Hola petits liseurs, ravie de vous voir!
Voici le tout premier chapitre des chroniques d'Amanda Cordier dans lequel, je l'espère, vous trouverez quelques réponses aux questions qui vous trottent dans la tête.
Oh! Une dernière chose, Harry et sa bande sont actuellement en 6ème année, Severus a perdu sa couverture, et Voldemort gagne de plus en plus de terrain! Je m'excuse d'avance pour les fautes d'inattention qui auraient réussi à s'immiscer dans le texte…
Je vous souhaite une agréable découverte !
Chapitre1
Sans tenter de me rattraper à quoi que ce soit, mes jambes cédèrent littéralement sous le poids d'un profond soulagement. Malheureusement, ce bref entracte si ardemment désiré ne fut que de courte durée. J'vous jure, à peine le temps de souffler qu'on vous relève déjà… C'est reparti mon kiki ! Assise, le cul sur les talons, je ne m'attendais pas à être brutalement happée vers le haut tandis qu'une main puissante m'agrippait l'avant-bras.
Et une épaule déboitée, UNE! C'est vrai que je n'avais pas l'air assez abîmé.
En me tournant vers la cause de cette luxation cruellement superflue, j'aurais peut-être dû regarder à qui je m'adressais avant de lui postillonner en plein visage. Par Merlin, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça…
-« Ça va pas ?! Mais vous êtes malade ou quoi?! »
-« Laissez-moi vous retourner la question Miss Cordier. »
Le ton polaire employé me fit l'effet d'une giclée d'acide. Pétrifiée, un violent frisson grimpa le long de ma colonne vertébrale. Alerte rouge! Que l'on prépare les extincteurs, on nous annonce une incinération imminente!
Quand mes yeux tombèrent sur deux billes noires et profondes, au sommet de ce corps émacié, mon cœur se mit aussitôt à jongler entre l'envie d'arrêter de battre ou d'accélérer la cadence. Et, au vu du regard meurtrier qu'il me destine, pour la première fois ce soir, je me surprends à prier pour qu'il s'arrête. Autant éclaircir les choses tout de suite : essayer de défendre ses fesses face à un homme dans son genre relève soit de la folie soit de l'inconscience, à vous de faire votre choix. En ce qui me concerne, j'hésite encore. Tondre la banquise serait plus utile.
On serre les dents ma grande, ça va pas tarder à faire mal.
-« Peut-on savoir comment une simple mission telle que celle-ci puisse se finir de la sorte ?! »
-« Je ne… Je… Enfin c'est que… Je… euh…» Les mots se bousculent, ma langue déraille, je bégaie.
-« Il me semble que votre rôle ne se résumait qu'à attendre et regarder n'est-ce pas ?! »
-« En effet mais j'ai… »
-« Alors pour quelle obscure raison avons-nous été obligés d'intervenir pour sauver votre misérable existence et ainsi révéler nos positions ?! »
-« Je sais ! Je m'excuse d'accord ? Alors cessez de hurler! »
-« Vous vous excusez ?! C'est une plaisanterie? Le trois-quarts des mangemorts censés être capturés ont eu tout le loisir de s'enfuir par VOTRE faute! J'attends des explications ! »
-« C'est à cause du rat ! »
Je crois voir un ange passer, c'est mauvais. Du haut de son impressionnante stature il m'examine avec le même mépris qu'il aurait accordé à de la vaisselle sale.
-« Du rat ?! » Dans la catégorie de l'aura la plus imbuvable et irrespirable, je lui offre volontiers le premier prix!
-« Oui du rat, il est passé tout près de mes pieds et j'ai sursauté. »
-« Vous avez… sursauté ? Et c'est tout ?! »
-« Oui ! … Enfin… j'ai accidentellement poussé un petit cri aussi… Mais vraiment tout petit… »
-« Un cri ? Le faites-vous exprès ou bien êtes-vous tout simplement retardée! »
Si dans une minute je ne suis pas réduite à l'état de cendres incandescentes c'est un miracle.
Alors que je le sens sur le point d'exploser, une main, plus délicate cette fois ci, vient doucement se poser sur mon épaule encore valide. Je n'ose pas bouger de peur de voir apparaitre devant mes yeux l'ange de tout à l'heure ou pire, Dieu en personne venu me chercher pour m'emmener dans un monde meilleur. Avec la chance que j'ai cet abruti sinistre m'a sans doute déjà étripé et s'est servi de mes restes pour décorer son salon. Je l'entends se placer à mes côtés et … se mettre à rire.
