Hola petits liseurs ! Ravie de vous voir !

Chapitre 2

À mon réveil, deux « adorables » potions m'attendaient patiemment sur la table de chevet. Je les juge du coin de l'œil, déjà dégoutée. Le gout âcre qu'elles procurent dans mes souvenirs m'incite à les jeter à la poubelle, le problème c'est que j'ai bien trop mal pour ne pas les avaler. À l'autre bout de la chambre, j'aperçois un miroir sur pied près de la porte. J'hésite à aller m'y regarder mais la curiosité qui ronge mes tripes prend le dessus sur le reste.

Je crois qu'il m'a fallu deux bonnes minutes pour me reconnaître. L'image de mon reflet est lamentable. Mes cheveux, crasseux et désordonnés, me donnent l'air d'un vieux lion mal léché et encore, cette coupe leur va mieux qu'à moi. De multiples traces de sang coagulé maquillent ma peau pâle et un énorme hématome violacé c'est incrusté sur mon front. Du coté de ma jambe ce n'est pas glorieux non plus, je dirais d'ailleurs que ça en devient inquiétant, j'ai tout intérêt à me la faire soigner par un médecin d'ici peu.

Donc pour résumer, je suis effrayante. Une douche s'impose.

J'ouvre aussi doucement que possible la porte de ma chambre et engouffre ma tête dans le couloir. J'étais tellement stone hier que je ne me rappelle même plus par quel prodige je suis arrivée jusqu'ici. Les lieux ne me disent rien, ainsi baignés dans la pénombre. De forts ronflements s'échappent de la pièce sur ma gauche, ce n'est visiblement pas la salle de bain. Dans un piètre reniflement je frotte mes paupières collées par le sommeil, et part pour une petite exploration.

J'ai beau mettre toute la volonté du monde pour rester silencieuse, le parquet est si vétuste qu'il grince sans que je n'aie pu poser le pied par terre. On n'est pas sorti de l'auberge... Après quelques minutes de recherche intensives, je découvre avec satisfaction que la première pièce de l'étage contient une baignoire, un bidet et un lavabo. Alléluia! Par contre il n'y a aucun verrou sur la porte, ça j'apprécie moins mais on va devoir faire avec, ou sans en l'occurrence. Lorsque que j'enclenche l'arrivée d'eau j'ai le plaisir de constater que la tuyauterie fait un boucan effroyable. Debout là-dedans !

L'eau claire que je fais couler sur mes doigts n'est pas de la meilleure température mais c'est suffisant pour que mon corps s'attarde dessous. Je m'extirpe de mes vêtements, qui soit dit en passant sont foutus, et grimpe dans la baignoire. Pas de rideau non plus, quel luxe mes amis!

J'attrape la savonnette et commence à m'astiquer! Jamais je n'ai autant savouré une douche de toute ma vie. Un peu et je me mettrais à chantonner Beyond de sea.

Trouver une serviette après ça s'avéra assez compliqué, à tel point que j'ai dû m'essuyer avec une quantité non négligeable de gants de toilette. J'ai, une nouvelle fois, enfilé mes vieux habits déchirés le temps de retourner dans ma chambre et d'en trouver d'autres propres dans la penderie bancale. J'y ai déniché un vieux jean trop grand et une chemise blanche en coton.

Une agréable odeur de pain grillé et de café chaud vint alors chatouiller mes narines tandis que mon ventre vide, se tordait dans tous les sens pour crier famine. Molly la sauveuse est de retour j'ai l'impression. En descendant prudemment une à une les marches inégales de l'escalier, les évènements de la veille me mirent une claque. L'idée de revivre une seconde réunion de ce genre me coupa l'appétit.

C'est donc nauséeuse que j'atteins le rez-de-chaussée, emplie d'une appréhension croissante. Par chance, je ne rencontre personne au salon, peut être dorment-ils tous encore ? Cette question meurt bien vite dans mon esprit embrumé puisque ça bouge dans la cuisine. Avant d'y rentrer je jette un coup d'œil furtif aux personnes présentes et m'aperçois avec joie que Snape n'est pas là, seuls Molly et Sirius sont assis à table. Merci Merlin !

-« Bonjour. » Dis-je timidement en remontant mes lunettes par pure mécanisme.

Molly bondit pratiquement de sa chaise en m'entendant.

