Note de l'auteur : merci à tous ceux qui lisent cette histoire ! J'ai été particulièrement émue de voir que des gens lisaient cette petite fanfic en Thaïlande, en Chine, au Brésil... Les mots et l'imagination n'ont pas de frontières, c'est magique ^^ Je suis d'autant plus touchée que le chapitre 4 est le premier à avoir atteint les 100 visiteurs dans la semaine de sa parution alors merci beaucoup à tous !
Place au chapitre 5 où il se passe à la fois quelque chose d'important et pas grand chose. Très centré sur nos deux tourtereaux. J'espère que vous apprécierez.
Bonne lecture !
Chapitre 5 - L'amour est dans la grange
L'an 2941, durant la quête d'Erebor
Depuis le début de la quête, Thorin et lui faisaient comme si le passé n'avait jamais existé. Ce qui était le cas en quelque sorte. Le destin leur avait accordé il y a quelques années une offrande, une parenthèse qui s'était refermée avec le départ de Thorin.
La mémoire avait remplacé la réalité et si leurs cœurs en étaient sortis meurtris, l'un et l'autre avaient compris qu'il n'y aurait pas de lendemain à leur histoire. Ils n'étaient plus les mêmes aujourd'hui et le passé resterait le passé.
Leur séjour dans la Maison d'Elrond à Imladris avait réveillé quelques sensations chez Bilbo. Celles du début quand il n'osait se lancer à l'aventure, une toute autre aventure que celle qu'il vivait actuellement. Il y avait sans doute pensé car il se trouvait de nouveau à un moment crucial de sa vie : franchir le pas ou faire demi-tour. Et comme à l'époque, il avait choisi de suivre Thorin. Les évènements qui avaient suivi ne lui avaient pas permis de se pencher plus sur le passé.
La maison de Beorn avait remué à nouveau cette histoire. De bons souvenirs cette fois. Allongé sur son petit matelas de paille, percevant la respiration des Nains et de Gandalf autour de lui, il se remémorait cette nuit de solstice d'été.
Il revit comme si c'était hier le moment où il y avait vu Thorin devant lui sur le chemin, après avoir quitté la fête. Ce dernier n'avait pas mis longtemps à le remarquer et à se tourner vers lui. La tension qui régnait entre eux était presque palpable. L'attitude de Thorin indiquait clairement qu'il ne voulait pas être approché. Bilbo s'était fait la réflexion qu'à ce moment-là, le Roi incarnait la retenue et la sagesse dues à son rang, celles qui lui disaient de ne pas succomber à une tentation inconvenante pour un descendant de Durin. Bilbo, quant à lui, pouvait sentir toute la fougue de sa jeunesse s'éveiller à cette vue. Il aimait, il désirait Thorin et comme tous les jeunes gens, il voulait posséder ce qu'il désirait, peu importe les conséquences. Il voulait être égoïste, passionné, sans réserve, ni restriction. Il voulait toucher à l'interdit, goûter au fruit si délicieux d'un amour partagé. Sa raison sombra lorsqu'il aperçut, cachée derrière le masque impénétrable de Thorin, une lueur de désir briller dans ses prunelles bleutées.
Comment il combla la distance entre eux, Bilbo n'en eut aucune idée. Mais il se rappelait de ses mains agrippant la tunique de Thorin, des yeux étonnés de ce dernier et du goût désespéré du premier baiser. C'était maladroit, juste une simple pression sur les lèvres du Nain. Le temps et son cœur se figèrent et pendant une brève seconde, le reste du monde disparut. Les bruits s'évanouirent, une sensation de bien-être intense coula dans ses veines. Puis tout reprit brusquement sa place, lui faisant l'effet d'une douche glacée. Il s'éloigna un peu, prenant conscience de ce qu'il venait de faire. Mal à l'aise, il n'osa plus regarder Thorin en face. Un silence gêné s'installa. Bilbo ferma les yeux, tordant ses doigts et pinçant les lèvres. Ces mêmes lèvres qui venaient de faire quelque chose aussi effrayant qu'agréable. Tout son corps fourmillait encore d'envie, en demandant encore plus, mais son cerveau avait repris le contrôle de ses actes.
Les doigts de Thorin lui frôlèrent les pommettes, glissant le long de ses joues. C'était une caresse aérienne mais elle lui fit monter les larmes aux yeux. Ce contact si léger lui contracta l'estomac et inconsciemment il pencha la tête, pour sentir encore plus cette peau contre la sienne. Thorin se laissa faire, englobant lentement son visage, faisant courir son pouce sur les lèvres coupables. Bilbo ne pouvait pas ouvrir les yeux, de peur que le rêve se brise. Il se nicha encore plus contre la paume du seigneur Nain, profitant de sa chaleur, de son odeur.