Le tout-puissant a de l'humour, super! Curieuse je décide de lui jeter un coup d'œil. Á ma droite et pour mon plus grand bonheur se tient un homme aux cheveux poivre et sel rencontré la veille au square Grimmaurd. Ce n'est pas un ange, certes, mais ça s'en rapproche.
-« Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle Lupin !»
-« Mais enfin Severus, regarde la, elle est épuisée et blessée, je pense qu'au lieu de l'invectiver nous devrions l'envoyer voir Pomfresh. »
-« Cette larve a fait foirer, à elle seule, une mission organisée depuis des semaines ! »
Une larve ? Je ne vois aucune larve ici ? Attendez, c'est de moi qu'il parle là!
-« Voyons Severus, ce n'est pas une catastrophe non plus, elle nous a même permis d'attraper Rodolphus. »
-« Parce qu'il lui courait après, ni plus ni moins! »
Ouai bah t'es bien mignon mais j'aurai voulu t'y voir moi!
-« Remus a raison. Pour l'instant miss Cordier a besoin de soins rapidement. Alastor s'occupe d'interroger les mangemorts interpellés. Pour les autres je pense qu'une réunion s'impose. »
Lui c'est Kingsley Shacklebolt. Hum, je ne l'avais encore jamais vu en vrai et pourtant je l'aime déjà !
L'aigreur nocive de Snape m'inflige une migraine insupportable. Pour qui est-ce qu'il se prend celui-là ?! Déjà qu'hier il ne m'inspirait pas beaucoup confiance, aujourd'hui je peux affirmer avec conviction qu'il me hait et que c'est amplement réciproque! L'erreur est humaine non ? Quoique, celle-ci était quand même balaise je veux bien l'admettre.
-« Très bien. Je me charge de l'emmener à l'infirmerie et je vous rejoins. » Sourit Lupin, le plus naturellement possible.
-« Inutile. Une potion anti douleur et de régénération sanguine suffiront, elle vient avec nous. Il se trouve que cette calamité ambulante nous doit quelques explications. »
C'est une blague! Il est chauve des neurones ou quoi ? Je n'arrive même plus à marcher sans aide alors comment souhaite-t-il que j'assiste à cette fichue réunion !? Tout doux Amanda, cette situation l'amuse, ne lui fait pas le plaisir d'éclater! J'inspire profondément pour ravaler mes larmes de rage et l'observe avec défit. J'ai réchappé à une bande de mangemorts cinglés, ce n'est pas cet abject personnage qui va me faire craquer.
-« Quelque chose à dire Miss Cordier? »
Il transpire la suffisance à un point tel qu'on en arrive à se demander comment il fait pour se supporter lui-même.
-« Non, je vous suis. »
L'étrange rictus qui germe soudain sur ses lèvres fines me déstabilise pour de bon. J'ai un affreux pressentiment… La mine catastrophée, j'emboite le pas, un bigoudi sous l'orteil. Mesdames et Messieurs prenez place, l'exécution qui va suivre promet d'être sanglante!
Flash-back : 26 heures plus tôt.
J'ai les pieds trempés… C'est vrai que de porter mes bons vieux mocassins pour transplaner à Londres en plein mois d'octobre était une excellente idée. Maintenant ils sont fichus et j'ai froid. Un coup d'œil rapide me fait comprendre que je suis loin d'être arrivée à destination. J'ajuste un peu mieux l'écharpe pourpre autour de mon cou avant d'entamer la longue traversée qui me sépare encore de mon but. Quelle idée d'aller foutre une école aussi énorme à 3 km du portail ! C'est davantage une excursion qu'une promenade de santé. La tête encrée dans mes épaules pour échapper au vent, je garde les yeux bien ouverts, les lunettes embuées, devant ce splendide spectacle. A cette époque ci, les arbres, qui bordent l'immense plaine, se sont parés d'une adorable couleur orangée en dissemblance avec la température extérieure.
