ne le fit pas. Il avait simplement soupiré, en disant que c'était dommage. Et il était parti. Etheria ne pensait pas qu'il était parti définitivement, et elle restait persuadée que depuis, il avait une idée derrière la tête. Cela faisait une semaine et demi que cette dernière rencontre avait eu lieu.
Et Eno avait bien fait de rester méfiante.
Alors qu'elle descendait la rue principale pour se rendre au marché, s'extasiant du beau temps, et Etheria râlant qu'elle avait encore mal à la tête, Eno les avait vus. Des hommes en armures dorées, qui interrogeaient les villageois. Ils montraient un portrait de mise à prix... Et un vieillard aigri qu'elle avait déjà croisé plusieurs fois pointa la haute-ville, en direction de la maison où Eno vivait. Un nœud au ventre, elle commença à baisser la tête et à raser les murs, se faisant plus discrète. Elle devait absolument avoir la confirmation que c'était bien elle qu'ils cherchaient... Elle s'approcha suffisamment pour qu'Etheria puisse entendre. Alors, à contre-coeur, elle céda la place à la démone, qui écouta attentivement...
.
- Alors comme ça, elle se fait appeler Olivia ? Demanda un Inquisiteur.
- C'est comme je l'ai dis, répondit le vieil homme. Elle a un truc pas net, et en plus elle dévergonde les hommes d'Eglise de cette ville, sans parler du fait qu'aucun homme ne semble lui résister... J'ai toujours su qu'elle n'était pas humaine, vous savez ! Au début, je pensais que c'était une sorcière, ou un truc du genre... Mais un démon, j'avoue ne pas y avoir pensé un seul instant... Et concernant la récompense ?
- Vous l'aurez, vieil homme, gronda l'Inquisiteur. Vous l'aurez... s'il s'agit bien de la femme que nous cherchons.
- Le Père Louis sera ravi de savoir que nous lui avons finalement mis la main dessus, s'enthousiasma le binôme de l'Inquisiteur, tandis que le vieillard s'en allait en clopinant.
.
Etheria laissa la place à Eno sans une seule protestation, et elle fit un large demi-tour, se fondant dans la foule, et se dirigeant d'un pas vif vers sa maison. Il ne lui fallait pas plus de preuves : les Inquisiteurs avaient retrouvé sa piste. Et ils ne lâcheraient plus sa trace...
.
« Tu sais ce qu'il te reste à faire, hein ? »
.
Eno retint un sourire sans joie. Oui. Elle le savait parfaitement.
Elles s'étaient mises d'accord, avec Etheria : plus question de fuir, mais pas question non plus de mettre les gens de cette ville en danger. Alors, en cas de danger, elles devaient fuir... tout en laissant le maximum d'indices possible. Elles en finiraient avec l'Inquisition.
Même si ça devait être leur dernière action.
.
Une fois chez elle, Eno ferma sa porte à clé et retira son foulard. D'un pas vif, elle ouvrit la porte du débarras et vit son armure de plaques, avec sa lance et son épée sur le côté. Il fallait qu'elle redevienne Inquisitrice pour ce dernier combat. Elle n'avait pas le choix.
Sans un mot, elle fonça dans sa chambre et défit la tresse qu'elle portait. Elle jeta un œil à la longueur de ses cheveux dans le miroir. C'était parfait pour vivre en ville... Mais le combat qu'elle allait mener serait rude, et elle ne pouvait se permettre aucune erreur. De plus, elle n'avait que peu de temps. Sans réfléchir plus, elle retourna dans la placard et s'empara de son épée. Elle trancha ses cheveux de manière inégale, si bien qu'une partie était légèrement plus longue que l'autre. Mais peu lui importait. Elle allait devoir s'en contenter. Elle enfila ensuite son armure, qu'elle eut du mal à mettre car elle n'y était plus habituée. Elle grimaça un peu en roulant les épaules. Elle ne se souvenait pas que c'était si lourd... Mais elle avait mieux à faire que se plaindre.
Avant d'enfiler ses gants et d'empoigner sa lance, elle laissa un mot sur la table de la pièce de vie... et elle franchit la porte de derrière sans un regard en arrière. Elle avait fini de jouer à chat.
.
.
Il rayonnait intérieurement d'une joie malsaine. Enfin... Enfin ce moment était venu ! Enfin il allait venir à bout de cette créature ! Il avait pris les meilleurs hommes qu'on avait bien voulu mettre à sa disposition. Une quinzaine, en somme. Deux se tenaient devant la porte. Lui était juste derrière eux. Il voulait être aux premières loges...
Il n'avait pas bien mis longtemps à réunir ses troupes. Une heure ou deux, à peine ? Certainement pas assez pour qu'elle puisse prendre de l'avance !
Les Inquisiteurs forcèrent la porte d'entrée d'un violent coup de pied. Ils rentrèrent en force. La demeure était impeccable, et somme toute plutôt ordinaire. Personne n'aurait pu soupçonner qu'un démon vivait là... Cependant, quelque chose n'allait pas. C'était bien trop silencieux. Il se souvint sans mal de ces yeux reptiliens qui le jaugeaient, le fixaient d'un regard ardent et haineux. Il ne s'en souvenait que trop bien, malgré les années...
