Note de la traductrice : bonjour tout le monde. Voici encore un chapitre lancé plus tôt que prévu parce que la semaine prochaine, je sais déjà que je n'aurai pas le temps de publier. Mais d'abord je souhaite revenir à la note de la semaine dernière car je me sens un peu coupable. Si je devais arrêter de traduire, j'en serais la première désolée, vu le temps que j'ai déjà investi dans cette fiction : cela fait en effet plusieurs mois que je bosse sur cette traduction.

Le pire, c'est que je ne voulais pas faire de chantage, mais comprenez que même si nous écrivons d'abord par plaisir et pour nous-même, si nous postons nos fics sur ce site, c'est pour les partager. Et si on reçoit peu de retours, on a l'impression de faire un travail nul. C'est un peu comme si vous faîtes un gâteau pour une fête et que finalement personne n'en mange. C'est déprimant et ça donne l'impression d'avoir fait tout ça pour rien.

Mais bon, là, je n'ai plus aucune raison de me plaindre. Je ne pensais pas qu'il y avait tant d'anonymes sur le coup. Je tâcherai de faire des efforts de mon côté, et du vôtre, n'oubliez pas que les reviews sont notre seul salaire, le seul retour et le meilleur critère de qualité de nos fictions.

RAR : je tiens bien entendu à remercier chaque personne qui m'a laissé une review, et y répondrai toujours individuellement. :)

Izzy : bonjour, je serais la première désolée à arrêter cette fic, puisque cela fait des mois que je planche dessus. Oui en effet, Bella n'a pas la langue dans sa poche. Mais à la grâce de Dieu, elle aura toujours son ange gardien auprès d'elle. ;)

Isalaaaw : coucou, ce n'est pas grave, c'est gentil de l'avoir fait maintenant. Et puis, je ne réclame à chacun de m'en laisser une systématiquement, mais de temps en temps, me montrer que vous existez et que vous appréciez l'histoire (ou pas), cela me fera toujours plaisir. Pour en revenir à l'histoire, oui, la référence à Troie était évidente (moi aussi j'ai maté cette scène sans vergogne plus d'une fois ! *Q*), mais ce n'est pas la seule. Je crois que l'auteur s'est aussi beaucoup inspirée de Game of Thrones.

Mel : bonjour, merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira tout autant.

Marie : bonjour, je ne souhaite vraiment pas en arriver là non plus, je te le garantis. J'espère que la suite te plaira.

Guest : bonjour, merci d'être passée. Ce n'est pas vraiment un roman historique, mais c'est sûr que ça change des histories qui se passent à l'époque Victorienne.

Vicki : coucou, merci pour ta review très encourageante, malgré tes préférences différentes. J'avoue avoir également des goûts plutôt éclectiques. J'espère que la suite te plaira tout autant.

Ange : coucou. Pour le coup de Troie, oui et non, moi je n'ai fait que traduire, celle qui s'en est inspirée, c'était l'auteur, CourtneyHowlett. :-p

Sorcha : bonjour, je répondrais volontiers à ta review, malheureusement son contenu est tel que je préfèrerais le faire dans un cadre plus privé. Donc si tu souhaites que nous poursuivions cet intéressant débat, tu es libre de m'envoyer un MP en me laissant une adresse mail avec laquelle je pourrai te répondre.

Berenice : coucou, merci pour cette review très gentille. Je ne sais pas si j'ai très bon niveau d'anglais, mais je pense pouvoir affirmer sans me vanter que j'ai bon niveau de français (d'ailleurs pour traduire, le dictionnaire que j'utilise le plus, c'est le Larousse unilingue).

Tytyp : salut, ce chapitre-là est (un peu) moins violent, mais j'espère que tu l'aimeras quand même. ^^

Zo : bonjour, enchantée alors. Merci pour cette review. :)

Lolo2310 : coucou, ah je suis désolée, mais je dois dois aussi penser à ma santé mentale. J'ai encore besoin de mon cerveau pour travailler (ça, c'est la phrase la plus intelligente que j'ai jamais trouvée). -_-

Jadou : bonjour, merci de m'avoir laissé une review. La traduction, c'est devenu ma nouvelle passion, alors je tâche d'être la plus soigneuse possible. C'est toujours encourageant de recevoir des retours de la part des lecteurs, j'espère que cela va continuer, on verra bien.

Ombeline : bonjour merci beaucoup d'être passée. Tu sais, je ne demande pas aux lecteurs de m'écrire (ça, c'est mon boulot ^^), mais rien qu'un petit commentaire comme le tien, cela suffit amplement à remotiver et donner le sourire pour la journée (si, si)

Momie : merci, review au top ! :D

Fanny : bonjour, merci d'avoir laissé une review. Alors non, cette histoire, je ne la traduis pas à contrecœur, mais c'est vrai que j'ai repris les cours, j'ai énormément de travail et forcément des priorités. Cette fiction, c'est un loisir, un travail supplémentaire que je poste pour faire profiter les fans des Bella/Jacob d'une fiction en français (une espèce encore rare sur ce site). Mais si cette fic ne suscite que peu d'intérêt, forcément, je retournerai à mes priorités, c'est normal.