-« Oh Bonjour jeune fille! Je suis ravie de vous voir ! »

Sirius se tourne vers moi dans un sourire malicieux avant de me tirer un siège.

-« Content de voir que vous allez un peu mieux qu'hier. Du café ? »

J'acquiesce en silence alors qu'il m'en verse un peu dans une tasse en porcelaine.

-« Hum, je me suis permise de prendre une douche et d'emprunter des vêtements, j'espère que ça ne pose pas problème ? »

-« Pas du tout, toutefois vos cheveux sont encore humides, vous allez prendre froid. »

Je me contente de faire non de la tête et de boire une longue et brûlante lampée de café. Qu'est-ce que ça fait du bien !

-« Avez-vous pris vos potions ce matin ? » m'interroge Molly, septique, en me glissant une assiette pleine de tartines au beurre.

-« Oui, merci. »

-« Très bien. Remus vous emmènera voir Pomfresh dans la matinée pour qu'elle s'occupe convenablement de vos blessures. »

-« Pomfresh ? »

-« Oui, c'est l'infirmière de Poudlard. »

En entendant Poudlard, j'ai failli recracher ma gorgée sur la table.

-« Po..Poudlard ? Je ne pensais pas y retourner si tôt. »

-« Ce cher Dumbledore a insisté hier soir pour vous y voir aujourd'hui. C'est pour votre bien ma chérie, vous ne pouvez pas rester dans cet état. »

Hum… et moi qui m'imaginais pouvoir retourner en France dès l'heure du déjeuner pour rejoindre l'hôpital le plus proche. Déçue, je finis par mordre mollement dans l'une des tranches de pain mises à ma disposition tout en examinant les autres mets placés face à moi. Un objet attire néanmoins mon attention. Du côté de la corbeille à fruits est soigneusement plié le journal du matin. Je tends le bras et l'agrippe pour en lire les gros titres. On y apprend catastrophe sur catastrophe, c'est abominable, la situation en Angleterre est incontestablement mauvaise. Je découvre qu'une soit disant fuite de gaz a fait exploser un immeuble d'une dizaine d'étages dans un quartier moldu. On dénombre 12 morts et 5 blessés graves. A la page 4 apparaissent 3 avis de recherche concernant des mangemorts en fuites et à la 8 un article dénonce des faits troublants et inexpliqués sur la disparition de plusieurs aurors. Sirius m'observe et patiente, les mains croisées devant son visage marqué. Je n'ose pas le regarder à mon tour. J'ai honte, honte d'avoir fait échouer hier soir une mission qui aurait pu, sur le long terme, réduire le nombre d'incidents gravés noir sur blanc dans la gazette. La bouche pâteuse, je n'eux pas tout de suite conscience de froisser le quotidien, trop concentrée à m'insulter. Mon ventre gronde mais je n'ai plus faim, je préfère abandonner le reste de mon toast dans mon assiette. Même mon café a un gout de cendre… Abattu, mes ongles me paraissent soudains d'un grand intérêt. Sirius se penche et s'empare du journal sans l'ouvrir.

-« C'est comme ça depuis des mois. »

J'ai soif de lui répondre, dans savoir plus, seulement je n'ai rien d'intelligent à dire. En France, les ennuis qui bousculent notre tran-tran au ministère se résument par des corvées administratives.

-« Chaque jour, il y a des morts. Nous sommes trop peu nombreux pour tous les ... »

-« Sirius ! » L'arrête alors Molly « Elle n'a pas besoin d'écouter ça. »

-« Ce n'est rien !» je m'empresse d'ajouter en gesticulant. « Je ne me doutais pas que la situation était si… »

-« Critique ? Elle l'est. »

-« Hum… »

Comment ai-je pu me déplacer jusqu'ici sans même me renseigner un tant soit peu ?! Les attaques de Snape à mon égard étaient justifiées, je ne suis qu'un poids et le pire c'est que je n'y peux rien.

Cette révélation me fit l'effet d'une poutre en pleine poitrine, j'ai l'humeur qui boite. Obnubilée par ma propre idiotie j'entendis subitement les escaliers craquer. Quelqu'un descendait lentement les marches. Dans un mouvement étriqué, Je fais pivoter ma tête de façon à voir l'entrée et écarquille les mirettes. Dressé dans mon dos, une paire d'yeux verts me dévisage avec intensité.