Sur ma droite se dresse une majestueuse forêt. Je m'en approche de quelque pas avant de me sentir étrangement moins tentée d'y entrer. L'ambiance qu'elle dégage est menaçante et oppressante. Sans réellement savoir pourquoi, mes jambes s'en éloignent d'elles même pour me remettre en route. Brave corps! Un peu plus loin je distingue une minuscule cabane pierreuse qui menace de s'effondrer. Il y a du mouvement au-dedans.
Qui peut bien vivre dans cette cassine ? C'est tellement petit. J'ai l'impression de rêver lorsque qu'un immense bonhomme en sort, accompagné d'un chien qui se met précipitamment à m'aboyer dessus. L'homme aussi poilu qu'un ours, de dos jusque-là, fait d'emblée volteface puis se met à exécuter de grands signes.
J'ai peur!
Courageusement ou non je m'approche de lui avec précaution, ma main droite cramponnée à ma baguette sous mes lourdes robes. Ne tente rien Molosse, je suis armée!
-« Bonsoir ! » me lance-t-il joyeusement de là où il est.
Toujours sur mes gardes je lui rends son salut d'un timide hochement de tête, ce qui n'a pas l'air de le perturber plus que ça.
-« Si j'me trompe pas vous devez être la française envoyée par l'ministère ? »
-« C'est ça. »
De près il est encore plus imposant. Par Merlin ses mains sont énormes! Je sens son chien grogner à côté de moi. Affolée je m'oblige à lui jeter de furtifs coups d'œil pour m'assurer qu'il ne me saute pas dessus.
-« Dumbledore m'a prévenu d'votre venue. Le château est par là, venez je vais vous y conduire. »
Il siffle son chien pour le faire venir prêt de lui avant de reprendre :
« Vous n'avez pas à vous inquiéter, il n'est pas méchant. » Son doigt désigne la créature à quatre pattes accolée à sa jambe.
Hum, j'ai quand même de sérieux doutes là-dessus. Si ça se trouve ce demi-géant est un leurre dont la mission est de m'emmener me faire éplucher par un être démoniaque caché quelque part dans la forêt. Son chien est seulement là pour me rattraper si je tente de m'enfuir! Je crois que j'ai débloqué pour de bon, mon système nerveux me lâche… Pas de panique, il a mentionné un certain Dumbledore, donc techniquement c'est que tout va bien. Quoique, réflexion faite, je ne l'ai jamais rencontré lui non plus! Tout ce que je sais de lui c'est qu'il souhaiterait faire ma connaissance pour que j'intègre un curieux ordre. Dans quoi suis-je encore tombée moi…
-« Nous y voilà ! » me prévient-il avec gaité.
On n'imagine pas que de tels endroits puissent exister. Je suis sorcière pourtant, ça ne devrait pas m'étonner au point d'en rester muette.
Et ça c'est une école? Bah, qui l'eût cru.
-« Bon et bien j'vais vous laisser aux bons soins d'notre concierge, monsieur Rusard. Il va vous montrer le chemin jusqu'au bureau du directeur. »
Un peu et je pourrais presque croire qu'il est déçu de devoir me quitter. Face à moi, campant dans l'encadrement d'une porte aussi haute que large, un homme m'inspecte méchamment, son chat lové entre ses bras désossés. Qu'est-ce qu'ils ont tous avec leurs animaux. Après le chien, voici le chat.
Je remercie poliment mon premier guide avant de rejoindre le second bien moins souriant et loquace. Je commence sérieusement à regretter l'autre avec son toutou. L'intérieur du château est encore plus majestueux que l'extérieur. Les couloirs, éclairés par des torches et décorés de nombreuses armures et tableaux, dans lesquels se jouent des scènes insolites, dégagent un étonnant sentiment de sécurité. Les escaliers ont été une véritable épreuve. Même le concierge semblait frustré et perdu quand ils se mirent à bouger d'un palier à l'autre. Au final nous avons dû mettre un long quart d'heure pour enfin parvenir devant une drôle de gargouille.
Une gargouille? Je pensais que l'on devait rejoindre le directeur? Attendez, ne me dites pas que… Cette immonde chose en pierre, dressée dans un renfoncement, n'est autre que le Dumbledore en question?! Peu probable mais bon, il faut s'attendre à tout ici.
-« hum, excusez-moi mais qu'attendons-nous exactement ? » Ma voix est si basse que j'eus du mal à l'entendre moi-même.