Mimi : coucou, merci d'être passée. J'espère que la suite te plaira comme le reste.

AnonymousReader : bonjour, merci d'avoir laissé un commentaire. J'espère sincèrement que je n'aurai pas à faire ça. Qui vivra verra.

Xyan : coucou, merci pour cette review très stimulante.

Guest : coucou, je suis désolée, mais je ne peux pas trop t'en dire plus sur Edward (il paraît que chaque fois que quelqu'un spoile une histoire, quelque part dans le monde, un chaton se fait dévorer par un zombie ^.^)

Bon, maintenant que j'en ai fini avec les RAR, je vous souhaite une bonne lecture !

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Sinful Seduction

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Chapitre 4 : Marché

Lorsque je me réveillai le lendemain, il était déjà habillé et assis dans son gros fauteuil en peau d'ours, devant l'âtre éteint. Ce matin-là, il ne faisait pas très chaud. Il portait une couverture tout en peau de porc et ne m'avait presque rien laissé pour me protéger du froid. Peut-être parce que son corps est si massif, méditai-je.

Un vieux sac gisait à ses pieds. Mes yeux tombèrent sur ses longs cheveux noirs, dénoués et retombant sur ses épaules. Ils étaient sombre et satinés comme un ciel de minuit. Jacob savait que j'étais réveillée. Il plongea la main dans le sac pour en retirer un collier ornés de saphirs bleus qu'il me montra ensuite. « Ça te plaît ? » Me demanda-t-il.

Jacob coula un regard oblique dans ma direction. J'acquiesçai rapidement et me raclai la gorge. « Il est magnifique, » murmurai-je en resserrant ma prise sur les draps de lin soyeux tirés en-dessous de moi. Il me le lança et reporta son attention sur le sac.

J'examinai le bijou qui étincelait sous la douce lumière matinale filtrant à travers les fenêtres de la chambre. Il était absolument splendide. Je me demandai s'il l'avait acheté pour moi.

Je me glissai hors du lit, enveloppée de ma seule chemise de nuit, et m'approchai lentement de lui. Bien qu'il remarquât ma présence, il n'interrompit point sa fouille. « Bonjour, alors, » grommela-t-il de sa voix grave et rauque.

Hochant la tête, je m'assis à côté de sa chaise. D'un signe de tête, je pointai le sac qu'il tenait coincé entre ses pieds. « Où as-tu déniché ces bijoux ? » Le questionnai-je avec curiosité. « Tu as les tous achetés ? »

Il ne fit que rire légèrement et secouer la tête. « Je suis le roi. Je n'achète rien, » répondit-t-il d'un ton coupant comme si c'était évident.

Je fronçai les sourcils et regardai de nouveau le sac. Il y avait des bijoux, de l'or et d'autres objets de valeur. J'humectai mes lèvres sèches. « Alors où les as-tu tous trouvés ? » Demandai-je, un peu agacée qu'il ne m'eût point encore répondu.

« Les raids, » répliqua-t-il. Tous les objets ici proviennent de raids, de vols et de pillages. »

Bouche bée, je promenai mon regard autour de moi. Il y avait des peintures, de grandes armoires et des bijoux disséminés un peu partout dans la pièce. « Tous les objets ? » répétai-je, ma voix atteignant à peine le niveau d'un chuchotement. Je ne pouvais croire que chaque chose dans cette chambre avait été dérobée dans un village.

Manifestement, il avait beaucoup volé. C'était certain.

Jacob se leva de son siège. « Oui. » Il souleva le sac et le posa sur un bureau, avant de vider sous mes yeux. « Tout. » Les bijoux s'éparpillèrent sur la surface en bois. Il en tritura quelques uns machinalement.

Je me tenais à côté de lui, époustouflée par la beauté de sa criniière. Je tendis la main, ignorant exactement ce que je comptais faire, puis caressai les mèches sombres et soyeuses. Il sursauta légèrement et tourna la tête. « Pas touche, » grogna-t-il.

Sous la surprise, j'eus un mouvement de recul et retirai ma main précipitamment. Je clignai des yeux, gênée. « Je… je suis désolée. Je voulais juste les tresser. »

Il se détourna ses narines se dilatèrent et ses yeux cherchèrent la réponse dans le bois. Sa mâchoire se contracta tandis que ses doigts agrippèrent les bras de son fauteuil. « Tu veux me tresser les cheveux ? » M'interrogea-t-il doucement.

