Note de la traductrice : bonjour, désolée de publier ce nouveau chapitre si tard, mais j'ai passé véritablement deux semaines complètement tarées ! Entre les exposés, les glossaires, les cours qui terminent à dix-neuf heures (sachant que je n'ai même pas internet dans mon appartement, wèèè !), c'est tout juste si on me laissait le temps de manger. Mais bon, trêve de blabla, place aux réponses aux reviews. Et bien entendu, bonne lecture à tous.
Marie : coucou, merci beaucoup pour ta review, j'espère que ce chapitre sur la fête te plaira.
Ange : Isabella a beau être en pays barbare, il lui reste encore beaucoup à apprendre et à accepter, ce qui ne l'empêche pas de déjà commencer à s'habituer à l'atmosphère si particulière qui règne autour d'elle. C'est sans doute pourquoi elle ne se fâche même plus lorsque Jacob lui répond qu'il a volé les vêtements. ;)
Kiwi : merci beaucoup. En espérant que celui-là te plaise également.
Fan de twa : coucou, merci de ta review. Oui, d'autres éléments sur le passé de Jacob seront dévoilés dans les prochains chapitres.
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Sinful Seduction
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Chapitre 5 : Shagali
Il apparut de la salle de bain entièrement nu et dégouttant d'eau savonneuse qui ruisselait le long des sillons profonds soulignant ses muscles abdominaux finement tracés.
Allongée sur son lit, la jupe complètement relevée sur mes jambes dévoilant ma peau laiteuse à ses yeux affamés, j'étais occupée à dévorer un livre rempli d'images intéressantes qui retraçait un peu l'histoire des barbares/Quileutes.
Ses yeux luisaient comme ceux d'un animal pendant la saison des amours, un mâle qui aurait trouvé la femelle idéale, accessible, et en chaleur. Jacob bondit vers moi comme un fauve en trois sauts gracieux, m'attrapa par la nuque et me plaqua de force contre les draps.
Je fus d'abord effrayée, pensant qu'il n'appréciait pas que je lise ses livres sans son autorisation et qu'il allait m'étrangler pour cela, mais j'aperçus ensuite son sourire malicieux et sentis la pression qu'il exerçait sur ma nuque diminuer.
« Qu'est-ce que tu fabriques? » Me susurra-t-il à l'oreille. « Allongée sur mon lit comme ça. Tellement… tellement bonne. »
J'aurais sans doute haleter à ces paroles si son corps nu et massif n'était pas en train d'écraser le mien sur le lit. Je commençai à me débattre, mais il se fourvoya et prit mes tentatives pitoyables pour de la passion.
Il poussa un gémissement rauque, sa tête retombant sur sa poitrine. « Hmpf. Is'bella… » Au son de sa voix, mon corps me trahit : je me sentis fiévreuse. Son érection était pressée contre moi, et je me rendis à l'évidence que j'avais dû plaquer mon pelvis contre le sien.
Il plongea ses yeux dans les miens, ses pupilles brunes dilatées, brillant de luxure. « Tu as envie de moi. » Oh, cela ne faisait aucun doute qu'il avait raison… enfin, que je désirais quelque chose, mais je n'arrivais juste pas à mettre le doigt dessus.
Tout à coup, la panique m'envahit. Je pressai mes contre ses épaules et repoussai ses bras se mon corps. « Stop ! » Couinai-je faiblement. Il me relâcha immédiatement et recula. Le désir débordait de ses yeux comme la lave d'un volcan.
« Je t'ai fait mal ? »
Je ressentis un pincement au cœur en voyant l'expression sur son visage. Il avait l'air à la fois confus, bouleversé et fâché contre lui-même. Je doutai d'avoir la force de lui avouer qu'il m'avait effrayée, ou qu'il m'avait fait mal.