Pour toute réponse, il se contenta de lever exagérément les yeux au ciel avant de prononcer quelque chose que je n'ai pas réussi à saisir. La seconde suivante la gargouille pivotait sur elle-même pour faire apparaitre un nouvel escalier mais en colimaçon cette fois ci. Tout en tapant furieusement du talon, le concierge me fit signe de monter avant de repartir se perdre dans les couloirs. Hum, très agréable cet homme, vraiment.
Dénouant l'épaisse écharpe de mon cou pour gagner en oxygène, je grimpe marche après marche avant de prendre une profonde inspiration et finir par fracasser trois fois mon poing sur la lourde porte en chêne qui me barre le passage. Je n'ai pas eu à attendre longtemps avant que celle-ci ne s'ouvre en grand.
Hum, c'est une réunion de famille ou bien… ? Que font tous ces gens ici ?! J'avais rendez-vous avec un certain Dumbledore pas avec l'école entière il me semble! Si je compte bien, avec moi, on devrait être six. Rien que ça…
Seuls deux personnes sont assises, un vieil homme et un très vieil homme. Par déduction et d'après sa place au milieu des autres je suppose que celui à la longue barbe blanche doit être le directeur. Pour ceux qui l'entourent, on verra plus tard. Lorsque je pénètre la pièce baignée d'une lumière vive j'ai la désagréable sensation qu'un courant électrique me traverse. Un champ de protection. Je suppose que seuls les individus invités à entrer le peuvent.
Tous ces regards braqués sur moi me brulent la peau, c'est franchement pénible. Je devine bien ce qu'ils pensent : « Alors c'est ça ce qu'ils nous envoient. Ce n'est pas glorieux… ».
Alors que je n'ose quasiment plus respirer, le vieillard se lève.
-« Bonsoir. Miss Cordier c'est bien ça ? »
-« Euh oui c'est ça. »
-« Je me présente, je suis le directeur de cette école, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore. Nous vous attendions avec impatiente.»
Ceci n'est pas un nom mais une phrase! A côté le mien fait pâle figure.
Lorsqu'il me sourit j'ai le sentiment de revivre. Il n'est pas si effrayant que ça finalement, on dirait un bon vieux papi gâteux. En revanche, pour ce qui est de l'homme entièrement vêtu de noir, il est clair qu'il n'a rien d'affable. En dépit de l'obscurité qui l'entoure, j'arrive tout de même à percevoir les deux puits sombres qui lui servent d'yeux étant donné qu'il les a amarrés sur moi depuis mon arrivée. J'écoute d'une oreille distraite Dumbledore présenter chacune des personnes présentes. J'apprends ainsi que trois d'entre eux sont professeurs ici. Minerva MacGonagall enseigne la métamorphose, Horace Slughorn les potions, quant à celui, à l'abri dans son coin, du nom de Severus Snape, il se charge de la défense contre les forces du mal. Le dernier, c'est un auror. Alastor si j'ai bien compris. En bref des membres de l'Ordre du Phénix. En parlant de Phénix, j'en discerne un derrière le bureau du directeur. Son magnifique plumage carmin, aux reflets dorés, n'aspire qu'à être touché.
On me propose de m'assoir mais je refuse, je suis mieux debout au plus près de la sortie.
Commence alors une longue explication de ma présence ici. J'énumère dans l'ordre les renseignements transmis par mon supérieur qui sont les suivants : « En raison d'un manque important d'effectif, j'ai été envoyée à Poudlard dans l'espoir de pouvoir apporter mon aide à l'ordre du Phénix présidé par Albus Dumbledore. Mon but étant de collecter un maximum d'informations en rapports à une certaine organisation de mages noirs qui sévissent en Angleterre. » . Tandis que je clos cet exposé brodé par mon patron, je prends l'initiative de m'avancer en direction du bureau pour y déposer mon contrat. Il le survole avant de le reposer pour s'emparer d'un bonbon au citron planqué au creux un tiroir. Son geste, toutefois anodin, fait instantanément bouillonner la femme au chignon strict, qui ne se prive pas de lui adresser un regard lourd de sens. On est diabétique papi ?
L'auror se permet de le consulter à son tour, chose que j'aurais préféré éviter compte tenu de son soudain froncement de sourcils.
