Note de l'auteur : bonsoir, euh je suis bien vivante et je suis désolée pour ce très très très long retard (d'un an hum hum). Sincèrement, toutes mes excuses. Je n'ai pas pu écrire pendant un certain temps et après ça a été difficile de s'y remettre. En ce moment, j'essaye de boucler cette histoire pour ne plus avoir à vous faire attendre. Promis, je n'abandonne pas ^^.
Merci à tous ce qui ont lu, follower et reviewer même pendant cette longue absence. J'espère que vous aimerez toujours autant la suite.
Place au chapitre : un retour au présent et l'arrivée à Tuckburough. Il s'agit d'un chapitre de transition. Bonne lecture !
Chapitre 7 – Dans la tanière des Took
L'an 2941, quête d'Erebor
Thorin ignorait depuis combien de temps il était enfermé dans les cachots du palais du Roi des Elfes. Aussi confortables et accueillants que ceux-ci étaient, ils n'en restaient pas moins des cachots. Et la solitude ne convenait pas aux Nains. Sa troupe lui manquait. L'abattement s'emparait de lui, le menaçant de céder aux exigences de Thranduil. Face à son désarroi, des pensées sombres envahissaient son esprit, relayant l'appel d'Erebor, de l'Arkenstone et de l'or. Ses geôliers lui avaient apporté son repas du midi depuis plusieurs heures. Le descendant de Durin calcula rapidement que le soleil devait se coucher en ce moment même. Adossé contre le mur, sur le lit de sa cellule, il ferma les yeux, n'ayant rien d'autre à faire que de réfléchir. La prophétie tournoyait dans sa tête, le torturant d'inquiétude. Le temps passait et la crainte d'échouer dans sa quête s'insinuait en lui. Las de ressasser les mêmes peurs, les mêmes pensées, il laissa son esprit s'envoler vers l'Ered Luin. Il songea à sa sœur, Dis, restée là-bas, à son peuple. Brolin avait-il fini de forger l'armure qu'il commençait à son départ ? Le traité entre Motsognir et Nogrod sur le partage des denrées non périssables fonctionnait-il correctement ? Gimli, le fils de Gloin, avait-il réussi à surpasser son père dans le maniement de la hache ?
Penser aux Montagnes Bleues le plongea plus profondément dans les souvenirs. Les bêtises de Fili et Kili, les conversations politiques avec Balin, les entraînements avec Dwalin, Dori et Nori, le marché et la célèbre boutique de jouets de Bofur et Bifur… Peu à peu, il se détendit, porté par la nostalgie. A force de remonter le temps, sa mémoire buta sur son escapade parmi les Hobbits. Il hésita à s'aventurer sur ce terrain. Les souvenirs seraient agréables mais aussi douloureux. Mais là, isolé, assailli par le doute et l'ennui, il avait besoin de réconfort, de douceur.
Il se rappela avec amusement la décision qu'il avait prise en partant de Grand'Cave. Décision qui s'était avérée plus facile à prendre qu'à appliquer. Le chemin jusqu'à Tuckborough avait été rapide et les trois Nains avaient été accueillis chaleureusement par la grande famille Took. Ils n'avaient pas mis longtemps à remarquer que ces derniers étaient un peu différents des autres Hobbits, plus aventureux, plus excentriques. Le vieux Took l'était plus encore que tout le reste de sa famille. Mais aussi divertissants et loufoques qu'ils étaient, ils n'arrivaient pas à calmer l'impatience de Thorin. Il attendait que Bilbo débarque avec une envie grandissante. Balin était persuadée que c'était de l'incroyable Lobelia qu'il se languissait et Thorin ne chercha pas à le détromper. C'était mieux ainsi.
La journée suivant leur arrivée, ils eurent le droit à la visite du village et on leur conta toutes les histoires de famille. Dwalin, encore une fois, fit forte impression, surtout sur les jeunes gens. Il fut réclamé ici et là et malgré ses ronchonnements, Thorin savait qu'il s'amusait. Balin et Thorin s'entendirent rapidement bien avec le patriarche de la famille, Gérontius Took. Ce dernier, du haut de ses 127 ans, leur avait semblé de premier abord très austère. Mais quelques conversations avec lui leur avait fait découvrir l'intelligence et la fantaisie qui se dissimulait derrière son apparence de vieil Hobbit grincheux.