Je levai le vieux livre et l'agitai sous ses yeux. « Tu étais, euh… en train d'écraser le livre, c'est tout. Tu ne m'as pas fait mal. »
Le soulagement détendit ses traits. « Stupide bouquin, » pesta-t-il en prenant l'ouvrage ancien pour le jeter dans un coin de la pièce. Il fit des geste brusques avec ses mains. « Je t'ai dit que je ne te ferai rien tant que tu n'es pas prête. Je veux que ce soit toi qui me supplies. »
Je devins cramoisie, il m'avait fait craquer comme une coquille de noix. « Je sais. Et je te respecte beaucoup pour cela. J'imagine seulement à quel point ce doit être humiliant d'avoir une prostituée dans son lit qui te repousse systématiquement. Tu es le roi et tu ne peux même pas coucher avec une femme. »
Il haussa les épaules, ses longs cheveux noirs retombant librement en cascade dans son dos. Il attrapa un pagne brunâtre en peau de daim et l'attacha autour de sa taille. « Je m'en fiche. Toutes les putes de ce harem sont trop faciles à avoir. Avec toi, ça devient un défi. J'aime les défis. Les rois ne vivent que pour se battre. »
Ma bouche s'ouvrit et se referma, imitant un poisson hors de l'eau. Je ne pouvais croire qu'il venait juste de dire cela. Prête à lui sauter au cou, je me penchai inconsciemment vers l'avant. Et c'est alors que la gravité me rattrapa, me faisant tomber dans ses bras, m'agrippant à ses biceps pour ne pas m'écrouler.
Il crut que j'avais trébuché, mais moi je savais que ç'avait été beaucoup plus que de la simple maladresse. Ses bras étaient réconfortants. Il me souleva et me remit sur mes pieds. « Tu vas bien ? »
Je hochai la tête, le souffle coupé. J'avais eu beau me répéter à l'envi que je devais refuser tout contact avec lui, je me rendis compte que cela ne me dérangeait plus vraiment. « Merci. »
Il se laissa tomber sur son grand fauteuil devant le cheminée éteinte. « Pourquoi ? » M'interrogea-t-il. « Pourquoi as-tu si peur du sexe et de l'amour ? Je pense que tu devrais savoir maintenant que je ne te ferai jamais de mal. Parce que si je l'avais voulu, tu peux être sûr que je l'aurais déjà fait. »
J'acquiesçai, consciente au fond de moi qu'il ne mentait pas. Mais le vrai problème était tout autre : devais-je lui dire la vérité ? Oui lui mentir ? « Là-bas dans mon royaume, il y avait un homme dont je croyais être amoureuse. » Je lui avouai la vérité. « Je me suis jurée à lui. Il m'a dit qu'il me retrouverait quoi qu'il arrive, et qu'il reviendrait toujours pour moi. »
Jacob regarda fixement le jour à travers la fenêtre, sa mâchoire se contractant et ses yeux durcissant. « Dis m'en plus, » exigea-t-il posément. « Que t'a-t-il promis ? »
Je me sentais nerveuse à présent. « Il m'a dit qu'il construirait une maison à la campagne et me donnerait beaucoup d'enfants, que nous aurions une vie paisible, loin du monde et… où nous serions ensemble, amoureux sans aucun nuage qui troublerait notre bonheur. »
Pendant un long moment, il ne pipa mot, perdu dans ses réflexions, son regard rivé sur les motifs inscrits au sol. Je changeai de place. « Je ne pourrai jamais t'offrir ça, » reconnut-il doucement. « Ni une maison à la campagne, ni une vie paisible et loin du monde, et il y aura toujours des nuages quoi qu'il arrive. »
Je baissai les yeux, regrettant déjà de lui avoir tout raconté. « Jacob, je… »
« Non, » me coupa-t-il vivement. « Je me fiche de ton amant de ton village. Tu es ici, pas là-bas, et tu es à moi, pas à lui. Ici, ce n'est pas une terre de promesses ou d'exception. Tu m'appartiens, Is'bella. Fin de l'histoire. »
J'avais compris, mais je détestai la façon dont il présentait cela. Je croisai les bras et lui jetai un regard noir. « À t'entendre, on croirait que je suis ton objet, Jacob. »
Il se retourna et grogna dans ma direction. « Ne commence pas à me chercher, » siffla-t-il, avant de me tendre sa coupe de vin. « Allez, » m'enjoignit-il pour me donner congé. « Va me chercher encore du vin. »
Cette fois, j'étais vraiment fâchée. « Tu n'en as pas déjà assez bu ? »
Il se pinça l'arête du nez et tenta de se calmer. « Non, Is'bell… tu te souviens de notre marché ? Respecte nos termes, et je te prie – ce que je ne devrais pas faire – de me ramener encore un peu de vin. »
Je plissai les yeux avant de soupirer en signe de défaite, puis attrapai la coupe et sortit de la chambre pour la remplir à la cuisine. Comment un tel moment de tendresse avait-il pu tourner au vinaigre ?
