Note de la traductrice du 19/12 : j'ai supprimé la note originelle qui n'a plus lieu d'être. A la place, j'aime mieux vous souhaiter une bonne lecture. :)
Tytyp : bon, tant mieux, merci de ta review. Ce chapitre-là est un peu violent, mais il se termine en beauté. ;)
Ange : aïe, merci pour la review et le signalement de la faute. L'étourderie est ma pire ennemie ! '-_-
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Sinful Seduction
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Chapitre 3 : Raid
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« Assieds-toi là, à côté de moi, » me chuchota doucement Edward. Je sentais un souffle de brise m'effleurer la nuque comme une caresse, et porter vers nous l'odeur sucrée des fleurs sauvages. Je m'assis près de lui dans la clairière et serrai mes genoux contre ma poitrine.
La lumière du soleil faisait briller ses cheveux roux et ressortir légèrement ses taches de rousseur sur ses joues pâles qui semblaient rayonner sous le soleil. Il ressemblait à lis tigré printanier. Je lui souris et plissai du nez. « Cet endroit est magnifique. Comment ai-je pu ne pas le découvrir plus tôt ? »
Edward regarda en direction des nuages. Son cheval, solidement attaché à l'arbre le plus proche, hennit faiblement. « Je ne suis pas sûr. Enfant, je venais toujours ici quand j'avais besoin d'un peu de paix. Impressionnant, n'est-ce pas ? »
Le souffle coupé, le hochai la tête. « Encore mieux que cela, » admis-je. Des engoulevents bois-pourri (NdT : il s'agit d'un oiseau) et des rossignols chantaient dans les arbres, plus loin dans la forêt, là où étaient situés les lacs, on entendait les cris mystérieux des plongeons huards (NdT : une sorte de canard). Les pics perforaient l'écorce des arbres avec un bruit sourd dont mes oreilles percevaient l'écho.
« Isabella, » m'appela-t-il. Je détachai mon attention du tintamarre que faisait les oiseaux ainsi que du bruissement feutré des arbres, pour me concentrer sur l'homme merveilleux qui se tenait à côté de moi. « Un jour, tu seras mienne. Promets-moi, Isabella, que tu te réserveras pour moi. Attends-moi. Parce que je reviendrai toujours à toi quoi qu'il arrive. »
Mon cœur battit de joie. « D'accord. Je te le promets. » Il attrapa ma main et planta un baiser affectueux sur ma peau.
Il sourit, d'un sourire doux et éclatant, un de ceux qui s'étiraient encore plus lentement sur son visage que le plus épais des miels. « C'est bien. Je pense à notre vie future, ensemble à chaque instant. Toi et moi à la campagne, vivant dans une vieille maison en bois gigantesque qui serait bâtie rien que pour toi, avec une ferme dans le fond, et des petits bébés au derrière tout nu en train de gambader dans le salon. Peux-tu le voir ? »
Je gloussai comme une petite fille et battis des cils. « Cela me paraît tout à fait idyllique. Oh oui, je le vois très bien, » confirmai-je timidement. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer la scène à mon tour. Des petites filles aux cheveux roux avec de grands yeux verts et de jolies frimousses piquées de tâches de rousseur comme un œuf de rouge-gorge, ainsi que de grands garçons bruns et costauds aux yeux marron comme les miens, et arborant le doux sourire d'Edward.
Il me sourit encore et reposa ses mains repliées sur ses genoux tout en bombant le torse. « Très bien. Alors c'est convenu. Toi et moi ? »
J'acquiesçai. « Toi et moi. »
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Mon cœur battait à tout rompre lorsque j'émergeai de mon rêve. Ma bouche se tordit en une grimace renfrognée lorsque je m'aperçus que je n'étais pas dans le lit d'Edward, mais dans le sien, sur ses terres. Cependant j'étais bien, je me sentais si bien que je ne voulais pas me lever. Mes yeux s'entrouvrirent et évaluèrent mon environnement. Un bras lourd au teint bronzé reposait sur mon corps et mes jambes étaient entremêlées à d'autres jambes longues et chaudes.
Mes yeux s'élargirent sous le choc. J'étais couchée près d'un homme comme je ne l'avais jamais été auparavant, et ce n'était même pas Edward. Jacob dormait encore profondément. Comme je ne voulais pas le réveiller, je tentai de me faufiler discrètement pour échapper à son étreinte. Je soulevai son bras de mon corps et le reposai sur le sien. Puis j'extirpai ma jambe droite de dessous les siennes. Il remua silencieusement.
Je lâchai un juron muet et retentai la manœuvre avec ma jambe gauche. J'étais presque parvenue à me dégager lorsqu'une grande main s'abattit sur ma nuque, le gros pouce menaçant d'appuyer sur un point précis où le sang pulsait. « Où tu vas ? » M'interrogea-t-il.