Le repas du soir s'était déroulé dans la joyeuse ambiance habituelle propre aux repas des Hobbits. Au détour d'une discussion, le vieux Took leur avait demandé s'ils avaient rencontré ses petits-fils à Grand'Cave, qui devaient s'y rendre pour le solstice d'été. Thorin avait tenté de garder un air impassible mais un sourire avait filtré sur son visage.
- Effectivement, nous avons fait la connaissance d'Adalgrim Took, bien que je croie que Thorin n'a pas eu l'occasion de parler avec lui, répondit Balin avec son affabilité naturelle.
- Non, je n'ai pas eu cette chance. Mais mes amis m'ont raconté que c'était un sympathique personnage.
- Adalgrim ? s'exclama Gérontius. Surtout un grand rêveur, oui. Cela fait six ans que j'attends qu'il se déclare à Elinor Hardwick. J'ai bien peur de ne pas pouvoir voir ça avant ma mort et j'ai bien peur que cette demoiselle n'attende aussi longtemps. Ce bougre passe son temps à donner des leçons à tout le monde mais quand il s'agit de lui-même, il est aussi peu utile qu'un bambin. Heureusement que mon autre petit-fils a plus de plomb dans la cervelle, Bilbo vous l'avez vu ?
Thorin prit soin de baisser la tête.
- Non désolé, il ne nous a pas été présenté, dit Balin.
- Oh, ce n'est pas un souci, ils devraient être rentrés demain ou après-demain dans la matinée. De tous mes petits-enfants, Bilbo est celui qui a le plus les pieds sur terre. Une âme franche et raisonnable. Croyez-moi, c'est rare dans cette famille.
Thorin dut prendre sur lui pour ne pas rire. Il se rappelait un jeune Hobbit impatient qui s'accrochait à lui comme si sa vie en dépendait. Raisonnable n'était pas le terme qui lui venait à l'esprit pour décrire Bilbo à ce moment.
Après le diner, la plupart avait demandé à corps et à cri une histoire à leurs invités. Balin s'était laissé aisément convaincre. Thorin se souvenait qu'il avait choisi de leur conter la découverte d'Erebor et de l'Arkenstone par leur ancêtre Thrain Ier. Comparer ses sentiments d'aujourd'hui pour la Montagne Solitaire avec ceux de cette époque lui donna l'impression que tout ceci s'était déroulé il y a un siècle. Il avait écouté son ami avec nostalgie, sans arrière-pensée. Maintenant l'évocation de la Montagne appelait celle du trésor.
Il ouvrit lentement les yeux, cruellement conscient d'être de retour dans les cachots de Mirkwood. Une larme roula lentement sur sa joue, témoin solitaire de son amertume. Ainsi était-il devenu comme son grand-père. Mais après tout, ne lui avait-il pas toujours ressemblé ? Comme lui, il avait perdu son père et son frère, il avait connu l'exil, les richesses d'Erebor, l'horrible destin de se faire chasser de son chez soi par un Dragon. La femme de Thror et grand-mère de Thorin était morte jeune. Thorin ne l'avait jamais connu et son propre père n'en avait que peu de souvenirs. Un amour intense liait ses grands-parents, amour malheureusement éphémère. Aujourd'hui, Thorin savait que c'était le manque de cet amour que l'or avait comblé dans le cœur de Thror. Il savait car c'était aussi ce qui lui était arrivé. Le déchirement causé par sa séparation avec Bilbo l'avait peu à peu submergé et dans l'ombre de ce raz-de-marée se tenait le spectre de la folie. Désormais, trop de temps était passé. Même si son amour pour Bilbo existait encore, l'appel de la Montagne avait tout balayé. Il n'y aurait pas de salut pour Thorin Oakenshield. La seule chose de bien qu'il pouvait encore espérer de cette quête était de redonner un foyer à son peuple.