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Il faisait chaud et sombre à l'endroit où Jacob avait décidé d'organiser la fête de shagali. Un énorme feu de camp avait été allumé au centre, rugissant comme un dragon et crachant des étincelles dans le ciel nocturne. Son trône fut transporté à l'extérieur par quatre hommes et placé devant le bûcher. Jacob avait, semblait-il, ordonné qu'un semblant de trône fût construit pour moi de la même manière : tout en bois solide et enveloppé de peaux d'ours.
Jacob m'avait entièrement attifée comme une barbare. La soie que je portais ce soir était bleue. D'après ce que j'avais compris, les barbares portaient du rouge pendant leurs raids, et du bleu pendant leurs festivités. Le bleu représentait la pluie.
Le tissus recouvrait mes seins mais laissait mon torse exposé et vulnérable. La jupe était longue mais outrageusement transparente. Il avait peinturluré mon visage, mes bras et mes jambes, et m'avait donné des bijoux incrustés de saphirs à porter autour de mon cou, des mes poignets et de mes chevilles.
Je devais être belle car la moitié des hommes ne parvenaient pas à cacher leur regard lubrique ni étouffer leur commentaires tendancieux à mon égard. Beaucoup cependant croisèrent le regard féroce de Jacob.
Et voilà où j'étais assise à présent : sur mon trône de bois à côté de celui de Jacob qui était en or, rehaussé de pierres précieuses. J'écoutais les barbares jouer de leurs instruments exotiques et regardais mes amies du harem danser devant le feu.
Contemplant les ténèbres autour de moi, j'aperçus Angelina, assise sur les genoux de Boit à la Cascade, lui embrasser tendrement les joues tandis qu'il lui caressait les bras et recueillait la pellicule sueur gouttant entre ses seins. Je fis la grimace.
Elle n'était plus la même. Cette vie lui plaisait, elle aimait son barbare de maître et prenait plaisir à combler ses pulsions masculines toutes les nuits. Je repoussai mes longs cheveux châtains hors de mes yeux et fixai le bandeau en bois de vigne constellé de pierreries, qui ceignait ma tête comme une couronne.
Les filles du harem portaient des soieries de toutes les couleurs, excepté le bleu. Alice était en rose, Rosalie en violet, Emilia en jaune, Cecilia en vert et Athenodora en orange. Didyme était enveloppée d'un tissu argenté et Jezabel de soie couleur miel doré. Les autres portaient encore d'autres couleurs. Elles étaient toutes sublimes, même si ce qu'elles faisaient était déshonorant.
Un homme attrapa soudain Didyme, l'obligea à se pencher et la prit devant toute l'assemblée. Sous le choc et la douleur de cet assaut brutal, Didyme hurla. La foule applaudit. Je m'étranglai et jetai un regard horrifié à Jacob.
Il hocha la tête. « Normal, » commenta-t-il. « Il ne peut pas y avoir de festival dans au moins une partie de baise ou quelques bagarres. »
L'homme termina son affaire avec Didyme et la rejeta dans le cercle. Les autres filles du harem embrassèrent les joues de la jeune fille et dansèrent avec elle, faisant d'elle le nouveau centre d'attention. Et Didyme sourit comme une petite fille toute excitée qui venait d'embrasser un garçon pour la première fois. Jacob se pencha vers moi et me donna l'explication. « On raconte que pour une femme, se faire sauter la première pendant une fête porte chance. C'est une tradition sacrée. »
«Plutôt une tradition épouvantable, ouais, » grommelai dans ma barbe. Cependant il ne m'entendit point, à mon grand soulagement.
Les instruments à cordes et les tambours résonnaient de plus en plus fort, leurs vibrations trouvant écho dans chacun de nos corps pris dans le shagali. Toutes les filles du harem tournoyèrent ensemble au temps le plus fort des tambours, avant de se disperser dans la foule pour choisir un homme avec qui elles danseraient sensuellement.
