Hola petits liseurs ! Ravie de vous voir !
Si vous saviez comme ce chapitre me sort par les yeux! Je n'en peux plus… Je ne sais pas pourquoi mais il m'a posé problème, constamment. J'ai eu bien du mal à le réécrire. Sans vous mentir, je suis dessus depuis 3 jours, du matin jusqu'au soir, 9h/23h! J'ai même envisagé de ne pas l'écrire et d'en publier un à ma sauce… Donc, tout ça pour dire que je n'en suis pas très fière! Et seigneur, qu'est-ce qu'il est long, j'atteins les 7600 mots ! Autant vous prévenir que là, les fautes d'orthographe j'ai dû en zapper une bonne poignée, voire deux, et je m'en excuse déjà. J'ai eu beau me relire au moins 3 fois, quand le texte dépasse les 16 pages votre concentration s'amenuise à une vitesse folle. Alors que je vous écris ce message, je ne l'ai pas encore bouclé, et il me tarde de le publier! S'il vous plait, soyez indulgents envers la petite souris que je suis et qui ne fait que gratter son clavier depuis des heures aujourd'hui… y a à boire et à manger dessus en plus maintenant. Et, allez savoir pourquoi, je ne souffre non pas des doigts mais de la jambe gauche! Un vrai mystère pour la médecine moderne. Pourtant je jure d'être restée assise à une table pour taper à l'ordi et pas avachie sur mon lit! Oui parce que ça m'arrive aussi… Merci à celles et ceux qui auront pris la peine de lire cet aparté. Je sais, les mots de l'auteur sont barbants parfois…
Bonne lecture !
Chapitre 4
-« Pourquoi pleures-tu Amanda ? »
Assise dans un coin obscure, ses jambes étriquées ramenées contre elle, une petite fille, la tête baissée, tentait au mieux de cacher ses larmes.
-« Regarde-moi Amanda, s'il te plait. »
Déphasée, l'enfant secouée de soubresauts releva timidement une paire d'yeux bruns vers la femme agenouillée dans la lumière.
-« Sœur Catherine… Je ne voulais pas, je… je le jure. »
-« Que ne voulais tu pas Amanda ? »
-« J'voulais pas… J'voulais pas lui faire de mal, c'est promis… » Souffla-t-elle, son petit corps enchevêtré dans une robe trop large.
-« j'voulais pas… » Reprit-elle. « J'voulais pas lui faire de mal… »
-« Je le sais mon enfant. »
Tremblante, Amanda tendit une main vers la femme pour agripper le pan de sa cape. Elle serra le poing de toutes ses forces.
-« Il m'a dit d'le faire… je l'ai entendu dans ma tête… J'ai peur sœur Catherine… ne m'laissez pas toute seule…
-« Je n'ai pas l'intention de bouger pour l'instant. »
-« Oui mais après… Après vous serez plus là, après, vous pourrez pas rester avec moi pour toujours… »
-« En effet, mais sache qu'il y aura toujours quelqu'un pour t'aider mon enfant. Il te faudra ouvrir les yeux pour le comprendre. Un jour tu rencontreras cette personne. »
Seigneur… je me sens tellement… tellement… tellement quoi? Ereintée? Trop faible. Ecrasée? Pas loin. Bousillée ? Hum, je pense que l'on peut résumer ça comme ça. En d'autres termes, j'ai l'impression d'être passée sous un camion-citerne, plusieurs fois, pour m'assurer d'être convenablement aplatie. Pas d'inquiétude petit camion, une créature sauvage à trois têtes s'est gracieusement chargée de m'écrabouiller bien comme il faut. Elle s'est même appliquée à faire de moi une larve humaine, c'est Snape qui va s'en réjouir. L'infirmière un peu moins… Rien que d'imaginer la quantité affolante de potions qu'il va falloir engloutir après ça me donne presque envie de rester dans les vapes. Je les vois d'ici, ces fioles aux contenus visqueux et répugnants… Beurk ! Achevez-moi s'il vous plait.
D'ailleurs, il faudra que quelqu'un prenne le temps de m'expliquer par quel miracle j'ai réussi à m'en sortir.
Une vive lumière blanche filtre à travers mes paupières closes. Qu'on l'éteigne, j'ai la migraine! Par reflexe je viens placer mes mains devant pour en diminuer l'intensité en heurtant la monture de mes lunettes. Mon cœur a dû migrer durant mon sommeil pour s'installer confortablement dans mon crane. Reste à savoir où il a foutu le cerveau… Chaque battement est une épreuve.
-« Bon sang… » Je siffle entre mes dents serrées. « Qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour mériter un traitement pareil… »
-« Ça, ma chère, c'est une excellente question. »
En me penchant sur le flanc pour échapper à l'éclairage trop acéré, j'ai la surprise d'apercevoir à mon chevet, le professeur MacGonagall et… Snape! Les deux m'observent, la première avec inquiétude, le second avec indifférence. Bonjour le réveil en douceur. Lorsque nos regards se croisent, il m'adresse un sourire mauvais avant de venir abaisser sur moi son nez tranchant.
Qu'un troll m'assomme, je ne veux pas lui parler! Immobilisée sur l'un des nombreux lits de l'infirmerie, je m'arrange à lui envoyer toute la haine que je ressens à son égard, mais ça n'a pas le moindre effet.
-« Si vous persistez ainsi vous n'allez pas tarder à y rester. Non pas que cela m'attriste, soyez en assurée. »
-« N'ayez crainte, je n'ai pas planifié de mourir prochainement. Vous priver de ma présence serait regrettable. »
-« Quelle touchante attention. Tenez, pour vous … remettre. » Lance-t-il écœuré.
Je le regarde me tendre, successivement, quatre potions plus abjectes les unes que les autres.
Alors c'est ça. Il a choisi de m'empoisonner pour mettre fin à mon existence. C'est bête, je n'avais pas pour ambition de les prendre.