C'est le garçon d'hier soir !

-« Harry ! Bien dormi ? »

Il hoche du menton avant de partir s'installer en face de moi, j'ai du mal à croire aux coïncidences. Molly s'affaire aux fourneaux pour lui apporter un mug jaune poussin qu'elle remplit d'un liquide fumant. Du chocolat chaud. J'ai besoin de m'occuper les mains. J'empoigne ma cuillère trempée de café que je mouline dans tous les sens quand, d'une petite voix, Harry prend la parole.

-« Bonjour. »

Pour le moins surprise, je relève un œil sur lui, pas bien sûre d'avoir compris, il donne l'air d'attendre une réponse.

-« Heu… Bonjour, à moi ? » Il agrée « Ah, et bien bonjour. »

Mon dieu il est plus jeune que moi et pourtant j'ai la sensation que la gosse ici c'est moi.

-« Je te présente Amanda Cordier, elle vient d'intégrer l'ordre. Amanda, voici Harry, mon filleul. »

Oh alors c'est son filleul ?! Tout s'explique ! Je me demande où sont ses parents.

-« Ravie de faire ta connaissance Harry, tu peux m'appeler Amanda si tu le souhaites. »

Je lui serre vivement la main pendant qu'il conserve ses pupilles émeraude braquées sur moi.

-« Harry est en 6eme année à Poudlard. » reprend Molly « Comme mon fils. »

-« Oh je vois. »

-« D'ailleurs, Ron n'est toujours pas levé ? » s'exclame-t-elle, les poings sur les hanches « je l'ai prévenu qu'à 10 heure tout le monde devait être prêt, et il est déjà 9h10. »

Au même instant, un bruit dantesque en provenance de l'étage m'arrache un pépiement de poussin étranglé. Harry, lui, continue d'engloutir son petit-déjeuner paisiblement.

-« Ronald Weasley ! » S'emballe Molly « Es-tu incapable de descendre DOUCEMENT ?! »

Alors lui, y a pas de doute, c'est bien le fils d'Arthur et Molly, il suffit de voir ses cheveux pour comprendre. Ils ont exactement la même couleur, c'est bluffant.

-« Mais maman, c'est pas d'ma faute, Fred m'a poussé ! »

Derrière lui, inclinées sur le garde-corps, Deux tignasses rousses à la tête identique s'emploient à dissimuler un sourire complice. Je mettrais ma main à couper qu'eux aussi font parties de la famille. Et effectivement, leur mère le confirme. Elle m'explique qu'elle a six fils et une fille. Sacrée fratrie ! Ça ne doit pas être facile tous les jours…

Lorsque je me présente aux jumeaux, ceux-ci me répondent à tour de rôle, tout en terminant systématiquement la phrase de l'autre. Je ne sais pas s'il faut en rire ou s'en inquiéter.

Une fois que tout le monde a fini de grignoter quelque chose, les garçons montent se préparer avant le départ. Je les entends se disputer la place dans la salle de bain, leur dentifrice ou encore leurs calçons, là par contre je ne veux RIEN savoir. A mon grand étonnement, ils redescendent en vitesse, sac en main et chaussures aux pieds.

Remus, rentré la veille, vint nous escorter pour Poudlard, Harry les fils Weasley et moi-même un peu après 10h00.

Transplaner juste après un repas n'est pas nécessairement une idée géniale et la figure de Ron le prouve. J'ignorais que l'on pouvait avoir un teint aussi vert, encore une fois j'en reste confuse, il n'a vraiment pas l'air bien. Remus, pressé par le temps, finit par s'éclipser, me laissant seule avec eux. Là, je suis partagée à savoir qui est responsable de qui. Harry prend la tête du troupeau et nous entraine direction le château. Nous empruntons exactement le même chemin que j'ai utilisé hier avec le Géant du cabanon. Et quand on parle du loup, je crois l'aperçois se diriger par ici. Il n'a pas mis longtemps à nous reconnaître et se met à faire des signes vagues, ponctués d'un éblouissant sourire. Ron et Harry, restés jusque-là silencieux, se mirent à galoper avec enthousiasme pour le rejoindre.