Je vis Angelina danser avec Boit à la Cascade. Il plaça ses mains sur ses hanches et la rapprocha de lui. Je ressentis brusquement une bouffée de jalousie, Jacob buvait son vin, l'air maussade. Ma décision fut aussi rapide que déterminée. Je me levai et allai me planter devant lui. « Tu vas rester assis là pour toujours comme un mendiant ? » Lui demandai-je en plaisantant.
Il fut étonné et regarda autour de lui pour être sûr que personne n'écoutait. « Rassis-toi, » gronda-t-il. « Ne te commence pas à te ridiculiser devant les hommes. »
Je soupirai et lui pris la main. La musique était prenante et tout ce que je voulais, c'était danser avec lui, ou du moins essayer. « S'il-te-plaît ? » Insistai-je. « Je veux simplement pouvoir danser avec toi et te voir danser avec moi. »
Il agita la main en signe de refus. « Je suis le roi, Is'bella. »
Je campai mes poings sur mes hanches avec défi. « Les rois aussi peuvent danser. » Et je me mis soudainement à me déhancher au rythme de la musique, mon bassin se balançant avec souplesse à chaque battement de tambour. « Ils le peuvent, n'est-ce pas ? Ou bien sont-ils trop couards pour montrer leur piètre talent de danseur ? » Les gens nous regardaient avec curiosité. Dans les tavernes de mon village, quelques prostituées dansaient pour les hommes en bougeant leurs hanches sensuellement comme j'étais en train de le faire maintenant.
Le visage de Jacob était écarlate, mais ses yeux remplis de désir. Il me voulait, il voulait danser avec moi et c'était exactement la réaction que j'attendais de sa part. Comme il était réticent, je me mouvais d'une façon plus lascive encore. Il se frotta le duvet de la nuque de sa grande main et lâcha un petit rire.
« Venez donc, Ô mon Puissant Roi. Venez danser avec votre noble dame pour cette modeste nuit, et regardez là-bas dans le couchant votre jeunesse s'évaporer, » psalmodiai-je comme dans un rêve en tournant autour de lui. Il souriait, mais hésitait encore.
Du coin de l'œil, j'aperçus son frère en train de me lorgner férocement. Je me sentis aussitôt mal-à-l'aise, mais j'étais si proche de la victoire que je ne voulais pas m'arrêter de danser. Je tentai de me concentrer uniquement pour séduire Jacob, mais le regard cruel de son frère me brûlait la peau, et je pus sentir tout à coup à quel point lui me désirait, prêt littéralement à me sauter dessus.
Jacob s'aperçut de la détresse qui se peignait sur mon visage, tourna son regard vers la gauche, à l'endroit où son frère se tenait, guignant mon corps de loin. Jacob bondit alors sur ses pieds et lança un regard furieux à son frère, qui ne s'en rendit compte qu'au moment où Jacob m'attrapa le bras et m'entraîna dans la foule.
Les gens remarquèrent très vite le mouvement de Jacob, du trône jusqu'à moi, et parurent surpris. Il se pencha vers moi et me murmura à l'oreille. « Je n'aime pas la façon dont il te regarde. »
Je secouai la tête avec vivacité. « Moi non plus. Crois-tu que cela me plaît qu'on me guigne comme un morceau de viande ? Je me doutais déjà que ton frère me détestait de toutes façons. »
Jacob jeta un regard meurtrier à son frère par-dessus mon épaule. Je glapis lorsque sa main descendit dans mon dos et m'agrippa les fesses, durement. Je voulus le repousser, mais j'étais consciente qu'il faisait cela que pour marquer son territoire devant son frère. « Non, » clama-t-il. « Il veut tout ce que je possède, Is'bella. Il veut mon trône, mon titre, mes joyaux, et ma Griffe de Tigre. »
Je m'arrachai à son étreinte et tournai sur moi-même en lui tenant de bras. Il me regarda d'un air perplexe. « C'était quoi, ça ? » me demanda-t-il. « Je n'ai encore jamais vu personne faire ça ici. »
Le rythme des tambours accéléra et je bougeai mes hanches plus vite, virevoltant tout autour de lui. Il eut quelques difficultés à me suivre. « Ce sont des dames de mon village qui m'ont appris à faire ça. On appelle ça virevolter, ou du moins c'est ainsi que je l'appelle. »
« Vrivolter, » répéta-t-il en trébuchant sur le nom.