-« Non merci, ça ira. »
-« Vous plaisantez j'espère?! » Aboie soudain Pomfresh, en sortant d'une pièce adjacente « Buvez-les immédiatement ! »
Je vous garantis qu'en temps normal j'ai pour réputation d'être sage et de respecter les directives, notamment quand celles-ci concernent ma santé physique et mental. Seulement, la mine réjouie de l'autre abruti lugubre a plutôt tendance à me faire fumer de colère. Alors j'insiste…
-« Je n'en ai vraiment pas besoin. »
-« À d'autres oui ! »
L'infirmière s'empara elle-même des flacons pour me les refourguer entre les pinces.
-« Et plus vite que ça. Severus lui-même s'est chargé de les confectionner! »
Est-ce censé me rassurer ?!
Comme prévu, leur goût est encore plus atroce que je ne l'avais envisagé. Pour en avoir déjà bu plusieurs la veille, je me doute que Snape a pris un malin plaisir à y ajouter un ingrédient immonde qui en a dénaturé la saveur. Son visage ne reflète aucune émotion tandis que je les ingurgite une par une, mais je sais qu'au fond de lui il jubile. Ce sale goujat! J'vais lui faire bouffer une salade de phalanges…
-« Quel est le diagnostic ? » je mâchonne, une fois les hauts-de-cœur passés.
-« Epuisement physique et magique. » M'annonce Pomfresh. « N'ayant pas suffisamment récupéré de vos précédentes péripéties, votre tension a inexorablement chuté et vous a conduit à faire un malaise vagal. Vous avez dormi une petite vingtaine d'heures»
-« J'ai perdu connaissance? Ça explique pourquoi je n'en retiens que des souvenirs nébuleux…»
MacGonagall acquiesce, en croisant les bras. Son chignon s'est relâché et des mèches grisonnantes partent s'échouer à l'entour de ses joues creuses.
-« Vous avez eu de la chance, encore. Sans Severus je n'ose imaginer l'état de votre cadavre! »
Ma poitrine sursaute. J'ai dû mal entendre.
-« Pardon, je n'ai pas saisi, que voulez-vous dire ? »
-« Eh bien! Votre mémoire doit être drôlement atteinte. »
-« Non je… Je crois que quelqu'un m'a… Enfin je ne sais plus. Je n'ai pas vu son visage. On m'a aidé et…»
-« C'était Severus, voyons ! »
Et BAM fait la claque!
J'encaisse la nouvelle dans un gémissement minable. Le coup est brutal. Une étoile à neutron vient d'alourdir considérablement mon estomac vide et entrave la digestion de cette information. Si mon cerveau était une forêt de neurones, je viens tout juste d'atterrir dans une clairière.
-« De..Sn…Snape m'a porté secours? »
J'ai un mal de chien à concevoir qu'un rustre pareil ait pu risquer sa vie pour m'aider!
-« Combien de fois va-t-il falloir vous le dire? » S'alarme L'infirmière aussi ahurie que je le suis.
Elles pourraient me le répéter une centaine de fois que je n'intègrerais toujours pas, pour la simple et bonne raison que cette perspective est impensable. L'animosité viscérale qu'il nourrit contre moi est trop forte et réciproque, alors pourquoi ne m'a-t-il pas laissé crever ?!
J'amorce un discret coup d'œil dans sa direction. Il s'est assis sur l'une des chaises à ma droite en pliant ses grandes jambes d'échassier. Bizarrement il ne me fixe plus à présent, trop appliqué à lire l'étiquette d'un onguent. Difficile de déterminer lequel de nous deux a les lèvres les plus pincées. J'entends déjà une petite voix me souffler « Reste civilisée et remercie le ! »
Sors de ma tête, conscience bis!
-« C'est…Je… Merci… Je suppose. »
Ces mots m'écorchent presque la langue.
Pourquoi faut-il que je perds systématiquement tous mes moyens lorsque je suis avec lui ?! Il se lève pour toute réponse, un masque impassible plaqué sur sa figure d'acier puis tourne les talons pour partir. Après seulement deux longues enjambées il interrompt sa course et déclare de dos, d'un ton orageux :
-« Je ne veux pas de la reconnaissance d'une gamine incapable dans votre genre. Ne prenez pas mon geste pour de la gentillesse, ça n'en n'est pas. Nettoyer vos restes ensanglantés du sol m'aurait juste apporté plus de travail que je n'en ai déjà. »
Involontairement, je tressaille. Mes veines se glacent sous ses viles paroles, plus que je ne l'aurais voulu.
-« Severus ! Comment pouvez-vous dire une ch… »
-« Inutile de gaspiller votre salive Minerva. » la coupe-t-il avant de débarrasser le plancher. Je le regarde disparaître non sans une certaine aigreur.
Nettoyer mes restes du sol ? Charmant… décidément cet homme est d'une délicatesse hors norme.
-« Ne l'écoutez pas Miss Cordier, ce garçon ne le pensait pas.»
-« Oh je crois au contraire que si professeur. » je déclare sèchement, la gorge tout à l'étroit « Et pour être franche, ça m'est égal… »
Ses traits sévères s'accentuèrent aussitôt dans une expression de forte contrariété. Elle n'est pas d'accord. Je ne comprends pas pourquoi, ce mec est imbuvable.
Au même moment, d'imposantes flammes verdâtres embrasèrent la cheminée du bout de la pièce dans un ronflement étouffé. Remus ainsi que le professeur Dumbledore en sortirent d'un pas rapide, suivis d'un Hagrid quelque peu électrisé. Moi qui râle contre ma coupe le matin au réveil, j'ai de la concurrence on dirait. Ça ondule de la toiture par ici !
Lorsque le demi-géant m'avise enfin, en partie relevée sur mes coudes, il suspend sa progression, tout près de l'âtre où un feu fictif s'amenuise sur des braises imaginaires. Sa pause me tracasse, quelle mouche l'a piqué? Visiblement je ne suis pas la seule à m'interroger sur ce comportement saugrenu. Raide comme un gros épouvantail, les bras ballants, Il est subitement secoué d'un violent frisson, ses petits yeux embués d'un voile liquide. Son imposante carrure s'ébranle, ses genoux s'entrechoquent et comme un enfant en quête d'affection, il se précipite vers moi. L'arbitre a crié : TOP DEPART !
-« M'zelle Cordier! » Il braille en courant.