-« Vous le connaissez cette euh… homme ? »

Fred (ou George) ouvrent de grands yeux avant d'éclater de rire suivit de près par son frère George (ou Fred).

-« Tout le monde le connait ici, Hagrid est notre Garde-chasse. »

Depuis quand une école a-t-elle besoin d'un Garde-chasse ? Bon il est vrai qu'avec la forêt qu'il y a ici, il risque d'être plutôt utile en effet. Je le vois venir vers moi.

Pas bouger, on ne sait pas encore de quoi il peut être capable. Avec le corps qu'il a, une gifle et je suis par terre.

-« M'zelle Cordier, j'pensais pas vous revoir, quel plaisir! »

Je lui souris, enfin j'essaye. Au vu des regards qu'ils me lancent je dois plutôt grimacer.

-« Ca va Miss ? »

-« Euh…Oui, aucun problème ! »

-« Alors, c'week-end prolongé, il s'est bien passé ? » S'extasie-t-il en bifurquant sur Harry.

-« Impec, Mione est repartie chez ses parents hier matin avec Ginny. Elles ne devraient pas tarder.»

-« Comme nous sommes dimanche, vous n'aurez cas passer m'voir cette après-midi pour boire l'thé. »

J'ai la ferme intuition que cette invitation fortuite m'inclut également. Alors qu'Harry et Ron acceptent avec joie, moi je me tais et préfère prétendre ne rien avoir entendu, avec de la chance ce soir je serais allongée dans MON lit en FRANCE, à siroter une bonne tasse de thé au jasmin.

Plus l'on progresse plus l'école se dessine devant nos yeux. Apparemment je ne suis pas la seule à trainer des pieds. Ron souffle et se plaint de n'avoir strictement rien « pigé » au devoir de défense à rendre pour ce mardi. Défense? C'est la matière de Snape non ? Pauvres gosses, laisser enseigner un sadique pareil devrait être interdit par la loi!

-« Nous y voilà! J'dois passer aux serres avant midi. J'vous laisse là jeunes gens! »

-« Les serres ? Il y a des serres ici ? »

-« Oh oui un grand nombre! C'est le professeur Chourave qu'est chargée de s'en occuper. »

-« je vois… »

Peut-être acceptera-t-elle de me fournir en feuilles d'Anoline avant de partir (vous comprendrez plus tard).

Tandis que j'observe Hagrid s'éloigner, je revois me jugement le concernant. Réflexion faite il n'est pas si terrifiant, si l'on met de côté sa taille évidemment.

Ce matin le Hall n'est désormais plus qu'un amas d'élèves en effervescences, toutes années et maisons confondues. C'est un tohu-bohu, la foule se bouscule dans les couloirs, on ne sait plus où donner de la tête. Arrivé à la Grande Salle, j'abandonne les garçons pour poursuivre ma route. Si je me souviens bien le bureau du directeur se situe au deuxième étage, reste à savoir comment l'atteindre. Je croise un groupe d'étudiants au blason rouge et or et leur demande gentiment mon chemin. Ils détaillent un instant mes vêtements de fortune beaucoup trop larges avant de m'indiquer une direction. J'imagine que le fait d'avoir défilée une demi-heure après ça m'a démontré qu'il ne faut jamais faire confiance aux jeunes, ils sont cruels.

Charmant… 11h00 approche et j'aire platement comme une âme en peine échouée dans une aile déserte de Poudlard. Moi qui déteste m'égarer j'ai tout gagné. Qu'est-ce que l'on apprend à faire aux tout-petits s'ils leur arrivent de se pommer quelque part déjà? Ah oui, Rester où l'on, le bras en l'air, à espérer que quelqu'un vienne nous chercher ? Hum, j'hésite à suivre ce conseil… L'école s'est littéralement vidée. J'observe par une fenêtre l'ensemble des élèves s'amuser dehors, profitant des derniers rayons de soleil que leur accorde Octobre avant que l'hiver n'engloutisse tout sur son passage. Je les envie un peu pour leur insolente innocence. D'interminables minutes s'égrènent et je continue de les regarder se chamailler dans l'herbe, je reconnais même Harry qui s'avance vers une jeune fille brune aux cheveux bouclés et désordonnés, agenouillée patiemment à lire. Dans mes souvenirs, l'ambiance à Beaubâtons n'était pas si joyeuse et folâtre, c'est triste, les français manquent quelque chose.