Je gloussai et le corrigeai. « Non, non, non. Vi-re-vol-ter, » réitérai-je en détachant chaque syllabe pour lui. En agissant de cette façon, j'eus l'impression d'avoir trop bu de vin avant de me mettre à danser. Pendant que je remplissais le verre de Jacob en cuisine, j'avais décidé d'en goûter moi-même.
Ainsi, j'avais trouvé le vin tout à fait exquis, et conclu que j'étais passée à côté de bien des plaisirs en me laissant dégoûter par l'amertume. Cependant, mes papilles avaient évoluées, pour mon grand bonheur.
« Alors c'est toi qui m'apprend à prononcer des mots, hmm? » me dit-il en haussant les sourcils. « C'est comme ça que ça marche, petite ? »
Je me pris les pieds sur un caillou et je basculai vers les ténèbres en moulinant des bras dans le vide. Mais il me rattrapa avant que je ne heurte le sol et me retourna sur le dos, de sorte qu'à présent, j'étais face à lui. Nos lèvres n'étaient séparées que de quelques millimètres, si bien que je pouvais sentir la force d'attraction qui nous poussait l'un vers l'autre comme deux aimants.
Pourtant, nous ne nous embrassâmes point. Le son de la voix de Coyote de Fer me fit sursauter. Je me relevai prestement. « On prend du bon temps avec sa putain, petit frère ? » S'enquit-il. Je lui jetai un regard fulgurant, mais il ne put le voir, car Jacob me cacha derrière son dos.
« Qui es-tu pour nous interrompre ? » Cracha-t-il. « Tu ne vois pas qu'on était au milieu de quelque chose ?e
« Le putain de prince des barbares, » répliqua Coyote de Fer d'un ton suffisant.
Jacob ricana de manière sarcastique. « Et moi, qui suis-je, grand frère ? Le foutu Roi des barbares. »
Le visage de Coyote de Fer s'affaissa et il lui jeta un regard venimeux. « Uniquement parce que notre père a insisté pour qu'il en soit ainsi. Le vieux fou a eu tort de te confier la charge du royaume. Ton règne est un fiasco. »
J'avais peine à en croire mes oreilles, qu'il osait dire cela au roi des barbares. C'était inconcevable. « Je ne pense pas, non. Kanabugukowaneawa dayada rana ba ! Personne ne te voulait comme roi à ma place. »
Emilia surgit soudain de la foule et enlaça le bras de Coyote de Fer. Elle embrassa sa peau. Alors il lui sourit, la tira devant lui et recourba la main avant de la poser sur sa féminité. Elle tourna impudemment la tête vers lui et lui déposa un baiser dans le cou.
« Ça, c'est une putain, » déclara-t-il en souriant comme un imbécile heureux. « Je suis sur que tu n'as même pas encore sauté celle-là. Dépêche-toi, kadan dan'uwan, parce que si tu ne veux pas la prendre, je serai ravi de le faire. »
Jacob m'attrapa le bras, fulminant intérieurement contre son frère. « Dauki karuwa da kuma tafi, ku bugu wawa ! » Aboya-t-il. « Dégage de ma vue. Encore une fois, tu as gâché ce qui aurait dû être un bon moment pour elle et moi. »
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J'étais de retour sur ma chaise. La danse n'avait pas duré très longtemps, du fait de l'interruption grossière de Coyote de Fer. J'avais envie d'arracher chacune de ses mèches de cheveux, lentement et douloureusement. Jacob contemplait d'un air morne le feu crépitant, tout en sirotant son verre de vin. Ne s'arrêtait-il donc jamais de boire ?
Je vis Cecilia se faire prendre sous les yeux du public, secouée comme une poupée de chiffon. Je détournai le regard ce n'était pas un spectacle que j'appréciai, ni même que j'approuvai. Je me sentais désolée pour elle et je pris conscience de la chance que j'avais, moi, assise sur un beau trône, à côté du plus bel homme de la contrée.
J'aperçus un autre homme s'avancer de la foule et administrer un violent coup de poing à la mâchoire du premier, celui qui prenait du bon temps avec Cecilia. Jacob parut réagir et se pencha vers l'avant, l'air intéressé.