Affolée de le voir venir si vite, je recule sur mon matelas jusqu'à en atteindre le bord. Trop tard…
-« Quel bonheur d'vous savoir vivante ! »
Je n'ai pas le temps de dire ouf qu'il m'extrait déjà des draps pour m'étreindre d'une force surhumaine. Mes os craquent et appellent à la clémence. Etranglée, je me tortille tel un ver à la recherche d'oxygène. Ma réaction l'alerte et il s'écarte.
-« Hagrid, mais enfin, vous n'êtes pas bien?! Vous allez la briser!»
-« Pardon, j'me suis emporté… C'est que j'étais si heureux d'la voir en une seule grappe… »
Il se met à dansoter, mal à l'aise, en tordant ses doigts noueux. Je le trouve touchant. C'est idiot mais sa présence me refauche le cœur.
-« C'est rien, il m'a surprise voilà tout. » La mine contrite qu'il affiche m'adoucie complètement, je n'y résiste pas. Décidément, il existe vraiment des gens pour vous remettre d'aplomb. D'un empressement exagéré, il recule et dispense sa place à un directeur quelque peu folâtre. Seulement, une curieuse lueur maquille ses iris clairs, qui n'ont rien de leur éclat traditionnel. J'ai le pressentiment que ce qui va suivre va nettement moins me plaire.
…
-« C'est une blague? Ça existent encore ces trucs-là !»
-« Evidemment ! Bon dieu mais dans quel monde viviez-vous…»
Une chimère ? Une chimère ?! Cette créature malfaisante, sortie tout droit d'une mythologie révolue. On n'a pas idée d'avoir un machin aussi dangereux à portée d'une école peuplée d'élèves libres de vagabonder selon leur bon vouloir, aux abords d'une forêt délétère. Ces britanniques n'ont-ils aucun sens des responsabilités ? Et je ne vous parle pas des autres bestioles monstrueuses qu'Hagrid a crues bon de mentionner. Des acromantules, un nid entier soigneusement logé dans cette jungle barbare! Un gang de centaures déchainés en soif de vengeance ! Des gobelins buveurs de sang, des trolls et j'en passe! Le pire, c'est que ça n'en perturbe aucun.
J'hallucine, un vrai cauchemar, la campagne sorcière c'est pas de la tarte. Citadine dans l'âme, je commence à regretter la bonne vieille ambiance urbaine de Paris, là où même un Botruc ne mettrait pas les pieds. Et le poney ils connaissent ? C'est calme, inoffensif, mignon et surtout, ça ne mange personne!
-« Ok, admettons… » Je concède malgré moi « Qu'est-ce que cette chimère fabriquait si près du château ? »
-« C'est le nœud du problème Miss Cordier, nous n'en savons rien. »
C'était bien la peine de se déplacer pour si peu…
-« Rencontrer une chimère au beau milieu de la Forêt Interdite est une possibilité, mais que celle-ci en sorte pour chasser, se révèle copieusement improbable. »
Et il fallait que ça tombe sur moi !
Appelez ça comme vous voulez, le hasard, le destin. Au vu des évènements actuels, je soupçonne mon organisme d'être atteint par le virus « Poisse » qui ne va nulle part sans son ami « misère »…
-« Dans ce cas, peut être que quelqu'un aurait pu l'envoyer pour nous dévorer? »
-« Apprivoiser cet animal est impossible, même à l'aide d'un maléfice. » Développe sagement Remus. « L'hypothèse la plus crédible est qu'elle ait perçu un danger, une menace qui l'aurait forcé à se défendre. »
Je mords brusquement ma joue pour éviter de pouffer. Comment une chose aussi terrifiante, un prédateur alpha de surcroît, puisse prendre peur ? Oh mince j'oubliais que du haut de mes 1m68 j'ai le pouvoir d'intimider quiconque oserait me défier! Restons sérieux…
-« Sincèrement, vous trouvez que j'ai l'air hostile ? Je fais 55kg toute mouillée!»
-«Vous deviez vous trouver sur son chemin. Sans doute. »
-« Sans doute ? »
Je lève un sourcil moqueur. Remus ne donne pas l'impression d'être très convaincu, moi non plus d'ailleurs.
-« Très bien. » Je lance d'une voix forte en réajustant mes lunettes « En acceptant que votre théorie soit fondée, citez-moi une seule bête, terrestre ou non, capable d'affoler cette infamie à trois têtes ? Ou alors, c'est qu'elle a croisé son reflet quelque part.»
Manifestement, j'ai soulevé un point intéressant. UN POINT INTERESSANT ! MOI ? En voilà un concept pour le moins inédit. Mesdames et Messieurs, nous entrons dans une nouvelle ère dans laquelle mon cerveau surgelé a décidé de rompre la glace et d'exposer son intelligence! Quel organe fantastique, pour une fois que je m'en sers.
-« Peu importe. » Insiste tout d'un coup Minerva. « Alastor et plusieurs aurors sont partis inspecter la forêt mais n'ont rien remarqué d'inhabituel. Par conséquent, ce qui pouvait s'y abriter s'est d'ores et déjà évaporé dans la nature. La discussion est close. »
Comment ça close? Je sors d'une agression violente et tout ce qu'elle trouve à dire c'est la discussion est close? C'est injuste, j'en suis sciée!
-« Non attendez … Euh la chimère ? Qu'en avez-vous fait ? Elle est morte ? »
Je sais que persister de cette façon ne me mènera pas à la cour d'assise, mais un semblant d'explication ça ne coute rien.
-« Morte?! Oh par la barbe d'Merlin, bien-sûr qu'non, elle est bien trop précieuse… »
Prise au dépourvu, l'ouverture de ma trachée se bloque, ma salive s'accumule et je m'étrangle, recroquevillée sur mon lit. Ballotée par une quinte de toux atroce, j'enserre le plumon en duvet d'oie qui recouvre mes jambes jusqu'à le déformer. On frôle l'hystérie.
-« Vous ne…l'avez pas tuée?! »
-« Je suis navré Miss mais Hagrid lui a administré un puissant sédatif pour la renvoyer dans la forêt. »
-« Fallait prévenir! Si j'avais su je me serais planquée au lieu de faire front!