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Tel un fantôme du présent, Bilbo arpentait le palais du Roi des Elfes depuis plusieurs semaines. Il avait réussi à trouver les cachots de tous les Nains et arrivait même à communiquer des messages entre eux, toujours à la recherche d'une solution pour les sortir de là, lorsqu'il avait surpris une conversation. Il n'avait pu saisir l'ensemble mais il lui avait semblé comprendre qu'un autre Nain était détenu ailleurs dans les grottes. Une rumeur suffisante pour alimenter la petite flamme d'espoir de revoir Thorin. Mais malgré les heures à parcourir les couloirs, à scruter les cavernes et les passages, il n'avait pas trouvé le Roi du peuple de Durin. Fatigué par tous ses efforts, il avait chipé quelque nourriture en cuisine et trouver un coin confortable où se poser.
Il avait fini par s'attacher à ce Thorin-là. Pas comme celui qui avait visité la Comté. D'ailleurs, parfois, Bilbo se demandait si ce dernier avait réellement existé. Le Thorin actuel était plus prétentieux, plus hautain et plus sombre. Ou alors peut-être qu'autrefois aveuglé par sa passion, il avait fermé les yeux sur les défauts de l'être aimé, l'idéalisant. De toute façon, cela avait peu d'importance désormais. Il songea alors avec ironie qu'en ce moment c'était lui qui le cherchait alors qu'à une certaine époque, il avait tout fait pour l'éviter. Comme lorsqu'il était rentré à Tuckborough par exemple.
Les deux jours qu'avaient duré le trajet avait été une source d'angoisse épouvantable pour lui. Adalgrim avait dû supporter son attitude lunatique et ses constantes sautes d'humeur. La vérité était que Bilbo n'arrivait pas à se décider s'il devait être heureux de retrouver Thorin et partager ce bonheur avec lui ou effrayé d'être en sa présence et le fuir comme la peste avant qu'il lui arrive malheur. Et Adalgrim, ce sacripant, s'amusait à le torturer, soufflant le chaud quand lui criait froid et inversement. Ils étaient finalement arrivés tard dans la nuit et toutes ses tergiversions avaient épuisé le jeune Baggins. Il avait à peine pris le temps de défaire ses bagages, s'était glissé agréablement dans les draps propres et frais et avait plongé dans un sommeil réparateur.
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L'an 2916, Tuckborough
Bilbo émergea lentement du sommeil. Désireux de profiter encore un peu du sentiment de plénitude qui engourdissait ses pensées, il garda les yeux fermés et s'enfouit plus profondément sous les couvertures. A l'extérieur, le soleil brillait déjà fortement, envahissant la chambre d'une lumière accueillante. Les oiseaux chantaient et tout cela fit sourire le jeune Hobbit dans son oreiller. Encore une fois, il aurait préféré que ce moment ne se termine jamais. Ces derniers temps, le moment entre le sommeil et le réveil constituaient les meilleurs instants de bonheur de sa vie. Malheureusement, son cerveau se remit lentement en marche et le problème Thorin se glissa insidieusement dans son esprit.
Il s'étira tranquillement, déterminé à traiter cette affaire dans la partie la plus confortable de la maisonnée, son lit. Il ouvrit enfin les yeux et fixa le plafond. Il le fixa aussi longtemps qu'il put, sans toutefois parvenir à une solution. Bilbo n'avait jamais été très doué pour prendre des décisions. Il laissait les circonstances le faire pour lui, habituellement.
Le reste de la maison s'éveilla elle aussi. Bientôt, l'animation allait s'emparer des lieux, ce qui n'avait rien d'étonnant. Les Took étaient une grande famille : le vieux Took vivait là entouré de sa femme, de neuf de ses douze enfants, de leurs compagnes et compagnons ainsi que de leurs propres enfants, des frères et sœurs du vieux Took et leurs descendants, en fait, à peu près tout ce que comptait la Comté de Took. Bercé par les sons familiers, Bilbo mit de l'ordre dans ses pensées. Certes, Thorin et lui avaient eu un échange que l'on pouvait qualifier de passionné. Il ne pouvait nier non plus qu'il avait un véritable coup de cœur pour le Nain. Mais ils ne s'étaient réellement parlé que deux fois et à chaque fois, ils étaient grisés par le festival et la boisson. De plus, le Seigneur Nain ne faisait que passer dans la région et ne comptait si attarder longtemps. Il était logique qu'il fût à la recherche d'un divertissement, une simple amourette estivale plutôt que de sentiments sérieux et profonds. Peut-être Bilbo faisait-il preuve de prétention à croire qu'il existait réellement quelque chose entre eux, que ce quelque chose soit autant funeste que bienheureux.