Avant que je ne le comprenne, mon regard se tourna et vit les deux hommes en train de se battre férocement. Celui avec les cheveux les plus longs pivota brutalement et frappa son adversaire, l'envoyant bouler au sol.
Le barbare aux cheveux courts bondit rapidement sur ses pieds, rejetant de la poussière dans le feu. Les gens s'attroupèrent pour former un cercle autour d'eux, regardant et lançant des paris sur le vainqueur du combat. Le sang ruisselait sur le visage de l'homme aux cheveux courts, qui avait l'air beaucoup plus jeune que l'autre aux cheveux longs.
« Je peux te demander quelque chose ? » demandai-je à Jacob d'un ton suppliant. Il me jeta un regard avant de soupirer.
« Ours Noir, » murmura-t-il. Il désigna du doigt le plus jeune aux cheveux courts. « Seth est son nom commun. Il est très gentil, sans doute le plus gentil de nous tous. »
Je considérai l'autre aux cheveux longs. « Et l'autre ? Comment s'appelle-t-il ? »
« Faucon Gris, » me renseigna-t-il. « Ou Jared. Il est puissant et borné. Il peut être cruel… comme nous tous d'ailleurs. »
Je me pris à observer attentivement celui qui s'appelait Ours Noir. Il devait avoir dans les dix-sept ou dix-huit ans. Ses cheveux noir corbeau luisant de sueur retombaient sur ses épaules. Lui aussi avait des bleus et des tatouages sur le corps.
Les cheveux de Faucon gris n'étaient pas aussi longs que ceux de Jacob, mais ils lui arrivaient au milieu du dos. Il possédait beaucoup plus de tatouages tribaux qu'Ours Noir, mais je présumais que c'était parce qu'il vivait là depuis plus longtemps qu'Ours Noir. Je supposais qu'il avait quatre ans de plus que moi, donc près de vingt-quatre ans.
Ours Noir se mit à saigner du nez comme une fontaine. Une de ses lèvres était cramoisie et boursoufflée. Faucon Gris s'en sortait mieux : quelques griffures sur le bras et une lèvre presque explosée. Le plus vieux porta un coup fatal à Ours Noir qui lui fit mordre la poussière dans un craquement sinistre. Il se tortilla sur le sol.
Je commençai à paniquer sur mon siège. « Il va mourir ! » Hurlai-je sans pouvoir m'en empêcher ni détacher mon regard. Mes doigts s'agrippèrent sur les bras de mon trône.
Ours Noir était toujours au sol. Faucon Gris s'approcha de lui et se prépara à lui assener le coup de grâce. Mais le jeune homme était rusé : de tout son poids, il se jeta entre les jambes du Faucon Gris. Le plus vieux tomba à la renverse. Ours Noir attrapa un énorme bâton qui se trouvait au sol tout près de lui, et d'un mouvement vif, le cogna sur la nuque de Faucon Gris.
« Yi biyayya ! Yi biyayya ! » mugit Ours Noir. Faucon Gris devint très rouge et s'énerva en luttant contre Ours Noir qui faisait pression de son corps sur le sien, et de son bâton sur sa nuque. Je compris qu'Ours Noir réclamait que Faucon Gris se soumît et reconnût sa défaite.
Faucon Gris tapa trois fois de la main sur le sol. La foule rugit d'approbation, tapant des pieds sur les bûches et acclamant Ours Noir en répétant son nom. Cecilia se leva de l'endroit où elle se trouvait et se plaça aux côté d'Ours Noir. Il l'attira près de lui et l'embrassa sur les joues.
Quant au perdant, on le hua pour avoir perdu le combat et on lui coupa les cheveux de quelques pouces : quatre pour avoir perdu un combat, et deux pour avoir perdu contre un adversaire plus jeune. Il afficha une mine furieuse pendant qu'on lui coupait les cheveux, serrant ses mèches sombres et drues qu'il venait de perdre entre ses poings.
Le châtiment de la défaite.
Je jetai un coup d'œil à Jacob, ainsi qu'à ses cheveux qui lui descendaient jusqu'aux hanches. Je devinai alors qu'il n'avait pas dû perdre un combat depuis fort longtemps. À la fin, Ours Noir gagna la femme et de la renommée, tandis que Faucon Gris fut laissé dans la poussière.