Dans l'ombre de mes cheveux, je fulmine, le teint aussi frais qu'un Pitiponk. La mâchoire contractée, je rumine contre eux et contre moi-même avec l'esprit en vrac. Ma vie n'était pas rose, certes. Célibataire endurcie, j'habitais un appartement minable au loyer exubérant pour bosser comme secrétaire au Département de la coopération magique internationale. Mais de là à imaginer que ça pourrait déraper à cette vitesse et finir dans le ravin… C'est quoi, une malédiction divine? Avec le recul, je dois admettre que ce quotidien, fastidieux à tout point de vue, me manque. Je n'occupais peut être qu'un poste de bas étage, mais j'y étais à ma place. Aujourd'hui j'ai le sentiment de jurer avec le paysage qui m'entoure. Tout est si décalé, si inversé. J'en ai le tournis. Ce pays, je ne l'aime pas, leurs coutumes non plus, sans oublier leur sens des priorités ! Morte?! Oh par la barbe d'Merlin, bien-sûr qu'non, elle est bien trop précieuse ! Qu'est-ce que je suis moi exactement ? Ai-je moins d'importance qu'un monstre prêt à tuer ?
Alors que je me sens suffoquer, mes poumons comprimés par une pression aveugle, j'inspire vigoureusement dans l'espoir de retrouver un calme de façade. Ce n'est pas le moment de craquer. J'en ai vécu des vertes et des pas mûres étant petite, les prises de conscience à la noix ça me connait! J'y résiste toujours.
Je relâche peu à peu la couette toute froissée entre mes poings et me fends d'un sourire. Un sourire vide, ni aimable, ni mauvais, un sourire qui n'a de sourire que la forme.
-« je suppose que c'était la meilleure chose à faire. » Ma voix déraille, mais je reste droite.
-« Tout à fait mon enfant. »
Dans un interminable soupire, je pivote pour étendre mes pieds tièdes sur le dallage froid du sol de l'infirmerie. Le touché est grisant.
-« Bon, c'est pas tout ça mais je vais retourner dans mes quartiers. »
-« Vous n'y pensez pas ! » Grogne le dragon qui leur sert de médicomage.
Je n'ai pas l'énergie suffisante pour l'affronter, mon orgueil gonflé d'amertume. Je redresse le menton, un rayon de soleil me chatouille le bout du nez.
-« Je ne vous demande pas la permission.»
Ses pommettes rougissent furieusement.
-« J'ai dit non, c'est NON. Vous êtes trop faible jeune fille, pas la peine de... »
-« Je ne peux pas me reposer ici. Et je suis assez grande pour en décider. »
Furibonde, elle claque sa langue, le visage écarlate. Mes résistances ploient sous le poids de ses prunelles affutées, assurément issues d'un long entrainement sur des élèves récalcitrants. Le souci c'est que je n'ai guère les mêmes. Je frotte nerveusement mes paumes sur le dessus de mes cuisses engourdies sans la quitter des yeux. On dirait un hérisson pris dans les phares d'une voiture.
-« Laissez-la donc aller dormir dans sa chambre Pompom, elle y sera mieux. »
Dumbledore la rassure d'un clin d'œil affectueux. Elle rumine dans sa barbe inexistence avant de céder, pour mon plus grand plaisir.
-« Mais je veux que quelqu'un la raccompagne, c'est non négociable. »
…
Finalement, Remus s'est proposé et c'est dans un agréable silence que nous sommes partis traverser la moitié de Poudlard. Soutenue par son bras, je claudique piteusement en tirant sur ma chemise d'hôpital. Il me fixe, soucieux, à me voir me dandiner comme une dinde, étriquée dans ce tissus rêche et surtout trop court.
-« Ce n'est pas confortable n'est-ce pas ? » Il m'interroge, faussement embarrassé. Je rigole :
-« Oh, une superbe robe de haute couture! »
Il tapote mon coude et me détaille de ses perles grises.
-« Elle vous sied comme un gant. »
D'un large mouvement du poignet je fais virevolter cette supposée étoffe et m'incline gracieusement.
-« Je trouve aussi. »
Nous remontons discrètement le couloir pour emprunter les escaliers qui se déchainent dans un ballet aérien. Je m'engage sur les marches et les grimpe en feignant un entrain peu maîtrisé. Mais Remus n'est pas dupe et s'attache davantage à moi pour m'aider à les franchir. C'est un homme simple et spontané, sans fioriture dans sa personnalité. Il est accessible et j'affectionne ce détail souvent négligé. Il dégage une maturité cordiale et honnête, quasi innée. Et hormis ses cicatrices, je le trouve plutôt séduisant, ça lui donne même un coté sauvage. Je me demande si il est marié ? Il ne porte pas d'alliance.
Sa main posée sur mes reins se fait soudain plus ferme et il toussaille.
-« Non je ne suis pas marié Miss. »
Ah donc il ne l'est pas, c'est dommage j'aurais parié le contraire… Attendez un seconde, pourquoi est-ce qu'il... ?
Je détache mes yeux des murs pour les caler dans les siens qui, soit dit en passant, pétillent bougrement. Je me rends ainsi compte de l'erreur commise : Je me suis exprimée à voix haute!
Merlin!
Je pique un fard phénoménal et lui se gondole face à ma mine déconfite. Une honte m'assaille les tripes, j'en tremble. Je l'écoute se bidonner tandis que ma bouche bafouille des excuses.
-« Oh je suis désolée, je ne voulais pas… »
-« C'est rien. » il m'affirme, encore essoufflé « Je comprends pourquoi Severus s'intéresse tant à vous ! On ne peut pas vous résister!» Et il repart dans un rire fou. Moi, en l'occurrence, j'ai blêmi.
L'évocation de ce prénom tabou vient de doucher ma bonne humeur si durement acquise et fait graduellement resurgir les reproches de ce mufle ténébreux. C'est sans contrôle sur mes mots que j'éructe :
-« Cet emmerdeur aussi avenant qu'une décoction de clous rouillés ? J'en doute!»
Ma remarque acide l'accoise, je le sens, il ne glousse plus. Remus m'arrête et d'un geste poli il appuie mes épaules pour m'examiner avec attention.