Ainsi accoudée au rebord de la fenêtre, je n'avais pas fait attention ni à la silhouette menaçante, planquée dans l'ombre d'une colonne, ni au fait qu'elle vint se placer derrière moi. En revanche, le souffle chaud sur mon oreille je l'ai senti, si bien que j'ai poussé un gémissement pitoyable.

-« Peut-on savoir ce que vous faites ici Miss Cordier? »

Saleté, depuis quand il est là celui-là ?! Quel fourbe, me faire flipper comme ça… il va me le payer !

-« Je visite, et vous, que faites-vous là, Severus ? » Le regard meurtrier qu'il m'adresse me va droit au cœur. Hé Hé! Alors mon grand, tu n'aimes que je sois si familière avec toi ?

Hum… Attendez un seconde, c'est un rictus que je vois naitre sur son visage ou j'hallucine ?

-« Figurez-vous que j'enseigne ici. »

Oh… Oui c'est vrai, je me disais aussi c'était trop simple.

La technique d'intimidation a échoué, je répète, l'objectif a capoté, retraite, RETRAITE !

-« Euh…En effet oui… j'avais zappé ce détail…» C'est quoi cette voix de midinette?! Amanda reprends toi tu veux!

-« vous cherchez quelque chose peut être ? »

-« Non rien en particulier, je vous l'ai dit je visite les lieux, c'est tout. »

-« C'est tout ? Comme quoi, ils y en a qui n'ont rien d'autre à faire que de gaspiller leur temps. »

Il me scanne de haut en bas, je le sens. C'est bizarre, j'ai l'étrange impression qu'il peut lire en moi comme dans un livre ouvert, et j'apprécie moyennement ça. Je commence à me demander si je n'ai pas quelque chose sur la figure. Non parce que là il va vraiment me faire douter à m'étudier comme il le fait.

Il serait peut-être temps d'arrêter là!

-« Vous… ? »

Je …?

Ok alors là si moi je suis spéciale lui il est carrément timbré ! Hier il me hurle dessus comme un chien et aujourd'hui il perd ses mots ?!

Son attitude m'intrigue, il a beau garder une expression de pure ennuie, ses yeux reflètent de la rancœur. Non, c'est plus dur que ça, je dirais presque que ça ressemble à de l'aversion. Est-ce que je le dégoute tant que ça ? J'ai du mal à croire que n'importe qui puisse nourrir une rage pareille pour quelqu'un qu'il ne connait pas. Quoiqu'avec lui, difficile de savoir à quoi s'en tenir…

Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche et d'émettre un son, qu'il se rapproche finalement de moi pour se pencher tout près de mon visage. Il pince ses lèvres minces et me chuchote, agressif :

« Pensez à débarrasser votre présence indésirable des couloirs, votre idiotie putride va déteindre sur ces cornichons qui me servent d'élèves. »

J'en ai la respiration coupée, à tel point que mon corps vacille. Cet homme est véritablement un salop. Je serre les poings et me tâte à en envoyer un percuter son énorme pif. Ça me démange mais je me retiens, restons civilisés ! Il sourit, satisfait de m'avoir blessé.

-« En fait, lorsque je vous ai demandé ce que vous faisiez là, je voulais savoir ce que vous faisiez encore ici. »

Je ne comprends pas ce qu'il insinue.

-« L'échec d'hier ne vous a pas suffi ? Faut-il d'autres preuves de votre inutilité et de votre incompétence à l'imbécile que vous êtes pour vous rendre compte que votre présence en Angleterre est une erreur monumentale ? »

C'est une blague, dites-moi qu'il rigole?

-« Ou alors, cela vous plait de nous voir rattraper vos misérables conneries ? »

Faites le taire, s'il vous plait…

-« J'ai lu votre dossier, des résultats insuffisants, incapacité à produire un patronus corporel, assignée dans un bureau depuis votre sortie de Beaubâtons et quoi d'autre déjà ? Ah oui, Abandonnée à la naissance. C'est intéressant, comme quoi, certaines existences sont futiles. »

Je ne sais pas quelle tête je fais mais il s'en délecte, un sourire narquois déforme sa figure. Il est tellement proche de moi que j'arrive à lire dans ses iris noires toute la joie qu'il ressent à écraser le peu d'estime que je me porte. Jamais encore je n'ai détesté quelqu'un comme je le déteste en ce moment. Je sais qu'il le sait et il s'en réjouit davantage.