À présent que la bagarre était terminée, les gens recommencèrent à danser, à boire et à manger. Mon estomac noué se mit à gargouiller. Je n'avais pas mangé depuis un certain temps, malgré la profusion de nourriture au château des barbares. Je me levai et me dirigeai vers la table des mets.
Il y avait de la viande à n'en plus finir, et rien que de la viande. Des cuisses et des ailes de poulet, des morceaux de lard, des tranche de jambon, des pilons de dinde et de gros morceaux de bœuf servis sur des assiettes, le tout survolé par des nuages bourdonnant de mouches affamées. Tous ces plats étaient cuits et chauds.
Mais du coin de l'œil, j'aperçus un fruit vert isolé, reposant sur un grand plat blanc au bout de la table. À mon avis, il y en avait d'autres, de ces étranges fruits sur le plateau, mais ils étaient déjà entamés.
Comme je n'étais pas vraiment une amateur de viande pleine de mouches, je fis mon chemin jusqu'au bout de la table. Au moment où ma main atteignait le fruit, une autre main s'en empara avant moi. Je levai les yeux pour tomber sur une femme barbare, grande et superbe, se tenant juste devant moi, les dents plantées dans la chair vert clair du fruit. L'extrémité ressemblait à une étoile.
Je chancelai sous le choc. Ses cheveux étaient coupés court au niveau des oreilles et ses grands yeux étaient rempli d'animosité. Elle m'adressa un sourire sarcastique, inclinant la tête. « Dakiki, » marmotta-t-elle.
Je me détournai lentement, peu désireuse d'enclencher une bagarre avec cette femme costaude. Elle cracha au sol, rejetant au passage un petit morceau de fruit. J'eus un mouvement de recul et commençai à m'éloigner d'elle. « Griffe de Tigre, non ? »
Apparemment, Griffe de Tigre était le nom universel par lequel tous les barbares m'appelaient, et pas seulement Jacob et Trois Chevaux. Je me retournai et inclinai lentement la tête. La femme robuste me regarda du haut en bas. Elle ne ressemblait pas aux filles du harem.
Elle portait une jupe courte en peau de daim qui dévoilait ses longues jambes à la peau cuivrée et satinée, un petit haut qui montrait son ventre musclé, des mocassins et un rubis attaché autour de son cou. Elle était très grande. « Oui, » répondis-je.
La jeune femme enfonça ses ongles courts dans la chair du fruit et se servit de ses doigts pour la séparer en deux. Un peu de jus jaillit du fruit et me toucha, pourtant je ne bronchai point. « Te-tiens, » ânonna-t-elle. Je compris à sa façon de s'exprimer qu'elle n'avait pas sans doute pas paré la Langue Commune depuis longtemps, et avait quelques difficultés à l'utiliser.
Je pris la part de fruit avec hésitation et la porta à mes lèvres. Le goût ressemblait à une combinaison de celui de la pomme et celui de la poire. Je décidai que c'était plutôt bon. Je hochai la tête dans sa direction. « Merci, » dis-je doucement.
Elle me toisa sans sourire. « Non, » fut tout ce qu'elle put répondre. Je la regardai, confuse, puis fronçai les sourcils en avalant une bouchée de fruit.
« Que veux-tu dire ? »
« Na gode, » m'expliqua-t-elle. « Merci être na gode. »
Mes yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la compréhension. « Na gode, » répétai-je. « Cela veut dire merci ? »
Elle acquiesça. Puis s'en fut.
Je restai plantée devant la table, réfléchissant à ce qui venait d'arriver. Je la vis à travers le feu, assise à côté d'Ours Noir, en train de masser sa poitrine musclée. Elle lui dit quelque chose en Quileute que je ne compris pas, et il éclata de rire, puis l'embrassa sur la joue. Elle le repoussa fermement, tout sourire.
Voilà qui semble représenter l'amour solide, songeai-je. Je pris un pilon de dinde pour Jacob. S'il n'en voulait pas, je le mangerai. Cela m'était plutôt indifférent.