Après tout, noyé au milieu de tous ses cousins un brin excentrique, Thorin se désintéresserait vite de lui, si ce n'était déjà le cas. Cette pensée, loin de le soulager, donna l'impression au Hobbit que son cœur pesait aussi lourd que du plomb dans sa poitrine, gênant sa respiration et lui serrant la gorge.
- Encore au lit ? s'exclama Adalgrim en rentrant précipitamment dans la chambre du jeune Baggins. Ce dernier sursauta face à l'éclatement intempestif de sa bulle de réflexion. Il observa son cousin refermer la porte et y coller son oreille, à l'affût.
- D'abord, bonjour, espèce d'enquiquineur, et oui j'ai bien dormi, merci et toi ? Qu'as-tu fait encore comme bêtise si tôt le matin ? ronchonna Bilbo, en se levant à contrecœur.
- Il se pourrait que j'aie pénétré dans la chambre de Hildigard à un moment inopportun.
- Oh, me voilà rassuré, je ne suis pas donc pas le seul à qui tu fais profiter de ton indiscrétion, ironisa Bilbo. Il cacha habilement que l'irruption d'Adalgrim lui fournissait une distraction bienvenue à ses préoccupations.
- Bah, dans ta chambre, je ne risque rien, vu que tu es trop lâche pour y inviter Thorin le Magnifique.
- Rappelle-moi la dernière fois que tu as pu parler sans bafouiller à Elinor, froussard ? grommela Bilbo.
- Ne fais pas ta mauvaise tête, mon cher cousin.
Adalgrim se retourna vers Bilbo, ramassa quelques affaires et les jeta vers son parent.
- Habilles-toi, on va prendre le petit déjeuner à l'extérieur ce matin.
- Quoi ? s'exclama Bilbo tout en s'exécutant avec des gestes maladroits, encore un peu abruti par le sommeil.
- Et ne me remercie surtout pas, ça t'évitera de croiser un certain Nain à une heure si matinale, lui lança le jeune Took en quittant la pièce.
Bilbo soupira. Puis haussant les épaules, il finit de se vêtir et sortit à son tour. S'apitoyer sur son sort n'était pas dans ses habitudes et esquiver Thorin atténuerait suffisamment ses sentiments pour les reléguer au plus profond de sa mémoire.
-o-
Dans la salle du petit déjeuner, Dwalin engloutissait son repas sous l'œil curieux et fasciné de deux jeunes Hobbits tandis que Balin discutait commerce avec Isembard Took. Le fils de ce dernier les écoutait distraitement tout en écrivant une lettre enflammée à sa bien-aimée. Thorin sourit en le voyant rougir avec un air idiot. Il repensait à sa propre situation et se dit qu'il devait avoir l'air aussi niais et béat. Pourtant il n'en éprouvait aucune honte : il passait les meilleurs moments de sa vie.
L'ambiance familiale et décontractée fut brusquement brisée par un cri de fureur. La seconde suivante, une Hobbite fulminante déboula dans la pièce. Thorin reconnut Hildigard l'une des nombreuses petites-filles Took. Son courroux le laissa sans voix : qui eut cru que les si calmes et si joviales Semi-Hommes pouvaient se transformer en féroces créatures ? Il nota dans un coin de sa tête de prendre garde à ne les mettre en colère. Même une Dis furieuse lui semblait plus sympathique.
Devant son étonnement, son voisin de table, Hugo Boffin, se pencha vers lui :
- Pas d'inquiétude mon ami, c'est un trait propre aux femmes Took. Personnellement, c'est la raison pour laquelle je suis tombé fou amoureux de ma Donnamira, lui confia-t-il.
Thorin lui fit un sourire poli et échangea un regard amusé avec Dwalin en face de lui.
- Ah il me semblait bien avoir entendu la charmante voix d'Hildi, dit Donnamira en s'asseyant à côté de son époux. A peine rentré, Adalgrim fait des siennes on dirait.