-« Aucune trace d'enquête de terrain là-dedans! Ils nous ont envoyé une vulgaire femme de bureau ! »
PARDON ?!
-« Inutile de crier Alastor, si elle est ici c'est pour une bonne raison non ? »
-« Connerie oui, il se foute bien de nous ces français ! Ca n'est mentionné nulle part qu'elle est Auror. »
-« Quoi ? Auror ? Mais je ne suis pas Auror ! » Je m'offusque avec entrain, l'estomac gélifié.
-« Vous voyez ! »
Ok, Bonjour l'entrée en matière… Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ce qu'il se passe exactement ?
-« Voyons, si cette jeune demoiselle est ici, c'est parce qu'Albus l'a voulu. Jamais il n'aurait fait l'erreur de ne pas se renseigner sur notre nouvelle recrue Alastor. »
-« Horace à raison mon ami, je l'ai d'ailleurs choisis entre plusieurs autres candidats. »
Le calme du vieil homme m'impressionne. Avec une simple phrase il est parvenu à faire régner un silence de plomb. Un peu plus et je détalais à grand renfort de jambes!
Hélas la tension n'est pas retombée pour autant et si j'en crois la grimace peinte sur le visage de l'Auror, il est dans mon intérêt que j'intervienne.
-« Je… Hum il me semble qu'il y ait un malentendu, J'avais cru comprendre être envoyée ici afin d'amasser un maximum d'informations sur des… des mangemorts. »
-« C'est exact. »
-« Alors je ne vois pas très bien en quoi être Auror ou non pose problème. »
-« Et comment pensez-vous les trouver ces informations ? »
L'intonation se voulait basse et arctique. Je n'avais encore jamais entendu une voix pareille, aussi froide, aussi dure. Il ne m'a fallu qu'une demi-seconde pour faire le rapprochement entre elle et son propriétaire. La silhouette, jusque-là gentiment adossée au mur du fond prit pleinement la lumière. Hum, à choisir, j'aurais préféré qu'il y retourne.
Affublé d'un assortiment de vêtements couleur ébène, l'homme, au teint blafard et aux cheveux noirâtres s'élance dangereusement vers moi. Intimidée, je reste clouée au sol alors que mes yeux ne quittent plus les siens. Ses traits lugubres lui donnent l'air d'un glaçon endeuillé. Tout porte croire que je lui inspire quelque chose entre la pitié et le dégout. Ça commence bien…
« En effet. »
Euh? Je… quoi ? Il m'a parlé ?
Une grimace se dessine subtilement sur sa figure imberbe. Non, je suis persuadée qu'il s'adressait à moi et désormais il se MOQUE de moi…
-« Albus, cette gamine n'a rien à faire là. »
-« Je ne suis pas une gamine! »
-« Votre réponse le prouve pourtant bien. »
Son sourire suffisant me tape sur les nerfs! Retenez-moi ou je vais en faire de la bouillie! C'est qui celui-là ?! Se manières sont déplorables !
-«Nous n'avons pas le temps de trouver quelqu'un d'autre Severus, les mangemorts se rassemblent demain soir. »
Alors que le croque-mort, taillé dans un piston de solex, s'apprêtait à répliquer quelque chose, Le directeur le fit rapidement taire d'un revers de main.
Bien joué papi!
-« Nous verrons ça plus tard. » Lance-t-il « En attendant j'estime que le reste de l'Ordre nous a suffisamment attendu. »
Alastor Maugrey me dévisage de là où il est, sans doute à flairer toute erreur de ma part. Malheureusement pour lui, je suis bien décidée à faire bonne figure alors il peut se gratter. Le professeur MacGonagall me fait signe de la rejoindre, le bras tendu, de sorte à ce que je me positionne sur sa gauche. D'un informulé elle enflamme l'âtre de la cheminée. Je n'ai jamais affectionné ce moyen de transport, on en ressort constamment couvert de suie. Alors que l'intensité du brasier s'amenuise, je la regarde s'y engouffrer et prononcer distinctement « Square Grimmaurd » avant de disparaitre, avalée par une fumée opaque. Ça donne terriblement envie de la suivre… Je pénètre à mon tour à l'intérieure avec l'élégance d'un âne et annonce la destination. Mes yeux se fermes d'eux même. Les rouvrir s'avère bien plus compliqué. Je bats des cils l'espace d'un instant pour y voir plus clair. Il me semble avoir atterrie dans une salle à manger, et encore une fois elle est pleine à craquer… tout le monde me fixe, certains surpris, d'autres dubitatifs. Quand je décide enfin à sortir de là, une voix féminine au timbre affable m'alerte, trop tard cependant, du danger imminent :
-« Attention où vous mettez les pieds. ».