Je hochai la tête, même s'il ne pouvait pas me voir. « Oui. Tu… tu as de très beaux cheveux. » Mes doigts me démangeaient. Je me demandais s'il allait me laisser les tresser. C'était était un rituel sacré chez les barbares : les plus grands guerriers étaient ceux dont la chevelure était la plus longue.

Il acquiesça d'abord avec raideur, puis se détendit. « D'accord. »

Je clignai des yeux, doutant d'avoir bien entendu. Peut-être étais-je en train de rêver ou d'halluciner. Mais non, je ne rêvais pas. Je touchai ses cheveux noirs, longs et superbes, les séparai en trois mèches. J'étais émerveillée. Dans mon royaume, les hommes avaient les cheveux courts, ou bien attachaient leurs mèches grasses en simple queue de cheval derrière la tête.

Alors que je commençais la tresse, je songeai soudain à une chose. « Jacob, est-ce que tu sais ce qu'est la Langue d'Argent ? » Lui demandai-je. Edward m'avait révélé que les barbares étaient en possession de l'artefact. C'était d'ailleurs pour cela qu'il voulait se rendre là-bas, pour pouvoir déchiffrer le Livre d'Azazel et devenir le maître du monde.

Je devinai que Jacob ne s'était pas attendu à une telle question : sous le choc, il lâcha les bijoux qu'il était en train d'examiner. « Comment es-tu au courant de ça, kadan daya ? » Me questionna-t-il.

Je tressai ses cheveux en nœuds serrés, réfléchissant nerveusement à ma réponse, soupesant mes mots et la façon dont j'allais les amener. « Euh, et bien… il y avait cet homme dans mon village qui parlait tout le temps de la Langue d'Argent et du Livre d'Azazel. Il prétendait que la Langue d'Argent se trouvait ici, dans le royaume des Barbares. Que c'était toi qui la possédais. »

Derechef, Jacob se tendit, embarrassé par le sujet. « Le Livre d'Azazel est une force à ne pas sous-estimer, » grommela-t-il. « C'est dangereux, Isabella. Très dangereux. »

Je continuai mon ouvrage. Il serra une chaine si fort entre son poing, qu'une des boucles dorées se tordit sous sa poigne. « Est-ce vrai que tu possèdes réellement la Langue d'Argent ? » M'enquis-je. « Ou bien sont-ce juste des rumeurs ? »

Il mit un moment avant de me répondre. « Bien sûr que je la possède, » chuchota-t-il. Il inclina la tête en direction d'une petite boîte en bois cachée dans un coin de la pièce, derrière un petits tas de livres. « Là-dedans. Mais n'y touche jamais, tu m'entends ? C'est dangereux. »

J'étais maintenant presque à la fin de sa tresse. « D'accord, » acceptai-je. « As-tu quelque chose pour attacher les cheveux ? »

Il plongea la main dans sa poche et en ressortit un lacet de cuir. Je le nouai au bout de la natte, puis la laissai retomber sur son dos musclé. Je remarquai alors des traces de fouet sur sa peau. Mes yeux s'élargirent, tandis que mes doigts parcoururent les cicatrices rosâtres marquant sa chair, et qui devaient dater de quelques années. « Grands dieux, » jurai-je sourdement. « Que t'est-il arrivé ? »

Il ramena sa tresse devant lui et, au bout d'un moment, me répondit : « La discipline, voilà ce qui m'est arrivé, » m'expliqua-t-il. « Mon père m'a fouetté quand j'étais jeune. »

Comment avais-je pu ne pas le remarquer ? Je laissai mes doigts glisser sur son dos, lentement et doucement pour ne pas lui faire mal. Il frissonna à cette sensation. « Est-ce agréable ? » M'enquis-je, ironique vis-à-vis de ma propre réaction.

Comme il ne répondit rien, je supposai automatiquement que cela lui plaisait. Mes doigts caressèrent une autre zébrure. « Par tous les Esprits, tes mains, c'est comme de la magie, » soupira-t-il discrètement en basculant la tête, savourant le contact de mes mains sur son dos. « Aucune masseuse ne m'a fait autant de bien que toi. »

Je retirai mes mains et sa tête retomba. « Si tu ne veux pas coucher avec moi, tu peux au moins faire ça, » marmonna-t-il, me pressant pour que je recommence mon massage.

Je ris. « Un point pour toi, » concédai-je. Mais avant que je ne puisse travailler ses muscles entre mes doigts, la porte s'ouvrit brusquement, et Trois Chevaux apparut sur le seuil.

Je reculai précipitamment mes mains et fis un bond en arrière. Trois Chevaux s'éclaircit la gorge et ses yeux se rivèrent sur son souverain. « Votre frère a été blessé pendant le raid, » annonça-t-il.