Le Seigneur Nain releva brusquement la tête. Tout en se sachant ridicule, l'impatience de revoir Bilbo s'empara de lui.
- Vos… vos cousins sont revenus de Grand'Cave ? demanda-t-il.
- Oui, tard hier soir. Mais je suis désolée, Maître Thorin, vous n'allez sans doute pas les rencontrer avant ce soir. A chaque fois qu'Adalgrim fait une bêtise, il va se cacher en ville et Bilbo le suit partout. Ces deux-là sont souvent inséparables, lui expliqua Donna, en levant les yeux au ciel et secouant ses bouclettes rousses.
- Dis plutôt que Bilbo passe son temps à couvrir cet imbécile, oui, siffla la Hobbite furieuse. Elle s'empara d'un bout de brioche qu'elle mâchonna rageusement. Ces deux-là ne perdent rien pour attendre. Je vais m'occuper de leur cas, déclara-t-elle en quittant dans une envolée de jupons furibonde.
- Pauvre Bilbo, conclut Hugo, un regard rieur lancé à sa compagne.
- Bah, il a l'habitude de partager les bêtises comme les punitions, lui répondit-elle d'un ton blasé.
- C'est vrai qu'ils sont pratiquement frères, après tout, ajouta Isembard, se mêlant à la conversation.
Thorin leva un sourcil, intrigué.
- Qu'entendez-vous par là ?
- Ma chère sœur Bella a épousé Bungo Baggins, le père de Bilbo et la cousine de ce dernier, Rosa Baggins a épousé un de mes frères, Hildigrim, le père d'Adalgrim, lui indiqua Donna. Ils sont tous les deux autant Baggins que Took. Mais Adalgrim a été élevé ici à Tuckborough alors que Bilbo vient de Hobbitebourg. Ce qui explique pourquoi l'un est une vraie petite peste et l'autre un raisonnable Hobbit.
Thorin comprit qu'à la façon de prononcer le mot « raisonnable », la fille Took semblait trouver cette caractéristique aussi peu flatteuse que d'être une petite peste. Alors qu'il allait poser de nouvelles questions, curieux d'en connaître plus sur son Hobbit, la forte voix du patriarche l'interrompit.
- Maître Dwalin, j'ai une requête de la part de mes petits-enfants, s'exclama Gérontius, un enfant sur les genoux et d'autres formant une ronde autour de lui.
- Ces petits garnements ont vivement réclamé une démonstration de vos talents dans le maniement de la hache. Je crois qu'ils ont été un peu trop nourri aux histoires d'aventures et de batailles, ajouta-t-il en adressant un regard faussement sévère auxdits garnements. Ces derniers gloussèrent avant de reporter leur attention sur le féroce guerrier Nain qui les subjuguait depuis son arrivée.
Balin rit et frappa amicalement l'épaule de son frère, s'attirant un grognement
- Eh bien te voilà occupé à jouer les nounous pour la journée !
Dwalin l'ignora superbement et se levant, il défia les enfants de pouvoir le mettre à terre. La proposition fut accueillie à grands cris de joie.
- Cela ne va-t-il pas gêner votre ami ? s'inquiéta Hugo, en regardant la petite troupe enthousiaste quitter la salle.
- Dwalin n'en a pas l'air mais il adore les enfants. Il passe beaucoup de temps avec mes deux neveux à Ered Luin. Et je dois dire que les enfants le lui rendent bien, lui répondit Thorin.
- Isembard m'a parlé d'une collection de cartes qui m'intéresse grandement. Veux-tu te joindre à nous, Thorin ? lui proposa Balin en finissant son assiette.
Le Roi Nain sauta sur l'occasion.
- Non, je pensais plutôt me rendre au village. Qui sait, peut-être rencontrerai-je en chemin le fameux Bilbo ? ajouta-t-il, un sourire malicieux qu'il n'arrivait pas à retenir accroché aux lèvres.
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Thorin avait tenté de finir son petit-déjeuner le plus rapidement, tout en cachant son impatience. Il réussit à échapper poliment aux bavardages de ses voisins, après s'être fait indiqué le chemin pour se rendre à Tuckborough.