La colère me gagna à cette réaction. Les ecchymoses sur ma nuque que son frère m'avait infligées la veille étaient toujours douloureuses. « Lâchez-moi, » sifflai-je. « J'essaye de me lever. »
Sa poigne se durcit. « Recouche-toi, » m'ordonna-t-il d'une voix ferme. « Je veux pas encore me lever. »
Des frissons me traversèrent le dos. Je voulus détacher ses doigts de ma peau. « Vous n'avez pas besoin de moi pour dormir, » rétorquai-je en luttant en vain pour me tirer de son emprise impérieuse. « Utilisez donc un oreiller, Jacob. »
Il me serra contre lui et enfouit son nez dans mes cheveux. « Reste, » me susurra-t-il. « Nous avons une longue journée qui nous attend. Je veux dormir le plus longtemps possible. »
On était plutôt bien dans ses bras chauds, même si c'était comme reposer dans un lit avec un rocher brûlant. Mes doigts tracèrent des motifs sur sa main. « Que voulez-vous dire par 'on a une longue journée qui nous attend' ? »
J'eus la chair de poule sur tout le coup au contact de son souffle chaud caressant ma nuque. « On a un raid prévu aujourd'hui, » me souffla-t-il d'une voix rauque. « Dans une heure, je dois me rendre là-bas pour superviser les groupes. »
Je ne répondis rien, de peur de lâcher une parole insultante alors que ses bras étaient toujours dangereusement enroulés autour de mon corps. Ce fut une sage décision. Sa main tiède me caressa les hanches puis, du bout des doigts, il effleura mes cuisses. Je me raidis presque aussitôt.
Il déposa un baiser sur un de mes bleus sur mon épaule tandis que sa main glissait vers ma féminité. Je pressai mes jambes l'une contre l'autre et roulai hors de sa portée. « Arrêtez, » suppliai-je faiblement. J'essayai de me lever, mais il ne fit que m'attirer plus près de lui encore.
« De quoi as-tu peur ? » Me demanda-t-il. « Je t'ai dit que je ne te violerai pas. Je… je ne suis pas comme les autres hommes. Je ne couche avec une femme que si elle me supplie de la pendre, de la chevaucher comme une bête jusqu'à lui faire voir les étoiles, et de la faire crier jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus parler pendant des jours. »
Des vagues de chaleur affleurèrent les régions sud de mon corps et mes yeux s'arrondirent comme des soucoupes à l'écoute de ces paroles. Jacob posa ses mains énormes sur la crête arrondie de mes hanches et écrasa son érection contre mes fesses. Je poussai un halètement avant même de m'en apercevoir. « Mais je… »
« Je ne te prendrai pas tant que que tu ne me le demanderas pas, » me rassura-t-il et ce faisant, apaisa légèrement mes craintes. « Et je ne pense pas que tu puisses rêver d'un meilleur compromis. Cependant Isabella, ma Griffe de Tigre, je doute que tu sois capable de me résister encore longtemps. »
Je frémis et il roula sur le dos, levant les bras pour couvrir ses yeux. Je restai figée dans ma position. Je ne savais pas quoi penser, ni quoi dire. Je baissai les yeux et aperçus son pagne sur le sol.
Mon regard revint la forme gigantesque et harmonieuse formée par son corps sous les draps – je pris conscience qu'il était nu sous les couvertures, allongé près de moi, peau contre peau, dans un état d'excitation intense.
Il me regarda sous son bras, ses longs cils noirs cachant habilement la lueur narquoise de ses yeux bruns. « La vue te plaît ? » Je me rendis compte que j'étais en train de regarder droit vers le renflement que l'on devinait sous les draps.
Je m'étranglai et tournai vivement le regard, tandis que mes joues se mettaient déjà à rougir. Il gloussa doucement et se glissa hors du lit, rejetant les couvertures pour apparaître dans sa nudité glorieuse, puis se dirigea vers l'armoire.
Je ne pus m'empêcher de le contempler pendant qu'il marchait devant moi, ses muscles fessiers se contractant à chaque pas. Je crus même défaillir, mais aussitôt après je me rappelais qui était vraiment cet homme et banissai cette pensée hors de ma tête.
Je le suivis discrètement. Je n'avais pas de vêtements à moi et devais donc m'adresser à Jacob pour avoir quelque chose à me mettre sur le dos. Il me remarqua alors que je m'attardais maladroitement près de lui, puis il en devina la raison. « Je devrais p'têtre t'indiquer que tes vêtements sont dans l'autre armoire juste là. »
Quelque chose dans son accent me fit frissonner. Je découvris alors l'autre armoire que je n'avais pas encore aperçue, située dans le coin dans cette pièce immense. J'ouvris les grandes portes en bois et fus époustouflée par la profusion de robes contenues dans le petit espace. C'était un foisonnement de rouge, de vert, des bleu, des jaune, d'orange et de quantité d'autres couleurs resplendissantes.