Jacob grinça des dents, manifestement énervé par cette interruption. « Blessé comment ? »

« Une longue entaille dans le bras, » déclara Trois Chevaux. « Il souffre beaucoup. »

Jacob roula les yeux. Je réprimai un ricanement. « Quel con, » grommela-t-il. « Il est où maintenant ? »

D'un signe de tête, Trois Chevaux désigna le fond du couloir. « Dans ses quartiers, mon roi. Je lui ai dit que vous viendriez. »

Jacob plissa les yeux. « Tu lui as dit… bon. Sors, je serai là dans un instant. »

Trois Chevaux hocha la tête et sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Je m'avançai puis regardai Jacob avec attention. « Coyote de Fer ? »

Il acquiesça vigoureusement en tirant sur sa tresse. « Je devrais commencer à l'appeler uniquement 'le gros con', » cracha-t-il sans s'adresser à qui que ce soit en particulier. « Toujours stupide, toujours avide. »

Je tirai une chaise et m'assis à côté de Jacob près du bureau. « Tu devais t'occuper de lui quand vous étiez enfants ? » Voulus-je savoir. « Est-ce qu'il était déjà insupportable à l'époque ? »

L'homme superbe en face de moi eut un rire dénué d'humour. « C'était lui qui devait s'occuper de moi, Griffe de Tigre, » me corrigea-t-il. « Je suis son frère cadet. »

Pour le coup, cela m'étonna. Dans mon royaume, c'était toujours l'aîné qui héritait avant le plus jeune. Il avait automatiquement tous les privilèges et droits. Mais cela ne s'appliquait qu'aux enfants mâles, pas aux filles ; c'est-à-dire que si un garçon avait une grande sœur, c'était lui qui aurait la priorité sur le trône.

Je clignais des yeux et penchai la tête. « Comment… comment ça marche ? » L'interrogeai-je. « Normalement, c'est le frère aîné qui a la priorité sur le trône, non ? »

Jacob hocha la tête en signe de dénégation et me jeta un regard un coin. « Pas ici, ça ne marche pas comme ça. Avant de mourir, mon père m'a désigné comme son successeur légitime. Mon frère fait régulièrement des crises de rage qui le rendent dangereux et peuvent blesser beaucoup de gens. En plus, il a l'habitude de… boire beaucoup. »

« Alors il a simplement accepté de te renoncer au trône en ta faveur ? » Ajoutai-je d'un air interrogateur.

Une fois de plus, Jacob secoua la tête, ses lèvres s'étirant en un léger sourire narquois. « Non, bien sûr que non. Il a piqué une crise et m'a défié à l'épée. Mon frère voulait ma mort. Mon père m'a dit que je devais accepté – il était sûr que je l'emporterais. Nous nous sommes battus, et j'ai gagné la bataille et m'en suis tiré avec quelques égratignures. »

J'étais confondue. Mon sourcils joignirent et je me mordis la lèvre sous la concentration. « Mais Coyote de Fer, ton frère… il est toujours en vie. »

« Bien observé, Griffe de Tigre, » se moqua-t-il gentiment. « J'ai eu pitié de son âme pourrie, et l'ai épargné juste pour l'obliger à me voir monter sur le trône, et ainsi contempler le dépit dans ses yeux. Rien que de voir la tête qu'il tirait le jour de mon couronnement, c'était encore plus jouissif que de faire l'amour. »

Je ris nerveusement alors que mes yeux s'écarquillèrent. « C'est affreusement cruel, » soufflai-je lentement. « Mais aussi amusant ma foi. Plutôt amusant. »

Il se leva et se dirigea vers la porte. Je le suivis en hâte, impatiente de voir mon tortionnaire couvert de bleus et de sang dans son lit. « Retourne au harem, » m'ordonna-t-il avant d'obliquer dans le couloir.

Je m'arrêtai sur place. « Tu ne veux pas de ma présence ? »

Jacob s'interrompit quelques instants. « C'est mon frère qui ne veut pas de ta présence. »

J'étais estomaquée. « Quoi ? Pourquoi ? » protestai-je d'une voix aiguë. « C'est lui qui qui m'a agressée ! Ce n'est pas moi qui ai fourré mes doigts dans ses parties intimes. »

Je m'attendais à ce qu'il roulât les yeux et me tournât le dos, mais il fit exactement le contraire. Un petit sourire, doux comme le miel d'été, se dessina sur ses lèvres tandis que sa tête basculait vers l'arrière, laissant échapper un rire tonitruant des profondeurs obscures et rocailleuses de sa gorge.

Je ne l'avais jamais entendu rire ainsi, à gorge déployée. Les servantes et les esclaves mâles aux alentours marquèrent un temps d'arrêt, leur bouche formant un o et leurs yeux exorbités.