J'ai juste le temps de baisser les yeux que je sens mes orteils s'écraser contre une dalle à moitié déchaussée. Je bats des ailes par reflexe, en désespoir de cause, avant de m'étaler sur le sol. A la réception c'est mon poignet droit qui a tout prit, je crains qu'il ne soit foulé.
Derrière moi, Snape vient d'apparaitre. Ça ne pouvait pas être pire ! La mine excédée qu'il affiche finit de m'humilier pour de bon.
Fin du flash-back, retour à la réalité !
J'aurais dut interpréter cette malchance offensante comme un signe du destin. Mais non ! Il a fallu j'accepte la mission malgré tout.
Nous sommes rentrés par transplannage expresse directement au QG. En franchissant l'entrée, Un bruit d'éclat me vrille les tympans. Dans un fracas incontrôlable, une tornade rousse débouche de la cuisine, encombrée d'un panier chargé de nombreuses potions. Molly.
Bigler sur toutes ces couleurs visqueuses dans des fioles m'écœure. J'ai du mal à saisir ce qu'elle raconte mais mon cerveau retient l'essentiel : elle était inquiète pour moi. Fait plutôt étonnant, étant donné que je ne la connais seulement depuis 24 heures. Selon elle, un membre de l'équipe se serait hâté d'envoyé un patronus corporel pour les avertir qu'un blessé était à envisager. Et c'est pour cette raison qu'elle a préparé de quoi soigner une armée. La voir ainsi alarmée fait naître en moi une quiétude agréable. Il est rare de connaître un p'tit bout de femme si énergique.
Snape, épais comme une chaine de puits, me bouscule pour libérer le passage et rejoindre les autres au salon. Tandis que je m'enfile deux potions contre la douleur presque instantanément, des bribes de voix étouffés jaillissent de la pièce d'à côté. Molly me jette un regard crispé puis s'éclipse elle aussi. Le moral en flaque, j'entends les mots « Miss Cordier » et « incapable » être prononcés dans une seule et même phrase. Ça ne me plait pas. S'ils désirent cracher sur moi, autant le faire discrètement.
Absorbée par leur conversation houleuse, je choisis d'aller trainer mon corps en papier de soie jusqu'à la cuisine pour mieux les écouter. Je patiente un instant, dans l'ombre, curieuse de savoir ce que ce cher Snape peut bien leur déballer de croustillant à mon sujet. Et alors que je m'apprêtais à coller mon oreille contre le battant, une force irrépressible me fit brutalement chanceler.
Quelque chose ne va pas. Atteinte d'une fébrilité croissante, je lutte pour garder mon équilibre, tous mes sens aux aguets. Désorientée, je cherche des yeux la cause de mon soudain malaise avec la déplaisante impression d'être épiée. Lorsque la sensation s'estompe mon ouïe détecte, peu à peu, un bourdonnement sonore quasi imperceptible qui finit par disparaitre après coup. Je commence à penser que la fatigue me fait délirer.
Ça bouge à l'étage. Proche de l'escalier, j'y passe la tête, ma nuque arquée, dans l'espoir d'apercevoir le palier du dessus, avant de plonger sur deux orbes d'un vert profond. Je mets plusieurs secondes à réaliser qu'il s'agit d'un jeune garçon, dont le torse dépasse du garde-corps. Accoudé à la rambarde, il me scrute sans pudeur par-delà ses lunettes rondes. J'ouvre la bouche pour dire un mot au moment exacte où la porte du salon s'ébranle.
C'est Snape.
-« Entrez. » m'ordonne-t-il, une main sur la poignée d'argent.
Je ne me fais pas prier.