J'interrogeai Jacob du regard, qui était occupé à se changer dans l'autre coin. Il enfila un pagne rouge muni d'une ceinture en cuir brun. Ensuite, il plongea deux doigts dans un bol en bois rempli de peinture et s'en badigeonna la poitrine. De mon côté, je cherchai une robe rouge dans l'armoire. Entre mon maître et moi, je ressentais une étrange connexion, et ne pouvais m'empêcher de m'arranger pour que nous soyons assortis.
Je choisis une robe de soie rouge et pris soin de me changer derrière une des portes de l'armoire. Il y avait un miroir fissuré à côté de la porte, j'y inspectai mon reflet afin de m'assurer que j'étais bien mise.
La soie rehaussait parfaitement mes courbes féminines et douces, suffisamment fournie pour cacher ce qu'il fallait, juste comme il le fallait, pour mon plus grand soulagement et confort. Mais je vis soudain Jacob m'étudier d'un air amusé. Je rougis et fulminai intérieurement contre lui. « Tu la portes dans le mauvais sens, » marmonna-t-il dans son accent épais et rauque. « Bon, laisse-moi t'aider. »
J'hésitai à le laisser m'assister. « Ne regardez pas ma poitrine, » l'avertis-je. Il enleva le tissu de mes épaules en gardant les yeux baissés, enroula la soie rouge étroitement autour de mes seins nus. Dès qu'ils furent couverts, il releva les yeux et tourna autour de moi tout en entortillant la soie autour de mon corps.
Lorsqu'il eut finit, j'eus l'air et l'impression d'avoir été transformée en une princesse exotique. Il avait emmailloté mes seins d'une telle façon qu'ils paraissaient se dresser avec insolence, tendus et terriblement gonflés comme des fruits mûrs. Jacob revint après avec un bijou qu'il me tendit. C'était une chaîne en or, bordée de joyaux écarlates, plus belle encore que celle que j'avais portée la veille, et que j'avais déjà trouvée sublime.
« Où avez-vous trouvé ça ? » M'enquis-je auprès de lui. Il se contenta de hausser les épaules en continuant de se peindre le corps. J'examinai le collier encore un moment avant de me décider à le porter autour de mon cou. Je dégageai mes cheveux en avant, puis en arrière. Cela faisait quelques jours que je n'avais pas pris de bains et je me sentais sale. Il faudra sans doute que je lui en parle plus tard pour en prendre un.
Il m'apporta ensuite le bol de peinture. « Je vais te peindre, » murmura-t-il en tenant le bol. Je jetai un coup d'œil au liquide à l'intérieur et grimaçai. C'était un liquide rouge et d'aspect plutôt épais.
« C'est du jus de baies ? » Demandai-je.
Jacob renifla. « Du sang de porc. »
Je réprimai un haut-le-cœur qui remontait dangereusement vers le fond de ma gorge. « Je ne mettrai pas du sang de porc sur moi ! » Décrétai-je sur un ton défi. « C'est… c'est immonde ! »
Il haussa un sourcil . « Tu sais que tu es adorable quand tu dis ça ? » Commenta-t-il avec une touche d'amusement. « Les jours où nous organisons nos raids, nous portons toujours du rouge. Comme tu es ma maîtresse, tu te dois d'honorer mon titre en portant du sang de porc sur ton visage. »
Je me sentis soudain coupable de porter du rouge, si seulement je pouvais encore changer mes vêtements. Espèce d'idiote, me morigénai-je intérieurement pourquoi as-tu cherché être assorti à lui en portant les mêmes couleurs ? « Comment pouvez-vous envoyez vos soudards et être fier de vos actes ? Vous volez, vous pillez et saccagez, et vous tuez ! Vous kidnappez des gens et les réduisez en esclavage. Vous ruinez des vies ! » Jacob m'écoutait attentivement comme si ce que je lui disais le touchait réellement. « Je refuse de porter du sang de porc ! »
Cette fois, il était vraiment énervé : sa figure vira au rouge tandis qu'il serrait les poings et les dents. « Tu porteras le sang. »
Je mis les poings sur les hanches et lui lançai un regard menaçant. « Je ne suis pas d'accord ! Je refuse de cautionner vos actes. »
« Je me fiche que tu cautionnes ou pas ! » Explosa-t-il, me faisant sursauter sous le choc. Il était furieux, je l'avais gravement offensé. « Tu aurais pu être violée, tu aurais pu et aurais dû être battue pour ton insolence ! Pourtant tu ne l'as pas été, hélas ! Mais je peux m'en charger dès maintenant et devenir ton pire cauchemar, Isabella. Tiens. Ta. Langue. »
Je pâlis instantanément et sentis mon estomac se nouer de terreur. Je le crus sur parole et cessai d'agir comme un enfant en m'asseyant dans le fauteuil. Enfin, je hochai la tête, la respiration bloquée. Il se détendit, alors je vis le feu s'apaiser dans ses grands yeux bruns pour être remplacé par un éclat plus paisible.