-« Severus est dur c'est vrai, mais ne le jugez pas trop ignoble, il ne l'est pas. »
-« Quoi ? On ne doit pas côtoyer la même personne dans ce cas ! »
Il hésite, c'est évident, mais sur quel point, ça c'est un mystère. Qu'ont-ils tous à défendre les fes… les fleurs de Snape ?! A croire qu'ils le portent en grande estime! Il y a eu Hagrid, après MacGonagall et désormais Remus! J'ai eu le loisir d'interagir avec l'Ordre au complet et il ne m'a pas paru plus affable avec qui que ce soit.
-« Il faut apprendre à le connaître. Mais je peux vous assurer qu'il ne vous déteste pas. »
J'ai peur de le contredire et, par-là, le contrarier mais cette phrase sonne tellement faux à mes oreilles!
-« C'est insensé ! Je veux dire, il s'adresse à moi comme à une Doxy ! »
-« Il lui arrive d'être un peu... Rude, parfois. »
Un peu ? Quel doux euphémisme! Là c'est moi qui m'esclaffe à m'en dilater la rate.
-« Si vous le dites ! »
Il me dévisage mais se garde d'ajouter autre chose, intérieurement je lui en suis reconnaissante. Nous nous sommes tus tout le reste du trajet, chacun concentré sur les dires de l'autre. Snape, s'intéresser à moi ? Mais dans quel sens ? J'ai beau cogiter, cette fois ci la masse gluante dans mon crâne me fait défaut. Et, je n'ai pas franchement la volonté d'y réfléchir…
Remus m'a escortée jusqu'à ma porte, m'a saluée d'un baisemain ironique puis s'en est allé.
Je n'ai pas raté une minute pour ôter la chemise stérile de l'infirmerie et me jeter sous la douche. Je m'éternise sous le jet d'eau chaude pour savourer au maximum la caresse qu'il procure sur ma peau laiteuse. Je savonne mes cheveux, et les malaxe de la racine à la pointe avec une lotion au jasmin.
Je déboule, dégoulinante, de la salle de bain, m'essuie et m'empresse d'enfiler un jean taille haute et une liquette crème, un coup de brosse dans ma tignasse de fauve et je finis par ranger ma baguette dans l'une de mes manches. Pour continuellement l'avoir à portée de main. C'est primordial.
Oui, je range ma baguette dans une de mes manches.
Ma baguette.
Dans ma manche.
Comme j'ai l'habitude de le faire.
Oui, ma baguette en bois de rose, 30.5 centimètres, souple, crin de licorne.
Ma baguette ? Ma baguette ?! Où est ma baguette !
Je saute de ma coiffeuse, fouille ma tenue, palpe mon pantalon, rien. Je cours dans mon minuscule cabinet de toilette, zieute autour de la baignoire, du lavabo, sur la vasque, rien. Au salon, sur la console en chêne, rien. Dans le lit, rien.
Comment ai-je réussi à m'en passer ? Depuis quand ai-je égaré cet objet si vital! L'aurais-je fait tomber? Ne me dites pas que je l'ai laissée là-bas, dans l'herbe, à la lisière des bois ? Et la gourde que j'incarne ne s'en préoccupe que maintenant… je vais défaillir. L'idée d'y retourner me donne des frissons. Sur une échelle d'imbécilité je suis première!
Je mordille mes ongles craquelés de vernis, incertaine sur la marche à suivre. Hors de question que je m'aventure dehors aujourd'hui, on ne sait jamais. Un elfe pourrait peut-être me dépanner et me la rapporter, c'est une solution tout à fait réalisable, enfin j'espère.
Boitillant jusqu'à la sortie, je contourne le portait qui bloque l'entrée de mes appartements et interpelle la vieille propriétaire, assoupit. Encore.
-« Hum… Madame, s'il vous plait, j'aurais besoin d'un service. »
Je la regarde remuer sur son fauteuil poussiéreux, le teint cireux. Elle laisse échapper une grimace en émergeant de ses songes, bat des cils, et louche enfin sur moi.
-« Ah, c'est vous… Qu'est-ce que vous voulez ?
-« Pourriez-vous aller me chercher un elfe, je ne sais pas comment faire. C'est plutôt important. »
Elle me sonde à travers ses paupières fripées de rides à la manière d'un vautour au bec crochu et renifle.
-« J'ai l'air d'être votre domestique? Vous voulez un elfe, vous l'appelez vous-même bécasse. Sont tous en cuisine ces bestions.»
-« Quoi ? Bécas… Non, écoutez, je ne vous le demanderais pas si ça n'était pas urgent. »
D'une moue perplexe, la rombière se redresse sur sa bergère style empire.
-« Urgent ? J'espère pour vous ma mignonne que ce n'est pas du bluff… J'patronne pas les baveuses moi.»
-« C'est promis ! » je la supplie, au bord de la panique « j'ai… J'ai perdu ma baguette. Elle a dû m'échapper hier, dans le parc. »
-« Votre baguette ma biche ? » Sa moue disparait « Par le jupon d'Helga, mais c'est ce satané reptile qui l'a votre baguette! Ça circule dans les tableaux, au deuxième, depuis des heures ! »
-« Pardon ? Ce reptile ? »
-« Snape pardi! Cette commère d'Ackerbrenner, une allemande bien grasse si vous voulez mon avis, a entendu Bartel en discuter avec cette harpie d'Elias! Elle prétend le tenir du pêcheur de Bratislava mais j'la connais, une vraie gorgone qui n'a que son cul et des dents… J'vous garantis que la source c'est la gosse des Calbert. Elle en a dans l'ciboulot cette petite. Elle loupe rien, perchée dans sa tour. Sa mère brame tout ce qu'on lui dit en plus! Oh vous êtes mal barrée ma chère, il est dans un mauvais jour selon l'Baron, même ses serpents en prennent pour leur rhume. Une vipère cet homme, ça oui! Ce qu'il fabrique avec votre baguette, seul Merlin sait.»