Il crut que son cœur allait littéralement se briser lorsque la deuxième main de Thorin effleura le bout de son oreille en passant dans ses boucles. Puis elle fila le long de son cou, se posant dans sa nuque, le brulant comme de la glace. Son vertige s'accentua quand il ressentit clairement le visage de Thorin se rapprocher de lui. Les quelques secondes qui suivirent furent les plus longues de sa vie. Leurs nez qui se touchaient, le souffle du Nain qui rencontrait le sien. Les secondes s'étiraient, l'angoisse finit par se transformer en sérénité. Il se sentait bien, à sa place. Il avait totalement confiance non pas en Thorin mais en ce lien entre eux qui s'enroulait paisiblement autour de lui, le faisant se sentir en sécurité. Il sentait la proximité de leurs lèvres mais n'avait pas envie de précipiter leur rencontre. Ce moment où tout allait basculer, où l'attente et l'impatience se mêlait délicieusement à la joie et l'accomplissement, tout cela l'enivrait. Thorin avait-il lui aussi les yeux fermés ? Etait-il dans le même état d'esprit que lui ? Il sentait ses mains tremblés sur sa peau et sa respiration erratique. Avec douceur, il mêla ses doigts aux siens, caressant au maximum cette peau dure et couvertes d'imperfections, chacune d'entre elles racontant un moment de la vie de Thorin.
Leurs bouches se frôlèrent une première fois, presque par inadvertance, puis une deuxième fois de façon plus appuyé. Ils s'embrassaient lentement, sensuellement. Bilbo ne savait plus s'il en voulait plus ou s'il préférait que le temps s'arrête. Il ne savait pas quoi écouter du désir qui jaillissait de ses entrailles, déferlant comme une tempête dans son être ou de l'émotion qui lui prenait la gorge et faisait vibrer son âme. Leurs lèvres s'ajustaient parfaitement entre elles, comme si elles étaient faites pour être soudées. Elles se mouvaient l'une contre l'autre. Si Thorin était assez mature pour se retenir et prendre son temps, ce n'était pas le cas du Hobbit. L'insouciance due à son jeune âge reprit le dessus.
Ses mains remontèrent le long des bras du Nain, rapprochant leurs corps. Voulant goûter encore plus Thorin, il redessina du bout de sa langue ses lèvres. Le gémissement quasi inaudible que laissa échapper son partenaire le rendit fou. De nouveau, il agrippa fermement la tunique de Thorin et leur baiser se fit plus passionné, leurs langues se mêlant à la partie. Elles se cherchaient, s'apprenaient, s'apprivoisaient en créant en eux un besoin irrépressible d'aller plus loin. Bilbo ne savait plus où donner de la tête. Il en voulait plus, encore plus. Il pénétra la bouche de Thorin en quête de sensations. Il ondula doucement contre lui, réclamant que les mains de Thorin continuent à le caresser, qu'elles se pressent plus vigoureusement contre lui. Plus de contact, plus de chaleur, plus de Thorin.
Et d'un coup, il n'eut plus rien. Juste un grand vide glacé et l'impression qu'on venait de lui arracher la moitié de son âme. Il était de retour dans le présent, dans cette grange immense, entouré de Nains, d'armes et de paille. Une larme s'échappa lentement du coin de son œil. Il pensait les blessures refermées. Pas guéries mais suffisamment anciennes pour les oublier. Il pensait avoir tiré un trait sur le passé. Mais cela lui manquait. Ses sensations lui manquaient, le sentiment d'être aimé, que quelqu'un vous touche de cette manière. Il fallait qu'il referme le coffre à souvenirs maintenant avant d'être submergé. Il se tourna dans l'autre sens, apercevant ainsi le profil de Thorin. Aucun doute sur le fait que c'était sa présence qui ravivait le passé. Le passé seulement, pas les sentiments. Le Nain qu'il avait aimé autrefois n'était pas celui-là. Le Thorin de maintenant était très différent, il n'en était pas amoureux. Mais il lui rappelait ce qu'il avait perdu et c'était suffisant pour que Bilbo ait envie de voyager dans le temps et de se faufiler à nouveau entre les bras forts et puissants de son amant.
En soupirant, Bilbo ferma les yeux, se laissant emporter par le sommeil. Le Thorin et le Bilbo du passé continuaient à s'embrasser fiévreusement, défilant sous ses paupières, hantant ses rêves.