Il trempa deux doigts dans le sang et commença à peinturlurer ma figure. Je le laissai faire, fermai les yeux lorsque ses doigts humides virevoltèrent sur ma peau, traçant trois traits sanglants sur chaque joue, puis des points au-dessus de mes yeux.
« Voilà, » conclut-il doucement à voix basse, ses lèvres boudeuses esquissant un sourire en coin. « Maintenant, tu as l'air d'une vraie barbare. »
Je n'en étais pas fière, mais j'étais franchement soulagée qu'il soit plus en colère. Rosalie m'avait parlé de son caractère et moi, j'ai bien failli stupidement le pousser dans ses derniers retranchements en insultant tout ce pourquoi il vivait.
La vie des barbares était une vie de crimes. Ils étaient nés pour le sang et la mort, le sacrifice et le meurtre. Je me tins en retrait lorsqu'il ouvrit la porte, puis le suivis dehors au milieu du remue-ménage causés par les soldats vêtus de rouge et couverts de peinture sanglante qui dévalaient les escaliers, avec dans leurs mains des lances, des couteaux ou des khépesh.
Jacob me mena dans le grand hall où son trône se trouvait. C'était un trône monumental recouvert de peau d'animal, avec des piques dépassant de derrière, sur lesquelles étaient embrochés plusieurs crânes d'ours comme des morceaux de viandes grillées.
J'eus un mouvement de recul lorsque je croisai leur yeux vitreux orientés dans ma direction. Jacob s'assit sur son trône et inclina la tête vers le petit coussin juste à côté. Étais-je censée m'assoir là ? Il me jeta un regard d'avertissement qui me fit comprendre que je n'avais pas intérêt à protester.
Je m'assis donc sur le coussin de velours rouge et pus voir les soldats faire silence en présence de Jacob. En étudiant la foule et j'aperçus le frère de Jacob et ressentis une bouffée de haine à son égard. Jacob m'avait confié le nom de son frère, Coyote de Fer ou Sam, de son prénom commun, ainsi que ses turpitudes.
Les prostituées de Coyote de fer revenaient toujours de sa chambre blessées et en sang et il convoitait toujours avidement le trône et la fortune de Jacob. Je lui lançai un regard assassin. Il pointa du doigt mes bleus sur mon cou en attirant l'attention d'un autre guerrier barbare. Ils rirent à gorge déployées. Je les maudis mentalement.
Jacob leur adressa un regard meurtrier, alors Coyote de fer et son compagnon se turent. Puis il se redressa, le sang sur son corps tombant goutte-à-goutte à travers les plis marqués de ses muscles abdominaux. Puis il fit quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas : il rugit comme un lion, suivi par ses hommes qui répondirent à son appel. Il s'empara une lance posée juste à côté du trône et la brandit en l'air. La pointe était enduite de sang rouge sombre. Cela ne ressemblait pas à du sang de porc.
Jacob fit un discours à la foule tapageuse des barbares dans sa langue. Je ne pus saisir l'endroit où il dirigerait le raid, mais je ne ressentis qu'un très léger dégoût envers Jacob lorsqu'il parla à cette troupe de guerriers surexcités, prêt à piller et à répandre le sang.
Il était si animé quand il parlait. Je déchiffrais ses mouvements plutôt que ses lèvres. Il mouvait ses mains pour former le soleil et mimer les vagues d'un l'océan, contractait ses biceps d'une largeur surhumaine pour montrer la force. Je ne pouvais m'empêcher de l'admirer. Athenodora avait raison sur un point à propos de Jacob – il était vraiment très beau.
Je devinai quand le discours se termina. Les hommes scandèrent en chœur les mêmes mots à trois reprises : « Za mu yi yãki, mu rayu ma yau da dare ! » Puis ils se ruèrent hors de la grande salle, puis hors du château.
Jacob descendit de son trône et suivit lentement ses hommes. Il jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et me regarda intensément. « Ku zo, » dit-il. « Viens. Suis-moi dehors. »
Je me relevai du coussin et marchai à sa suite en traînant des pieds. Étonnamment, il me tint la porte et me guida dehors il faisait une chaleur insupportable. Les chemins avaient été piétinés et recouverts de poussières après le passage de tous ces hommes aux pieds nus, accompagnés de leurs loups monstrueux qui leur servaient d'animaux de compagnie.