Un incendie onirique rôtit joyeusement ma gorge ourlée de rage. Au tribunal, après une telle bassesse, n'importe quel juge me pardonnerait de lui faire avaler un tonne de poudre à canon et d'allumer la mèche enfoncée où vous savez! Il a poussé la provocation à son paroxysme. Des larmes de rancune mouillent ma vue. Si je les analysais on y découvrirait 10% de stress, 21% de fatigue et 38% de colère. Le reste c'est des sels minéraux. Je sue littéralement des globes oculaires.
Il l'a ramassé. Il l'a ramassé mais l'a gardé avec lui ! Pourquoi ? Pour provoquer délibérément une rencontre ? Eh bien, il va l'avoir sa rencontre!
-« Vous êtes pâle ma biquette, tout va bien ? »
-« Oui, je me sens un peu vaseuse, ça va passer… Vous savez où Sn… Le professeur Snape se trouve en ce moment ? »
-« J'crois que la cousine du droguiste suédois au quatrième a mentionné un problème en rapport à cet arriéré d'Horace et une histoire de serre. Passez donc aux cachots, vous l'y verrez surement!
Un incident nucléaire va avoir lieu prochainement. Lancez l'alarme et évacuez l'école, ça va chier !
Ce fumier va déguster.
…
Les cachots sont d'un glauque… C'est le paradis des moisissures!
Les semelles de mes Georgia Rose butent sans cesse sur les pavés déchaussés du corridor exigu, nappé de portes verrouillées. La torche, chopée au passage, n'arrive quasiment pas à percer la noirceur du sous-sol. Si je croise un rat je ne réponds plus de rien!
Je progresse à tâtons dans l'obscurité, totalement désorientée. Je glisse, je titube, j'achoppe… Un parcours du combattant version miniature, je vous le dis! Je promène mes mains sur chaque porte, chaque renfoncement, chaque coin, chaque paroi pierreuse, chaque voute, pour me faire une idée approximative de où je vais et comment. Mon sens de l'orientation est médiocre mais je persévère. Si seulement j'avais ma baguette pour m'éclairer!
En lisant les enseignes branlantes accrochées à certains battants j'arrive à déchiffrer un « Réserve » et, plus loin dans la galerie, ce que je soupçonne être un « Salle des potions ». Le silence qui règne est toujours intense, pas un seul bruit ne filtre à travers cette porte, et pourtant il en émane une chaleur anormale, comme surnaturelle en comparaison à la température austère qui gouverne ces espèces d'ergastules poisseux.
Je m'empare du bec-de-cane en cuivre et l'actionne. Le « clic » furtif qu'il déclenche me confirme que c'est ouvert. J'enfonce alors tranquillement le panneau, la charnière grince, et je m'annonce.
-« Professeur Slughorn ? Pardon de vous ennuyer mais je cherche le professeur Snape, on m'a dit qu'il devait… » La suite de ma phrase meurt royalement entre mes lèvres. Alors ça, je ne l'avais pas prémédité, trop obnubilée à ressasser ce que j'allais bien pouvoir lui balancer à la figure. Bravo ma fille ! La prochaine fois tu penseras à attendre la fin des cours pour t'incruster dans une pièce blindée d'élèves indécis, jusque-là afférés à bosser sur des chaudrons bouillonnants. Et cerise sur le gâteau : Snape est là, il me jauge de derrière son bureau bâché de parchemins jaunâtres.
Curieusement, il n'a exprimé aucune surprise, pas même un sourcillement.
-« Je croyais que le professeur Slughorn était… »
-« Je le remplace pour l'après-midi. Que me vaut l'honneur de votre présence Miss Cordier ? »
Il repose sa plume sur un socle en étain et se lève pour me rejoindre à pas de félin.
-« Je euh… Rien je… Je repasserai plus tard. » Je marmotte, ancrée sur le seuil.
Les Troisième-années sont partagés entre l'amusement et la crainte, un mélange insolite qui leur donne l'air d'écureuils sous antalgiques.
-« Ne vous donnez pas cette peine, je suis persuadé que tout le monde ici souhaite connaître la raison de votre visite imprévue. »
Sa voix doucereuse m'indique l'extrême opposé de ce qu'il raconte, je suis prise au piège dans son regard d'obsidienne.
-« Ma… Hum ma baguette, je crois que c'est vous qui l'avez. »
-« Vous croyez? Et pourquoi aurais-je VOTRE baguette Miss Cordier. »
À ton avis salaud, c'est toi le tordu ici, pas moi!
-« Une intuition. »
-« Une intuition ? » Persiste-t-il avec mépris « Je vous en conjure, épargnez moi votre déplorable discours sur la capacité des femmes à deviner certaines choses. »
Tu sais ce qu'elle te dit l'imbécile de femme ?!
-« Alors, prouvez-moi que j'ai tort. »
Poings sur les hanches, je le défie de refuser tandis qu'il me toise avec suffisance.
Il s'avance encore un peu plus et effleure ma poitrine de ses bras mêlés aussi effilés que des épées. Les élèves nous étudient à la dérobée, en proie à un énorme suspense. Désormais, soit Je le tue, soit je meurs. Ou les deux. Mais je l'aurais tué d'abord.
-« je n'ai pas l'intention de perdre mon temps avec vous. »
-« Humm. C'est comme vous voulez, mais je ne quitte pas cette classe sans ma baguette. Et puis, je n'ai rien d'autre à faire… Je peux rester la TOUTE la journée. »
Un pli contrarié creuse soudain son front imprégné de dédain. Autant l'avoué carrément, j'ai la chair de poule.
-« Très bien, Faites comme bon vous semble, nous verrons combien de temps que vous tiendrez debout comme vous l'êtes."
Dans un envol de robe noire, il s'éloigne et reprend son cours comme si je n'existais plus. Tel un crabe scoliotique, Je referme la porte dans mon dos et pars m'installer à proximité du tableau à craie où sont annotées des instructions. Je regarde les élèves, de Gryffondor et de Serdaigle, ciseler, couper, écraser, broyer des ingrédients en tout genre et de les ajouter à leur mixture respective qui palpite faiblement. Quelques-unes dégagent en revanche une fumée grise très peu rassurante. Et alors que je les imagine déjà imploser, Snape retarde l'inévitable in-extrémis. Habile de ses doigts, il jongle entre plusieurs chaudrons pour les empêcher de déborder, et tout ça dans un désintérêt cuisant. Qui aurait cru qu'un professeur de défense puisse maîtriser à la perfection les potions. Je dois reconnaitre qu'à défaut d'être charmant, il est efficace. Par contre, sa façon de gérer les jeunes laisse à désirer. Certes, personne ne bavasse, mais faut voir le traitement qu'il leur réserve! Un vrai tortionnaire, un dictateur, un autocrate.