Il posa sa grosse main sur mon épaule et me contourna. « Retourne au harem, » dit-il en riant, les yeux ridés sous l'effet de l'hilarité. « Et laisse moi seul. »

Mes joues se mirent lentement à rougir, comme un ciel au moment de l'aurore. Les yeux rivés au sol, je m'exécutai de bonne grâce et m'en allai comme il me l'avait commandé, trébuchant régulièrement sur le chemin qui menait au harem.

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« Il a fait quoi ? »

« Explosé de rire ! » répondis-je à Athenodora. « Il a ri tellement fort que je suis certaine que tout le château l'a entendu. Je ne l'avais encore jamais vu rire si fort. »

Alice s'avança d'un pas traînant, puis s'assit dans notre cercle. « D'accord, mais même nous ne l'avons jamais vu rire auparavant. Danse avec les Loups ne rit pas, bon sang. Jamais. Lui, rire, c'est… c'est impensable. »

Angelina acheva de tresser les cheveux de Sulpicia avant de trottiner à son tour vers notre cercle. « Même Boit à la Cascade ne rit pas. Pourtant j'estime que nous sommes très proches. »

Je lui jetai un regard noir. « C'est parce que tu couches avec lui, » objectai-je. « Il ne t'apprécie que parce que tu te donnes à lui. »

Rosalie haussa les épaules. « Et alors ? » lança-t-elle. « C'est ce qu'ils veulent tous. Moi aussi j'estime que je suis plutôt proche de Trois Chevaux parfois. Il peut être si doux quand il fait l'amour. Tu n'as encore rien commencé avec Danse avec les Loups ? »

Mes yeux s'élargirent. Je ne voulais pas qu'il se sentît humilié de ne pas encore franchi l'obstacle de mes sous-vêtements, mais j'étais étrangement fière de lui avoir résisté depuis si longtemps jusque là, sans qu'il m'eût séduite, ni violée. « O-oui. Bien sûr. »

Rosalie roula ses grands yeux verts et battit des cils. « Oh, je sais repérer un menteur quand j'en vois un. Tu as l'air d'être encore vierge. Mais ce que je veux savoir, c'est… »

« Comment as-tu fait rester vierge tout ce temps ? » Intervint Athenodora. « Raconte. Habituellement, Danse avec les Loups fait son affaire sans perdre de temps à tourner autour du pot. Il te pénètre, fait quelques va-et-vient, te fait jouir en premier, et après seulement se lâche en toi. »

Je grimaçai à cette image mentale que la petite blonde, frêle comme une brindille, venait d'invoquer dans ma tête. Les dames en face de moi émirent des « ooh » et des « aah », s'émerveillant de ce que Jacob était attentionné, alors qu'avec les autres hommes, elles ne prenaient rarement du plaisir.

Angelina cligna des yeux et plissa des lèvres, ses longs doigts tapotant sur le sol de pierre froide. « Boit à la Cascade est un bon amant, » fit-elle remarquer. « Il sait s'y prendre pour combler une femme. »

Rosalie se mit sur la défensive et plissa les yeux en direction d'Angelina. « C'est parce qu'il en a déjà sauté plusieurs. Tu n'as rien de spécial et tout ce qui l'intéresse chez toi, c'est le sexe, ne va pas surtout pas t'imaginer autre chose. Moi aussi je pourrais dire que c'est un bon partenaire au lit. »

Bouche bée, Angelina baissa les yeux au sol. Je me mordillai la lèvre anxieusement. C'était une façon un peu brutale de dire les choses. « Ce qu'elle veut dire, » intervint Alice. « C'est qu'il vaut mieux que tu ne t'attaches pas trop à lui. Je suis certaine que Boit à la Cascade a déjà couché avec toutes les filles du harem, et en a goûté quelques fois. En fait, nous avons toutes couché avec lui plus d'une fois, et c'est vrai, il a ses favorites. Mais ce sont des barbares, et ils ne veulent pas de liaisons sentimentales, et encore moins de mariage. Surtout la garde du roi, dont il fait partie. »

Mon amie hocha la tête, et je pus voir des larmes perler à ses yeux. Je me rappelai en for intérieur de ne pas trop m'attacher à Jacob non plus. Il était probablement couché avec le royaume tout entier. Un maudit roi, voilà ce qu'il était, alors il pouvait s'offrir toutes les femmes qu'il voulait.

La porte s'ouvrit brusquement dans un bruit d'explosion et Cecilia s'effondra à l'intérieur. C'était une jeune fille fragile aux yeux d'un bleu lumineux et aux boucles aériennes d'un blond vénitien. Sa bouche saignait et des bleus affreux s'étalaient sur sa pommette.