Les barbares emmenaient des loups sauvages au cours de leurs raids, cela leur facilitait la tâche. Les loups attaquaient chaque personne qu'ils voyaient, gagnant ainsi leur ration de viande fraîche. Je me tenais aux côtés de Jacob, un peu honteuse d'être la maîtresse du roi des barbares.
« Ku zo, » me répéta-t-il en inclinant la tête pour me montrer les petites écuries derrière le château. À l'intérieur, on entendait des chevaux hennir et souffler bruyamment. J'avais beaucoup d'expérience avec les chevaux grâce à mon père, qui avait dirigé une ferme autrefois. De temps en temps, il m'arrivait de sortir avec Pansy, mon cheval préféré, pour cavaler jusqu'à la prairie.
Jacob s'avança vers les écuries, compara quelques chevaux avant d'en trouver un pour moi. C'était un cheval blond au pelage palomino et robuste. J'en tombais presque immédiatement sous le charme. Je leva la main, alors le cheval posa son doux museau sur ma paume. Je gloussai doucement.
« Pour toi, » me déclara-t-il. Je le considérai avec incrédulité. Était-il sérieux ? Il sourit et approuva de la tête, comme s'il pouvait lire dans mes pensées. « Son nom est Rana Fashe. Aube. »
« Rana Fasche, Aube, » répétai-je. Il eut un léger sourire et reposa sa main sur l'enclos de mon nouveau cheval.
Il pointa du doigt un puissant étalon noir dans le box voisin. « C'est le mien, » précisa-t-il. « Son nom est Tsakar dare. Dans ta langue, ça veut dire Minuit. »
J'étais fascinée. Je ne m'étais jamais douté que les barbares avaient des préférences en matière de cheval. Habituellement, il aimaient bien se déplacer pieds nus, ou bien chevaucher des bœufs dans leurs champs. C'était stupide de ma part d'imaginer qu'ils ne pussent également se déplacer à cheval, mais je n'en avais jamais vu ainsi pendant leurs raids.
Je retroussai mes lèvres avant de me tourner à nouveau vers lui. « Allons nous les chevaucher ? » Lui demandai-je. Ses yeux luisirent d'une sorte d'étincelle qui semblait me dire oui, tu vas le faire. J'étais folle d'excitation. C'était la première chose gentille que Jacob avait faite pour moi depuis que j'étais coincée ici, à l'exception du fait qu'il ait laissé tomber le sexe pendant deux jours.
Il était sur le chemin de la sortie des écuries. J'étais en pleine confusion. « Jac… euh, je veux dire Danse avec les Loups, attendez ! »
Jacob se retourna pour me faire face, ses yeux sombres pénétrant en moi à travers la barrière de mes vêtements. « Oui ? » Sa voix était douce et profonde je frissonnais.
Je me tortillai sur place et humectai mes lèvres sèches du bout de la langue. « Je croyais… vous n'emmenez pas, hum… Tsakar dare avec vous pour le raid ? » Ma voix chevrotait. Je risquai un regard vers l'étalon qui piaffait d'impatience.
Il me regarda simplement et répondit : « Quelqu'un doit diriger le royaume. » Là-dessus, il tourna les talons et me planta là, dans les écuries. Mes épaules s'affaissèrent quelque peu. Je tapotai le mufle du cheval avant de suivre Jacob.
Celui-ci se trouvait loin devant et ne ralentit pas pour me permettre de le rattraper. Je me tins devant les écuries et le suivis des yeux jusqu'à ce qu'il rentrât dans son immense château de pierre. Il ne m'avait pas rappelée, ni fait quoique ce soit d'autre.
Je plissai des yeux. Parfait, puisqu'il se moquait de mon sort, cela ne devrait pas poser problème que je prisse Aube pour une première promenade, n'est-ce pas ? Je retournai d'où j'étais venue, vers le box où ma jument attendait patiemment, puis la laissai sortir. J'attrapai les reines sur son dos et la conduisis dehors sous le soleil.
Je sentais que la bête avait hâte d'être montée. Je me hissai sur son dos et galopai vers la forêt.
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La prairie que je découvris à deux miles du château était la plus belle que j'eus jamais vue. L'herbe était parsemée de fleurs sauvages comme si une main divine avait semé une poignée remplie de graines de toute sorte sur ce petit espace.
Je conduisis Aube vers un arbre puis mis pied à terre, avant d'attacher les reines à une branche pour qu'elle ne se sauve pas. Je n'avais jamais dirigé une monture plus docile que celle-là. Les oiseaux chantaient dans les arbres, un brise caressait paresseusement mes épaules nues, et soulevait le tissu fin de ma jupe rouge vers l'arrière, si bien que je sentais en courant d'air frais entre mes jambes brûlantes.