Cette démone avait un tempérament bouillant, comme tous les hérétiques de cette race déviante. Alors si elle avait été là... Elle les aurait accueilli. Elle les aurait agressé, au moins verbalement. A moins qu'elle n'ait fui, encore ?
L'idée que ce vieil homme leur ait menti effleura l'esprit de l'homme. Il serra les poings à cette seule pensée. Si c'était cela, alors il paierait cher... On ne se payait pas la tête de l'Inquisition en expédition punitive impunément...
.
- Mon Père !
.
La voix de son meilleur officier le tira de ses pensées.
.
- Oui mon fils ?
- On a trouvé une épée de l'Inquisition dans un débarras... ainsi que des mèches de cheveux. Roux. Très longs.
- Je vois...
.
Louis fronça les sourcils. Cette créature primitive était donc assez stupide pour laisser des indices aussi évidents ?
Il fut choqué de constater qu'une part de lui espérait encore qu'Enora était encore quelque part au fond de cet être maléfique. Il étouffa ce fol espoir avant même qu'il ait pu véritablement s'immiscer dans sa pensée. Voilà bien longtemps qu'il avait fait une croix sur sa fille adoptive. Elle n'était plus elle-même depuis... En fait, à ses yeux, l'envoyer s'entraîner avait été la pire des idées. Se retrouver dans un milieu pareil, entourée d'hommes, d'Inquisiteurs, qui plus est... Ca avait été ouvrir la porte à la démone. Dans le fond, tout était de sa faute à lui s'il avait perdu la meilleure arme que l'Inquisition possédait contre les démons.
D'un certain point de vue, s'il s'y attardait vraiment, peut-être avait-elle un jour été humaine à ses yeux... Aux premières lueurs de son existence. Sa naissance seule était un pêché, il le savait parfaitement... Tous le savaient.
C'était pourquoi il devait aujourd'hui réparer sa faiblesse passée, et faire ce qu'il n'avait jamais oser faire à une « enfant » dont il avait la garde.
En finir.
Définitivement.
Il se focalisa à nouveau sur son officier.
.
- Autre chose ? Un indice sur l'endroit où elle serait partie ?
- Elle a laissé une lettre à votre intention sur la table...
.
Louis était de plus en plus désarçonné. Mais que cherchait cette démone, à la fin ?!
Il se dirigea d'un pas vif et lourd jusqu'à la-dite table, et il s'empara de la lettre. Ce n'était qu'un bref mot, qui en effet lui était adressé. Elle savait donc qu'il viendrait... Qui donc avait pu le trahir ? Il y réfléchirait une fois cette affaire terminée.
Ce n'était que quelques mots griffonnés à la hâte, qui l'étonnèrent grandement :
.
« Viens me chercher si tu l'oses. Nous devons en finir. Définitivement. Je serai dans la forêt au Nord-Est de Verte Brume. »
.
Voilà qui ne pouvait être qu'un piège tendu par cette perfide créature... Peut-être tentait-elle de le tester, voir s'il était assez stupide pour la suivre ? Peut-être avait-elle contacté certains des siens, afin de leur tendre une embuscade ?
Peu lui importait, au point où il en était. De toute manière, l'Eglise ne lui avait prêté que quinze hommes, et lui avait bien fait comprendre qu'il n'aurait pas plus.
Il était si près du but... Et cette fois, elle ne lui échapperait pas.
.
- Chevalier De Versil ?
- Mon Père ?
- Nous partons pour la forêt de Verte Brume.
.
.
« A quoi tu penses ? »
- A ton avis ?
« Evidemment... On a aucune chance, Neva. »
- Je sais.
« On peut encore tout arrêter. »
.
Eno plongea son regard dans les flammes de son feu de camp. Cela ne faisait que deux jours qu'elle avait atteint la forêt. L'armée ne devrait plus tarder... Ses bourreaux ne devraient plus tarder. Elle sourit, sans joie, suivant du regard les cendres volatiles rejoignant les étoiles dans un balais éphémère. Elle pouvait tout arrêter. Elle en avait les moyens. Eno n'avait qu'à se lever, prendre son sac, laisser sa lance, son armure, et partir. Ce serait si simple. Si...
Lâche.
Eno en avait assez de fuir. Elle en avait assez de toujours prendre un temps de réflexion sur ce qu'elle allait faire. Toujours réfléchir avant d'agir, c'était... épuisant. C'était la raison pour laquelle vivre en tant que femme était si reposant : elle pouvait vivre au jour le jour, sans penser aux conséquences de ses actes. Elle était libre. Et si cette liberté avait pour prix sa vie...
