Note de l'auteur : merci beaucoup pour les reviews, ça fait très plaisir de savoir que son travail plaît ^^. J'espère ne pas vous décevoir. Je pense publier tous les dimanches. Je tiens à préciser que je n'ai pas encore fini la rédaction de cette histoire, mais dès que ce sera le cas, je publierai plus rapidement.

Réponse à Guest : ton hypothèse est intéressante mais ce n'est pas la bonne. Tu verras quel rôle va jouer Lobelia. Enfin, si la suite te plaît toujours autant ^^.

Sans plus attendre, voici le deuxième chapitre. Bonne lecture !


Chapitre 2 - Rencontre au milieu des champs

Deux heures après avoir pris leur décision, les deux cousins étaient sur la route, portés par leur enthousiasme. L'un comme l'autre connaissaient bien les chemins du Quartier Ouest et appréciaient les longues balades, à profiter de la nature et de la paix de la Comté. Ils dormirent le soir à la belle étoile, après un repas copieux et bien mérité. Les rayons du soleil les réveillèrent en douceur et ils repartirent, en sifflant et fredonnant. Bilbo s'était toujours bien entendu avec Adalgrim, de dix ans son ainé. Ils partageaient le même esprit, les mêmes passions, bien qu'Adalgrim possédait un brin de folie qui manquait à Bilbo, plus terre-à-terre. Ils n'étaient qu'à quelques miles de Grand'Cave quand tomba le soir, mais ils préfèrent passer une deuxième nuit à l'extérieur. Le temps était doux et agréable en ce jour de juin et tous deux soupirèrent d'aise, le ventre plein, savourant l'une des meilleures herbes à pipe du Quartier Sud en s'installant pour la nuit.

- Alors, à quoi ressemble un Nain ? demanda Bilbo, imaginant déjà le lendemain.

- Eh bien, ils ne sont pas si différents que nous, juste plus grands et plus costauds, décrit Adalgrim, en préparant ses couvertures.

- Un peu comme le vieil Otto Boffin ? s'exclama le jeune Baggins en gloussant. Otto était réputé pour apprécier la bonne chair, ce qui n'était pas peu dire venant d'un Hobbit.

- Oh non, plutôt du genre farouche et tout en muscles. Ah ils sont très poilus. Plein de barbe et de cheveux, ajouta son cousin, tout en mimant ses paroles, prenant une grimace féroce.

- Ils portent aussi beaucoup de babioles et de beaux manteaux très élégants, finit-il de dire, en souriant face à l'air émerveillé de son cadet.

- J'ai vraiment hâte de voir ça… rêvassa ce dernier.

Ils terminèrent de fumer et se couchèrent. La quiétude de la nuit les emporta rapidement dans le sommeil.

Le lendemain, ils arrivèrent dans l'une des plus grandes villes de la Comté. Le marché bourdonnait d'activité et ils ne manquèrent pas de remarquer les préparatifs pour la fête. Il restait encore quatre jours avant le solstice d'été. Les deux cousins n'étaient pas les seuls à débarquer à Grand'Cave. Comme tous les ans, la fête attirait les familles de Hobbits de toute la région. Et la rumeur que des Nains étaient parmi eux avait attisé la curiosité des uns et des autres.

Adalgrim et Bilbo trouvèrent refuge chez les Burrows, une famille parente des Took. Ceux-ci avaient été avertis de leur visite par un message arrivé la veille. Ils les accueillirent avec joie et après avoir pris des nouvelles de la famille, comme le dictait les bonnes manières, la conversation tourna vite autour des touristes venus d'Ered Luin.

Ils apprirent alors que trois Nains se trouvaient en ville, un qui avait l'apparence d'un guerrier, un autre d'un érudit et le troisième ressemblait à « un noble prince Nain », s'extasia la jeune Druda. Elle et son frère Rufus proposèrent à leurs invités de les accompagner voir les étrangers, après avoir fêté leur arrivée autour d'un bon repas. Ce fut alors l'occasion de conversations bruyantes, de rires et de chants tels que Bilbo en oubliant son impatience. La famille Burrows habitaient un smial immense, de quoi contenir les quatorze membres de ce clan, certes moins vifs d'esprit que les Took, mais tout aussi conviviaux et chaleureux.

L'après-midi était à peine entamée lorsque les quatre jeunes gens sortirent. Bilbo n'était venu que deux ou trois fois auparavant à Grand'Cave et il ne put s'empêcher de comparer la bruyante cité hobbite à celle paisible et plus calme d'Hobbiton. En-dehors du marché, les rues étaient envahies par toutes sortes d'Hobbits, vieux, jeunes, hommes, femmes, s'interpellant, s'embrassant, se chamaillant et surtout riant ensemble. Mais le cœur de cette effervescence était sans nul doute les champs qui allaient accueillir les festivités.