Je ne m'étais jamais sentie aussi bien. Cela faisait probablement une demi-heure que j'étais partie du château. Je me demandais si Jacob était en train de me chercher à présent. Je n'en savais rien et pourquoi devrais-je m'en soucier ? Je me penchai et cueillis un joli coquelicot sauvage, puis respirai son parfum.
Enfin, je le piquai dans mes cheveux, comme j'avais l'habitude de faire quand j'étais enfant. Je parcourus la clairière, au milieu des fleurs tendres qui me chatouillaient les chevilles, jusqu'à atteindre la ligne des arbres. Je contemplai enfin les environs. Devant moi s'étendait un océan de verdure.
Un paysage féerique.
Au moment où je me tournai vers Aube pour vérifier que tout allait bien, j'entendis une clameur qui semblait venir de plus loin. Intriguée, je détachai Aube de l'arbre et la mena en avant à travers les arbres pour découvrir ce qu'il se passait.
Nous descendîmes une colline et traversâmes un petit cours d'eau bouillonnant, et j'entendis le même cri de nouveau. Plus loin devant moi, j'aperçus un village. Je fis accélérer mon cheval. À mesure que j'avançais, j'entendis de plus en plus les cris des villageois… puis ceux des barbares.
J'écarquillai devant le tableau qui s'étalait sous mes yeux. Les barbares brûlaient les maison, dépouillaient les villageois de leurs possessions qu'ils fourraient ensuite dans de grands sacs, jetés par-dessus leur épaule.
L'un d'eux brandit une lance et chargea une jeune femme qui tentait de s'enfuir dans la forêt avec quelques objets, accompagnée de sa servante. Il les pourchassa jusqu'à ce que la dame s'effondre sur le sol tandis que le sac qu'elle transportait retombait dans l'herbe en éparpillant son maigre butin. Je voulus pleurer lorsque je vis la lance lui transpercer le crâne.
La servante aussi fut assassinée et le sac de biens fut arraché aux défuntes, avant d'être fouillé. Je détournai le regard vers le centre du village. Un homme était traîné vers une idole de bois installée au cœur du hameau. On lui avait passé un nœud coulant autour du cou. Un des barbares jeta un côté de la corde par-dessus l'un des bras de l'idole, puis tira violemment.
L'homme gigota dans les airs, et ils s'esclaffèrent à ce spectacle. Mon cœur se remplit de souffrance, de tristesse et de fureur. Les maisons furent incendiées, l'argent et les bijoux, volés. Ils volèrent des vies et violèrent des jeunes filles devant leur mère mourante.
J'entendis un autre barbare lâcher son loup après un homme et son enfant. L'homme lutta pour défendre son bambin, mais la bête donna un puissant coup de mâchoire et le petit mourut instantanément. Un combat éclata ensuite entre l'homme et le loup, mais les crocs puissants de l'animal se refermèrent sur sa gorge et la déchiqueta.
Mes yeux brûlaient de larmes. Je claquai les rênes de mon cheval et retournai vers la clairière. Je n'avais quasiment rien vu le jour où j'avais été enlevée. J'avais entendu qu'on saccageait ma maison, j'avais vu un homme transpercé, et puis je m'étais sauvée dans les bois avant qu'il ne m'arrive quelque chose de pire.
En me retournant, je vis Jacob, juché sur son étalon noir, une expression glaciale se peignant sur son visage. J'aurais voulus me figer sous la peur, mais mon cheval trotta tranquillement vers l'avant. Devinant qu'il était en colère contre moi, je chassai les larmes de mon visage et tentai de me ressaisir.
Il planta ses talons sur les flancs de son cheval et galopa à toute allure dans ma direction pour s'arrêter devant moi. « On peut savoir ce que tu fous ? » Vociféra-t-il, les yeux noyés dans un torrent de rage sanguinaire. « Tu as essayé de t'échapper ! »
La fureur m'envahit à son égard. Je pouvais encore entendre les hurlements derrière moi. « Non, je n'ai pas tenté de m'échapper, » Lui aboyai-je violemment. « J'étais simplement en train de me promener avec mon cheval. Vous aviez plutôt l'air de vous en ficher, pas vrai ? »
Sa figure tourna au rouge brique. « Tu oses ! Ya kamata in ya buga muku mummunan hali ! » À présent, il beuglait et tempêtait dans sa langue barbare, tandis que son cheval accomplissait des cercles autour du mien.
Et maintenant, des larmes commencèrent à rouler sur mes joues contre ma volonté. J'étais si hors de moi que je ne pus me contrôler. « J'aurais dû m'enfuir ! Vous êtes un homme abject ! Vous n'avez rien d'un roi ! Vous n'êtes qu'un assassin, un monstre ! » Je talonnai mon cheval et galopai loin de lui. Il me poursuivit.