Bouche bée, je regardai stupidement tout le monde se ruer vers elle pour lui venir en aide. Mon regard vola vers vers l'embrasure de la porte où se tenait Coyote de Fer, son bras recouvert d'un bandage ensanglanté et replié en écharpe avec une sangle de cuir. Il me toisa, un rictus aux lèvres, et je sentis monter en moi une bouffée de dégoût. « Il est temps que quelqu'un apprenne à cette putain comment sucer des queues, » assena-t-il d'un coupant. « Elle m'a mordu. »

J'explosai avant que je ne pusse m'en empêcher. « Parfait. » Je bouillais intérieurement et ma vision s'était voilée de rouge. « Il est temps que quelqu'un te donne une putain de leçon d'humanité. »

Il ne riait plus. Il était furieux, et clairement offensé. « Et qui va s'en charger, princesse ? Toi ? Je te sauterai, fais-moi confiance. »

Toute la salle faisait silence pendant la querelle. Cecilia se cacha derrière moi, visiblement effrayée par le prince barbare. « Ton frère le fera, comme il l'a toujours fait. »

Ses yeux s'arrondirent tandis qu'il chancela vers l'avant, fou de rage et de vengeance. « Wulakanci ne karuwa ! » beugla-t-il. « Comment oses-tu t'adresse à une personne royale d'une telle façon ! »

Il était sur le point de me frapper, mais fut soudain repoussé par Jacob, qui le frappa au visage. « Bordel, tu ne peux pas te retenir, non ? Je t'ai de rester couché dans ton foutu lit, et de ne pas t'approcher des putes ! »

Coyote de Fer l'assassina du regard et cracha dans ma direction. « Tiens ta kariya en laisse, mon frère.… ou c'est moi qui le ferai. Et ça ne va pas lui plaire. »

Jacob lui rendit son regard. « Tu ne toucheras pas à ce qui est à moi. Jamais. »

Ils sortirent. Rosalie se colla à moi et m'attrapa par le collier qui reposait sur ma gorge. « Insensée ! » soupira-t-elle. Mais elle sourit avant de rire aux éclats. « Tu aurais dû te prendre une raclée. »

« Aurait pu, » objecta Alice. « Mais elle n'a rien eu. Je crois que notre bon roi a un petit faible pour toi, miss Isabella. »

Je pus sentir une bouffée de chaleur envahir mes joues. Au fond de moi, il ne faisait aucun doute que je croyais aux paroles d'Alice. Pour l'amour du ciel, j'avais tressé ses cheveux. C'était un acte sacré !

Nous retournâmes notre attention vers Cecilia. Alice était le docteur du harem, toujours en train de préparer des potions et des sérums pour soigner les filles blessées ou en sang qui revenaient en rampant comme des chiots apeurés dans le foyer sécurisant de notre petit harem.

Elle apporta la même potion violette qu'elle avait utilisée sur mes hématomes de mon cou, ainsi qu'un bol rempli d'un liquide verdâtre. Elle s'assit devant Cecilia, trempa ses doigts dans la crème violette épaisse, puis l'étala par petites touches sur les bleus qui viraient au noirs.

Cecilia grimaça lorsque Alice attrapa le second liquide. Elle nettoya ses doigts de l'onguent violet avec un vieux torchon, avant de plonger ses doigts dans le liquide verdâtre. La jeune rousse sembla serrer les dents et se raidir lorsque Alice déposa le liquide sur ses lèvres ensanglantées.

Elle gémit de douleur, mais Alice l'apaisa. « Calme-toi, Cece. Il n'y en a plus que pour quelques secondes. »

Et elle avait raison. Alice retira ses doigts et les lèvres de Cecilia se refermèrent en quelques instants sous nos yeux. « Comme fais-tu ça ? » Me surpris-je à demander. Je n'avais encore jamais vu un remède pareil dans mon petit village, ni même lors de nos visites annuelles au royaume.

Alice eut un sourire qui ressembla plus à une grimace. « C'est de la feuille de waraka, Isabella. Cela peut se traduire littéralement par 'la feuille qui soigne'. Ça ne pousse que sur les territoires barbares, voilà pourquoi cela te paraît si nouveau. J'ai étudié la plante des environs depuis un certain temps maintenant. C'est intéressant. J'ai entendu dire que Danse avec les Loups songe à me nommer guérisseuse du château. Fantastique, non ? »

Je clignai des yeux et me mordillai la lèvre. « Que faisais-tu dans la vie avant d'être… euh, avant que tu… »

« Avant de devenir une putain ? » Finit-elle. Je grimaçai à son choix des mots, parce que ce n'est pas que je l'aurais exprimé. Elle haussa les épaules. « Dans mon village, j'étais guérisseuse et sage-femme une partie du temps. Je travaillais avec ma grand-mère et ma soeur Annabel. Nous collections des herbes dans la forêt et fabriquions des potions de soin… »

Mes yeux s'élargirent. « Oh. C'est passionnant. »

Bientôt, Cecilia fut rétablie et se mit à discuter joyeusement avec le reste du harem.