Etourdi par tout ça, Bilbo faillit manquer l'appel de Druda. Cette dernière lui indiqua d'un mouvement de tête un étalage où tout un groupe construisait les poteaux nécessaires pour tenir les tentes, les banderoles et les lanternes. Et parmi eux, se promenait une figure aimable, qui par ses dimensions, aurait pu passer pour un Hobbit, si son visage n'arborait pas une pilosité si importante et un nez énorme. Le jeune Baggins fut tout d'abord déçu : le Nain ne semblait pas si imposant que lui avait laissé croire la description de son cousin. Certes, il était un peu plus grand que le plus grand des Semi-Hommes mais il ne ressemblait pas non plus à un guerrier. Toutefois, il y avait un point où Adalgrim avait eu raison : loin des simples chemises et pantalons propres aux Petites Gens, le Nain était vêtu d'un manteau au tissu couteux, d'une tunique richement brodé et de bottes solides. Une bague à un doigt, une ceinture incrustée d'or ceignait sa taille. Une broche du même métal complétait l'ensemble, lui donnant une allure sophistiquée. Il était en pleine discussion avec quelques membres du groupe et semblait prodiguer quelques conseils. « Voici donc l'érudit » pensa Bilbo. Passé sa première impression, il le trouva sympathique et voulut se porter à sa rencontre. Il fut stoppé dans son élan lorsque son regard accrocha un nouveau personnage.

- Plutôt terrifiant, celui-là, hein ? lui chuchota Rufus. Moi, il me fait un peu peur, avoua-t-il.

Bilbo ne put qu'acquiescer. En effet, si le premier Nain semblait d'un naturel affable, le second était l'image même du féroce guerrier. Son crâne recouvert d'une crête iroquoise et de tatouages, il était bien plus grand et plus impressionnant. Habillé d'une tunique à épaulettes et d'une sur-tunique en cuir, il maniait les poteaux avec une incroyable facilité. Son regard était sombre et les traits de son visage étaient durs, comme taillés dans la pierre. Bilbo trouva même surprenant de le voir rire avec un de ses compatriotes. Les mains recouvertes de poings en métal et le harnais soutenant la hache dans son dos firent déglutir le jeune Hobbit.

- Ne voulez-vous pas vous approcher ? lança Adalgrim, Druda à ses côtés.

- Et bien, je voulais voir des Nains et c'est fait, lui répondit son cousin, essayant de conserver un ton digne.

Les deux plus vieux s'entreregardèrent, avec une lueur railleuse et un sourire de connivence.

- Bah, ce ne sont encore que des enfants, après tout, un rien leur fait peur, se moqua Druda, soulignant le fait qu'elle venait de fêter sa majorité et était par conséquent une adulte, tout comme son parent Took.

Rufus s'insurgea, lui répliqua une remarque puérile, avant de partir en boudant. Bilbo se sentit également offensé mais prit le parti de l'ignorer, préservant un peu de sa fierté. Il s'éloigna donc dans la foule pour voir comment avançait les travaux, et même proposer son aide, tandis que les deux adultes allaient à la rencontre des Nains.

L'après-midi fila, et le jeune Hobbit était tiraillé entre son esprit téméraire Took et celui bien plus sage Baggins. Il donnait un coup de main à plusieurs de ses camarades mais gardait quand même du coin de l'œil les Nains. Druda avait rejoint des amies chargées de tresser des fleurs et Adalgrim était plus occupé à boire qu'à installer les barils de bière. Bilbo soupira. Il s'était laissé emporter par l'aventure et la curiosité et le résultat n'était pas à son avantage. A peine avait-il vu deux minutes les deux personnages qu'il avait battu en retraite.

- Eh Baggins, apporte donc ça au vieux Bardouin dans le champ Est, lui balança un de ses compagnons, en désignant un tas de tissus.

Chargé de son fardeau, Bilbo s'empressa de s'exécuter. Son égo en avait pris un coup mais au moins il ne s'ennuyait plus à mourir.

- o -

Thorin avait été assigné à la réfection des tables. Il avait d'abord été étonné que les habitants s'y prennent autant à l'avance avant le grand jour, mais il avait vite compris pourquoi. Les Hobbits n'étaient pas des fainéants. Cependant, réunissez autant de ces derniers dans un même endroit et ils passaient plus de temps à boire, manger et plaisanter qu'à travailler. Le Roi nain s'était vite laissé emporter dans cette dynamique, pas si lointaine de celle de son propre peuple. Et les Semi-Hommes l'avaient adopté rapidement comme un des leurs. Il s'était même fait enguirlander par le Maire de Grand'Cave après avoir malencontreusement déchiré une nappe qui aurait soi-disant survécu à des générations d'Hobbits, ce qui était risible étant donné le temps que ceux-ci passaient à table.