La boule au ventre, je me faufile dans la minuscule pièce, où l'on étouffe. Je sais que pas mal de personnes présentes m'en veulent pour ce soir, ça se lit sur leur visage. On m'indique un siège sur lequel je m'assieds volontiers. J'écoute attentivement Remus donner la liste des mangemorts en fuites et je la trouve longue, beaucoup trop longue. Ça souffle dans l'assemblée à la lecture des noms que je ne reconnais pas. Dumbledore est là et il me regarde. Son air serein détonne tant et si bien avec le reste que j'en viens à me demander si il n'est pas sénile en définitive. Il va même jusqu'à m'accorder un sourire compatissant.
Pour résumer, 18 mangemorts sont parvenus à décamper, c'est énorme et même moi j'en prends durement conscience.
Honteuse, je finis par baisser la tête pour reluquer mes mains toutes éraflées. Un silence de mort règne dans le salon et je suis terrifiée à l'idée de le rompre pour m'excuser. Molly, ange gardien à mi-temps vient discrètement se placer derrière ma chaise, préparée à sauter sur le premier qui aura l'audace de lancer les hostilités, j'ai bon espoir pour Snape. Et pourtant, après d'interminables minutes, aucun ne s'y est encore aventuré. Hum, il est temps de l'ouvrir les gars, arrêtez de faire durer le plaisir, c'est insupportable. Sur le point de perdre mon sang froid, un léger raclement de gorge me fait tressaillir. C'est Arthur, le conjoint de Molly, comme quoi ces deux-là se sont passés le message de me sauver la vie.
-« Eh bien, ça aurait pu être pire. Nous en avons tout de même attrapé quatre. » Il articule, un chat dans la gorge.
Oups, grossière erreur… Ça c'était la pire approche que la terre ait connu Monsieur Weasley…
La météo annonce de l'orage, la foudre va frapper et aujourd'hui devinez qui s'est déguisée en paratonnerre ?
Je distingue les cheveux de Tonk, passer d'un doux rose pastel à ce qui ressemble davantage à du roux. La mâchoire de Snape s'est contractée et j'ai cru apercevoir Remus se saisir de sa baguette rangée dans sa manche. Tous aux abris, ça va péter. Et comme prévu, la salle explose. Plus personne ne s'entend, chacun cherchant à dominer l'autre aux milieux du vacarme. Je suis la seule, sans compter le directeur, à rester assise tranquillement en attendant que ça passe. Snape me montre délibérément du doigt avant de continuer d'hurler je ne sais quoi à Remus et Kingsley qui essayent malgré tout de prendre ma défense. Molly dispute Arthur pour son manque de tact et Tonk s'efforce à ramener un peu de calme alors que Sirius s'amuse de la situation. Les voir se battre me gêne. Si on en est là c'est entièrement de ma faute.
J'ouvre la bouche pour m'exprimer mais rien n'en sort. C'est désespèrent, je suis désespérante. Deuxième essai infructueux, troisième essai inutile. On ne va pas aller bien loin. Le vieil homme sirote son café comme si de rien était. Harassée par ce remue-ménage, je décide de me lever du siège et de frapper avec vigueur la table de ma main gauche. Primo, je me suis fait super mal, deuzio, ça n'a eu aucun effet probant et tertio, Tonk est désormais hilare parce qu'elle a tout vu. J'ai envie de mourir…
Je souffre le martyre mais garde espoir. Je me réserve l'espace d'une seconde pour que ma pauvre paume puisse récupérer puis j'empoigne ma baguette et lance un sortilège de Sonorus. On inspire, et…
« - J'EN AI ASSEZ ! »
La fin de ma micro phrase s'est volatilisée dans les aigus et ma migraine me le faire joyeusement savoir. En revanche, je suis forcée de constater que plus personne ne parle. Tonk, qui est partie se réfugier dans la cuisine, éclate d'un rire fou.
J'ai la forte intuition que mes joues ont viré rouge pivoine. Tout le monde m'observe et Snape à l'air effaré.
-« Non mais vous n'êtes pas bien par Mer… »
-« Vous la ferme ! »
OH ! C'est sorti tout seul ! Je le regarde trembler de rage, ainsi engoncé dans sa redingote. Moi je tremble de peur. J'aimerais m'échapper, l'ennui c'est que je n'ai plus le droit de m'arrêter là, alors autant tout déballer.