Et bien elle rejoindrait tous ceux de son espèce. Probablement n'était-elle déjà plus, dans l'esprit du Père Louis, que cendres dansantes lors de leur ultime spectacle. Un spectacle grandiose, méritant les tonnerres d'applaudissement de toutes les Eglises. Le Mal ainsi purgé n'en devenait-il pas si beau, si pur, s'élevant dans les cieux avec légèreté ? Eno vit le rideau rouge tomber sur elle, comme sur sa mère avant elle. Elle revit, en fermant les yeux, les planches se colorer de vermeil. La chaleur des flammes fut remplacée par l'acier glacial. C'était probablement ce qui l'attendait, elle aussi. Elle garderait donc, pour ultime vision terrestre, ces visages haineux l'accusant d'un crime qu'elle n'avait jamais commis ? Peut-on en vouloir à un enfant d'être simplement né ? Ces gens ne sentiront pas l'odeur âcre du sang. Ils ne seront pas hantés par cette vision rassurante d'un corps humain dépossédé de sa tête, puisqu'ils estiment cet assassinat légitime.
Elle n'était dans le fond pas certaine de mourir.
Mais elle n'avait que cela à faire, dans le silence des arbres. Attendre, et penser à ce qui arriverait ensuite. Eno sentit le vent balayer son visage, et l'air pur lui renvoya le parfum humide de la nature qui s'éveille. Le silence fut remplacé par le chant du monde, cette symphonie fabuleuse de la nature qui s'anime au lever du soleil. Elle leva les yeux vers le ciel, voyant l'aube éclore comme autant de fleurs parfumées et mortelles. Eno savoura cet instant de quiétude où elle était seule, volontairement, attentive à ce qui se déroulait autour d'elle. Elle comprenait cette fascination de son ami demi-élémentaire pour la nature... Elle était aussi surprenante que la race humaine.
Eno soupira et se leva, éteignant son feu.
Elle sentait qu'ils ne tarderaient plus. Resserrant son armure, elle passa une main dans ses cheveux coupés courts, et vit quelques cheveux solitaires s'envoler dans la brise. Elle les observa un moment onduler, tels des étincelles échappées du feu mourant. Puis le vent les emporta, et Eno reporta son attention sur son environnement. C'était une petite clairière, cernée par les arbres. Ils pourraient être n'importe où. Mais le combat devrait se dérouler à découvert.
.
« Tu peux te rasseoir. Ils ne sont pas encore... »
- Je sais.
.
Et pourtant elle resta debout, sa main gantée serrant sa lance.
L'acte final allait enfin se jouer.
.
.
Ses troupes étaient en marche depuis un bon moment maintenant. Et ils apercevaient enfin cette forêt maudite ! Il précéda ses hommes, marchant d'un pas vif aux côtés de son meilleur officier. Ils avaient déjà tout prévu, tout planifié. L'attaque se déroulerait en trois temps. Elle n'avait aucune chance de s'en sortir, et cela mettait le Père Louis dans une joie indescriptible.
Hélas, il ne put freiner ce pincement qui le prenait au cœur. Il refusait d'admettre que ce monstre avait un jour été sa fille. Qu'il l'avait choyée, et encouragée. Qu'il l'avait protégée... Et qu'elle l'avait aimé. A ses yeux, ces créatures profanes étaient incapables d'aimer. Comment concevoir qu'un démon puisse ressentir des sentiments ? C'était aussi absurde que si quelqu'un cherchait à bannir la psyché de ce monde !
Il ne pouvait plus se permettre d'être sentimental. Il était arrivé trop haut pour cela. Ce n'était pas en écoutant son cœur que l'on perçait dans l'Inquisition, mais uniquement en gardant la foi et en suivant les principes de l'Eglise de la Lumière. C'était le seul moyen.
Ils louvoyèrent entre les arbres dans un silence respectueux et tendu. Tous savaient ce qu'ils avaient à faire. Ce que le Père Louis attendait d'eux.
L'acte final allait enfin se jouer.
Louis aperçut une petite clairière, où la lumière du soleil à son zénith baignait de son éclat une armure d'or et des cheveux de flammes ondulant au vent. C'était elle. Malgré les années, il la reconnut sans mal. Ses yeux dorés et durs fixaient un point qu'eux seuls pouvaient voir. Son visage fermé n'exprimait rien de plus qu'une froide détermination. Il vit sa main serrée autour de la lance de l'Inquisition, et Louis comprit qu'elle les attendait. Elle n'avait pas fui. Elle s'était tenue prête pour ce dernier acte, cette action qui déciderait si elle méritait de vivre, ou si la Lumière devait à nouveau vaincre le Mal.
Alors que Louis s'avançait, à la fois résolu et fasciné par cette vision, la main du Chevalier De Versil se posa sur son épaule.
.
- Vous êtes sûr de vous, mon Père ? Elle pourrait tenter de vous envoûter...
- Elle n'en fera rien, n'ayez aucune crainte. Vous le voyez, elle attend.
- Cela ressemble à un piège, elle a forcément une idée derrière la tête...
- Seulement la même que la mienne, Chevalier De Versil. L'idée que le dénouement est venu. Le Dieu du Destin avait décidé cette rencontre, et il doit être en train de jeter les Dés afin de connaître l'issue de ce combat. Mais je suis certain que la Lumière sera en notre faveur. Rejoignez vos hommes. Nous l'encerclons, comme prévu. Que les archers se tiennent prêts.