Je crois que je commence à manquer d'oxygène. Quand ai-je cessé d'inspirer, je ne sais plus vraiment, en fait je ne saisis plus grand-chose, ma conscience est focalisée sur lui, sur ce monstre à apparence humain. Je souffre, mais je ne veux surtout pas qu'il le sache, je ne veux pas qu'il comprenne qu'il est parvenu à taper là où ça fait mal. Mes mains se sont mises à trembler ce qui me rappelle que je n'ai pas pris ma dose ce matin… Si ça continue je vais devenir agressive et ça c'est hors de question, je dois sortir, il me faut de l'air, et de l'Anoline aussi…

En canalisant le maximum de force qu'il me reste, je projette mes deux bras vers l'avant et le pousse violemment en arrière. Il n'a reculé que d'un pas mais je me sens déjà plus sereine. La posture dans laquelle je suis n'est pas très naturelle, malheureusement je ne peux pas rien faire contre. Tous mes muscles se sont crispés, Ma poitrine s'est resserrée, et ma tête tambourine tellement que je ne perçois presque aucun son. C'est critique, je dois partir. Maintenant. C'est primordial et pourtant une force irrésistible m'oblige à vouloir le blesser tout autant.

-« Alors, voici donc l'opinion que vous avez de moi ? Ça va chercher loin! N'êtes-vous pas fatigué de vouloir sans cesse faire du mal autour de vous ? Vous crachez votre poison sur tout ce qui bouge, à chaque instant. Et tout ça juste pour échapper un tant soit peu à cette frustration que vous avez de ne pas pouvoir vous supporter vous-même ! Vous savez quoi ? J'en ai rien à foutre de ce que vous pouvez penser connaître à mon sujet. Vous me haïssez et bien sachez que c'est réciproque. Vous n'êtes qu'un connard sadique, unsocial et névrosé ! Vous avez si peu connu l'amour que vous en devenez amer et imbuvable envers votre entourage. Ça me dégoute! Allez crever.

Je ne suis pas restée pour attendre qu'il réplique. Je l'ai planté au milieu du couloir une fois ma tirade achevée. A mon grand soulagement il ne m'a pas suivi. Dieu merci, sinon je ne sais pas ce que j'aurais fait, effrayée comme j'étais, incapable de dire si la personne qui venait de lui balancer tout ça était réellement moi … ou quelqu'un d'autre.

En mettant un pied dehors, j'ai couru sans relâche jusqu'aux serres. Curieusement, je n'ai pas eu de problème à les trouver, comme si je connaissais déjà le chemin. J'ai pénétré chacune d'elles à la recherche d'une toute petite plante aux feuilles grises à pointes bleues. Plus les secondes passaient plus je doutais d'en trouver… C'est une minuscule étiquette indiquant « Anoline » qui me fit reprendre espoir.

L'unique plante présente n'est pas encore arrivée à maturité mais elle suffira amplement.

D'un geste vif j'arrache l'une de ses feuilles et la pose sur ma langue. L'effet est immédiat. Tout mon corps se relâche et mes nerfs se détendent. Comment ai-je pu oublier d'en prendre sur moi. Essoufflée, je m'affale sur le sol humide et terreux, mes jambes tendues devant moi. Les paroles de Snape remontent brusquement à la surface avec une lenteur désolante. Je mémorise les informations au compte-goutte tout en regagnant mes esprits. À la fin je retiens UNE chose : Dans la mesure où l'on m'a embauché pour 2 mois, je resterai les deux mois, qu'il le veuille ou non et je promets de lui mener l'existence aussi insupportable qu'il me la rend lui-même !

Un peu plus haut, dans son bureau, était assis le directeur, confortablement enfoncé dans son fauteuil, une tasse de thé fumante à la main. Il n'ignorait rien de la futile tentative improvisé par Severus pour faire déguerpir la nouvelle jeune sorcière. Seulement il n'avait aucun doute sur elle. Elle allait rester pour prouver sa valeur, elle allait rester et ainsi suivre la voie qui lui était destinée. Ou plutôt… Qu'il lui destinait.