-« j'en ai marre ! J'en ai marre de vous écouter m'insulter en permanence ! J'en ai marre je vous entendre meugler, j'en ai marre de vos histoires de mangemorts, de magie noire et de votre Voldemort machin-chose! Si des abrutis sans cervelle ont décidé de servir un malade à gueule de reptile qui se prend pour dieu et bien c'est leur problème! J'en ai marre de vos légendes et prophéties à la noix ! J'en ai marre de vos cheminées ! J'en ai marre de moi ! J'en ai marre d'être maladroite et superflue ! Et je déteste les rats !
S'ils ne me prennent toujours pas pour une demeurée, je ne sais pas ce qui leurs faut.
-« j'ai pas demandé à faire ce genre de boulot, je… J'ai jamais fait des trucs pareils, espionner tout ça… Moi j'imaginais être là pour aider à la recherche d'informations dans des DOCUMENTS et non dans des abattoirs abandonnés en pleine nuit ! »
C'est bon j'ai fini, y a plus qu'à attendre dorénavant. Quoi ? J'en sais fichtre rien…
Molly me dévisage comme si j'avais des bulles sous le plafond, elle n'en est sans doute pas loin. Tonk a cessé de pouffer et est revenue s'assoir, quant à Snape, il ronge son frein j'ai l'impression. Etrange. Les perles bleutées du directeur résolument rivées sur moi, brillent d'un sérieux inédit. Bizarrement je n'arrive à arracher mes yeux des siens, il y a comme quelque chose à l'intérieur, impossible à discerner d'ici mais je la sens, elle est là, l'excitation. Pourquoi ?
Une main se pose tout à coup sur la mienne. Ce simple contact réussit aussitôt à détendre l'intégralité de mes nerfs à vif. Molly me tend un verre d'eau fraiche et une part de cake. Pour faire bonne mesure, j'en prends une bouchée.
-« Vous devez être épuisée, il y a des chambres de libres au dernier étage, allez donc vous reposer. » m'annonce Dumbledore.
Cette déclaration surprend tout le monde, y compris moi. Refuser me tente mais je n'en ai plus la force. Il me sourit en caressant sa barbe et m'incite à me plier à ses directives. Mon corps bouge de lui-même, je me lève et quitte le salon sans un bruit ni un regard en arrière pour les autres, toujours stoïques.
-« Nous en rediscuterons demain voulez-vous ? »
Bureau du directeur, 23h58 Poudlard !
-« Est-ce trop vous demander de m'expliquer ce qui se passe ici Albus ? Je ne suis pas aveugle j'ai bien remarqué que cette gamine vous intéressait. »
-« Voyons, mon garçon n'avez-vous pas confiance en moi ? »
-« Vous ne me posez pas sérieusement cette question ?! »
Severus, le dos appuyé contre la tablette de la cheminée, hésitait entre garder les bras croisés ou les laisser pendre tout simplement. La journée avait été éreintante et l'unique chose qu'il désirait c'était de retrouver ses appartements. La nouvelle recrue lui avait donné du fil à retordre.
-« Vous l'avez vu comme moi non ? Elle ne vaut rien alors pourquoi s'obstiner à la garder avec nous, elle risque sa vie en Angleterre rien qu'en descendant les marches ! »
-« N'exagérons rien Severus. Et puis vous êtes là pour l'aider après tout. »
-« l'aider ?! J'ai déjà suffisamment à faire avec Potter ! »
-« Vous avez pourtant exécuté le sortilège de Patronus pour avertir les autres il me semble. »
Ce sale vieux fou est vraiment au courant de tout !
A trop serrer les dents, il va finir par se les briser notre petit Severus.
-« Je ne vois pas le rapport, n'importe qui l'aurait fait. »
-« Toujours à vouloir dissimuler ce qu'il y a de meilleur en vous Severus, c'est regrettable. »
-« Je ne suis pas venu pour parler de moi Albus, alors crachez le morceau voulez-vous ! »
Le directeur, confortablement installé dans son fauteuil, prit le temps d'avaler une sucrerie citronnée avant de joindre ses mains calleuses sur son bureau.
-« Je ne peux pas la laisser partir, par maintenant que j'en suis sûr. »
-« Sûr de quoi Albus ? »
-« s'en est un. »
-« Un quoi ?! »
-« Elle en fait partie…»
Et voilà ! La suite est pour bientôt.