- Bien mon Père...
.
Louis avança dans la lumière divine. Cette scène était véritablement irréaliste, et il ne put s'empêcher de penser qu'elle avait bien grandi. Bien qu'il restait plus grand qu'elle, elle se tenait droite, fière, face à lui, comme si elle s'apprêtait à parler à un égal. Un chef du clan rival. A la différence qu'elle n'avait personne dans son camp.
Il s'arrêta, restant si proche qu'il aurait pu la toucher en tendant le bras. Il ne l'avouerait jamais, mais ce regard doré avait quelque chose de véritablement incroyable. Aussi dur que le métal lui-même, mais aussi brûlant que ce même or en fusion dans les forges inquisitrices. Ils restèrent l'un face à l'autre un bon moment, sans échanger une seule parole. Le vent s'était arrêté de souffler. La forêt avait recouvré son silence. Le temps n'était plus en ce lieu, car il n'existait plus que ces deux êtres et les souvenirs qui les liaient.
Soudain, Eno tandis la main vers lui. Il continua de la regarder, désirant qu'elle brise cet instant, et qu'enfin la tension accumulée se relâche, que l'assaut soit donné.
.
- Les Dés sont jetés, dit-elle en gardant la main tendue.
- Les Dés sont jetés, répéta-t-il en lui serrant la main.
.
Cet ultime échange marqua la fin de leurs retrouvailles. Louis eut la certitude que c'était Enora qui avait parlé... Mais il étouffa ses sentiments, les mit en sourdine. L'Eglise de la Lumière ne pouvait s'encombrer de faibles qui faisaient passer des hérétiques avant leur devoir. Fussent-ils des êtres chers à leurs yeux tombés dans la dépravation.
Il relâcha sa main et recula de plusieurs pas, à l'abri des arbres. Il resta cependant face à elle, continuant de la regarder. Elle le fixait toujours, mais sa posture avait changé. Elle tenait sa lance à deux mains, et avait fléchi les genoux. Elle était prête, tendue, il le savait. Ils se battraient tous dans les règles. Dans l'air régnait toujours ce terrible silence, qui fut brisé par le grincement des cordes des arcs que l'on tend. Les six archers allaient lancer l'assaut.
Les flèches sifflèrent.
.
.
Aussitôt, elle riposta en un tour de lance, brisant quatre flèches, en renvoyant deux. On entendit un hurlement de rage et de douleur fuser du flanc droit, et une nouvelle salve fusa. Dansant avec sa lance, Eno répéta encore et encore les même gestes, éliminant les salves une à une, ne ressentant même pas la fatigue. Elle ne se fiait pas à sa vue, gardant les yeux fermés, mais à son ouïe et à l'aide précieuse qu'Etheria lui apportait. Elle dessinait dans l'herbe grasse de véritables œuvres circulaires, tournoyant, voltigeant, esquivant et renvoyant autant de flèches qu'elle le pouvait. Au bout de la cinquième salve, il y eu un bref cri, et une ligne de tir en moins. Ne restait donc plus que cinq archers.
Louis s'étonna de cette adresse, de cette force, de cette... grâce. Elle ne faiblissait pas un instant, et elle ne semblait même pas remarquer la sueur qui perlait sur son front. Lorsqu'elle renvoya la septième salve, et qu'un autre archer fut blessé, Louis inclina la tête en direction de son officier. Il était temps de passer à la deuxième phase. Il avait prévu qu'elle serait douée. Peut-être pas à ce point, mais il l'avait tout de même envisagé. Aussi avait-il prévu un plan alternatif.
Eno n'entendit plus rien. Elle s'immobilisa, tendue, prête à un nouvel assaut. Qu'allaient-ils faire ? Allaient-ils l'attaquer au corps à corps ? Ou bien avaient-ils des mages parmi eux ?
Alors elle entendit une nouvelle salve, et esquiva à nouveau. Elle ne sentit que trop tard la chaleur mordre sa joue, et arracher quelques cheveux. Surprise, elle ouvrit les yeux, et vit que la plaine s'embrasait lentement. Ils utilisaient des flèches enflammées.
Elle ignora la douleur de sa joue, la repoussant au fond de son esprit, et reporta son attention sur le combat. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Eno continua de parer et d'esquiver, mais la chaleur rendait l'effort insupportable, l'air, irrespirable. De plus, la fumée brouillait sa vue, piquait ses yeux, brûlait ses narines. Il ne lui restait que ses oreilles, et encore. Le crépitement des flammes commençant à dévorer l'herbe verte parasitait les autres sons.
Alors, entre deux salves, Eno s'immobilisa, et prit une grande inspiration.
Louis songea qu'elle abandonnait. Seule, au milieu des flammes, elle devait avoir compris que lutter ne servait plus à rien. Il vit une nouvelle volée de flèches écarlates plonger vers elle. Elle ne bougeait toujours pas. Il commença à sourire, heureux d'en avoir enfin fini, et d'avoir si peu de pertes à déplorer parmi ses hommes...
C'est alors qu'Etheria ouvrit les yeux.