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« Arrête ça, » me réprimanda-t-il alors que mes ongles grattaient furieusement sur ma peau. C'était une mauvaise habitude que j'avais lorsque j'étais nerveuse, fâchée ou bouleversée. J'inspectai mes bras et à ma légère surprise, je m'aperçus que j'avais laissé un peu de sang.

À peine eus-je retiré mes ongles que je sentis des picotements. Un filet de sang rouge, brillant et tiède s'écoula sur mon bras. « Je suis désolée, » marmonnai-je stupidement. « C'est une vieille habitude. »

Il prit une bouffée à sa petite pipe en bois et laissa échapper la fumée s'échapper de ses lèvres. « Alors, brise-la, » trancha-t-il. Il me jeta un chiffon humide contenu dans un bol posé sur le comptoir, et j'épongeai doucement le sang.

Il était près de onze heures du matin, et cela faisait quinze minutes qu'il m'avait appelée pour lui tenir compagnie. Il fumait sa pipe et buvait son vin, allongé sur le sol de pierre, le dos pressé contre le mur.

Je m'assis à côté de lui. Il m'avait dit que je le distrayais plus que les autres putains et qu'il aimait m'avoir pour lui tout seul, même s'il n'avait pas encore couché avec moi. D'une certaine façon, c'était plutôt flatteur et pas déplaisant du tout..

Jacob me jeta un regard sous ses paupières lourdes à moitié baissées, et m'adressa un sourire moqueur. « Tu me plais, » m'avoua-t-il. « Tu as essayé de me tuer. »

Je lâchai un petit rire de surprise et fronçai les sourcils. « Je ne vois pas le moindre sens à tout cela. J'ai tenté de te tuer. Tu devrais vraiment me détester, tu sais. »

Il retroussa les lèvres et secoua la tête. « Je ne peux pas te détester, Griffe de Tigre. Tu es la femme la plus forte que j'ai jamais rencontrée. » Sa bouche forma des dessins avec la fumée de sa pipe, la laissant s'envoler en courbes dans les airs comme un souffle de dragon.

Je rougis furieusement. « Si c'est un compliment, alors… alors, merci. Tu n'es pas un salopard arrogant et pompeux comme tes autres hommes. Tu tellement différent. »

Il gloussa doucement et retira sa pipe pour porter son gobelet de vin à ses lèvres. « Je sais, » déclara-t-il simplement. « Dieux, je suis impatient de coucher avec toi. Je n'ai jamais chevauché de budurwa. »

Je lui jetai un regard indigné et montrai les dents. « Tu sais quoi ? Je retire ce que je viens de dire à ton propos. »

« Du calme ! » Rit-il. « Je te taquine, c'est tout. »

Je ne pus m'empêcher de me détendre et d'émettre un son étranglé pouvant passer pour un rire. Je me laissai tomber lourdement contre le mur à mon tour. « C'est cruel, Sire Jacob. Très cruel… » Je lui chipai la pipe et inhalai la fumée à mon tour, afin de voir si je pouvais moi aussi former des courbes avec la fumée comme lui.

Mais je fis l'inverse : à la place, je m'étranglai, manquant de me tuer toute seule, et Jacob frôla l'apoplexie. « Tu as avalé, » s'esclaffa-t-il. « Stupide. »

Sous le choc, je gloussai, les yeux écarquillés. « Tu es vraiment méchant. » Je lui rendis la pipe, encore secouée de quintes de toux. Il me proposa son vin, mais je déclinai. Je n'avais jamais beaucoup aimé le vin. Je m'éventai avec ma main. Du fait que la chaleur extérieure rentrait à flot par la fenêtre ouverte, mes cheveux devenaient frisés et ma peau poisseuse. « Il fait une chaleur à mourir ici ! »

« Il fait encore plus chaud depuis que tu es rentrée, » répliqua-t-il de sa voix grave et veloutée. Je haletai lorsque ma tête bascula contre la sienne. Je crus d'abord qu'il plaisantait, mais un seul regard vers son visage me détrompa. Il eut un sourire, plus doux et plus lent qu'une coulée de miel.

Cet homme devait avoir des années et des années d'expérience dans l'art de séduire les putains. Cependant, je n'étais pas une prostituée, mais une femme civilisée, éduquée dans les arts de l'amour courtois et de la bonté, deux qualités qui faisaient cruellement défaut aux barbares. « Elle n'était pas mal, celle-là, » approuvai-je en opinant du chef.