Il s'est sérieusement gouré de profession, bourreau ou gardien de prison j'dis pas, mais instituteur dans un collège?
Je muselle un rire nerveux dans ma manche en replaçant mes lunettes.
-« qu'y a-t-il de drôle dans la confection des potions Miss Cordier. » Il demande, vouté au-dessus d'un plan de travail.
Vous !
-« Oh, euh rien… »
-« Alors taisez-vous. »
Je renifle mais ne réponds pas. Finalement L'heure s'achève et la salle se vide dans un coup de vent pour se remplir à nouveau. Et c'est reparti pour un tour. J'en entends beaucoup se questionner sur le pourquoi du comment qui m'a poussé à servir de meuble. Moi aussi si vous saviez… Deux heures s'écoulent et je n'ai pas changé de place, debout, les mollets crampés, j'ai besoin de m'asseoir. Dans un soupire, je m'adosse à une étagère fixé au mur qui se met à crisser sous mon poids. Enfer et damnation !
-« On fatigue Miss ? »
Je m'en détache subitement.
-« Quoi ? Bien sûr que non voyons ! »
-« Tant mieux. J'ai cru, l'espace d'un instant, que votre détermination s'effritait. »
Bla-bla que votre détermination s'éffritait Bla bla bla… j'vais t'en donner moi des déterminations qui s'effritent! Je secoue avec hargne mon pied droit pour y faire circuler le sang.
Il va vraiment falloir que j'apprenne à réagir face à ce genre d'individus, sans me démonter, sans me laisser troubler, sans me… Ah ça s'agite à la table du fond. Je jette un coup d'œil fugace à Snape, ses cheveux de jais voilant son profil taillé au couteau. Concentré à vociférer sur un pauvre garçon larmoyant, je m'éclipse pour mieux voir ce qui s'y passe. Je m'ennuie comme un chat crevé à jouer la plante verte.
-« Qu'est-ce que t'as fait Mili ?! » S'alarme brusquement une poufsoufle dans un chuchotis en s'activant précipitamment sur le chaudron de sa voisine livide.
-« J'en sais rien, j'ai ajouté les gouttes de mucus de Veracrasse et c'est devenu tout bleu. »
-« Fallait pas les mettre maintenant enfin! »
-« de l'aide les filles ? » je leur murmure à l'oreille, compatissante.
Les deux manquent de bondir de leur tabouret, interdites. Par je ne sais quel prodige, Snape n'a rien vu. Je leur intime de se détendre, accroupie sur mes talons pour ne pas attirer l'attention. Elles hésitent, elles ne me connaissent pas c'est normal. Dans un sourire que j'espère réconfortant, je désigne le mélange azurin qui siffle et crache partout, elles hochent du menton et me libèrent le passage.
-« Bien. Qu'est-ce donc comme potion ? »
-« Sommeil sans rêve. » Susurre Mili.
-« Ok, je vois le problème. »
Je retrousse souplement les manches de ma liquette et soulève mes cheveux en une queue-de-cheval approximative.
-« On va radoucir le mélange avec une pincée de fleur de lys. » La plus maigrichonne s'exécute.
-« Touille trois fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre… Comme ça. »
-« D'accord. »
-« Les brins de valériane maintenant. »
Sa voisine acquiesce et s'en charge. Je n'ai pas réalisé cette potion depuis des années, si je me trompe sur une étape je pourrais tout faire sauter…
-« C'est très gentil à vous de nous assister. » me lance finement celle dont je ne connais pas encore le prénom. « Je vous ai vu au déjeuner hier, vous allez travailler comme professeur à Poudlard ? »
-« Oh non, je suis auror, enfin, je suis supposée l'être. » Je m'empare d'un dard séché de Billywig et l'insère dans le chaudron. « Je ne suis là que pour deux mois. »
-« C'est dommage. »
-« Et… Que faites-vous ici… Dans le cours de Sna… Du professeur Snape je veux dire ? »
-« Rien en particulier. J'ai décidé d'apporter un peu de piquant à sa vie morne de sens, d'égayer ses journées en quelque sorte! Et il est clair qu'il ne peut pas se passer de moi une minute. »
Cette plaisanterie, faite en parfaite ironie, est rapidement suivie d'un grognement menaçant tout près de ma nuque. Les filles se figent s'empourprent, jaunissent, puis palissent. Un joli arc-en-ciel de mauvaises nouvelles…
Je pivote avec parcimonie et me retrouve nez à nez, littéralement, avec le diable personnifié braqué sur moi.
Je vais me faire dessus et tomber dans les pommes. Je n'ai pas encore choisi dans quel ordre…
Je dois me ressaisir, je dois l'affronter et faire face dignement comme une adulte responsable! Il ne m'a peut-être pas entendu.
-« Je ne suis pas sûr que vous égayiez mes journées Miss. »
Ah si…
Mon cœur tambourine à m'en faire éclater les carotides! Reste à découvrir si c'est de rage ou d'angoisse.
-« Je… »
-« Vous ? »
-« C'est notre faute professeur. La potion elle a …»
-« Personne ne vous a donné la permission d'intervenir Miss Addams. Ça coutera 10 points à votre maison. » La susnommé se tasse, toute pantoise, les pommettes en feu.
Une bouffée d'indignation fait entrer mon corps en ébullition. Mon visage me brule, mes nerfs pulsent, mon pouls s'emballe, je suis complètement paralysée par mon propre fiel! Ce fils de… Il n'a pas le droit… Je ne lui laisse même pas le temps de démarrer ou d'emmètre un son que je riposte sans réfléchir.