Habitée d'une force nouvelle, elle prit les flammes dévorant la plaine entre ses doigts, et utilisa son rideau de feu pour détruire les flèches. Les flammèches dansaient dans sa main, et la lance était toujours dans l'autre. Etheria gérerait cette partie, elles en avaient convenues ainsi. Eno comptait sur elle, et Etheria ne la décevrait pas.
Jamais.
Elle attendit, para, détruisit, brûla. Un hurlement, puis deux, déchirants. Un problème d'allumage, sans doute. Etheria arbora un sourire espiègle en regardant autour d'elle. Il ne restait que trois archers. Et tant de salves étaient passées... Il ne devait plus rester beaucoup de temps avant que les attaques à distance ne s'arrêtent. Alors Etheria continua de faire danser le brasier, continua de faire valser les pics qui descendaient des cieux, défiant la mort elle-même en tournoyant avec l'élément de la destruction dans le creux de sa paume.
Nouveau cri.
Plus que deux.
Louis observa avec stupeur le ciel se couvrir, de terribles nuages noirs camouflant le soleil, obstruant la Lumière. Il fronça les sourcils. Etait-ce un signe ? Le Mal allait-il l'emporter sur la Lumière ? C'était impensable !
Et pourtant, la démone défaisait habilement toutes les tentatives des archers, qui n'étaient plus que deux. Deux sur les six meilleurs sélectionnés... Six archers talentueux, au service de la Lumière, mis en déroute par une démone ?
Louis ne pouvait y croire. Il se rendit près des hommes du flanc droit, les premiers tombés. Il vit la flèche plantée dans l'épaule du premier, et celle, fatale, qui avait presque arraché sa gorge. Il vit le corps brûlé du second, couvert de cloques, dont une main tenait encore fermement son arc. Ses yeux, fixant les cieux pour l'éternité, restaient écarquillés, et sa bouche était ouverte à jamais dans un hurlement qui ne sortirait plus. Il serrait dans sa main libre une modeste chaîne d'argent, probablement un présent de sa famille qui attendait son retour glorieux. Louis connaissait ce jeune Chevalier, comme il connaissait tous ceux de sa petite armée. Il savait ce que chacun d'entre eux avait abandonné pour poursuivre cette engeance damnée.
Les flèches ne fusaient plus du flanc gauche. L'avant-dernier archer s'était éteint sans un bruit.
Louis s'empara de l'arc de la première victime, prit une flèche dans le carquois, et tendit la corde. Il prit soin de viser. Il n'était pas censé le faire. Ce n'était pas dans leurs plans. Mais le dernier archer luttait pour rentrer chez lui. Et Louis ne pouvait laisser une nouvelle famille pleurer un mort parce que lui, Inquisiteur de la Lumière, n'avait pas su le protéger. C'était déjà bien trop de fois arrivé. Tant pis s'il lui fallait renoncer à tout. Il n'avait déjà plus d'espoir pour Enora depuis bien longtemps, ou du moins s'en était-il persuadé. Ce n'était plus elle. Ce n'était qu'une démone qu'il fallait purifier. Pour l'Eglise de la Lumière.
Etheria fut soulagée d'entendre le gémissement du dernier archer. Elle ne savait pas s'il était mort. Probablement ne l'était-il pas. Mais tant qu'il ne pouvait pas relancer de flèches... Le silence et le calme s'abattirent sur la clairière, et un orage gronda au loin. L'air était lourd, chaud et humide. Il ne tarderait pas à pleuvoir...
Ce relâchement soudain lui fit apercevoir trop tard ce qui pourtant aurait dû être prévisible.
Une flèche se planta dans son genou, le traversa, restant plantée à l'intérieur. Etheria hurla de douleur et s'écroula à genoux dans l'herbe noircie qui rougissait à présent de sang. Elle serra les dents et s'appuya sur la lance. Les flammes n'étaient plus.
Elle croisa le regard de Louis, qui baissait l'arc qu'il venait d'utiliser, fixant Etheria d'un regard dur et impassible. Ce n'était pas son dégoût habituel, ce n'était pas sa haine de la différence qui transparaissait alors, c'était simplement la rage d'un commandant venant de perdre presque la moitié de ses effectifs.
A bout de souffle, Etheria se releva. Elle entendit ce bruit si caractéristique de la lourde épée quittant son fourreau. Les neuf Chevaliers restant sortirent des bois, prêts pour l'ultime assaut.
C'est à cet instant que la pluie tomba à torrent.
.
.
Ses cheveux lui tombaient dans les yeux. Son genou la faisait souffrir, sa joue la brûlait. La démone ignora les injonctions de son hôtesse, et conserva le contrôle. L'assaut qui s'annonçait serait brutal. Et Etheria voulait le gérer elle-même, envers et contre tous. Montrer à ces Inquisiteurs que non, ils n'auraient jamais sa peau si facilement ! Qu'une démone, ça défendait chèrement sa peau !
Elle se raidit, et prit la lance en mains. Impossible de faire des flammes avec cette pluie. Et la plaine ne serait bientôt plus qu'un terrain boueux et glissant... Plus le temps s'écoulerait, et plus le combat s'avérerait difficile.