« Et toi, tu n'as rien d'une maîtresse non plus, tu ne veux même pas coucher avec moi ! » Cracha-t-il. « C'est ce que les putains sont censées faire, hein ? Elles couchent avec leurs hommes, au lieu de de les envoyer au diable ! Dakiki kariya Ya kamata kazaunaa indakuka kasance. Shinabin da kukeaka ce ! Kana iya an ji masa rauni. »
Je talonnai encore ma monture pour aller plus vite. Finalement, Jacob renonça à me suivre et me laissa galoper seule devant. Sous le rythme d'Aube, je fus bientôt aveuglée par les larmes. La colère en moi était si forte que je ne tenais plus en place. Je voulais voir Angelina. Je voulais pleurer dans ses bras et la laisser me dire que tout irait bien.
Mais était-ce vraiment le cas ?
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Lorsque nous revînmes, Jacob était si furieux après notre querelle dans la prairie que je me réfugiai dans le harem pendant le déjeuner et y restai jusqu'à un peu plus de trois heures. Je m'installai dans une baignoire derrière des rideaux, dans une pièce sombre, seulement éclairée par quelques bougies parfumées.
Je soupirai et reposai ma tête contre le rebord du baquet en bois. Angelina se entra et se plaça derrière de mon dos, éblouissante, parée de soie verte et de bijoux agrémentés d'émeraudes. Boit à la Cascade avait fait d'elle sa maîtresse. « Vous n'avez pas satisfait votre maître ? Je viens de le voir prendre Clair pour ce soir dans ses quartiers. »
Je me sentis indignée et presque trahie de savoir Jacob en train de faire l'amour à une autre femme. Mais je me rappelais ensuite que cela était monnaie courante chez les barbares. Je haussai les épaules et me lavai pour me débarrasser des traces de sang écarlate sur ma peau. Cela ne me dérangeait pas qu'Angelina fût avec moi. Elle m'avait déjà assistée dans mon bain un nombre incalculable de fois, pourtant cela me paraissait maintenant tout à fait incongru.
Dans ce pays complètement étranger, nous étions désormais égales.
Elle s'agenouilla près de la baignoire et trempa son doigt dans l'eau chaude. « Vous ne m'avez pas répondu, ma Dame. »
Je grimaçai et secouai la tête, ma main prenant la sienne. « Je ne suis plus ma Dame pour toi, Angelina. Appelle-moi Isabella et tutoie-moi. »
Ses grands yeux marron s'arrondirent sous le choc. « Je… je ne suis pas votre égale. Je suis votre servante… »
« Plus ici, » la coupai-je rapidement. « Et plus jamais tu ne seras ma servante. Tu es mon amie… ma plus proche amie. » Elle me sourit tendrement, ses joues prirent une teinte rouge vif. Je m'enfonçai dans le bain et soupirai de nouveau.
Elle jeta un coup d'œil derrière en direction des rideaux pour s'assurer que personne ne nous écoutait, ni ne nous observait. « Il m'a révélé son prénom commun, » me chuchota-t-il. Cela m'intrigua, je me redressai dans le baquet pour entendre le nom. « C'est Embry. Mais que dieu nous vienne en aide s'il venait à apprendre que je t'en ai parlé. »
Je pinçai les lèvres en une ligne droite et fine avant de hocher la tête. « Ton secret est entre de bonnes mains, » ricanai-je. « Il m'a dit que son nom était Jacob. Je ne suis pas autorisée à te dire cela non plus, mais je m'en moque. »
Le front d'Angelina se rida. « Il n'est pas content de toi ? Ou bien est-ce toi qui n'es pas contente de lui ? »
Derechef, je haussai les épaules. « Un peu des deux, en fait, » expliquai-je tandis que l'eau chaude me caressait des épaules. « Je me suis sauvée avec le nouveau cheval qu'il m'a offert pour faire une promenade et prendre un peu d'air frais. Je suis restée dehors pendant une demi-heure alors il s'est vraiment énervé contre moi. Mais quand j'ai vu le village, et ce que ses hommes font sous son commandement, j'en suis presque… tombée malade. C'était épouvantable, Angelina. Le massacre, le sang, le feu et la mort.
Ses yeux s'ouvrirent grand alors qu'elle s'asseyait sur un tabouret pour mieux écouter. « C'est horrible ! » S'exclama-t-elle, le regard chargé de terreur et d'affliction. Je ne me sentais pas coupable de ses sentiments que j'avais fait naître. C'était Jacob et sa vulgaire meute de brutes qui étaient coupables.