L'après-midi était déjà bien avancé quand Thorin se releva pour s'étirer. De là où il était, il entendait la douce voix de Lobelia vociférer contre un de ses camarades et encore une fois, il ne put s'empêcher de penser à sa sœur. « Exactement le même caractère », se dit-il en souriant. Il fronça les sourcils en se sentant observer. Son regard parcourut la foule autour de lui, sans rien trouver. Pourtant la sensation persistait. Effectuant un demi-tour complet, il croisa alors un regard vert qui se détourna instantanément. Le propriétaire de ces yeux rougit en baissant la tête, s'absorbant dans sa tâche à réparer les toiles de tentes. Le jeune Hobbit ne se différenciait pas beaucoup de ses compagnons. Une bouille ronde et engageante, des boucles châtaines, il était plus svelte que la moyenne. Quelque chose en lui retint le regard de Thorin. L'apprenti espion leva de nouveau la tête dans sa direction. Il était clair qu'il était nerveux mais aussi fasciné par le Roi nain. Thorin avait eu affaire à la curiosité des Petites Gens mais celui-ci semblait plus que curieux. Il avait l'air charmé. Et cela plut au Nain.

Le contact visuel fut rompu par l'arrivée du terrible démon qu'était la jeune Bracegirdle*.

- Tiens, tiens, Bilbo Baggins, que viens-tu faire ici ? lança Lobelia, en s'approchant du jeune Hobbit. Les deux avaient sensiblement le même âge et s'étaient déjà rencontrés. Rencontre qui avait fait des étincelles.

Bilbo avait apporté son colis au vieux Bardouin comme demandé et celui-ci lui avait aussitôt confié la mission de vérifier l'état des tissus, qui serviraient pour les tentes, et les recoudre si besoin. Bilbo avait accepté de faire équipe avec une jeune fille très sympathique et très bavarde qui égaillait son esprit.

- Et là, ma sœur a déclaré qu'elle n'allait pas laisser cet idiot de Will s'en tirer comme ça, s'exclama sa compagne. Oh, voilà le Seigneur Nain ! Idri a raison, il est vraiment charismatique et agréable à regarder pour un Nain, pouffa-t-elle.

A ces mots, Bilbo releva vivement la tête. Ce qu'il vit ne ressemblait ni à un barbare guerrier, ni à un gentil marchand. Des longs cheveux noirs, striés de discrètes mèches blanches, une barbe de même teinte parfaitement taillé, un visage aux traits bien dessinés, éclairé par un sourire chaleureux. Il était aussi grand et imposant que le guerrier Nain mais sa posture inspirait plus le respect que la crainte. Le seigneur Nain, car c'était certainement un seigneur, s'étira. Bilbo ne put s'empêcher d'imaginer les muscles roulés sous la peau, et cette pensée le fit frissonner. Jamais il n'avait ressenti ça, ce chatouillis d'excitation dans son ventre, son cœur qui battait la chamade et la tête qui bourdonnait. Il dut même se rappeler de respirer. Son malaise augmenta lorsque l'objet de son admiration se retourna. Des yeux bleus sombres le fixèrent intensément. Gêné d'avoir été surpris, il se remit à son ouvrage précipitamment. Mais ce regard ne quittait pas son esprit. Il voulait de nouveau le voir, de nouveau sentir ces yeux le sonder. C'était plus fort que lui, il releva la tête. Le Nain affichait un air intrigué, voir intéressé et Bilbo se mordit la lèvre en sentant les papillons s'agiter dans son estomac.

Puis les quelques secondes où le monde du jeune Baggins avait basculé prirent fin par la voix la plus désagréable qu'il connaissait.

- Tiens, tiens, Lobelia Bracegirdle. N'as-tu personne d'autre à qui rendre la vie infernale ? lâcha-t-il, agacé d'avoir été si grossièrement interrompu.

- Pas avant de savoir pourquoi un fils à papa comme toi, qui n'a jamais rien fait de ces dix doigts vient salir ses petites mains ici, sourit-elle d'un air mesquin.

- Oh j'ai entendu dire que tu t'ennuyais de moi, je n'allais pas te laisser dans la détresse, répondit Bilbo sur le même ton.

- Tu t'es inquiété pour rien, je suis en parfaite forme, assez pour te pourrir la vie.