-o-
L'an 2416, solstice d'été, Grand'Cave
Alors que Bilbo cherchait désespérément à se fondre en Thorin, la réalité reprit ses droits. Un groupe d'Hobbits imbibés et joyeux avançait bruyamment sur le chemin où ils se trouvaient. Ils sursautèrent et se séparèrent précipitamment. La troupe passa à côté d'eux sans les voir et ils la regardèrent s'éloigner, refusant catégoriquement de se regarder eux. Bilbo serra les lèvres, de peur de laisser misérablement échapper sa frustration. Il avait aimé ça, mais maintenant que la proximité de Thorin n'étourdissait plus ses sens, son cerveau noyé sous le trop plein d'endorphines l'assaillait d'inquiétudes. Il s'était trouvé pathétique à réclamer encore et encore et surtout il avait peur que son amant ait remarqué son besoin désespéré de lui. Qu'est-ce que Thorin allait penser de lui ? Il voulait aller s'enterrer au fond d'un trou de lapin.
Un rire grave et clair lui fit relever la tête. En face de lui se trouvait le même Thorin détendu, séducteur et mutin qu'il avait côtoyé le premier soir. Mère Raison se rendit presque sans lutter encore une fois et les paroles lui échappèrent :
- Trouvons-nous un coin tranquille.
Thorin, toujours souriant, haussa un sourcil interrogateur.
- Vous êtes sûr ?
Le visage de Bilbo se contracta en une moue boudeuse.
- Pourquoi ne serais-je pas sûr ? C'est moi qui me suis jeté sur vous. Vous croyez que je vais m'enfuir ?
De nouveau, Thorin ria aux éclats. Bilbo allait répliquer mais la main du Nain sur sa joue et son cou lui coupa le souffle. Tout son être soupira de soulagement, mais une partie de lui feula d'agacement. Il était sûr que Thorin savait l'effet qui lui faisait et qu'il en profitait.
- Je ne veux pas que vous ayez des regrets, murmura ce dernier doucement.
La conversation avec Adalgrim flotta dans l'esprit du jeune Baggins et il détourna la tête en rougissant.
- Ce serait en ne faisant rien que j'aurais des regrets.
Prenant son courage à deux mains, son côté Took sans doute, il attrapa le bras de Thorin et l'entraîna vers la grange proche de l'auberge où séjournaient les habitants de l'Ered Luin.
A la vue de toute cette paille, Thorin se mordit la lèvre, ne rêvant que de s'y étendre en bonne compagnie. Il posa une main sur la taille de Bilbo, l'autre caressant les cheveux couleur miel. Oublié les réticences, l'effroi de plonger dans une relation sans lendemain. Il avait la réponse à sa question : peu importe la douleur de la chute, le vertige de la descente valait tout l'or d'Erebor. Il soupirait d'aise en frôlant les lèvres de Bilbo et se déroba quand celui-ci voulut accentuer le contact. Puis il recommença le jeu, à plusieurs reprises, s'amusant de l'exaspération du Hobbit, se retenant de gémir lorsqu'il glissa ses mains dans sa chevelure d'ébène. Il aimait ce côté fougueux du jeune Baggins qui contrastait avec son air innocent et un peu coincé. Par Mahal, il avait de nouveau 50 ans, sauf qu'il n'y avait pas de guerre, pas de responsabilité, juste la liberté de faire ce qu'il voulait.
Il poussa lentement Bilbo vers la paille, finissant par l'allonger en l'embrassant franchement. L'odeur du jeune homme lui faisait tourner la tête : il voulait le gouter tout entier, frottant son nez dans le cou, remontant jusque dans la nuque, plongeant dans les petits cheveux doux à la base. Bilbo ronronna presque de plaisir. Il se lova encore plus dans les bras du seigneur Nain. Mais il se tendit lorsque les doigts de Thorin passèrent la barrière de sa chemise. La pulpe de ses doigts toucha sa peau. C'était électrisant, grisant et aussi angoissant. Il saisit les poignets de Thorin et tourna la tête.
- Attendez, je n'ai jamais…
- Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas mon intention, chuchota le Nain, en embrassant le coin de sa bouche. Le baiser qui s'ensuivit fut affectueux, un gage de confiance.
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Bilbo émergea du monde des rêves à la suite d'un bruit sourd contre le mur de la grange. Lentement, il reprit possession de son corps, se reconnectant avec la réalité. Il sentait le soleil lui chatouiller le visage mais la chaleur qu'il ressentait provenait du corps collé contre son flanc droit et sous sa joue. Le point positif était qu'il n'avait pas la gueule de bois. Juste une petite migraine et quelques courbatures dues au support inconfortable qui lui avait servi de lit. Sans compter les brins de paille qui lui piquaient les reins et les pieds. Encore engourdi par le sommeil, il se rapprocha de la source de chaleur, se lovant avec bien-être.