Le plus grand et le plus imposant des neuf restants s'avança. Il brandit sa lame ruisselante vers les cieux, puis la pointa vers Etheria, comme un défi muet. L'eau coulait à torrents sur son visage dur, se mêlant à la sueur. L'armure de plaques, ainsi mouillée, n'en était que plus brillante, même si ce n'était plus du même éclat sain que lorsque le soleil la frappait.
Il baissa sa lame. Les huit autre, quatre de chaque côté, s'avancèrent d'un pas, à sa hauteur. Etheria les regarda, et se tint prête pour ce dernier combat.
Alors les Inquisiteurs posèrent un pas après l'autre, à une allure martiale, puis ils se mirent à courir vers elle, chargeant d'un même corps, levant des gerbes d'eau boueuse sur leur sillage. La terre garderait à jamais leurs empreintes gravées dans sa chair. Etheria s'élança à son tour, bondissant vers ses ultimes adversaires. Vaincre ou mourir, pour les deux camps, il n'y avait nulle autre alternative.
La rencontre fut violente. La lance heurta violemment trois boucliers, tandis que six épées tentaient de pourfendre la démone. Elle s'écarta d'un vif mouvement, et entama un véritable balais, usant du terrain comme elle le pouvait. Elle creusait des sillons qui se remplissaient d'eau, et dans lesquels les Inquisiteurs trébuchaient. L'un d'eux commis la fatale erreur de tomber, et son voisin ne réagit pas assez vite. Etheria planta la lance entre les deux yeux de l'homme, qui la dévisageait avec stupeur. Il en restait huit.
Louis observait la scène de loin, tenant toujours l'arc dans la main. Il admirait malgré lui cette rage de vaincre, cette rage de vivre, même, qui possédait en cet instant ce corps qu'il avait vu grandir. Et malgré tout, malgré ce surnombre évident, et la fatigue, et le terrain défavorable, il l'admira, cette démone à qui il donnait la traque depuis des années. Il l'observa, glissant dans la boue, relevant la tête, fendre l'air de sa lance, défaire lentement les attaches de certaines armures avec une précision chirurgicale. Il la vit éviscérer un Chevalier, en décapiter un autre. Il la regarda, couverte du sang de ses ennemis, terrifiante, démoniaque, se tenant telle le monstre qu'elle était au milieu de cette plaine désolée. Ce paysage digne des plus prestigieux tableaux du Jugement Dernier rendait alors acte de l'impressionnante ténacité dont faisait preuve cette démone que rien ne rattachait à la vie... sinon une humaine à qui elle avait volé le corps, et dévoré l'âme.
Il ne put s'empêcher de penser à quel point les Ombres étaient puissantes. Il n'avait jamais véritablement vu ce dont était capable un demi-démon en pleine possession de ses moyens... La plupart du temps, ce n'était que des jeunots inconscients de leur état, ou bien désirant mourir. Jamais il n'avait rencontré de demi-démon désirant vivre, avec un entraînement. Une part d'Ombre et une part de Lumière... Louis revit durant un instant Tarna, la mère d'Eno, à la place de cette dernière. La ressemblance était si frappante...
Un éclair brisa cette image.
Etheria, à bout de souffle, faisait à présent face au dernier debout. Le plus grand. Le plus massif. Le plus fort. C'était indéniable. Lui aussi luttait. La pluie continuait de les assaillir, mais ils ne se quittaient pas des yeux. Le Chevalier n'avait plus que le bas de son armure, les attaches du haut ayant fini par céder sous les assauts répétés de la lance d'Etheria. Ils se regardaient, reconnaissant chacun la valeur de leur adversaire, se saluant avant la dernière attaque, celle qui déciderait de leur sort...
Un autre éclair déchira le ciel.
Le Chevalier et la démone ne se faisaient plus face. Debout, dos à dos, l'une face à l'orée de la forêt, l'autre face à l'étendu végétale. Le vent souffla, faisant voler les brins noirs de l'herbe morte. La lance d'Eno tomba, brisée en morceaux. Ne restait que la pointe encore intacte. Etheria tomba à genoux, le visage levé vers les cieux. Une entaille barrait son visage, le sang coulant dans l'un de ses yeux. Il fut bien vite emporté le long des sillons tracés par la pluie.
Le Chevalier, quant à lui, sourit. Sa main se plaqua sur son torse. Son dernier souvenir terrestre fut la vision de sa main couverte de son sang, qu'une diablesse plus forte que lui avait fait couler. Il s'écroula dans la boue.
Alors Etheria sourit. Elle sourit et ferma les yeux.
.
- On a... gagné, Neva...
.
Lorsqu'Eno rouvrit les yeux, elle n'y croyait pas. Des larmes se mêlèrent à son sang, se mêlèrent à la pluie. Tous ses tourments, tous ses efforts, tout ce temps passé à vivre dans la peur... C'était donc terminé...
Elle allait pouvoir vivre en paix... Elle avait pouvoir être...
.
- Libre... On est... libre...