Je me mis en position debout dans la cuve et Angelina me passa une serviette pour que je pusse me sécher. Elle m'aida à enfiler un peignoir de soie dorée et me guida hors de la salle d'étuves. À l'extérieur, les femmes étaient rassemblées autour de Clair, une des plus jeunes pensionnaires du harem. Elle était meurtrie et affaiblie.
Brusquement, les paroles d'Angelina me revinrent en mémoire. Clair était partie dans les quartiers de Jacob pour satisfaire ses pulsions sexuelles. L'horreur s'abattit sur moi. Je me précipitai hors de la salle.
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Cette nuit-là, il était si furieux contre moi qu'il refusa de me parler. Après qu'il se fut couché, j'attendis un moment avant d'aller au lit à mon tour. Mes doigts effleurèrent le tranchant du poignard incurvé. J'étais au bord du sommeil, si fatiguée que je savais au fond de moi que je n'étais pas de mon état normal.
Je me mis précautionneusement en position assise pour ne pas le réveiller. Le cœur battant,je pressai la lame argentée contre son cou. Il ne se réveilla pas. Je me positionnai entre ses genoux en appuyant le poignard plus fermement contre sa gorge.
« Fais-le. » Je sursautai au son de sa voix, douce mais inattendue. Il n'ouvrit pas les yeux et ne fit aucun mouvement. Ses lèvres remuèrent à peine. « Fais-le. Tranche-moi la gorge. Vas-y. » Je ne bougeai plus, mon cœur cognant douloureusement dans ma poitrine. J'étais comme paralysée. Ses yeux s'entrouvrirent et ses mains remontèrent en glissant sur mes bras. « J'ai dit fais-le. »
Je l'interrogeai alors du regard, les paupières lourdes. Les bougies étaient les seules sources de lumière dans cette pièce immense. « Tu n'as pas peur ? » Lui demandai-je faiblement en le tutoyant pour la première fois.
Il eut un petit rire et se mit à l'aise sous la lame du poignard. « Tout le monde meurt, zaki da budurwar. Que ce soit maintenant ou dans six ans, sous ton arme ou bien de vieillesse. C'est notre lot commun. »
Mes lèvres se mirent à trembler. « Si je ne tue pas, tu tueras d'autres innocents. »
Il cligna des yeux. « Oui. » Sa réponse me bouleversa. J'étais là, armée un poignard, et lui, potentiellement en danger mort. J'accentuai la pression sur sa jugulaire, prenant garde à ne pas lui entailler la peau. « Je ne te mentirai pas, Griffe de Tigre. Je vole, je tue, je bats et je baise… mais je ne mens jamais. »
J'imaginai le royaume après la disparition Jacob. Son frère Sam prendrait son trône, et moi comme maîtresse. Le poignard retomba au sol dans un tintement métallique.
Des bras larges et tièdes s'enroulèrent autour de ma taille et m'attirèrent plus près. Ses lèvres chaudes touchaient presque mon oreille. Mes yeux picotèrent, puis de larmes coulèrent le long de mes joues. « Je ne mérite pas ton indulgence, » murmurai-je en reniflant.
« Non, » confirma-t-il. « C'est vrai. Mais je te l'accorderai quand même. »
Les yeux humides, je me reculai pour mieux le voir. « Je viens juste d'essayer de te tuer. »
Sa main se leva pour caresser ma joue et repousser les mèches de cheveux qui encombraient mes yeux, puis ses lèvres s'étirèrent en un un sourire suffisant. « Pas grave. Tu n'es pas la première à avoir tenter de m'assassiner, Griffe de Tigre. Mais je suis content que cette fois, c'était toi. »
Il me coucha juste à côté de lui. Je me sentais bien, mais j'étais consciente de ne pas être encore tirée d'affaire. Mes doigts glacés trouvèrent sa main tiède et je me mis à tracer les lignes sur sa paume. Sa main se referma sur la mienne et la serra étroitement.
« Dors, soyayya, » m'enjoignit-il.
Je fermai les yeux.
Et je dormis, sans jamais relâcher sa main.
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Dictionnaire haoussan (grâce à l'auteur, vous et moi apprendrons une nouvelle langue) :
Za mu yi yãki, mu rayu ma yau da dare : nous nous battons, nous vivrons pour ce soir.
Ku zo : viens
Rana Fashe : Aube
Tsakar dare : Minuit
Ya kamata in ya buga muku mummunan hali : je devrais te battre pour ton comportement inacceptable.
Dakiki kariya Ya kamata kazaunaa indakuka kasance. Shinabin da kukeaka ce ! Kana iya an ji masa rauni : stupide salope, tu aurais dû rester où tu étais. Faire qu'on t'a dit de faire ! Tu aurais pu être blessée.
Zaki da budurwar : ma douce
Soyayya : amour