- Oui, je vois ça, grommela-t-il. Mais ce n'était pas pour toi que je m'inquiétais. J'avais surtout peur pour les habitants de Grand'Cave. Les pauvres, supporter une mégère comme toi toute l'année…

- Tu n'es qu'un horrible petit…

- Lobelia ! Tu les apportes ces assiettes, ou tu les fabriques ? cria son père, à l'autre bout du champ. Après une dernière grimace de mépris, l'exécrable jeune femme s'en alla, au plus grand soulagement de Bilbo. Indécis, il jeta un coup d'œil au Nain. Celui-ci était appuyé contre une table, les bras croisés et avait de toute évidence suivi l'échange avec amusement, comme en témoignait son sourire en coin et le plissement de ses yeux. Autant de détails que le Hobbit trouva absolument envoutants. Sa jeune compagne lui demanda de l'aide et le moment prit fin. Quand Bilbo le chercha, quelques minutes plus tard, le Seigneur Nain avait disparu.

La nuit tomba et les auberges ouvrirent leurs portes pour accueillir la population. Thorin retrouva ses deux compagnons, qui avaient l'air d'apprécier autant que lui leur séjour. Ils se mêlèrent aux fêtards et profitèrent de l'excellente bière de la région. Mais si Dwalin et Balin étaient pleinement dans l'ambiance, les pensées de Thorin étaient orientées vers un Hobbit adorable au caractère bien trempé. Et plus la soirée avançait, plus l'envie de le revoir le tiraillait. Finalement, il se décida. Après avoir vérifié que ses deux amis pouvaient se débrouiller seuls, il quitta l'auberge et parcourut les rues animées de la ville. Rien ne laissait présager qu'il le rencontre mais il ne pouvait rester là sans rien tenter. Partout, l'alcool coulait à flots et la légère brise avait même une odeur de feuilles de Longoulet. Les Hobbits ne faisaient plus attention à lui maintenant, il faisait presque partie des habitants.

Il commençait à se dire que c'était une mauvaise idée et qu'il chercherait demain, quand il le repéra près d'un pub. Habillé de la même façon que dans la journée mais avec une attitude plus détendue, ce dernier riait à pleine voix en compagnie de trois de ces camarades. Des parents sans doute. En le voyant, Thorin sut aussitôt qu'il était trop tard pour lui. En quelques minutes, il était tombé sous le charme de ce Semi-Homme de bonne famille.

Comme si ce dernier avait senti sa présence, leurs regards se croisèrent. La boisson avait dissipé la gêne du côté de Bilbo et ce qu'il lit dans les yeux du Hobbit fit remuer quelque chose en lui. D'un mouvement de tête, il lui fit comprendre qu'il souhaitait lui parler. Il l'observa prendre congé de ses amis, avant de se faufiler jusqu'à lui.

De son côté, Bilbo n'avait pas non oublié ce qui s'était passé dans le champ de l'Est. Il avait accepté de sortir avec Druda et Rufus, sur l'insistance de son cousin Took. Cherchant à oblitérer les sensations embarrassantes qu'avait fait naître le Nain en lui, il ne s'était pas retenu de boire. Il ne savait plus vraiment quelle heure il était, ni même où il était, lorsque les prunelles couleur nuit s'étaient de nouveau posées sur lui. Et comme la première fois, il avait été subjugué. Sans réfléchir, il obéit à l'ordre implicite.

- Des présentations s'imposent, commença Thorin, un sourire mutin accroché aux lèvres. Comme elle semblait loin les préoccupations propres à un Roi. Jamais le descendant de Durin n'avait connu autant d'insouciance et de légèreté et il adorait ça.

- Effectivement, cela semble plus convenable, renchérit le Hobbit avec la même expression. Il s'éclaircit la gorge avant de s'incliner. « Bilbo B...hum, pour vous servir ».

- Thorin, pour vous servir.

- Je me dois de vous avouer que c'est la première fois que j'adresse la parole à un Nain. Je suis un peu impressionné, minauda Bilbo. Thorin se sentit fondre devant l'attitude innocente de son vis-à-vis. Aucun Nain ne pouvait avoir ce comportement, ni aucune Naine d'ailleurs. Peut-être était-ce la raison de son coup de cœur.

- Vous n'avez pas à l'être. Je suis quelqu'un de très respectable.

- Oh, je n'en doute pas. Au contraire, vous avez l'allure et le charisme d'un prince et je ne suis qu'un petit Hobbit.

- Un petit Hobbit qui résiste à langue acérée de Miss Bracegirdle n'est pas n'importe qui, chuchota Thorin en se penchant vers Bilbo. Les rougeurs sur ses joues et la moue intimidée disparurent au profit d'un froncement de sourcils un peu agacé.

- Lobelia et moi avons quelques différends. Elle aboie mais ne mord pas, en tout cas pas encore. Il suffit juste d'aboyer plus fort qu'elle.

Ils rirent ensemble et Thorin finit par lui proposer de prendre un verre. Ils passèrent le reste de la soirée à discuter ensemble, flirtant sans sérieux. Thorin s'était rarement senti aussi vivant et Bilbo était excité et flatté de l'attention qui lui était accordé.


* Bracegirdle = en français, Sanglebuc. C'est le nom de jeune fille de Lobelia.