Il regardait une autre bagarre qui avait éclaté, créant un espace dans la foule. Je m'assis sur mon trône et lui donna le pilon. Il sursauta lorsque je le lui agitai sous le nez, puis me jeta un regard glacial. Cependant il l'accepta et de ses dents, il déchiqueta la chair sans pitié.
Je grimaçai. Et avant que je ne m'en rende compte, la partie de pugilat était terminé. Le perdant se fit couper cinq pouces de cheveux et le gagnant remporta une prostituée pour la nuit et un statut plus élevé, ainsi que le privilège de voir ses cheveux pousser davantage jusqu'au prochain combat.
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Il était ivre et en colère ce soir-là. Après la fête de shagali, il était venu à moi, dur et urgent. Il me désirait furieusement, j'étais trop terrifiée pour lui donner ce qu'il voulait. J'avais fini par le gifler, alors il m'avait finalement jetée à la porte de sa chambre et choisi Athenodora pour la sauter cette nuit-là. Je m'assis et écoutais ses grognements sourds et gutturaux à lui, et ses couinements aigus de plaisir à elle, comme si elle était noyée dans océan d'extase.
Cela faisait à peu près une heure que je me tenais là, dans l'obscurité et la chaleur de ce couloir. Il avait dû s'endormir avec elle et oublier que j'étais toujours devant sa porte. Il m'avait prévenue que si je tentais de m'enfuir du harem, je serais punie. Même s'il ne m'avait pas précisé comment, je ne tenais pas à tenter l'expérience.
Le chant des criquets, le hululement des hiboux et les coassements des grenouilles étaient les seuls sons que j'entendais. Je m'allongeai devant la porte en bois, les jambes repliées sous ma poitrine et le visage recouvert par mes cheveux. Je me sentais épuisée, mais ma tête restait en alerte.
Et c'est alors que je l'entendis un rire éméché, puis une paire de pieds martelant le sol du couloir. Je me redressai et me pressai contre la porte. La faible lueur des torches éclairait suffisamment le couloir pour me permettre de voir la silhouette d'un barbare émerger de l'ombre.
Mon cœur accéléra. « Karuwa, » l'entendis-je dire. Je vivais ici depuis suffisamment longtemps pour comprendre comment il venait de m'appeler : que karuwa signifiait 'putain.' Je fus brusquement terrorisée. Cet homme n'était pas Jacob, il avait sans aucun doute l'intention de me prendre sans mon consentement.
Je ne le reconnaissais pas. Il était grand, mais je n'avais jamais vu son visage. Ce n'était pas Trois Chevaux, ni Boit à la Cascade, ni Coyote de Fer, ni Ours Noir, ni encore Faucon Gris. Je restai là, immobile comme une statue, complètement paralysée.
Mes yeux étaient comme ceux d'un cerf devant le chasseur qui s'apprête à le transpercer d'une flèche. Mes mains tremblaient à mes côtés. Je craignais qu'au moindre son de ma part, il se jetterait sur moi. Je tentai de tourner le bouton de porte derrière moi. Jacob avait fermé la porte à clef.
Le barbare tendit la main et m'attrapa. Je poussai un cri perçant, mais sa bouche écrasa la mienne. Il avait un goût de vin et d'alcool fort. Je le griffai, mais il ne bougea pas. Au contraire, il me serra encore davantage et me tripota de ses mains calleuses, avant de soulever ma jupe. À ce moment, je hurlai, et il me gifla du revers de la main.
Tout à coup que je sentis que je commençais à défaillir. Cependant, j'eus le temps de voir le bouton le porte tourner à toute vitesse, tandis que l'homme tentait de traîner mon corps flasque à travers le couloir. Et avant que les ténèbres ne m'emportent, j'aperçus Jacob, dressé dans le couloir, la rage brûlant dans ses yeux et se propageant à travers ses veines, tel un feu de l'enfer.
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Dictionnaire haoussan :
Shagali : fête.
Kanabugukowaneawa dayada rana ba : tu es ivre à chaque heure de la journée.
Kadan dan'uwan : petit frère.
Dauki karuwa da kuma tafi, ku bugu wawa : prend la pute et va-t-en, imbécile.
Yi biyayya : Rend-toi.
Dakiki : stupide.
Na gode : merci.
Karuwa : putain