Lorsque son front frotta contre une texture douce et dense, un grognement rauque jaillit, faisant vibrer la surface sous lui. Bilbo ouvrit brusquement les yeux, parfaitement et soudainement réveillé. Le temps que sa mémoire lui renvoie les images de la veille, le bras musclé posé négligemment sur sa taille remonta jusqu'à son épaule. Il se retrouva emprisonné dans une poigne ferme contre le torse dur et bouillant de Thorin. Leurs jambes se rencontraient, achevant d'affoler Bilbo. Il crut mourir de gêne et il avait l'impression que le bout de ses oreilles s'était enflammé. Toute l'audace qui l'animait seulement quelques heures auparavant s'était évaporée. Ne restait que sa timidité et la retenue due à son éducation. Mais c'eut été mentir que de ne pas reconnaître que le contact avec le seigneur Nain, que la sensation de son corps contre le sien, son souffle qui caressait ses cheveux et le confort de leur étreinte, était déplaisant. Seulement à la lumière du jour, tout ce que cette relation avait d'improbable et d'interdit lui sautait à la gorge, l'étouffant. Il aurait aimé pouvoir tirer un trait sur le monde extérieur pour passer le reste de sa vie ici, entre les bras du Nain que son cœur avait choisi. Mais le monde extérieur ne les laisserait pas tranquille. Il chercha à s'extirper, se fichant de réveiller son amant. Il devait partir de là, rentrer chez lui et oublier cette histoire.
Thorin remua et ses paupières commencèrent à papillonner alors que Bilbo avait réussi à se redresser. Encore somnolent, il aperçut de manière floue le jeune Hobbit repousser son bras et se lever. Aussitôt il sentit un manque contre lui et se recroquevilla inconsciemment. Habitué au combat et à une vie d'urgence, il dormait rarement profondément. Cela expliquait sans doute pourquoi il avait autant de mal à garder les yeux ouverts, après une telle nuit de repos. Il poussa un nouveau grognement avant d'essayer d'interpeller Bilbo mais celui-ci s'était déjà enfui, rapide et discret comme tout bon Hobbit. La porte de la grange se referma dans un claquement léger alors qu'il était encore allongé.
Une fois dehors, Bilbo prit une grande inspiration. Il passa sa main dans ses boucles et jeta un regard inquiet autour de lui. Personne en vue. Rassuré, il se dirigea rapidement vers la maison des Burrows. Il savait que le bon choix était d'oblitérer ce qui s'était passé, que son cœur pesait une tonne dans sa poitrine, que chaque cellule de son corps réclamait la présence de Thorin. Il avait cédé à ses impulsions et tout son être y avait pris goût. Malheureusement pour lui, tout avait une fin et mieux valait que ce soit le plus rapidement possible avant qu'il ne devienne totalement dépendant.
Arrivé devant la porte du smial, il prit quelques minutes pour remettre de l'ordre dans ses idées. Il fallait qu'il laisse sortir son côté Baggins et surtout faire en sorte que les autres ne se rendent compte de rien. Redevenir le Hobbit d'il y a quelques jours, quand l'amour ne lui avait pas retourné la tête et fait faire des folies. Une fois satisfait du résultat, il pénétra dans l'habitation, prêt à faire face à ses compagnons en profitant d'un copieux petit déjeuner.
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Dans l'ombre de la grange, la jeune fille s'était figée. Elle s'était réveillée très tôt, mécontente de la soirée et avait voulu prendre l'air. Dans son énervement, elle avait frappé la porte du bâtiment de son pied. Elle ignora que quelqu'un s'y était réfugié et en entendant du bruit, elle s'était dissimulée précipitamment, curieuse de connaître l'identité du fêtard qui n'avait pas pu atteindre sa chambre pour finir la nuit. Surprise, elle vit Bilbo Baggins sortir, visiblement nerveux que quelqu'un le surprenne à cet endroit, avant qu'il ne s'éloigne. Elle observa son attitude, intriguée de le voir si mal à l'aise. Elle s'interrogeait encore sur la raison de sa présence quand une nouvelle personne jaillit du hangar. En reconnaissant l'un des trois Nains en visite, la stupéfaction faillit lui arracher un cri, qu'elle retint à temps, évitant de se faire repérer. Le seigneur Nain fouillait les alentours de son regard. Malgré ses traits impassibles, elle remarqué qu'il avait l'air déçu et même un peu triste. Il finit par s'éloigner à son tour, laissant derrière lui une jeune Hobbit ahurie par sa découverte.
Merci d'avoir lu ! Au prochain épisode : des discussions, des décisions et une Lobelia suspicieuse...