- Adieu, ma fille.
.
C'est à cet instant qu'elle sentit la flèche s'insinuer dans son dos, se traçant un chemin jusque dans son poumon... Et y restant. Un filet de sang coula, franchissant ses lèvres blêmes, et ruisselant le long de sa mâchoire, jusqu'à goûter à son menton. Les yeux écarquillés, elle se tourna légèrement. Le Père Louis se tenait à quelques pas d'elle, l'arc baissé, la fixant d'un regard glacial... mais teinté d'une certaine... tristesse ?
Il s'avança sans la voir, et commença à quitter l'endroit d'un pas lourd. Il passait près d'elle à l'instant même où elle tombait, face contre le sol. Elle tendit le bras, la main, et ses doigts tremblants se refermèrent sur la robe de celui qui fut jadis son père. Grimaçante, elle appuya sur son bras pour tenter de se relever, luttant contre la douleur, et l'engourdissement qui la prenait peu à peu. Eno ouvrit la bouche, mais ce ne fut qu'un flot de sang qui en jaillit, la forçant à courber la tête. Néanmoins, elle raffermit sa prise. Louis ne fit pas mine de se dégager. Il eut même la bêtise de s'arrêter, et de se pencher vers elle. Voulait-il admirer son agonie ? Voulait-il rire d'elle, voulait-il se réjouir un peu plus à chaque seconde qui la rapprocherait de la mort ?
Elle releva brusquement la tête vers lui, afin d'en avoir le cœur net. Ce qu'elle vit la désarçonna. Là où elle s'attendait à croiser un regard plein de mépris et de joie, elle ne vit rien d'autre qu'un profond regret, teinté de colère.
Un éclair brisa le silence qui s'éternisait entre eux. Et il fit briller quelque chose, à quelques centimètres de la main d'Eno.
Elle remonta ses doigts jusqu'au col de Louis, et l'agrippa. Elle se tira légèrement vers lui, et dans un ultime effort, elle murmura :
.
- Adieu, mon père.
.
Et elle lui planta la pointe de sa lance en plein cœur.
Le regard de Louis fut traversé simultanément par plusieurs expressions, en commençant par le choc, puis l'indignation, puis la colère, la haine, le dégoût, le mépris, et... l'acceptation. Eno le lâcha, et il s'écroula non loin d'elle, lâchant simplement un léger soupir.
Etait-ce de la tristesse, de la satisfaction, ou du soulagement ? Louis emporterait avec lui ce secret dans la tombe.
Eno roula sur le dos, enfonçant plus profondément la flèche dans son poumon. Elle cracha de nouvelles gouttes sanguinolentes, et sentit la fatigue l'envahir. La mort allait l'emporter. Elle le savait. Mais elle mourait en femme libre...
.
« Eh... Neva... Tu vas te relever, non... ? »
Vas-y... toi...
« Ah... On a pas l'air fine comme ça... »
C'est toi qui en a... trop fait...
« T'endors pas tout de suite... J'ai pas fini de te faire la moral... »
Comme à... chaque fois... Tu n'as... jamais fini... Etheria...
« En même temps t'es un sacré cas... Mais ça y est... On est libre... »
Oui... Merci... Merci...
« Eh. T'es la seule à t'être libérée. Je suis toujours dans ton corps... Sinon tu penses bien que je serais déjà en bas depuis bien longtemps... Mais... Si c'était à refaire... Et qu'on devait renaître en temps qu'êtres séparés... Je te protégerai à nouveau, Neva. »
Tu... Quoi... ? Etheria... ?
« Ca va, t'emballe pas. Après tout, on est sur notre lit de mort. Toutes les deux. Autant tout mettre à plat pour la fin, non ? »
Oui... Tu as... raison...
.
C'est en souriant qu'Eno vit percer les derniers rayons de soleil, qui frappèrent la plaine dévastée. Malgré leur chaleur réconfortante, elle avait toujours aussi froid. Elle ne serait bientôt plus de ce monde.
Elle repensa à ce qu'elle avait promis à Shin, et se dit tristement qu'elle ne pourrait jamais tenir parole. Elle ne pourrait plus revoir son demi-frère, non plus. Ni même son cher ami nain... Pas plus qu'elle ne reverrait Théo, à qui elle aurait eut tellement de choses à dire, à reprocher... Tant de choses qu'il lui restait à accomplir. Au moins avait-elle arraché sa liberté pour les derniers instants de sa vie, ce qui n'était pas un mince exploit...
.
- C'est quoi ce carnage ?! S'écria une voix masculine qu'Eno reconnut immédiatement.
- C'est récent...
- Sans blagues, Shin ? Grunlek, aide-moi à voir si y'a pas des survivants à cette boucherie !
- Théo, je ne suis pas à tes ordres...
« Et bah, le ciel t'a entendue on dirait... »
.
Ahurie, Eno tourna la tête, et sa vision floue pu discerner quatre silhouettes descendant de deux chevaux. L'un d'eux était une monture de l'Inquisition, un impressionnant cheval de guerre, d'un blanc lumineux, bien que ses longues jambes soient souillées par la boue et le sang de la plaine. L'autre créature était d'un noir de cendres, et sa crinière et sa queue étaient faites de flammes bleues.