Il s'élançait sur le chemin. Jamais il ne s'était senti comme ça jusqu'à maintenant. Il avait déambulé avec arrogance dans les couloirs d'Erebor, avait parcouru la moitié de la Terre du Milieu démuni et désespéré, avait couru au-devant de la Mort pendant la guerre des Orques, avait voyagé, complice, au côté de ses compagnons, avait sillonné les cités d'Ered Luin, en chef responsable d'un millier de vies. Mais aujourd'hui, pour la première fois de son existence, il marchait comme si tout ce qu'il avait vécu de mauvais et de difficile n'était qu'un affreux souvenir. Comme si ce qu'il y avait au bout du chemin était la clef du bonheur, de son bonheur. Le soleil semblait plus brillant, la nature plus magnifique et même le sang qui circulait dans son corps était à ses oreilles la douce mélodie de la vie.
Quand sa petite sœur, Dis, lui avait avoué être tombée amoureuse, quand il avait vu le couple qu'elle formait avec son époux s'épanouir, il s'était demandé ce que cela faisait d'avoir trouvé l'autre moitié de son âme. Et Mahal soit loué car il lui avait accordé ce magnifique présent. Qu'importe que ce soit éphémère et irraisonnable, jamais plus il n'aurait l'occasion d'éprouver de tels sentiments. Beaucoup de Nains ne connaissaient pas cette chance ou devait se contenter de voir la personne qu'ils aimaient en aimer un autre. Le peuple de Durin était le seul de la Terre du Milieu dont près d'un tiers des membres étaient célibataires. Mais il avait connu le goût des lèvres de Bilbo, avait dormi en tenant contre lui le corps de l'être aimé et si leur histoire ne devait durer que le temps d'un été, il allait tout faire pour savourer de nouveaux ces instants.
Il était presque arrivé au village et la déception de n'avoir croisé personne commençait à l'envahir quand il entendit un peu plus loin la même voix furieuse qui avait interrompu le petit-déjeuner. Il se retint de courir, mais il ne pouvait empêcher la douce chaleur dans sa poitrine de se répandre dans tout son corps. Il allait le revoir, là, maintenant. Et lorsqu'il passait la courbe qui dissimulait le reste de la route, son âme ronronna de plaisir. Un peu recroquevillé sur lui-même pour endurer la vindicte de sa cousine, Bilbo se tenait devant lui.
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L'an 2941, quête d'Erebor
Un bruit soudain fit relever la tête du Roi déshérité. Surgissant de nulle part, Bilbo se tenait devant lui. Pendant un court moment, le passé et le présent se mélangèrent. La même tendresse qu'à l'époque s'empara de son être et avec elle l'envie de l'enlacer, de glisser les mains dans les boucles couleur miel, frotter le bout de ses oreilles et le regarder rougir de plaisir. Il avait envie d'effacer ces dernières années, de l'embrasser et lui demander pardon, de lui dire qu'il ne partirait pas cette fois, qu'il renonçait à cette quête idiote, à l'Arkenstone et à sa vengeance contre le Dragon pour passer le reste de sa vie avec lui.
- Thorin ? Enfin je vous trouve, s'exclama le Hobbit, inconscient des pensées du Nain.
Ses paroles ramèrent Thorin à la raison et la lueur dans ses yeux s'éteignit.
- Bilbo ! Quelle arrivée digne d'un Maître cambrioleur !
Bilbo sourit à cette remarque et si Thorin s'émut à cette vision, il le cacha aisément pendant qu'il demandait des nouvelles de ses camarades.
Bilbo lui raconta comment la compagnie avait été capturée, comment il avait infiltré la demeure de Thranduil et passé des semaines à la recherche des Nains. Maintenant qu'ils avaient retrouvé leur chef, il était temps d'organiser leur évasion. Après lui avoir transmis des messages pour les autres, Thorin regarda le Semi-Homme enfiler un anneau et disparaître subitement. L'espoir de s'échapper de cette prison et de se rapprocher de la Montagne éloigna le fantôme de ses souvenirs. Il était trop tard pour faire demi-tour. C'était son destin de reconquérir Erebor, au prix de n'importe quel sacrifice.
Merci d'avoir lu ! La suite : confrontation Hobbit/Nain, qui en sortira vainqueur ?