-« Quoi ?! Mais cette gamine ne vous a rien fait ! Ce sont des points que vous lui confisquez par des bonbons! »
-« Bouclez là Cordier! Je vous défends de me parler sur ce ton! »
-« Mais je me fiche éperdument de vos ordres Snape! » je viens presser mon index sur son torse. « Et pour votre information, lorsque l'on attend du respect de la part de son prochain, on commence par le respecter soi-même. Ça ne va pas que dans un sens ! Votre manière de vous adresser aux autres est largement discutable ! Comment voulez-vous que ces gosses apprennent quoi que ce soit si vous leur gueulez dessus comme un forcené ? »
-« Gardez vos réflexions pour vous, les leçons de morales d'une idiote au quotient intellectuel inférieur à 30 ne m'atteignent pas ! »
-« Vous avez tort et vous le savez ! Cessez de vous cacher derrière cette image d'immonde personnage et apprenez ce que le mot humain signifie bon sang! »
J'attrape une fiole vide sur une table est la plonge dans la potion, ma main avec. Je la ressors remplie et la bouche.
-« La voilà votre potion de sommeil sans rêve, elle est couleur prune, comme convenu. »
Il me foudroie du regard, la mâchoire contractée à une extrémité sans pareille, mais il ne réplique rien, et honnêtement je n'ai pas attendu qu'il le fasse. Hargneuse je vais déposer le flacon sur le sommet de son bureau, tire une chaise, et m'affale dessus. Mes jambes n'en peuvent plus…
-« Que faites-vous encore là ? »
-« Vous êtes aveugle en plus d'être acariâtre? Je patiente, ça se voit non. »
La cloche sonne l'heure de la délivrance mais aucun élève n'ose sortir.
-« Qu'attendez-vous pour foutre le camp?! » Hurle Snape en ouvrant la lourde porte d'un simple mouvement de baguette.
Il ne leur en faut pas plus pour prendre leurs cliques et leurs claques et vider promptement la classe.
Plongé dans une colère noire, il se tourne est part fureter dans l'un des nombreux tiroirs de son secrétaire.
Je profite de son absence pour caresser délicatement la peau de ma main meurtrie où de minces cloques se forment. L'abrutie que je suis a préféré s'ébouillanter plutôt que d'utiliser une louche. Bravo quelle belle preuve de courage… Qu'est-ce qu'on ne ferait pas, dopé à l'adrénaline!
Quand il revient, je la planque en urgence entre mes cuisses. Oh la vache, c'est affreusement douloureux! Mon jean râpe mon épiderme dès que j'ai le malheur de remuer un chouia. Je ravale un geignement peu digne alors qu'il me fixe d'un œil dédaigneux. Si j'étais un lamas je lui aurais craché à la figure depuis longtemps!
-« Qu'est-ce que c'est ? » je demande, méfiante.
Je viens seulement d'apercevoir la boîte longiligne qu'il tient entre ses doigts graciles.
Il inspire profondément comme pour prendre sur lui, soulève le couvercle en carton et incline l'écrin vers moi. À l'intérieur est soigneusement rangée ma baguette, protégée d'un film de soie.
Je hoquète, étonnée qu'il en ait pris soin. Moi qui m'attendais à devoir marchander pour la récupérer… J'en suis muette.
-« je l'ai trouvé dans l'herbe. Je suppose que c'est la vôtre. »
Bah oui tu supposes bien toi! Va pas me faire gober que tu ne le savais pas.
-« En effet, merci… »
Il marmonne une phrase inintelligible avant de m'attraper le bras.
-« Qu'est-ce que vous faites ? »
-« Tendez-le. Immédiatement. »
-« Non. »
-« Votre bras ! » Répète-t-il plus fort. « Où je vous assure que je vais le chercher moi-même. »
-« Pourquoi faire? »
Il se rapproche de moi, si près que sa respiration frôle mon nez et embue les verres de mes lunettes.
-« Ma patience à une limite qu'il vaut mieux ne pas franchir. .bras ! »
Je m'exécute docilement, non sans grimacer, et lui présente ma main rougie et boursoufflée. Il la soupèse adroitement avec la sienne, bien plus large, et l'examine minutieusement. Je garde les yeux grands ouverts, stupéfaite par la délicatesse qu'il me destine soudain.
À quoi il joue ? Mais à quoi est-ce qu'il joue ?!
Le contact de sa paume me fait inconsciemment vibrer. Il a la peau fraiche, c'est agréable.
Mais qu'est-ce que je chante moi aussi?! Ce n'est pas agréable du tout!
J'ai pété les plombs, mon processeur a fondu, mes circuits imprimés ont lâché, c'est la fin, je suis bonne pour l'asile à cause de lui.
-«Complètement folle… » Ronchonne-t-il davantage pour lui-même que pour moi.
Il sort sa baguette et la glisse comme une plume sur la zone blessée. Je ne connais pas le sortilège qu'il produit dessus mais il est d'une efficacité remarquable! L'élancement s'estompe peu à peu et les rougeurs disparaissent.
-« Ça devrait suffire. »
-« Ouah c'est quoi votre truc c'est super!» Je m'émerveille malgré moi.
Il lève brutalement ses deux puits sombres pour m'observer attentivement et me fait reculer par reflexe. Aussi vite qu'il m'a soigné, il se débarrasse durement de ma main, comme si celle-ci l'avait griffé.
-« Maintenant dégagez d'ici. »
C'est pas l'envie qui manque de le remettre à sa place pourtant je n'insiste pas et franchis le seuil de la porte sans attendre. J'ai à peine le temps de sortir qu'il la referme derrière moi dans un fracas assourdissant. Cet homme à des sautes d'humeur qu'il faudrait surveiller!
-« Vraiment curieux… » Me dis-je, la main toute engourdie.
J'ai fini ! Oh Alléluia… Je vais pleurer! J'ai le dos cassé si vous saviez. M'en fous, il est 1h du matin, rien ne m'empêchera d'aller prendre une douche et de chanter Beyond the sea! J'dis pas que ça ne réveillera pas mon coloc par contre… je sais, je raconte ma vie, mais l'isolement ça détraque grave! Je m'excuse encore pour les fautes, vraiment…