L'une des quatre silhouettes, qui se révéla être un homme en robe rouge, se dirigea d'un pas vif dans la direction d'Eno... Pour finalement accourir vers elle et la soulever délicatement. Ce simple mouvement arracha une grimace à la jeune femme, et de nouvelles gouttes s'échappèrent de ses lèvres.
.
- Olivia ?! C'est bien toi ?! Mais qu'est-ce que tu fous là ?! Et dans cet état... Tu... Tu t'es battue contre tous ces Inquisiteurs ?! Mais t'es malade ?! Tu voulais y rester ou quoi ?!
.
Elle sourit malgré elle. Son frère lui avait manqué.
Très vite, Shin, Grunlek et Théo s'approchèrent rapidement, surpris d'avoir entendu Bob crier. Et un à un, ils replacèrent l'image qu'ils avaient gardé, chacun, d'Enora, d'Etheria, de Neva. Ils associèrent avec difficulté les traits qu'ils connaissaient à ceux, tirés, épuisés, de cette Inquisitrice déchue, qui se noyait seule dans son propre sang au milieu d'une clairière désolée.
Bob la tenait dans ses bras, et il jeta un simple regard à Théo, qui secoua la tête. Ses pouvoirs de guérison avaient des limites. Et la blessure de la jeune femme les dépassait largement.
Alors Shin s'empara de l'une des mains d'Eno.
.
- Tu vois. Tu avais juré qu'on se reverrait. C'est fait. Je savais que tu tiendrais parole... Alors si ça peut t'aider, sache que tu peux partir en paix, Etheria.
.
Eno eut un faible sourire, ses forces déclinant. Alors qu'elle allait expirer, un faible gargouillis sortir de sa gorge. Elle commençait réellement à s'étouffer. Le supplice ne serait plus bien long... Et même Etheria s'était tue. Car elle savait que l'heure des adieux avaient sonnée, pour ces cinq Aventuriers liés par le Destin.
Ce fut à Grunlek de saisir la main libre d'Eno.
.
- Nous avons fini par nous revoir également... Je pense avoir autant appris à ton contact que tu as pu apprendre au mien... Merci pour tout, Neva...
.
Le nain contenait son émotion. Elle ne put que lui jeter un regard de profonde gratitude, avant d'être prise d'une quinte de toux sanglante. Elle sentit le regard de son demi-frère, mais il semblait bien incapable de dire quoi que se soit. Il se contentait de la regarder avec tout le regret et toute la tristesse du monde. Elle restait sa sœur. Plus que jamais, Eno se sentit humaine, véritablement, et non pas seulement une moitié de quelque chose. Elle était entière, pour la toute première fois.
Elle sut alors qu'il ne restait que Théo. C'était ses paroles qu'elle redoutait le plus, lui qui l'avait rejetée des années auparavant.
Il grimaça.
.
- Et maintenant je fais quoi, je prends son pied ?
- Théo ! S'indigna Bob.
- C'est bon. Je sais.
.
L'Inquisiteur et paladin s'agenouilla près d'Eno et la regarda très sérieusement.
.
- Je suis désolé. J'avais juste du mal à digérer que tu ne m'aies pas fait confiance plus tôt... Cela dit ce n'est pas simple, j'avoue. Mais quand même. J'ai réagi sur le coup de la colère... Et après, enfin, tu sais. Tu étais déjà partie.
.
Si Eno avait pu, elle l'aurait probablement serré dans ses bras. Elle se contenta de concentrer ses dernières forces dans un dernier sourire sincère, illustrant à quel point elle était heureuse. A quel point les dernières secondes de son existence, malgré la douleur, et malgré l'étouffement, étaient presque plus belles que les neuf premières années de sa vie.
Respirer devint de plus en plus difficile, le sang emplissant son poumon. Le goût métallique emplissant sa bouche, lui donnant la nausée, de profondes envies de vomir. Mais ce n'était que le sang qui sortaient, encore et encore. Et il lui était toujours impossible de reprendre sa respiration. Son cœur s'emballa, comme le coureur sprinte les derniers mètres de son marathon.
Et enfin le rideau tomba sur l'histoire de sa vie, à l'instant même où ses yeux se voilèrent.
Le demi-élémentaire, solennel, ferma les yeux de celle qui fut, pour quelques mois, une amie.
Et Bob, la gorge nouée, parvint enfin à dire les dernières paroles qu'il aurait voulu qu'elle entende.
.
- Bonne nuit, frangine.
.
.
.
...
Et voilà.
C'était la fin de l'Inquisitrice !
En espérant que tout cela vous aura plu ! ( oui je sais c'est une fin dramatique, mais, eh, je vous avais jamais promis de la joie ! Puis si vous regardez bien, je vous ai dit depuis l'annonce du titre que ça allait mal finir ! Dés le titre du prologue, même ! )
Allez, merci encore infiniment d'avoir suivi, d'avoir pris la peine de lire...
Joyeuses fêtes !
.