Il regarda les marques sur la porte derrière moi. « Il y aura une fête ce soir. Je veux que tu viennes et que tu sois à mes côtés. »

Je battis des paupière, le considérant attentivement et avec intérêt tandis qu'il se remettait à faire des dessins avec la fumée. « Tu… tu veux que je vienne à la fête ce soir… à tes côtés ? »

Il hocha la tête. « C'est une fête, shagali. De grands feux, de la danse, de la musique forte, et des rituels. Nous en faisons une tous les damina, ou été, comme ils disent chez toi. »

Je tapotai mes ongles limés sur le sol de pierre. « Donc que tu veux que je participe à ta chagli ? »

Il pouffa. « Sha-ga-li, » répéta-t-il en articulant bien.

« Shagali, » répétai-je. « Fête. » Il acquiesça et sourit.

« Je devrais t'apprendre le Quileute, » dit-il.

Je fronçai les sourcils. « Le Quileute ? Qu'est-ce que c'est ? » Demandai-je.

Il laissa la fumée se dérouler hors de ses lèvres, souriant doucement. Ses yeux brillaient d'une lueur espiègle et enfantine. « C'est comme ça qu'on s'appelle à l'origine. Mais vous, les visages pâles, vous nous avez toujours traités de barbares, alors c'est resté. »

Je rougis, et mon rire s'éteignit brusquement. « Oh, je l'ignorais. Alors vous êtes des Quileutes ? » M'enquis-je.

Il haussa ses épaules massives, baissant sa pipe pour reprendre une gorgée de vin. « Oui, mais les hommes ont fini par aimer ce nouveau nom. »

Je soupirai. « Je ne m'étais jamais doutée. » Il lécha les goûtes de vins en trop qui perlaient ses lèvres roussâtres. Puis il produit un son venant du tréfonds de sa poitrine qui fit accélérer mon cœur et provoqua une explosion de chaleur dans mes parties féminines. Je tentai de me secouer et de penser à autre chose. « Donc tu va m'enseigner ta langue ? »

Il opina. « Si tu veux. »

Je lui rendis son signe de tête. « Je le veux. »

Il leva son verre et me montra le contenu. « Giya. Vin. Maintenant, répète après moi. »

« Giya, » répétai-je, testant le mot sur ma langue.

Il fit oui de la tête, sa natte retombant sur ses épaules larges et puissantes. « Bien. Maintenant… » Jacob pointa ses yeux. « Idanu. Les yeux. »

« Idanu. Les yeux. »

Et ainsi de suite. Nous discutâmes encore un peu plus longtemps. En Quileute, les cheveux se disaient gashi, une chaise, kujera, les mains, hannayen, la fumée, shan taba, les jambes, kafalu et les bras makamai. À ce moment-là, il me proposa un marché : il me promit de me révéler un nouveau terme chaque jour à notre réveil et de m'apprendre un peu de vocabulaire, contre ma promesse de ne plus autant l'exaspérer, et de ne plus jamais m'enfuir.

J'acceptai ses conditions.

Il sourit et se releva. Puis ma bouche s'ouvrit, béante, telle une Dionée attrape-mouche tentant d'attraper des moustiques un après-midi torride en plein été, lorsqu'il retira son pagne, dévoilant son fessier ferme et musclé devant mes yeux paralysés.

Je me demandai ce qu'il était en train de faire. Allait-il me prendre ? « Non, » me rendis-je compte juste après, lorsqu'il déambula vers une des portes, l'ouvrit et révéla une salle d'étuves immense et obscure, illuminée par des bougies parfumées, et agréablement décorée.

Il tourna son torse, de sorte qu'il pût me voir, sans que je n'aperçusse ses parties génitales. « Je vais me laver avant la shagali. Tu es la bienvenue pour te joindre à moi. »

Mon visage me cuisait comme une bassine d'eau sur un feu de cuisine. Je détournai le regard de ce modèle de splendeur pour le diriger vers le sol dur et froid. Il haussa les épaules et soupira. « Je vais laisser la porte déverrouillée, au cas où tu changes d'avis. Tu es libre de me surprendre. »

Je m'étranglai et levai les yeux. Je l'aperçus vaguement me faire sourire satisfait et un clin d'œil, mais il était déjà dans la salle d'eau, sa tresse se balançant derrière lui comme la queue d'un cheval. Cet homme.

Cet homme me séduisait par le péché. Il m'amenait à le désirer pour toutes les mauvaises raisons qui me faisaient désirer un homme. Et pour être honnête, jamais je n'avais désiré un homme autant que je désirais Jacob à cet instant.

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Dictionnaire Haoussa :

Kadan daya : petit(e)

Wulakanci ne karuwa : sale putain

Kariya : salope

Waraka : soignant, qui soigne

Budurwa : vierge

(NdT : les mots restant étant systématiquement suivis de leurs traductions respectives dans les derniers paragraphes, je n'ai pas jugé utile de les recopier.)